Loin des réquisitoires contre le « repli identitaire », le théologien invite l'Église à substituer la transmission culturelle et spirituelle au procès d'intention
Alors que le Père Benoist de Sinety met en garde contre les risques d’un christianisme identitaire et voit dans certains témoignages chrétiens une possible tentation de repli , dont l’Église et la société devraient se méfier, le Père Thierry-Dominique Humbrecht propose une lecture différente de la situation. Pour le théologien dominicain, le véritable enjeu n’est pas l’existence d’une identité chrétienne trop affirmée, mais la profonde crise culturelle et spirituelle qui frappe une jeunesse souvent privée de transmission, de repères et d’héritage.
Dans cette interview exclusive, le Père Thierry-Dominique Humbrecht refuse d’enfermer la fougue des jeunes catholiques dans une simple grille de lecture idéologique. Pour lui, le cœur du sujet n’est pas le mot « identité », mais l’immense crise de la transmission culturelle et spirituelle qui marque notre époque. Certes, il reconnaît qu’à 20 ans « on a le sang chaud » et que certains militants commettent l’erreur de placer la politique avant la grâce de Dieu.
Cependant, il invite à la nuance : ce phénomène demeure ultra-minoritaire et cache souvent, derrière des slogans de surface, une grande pauvreté intellectuelle liée à l’effondrement de notre héritage éducatif, littéraire, artistique et musical. Face à des jeunes « gorgés d’écrans » qui cherchent légitimement des repères visibles, le dominicain lance également un avertissement aux pasteurs qui préfèrent la critique publique à l’accompagnement spirituel. Sa conclusion est sans appel : plutôt que de dénoncer ou de suspecter cette jeunesse, l’Église doit susciter des maîtres et des pères spirituels capables de transformer ces engagements parfois maladroits en une foi profonde, une vie de prière exigeante et une authentique rencontre avec le Christ.
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