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Publié par dominicanus

 

Qui c’è l’ammissione finale: la rinuncia al ministerium ha mantenuto Benedetto XVI papa: “E’ sempre il successore di Pietro.
Gli ultimi codici Ratzinger di papa Benedetto XVI e Mons. Gänswein (a Repubblica)

Écrit par Andrea Cionci (03/01/2023) - Traduction française autorisée : père Walter Covens

 

 

Les dernières paroles du pape Benoît ont été "Jésus, je t'aime". L'une de nos lectrices, Anna Maria A., y a relevé un détail fondamental : ce sont les paroles de saint Pierre en réponse à Jésus (Jn 21 15-23). Le pape Benoît nous a laissé le dernier message pour nous faire comprendre qu'il est toujours resté le seul pape existant, le seul successeur légitime de saint Pierre, jusqu'à la fin. Sans surprise, il sera enterré dans le sarcophage qui était celui de Jean-Paul II. Personne n'a posé la question : mais s'il était abdicateur, quel droit aurait-il d'être enterré dans la crypte des papes ? Mais à présent, la pensée logique est un luxe réservé à une minorité et tout le monde avale à grandes gorgées le récit dominant qui insiste de manière obsessionnelle-compulsive sur ce qui aurait dû être l'acte le plus important de tout le pontificat de Benoît XVI : sa "démission".  Comme Giuseppe De Lorenzo l'a bien souligné sur le site de Nicola Porro ICI , personne ne se soucie des choses extrêmement importantes que Benoît XVI a faites, mais tout le monde insiste sur le récit du pape abdiquant parce que le diktat-velina qui circule dans les salles de presse est : "protéger Bergoglio à tout prix". S'il s'effondre, le deep-tout s'effondre et bonne nuit aux ringards.

 

D'un certain point de vue, il est vrai que la démission du Pape Benoît a été l'acte le plus important de son pontificat, car avec sa renonciation factuelle au ministerium, au fait de "faire" le pape, en permettant que le Siège Romain soit totalement empêché (canon 335), le Pape Benoît a finalement nettoyé l'Eglise de la pourriture et de l'apostasie.

 

Il convient maintenant de faire un rapide rappel du fonctionnement du Ratzinger Code avant de vous expliquer les derniers messages contenus dans la toute récente interview de Mgr Gänswein à la Repubblica. Ce style de communication, qui fait appel aux amphibologies, aux silences éloquents ou aux malentendus délibérés, sert à dissimuler une lecture "B" derrière une lecture "A" facile et bergoglienne. Bien sûr, le pape Benoît a adopté ce style à la fois parce que, étant gêné, il ne pouvait pas parler clairement, et parce qu'il voulait "séparer les croyants des non-croyants" selon une technique de sélection dont nous avons déjà parlé ICI : seuls ceux qui ont des oreilles pour entendre sont "enrôlés" dans son armée. Le pape, en tant que Celui dont il était le vicaire, vous a laissé la liberté de croire, ou de ne pas croire.

 

Pour cette raison, nous allons énumérer une série de phrases typiques, souvent utilisées par le pape Benoît ou Mgr Gänswein, qui, à première vue, vous semblent soutenir la fable du Benoît abdiqué et du pape François légitime. Immédiatement après, nous illustrerons ce qu'ils signifient dans une deuxième lecture, plus approfondie.

 

Ensuite, si la deuxième lecture fatigue trop ceux qui veulent se contenter de la "voie large bergoglienne", allez-y.

 

"Le pape Benoît, en 2013, a librement renoncé à son ministère et aujourd'hui il est, sans aucun doute, un pape émérite".

 

Très vrai : le pape Benoît, en 2013, a librement renoncé à son ministère-ministerium, (et non à son ministère-munus) qui l'a envoyé en Siège empêché, et aujourd'hui il reste, sans aucun doute, le pape émérite, c'est-à-dire celui qui mérite d'être pape, qui a le droit d'être pape (en tant qu'emereus), même si c'est sans le pouvoir pratique.

