Voilà, évidemment, la charité parfaite; il est absolument impossible d'en trouver de plus grande. Mais comme elle ne se trouve point parfaite en tous, celui qui ne la possède pas dans toute sa
perfection ne doit nullement se désoler, pourvu qu'elle ait déjà pris naissance en lui, et qu'elle soit, par conséquent, susceptible d'arriver à son comble. Car si elle s'y trouve déjà, il faut
la nourrir et la conduire à la perfection qui lui est propre en lui donnant des aliments choisis et spéciaux.
Nous avons cherché à découvrir le point initial de la charité, à savoir où elle commence, et, aussitôt, nous avons trouvé dans l'épître de Jean ces paroles: «Un homme qui a les biens de ce monde,
et qui, voyant son frère dans la détresse, lui ferme son coeur et ses entrailles, comment aurait-il en soi l'amour de Dieu (1Jn 3,16-17)?» Mes frères, cette charité commence donc à
exister, lorsqu'on donne de son superflu aux malheureux plongés dans le besoin, et qu'on délivre le prochain des épreuves du temps, en leur faisant part des biens temporels qu'on possède en
abondance. Voilà où commence la charité.
Après qu'elle aura ainsi pris naissance en toi, donne-lui pour aliment la parole de Dieu et l'espérance de la vie future, et tu arriveras à ce degré de perfection que tu seras prêt à donner ta
vie pour tes frères.