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Publié par dominicanus

 

«Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir, même dans ses contradictions, exige de l'Église le renforcement des synergies dans tous les domaines de sa mission» peut-on lire dans ce texte publié ce mercredi 25 octobre.
La "Lettre au peuple de Dieu" de l'assemblée synodale

 

 

Après trois semaines de "conversations dans l'Esprit", précédé de deux ans le "Synode" sur la Synodalité vient d'accoucher d'une "Lettre au peuple de Dieu" NON SIGNÉE DU PAPE (!!!).

 

Cette lettre est donc l'aboutissement d'un processus révolutionnaire, inauguré il y a deux ans, censé renouveler le fonctionnement de l'Église dans un monde en crise, et l'annonce d'un programme en prévision de la deuxième session en octobre 2024.

 

Pour ma part, je vous propose de prendre connaissance d'un Guide de Lecture de l'Instrumentum Laboris (à lire en entier !) qui nous aide à comprendre qu'en réalité, ladite "Conversation dans l'Esprit" est inspirée de la "dynamique de groupe" :

 

La « conversation dans l’Esprit » aboutit à « identifier les points clés qui ont émergé et […] dégager un consensus concernant les fruits du travail commun, que chacun considère comme fidèle au processus et dans lequel il ou elle peut donc se sentir représenté » (n° 39). Cette description est une des caractéristiques de ce que l’on nomme la dynamique de groupe. Du reste, l’IL dit ouvertement que les méthodes issues des sciences psycho-sociales sont utilisées au long du synode : « L’optique de la transparence et de la redevabilité (capacité à rendre compte) est fondamentale pour un exercice authentiquement évangélique de l’autorité et de la responsabilité. Cependant, elle suscite aussi des craintes et des résistances. C’est pourquoi il est important de prendre en compte sérieusement, avec un esprit de discernement, les découvertes les plus récentes des sciences de la gestion et du leadership (IL, Fiche B.3.1.d – nous soulignons). »

Notons l’emploi du mot « résistance » …
 

L’expression « dynamique des groupes » remonte au psychologue américain Kurt Lewin (1944). Elle désigne les théories et les techniques qui visent à expliquer et à influencer le fonctionnement d’un groupe humain12. Leur finalité est de promouvoir des changements, selon le principe découvert par Lewin : « il est plus facile de modifier les habitudes d’un groupe que celles d’un individu pris isolément ». Selon Jean Maisonneuve, les expériences de Lewin l’ont amené à poser ce principe fondamental :
 

« L’une des principales sources de la résistance au changement, c’est la crainte de s’écarter des normes de groupes. Voilà pourquoi, conclut Lewin, il est plus facile de modifier les habitudes d’un groupe que celles d’un individu pris isolément, même lorsqu’il ne s’agit pas d’une décision concernant un but commun, mais d’une décision concernant des conduites individuelles dans un cadre social. Lewin induit de cet ensemble de recherches une théorie importante concernant les équilibres sociaux et leurs transformations.
Qu’il s’agisse d’habitudes alimentaires ou professionnelles, de modes de commandement, de climat social ou de niveau de productivité, on se trouve – sauf dans les périodes de crises brusques – en présence d’équilibres quasi stationnaires.
Si l’on veut introduire un changement, il faut réussir à modifier cet équilibre dans un sens délibéré. On dispose alors de deux méthodes :
- soit augmenter les pressions dans le sens du changement,
- soit diminuer les résistances envers ce même changement.
Pratiquer exclusivement la première méthode aboutit presque toujours à des tensions, des
conflits plus ou moins vifs. Il faut donc y associer la seconde méthode.
Comme nous savons que l’une des principales sources de résistance, c’est la crainte de s’écarter des normes traditionnelles, si les membres des groupes sont amenés à admettre ensemble la mise en question de ces normes, le processus d’évolution est amorcé 13. »


C’est pendant la Seconde Guerre mondiale, à l’occasion d’une demande du gouvernement américain, que Lewin utilisa pour la première fois sa méthode (nous soulignons) :


« Certaines habitudes concernant la consommation de la viande s’étaient avérées fâcheuses du point de vue économique après l’entrée en guerre des États-Unis en 1943 : il s’agissait d’amener les Américains à consommer davantage d’abats – nourriture très méprisée et impossible à conserver – pour éviter le rationnement des autres morceaux.
Sollicité par les services officiels, Lewin eut l’idée de comparer deux moyens d’intervention en faveur de la consommation des abats, dans le cadre de clubs féminins où se réunissaient régulièrement les ménagères de petites villes : d’une part, des conférences portant sur les mérites nutritifs des abats et sur les moyens culinaires permettant d’améliorer leur préparation et leur présentation ; d’autre part, des exposés-discussions où, après une information plus brève, les femmes étaient invitées à poser des questions et à discuter entre elles des essais possibles sous la conduite d’un animateur.
On a constaté que les effets sur l’augmentation de la consommation étaient parfois dix fois supérieurs avec la seconde méthode (30 % contre 3 %).


Ces résultats ont été confirmés par d’autres études, concernant cette fois la comparaison entre l’effet d’instructions diététiques données individuellement par des médecins et l’effet de prises de décision effectuées par de petits groupes sous la conduite des mêmes médecins : il s’agissait d’engager les jeunes femmes, accouchées dans un hôpital rural, à donner précocement à leur bébé de l’huile de foie de morue et des jus de fruits, au lieu de les maintenir longtemps (comme elles le furent elles-mêmes) à un régime exclusivement lacté. Les contrôles ultérieurs révèlent que les mères qui s’étaient décidées à l’issue d’une discussion à adopter ce nouveau régime le pratiquaient effectivement dans une proportion de 85 à 100 %, tandis que celles qui avaient reçu des instructions individuelles ne le pratiquaient que dans une proportion de 40 à 50 %14. »


Ces exemples fondateurs restent significatifs. Dans certaines pratiques de la dynamique des groupes lewinienne, il semble que l’« écoute » serve d’abord à désamorcer les résistances, et n’implique de soi aucune prise en compte de l’avis exprimé.
Par la suite, la dynamique des groupes fut appliquée au monde du travail, d’abord aux ÉtatsUnis, puis en Europe dès les années 1970, dans le cadre de séminaires de formation, notamment afin d’opérer les « remises en cause nécessaires au changement15 ». Les psychosociologues l’expérimentèrent ensuite pour favoriser le changement social.

 

 

 

12 Selon l’encyclopédie en ligne Wikipédia, la dynamique de groupe est du ressort de la psychologie sociale et désigne « l’étude (description et analyse) des mécanismes et processus spécifiques aux groupes » ainsi que « l’intervention au sein de groupes dans le but de faciliter la compréhension des processus qui s’y développent, et ce afin de générer un changement qui aura des effets sur le groupe ou ses membres » (nous soulignons).
 

13 Jean Maisonneuve, La dynamique des groupes, coll. « Que sais-je ? », Paris, PUF, 1968, p. 43.

 

14 J. Maisonneuve, op. cit., p. 42.


15 J. Maisonneuve, op. cit., p. 88.

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