 

"Personne ne l'a jamais forcé à franchir ce pas, il y a réfléchi pendant longtemps et l'a fait en toute conscience. Ceux qui disent que la renonciation a été forcée disent des bêtises".

 

Bien sûr : personne ne l'a jamais forcé à faire ce pas, (le retrait du ministerium) alors qu'on voulait qu'il abdique à tout prix en renonçant au munus. Il y a longuement réfléchi, c'était une étape difficile mais nécessaire pour purifier l'Église. Ceux qui disent que la renonciation a été forcée disent n'importe quoi, car toute renonciation, étant un "abandon volontaire de quelque chose", ne peut être que libre.

 

"Benoît porte toujours du blanc parce que c'était la chose la plus pratique puisqu'il n'avait pas d'autres vêtements disponibles, mais il porte toujours la soutane blanche différemment du pape".

 

C'est vrai : il n'avait pas d'autre soutane parce qu'il n'existe pas de soutane pour un pape empêché, mais il porte quand même la soutane blanche différemment de la soutane de pape classique, sans la fascia (ceinture) et la mantelletta (cape), afin que son nouveau statut de pape empêché soit reconnu.

 

"Si le pape Benoît célèbre la messe en union avec le pape François ? Il n'a jamais mentionné aucun autre nom dans le canon de la messe, et il n'a jamais mentionné son nom."

 

Sacro-sainte : en effet, la formule liturgique récitée par le pape est "en union avec moi, Ton indigne serviteur". Ainsi, le pape Benoît, célébrant en communion avec lui-même, n'a mentionné ni son nom ni aucun autre.  

 

"Le pape François est aujourd'hui le seul pape régnant. Benoît XVI a passé plus d'années comme émérite que comme régnant".

 

Il est vrai que François est le seul pape régnant depuis neuf ans, bien qu'illégitime : en fait, en raison de l'empêchement du Siège et de l'usurpation conséquente du trône pétrinien, nous avons eu deux papes, un légitime-contemplatif (Benoît) et un actif illégitime, (Bergoglio) qui règne. (Voir "ministère élargi" ICI ). Le pape Benoît a vécu plus d'années en tant que pape empêché qu'en tant que pape régnant.

 

Benoît XVI avait une amitié personnelle sincère avec François.

 

Très vrai. Il ne s'agissait que de son accomplissement personnel, à sens unique, sans contrepartie, du commandement du Christ "Aimez vos ennemis et prie pour ceux qui vous persécutent".

 

A ce stade, si vous avez réchauffé vos "oreilles pour entendre", vous êtes prêts à comprendre les phrases les plus significatives de la récente interview d'Ezio Mauro avec Mgr Gänswein.

 

D. Vous étiez à côté du pape à L'Aquila en 2009, devant le reliquaire où est conservé le corps de Célestin V, le seul pontife qui, comme Ratzinger, a librement fait la renonciation en 1294 ; et vous aidez Benoît qui a enlevé son pallium pour le poser sur le reliquaire de Célestin V. Pourquoi ce geste qui semble une auto-prophétie ?

 

R. "Placer le pallium papal sur la tombe de l'église détruite de Collemaggio était un geste de grand honneur pour Célestin. Mais cela n'avait rien à voir avec un acte de renonciation qui allait devenir une réalité quelques années plus tard. J'exclue une connexion'.

 

Ce concept a également été réitéré à plusieurs reprises par le pape Ratzinger lui-même : il n'avait rien à voir avec Célestin V car ce dernier avait abdiqué, ce qui n'était évidemment pas son cas.

 

D. À 11 h 46, la nouvelle (de la "démission", ndlr) a fait le tour du monde. Et d'une certaine manière, c'est l'absolu qui doit compter avec le relatif, l'universel qui se heurte à la faiblesse humaine dénoncée en public. En ce sens, c'est aussi l'irruption de la modernité dans une institution vieille de 2000 ans, le Pontife, représentant du Christ sur terre, révélant sa fragilité face au poids du maintien de l'Eglise universelle et aussi de la responsabilité qui en découle. Êtes-vous d'accord avec cette lecture ?

