Ces religieuses ont donné leur vie pour les plus pauvres, les malades et les personnes âgées; soutenons-les, défendons-les !
La proposition de loi sur "l’aide à mourir" prévoit d’imposer à tous les établissements de santé et médico-sociaux l’obligation pénale d’accueillir cette pratique en leur sein. Des congrégations catholiques, responsables de tels établissements, dénoncent cette obligation comme gravement contraire à leur liberté de religion. Elles sont soutenues d'anciens juges de la CEDH et des juristes de renon spécialistes de droits de l'homme.
Tribune publiée initialement dans Le Figaro
Depuis des siècles, des ordres et congrégations catholiques pratiquent « l’aide à mourir » comme le Christ l’enseigne, en respectant la dignité ontologique inaliénable de tout être humain. Elle consiste en une « aide à vivre » à l’approche de la mort, c’est-à-dire à soulager toujours, à montrer aux patients, par les soins, que leur vie est précieuse quel que soit leur état de dépendance ou le stade de leur maladie, à les accompagner par la prière ou une simple présence jusqu’à leur mort naturelle, avec toutes les compétences que cela requiert.
Pour nous, responsables d’établissements catholiques de santé et médico-sociaux, il est donc inconcevable de participer à l’euthanasie des personnes qui nous sont confiées, ou de les assister dans leur suicide. Ce serait une atteinte à leur vie, en complète contradiction avec le bien des patients, notre raison d’être et notre foi. Cela nous est strictement impossible, non seulement en raison de notre foi, mais aussi par respect pour les patients et la médecine. En cela, nous rejoignons tous les soignants opposés à ces pratiques.
Or, la proposition de loi, actuellement examinée par le Sénat, nous ferait l’obligation d’accepter la pratique de l’euthanasie et du suicide assisté dans nos établissements, sur les personnes qui nous sont confiées. Cette obligation s’imposerait à tous les hôpitaux, cliniques, maisons de retraites (EHPAD), foyers d'accueil pour personnes handicapées ou en situations d'urgence, etc., publics comme privés, y compris à tous les établissements confessionnels. La proposition de loi stipule que « le responsable del’établissement ou du service est tenu d’y permettre » la pratique de l’euthanasie et du suicide assisté.
Une telle obligation serait une violence impossible à supporter, car elle nous obligerait à collaborer personnellement avec la pratique de l’euthanasie et du suicide assisté, en nous en rendant complices. Cela porterait aussi atteinte à toutes les personnes qui choisissent nos établissements parce qu’elles partagent notre foi ou savent que nous respecterons leur vie et celles de leurs proches.
Nous voulons rester fidèles au service des patients, à la finalité thérapeutique de la médecine, et à Dieu.
Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne clairement à propos de l’euthanasie qu’« une action ou une omission qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. » (n° 2277). Quant à la coopération volontaire au suicide, elle « est contraire à la loi morale » et « à l’amour du Dieu vivant » (Catéchisme de l’Église Catholique n° 2280 à 2282).
Si ce texte était adopté, nous n’aurions pas d’autre choix que l’objection de conscience. Nous serions alors des délinquants au regard de la proposition de loi, coupables de « délit d’entrave », et passibles de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Nous nous exposerions aussi à la sanction des Agences Régionales de Santé. Il s’agit de la législation la plus répressive au monde en la matière. Aucun autre pays ne prévoit une répression pénale contre les établissements objecteurs.
Une telle obligation mettrait ainsi en péril nos établissements, et notre raison d’être. C’est pourquoi nous demandons instamment que le caractère propre des établissements confessionnels de santé et médico-sociaux soit respecté, si ce texte devait être adopté, ce qu’à Dieu ne plaise. C’est une question de justice.
C’est aussi un droit fondamental. Le respect du caractère propre des établissements confessionnels est reconnu par le droit européen et international des droits de l’homme qui protège notre liberté de fonctionner dans le respect de nos convictions morales et religieuses, « contre toute ingérence injustifiée de l’Etat ». La Cour européenne des droits de l’homme a souvent souligné que la liberté de religion serait illusoire sans le respect de ce « principe d’autonomie », qui résulte des libertés d’association et de religion. Car la liberté de religion est par nature collective et protège aussi les communautés et institutions fondées sur l’adhésion à une religion.
En outre, le droit à l’objection de conscience est l’un des aspects de la liberté de religion. Il consiste en « une protection contre l’obligation d’agir à l’encontre d’une conviction religieuse sincère », selon les termes du Comité des droits de l’homme des Nations Unies. Or, comme le soulignait le président de ce comité, Sir Nigel Rodley, « le droit de refuser de tuer doit être accepté complétement ». Il serait injuste de ne prévoir une clause de conscience que pour certains professionnels de santé, et d’en exclure les établissements. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe l’a d’ailleurs rappelé, dans une résolution de 2010 sur l’objection de conscience, en affirmant que « Nul hôpital, établissement ou personne ne peut faire l’objet de pressions, être tenu responsable ou subir des discriminations d’aucune sorte pour son refus de réaliser, d’accueillir ou d’assister (…) une euthanasie (…), quelles qu’en soient les raisons ».
Nul ne devrait être forcé, de près ou de loin, à donner la mort ou à faciliter un suicide. Ce droit est élémentaire et nous en demandons le respect.
Sr Agnès, médecin et religieuse chez les Petites Soeurs des Pauvres a renouvelé cet appel devant les Nations Unies les 3 mars 2026
Ce mardi 3 mars, Sœur Agnès, médecin des Petites sœurs des pauvres, s’est exprimée devant la Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction @NazilaGhanea aux Nations unies à Genève, pour défendre l’objection de conscience des établissements confessionnels de… pic.twitter.com/peIWmOJUJr
— ECLJ - European Centre for Law & Justice (@ECLJ_Official) March 3, 2026