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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

annee sacerdotale

Cláudio Hummes, La prière nécessaire pour que les pasteurs soient vainqueurs du diable

dominicanus #Année Sacerdotale

vianney.jpg


Décembre 2009.

Chers Prêtres,


         Dans la vie du Prêtre, la prière occupe nécessairement l’une des places centrales. Ce n’est pas difficile à comprendre, parce que la prière cultive l'intimité du disciple avec son Maître, Jésus-Christ. Nous savons tous comment, lorsqu’elle s'évanouit, la foi s'affaiblit et le ministère perd contenu et sens. La conséquence existentielle pour le Prêtre sera d’avoir moins de joie et moins de bonheur dans le ministère de chaque jour. C’est comme si, sur la route à la suite de Jésus, le Prêtre, qui marche avec beaucoup d'autres, commençait à prendre toujours plus de retard et s'éloignait ainsi du Maître, jusqu'à le perdre de vue à l'horizon. Dès lors, il se retrouve égaré et vacillant.


         Saint Jean Chrysostome, dans une homélie commentant la Première Lettre de Paul à Timothée, avertit avec sagesse : « Le diable s'acharne contre le pasteur […]. En effet, s’il tue les brebis le troupeau diminue, mais s’il élimine le pasteur, il détruira tout le troupeau ». Ce commentaire fait penser à beaucoup de situations actuelles. Chrysostome nous met en garde : la diminution des pasteurs fait et fera baisser toujours plus le nombre des fidèles et des communautés. Sans pasteurs, nos communautés seront détruites !


         Mais ici je voudrais d'abord parler de la prière, nécessaire pour que, comme dirait Chrysostome, les pasteurs soient vainqueurs du diable et ne s'évanouissent pas. Vraiment, sans la nourriture essentielle de la prière, le Prêtre tombe malade, le disciple ne trouve pas la force pour suivre le Maître, et ainsi il meurt de dénutrition. Par conséquent, son troupeau se disperse et meurt à son tour.


         En effet, chaque Prêtre a une référence essentielle à la communauté ecclésiale. Il est un disciple très spécial de Jésus, qui l'a appelé et, par le sacrement de l'Ordre, se l’est configuré, comme Tête et Pasteur de l'Église. Le Christ est l'unique Pasteur, mais il a voulu faire participer à Son ministère les Douze et leurs Successeurs, à travers lesquels les Prêtres également, quoique à un degré inférieur, sont rendus participants de ce sacrement ; de sorte qu’ils participent eux aussi, d’une manière qui leur est propre, au ministère du Christ, Tête et Pasteur. Cela comporte un lien essentiel du Prêtre avec la communauté ecclésiale. Il ne peut pas ne pas tenir compte de cette responsabilité, vu que la communauté sans pasteur meurt. Au contraire, à l'exemple de Moïse, il doit garder les bras levés vers le ciel, en prière, pour que le peuple ne périsse pas.


         Le Prêtre donc, pour rester fidèle au Christ et fidèle à la communauté, a besoin d'être un homme de prière, un homme qui vit dans l'intimité du Seigneur. Il a le besoin en outre d'être réconforté par la prière de l'Église et de chaque chrétien. Que les brebis prient donc pour leur pasteur ! Lorsque, cependant, le Pasteur lui-même se rend compte que sa vie de prière s'affaiblit, il est temps de s'adresser à l’Esprit Saint et de demander avec l’esprit du pauvre. L'Esprit rallumera le feu en son coeur. Il rallumera la passion et l’enchantement envers le Seigneur, qui est resté là et qui veut dîner avec lui !


         En cette Année Sacerdotale, nous voulons prier, avec persévérance et beaucoup d'amour, pour les Prêtres et avec les Prêtres. À cette intention, la Congrégation pour le Clergé, chaque premier Jeudi du mois, pendant l'Année Sacerdotale, à 16 heures, célèbre une Heure eucharistique et mariale, dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure, à Rome, pour les Prêtres et avec les Prêtres. Beaucoup de gens viennent, avec joie, prier avec nous.


         Très chers Prêtres, la Noël de Jésus-Christ s'approche. Je voudrais présenter à vous tous mes vœux les meilleurs et les plus fervents d’un Bon Noël et d’une heureuse Année 2010. Dans la crèche l'Enfant Jésus nous invite à renouveler envers Lui l’intimité de l'ami et du disciple, pour nous envoyer de nouveau comme ses évangélisateurs !


Cardinal Cláudio Hummes

Archevêque émérite de São Paulo

Préfet de la Congrégation pour le Clergé

Mgr Mauro Piacenza, L'Obéissance des Prêtres

dominicanus #Année Sacerdotale




Très chers Confrères dans le Sacerdoce,


Tout en n'étant pas liés par un Voeu Solennel d'obéissance, les ordinands prononcent la « promesse » de filial « respect et obéissance » envers leur Ordinaire et ses successeurs. Si le statut théologique d'un Voeu diffère de celui d'une promesse, identique est l'engagement moral totalisant et définitif, identique l'offrande de sa volonté propre à la volonté d'un Autre : à la volonté Divine, à travers la médiation ecclésiale.


Dans un temps comme le nôtre, imprégné de relativisme et d'affectation de démocratie, de variés autonomismes et d'attitudes libertaires, une telle promesse d'obéissance paraît toujours plus incompréhensible à la mentalité courante. Il n'est pas rare qu'elle soit conçue comme une diminutio de la dignité et de la liberté humaine, comme une persistance de formes obsolètes, typiques d'une société incapable d'une authentique émancipation.


Nous qui vivons l'obéissance authentique, nous savons bien qu'il n'en est pas ainsi. Jamais l'obéissance, dans l'Eglise, n'est contraire à la dignité et au respect de la personne, jamais elle ne doit être conçue comme une soustraction de responsabilité ou comme une aliénation.


Le Rite a une formule fondamentale pour la juste compréhension de cette promesse ; il définit l'obéissance seulement après avoir inséré le « respect » ; et dans la traduction italienne celui-ci est adjectivé comme « filial ». Or ce terme : « fils », en toute langue, est un nom relatif, qui implique, justement, la relation entre un père et un fils. C'est vraiment dans ce contexte relationnel que doit être comprise l'obéissance que nous avons promise. Un contexte dans lequel le père est appelé à être père vraiment, et le fils à reconnaître sa filiation et la beauté de la paternité qui lui est offerte.


Comme il arrive dans la loi de nature, personne ne choisit son père et, d'autre part, personne ne choisit ses fils. Donc nous sommes tous appelés, pères et fils, à avoir les uns pour les autres un regard surnaturel, de grande miséricorde réciproque et de grand « respect », c'est-à-dire une capacité de regarder l'autre en ayant toujours présent le bon Mystère qui l'a engendré, et qui au bout du compte est toujours constitutif de lui. Le « respect », en définitive, c'est simplement ceci : regarder quelqu'un, en tenant compte d'un Autre !


