C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Crédit peintures: B. Lopez

Il s'agit donc d'une figure appartenant au groupe de ceux que Jésus avait choisis comme ses proches
compagnons et collaborateurs. Cela suscite deux questions, dans la tentative de donner une explication aux faits qui se sont produits. La première consiste à se demander pourquoi Jésus a choisi
cet homme et lui a fait confiance. D'autant plus que, en effet, bien que Judas soit, dans les faits, l'économe du groupe (cf. Jn 12, 6b; 13, 29a), en réalité il est aussi qualifié de "voleur"
(Jn 12, 6a). Le mystère du choix demeure, d'autant plus que Jésus prononce un jugement très sévère sur son compte: "Malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré" (Mt 26, 24).
Le mystère s'épaissit encore davantage à propos de son destin éternel, sachant que Judas "pris de remords en le voyant condamné... rapporta les trente pièces d'argent aux
chefs des prêtres et aux anciens. Il leur dit: "J'ai péché en livrant à la mort un innocent"" (Mt 27, 3-4). Bien qu'il se soit ensuite éloigné pour aller se pendre (cf. Mt 27, 5), ce
n'est pas à nous qu'il revient de juger son geste, en nous substituant à Dieu infiniment miséricordieux et juste.
Une deuxième question concerne la raison du comportement de Judas: pourquoi trahit-il Jésus? Cette
question est l'objet de diverses hypothèses. Certains pensent à sa soif d'argent; d'autres défendent une explication d'ordre messianique: Judas aurait été déçu de voir que Jésus
n'insérait pas dans son programme la libération politique et militaire de son pays. En réalité, les textes évangéliques insistent sur un autre aspect: Jean dit expressément que "le démon
a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l'intention de le livrer" (Jn 13, 2); de manière analogue, Luc écrit: "Satan entra en Judas, appelé Iscariote, qui était au nombre des
Douze" (Lc 22, 3). De cette manière, on va au-delà des motivations historiques et on explique le fait à partir de la responsabilité personnelle de Judas, qui céda misérablement à une tentation
du Malin. La trahison de Judas demeure quoi qu'il en soit un mystère. Jésus l'a traité en ami (cf. Mt 26, 50), mais dans ses invitations à le suivre sur la voie des béatitudes, il ne forçait
pas les volontés et ne les protégeait pas non plus contre les tentations de Satan, respectant la liberté humaine.
En effet, les possibilités de perversion du coeur humain sont vraiment nombreuses. La seule façon d'y
remédier consiste à ne pas cultiver une vision des choses uniquement individualiste, autonome, mais au contraire à se remettre toujours à nouveau du côté de Jésus, en assumant son point de vue.
Nous devons chercher, jour après jour, à être en pleine communion avec Lui. Rappelons-nous que Pierre aussi voulait s'opposer à lui et à ce qui l'attendait à Jérusalem, mais il fut sévèrement
réprimandé: "Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes" (Mc 8, 32-33)! Pierre, après sa chute, s'est repenti et a trouvé le pardon et la grâce. Judas aussi s'est
repenti, mais son repentir a dégénéré en désespoir, se transformant ainsi en autodestruction. C'est pour nous une invitation à toujours nous rappeler ce que dit saint Benoît à la fin du
chapitre V de sa "Règle", qui est fondamental: "Ne désespère jamais de la miséricorde divine". En réalité, Dieu "est plus grand que notre coeur", comme le dit saint Jean (1 Jn 3, 20).
Gardons donc deux choses à l'esprit. La première: Jésus respecte notre liberté. La deuxième: Jésus attend notre disponibilité au repentir et à la conversion; il est riche de
miséricorde et de pardon. Du reste, quand nous pensons au rôle négatif joué par Judas, nous devons l'insérer dans la direction supérieure des événements de la part de Dieu. Sa trahison a
conduit à la mort de Jésus, qui transforma ce terrible supplice en espace d'amour salvifique et en don de soi au Père (cf. Gal 2, 20; Ep 5, 2.25). Le verbe "trahir" est la version d'un mot grec
qui signifie "livrer". Parfois son sujet est même Dieu en personne: c'est lui qui par amour "livra" Jésus pour nous tous (cf. Rm 8, 32). Dans son mystérieux projet salvifique, Dieu assume
le geste inexcusable de Judas comme une occasion de don total du Fils pour la rédemption du monde.
Pour conclure, nous voulons également rappeler celui qui après la Pâque fut élu à la place du traître. Dans l'Eglise de Jérusalem deux personnes furent proposées par la communauté et ensuite tirées au sort: "Joseph Barsabbas, surnommé Justus, et Matthias" (Ac 1, 23). Ce dernier fut précisément élu et ainsi "associé aux onze Apôtres" (Ac 1, 26). Nous ne savons rien de lui, si ce n'est qu'il avait été lui aussi témoin de toute la vie terrestre de Jésus (cf. Ac 1, 21-22), lui demeurant fidèle jusqu'au bout. A la grandeur de sa fidélité s'ajouta ensuite l'appel divin à prendre la place de Judas, comme pour compenser sa trahison. Nous pouvons en tirer une dernière leçon: même si dans l'Eglise ne manquent pas les chrétiens indignes et traîtres, il revient à chacun de nous de contrebalancer le mal qu'ils ont accompli par notre témoignage limpide à Jésus Christ, notre Seigneur et Sauveur.
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