 

R. "Ce n'est pas une explication complète, mais je suis tout à fait d'accord.

 

Elle n'est pas complète car Benoît XVI a seulement renoncé à "faire" le pape mais pas à "être" le pape.


 D. Pourquoi Benoît XVI a-t-il choisi la formule de Pape émérite pour lui-même, soulevant des discussions ?

R. "Il a décidé de cette façon, personnellement. Je pense qu'avant une décision aussi exceptionnelle, devenir cardinal aurait été contre nature. Mais il ne fait aucun doute qu'il n'y a toujours eu qu'un seul pape, et il est appelé François.

 

Face à la décision de faire en sorte que le siège soit totalement empêché en renonçant au ministerium, le retour au statut de cardinal n'aurait pas été naturel, dans le sens où Benoît a conservé sa nature de pape. Il n'y a jamais eu qu'un seul pape (Benoît) et il s'appelle François. Attention : Gänswein ne dit pas 'et c'est François', comme le pape Benoît n'a jamais voulu le dire pendant neuf ans. L'archevêque dit "il est appelé", ce qui peut signifier amphibologiquement soit "il est François", soit "il est appelé François", "il est identifié à François". Mais ce n'est pas nécessairement le cas.


D. Ne pensez-vous pas qu'après la démission de Ratzinger, le sacré est devenu plus humain ?

R. "Le sacré est le sacré, et il a aussi des aspects humains. Je crois qu'avec sa renonciation, le pape Benoît a aussi montré que le pape, s'il est toujours le successeur de Pierre, reste une personne humaine avec toutes ses forces, mais aussi avec ses faiblesses".

 

Voici l'aveu final : la renonciation au ministère a maintenu Benoît XVI comme pape : "Il est toujours le successeur de Pierre."


Pas convaincu ? Comme vous voudrez. Nous nous souvenons des paroles du pape Benoît-Gänswein à la Lumsa :

"Vous pouvez croire, ou ne pas croire. Si vous ne croyez pas, la réponse se trouve dans le livre de Jérémie, je ne vous dirai pas où".

 

Et dans Jérémie, nous lisons :

"Je suis empêché".

 

Alors si vous voulez considérer cela comme une coïncidence, comme vous voudrez. C'est ce que le Pape voulait : soit ceci, soit cela.

Pour ceux que cela intéresse, voici une traduction française rapide (merci à Louis Lurton) de l'article paru sur Stilvm Cvriae

 

Gänswein, Après la renonciation "Il n'y a jamais eu qu'un seul pape, et il s'appelle François".
Jan 02, 2023

 

Chers amis et ennemis de Stilum Curiae, il me semble intéressant d'offrir à votre attention cette anticipation d'une interview qui sera diffusée sur Rai Tre jeudi soir, avec Mgr Georg Gänswein, secrétaire de Benoît XVI. Intéressant d'un point de vue humain, mais elle n'éclaire pas beaucoup les raisons qui ont poussé Benoît XVI à démissionner. Gänswein maintient cependant qu'après la renonciation, le pape était et reste François. Bonne lecture.
 


§§§


 
Monseigneur Georg Gänswein, vous avez 66 ans, vous êtes au service de l'Église depuis 38 ans, vous êtes aujourd'hui préfet de la Maison pontificale, mais surtout vous avez été le secrétaire particulier du pape émérite Benoît XVI, vous étiez à ses côtés jusqu'au moment de sa mort, et avant cela le jour de son élection et le jour de sa renonciation qui a stupéfié le monde. Il y a une image presque symbolique de l'abdication, et c'est l'hélicoptère qui emmène le pape du Vatican à Castel Gandolfo pour rentrer dans le siècle. Vous étiez là, dans cet hélicoptère. Que vous rappelez-vous de ce dernier acte ?