Ce n'est que dans un contexte de filial « respect » qu'une authentique obéissance est possible, qui ne soit pas à peine formelle, pure exécution d'ordres, mais qui soit passionnée, entière et attentive, qui puisse vraiment porter des fruits de conversion et de « vie nouvelle » chez celui qui la vit.


La promesse s'adresse à l'Ordinaire du temps de l'Ordination et à ses « Successeurs », parce que l'Église fuit toujours les personnalismes excessifs : elle met au centre la personne, mais pas les subjectivismes qui vous détachent de la force et de la beauté, historique et théologique, de l'Institution. C'est aussi dans l'Institution, qui est d'origine divine, que demeure l'Esprit. L'institution est, par nature, charismatique ; lui être librement lié dans le temps (« mes successeurs ») signifie donc pouvoir « rester dans la vérité », demeurer en Lui, présent et à l'oeuvre en son corps vivant qu'est l'Église, dans la beauté de la continuité du temps, des siècles, qui nous lie inséparablement au Christ et aux Apôtres.


Demandons à la Servante du Seigneur, l'obéissante par excellence, Celle qui a chanté, même dans la peine, « Me voici qu'il soit fait de moi selon ta parole », la grâce d'une obéissance filiale, pleine, heureuse et prête ; une obéissance qui nous libère de tout théâtralisme et puisse montrer au monde qu'il est vraiment possible de tout donner au Christ et d'être pleinement réalisés et authentiquement hommes.


+ Mauro Piacenza

Archev. tit. de Vittoriana

Secrétaire de la Congrégation pour le clergé

Mauro Gagliardi, Le prêtre dans la célébration eucharistique

dominicanus #Année Sacerdotale
Rubrique de théologie, sous la direction de don Mauro Gagliardi



ROME, Mardi 17 novembre 2009 (ZENIT.org) - Cette nouvelle rubrique, sous la direction de don Mauro Gagliardi, consulteur du Bureau des célébrations liturgiques du souverain pontife, intitulée « Esprit de la Liturgie », se propose de présenter, d'une manière accessible et synthétique, plusieurs thèmes de théologie liturgique. Ce premier article expose aux lecteurs le thème général de la nouvelle « année » qui s'étalera jusqu'à la fin du mois de juin 2010.


* * *


Comme chacun sait, le Saint-Père Benoît XVI a proclamé l'Année sacerdotale (juin 2009 - juin 2010), à l'occasion du 150e anniversaire du dies natalis du saint Curé d'Ars. L'intention est de « ...contribuer à promouvoir un engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres afin de rendre plus incisif et plus vigoureux leur témoignage évangélique dans le monde d'aujourd'hui » [1]. Saint Jean-Marie Vianney n'a pas seulement incarné de son vivant un modèle suprême de prêtre, il a toujours annoncé avec clarté et avec force l'incomparable dignité du sacerdoce et le rôle central du ministère ordonné au sein de l'Eglise. Puisant dans ses enseignements, le Saint-Père a reproposé ces paroles du Saint :


« "Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! S'il se comprenait, il mourrait... Dieu lui obéit : Il dit deux mots et Notre Seigneur descend du ciel à sa voix et se renferme dans une petite hostie !..." ».


Et encore :


« Si nous n'avions pas le sacrement de l'ordre, nous n'aurions pas Notre Seigneur. Qui est-ce qui l'a mis là, dans le tabernacle ? Le prêtre. Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre, toujours le prêtre... Et si cette âme vient à mourir à cause du péché, qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix ? Encore le prêtre... Après Dieu, le prêtre c'est tout. Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel » [2].


Comme on le voit, saint Jean-Marie identifie la grandeur du prêtre avec une référence privilégiée au pouvoir qu'il exerce dans les sacrements au nom et en la Personne du Christ (in persona Christi). Benoît XVI a mis en évidence ce fait, reprenant encore d'autres paroles du Curé d'Ars, qui se réfèrent tout particulièrement au ministère de la célébration de la Sainte Eucharistie. Le pape écrit que le Saint


« était convaincu que toute la ferveur de la vie d'un prêtre dépendait de la messe  : La cause du relâchement du prêtre, c'est qu'on ne fait pas attention à la messe ! Hélas ! Mon Dieu ! qu'un prêtre est à plaindre quand il fait cela comme une chose ordinaire !" » [3].


L'Année sacerdotale propose à notre réflexion la figure du prêtre et, de manière spéciale, sa dignité de ministre ordonné qui célèbre les sacrements, au bénéfice de toute l'Eglise, en la personne du Christ, Grand Prêtre Eternel [4].


En cette Année Sacerdotale, célébrée entre 2009 et 2010, d'autres anniversaires méritent d'être évoqués, car ils sont intimement liés au caractère eucharistique de la dignité sacerdotale. En 1969, le pape Paul VI promulguait, avec la Constitution apostolique Missale Romanum, le nouveau missel romain établi après le Concile Vatican II. En cette année 2009, nous célébrons donc le 40e anniversaire de cette promulgation. L'année prochaine 2010, nous fêterons deux autres anniversaires, eux aussi directement liés à la célébration de l'Eucharistie. Le premier coïncide avec le 40e anniversaire (1970-2010) de la promulgation de l'editio typica définitive (la  première) de l'Institutio Generalis Missalis Romani. Le second coïncide avec le 440e anniversaire de la promulgation du missel actuellement dénommé Vetus Ordo ou Usus antiquior, promulgué par saint Pie V avec la Constitution apostolique Quo primum, du 14 juillet 1570. Cette Constitution est évoquée, en même temps que le missel de saint Pie V, dès les premiers mots de ladite Constitution apostolique Missale Romanum de Paul VI, le nouveau missel romain de Paul VI [5].


Les deux missels, unis également dans la célébration de leurs anniversaires respectifs, sont deux formes de l'unique lex orandi (« loi de la prière ») de l'Eglise de rite latin. Le Saint-Père Benoît XVI s'est exprimé à ce sujet, enseignant, à propos du missel de Paul VI, que


« Le missel romain promulgué par saint Pie V et réédité par le bienheureux Jean XXIII doit être considéré comme l'expression extraordinaire de la même lex orandi de l'Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique. Ces deux expressions de la lex orandi de l'Église n'induisent aucune division de la lex credendi (« loi de la foi ») de l'Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l'unique rite romain. Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la messe suivant l'édition type du missel romain promulgué par le bienheureux Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l'Église » [6].


