C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Crédit peintures: B. Lopez
Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui doit juger les vivants et les morts, je te le demande solennellement, au nom de sa manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d'instruire. Un temps viendra où l'on ne supportera plus l'enseignement solide ; mais, au gré de leur caprice, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d'entendre du nouveau. Ils refuseront d'entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde ton bon sens, supporte la souffrance, travaille à l'annonce de l'Évangile, accomplis jusqu'au bout ton ministère.
Les vagues sont violentes, la houle est terrible, mais nous ne craignons pas d'être engloutis par la mer, car nous sommes debout sur le roc. Que la mer soit furieuse, elle ne peut briser ce roc ; que les flots se soulèvent, ils sont incapables d'engloutir la barque de Jésus. Que craindrions-nous ? Dites-le-moi. La mort ? Pour moi, vivre, c'est le Christ, et mourir est un avantage. L'exil ? La terre appartient au Seigneur, avec tout ce qui la remplit. La confiscation des biens ? De même que nous n'avons rien apporté dans ce monde, nous ne pourrons rien emporter. Les menaces du monde, je les méprise ; ses faveurs, je m'en moque. Je ne crains pas la pauvreté, je ne désire pas la richesse ; je ne crains pas la mort, je ne désire pas vivre, sinon pour vous faire progresser. C'est à cause de cela que je vous avertis de ce qui se passe, et j'exhorte votre charité à la confiance. ~.
Le Christ est avec moi : que vais-je craindre ? Même si les flots de la mer ou la colère des puissants s'élèvent contre moi, tout cela est aussi peu de chose pour moi qu'une toile d'araignée. Et sans l'amour que j'ai pour vous, je n'aurais pas refusé de partir aujourd'hui même. Car je ne cesse de dire : Seigneur, que ta volonté soit faite. Non pas ce que veut un tel ou un tel, mais ce que tu veux. C'est là ma citadelle, c'est là mon roc inébranlable, c'est là mon appui solide. Que la volonté de Dieu se fasse. S'il veut que je reste ici, je rends grâce. Quel que soit le lieu où il me veuille, je le bénis. ~
En quelque lieu que je sois, vous y êtes aussi : le corps ne se sépare pas de la tête, ni la tête du corps. Si nous sommes éloignés par la distance, nous sommes unis par la charité et la mort elle-même ne pourra couper ce lien. Si mon corps vient à mourir, mon âme restera vivante et se souviendra de mon peuple. ~
Saint Jean Chrysostome
Vous n 'avez pas ramené la brebis égarée, ~ cherché celle qui était perdue. C'est ainsi que nous pouvons nous trouver exposés à la violence des bandits et aux dents des loups furieux, et nous vous demandons de prier pour nous quand nous sommes exposés à ces dangers. Et les brebis sont rétives. Car lorsqu'on cherche celles qui sont égarées, elles disent qu'elles sont devenues étrangères en s'égarant et en se perdant : « Pourquoi nous appelez-vous ? Pourquoi nous cherchez-vous ? » Comme si la raison pour laquelle nous les appelons et les cherchons n'était pas justement qu'elles sont égarées et qu'elles se perdent. « Si je suis égarée, dit-elle, si je suis près de mourir, pourquoi m'appelles-tu ? Pourquoi me cherches-tu ? » C'est parce que tu es égarée que je veux te rappeler ; parce que tu vas à ta perte, que je veux te trouver. « C'est ainsi que je veux m'égarer, c'est ainsi que je veux périr. »
C'est ainsi que tu veux t'égarer, c'est ainsi que tu veux périr ? Raison de plus pour que je ne le veuille pas. Oui, j'ose le dire : je suis importun. J'entends l'Apôtre me dire : Annonce la parole, insiste à temps et à contre-temps. À temps envers qui ? À contre-temps envers qui ? À temps envers ceux qui veulent, à contre-temps envers ceux qui ne veulent pas. Oui, je suis importun, j'ose dire « Tu veux t'égarer, tu veux périr ; moi, je ne veux pas ». Et finalement, celui qui ne veut pas, c'est celui qui me fait peur. Si je voulais, voici ce qu'il me dirait, voici ce qu'il me reprocherait : Vous n'avez pas ramené la brebis égarée et vous n'avez pas cherché celle qui était perdue. Est-ce que je te craindrai davantage que lui ? Nous aurons tous à comparaître devant le tribunal du Christ. ~
Je rappellerai la brebis égarée, je chercherai la brebis perdue. Que tu le veuilles ou non, je le ferai. Et si, dans ma recherche, les buissons des forêts me déchirent, je me ferai tout petit ; je secouerai toutes les haies ; autant que le Seigneur redoutable me donnera de forces, je parcourrai toute la campagne. Je rappellerai la brebis égarée, je chercherai la brebis perdue. Si tu ne veux pas que je souffre, ne t'égare pas, ne te perds pas. Peu importe que je m'attriste de ton égarement et de ta perte. Je crains, si je ne m'occupe pas de toi, de te tuer, même toi qui es fort. Regarde en effet la suite du texte : Et celle qui était forte, vous l'avez accablée. Si je ne m'occupe pas de celui qui est égaré et qui se perd, c'est que je me réjouirai de voir celui qui est fort s'égarer et périr.