 
"La première chose dont je me souviens, c'est le départ du Palais Apostolique. J'étais le dernier à partir, j'ai éteint les lumières, c'était pour moi déjà un acte très émouvant, mais aussi très triste. J'ai fermé la porte. Et puis nous sommes sortis.
 
Mais ceux qui étaient là m'ont dit que vous pleuriez : est-ce vrai ?
 
"C'est vrai, j'ai été ému et quand j'ai vu... pardonnez-moi... le cardinal Comastri, quand je l'ai vu pleurer, quelque chose s'est brisé en moi et j'ai pleuré, oui. J'ai essayé de me retenir, mais la pression était trop forte, une sorte de tsunami au-dessus, en dessous, à côté. Je ne savais plus où j'étais'.

 

Et le pape a-t-il été ému ?
 
Le pape Benoît était dans un état de calme incroyable, comme il l'avait été les jours précédents.
 
Quand avez-vous appris le choix du pape ?
 
"Le pape me l'a dit à Castel Gandolfo. C'était fin septembre 2012".
 
Comment avez-vous réagi ?
 
Ma réaction immédiate a été la suivante : "Saint-Père, c'est impossible, ce n'est tout simplement pas possible".
 
Vous lui avez dit qu'il ne pouvait pas le faire ?
 
"Oui, oui, je l'ai dit directement, tout comme je vous parle maintenant. Saint Père, non. On doit et on peut penser à réduire les engagements, ça oui. Mais partir, renoncer est impossible. Le pape Benoît m'a laissé parler. Et puis il a dit: vous pouvez imaginer que j'ai bien réfléchi à ce choix, j'ai réfléchi, j'ai prié, j'ai lutté. Et maintenant, je vous communique une décision prise, et non une thèse à discuter. Ce n'est pas un quaestio disputanda, c'est décidé. Je vous le dis, et vous ne devez le dire à personne maintenant.
 
Il y avait déjà eu tout un travail en lui, alors, avant le choix : l'aviez-vous remarqué ?
 
"J'avais remarqué au début du mois de juillet que le pape était très fermé, très pensif. Et je pensais qu'il était concentré sur le troisième volume sur Jésus, qu'il était en train de terminer. Puis, lorsqu'il m'a révélé son choix fin septembre, j'ai compris que je me trompais : ce n'était pas le livre qui l'inquiétait, mais la lutte interne de cette décision, un "défi".
 
Vous avez gardé ce secret pendant des mois, jusqu'à la nuit précédant l'annonce. Ce soir-là, en vous disant au revoir, que vous êtes-vous dit ?
 
"Avant de se retirer, il est allé à la chapelle pour prier, comme tous les prêtres le font à complies. Là, il a dit ses prières, mais je ne lui ai pas demandé ce pour quoi il avait prié ce soir-là".

 

Et avez-vous dormi cette nuit-là ?
 
"Je n'ai pas dormi car je savais que le lendemain serait le jour de la renonciation. Je ne pouvais pas trouver le sommeil".
 
Vous aviez rencontré le Pape dans les livres scolaires, au séminaire. Quand l'avez-vous rencontré personnellement ?
 
Je lui ai parlé pour la première fois en 1995, le 10 janvier, il y a vingt-sept ans, ici au Vatican, au Collège teutonique. Je lui ai expliqué d'où je venais, ce que j'avais fait, et lorsqu'il a appris que j'étais à l'université de Munich depuis sept ans, la glace a été brisée. Ma première impression a été inoubliable : une personnalité forte mais très naturelle. Doux mais très, très décisif".
 
Tout a changé le 19 avril 2005, à 17h56, lorsque la fumée blanche a transformé Joseph Ratzinger en Benoît XVI, le 265e successeur de Pierre. Où étiez-vous ce jour-là ?
 
Dans la salle qui relie la chapelle Sixtine et la chapelle Pauline, la Sala Regia. Après une heure, des applaudissements nourris ont éclaté. On pouvait l'entendre de l'extérieur, là où j'étais. Mais les cardinaux n'applaudissent pas, le conclave n'est pas un concert. La seule explication est donc qu'ils avaient choisi, et que l'élu avait accepté. Peu de temps après, je me souviens de "Boum, Boum", la grande porte qui s'ouvre soudainement et le plus jeune cardinal qui se précipite dehors en disant "Nous avons décidé, voici le nouveau Pape". Rien d'autre".
 
