Dans la partie la plus tardive du livre d'Isaïe qu'on a appelé "Apocalypse",
c'est par l'image d'un festin plantureux qu'est annoncé le bonheur que Dieu destine à l'humanité. Le festin est organisé sur la montagne de Sion, mais il est préparé "pour tous les peuples",
qui bénéficieront du sort heureux attribué au peuple juif.
Yahvé Sabaot préparera pour tous les peuples sur cette montagne un festin de
viandes grasses, un festin de bons vins, de viandes grasses juteuses, de bons vins clarifiés. Il enlèvera sur cette montagne le voile de deuil qui voilait tous les peuples et le suaire qui
ensevelissait toutes les nations. Il fera disparaître pour toujours la mort. Le Seigneur Yahvé essuiera les larmes de tous les visages ; il ôtera l'opprobre de son peuple, il l'ôtera de toute
la terre. Car Yahvé l'a dit : Voyez, c'est notre Dieu de qui nous espérions le salut ; c'est Yahvé en qui nous espérions. Nous jubilons et nous nous réjouissons de ce qu'il nous a sauvés
(...
) (Is 25, 6-9).
L'excellence du repas est amplement soulignée, et un commentaire en accompagne la
description, pour mieux faire apparaître l'élimination de la souffrance et le don de la joie. Par là Dieu répond à l'espérance placée en lui.
Dans le livre de la Consolation, la gratuité du repas avait été plus
particulièrement mis en lumière : Vous tous qui avez soif, venez vers les eaux, et vous qui n'avez pas d'argent, venez, achetez du blé et mangez ; venez, achetez sans argent, sans rien
donner en échange, du vin et du lait. Pourquoi dépenser de l'argent pour ce qui n'est pas une nourriture, votre salaire pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi donc, et mangez ce qui est bon
; et délectez-vous de mets succulents. Prêtez l'oreille et venez à moi ; écoutez-moi et votre âme vivra. Je conclurai avec vous une Alliance éternelle : ce sont les grâces durables assurées à
David (Is 55, 1-3).
Au premier repas, qui autrefois avait scellé l'alliance établie avec Moïse et les
anciens d'Israël, correspond le repas ultime qui marquera la conclusion de l'alliance éternelle, dans la fidélité aux promesses faites à David. Le repas fait comprendre tous les biens, toutes
les grâces que dans cette alliance Dieu donnera aux hommes.
Dans le livre des Paraboles d'Hénoch, chronologiquement plus proche de l'époque du
Christ, le bonheur de la vie future est également représenté par l'image d'un banquet céleste : Le Seigneur des esprits demeurera avec eux et avec le Fils de l'homme ils mangeront ; ils
prendront place à sa table pour les siècles des siècles (64, 14). Le bonheur consistera donc à se trouver à table avec le Messie ou Fils de l'homme, dans la proximité immédiate du Seigneur
des esprits, c'est-à-dire de Dieu. C'est surtout sur cette compagnie que s'appuie la promesse du bonheur éternel.
Eucharistie, sacrement de la vie nouvelle, ouvrage préparé au nom du Conseil de Présidence du Grand Jubilé de
lAn 2000, 1999, p. 97-98