La possibilité d'une coexistence sereine et harmonieuse des deux formes de l'unique rite romain a été enfin indirectement affirmée par la présence simultanée des Ordines Missae (bienheureux Jean XXIII et Paul VI) au sein du Compendium Eucharisticum, qui vient d'être publié par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements [7].


La coïncidence de ces différents anniversaires a dicté le thème que la rubrique Esprit de la Liturgie se propose d'approfondir cette année : celui du « prêtre dans la célébration eucharistique ». A travers de courts articles publiés à raison d'un article tous les 15 jours, rédigés par des théologiens, liturgistes et canonistes compétents, nous chercherons à présenter d'une manière claire et accessible le rôle et la fonction du prêtre dans les différentes parties de la messe, en gardant présents à l'esprit les deux missels dont nous célébrons les anniversaires. J'augure que ces articles pourront aider les prêtres à saisir l'opportunité de réflexion et de conversion qui leur est offerte par l'Année sacerdotale, et les inciter à une exigence et une attention de plus en plus grandes dans l'ars celebrandi. Espérons en outre que les contributions qui seront peu à peu publiées pourront aider aussi les autres lecteurs - religieux, religieuses, séminaristes, fidèles laïcs - à reconsidérer avec une attention accrue, et à vénérer avec un profond respect religieux, la grandeur du mystère eucharistique et la dignité du ministère sacerdotal, ainsi qu'à redécouvrir son rôle central dans la vie et dans la mission de l'Eglise.


Notes

[1] Benoît XVI Lettre pour l'Année sacerdotale, 16.06.2009

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4]  « c'est avant tout lors de la synaxe (culte eucharistique) que les prêtres exercent leur fonction (munus) sacrée ; là, tenant la place du Christ [In persona Christi J et proclamant son mystère, ils joignent les prières des fidèles au sacrifice de leur Chef et, dans le sacrifice de la messe, ils rendent présent à nouveau et appliquent jusqu'à la venue du Sauveur l'unique sacrifice du Nouveau Testament, celui du Christ, qui s'est offert une fois pour toutes au Père comme victime immaculée » : Concile Vatican II, Lumen gentium, n. 28 : AAS 57 (1965), p. 34. Cf.également Presbyterorum Ordinis, nn. 2 ; 12 ; 13.

[5] Cf. Paul VI, Missale Romanum, 03.04.1969 : AAS 61 (1969), p. 217.

[6] Benoît XVI, Summorum Pontificum, 07.07.2007, art. 1.

[7] Cf. Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Compendium Eucharisticum, LEV, Cité du Vatican 2009. La mise au point de ce texte a été confiée directement à la Congrégation par le Saint-Père, qui en avait fait l'annonce dans l'Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis, 22.02.2007, n. 93.

Un Forum sur 'la communication dans la mission du prêtre'

dominicanus #Année Sacerdotale
Journée d’étude à l’Université pontificale de la Sainte-Croix




ROME, Lundi 16 novembre 2009 (ZENIT.org) - Mercredi 18 novembre aura lieu à l'Université pontificale de la Sainte-Croix de Rome (PUSC), une journée d'étude sur le thème : « La communication dans la mission du prêtre », organisée par la faculté de communication sociale institutionnelle de l'université.


A l'occasion de l'Année sacerdotale, expliquent les organisateurs, cette journée veut rappeler que « chaque prêtre est un communicateur : un communicateur en soi, dans la mesure où ses sacrements font de lui un représentant de Jésus Christ, et qu'il doit donc vivre en conformité avec ce qu'il représente, et en tant que porteur de grâce et ministre de la Parole de Dieu ». 


La consécration et la mission « sont liées » : « la Parole donne du sens au témoignage et le témoignage donne de la crédibilité à la Parole ».


La journée sera divisée en deux parties. La matinée sera consacrée à la fonction de communicateur du prêtre par rapport à sa consécration sacramentelle, en citant l'exemple des Pères de l'Eglise et analysant  leur rôle de communicateurs, avant de conclure sur une réflexion pratique concernant l'homélie du dimanche considérée comme un moment privilégié pour transmettre la Parole. 


Après l'ouverture de la journée à 9h15, présidée par Mgr Mauro Piacenza, secrétaire de la congrégation pour le clergé, suivront des interventions du père Philip Goyret, de la faculté de théologie à l'Université pontificale de la Sainte-Croix, sur le thème : « La dimension de communication dans le fait d'être prêtre », du père Mario Maritano, recteur-professeur de la faculté de lettres chrétiennes et classiques à l'Université pontificale salésienne, sur le thème : « Que nous enseignent les Pères de l'Eglise sur la communication ? », et du père Sergio Tapia-Velasco, de la Faculté de communication institutionnelle de la PUSC, sur : « L'homélie, un moment pour communiquer » .


La séance de l'après-midi, présidée par Mgr Paul Tighe, secrétaire du Conseil pontifical pour les communications sociales, analysera les conséquences du témoignage et de la présence du prêtre dans les divers domaines de la communication : « Comment devrait-il se montrer dans les moyens de communication, quel comportement devrait-il avoir dans les circonstances où il se révèle une source d'information privilégiée ».


Interviendront sur le sujet don Giovanni D'Ercole, f.d.p., récemment nommé évêque auxiliaire de L'Aquila (Italie) et collaborateur de RAI 2, sur le thème : « L'identité du prêtre et les moyens de communication », et le père John Wauck, de la Faculté de communication institutionnelle de la PUSC, sur : « le prêtre comme source d'information sur la vie de l'Eglise ».


La rencontre s'achèvera  sur une évaluation attentive de l'impact de la série télévisée italienne « Don Matteo », présentant ce prêtre comme « un exemple de fiction qui arrive à transmettre la beauté de la vocation sacerdotale ». Ce thème sera développé par Alessandra Caneva, co-auteur de la série.


Siège de la rencontre : Salle Álvaro del Portillo de la PUSC, Piazza di Sant'Apollinare, 49 ; Rome.


Pour plus de détail : tel.  06.68.164.462 ou http://www.pusc.it/csi/gdis_18nov09.html

Les confessions du cardinal Óscar Andrés Rodríguez Maradiaga

dominicanus #Année Sacerdotale

L’archevêque de Tegucigalpa et président de Caritas Internationalis raconte sa vocation




ROME, Dimanche 25 Octobre 2009 (ZENIT.org) - « Je suis un salésien hondurien né il y a 66 ans à Tegucigalpa ». C'est par ces mots que commencent les « confessions » du cardinal Óscar Andrés Rodríguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa.


Et, d'emblée, il mentionne le fait qui allait marquer un tournant décisif dans sa vie : « j'avais 16 ans quand je suis entré à la Congrégation salésienne, où j'ai fait tout mon chemin comme éducateur et enseignant. J'ai été ordonné prêtre en 1970 ».