Et vous ne saviez pas qui c'était ?
 
"Non, je ne le savais pas. Jusqu'à ce que je me penche pour regarder, je l'ai vu, en bas, à l'arrière'.
 
Habillé de blanc ?
 
"Tout était blanc, même son visage. Ses cheveux étaient déjà blancs. Puis le zucchetto blanc et le vêtement blanc. Mais il était pâle, très pâle. Et là, à ce moment-là, il m'a regardé. "Saint Père, ai-je murmuré, je ne sais pas quoi dire, meilleurs vœux, prières". Puis j'ai dit quelque chose d'important pour moi : "Je vous promets de vous servir, si vous le souhaitez, dans la vie et dans la mort. Pendant toute ma vie, jusqu'à la mort ou même dans la mort".

 

Mais juste avant le conclave, il y a eu cette phrase de Ratzinger sur la pédophilie chez les prêtres, quand il dit "combien de saletés dans l'Église". Cette dénonciation devant les cardinaux était-elle une sorte de programme de gouvernement ?
 
"Vous ne devez pas oublier qu'en tant que préfet, il a été le premier, ou l'un des premiers, à entrer en contact avec ce vilain fléau qu'est l'abus. Il est évident qu'une telle expérience ne peut qu'être présente dans la "Via Crucis 2005".
 
Il y a ensuite la première homélie du début du pontificat, lorsque le nouveau pape dit : "Priez pour moi, afin que je ne m'enfuie pas de peur devant les loups". De quels loups parlait-il ?
 
"Quelqu'un m'a demandé si je pouvais en nommer certains. Demandez au pape lui-même, ai-je répondu, je ne sais pas s'il a pensé à quelqu'un, mais je ne pense pas. Cette image signifie certainement qu'il n'est pas non plus facile d'être cohérent, d'aller à contre-courant, et de maintenir cette direction si beaucoup sont d'un avis différent".
 
Mais on peut déduire de ces paroles qu'il avait la perception que ce ne serait pas une papauté de tranquillité, mais une papauté de lutte : s'attendait-il à cela ?
 
"Celui qui croit qu'il peut y avoir une papauté de tranquillité, je crois qu'il s'est trompé dans sa profession".
 
Mais peut-être n'avez-vous pas imaginé que cette lutte se déroulerait au sein même du Vatican, avec des scandales sexuels, moraux, économiques. Une crise plus grave que prévu ?
 
"Le mot scandale est certainement un peu fort, mais il est vrai que pendant le pontificat il y a eu beaucoup de problèmes, Vatileaks, puis l’IOR. Mais il est évident que, comme le dirait le pape François, le méchant, le malin, le diable ne dort pas. C'est clair, il essaie toujours de toucher, de frapper là où les nerfs sont exposés, et c'est là que ça fait le plus mal".
 
Vous dites que vous avez senti la présence du diable pendant ces années ?
 
Je l'ai ressenti dans des réalités très contraires, contre le pape Benoît.

 

Vatileaks est un énorme scandale, il fait le tour du monde. D'autre part, on pense à des documents confidentiels volés directement sur le bureau du Pape, par son majordome. Comment cela a-t-il été possible ?
 
"Ici, je dois faire une petite correction. Les documents n'ont pas été volés sur le bureau du pape Benoît, mais sur le mien. Malheureusement, je l'ai réalisé beaucoup, beaucoup plus tard, trop tard. J'ai parlé à Benoît, clairement, je lui ai dit Saint-Père, la responsabilité est la mienne, je la prends. Je vous demande de m'affecter à un autre poste, je démissionne. Non, non, répondit-il : tu vois, il y en a un qui a trahi même dans les 12, son nom est Judas. Nous sommes un petit groupe ici et nous restons ensemble".
 