Écoutons ce que dit le Seigneur aux prédicateurs qu'il envoie : La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour la moisson. Les ouvriers sont peu nombreux pour une moisson abondante ; nous ne pouvons le répéter sans une grande tristesse. Il y a des gens pour entendre dire de bonnes choses, il n'y en a pas pour les dire. Le monde est rempli de prêtres, mais on rencontre rarement un ouvrier dans la moisson de Dieu ; nous acceptons bien la fonction sacerdotale, mais nous ne faisons pas le travail de cette fonction.
Considérez, frères très chers, considérez le poids de cette parole : Priez le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. Vous-mêmes, priez pour nous, afin que nous puissions faire le travail auquel vous avez droit : que notre langue ne soit pas engourdie, quand il faut exhorter ; une fois que nous avons accepté la charge de la prédication, que notre silence ne nous assigne pas devant le juste juge ! Souvent en effet la langue des prédicateurs est paralysée par leurs mauvaises dispositions ; mais souvent, c'est par la faute de leurs peuples que les supérieurs s'abstiennent de prêcher.
La langue des prédicateurs est paralysée par leurs mauvaises dispositions, nous dit le Psalmiste : Dieu déclare au pécheur : Comment peux-tu redire mes lois ? Et que la parole des prédicateurs soit arrêtée par les vices de leurs peuples, le Seigneur le dit à Ézéchiel : Je ferai adhérer ta langue à ton palais, tu seras muet et tu cesseras de les avertir, car c'est une engeance de rebelles. Comme s'il disait clairement : La prédication te sera enlevée car, puisque ce peuple me défie par sa conduite, il ne mérite pas d'être exhorté à la vérité. Par suite de quel vice la parole est retirée au prédicateur, il n'est pas facile de le savoir. Mais ce que l'on sait avec certitude, c'est que le silence du pasteur est nuisible quelquefois à lui-même, mais toujours à son peuple. ~
Il y a encore autre chose, frères très chers, qui m'afflige vivement, dans la vie des pasteurs ; mais pour que mes paroles ne permettent de critiquer personne injustement, je m'accuse moi-même également, bien que ce soit malgré moi que je succombe, contraint par la nécessité de cette époque de barbarie.
Nous avons glissé vers des affaires extérieures et la charge honorable que nous avons acceptée est bien différente des fonctions que nous exerçons en fait. Nous abandonnons le ministère de la prédication et c'est pour notre châtiment, je crois, qu'on nous appelle évêque, car nous en avons le titre, mais nous n'en avons pas la valeur. En effet, ceux qui nous ont été confiés abandonnent Dieu, et nous nous taisons. Ils sont tombés, par leur mauvaise conduite, et nous ne leur tendons pas la main en les corrigeant. ~
Mais quand pourrions-nous corriger la vie d'autrui, nous qui négligeons la nôtre ? Pris par des tâches profanes, nous devenons d'autant plus insensible à l'intérieur que nous paraissons plus adonné à tout ce qui se passe à l'extérieur. ~
L'Église a donc bien eu raison de dire, à propos de ses membres en mauvaise santé : On m'a chargé de garder ces vignes : ma propre vigne, je ne l'ai pas gardée. ~ Nous qui avons été institué gardien des vignes, nous n'avons aucunement gardé notre propre vigne parce que, en nous laissant prendre par des actions extérieures, nous avons négligé le ministère de notre tâche propre.
Saint Grégoire le Grand
Le supérieur doit garder le silence avec discernement et parler de façon utile : il ne doit ni divulguer ce qu’il faut taire, ni taire ce qu’il faut divulguer. Car une parole étourdie peut entraîner dans l’erreur, tout comme un silence mal avisé laisse dans l’erreur ceux qu’on aurait dû éclairer. Souvent des supérieurs, manquant de sagesse et craignant de perdre la bienveillance des hommes, ont peur de dire franchement ce qui est bien ; mais selon une parole de la Vérité en personne, ils n’accomplissent plus leur service, qui est de garder le troupeau avec le zèle des pasteurs mais, comme des mercenaires, ils s’enfuient à l’arrivée du loup lorsqu’ils se cachent dans le silence.