Le cardinal a partagé avec Zenit l'histoire de sa vocation dans le cadre de la série de témoignages que l'agence recueille en cette année sacerdotale, et qui ont été inaugurés par le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat de Benoît XVI.


« Plus tard, mes supérieurs m'ont envoyé ici, à Rome, faire mes études. J'ai étudié la théologie morale à Rome, et aussi la psychologie clinique à Innsbruck (Autriche), avant de revenir comme préfet des études à l'Institut de théologie salésien de la ville de Guatemala. Puis j'ai été recteur du Petit séminaire de philosophie à Guatemala ».


« En 1978, j'ai été nommé évêque auxiliaire de Tegucigalpa, recevant l'ordination épiscopale le 8 décembre de la même année », poursuit-il. « Ensuite, élu secrétaire général du Conseil Episcopal latino-américain (CELAM), j'ai vécu quatre ans à Bogotá. Et, voici 16 ans que j'ai été promu archevêque de Tegucigalpa. Lors du consistoire de l'année 2001, j'ai été créé cardinal par le Pape Jean-Paul II, serviteur de Dieu. Cela fait deux ans, en 2007, que je préside Caritas Internationalis ».


Voici, en résumé, les grands moments de son autobiographie. Mais ils ne seraient pas éloquents par eux-mêmes. Dans cet entretien, le cardinal Maradiaga va plus loin pour montrer le  « pourquoi » de sa vocation, ainsi que les moments les plus beaux et les plus difficiles qu'il a vécus.

 


ZENIT - Comment avez-vous été appelé à suivre le Seigneur ? Comment avez-vous décidé d'être prêtre ? 


Card. Rodríguez Maradiaga - L'appel est venu du Seigneur, par l'intermédiaire d'un prêtre, le directeur du collège. J'étais conquis par la vie salésienne : à l'âge de six ans, j'ai commencé mes études primaires. L'ambiance me plaisait énormément ; j'ai été  enfant de choeur, et c'est précisément quand je revenais de la messe au collège de Maria Auxiliadora avec le directeur, futur archevêque de Tegucigalpa, que celui-ci m'a demandé : « N'aimerais-tu pas être prêtre ? ». J'ai immédiatement répondu que oui. Dès cet instant, je me sentais déjà au séminaire ; mais quand, ayant terminé mes études primaires à douze ans, je déclarai à mon père que je voulais entrer comme aspirant au Petit séminaire salésien, il me répondit : « tu n'iras nulle part, car ce n'est pas toi qui décide tout seul. Tu es très turbulent, et tu seras renvoyé dès le lendemain ». En fait, depuis ce jour, il m'est souvent arrivé de penser  qu' « il avait raison ».


Alors, j'ai oublié ma vocation et me suis consacré passionnément à l'aviation. Enfant, j'ai appris l'anglais, précisément pour pouvoir lire des livres d'aviation, j'ai appris à piloter à 14 ans. J'étais sur le point de terminer mon baccalauréat, quand nous avons eu des exercices spirituels. Je me souviens, le prédicateur nous a dit : « si Dieu vous appelle, ne soyez pas lâches ». Cette phrase a retenti en moi, et je me suis dit : « Dieu m'appelle et je ne veux pas être lâche ». Voilà pourquoi je suis entré chez les Salésiens d'abord comme aspirant, ensuite au noviciat : tel fut mon chemin.

 


ZENIT - Vous nous révélez votre passion pour l'aviation, mais beaucoup vous connaissent aussi comme un passionné de musique...


Card. Rodríguez Maradiaga - Oui parce que, dans mon enfance, la musique régnait à la maison : mon père aimait la musique, ma sœur aînée jouait du piano et mes autres frères aussi. Tout petit, j'ai étudié le piano. Lorsque je suis entré à la Congrégation salésienne, on m'a destiné à l'enseignement de la musique : j'ai dû suivre les cours du Conservatoire et, pendant de nombreuses années, j'ai enseigné la musique sacrée, le chant grégorien, qui m'enchante. En outre, j'ai organisé des orchestres et  fanfares dans les collèges où j'ai travaillé, et voilà comment j'ai appris à jouer de divers instruments.

 


ZENIT - Divers instruments de musique.. Lesquels, par exemple?


Card. Rodríguez Maradiaga - Par exemple le saxophone, l'accordéon, l'orgue, le piano, la batterie, la contrebasse, la clarinette... Ainsi, j'avais la vie belle.


ZENIT - Quelqu'un vous a-t-il influencé de manière spéciale dans votre décision de suivre Dieu ?


Card. Rodríguez Maradiaga - Oui, ce fut naturellement le prêtre qui dirigeait le collège, et aussi Jean Bosco. L'année précédant mon ordination sacerdotale, ma mère me révéla quelque chose que j'ignorais : j'étais né prématuré et, d'après le médecin, je n'allais pas survivre. Alors, elle a pris la résolution de réciter tous les jours le chapelet pour ma santé, promettant que, si Dieu m'appelait, elle m'offrirait au Seigneur. Je ne l'ai jamais su et vous voyez le résultat.

 


ZENIT - Parlez-nous de certains des moments les plus heureux que vous avez connus depuis votre décision de dire « oui » à Dieu ?


Card. Rodríguez Maradiaga - Il y en a de très nombreux. Logiquement, quand j'ai prononcé mes premiers voeux en tant que salésien, toute ma vie j'avais rêvé d'être salésien et j'ai donc éprouvé une immense joie. Ensuite, bien sûr, pour moi le moment le plus heureux et décisif a été mon ordination sacerdotale, c'est la plus grande grâce que Dieu peut accorder à une personne, après le baptême. Par la suite, l'épiscopat a représenté pour moi un moment plutôt de crainte, et je ne pensais pas que c'était ma vocation ; mais j'ai accepté parce que don Bosco disait qu'un souhait du pape pour un salésien équivalait à un ordre, alors j'ai accepté dans la foi. Et je crois que le Seigneur m'a accordé 31 années d'épiscopat remplies de joie, de grand bonheur. Lorsque le pape Jean-Paul II m'a créé cardinal, ce fut une surprise. Je n'y avais jamais songé, car le Honduras n'avait jamais eu de cardinal. Si bien que j'ai été heureux à cause de la joie que je procurais à mon peuple.

 


ZENIT - Et certains des moments les plus difficiles ?


