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Publié par dominicanus

 

 

 

Le lecteur fidèle de Praedicatho et de l'enquête d'Andrea Cionci au sujet du "Ratzinger Code" se souvient de l'épisode où l'auteur met en lumière le lien entre la prétendue démission du Pape et le lundi de carnaval (Rosenmontag), comme étant une "vaste blague" orchestrée par celui qui, étant cardinal, avait reçu un Prix pour son humour subtil, et comme un mauvais tour joué au diable.

 

 

Karl-Valentin-Sketch vorgespielt
15.01.2018 Kardinal Ratzinger offenbart komödiantisches Talent

 

En ce mardi gras, je vous propose une médiation de Benoît XVI sur le carnaval comme fondement de la liberté chrétienne. Bonne lecture et bon carnaval !

 

***

 



LE CARNAVAL

Fondement de notre liberté

 

Bien sûr le carnaval n'est pas une fête religieuse. Pourtant, il est impossible de l'envisager sans son lien avec le calendrier de l'Église. Aussi une réflexion sur son origine et sa signification peut-elle s'avérer des plus utiles pour mieux comprendre la foi chrétienne.


Le carnaval s'enracine dans des traditions très diverses : juives, païennes et chrétiennes. Et toutes trois renvoient à quelque chose d'universel, de commun aux personnes de toutes les origines et de toutes les époques.


Dans le calendrier des fêtes juives, il correspond à peu près à la fête de Purim qui commémore le salut d'Israël face à la montée des persécutions antisémites dans l'empire perse, voulues par la reine Esther si l'on en croit le récit biblique. L'enthousiasme sans retenue manifesté lors de cette fête tend à exprimer la sensation de libération qui, ce jour-là, n'est pas seulement un souvenir mais aussi une promesse : Celui qui s'en remet au Dieu d'Israël est libéré d'avance du joug de ses ennemis.


Simultanément, cette fête séculière faite de débordements, qui avait et a toujours sa place dans le calendrier religieux, recèle une connaissance du rythme du temps qui est bien formulée dans l'Ecclésiaste : "Il y a un moment pour tout et un temps pour tout faire sous le ciel: un temps pour enfanter et un temps pour mourir; un temps pour planter et un temps pour arracher le plant; un temps pour tuer et un temps pour guérir; un temps pour détruire et un temps pour bâtir; un temps pour pleurer et un temps pour rire; un temps pour gémir et un temps pour danser" (Qohelet 3,1). Toute chose ne réussit pas à n'importe quel moment. L'homme a besoin d'un rythme et l'année lui donne ce rythme de par la création et de par l'histoire qui représente la foi dans le cycle annuel.


Nous en arrivons ainsi à l'année liturgique.


Celle­-ci permet à l'homme de passer en revue toute l'histoire du salut au rythme de la création, tout en mettant de l'ordre dans notre nature chaotique et hétérogène en la purifiant. Dans ce cycle issu de la Création et de l'Histoire, rien d'humain n'est ignoré. Et c'est uniquement de cette manière que tout ce qui est humain - l'aspect ténébreux comme l'aspect lumineux, l'aspect sensuel comme l'aspect spirituel - est sauvé. Ce qui est humain trouve sa place dans le tout qui lui donne du sens et le libère de son isolement.


C'est pourquoi c'est un non-sens de vouloir prolonger le carnaval quand le commerce et l'agenda y incitent. Le temps artificiel engendre de l'ennui. L'homme, devenu son propre créateur, est laissé seul avec lui-même et il se trouve alors véritablement abandonné. Le temps n'est plus alors le cadeau diversifié de la Création et de l'Histoire, mais un monstre qui se dévore lui-même, le mouvement vide de ce qui est éternellement semblable, nous fait absurdement tourner en rond avant de nous dévorer nous aussi.


Mais revenons une nouvelle fois sur les racines juive et païenne du carnaval. Les masques grimaçants de la tradition païenne nous regardent des Alpes à la région alémanico-souabe. On y assistait à des rites destinés à chasser l'hiver et à bannir les forces démoniaques. Les changements de saison permettaient de ressentir les menaces qui pèsent sur le monde : la recréation de la terre et de sa fertilité devait être assurée face au néant auquel le monde est confronté pendant le sommeil hivernal.


Nous pouvons observer ici quelque chose de très important. Dans le monde chrétien, le masque démoniaque devient une mascarade amusante, un combat mortel avec les démons, un éclat de rire avant la gravité sérieuse du Carême. Nous retrouvons cette mascarade dans les Psaumes et dans les Prophètes. A qui connait l'existence du vrai Dieu, elle sert à se moquer des dieux qu'il ne craindra plus désormais. Les masques des dieux sont devenus un spectacle drôle, ils expriment la joie insolente de ceux qui rient maintenant de ce qui était auparavant source d'effroi. Le carnaval contient bel et bien une composante de libération chrétienne : la liberté accomplie par un Dieu et dont il est question dans la fête juive de Purim.


Mais une question reste finalement en suspens.


Sommes-nous encore en possession de cette liberté ? Ou bien ne voulions-nous pas en définitive nous libérer de Dieu, de la création et de la foi pour être complètement libres ? Et cela n'a-t-il pas pour conséquence de nous livrer à nouveau aux dieux, aux forces de l'argent, de l'avidité, de l'opinion publique ?


Dieu n'est pas l'adversaire de notre liberté mais son fondement et sa cause. C'est ce qu'il nous faut réapprendre aujour­d'hui. Seul l'amour qui est tout-puissant peut être la source d'une joie débarrassée de toute peur.

 

 

(La Gloire de Dieu aujourd’hui, édition Parole et Silence, 2006, pages 49-51)


 

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