Vous savez que certains pensent que le pape a abdiqué sous l'effet d'une sorte de chantage après le vol des documents. D'autre part, nous connaissons les documents qui ont été rendus publics, mais nous ne savons pas quels autres documents ont été lus, lesquels ont été volés, lesquels ont peut-être été montrés comme une menace devant Benoît. Que répondez-vous à une telle hypothèse ?
 
"Je l'ai totalement exclu. Il n'y avait rien d'autre d'important."
 
Le pape Benoît a récemment été impliqué dans une affaire d'abus sexuels datant de 1980, lorsqu'il était archevêque de Munich. Il a écrit une lettre il y a un an pour s'excuser de son comportement, disant qu'il aurait peut-être dû enquêter davantage, poser plus de questions, mais en même temps, il rejetait catégoriquement l'accusation de mensonge. Est-ce le sentiment de culpabilité ?
 
"Il y a eu une erreur de la part d'un de nos collaborateurs, parce que nous avons dû lire 8000 pages de documentation, et la personne qui a lu les documents a dit que lors de cette fameuse réunion du 15 janvier 1980, le cardinal Ratzinger n'était pas présent".
 
Pourquoi ce mensonge ?
 
"Notre collaborateur s'est trompé dans les dates, une mauvaise chose. Lorsque j'ai dit "Saint-Père, ici nous avons fait une erreur", Benoît a décidé d'écrire une lettre personnelle, donc personne ne peut dire qu'il n'a pas répondu en personne".
 

La question est bien sûr de savoir si ces scandales ont influencé la démission de Ratzinger. Vous dites non, je cite ses paroles : il n'a pas fui devant les loups, il a simplement et humblement admis qu'il n'avait plus la force de diriger l'Église du Christ. Les loups encore. Je vous le demande, le Pape a-t-il rencontré ces loups ?
 
J'en ai parlé une fois au pape Benoît, mais tous ces scandales, comme on les appelle, n'étaient-ils pas aussi une raison de partir ? Non, a-t-il répondu, cette affaire n'a pas influencé ma démission. Le 11 février 2013, j'ai dit les raisons : je n'avais pas la force de gouverner. Pour diriger l'Église aujourd'hui, il faut de la force, sinon ça ne marche pas".
 
Mais Benoît XVI est venu après un pape comme Jean-Paul II, qui a vécu sa maladie en public et a presque offert la souffrance de son corps comme témoignage de sa foi, conformément à sa devise papale : Totus tuus. Comment Benoît s’est-il confronté au choix de son prédécesseur ?
 
"Il m'a dit un jour : je ne peux pas et ne veux pas copier le modèle de Jean-Paul II dans la maladie, car je dois me confronter à ma vie, à mes choix, à mes forces. C'est pourquoi le pape s'est permis de faire ce choix. Ce qui, à mon avis, demande non seulement beaucoup de courage, mais aussi beaucoup d'humilité".
 
 
Ce choix pose également une question au théologien Ratzinger, à savoir la tentation de l'être humain de s'écarter du plan divin qui l'a conduit à la Chaire de Pierre : l'homme peut-il le faire ?
 
"L'homme doit prendre la décision qui, à son avis, est la bonne à ce moment-là".
 
Vous étiez à côté du Pape en 2009 à L'Aquila, devant la châsse où est conservé le corps de Célestin V, le seul pontife qui, comme Ratzinger, a librement fait la renonciation en 1294 ; et vous avez aidé Benoît à enlever son pallium pour le poser sur la châsse de Célestin V. Pourquoi ce geste qui ressemble une auto-prophétie ?
 
"Déposer le pallium papal sur la tombe de l'église détruite de Collemaggio a été un geste de grand honneur pour Célestin. Mais cela n'avait rien à voir avec un acte de renoncement qui devait se concrétiser quelques années plus tard. J'exclue une connexion'.
 
Pouvez-vous me parler de la matinée du 11, le jour du choix ?
 