Card. Rodríguez Maradiaga - Eh bien, le Seigneur dit également : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive ». Parmi ces moments, il y a eu la mort de mon père, alors que je commençais à peine mon chemin, en deuxième année de philosophie. J'ai connu aussi parfois des problèmes de santé, j'ai souffert de l'asthme pendant plusieurs années, j'ai été miraculeusement guéri par la Vierge, quand j'étais en première année de théologie. Par la suite, j'ai traversé de nombreuses difficultés à cause de la situation en Amérique centrale. En tant qu'évêque administrateur apostolique, je me trouvais dans un diocèse situé sur la frontière entre le Guatemala et El Salvador : nous avions des réfugiés. C'était au temps de la guérilla et, bien entendu, tout était bien difficile. Un autre moment très triste a été la mort de Jean-Paul II.

 


ZENIT - Pourquoi ?


Card. Rodríguez Maradiaga - Parce que je l'aimais infiniment,  il était pour ainsi dire mon père, et il m'a toujours témoigné une confiance et une affection très grandes. Bien sûr, nous voyions bien son état se dégrader, mais je n'ai jamais imaginé qu'il allait mourir si vite. Pour moi, ce fut comme lorsque je perdis mon père.


Mercedes de la Torre

L´évêque selon Benoît XVI, homélie du 12 septembre 2009

dominicanus #Année Sacerdotale

Ordination de cinq évêques à Saint-Pierre


ROME, Mardi 15 septembre 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de l'homélie que le pape Benoît XVI a prononcée le samedi 12 septembre à l'occasion de l'ordination épiscopale de cinq nouveaux prélats, dans la basilique Saint-Pierre.

 

 



Chers frères et soeurs!

Nous saluons avec affection et nous nous unissons cordialement à la joie de nos cinq frères prêtres, que le Seigneur a appelés à être successeurs des Apôtres: Mgr Gabriele Giordano Caccia, Mgr Franco Coppola, Mgr Pietro Parolin, Mgr Raffaelo Martinelli et Mgr Giorgio Corbellini. Je suis reconnaissant à chacun d'eux pour le service fidèle qu'ils ont rendu à l'Eglise en travaillant à la Secrétairerie d'Etat ou à la Congrégation pour la doctrine de la foi ou au Gouvernorat de l'Etat de la Cité du Vatican, et je suis certain que, avec le même amour pour le Christ et le même zèle pour les âmes, ils accompliront dans leurs nouveaux domaines d'action pastorale le ministère qui leur est confié aujourd'hui à travers l'ordination épiscopale. Selon la Tradition apostolique, ce Sacrement est conféré à travers l'imposition des mains et la prière. L'imposition des mains se déroule en silence. La parole humaine se tait. L'âme s'ouvre en silence à Dieu, dont la main se tend vers l'homme, l'attire à lui et, dans le même temps, le couvre pour le protéger, afin que par la suite, il soit entièrement la propriété de Dieu, il lui appartienne entièrement et introduise les hommes dans les mains de Dieu. Mais, comme deuxième élément fondamental de l'acte de consécration, vient ensuite la prière. L'ordination épiscopale est un événement de prière. Aucun homme ne peut faire d'un autre un prêtre ou un évêque. C'est le Seigneur lui-même qui, à travers la parole de la prière et le geste de l'imposition des mains, prend cet homme entièrement à son service, l'attire dans son propre Sacerdoce. C'est lui qui consacre les évêques. C'est lui qui consacre les élus. C'est lui, l'unique Prêtre suprême, qui a offert l'unique sacrifice pour nous tous, qui lui accorde la participation à son Sacerdoce, afin que sa Parole et que son oeuvre soient présentes en tout temps.


En vertu de ce lien entre la prière et l'action du Christ sur l'homme, l'Eglise a développé dans sa Liturgie un signe éloquent. Au cours de la prière d'ordination, on ouvre sur le candidat l'Evangéliaire, le Livre de la Parole de Dieu. L'Evangile doit pénétrer en lui, la Parole vivante de Dieu doit, pour ainsi dire, l'imprégner. L'Evangile, au fond, n'est pas seulement parole - le Christ lui-même est l'Evangile. A travers la Parole, la vie même du Christ doit imprégner l'homme, afin qu'il devienne entièrement un avec Lui, que le Christ vive en Lui et donne à sa vie sa forme et son contenu. De cette manière, doit se réaliser en lui ce qui dans les lectures de la Liturgie d'aujourd'hui apparaît comme l'essence du ministère sacerdotal du Christ. Le consacré doit être empli de l'Esprit de Dieu et vivre à partir de Lui. Il doit apporter aux pauvres l'annonce joyeuse, la liberté véritable et l'espérance qui fait vivre l'homme et le guérit. Il doit établir le Sacerdoce du Christ au milieu des hommes, le Sacerdoce à la façon de Melchisedek, c'est-à-dire le royaume de la justice et de la paix. Comme les 72 disciples envoyés par le Seigneur, il doit être une personne qui apporte la guérison, qui aide à guérir la blessure intérieure de l'homme, son éloignement de Dieu. Le premier bien essentiel dont l'homme a besoin est la proximité de Dieu lui-même. Le royaume de Dieu, dont il est question dans le passage évangélique d'aujourd'hui, n'est pas quelque chose "à côté de Dieu", une condition quelconque du monde: c'est tout simplement la présence de Dieu lui-même, qui est la force véritablement guérissante.


Jésus a résumé tous ces multiples aspects de son Sacerdoce dans cette unique phrase: "Le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir" (Mc 10, 45). Servir et à travers cela se donner soi-même; être non pour soi-même, mais pour les autres, de la part de Dieu et en vue de Dieu: tel est le coeur le plus profond de la mission de Jésus Christ et également la véritable essence de son Sacerdoce. Ainsi, il a fait du terme "serviteur" son titre honorifique le plus élevé. A travers cela, il a accompli un renversement des valeurs, il nous a donné une nouvelle image de Dieu et de l'homme. Jésus ne vient pas comme l'un des maîtres de ce monde, mais c'est Lui, qui est le véritable Maître, qui vient comme serviteur. Son Sacerdoce n'est pas domination, mais service: tel est le nouveau Sacerdoce de Jésus Christ à la façon de Melchisedek.


Saint Paul a formulé l'essence du ministère apostolique et sacerdotal de façon très claire. Face aux disputes qui existaient au sein de l'Eglise de Corinthe entre des courants divers qui se référaient à des apôtres divers, il demande: Mais qu'est-ce qu'un apôtre? Qu'est-ce qu'Apollos? Qu'est-ce que Paul? Ce sont des serviteurs, chacun d'eux selon ce que le Seigneur lui a donné (cf. 1 Co 3, 5). "Qu'on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu. Or, ce qu'en fin de compte on demande, c'est que chacun soit trouvé fidèle" (1 Co 4, 1sq). A Jérusalem, au cours de sa dernière semaine de vie, Jésus lui-même a parlé dans deux paraboles de ces serviteurs auxquels le Seigneur confie ses biens dans le temps du monde, et y a relevé trois caractéristiques qui distinguent la façon juste de servir, dans lesquelles se concrétise aussi l'image du ministère sacerdotal. Jetons, enfin, encore un bref regard sur ces caractéristiques, pour contempler, avec les yeux de Jésus lui-même, le devoir que vous, chers amis, êtes appelés à assumer en cette heure.