C’est pourquoi le Seigneur les blâme, par la bouche du Prophète, en les traitant de chiens muets, incapables d’aboyer. Et il s’en plaint encore lorsqu’il dit : Vous n’êtes pas montés à l’assaut, vous n’avez pas construit un rempart pour la maison d’Israël, afin de tenir fermes dans le combat, au jour du Seigneur. Monter à l’assaut, c’est s’opposer aux puissances de ce monde par une parole hardie pour défendre le troupeau. Et tenir ferme dans le combat, au jour du Seigneur, c’est résister à des adversaires déloyaux par amour de la justice.
Pour un pasteur, craindre de dire ce qui est bien, n’est-ce pas la même chose que de prendre la fuite par son silence ? Celui qui s’expose pour son troupeau construit un rempart pour la maison d’Israël contre ses ennemis. C’est pourquoi Dieu dit encore à son peuple pécheur : Tes prophètes ont eu pour toi des visions fausses et sottes, ils n’ont pas révélé ton péché pour te provoquer à la conversion. Dans l’Écriture Sainte, on appelle parfois prophètes les maîtres qui, en signalant la présence de signes fugitifs, découvrent l’avenir. La parole divine leur reproche d’avoir des visions fausses, parce qu’en craignant de blâmer les fautes ils flattent vainement les coupables en leur promettant la sécurité, et ils ne révèlent pas l’indignité des pécheurs parce qu’ils gardent le silence au lieu de les blâmer.
La clé de cette révélation, c’est le discours de réprimande, parce que, en blâmant la faute, on la découvre, alors que souvent elle est ignorée même de son auteur. Aussi saint Paul disait : Qu’il soit capable d’exhorter dans la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs. Et il est dit dans Malachie : Les lèvres du prêtre doivent garder le savoir et c’est de sa bouche qu’on recherche l’instruction, parce qu’il est le messager du Seigneur de l’univers. Le Seigneur donne aussi cet avertissement par la bouche d’Isaïe : Crie à pleine voix sans relâche, élève ta voix comme une trompette.
Celui qui accède au sacerdoce reçoit l’office du héraut, qui est de proclamer la venue du juge redoutable qui le suit. Si donc le prêtre ne sait pas prêcher, comment criera-t-il, ce héraut muet ? C’est pour cela que sur les premiers pasteurs l’Esprit Saint s’est reposé sous l’apparence de langues : en effet, ceux qu’il remplit, il en fait aussitôt par lui-même des gens qui parlent.
Saint Grégoire le Grand
Redressons-nous pour le combat au jour du Seigneur, car voici venir un temps d'épreuves et d'angoisses. Mourons, si Dieu le veut, pour les saintes lois de nos Pères, afin de mériter de partager avec eux l'héritage éternel. Ne soyons pas des chiens muets, des sentinelles silencieuses, des mercenaires fuyant les loups, mais soyons des bergers aux aguets, veillant sur le troupeau du Chirst, proclamant la volonté de Dieu au petit et au grand, au riche et au pauvre, aux hommes de toutes conditions et de tous âges, à temps et à contretemps, dans la mesure où Dieu nous en donnera la force.
Forcez-les d'entrer (Lc 14, 23). S'il n'y avait pas dans la grâce une espèce de violence, Jésus Christ ne dirait pas: Personne ne vient à moi que mon Père ne le tire. Et encore: Quand j'aurai été élevé de terre, je tirerai tout à moi (Jn 6, 44; 12, 32).
Les prédicateurs de l'Evangile doivent user au dehors d'une espèce de force: Pressez, priez, reprenez, corrigez, non seulement avec toute patience et toute doctrine, mais encore avec tout empire: parlez à propos et hors de propos; ne souffrez pas qu'on vous méprise (2 Tm 4, 2); Tt 2, 15). Cette force est salutaire, et la faiblesse humaine en a besoin.
Les fidèles, grands et petits, se doivent servir du pouvoir qu'il ont, avec prudence toutefois et modération, pour réprimer les scandales et abattre le règne de l'iniquité. Les hommes veulent quelquefois être forcés, et une douce violence prépare les esprits à écouter.