"Le 11 février, Notre-Dame de Lourdes. Nous avons célébré la Sainte Messe, récité le bréviaire, pris le petit déjeuner, et le Pape s'est préparé pour le Consistoire. Je l'ai aidé à mettre la mozzetta avec l'étole, puis je l'ai accompagné dans un petit ascenseur de l'appartement à la deuxième loggia. On n'a pas parlé, rien. C'est-à-dire que le silence était absolu, car ce n'était pas le moment de parler. À la fin du Consistoire, le Pape dit : Messieurs les cardinaux, restez ici, je dois encore vous dire quelque chose d'important pour la vie de l'Église.
 
Il avait un morceau de papier dans sa main, l'avait-il écrit ?
 
"Oui, directement en latin. Je lui ai demandé pourquoi, et il m'a répondu qu'une telle annonce devait être faite dans la langue de l'Église, la langue maternelle. Il a donc lu ces mots et ils sont devenus la Déclaration de renonciation".
 
Il était 11h30, l'heure du choix.

"On pouvait entendre dans sa voix que le Pape était ému et fatigué : les deux".
 
À 11 h 46, la nouvelle fait le tour du monde. Et d'une certaine manière, c'est l'absolu qui doit compter avec le relatif, l'universel qui se heurte à la faiblesse humaine dénoncée en public. En ce sens, c'est aussi l'irruption de la modernité dans une institution vieille de 2000 ans avec le Pontife, représentant du Christ sur terre, qui révèle sa fragilité face au poids du maintien de l'Eglise universelle et aussi de la responsabilité qui en découle. Êtes-vous d'accord avec cette lecture ?
 
"Ce n'est pas une explication complète, mais je suis tout à fait d'accord.
 
Le cardinal Ruini m'a dit qu'il était étonné, stupéfait, car il ne s'y attendait pas du tout. Que vous rappelez-vous des réactions à ce moment-là ?
 
"Quand le pape Benoît a commencé à lire en latin, j'ai vu un peu de... comment dire... de mouvement, des efforts pour mieux comprendre, puis peu à peu je me suis rendu compte que les cardinaux sentaient qu'il y avait quelque chose d'étrange. Je pense que certains ont tout de suite compris, tandis que d'autres demandaient de l'aide à leur voisin. Puis, lorsque le cardinal Sodano a salué brièvement le pape en italien, parlant d'un éclair dans un ciel clair, tout le monde a compris ce qui se passait".
 
Pourquoi Benoît XVI a-t-il choisi la formule de Pape émérite pour lui-même, soulevant des arguments ?
 
"C'était sa décision, personnellement. Je pense que face à une décision aussi exceptionnelle, devenir cardinal aurait été contre-nature. Mais il ne fait aucun doute qu'il n'y a toujours eu qu'un seul pape, et que son nom est "François".
 
Vous avez personnellement connu trois papes, Jean-Paul II, Benoît XVI et François. Si je vous dis que Wojtyla représente l'âme, Ratzinger la raison et François le cœur, que répondez-vous ?
 
"Que ces trois mots sont justes, mais ils sont aussi trop simples".
 
Comment votre vie a-t-elle changé depuis la démission de Benoît XVI du trône papal ?
 
"Tout change de ceci à cela, radicalement, d'un jour à l'autre".
 
Ne pensez-vous pas qu'après la démission de Ratzinger, le sacré est devenu plus humain ?
 
"Le sacré est le sacré, et il a aussi des aspects humains. Je crois qu'avec sa renonciation, Benoît XVI a aussi montré que le pape, s'il est toujours le successeur de Pierre, reste une personne humaine avec toutes ses forces, mais aussi avec ses faiblesses".
 
Il existe une formule qui peut définir tout ce que nous avons dit, ce n'est pas la force qui change le plan divin, mais la fragilité de l'homme : êtes-vous d'accord ?
 
"Les deux. Je veux dire, vous avez besoin de l'un, mais vous devez aussi vivre l'autre. Parce qu'il faut être fort pour accepter sa propre faiblesse".

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