La première caractéristique que le Seigneur demande au serviteur est la fidélité. Il lui a été confié un grand bien, qui ne lui appartient pas. L'Eglise n'est pas notre Eglise, mais son Eglise, l'Eglise de Dieu. Le serviteur doit rendre compte de la façon dont il a géré le bien qui lui a été confié. Ne lions pas les hommes à nous; ne recherchons pas le pouvoir, le prestige, l'estime pour nous-mêmes. Conduisons les hommes vers Jésus Christ, et ainsi, vers le Dieu vivant. A travers cela, nous les introduisons dans la vérité et la liberté, qui découle de la vérité. La fidélité est altruisme, et précisément ainsi, elle est libératrice pour le ministre lui-même et pour tous ceux qui lui sont confiés. Nous savons que dans la société civile, et souvent, même dans l'Eglise, les affaires souffrent du fait que beaucoup de personnes, auxquelles a été confiée une responsabilité, oeuvrent pour elles-mêmes et non pas pour la communauté, pour le bien commun. Le Seigneur trace en quelques lignes une image du mauvais serviteur qui se met à faire ripaille et à frapper ses employés, trahissant ainsi l'essence de sa charge. En grec, le mot qui indique la "fidélité" coïncide avec celui qui indique la "foi". La fidélité du serviteur de Jésus Christ consiste précisément également dans le fait qu'il ne cherche pas à adapter la foi aux modes du temps. Seul le Christ possède les paroles de vie éternelle, et nous devons apporter ces paroles aux personnes. Elles sont le bien le plus précieux qui nous a été confié. Une telle fidélité n'a rien de stérile, ni de statique; elle est créative. Le maître réprimande le serviteur, qui avait caché sous terre le bien qui lui avait été confié pour éviter tout risque. Avec cette apparente fidélité, le serviteur a en réalité laissé de côté le bien du maître, pour pouvoir se consacrer uniquement à ses propres affaires. La fidélité ne signifie pas la peur, mais elle est inspirée par l'amour et par son dynamisme. Le maître loue le serviteur qui a fait fructifier ses biens. La foi exige d'être transmise: elle ne nous a pas été confiée uniquement pour nous-mêmes, pour le salut personnel de notre âme, mais pour les autres, pour ce monde et pour notre temps. Nous devons la situer dans ce monde, afin qu'elle devienne en lui une force vivante; pour faire croître en lui la présence de Dieu.


La deuxième caractéristique, que Jésus demande à son serviteur, est la prudence. Il faut tout de suite écarter un malentendu. La prudence est quelque chose de différent de l'astuce. La prudence, selon la tradition philosophique grecque, est la première des vertus cardinales; elle indique le primat de la vérité, qui à travers la "prudence" devient le critère de notre action. La prudence exige la raison humble, disciplinée et vigilante, qui ne se laisse pas éblouir par des préjugés; elle ne juge pas selon les désirs et les passions, mais elle recherche la vérité - également la vérité qui dérange. La prudence signifie se mettre à la recherche de la vérité et agir d'une manière qui lui soit conforme. Le serviteur prudent est tout d'abord un homme de vérité et un homme à la raison sincère. Dieu, au moyen de Jésus Christ, nous a ouvert la fenêtre de la vérité qui, face à nos seules forces, reste souvent étroite et seulement en partie transparente. Il nous indique dans l'Ecriture Sainte et dans la foi de l'Eglise la vérité essentielle sur l'homme, qui imprime la juste direction à notre action. Ainsi, la première vertu cardinale du prêtre ministre de Jésus Christ consiste à se laisser façonner par la vérité que le Christ nous montre. De cette manière, nous devenons des hommes vraiment raisonnables, qui jugent à partir de l'ensemble et non à partir de détails au hasard. Ne nous laissons pas guider par la petite fenêtre de notre astuce personnelle, mais par la grande fenêtre, que le Christ nous a ouverte sur la vérité tout entière, regardons le monde et les hommes et reconnaissons ainsi ce qui compte vraiment dans la vie.


La troisième caractéristique dont Jésus parle dans les paraboles du serviteur est la bonté: "Très bien, serviteur bon et fidèle... entre dans la joie de ton maître" (Mt 25, 21.23). Ce que l'on entend par la caractéristique de la "bonté" peut nous devenir clair, si nous pensons à la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche. Cet homme s'était adressé à Jésus en l'appelant: "Bon Maître" et il reçut une réponse surprenante: "Pourqui m'appelles-tu bon? Personne n'est bon, sinon Dieu seul" (Mc 10, 17sq). Seul Dieu est bon au sens plénier. Il est le Bien, le Bon par excellence, la Bonté en personne. Chez une créature - chez l'homme - être bon se fonde donc nécessairement sur une profonde orientation intérieure vers Dieu. La bonté s'accroît avec l'union intérieure au Dieu vivant. La bonté présuppose surtout une communion vivante avec le Bon Dieu, une union intérieure croissante avec Lui. Et de fait: de qui d'autre pourrait-on apprendre la véritable bonté sinon de Celui qui nous a aimés jusqu'à la fin, jusqu'au bout (cf. Jn 13, 1)? Nous devenons des serviteurs bons à travers notre rapport vivant avec Jésus Christ. C'est seulement si notre vie se déroule dans le dialogue avec Lui, seulement si son être, ses caractéristiques pénètrent en nous et nous façonnent, que nous pouvons devenir des serviteurs vraiment bons.


Dans le calendrier de l'Eglise, on rappelle aujourd'hui le Nom de Marie. En Elle qui était et est totalement unie à son Fils, au Christ, les hommes dans les ténèbres et les souffrances de ce monde ont trouvé le visage de la Mère, qui nous donne du courage pour aller de l'avant. Dans la tradition occidentale, le nom de "Marie" a été traduit comme "Etoile de la Mer". Cette expérience s'exprime précisément en cela: combien de fois l'histoire dans laquelle nous vivons apparaît comme une mer sombre qui frappe de manière menaçante, avec ses vagues, la barque de notre vie. Parfois, la nuit semble impénétrable. On peut souvent avoir l'impression que seul le mal possède du pouvoir et que Dieu est infiniment loin. Souvent nous n'entrevoyons que de loin la grande Lumière, Jésus Christ qui a vaincu la mort et le mal. Mais nous voyons alors très proche la lumière qui s'allume, lorsque Marie dit: "Voilà, je suis la servante du Seigneur". Nous voyons la lumière claire de la bonté qui émane d'Elle. Dans la bonté avec laquelle Elle a accueilli et vient toujours à nouveau à la rencontre des grandes et des petites aspirations de nombreux hommes, nous reconnaissons de manière très humaine la bonté de Dieu lui-même. Avec sa bonté, il apporte toujours à nouveau Jésus Christ, et ainsi la grande Lumière de Dieu, dans le monde. Il nous a donné sa Mère comme notre Mère, afin que nous apprenions d'Elle à prononcer le "oui" qui nous fait devenir bons.