L'histoire de l'Eglise est l'histoire de la parole de Dieu, de cette parole qui, de même qu'elle a créé la lumière et l'univers et couronné la création en formant l'homme, fait sortir les morts du tombeau, commande aux vents et aux tempêtes; et parce que, selon le mot de l'Apôtre, le monde n'a pas connu, par le moyen de la sagesse, Dieu dans la Sagesse de Dieu, il a plu à Dieu d'opérer par la folie de la prédication le salut des croyants (1 Co 1, 21). Cette parole retentit d'éternité en éternité, à travers les siècles; bienheureux ceux qui l'écoutent, car c'est une parole de vie éternelle! C'est une parole que le Verbe de Dieu incarné fit passer de ses lèvres sur celles des apôtres, comme une parole de réonciliation entre le ciel et la terre, lorsqu'il leur dit: Allez, prêchez l'Evangile à toute créature (Mc 16, 15). Cette parole a retenti dans le monde, elle a retenti à Rome, dans les chaînes des Pierre et de Paul, car la parole de Dieu n'est pas enchaînée par le fer des souverains de la terre. Et j'entends Paul, le grand prédicateur de la foi et de la vérité, placé dans le monde comme le Docteur des Gentils, transmettre cette parole, reçue du Christ, à Timothée, son disciple bien-aimé, et lui dire: Proclame la parole.
Mais la vision du grand prédicateur des Gentils suscite en notre esprit la vision d'autres prédicateurs de la parole de Dieu; à la tête d'une phalange héroïque et sprlendide nous admirons Dominique de Guzman. Dans la lumière de Paul, nous contemplons le patriarche des Prêcheurs qui, imitant Paul, nous cire: Devenez mes imitateurs, tout comme je le suis moi-même du Christ (1 Co 11, 1). Ainsi Dieu se montre admirable dans ses saints; l'un reçoit la lumière du Christ et la transmet à l'autre; et, s'éclairant l'un l'autre, tous croissent en une même lumière divine, de même que le soleil éclaire les planètes, dont les rayons sourient à ceux des étoiles pour embellir la sérénité de nos nuits. Comme Paul, Dominique, lui aussi, éprouve les poussées incessantes du zèle et de la sollicitude pour tous les fidèles de l'Eglise; il réunit autour de lui une troupe de compagnons de son apostolat, destinés à répandre à travers le monde, dans la consolation et dans la peine, en des temps joyeux ou tristes: Insiste à temps et à contretemps. Comme Paul, Dominique, lui aussi, enseigne avec autorité toute science et toute vertu, réfute les fausses doctrines, excite et exhorte au bien, reprend et corrige les mauvaises moeurs, toujours avec une patience inaltérable, avec une sagesse céleste: Réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d'instruire (2 Tm 4, 2).
Des faits douloureux se produisent aujourd'hui: le processus de sécularisation actuellement toujours plus important en Europe a également franchi les portes de l'Autriche catholique. L'identification avec l'enseignement de l'Eglise diminue chez de nombreux fidèles, entraînant la perte de la certitude de la foi et faisant disparaître la crainte révérentielle pour la loi de Dieu. (...)
Que pouvons-nous donc faire? Existe-t-il un instrument saint que Dieu a préparé pour l'Eglise de notre temps, afin que vous puissiez affronter avec courage les défis que vous rencontrerez le long de votre chemin dans le troisième millénaire chrétien? Il est sans aucun doute nécessaire, d'une part, de professer de manière claire, courageuse et enthousiaste la foi en Jésus Christ qui vit ici et aujourd'hui dans son Eglise et en qui, selon son essence, l'âme humaine tournée vers Dieu peut trouver son bonheur. D'autre part, de nombreuses mesures missionnaires, petites et grandes, sont nécessaires et devront être prises pour apporter un "changement de cap".
Comme vous le savez bien, la confession de la foi est l'un des premiers devoirs de l'Evêque. "Je ne me suis pas soustrait - dit saint Paul à Milet aux pasteurs de l'Eglise d'Ephèse - à la tâche de vous annoncer toute la volonté de Dieu" (Ac 20, 27). Il est vrai que nous, Evêques, devons agir avec pondération. Toutefois, cette prudence ne doit pas nous empêcher de présenter la Parole de Dieu dans toute sa clarté, également ce que l'on écoute le moins volontiers ou qui suscite des réactions de protestation, voire de dérision.
