Dans les derniers récits de l'Ancien Testament, cette espérance s'est encore présicée. Dans le Livre de la Sagesse, le juste persécuté met en Dieu
son espoir et puise dans la pensée de la vie qui l'attend auprès de Dieu le courage de tenir bon dans l'épreuve. "Les âmes des justes sont dans la main de Dieu et nul tourment ne les atteindra
plus ... Même si, selon les hommes, ils ont été châtiés, leur espérance était pleine d'immortalité" (Sg 3,1-4 ; cf. 3,15-16 ; 15,3-4). Dans un autre courant du judaïsme, apparaît l'idée que les
morts ressusciteront (cf. Dn 12,2 ; 2 M 7,9-14) ; 12,43).
Le Nouveau Testament sait également que Dieu "n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants" (Mc 12,27). Il reprend certaines images utilisées par le judaïsme et parle d'entrer
"dans le sein d'Abraham" (cf. Lc 16,22) ou "dans le paradis" (cf. Lc 23,43). Le Nouveau Testament va cependant plus loin que l'Ancien Testament. Il atteste que la vie de Dieu est entrée
véritablement dans notre monde avec Jésus-Christ, qui est la Résurrection et la Vie en personne (cf. Jn 11,25 ; 14,6). Celui qui écoute la parole de Jésus et qui l'accueille dans la foi, "est
déjà passé de la mort à la vie" (Jn 5,24). "Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais" (Jn 11,25-26). Dans l'évangile de Jean, Jésus
promet à ses disciples qu'ils seront là où il se trouve lui-même (cf. Jn 14,3). Chez Paul, l'espoir d'être pour toujours auprès de Dieu, qui apparaît dans certains textes de l'Ancien Testament,
devient l'espoir d'être pour toujours avec le Christ (cf. Ph 1,23) et auprès du Seigneur (cf. 2 Co 5,8). Paul parle de ceux qui sont morts "dans le Christ" (1 Th ',16). Tandis que l'Ancien
Testament disait : le ciel et la vie éternelle, c'est Dieu lui-même qui nous reçoit comme siens pour toujours, le Nouveau Testament précise : le ciel et la vie éternelle, c'est d'être totalement
et définitivement uni au Christ, et par le Christ au Père.
Pour l'Ancien comme pour le Nouveau Testament, le fait d'espérer, face à la mort, en un au-delà de la mort ne vient donc pas s'ajouter à la foi en Dieu ; il en est la
conséquence. Alors que toutes les relations sociales s'interrompent dans la mort, l'Ancien comme le Nouveau Testament espèrent en la fidélité de Dieu, qui, pour le Nouveau Testament, s'est
manifestée de façon définitive en Jésus Christ. Certes, la nature même de l'homme implique une exigence d'immortalité et de vie éternelle ; mais cette exigence ne peut être satisfaite à partir de
l'homme : elle requiert plus que l'homme lui-même ne peut donner. La réponse ne peut venir que de la source et de la plénitude de la vie, c'est-à-dire de Dieu. La vie nouvelle, l'immortalité de
l'homme a le caractère d'un dialogue ; elle est une existence reçue tout entière de Dieu et tout entière orientée vers lui. Cette vie éternelle en Jésus-Christ commence dans la foi, l'espérance
et la charité, déjà en cette vie, où elle nous donne la force de nous engager au service de la vie. Elle trouve son achèvement dans la vision de Dieu face à face (cf. 1 Co 13,12).
La rencontre avec Dieu qui se produit dans la mort signifie en même temps pour l'homme un jugement sur sa vie. "Car il nous faudra tous comparaître à découvert devant le
tribunal du Christ, afin que chacun recueille le prix de ce qu'il aura fait durant sa vie corporelle, soit en bien, soit en mal" (2 Co 5,10 ; cf. Rm 14,10). De grands théologiens comme Augustin
et Thomas d'Aquin ont expliqué que ce jugement ne doit pas être conçu comme une sentence extérieure, mais comme un évènement spirituel. En présence de la vérité absolue de Dieu, qui nous est
apparue en Jésus Christ, l'homme se voit lui-même tel qu'il est. Les masques tombent, les illusions qu'on pouvait entretenir sur son propre compte s'effondrent. L'homme voit pour de bon s'il a
réussi ou manqué sa vie. Selon le cas, il entrera dans la vie aurpès de Dieu ou dans les ténèbres, loin de Dieu.
La traditon de l'Église a longtemps tâtonné avant de parvenir à formuler clairement la vérité sur la vie nouvelle et éternelle en Dieu, qui commence pour chaque homme au moment
de sa mort. Il est bien difficile de parler avec des mots humains, qui sont le reflet de notre expérience sensible, d'une vie au-delà de la mort. Dès le début, cependant, le fait que l'Église
prie pour les morts constitue un point de départ ferme et sans équivoque pour une réflexion ultérieure. L'Église a très tôt exprimé sa conviction que les chrétiens défunts étaient vivants, en
priant pour eux et en faisant mémoire d'eux dans la liturgie. Cette pratique est déjà attestée, par exemple, dans les anciennes catacombes chrétiennes. Elle s'est maintenue sans interruption
jusqu'à nos jours, comme en témoigne l'usage de célébrer l'eucharistie à l'intention des défunts, ainsi que le rite des funérailles. Cette pratique n'aurait aucun sens si 'Église n'avait pas été
convainue dès l'origine que la vie continue après la mort.
Sur cette base s'est progressivement imposée dans l'Église la conviction que la mort signifie la séparation de l'âme et du corps. Tandis que le corps se décompose après la
mort, l'âme de ceux qui meurent en état de grâce est introduite pour toujours dans la communion avec Dieu. Pour bien comprendre cette doctrine, il faut entrendre '"âme" au sens biblique du mot,
non comme une partie de l'homme à côté du corps, mais comme le principe vital de l'homme considéré dans son unité et sa totalité, autrement dit de son "moi", le centre de sa personne. C'est en ce
sens que le mot doit être entendu dans une décision doctrinale du pape Benoît XII, en 1336, selon laquelle les âmes des saints, aussitôt après la mort, et les âmes de ceux qui ont encore besoin
de purification, au terme de celle-ci, entrent au ciel et voient Dieu face à face (cf. DS 1000 ; FC 961-963 ; DS 857 ; 1305 ; FC 36 ; 967 ; LG 49). Cette doctrine a été défendue et explicitée par
la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi en 1979 dans une déclaration sur ce sujet :
L'Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d'un élément spirituel qui est doué de conscience et de volonté, en sorte que le "moi" humain subsiste. Pour
désigner cet élément, l'Église emploie le mot "âme", consacré par l'usage de l'Écriture et de la Tradition (Doc. cath. tome LXXVI, 1979, p. 709).
Catéchisme pour adultes publié par la Conférence épiscopale allemande. La foi de l'Église,
Brepols/Centurion/Cerf 1987, p. 396 s.