Chers amis, en cette heure, nous prions pour vous la Mère du Seigneur, pour qu'elle vous conduise toujours vers son Fils, source de toute bonté. Et nous prions pour que vous deveniez des serviteurs fidèles, prudents et bons et que vous puissez ainsi un jour entendre du Seigneur de l'histoire la parole: Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton maître. Amen.


Traduction française : L'Osservatore Romano - 15 septembre 2009

© Copyright : Librairie Editrice du Vatican

Mgr. Mauro Piacenza, Accomplir le ministère de la Parole dignement et avec sagesse

dominicanus #Année Sacerdotale

 


« Voulez-vous accomplir avec sagesse et dignement le ministère de la parole, en annonçant l'Evangile et en exposant la foi catholique? »

 

(Pontificale Romanum. De Ordinatione Episcopi, presbyterorum et diaconorum,

editio typica altera , Typis Polyglottis Vaticanis 1990)


 

Du Vatican, le 12 septembre 2009


 

Très chers Confrères dans le Sacerdoce,


La « Nouvelle évangélisation » convoque chacun à un engagement, toujours renouvelé, d'apostolat et d'annonce.  Le mandat du Seigneur aux Apôtres est explicite et sans équivoque en ce sens : « Allez dans le monde entier, prêchez l'évangile à toute créature. Qui croira et sera baptisé sera sauvé » (Mc 16,15-16a). L'engagement pris lors de l'ordination sacerdotale est exactement celui d’« accomplir  le ministère de la parole », c'est-à-dire d’employer toute notre existence à annoncer Jésus-Christ, Verbe incarné, mort et Ressuscité, unique réponse authentique aux besoins du coeur humain.


Le zèle dans le « service de la parole » ne peut pas rester le fait de quelques prêtres, particulièrement sensibles à cette dimension. C’est une caractéristique propre et inaliénable du ministère presbytéral lui-même, elle constitue un élément essentiel de ce munus docendi, reçu de l'Esprit dans le sacrement de l'Ordre.


Le rite prévoit l'engagement à accomplir ce service « dignement » et « avec sagesse ». La dignité renvoie immédiatement à l'objet de l'annonce : Jésus-Christ Sauveur. Aucun prêtre n’annonce lui-même ni ses idées, ni des interprétations personnalistes ou subjectives de l'unique et éternel Evangile. Nous sommes appelés à reconnaître la suprême « dignité » de Celui dont nous avons été rendus porteurs et, par conséquent, à accomplir « dignement » ce service. Cette conscience ne peut pas ne pas se traduire dans l'engagement à approfondir constamment les Saintes Écritures, « Parole de Dieu en tant que […] mise par écrit sous l'inspiration de l'Esprit Divin » (Dei Verbum 9) ; un approfondissement qui sera certainement exégétique et théologique, mais surtout spirituel. La vraie connaissance des Écritures est celle du cœur, qui naît de l’intimité quotidienne avec elles, de la Lectio divina, accomplie dans le lit de la grande Tradition des Pères, de la méditation profonde qui, graduellement mais efficacement, conforme l’âme à l’Evangile, en transformant chaque prêtre en un « évangile vivant ». Nous savons bien que « l'Evangile n'est pas seulement parole, le Christ lui-même est l'Evangile » (Benoît XVI, Homélie, 12/09/09) et nous sommes appelés à nous conformer à Lui, y compris à travers l'exercice du ministère de l'annonce.


Outre la « dignité » de ce service, la Sainte Liturgie en indique une seconde caractéristique, la « sagesse ». Celle-ci présuppose la prudence et la capacité de regarder la réalité, fondamentalement, selon la totalité de ses facteurs, en n’absolutisant pas un point de vue humain, mais en rapportant toujours tout à l'Unique Absolu qui est Dieu. Une prédication sage tient compte avant tout des besoins réels de ceux à qui elle s'adresse, en n’imposant jamais des interprétations arbitraires et insuffisantes, mais en favorisant toujours l'unique chose vraiment nécessaire : la rencontre réelle avec Dieu des frères confiés à nos soins. La sagesse est capable de distinguer les circonstances, les temps et les modes, elle est humble et elle n’élève pas l'annonciateur au-dessus de Celui qu’il doit annoncer, et même pas au-dessus de l'Eglise qui, depuis deux mille ans, garde vivant l'Evangile. Finalement, accomplir « avec sagesse » le « ministère de la parole » signifie être toujours lucidement conscients de l'œuvre de Dieu en chaque annonce : c’est lui qui prépare les cœurs, c’est lui qui rencontre les hommes, c’est lui qui fait bourgeonner les fleurs de conversion et mûrir les fruits de charité. L'Unique « relativisme » admis est celui envers nous-mêmes : nous devons être, comme prédicateurs, totalement « relatifs à Dieu » !


Nous découvrirons, de la sorte, l'efficacité et la beauté du ministère qui nous est confié à travers l'annonce de la Parole, nous percevrons cette intime compagnie du Seigneur, qui aime celui qui donne avec joie et ne laisse jamais seul son serviteur, nous contemplerons, émus, les fruits qu’Il permettra et nous saisirons sa présence y compris au moment de la Croix.

 

X Mauro Piacenza

Archev. tit. de Vittoriana

Secrétaire


Cardinal Cláudio Hummes, 'Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver'

dominicanus #Année Sacerdotale

 

 

Jésus a dit : « Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver » (Jn 12,47).