Chers frères dans l'épiscopat, vous savez bien qu'il existe des thèmes relatifs à la vérité de la foi, et surtout à la doctrine morale qui, dans vos diocèses, ne sont pas assez présents dans la catéchèse et dans l'annonce. Parfois, par exemple dans la pastorale pour les jeunes dans les paroisses ou les groupes, ils ne sont pas du tout affrontés, ou pas de la façon claire voulue par l'Eglise. Grâce à Dieu, il n'en est pas ainsi partout. Les responsables de l'annonce craignent peut-être que les personnes puissent s'éloigner si l'on parle trop clairement. Toutefois, l'expérience révèle en général que c'est précisément le contraire qui se produit. Ne vous faites pas d'illusions! Un enseignement catholique qui est offert de manière incomplète, est une contradiction en soi et ne peut être fécond à long terme. L'annonce du Royaume de Dieu va de pair avec l'exigence de la conversion et avec l'amour qui encourage, qui connaît le chemin, qui enseigne à comprendre que même ce qui semble impossible devient possible par la grâce de Dieu.
Pensez à la façon dont, peu à peu, l'enseignement de la religion, la catéchèse aux divers niveaux et la prédication peuvent être améliorés, approfondis et pour ainsi dire complétés! Utilisez avec ardeur, je vous le demande, le Compendium et le Catéchisme de l'Eglise catholique! Faites en sorte que tous les prêtres et les catéchistes adoptent ces instruments, qu'ils soient présentés dans les paroisses, dans les groupes et dans les mouvements, et qu'ils soient utilisés dans les familles comme lecture importante! Face à l'incertitude de cette période historique et de cette société, offrez aux hommes la certitude de la foi intégrale de l'Eglise! La clarté et la beauté de la foi catholique rendent la vie de l'homme lumineuse aujourd'hui également! Et cela en particulier si elle est présentée par des témoins enthousiastes et enthousiasmants.
Benoît XVI aux évêques autrichiens, visite ad limina,
message du 5 novembre 2005
L'Église dans votre pays fait face à des défis liés à la situation culturelle et pastorale qui est en grande partie celle de toute l'Europe occidentale. Le progrès de la sécularisation et du relativisme entraîne non seulement une diminution de la fréquentation des sacrements, surtout de la participation à la Messe dominicale, mais aussi une mise en question des valeurs morales proposées par l'Église. Je pense en particulier à la crise profonde de l'institution du mariage et de la famille, et au nombre croissant de divorces, aux nombreux avortements, à la possibilité d'unions entre personnes de même sexe: tout cela constitue un signe évident de déchristianisation. Beaucoup de nos contemporains vivent comme si Dieu n'existait pas. Dans une telle société, on a plus que jamais besoin de votre voix d'évêques. Vous êtes appelés à faire entendre la Parole de Dieu et le message chrétien, qui aident à comprendre l'homme et le sens de son existence, prenant soin qu'il y ait entre vous, dans les prises de position nécessaires sur les questions théologiques et morales, unité et unanimité.
Même parmi les catholiques pratiquants, on note un affaiblissement de la foi. C'est pour vous une expérience douloureuse de voir des fidèles, et malheureusement dans certains cas des prêtres, mettre en question des points de la doctrine et de la discipline de l'Église. Certains s'arrogent même le droit de choisir, en matière de foi, les enseignements qui, selon eux, seraient admissibles et ceux qui peuvent être refusés. Le devoir fondamental de l'Évêque, Pasteur et Maître de la Foi, est d'inviter les fidèles à accepter pleinement l'enseignement de l'Église. Avec l'aide du Christ, je vous exhorte à annoncer l'Évangile avec courage et sérénité, "à temps et à contretemps" (2 Tm 4, 2).
Enseigner, mon petit, ça n'est pas drôle! Je ne parle pas de ceux qui s'en tirent avec des boniments... La vérité, elle délivre d'abord, elle console après. D'ailleurs, on n'a pas le droit d'appeler cela une consolation. Pourquoi pas des condoléances? La parole de Dieu! C'est un fer rouge. Et toi qui l'enseignes, tu voudrais la prendre avec des pincettes, de peur de te brûler, tu ne l'empoignerais pas à pleines mains? Laisse-moi rire... Je prétends simplement que lorsque le Seigneur tire de moi, par hasard, une parole utile aux âmes, je la sens au mal qu'elle me fait.
« Vous dites trembler parce qu'il y a quelque chose d'Hildebrand en moi ? Vous trouvez-vous encore parmi ceux pour qui ce nom saint et glorieux est un symbole d'exagération ? Pour qui y regarde de plus près, son nom symbolise la patience et l'impartialité, ainsi que la force et la fidélité. Croyez-moi sur ce point – et sur tout le reste. Cette épreuve devait refaire surface… et, comme toutes les épreuves, elle aussi succombera un jour. »
Lettre de Dom Guéranger à Madame Swetchine,
13 janvier 1838.