 

 

Chers Prêtres,

 

            L'actuelle culture occidentale dominante, toujours plus diffuse dans le monde entier à travers les media globalisés et la mobilité humaine, jusque dans les pays d'autres cultures, présente de nouveaux défis qui ne sont pas de peu d’importance pour l'évangélisation. Il s’agit d'une culture profondément marquée par un relativisme qui refuse toute affirmation d'une vérité absolue et transcendante, qui ruine par conséquent jusqu’aux fondements de la morale, et qui se ferme à la religion. On perd ainsi la passion pour la vérité, reléguée au rang de « passion inutile ». Alors que Jésus-Christ se présente comme la Vérité, le Logos universel, la Raison qui éclaire et explique tout ce qui existe. Le relativisme s’accompagne ensuite d'un subjectivisme individualiste, qui place son propre ego au centre de tout. À la fin, on arrive au nihilisme, pour lequel rien ni personne ne vaut la peine d’engager sa vie entière, et par conséquent la vie n'a pas de sens véritable. Toutefois, il faut reconnaître que l'actuelle culture dominante, postmoderne, porte avec elle un grand et vrai progrès scientifique et technologique, qui fascine l'être humain, et d'abord les jeunes. L'usage de ce progrès, malheureusement, n'a pas toujours comme objectif principal le bien de l'homme et de tous les hommes. Il lui manque un humanisme intégral, qui pourrait lui donner son vrai sens et son but. Nous pourrions parler encore d'autres aspects de cette culture : le consumérisme, le libertinage, la culture du spectacle et du corps. On ne peut pas ne pas remarquer que tout cela produit un laïcisme qui ne veut pas de religion, qui fait tout pour l'affaiblir ou, au moins, la reléguer dans la vie privée des personnes.

 

            Cette culture produit une déchristianisation, elle n’est que trop visible, dans la majorité des pays chrétiens, en particulier en Occident. Le nombre des vocations sacerdotales a baissé. Le nombre de prêtres aussi a diminué, tant par manque de vocations que par l'influence du milieu culturel dans lequel ils vivent. Tout cela pourrait favoriser la tentation d'un pessimisme décourageant, qui condamne le monde actuel et nous pousserait à nous retirer sur la défensive, dans les tranchées de la résistance.

 

            Jésus-Christ, par contre, affirme : « Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver » (Jn 12,47). Nous ne pouvons ni nous décourager, ni avoir peur de la société actuelle, ni simplement la condamner. Il faut la sauver ! Chaque culture humaine, même l'actuelle, peut être évangélisée. Dans chaque culture il y a des « semina Verbi », en guise d’ouvertures à l'Evangile. Sûrement aussi dans notre culture actuelle. Sans doute, même les prétendus « postchrétiens » pourraient être touchés et se rouvrir, s'ils étaient portés à une vraie rencontre personnelle et communautaire avec la personne de Jésus Christ vivant. Dans une telle rencontre, chaque personne humaine de bonne volonté peut être rejointe par Lui. Il aime tout le monde et frappe à la porte de tous, parce qu'il veut les sauver tous, sans exception. Il est le Chemin, la Vérité et la Vie, pour tous. Il est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes. 

 

            Très chers Prêtres, nous autres pasteurs, nous sommes appelés aujourd'hui, avec urgence, à la mission : tant celle « ad gentes », que celle dans les régions des pays chrétiens, où de si nombreux baptisés ont pris leur distance en ne participant plus à nos communautés, ou ont même perdu la foi. Nous ne pouvons ni avoir peur ni rester tranquillement chez nous. Le Seigneur a dit à ses disciples : « Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi ? » (Mt 8,26). « Que votre cœur ne se trouble pas. Ayez foi en Dieu et ayez foi aussi en moi » (Jn 14,1). « On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le lampadaire pour qu’elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5,15). « Allez, donc, dans le monde entier et prêchez l'Evangile à toute créature » (Mc 16,15). « Voilà, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,20).

 

            Nous ne lancerons pas la semence de la Parole de Dieu seulement par la fenêtre de notre maison paroissiale, mais nous sortirons dans le champ ouvert de notre société, en commençant par les pauvres, en rejoignant même tous les niveaux et toutes les institutions de la société. Nous irons visiter les familles, toutes les personnes, en commençant par les baptisés qui se sont éloignés. Notre peuple veut sentir la proximité de son Eglise. Nous le ferons, en allant vers la société actuelle, avec joie et enthousiasme, certains que le Seigneur est présent avec nous dans la mission, et sûrs qu'Il frappera aux portes des coeurs auxquels Nous l'annoncerons.

 

Cardinal Cláudio Hummes

Archevêque Émérite de São Paulo

Préfet de la Congrégation pour le Clergé

Benoît XVI, Angélus lors de la visite à San Giovanni Rotondo

dominicanus #Année Sacerdotale

Chers frères et sœurs,


Au terme de cette célébration solennelle, je vous invite à réciter avec moi - comme chaque dimanche - la prière mariale de l'Angelus. Mais ici, dans le sanctuaire de saint Pio da Pietrelcina, il nous semble entendre sa voix, qui nous exhorte à nous adresser à la Sainte Vierge avec un cœur d'enfant:  "Aimez la Vierge et faites-la aimer". C'est ce qu'il répétait à tous, et plus que les mots, c'est le témoignage exemplaire de sa profonde dévotion à la Mère céleste qui était valable. Baptisé dans l'église de Santa Maria degli Angeli de Pietrelcina du nom de François, comme le Poverello d'Assise, il nourrit toujours pour la Vierge un amour très tendre. La Providence le conduisit ensuite ici, à San Giovanni Rotondo, au sanctuaire de Santa Maria delle Grazie, où il resta jusqu'à sa mort et où repose sa dépouille. Toute sa vie et son apostolat se sont donc déroulés sous le regard maternel de la Vierge et avec la puissance de son intercession. Il considérait aussi la "Maison du Soulagement de la Souffrance" comme une œuvre de Marie, "Santé des malades". C'est pourquoi, chers amis, à l'exemple de Padre Pio, je veux moi aussi aujourd'hui vous confier à la protection maternelle de la Mère de Dieu. Je l'invoque de manière particulière pour la communauté des frères capucins, pour les malades de l'hôpital et pour tous ceux qui prennent soin d'eux avec amour, ainsi que pour les groupes de prière qui diffusent en Italie et dans le monde la consigne spirituelle du saint fondateur.


Je voudrais confier de manière spéciale à l'intercession de la Vierge et de saint Pio da Pietrelcina l'Année sacerdotale, que j'ai inaugurée vendredi dernier, solennité du Sacré Cœur de Jésus. Qu'elle soit une occasion privilégiée de mettre en lumière la valeur de la mission et de la sainteté des prêtres au service de l'Eglise et de l'humanité du troisième millénaire!


Prions aujourd'hui aussi pour la situation difficile et parfois dramatique des réfugiés. La Journée mondiale du Réfugié, organisée par les Nations unies, a justement été célébrée hier. Beaucoup de personnes cherchent refuge dans d'autres pays, fuyant des situations de guerre, des persécutions et des catastrophes, et leur accueil pose beaucoup de difficultés mais il est toutefois nécessaire. Que grâce à Dieu, avec l'engagement de tous, on réussisse le plus possible à éliminer les causes d'un phénomène si triste.


Je salue avec une grande affection tous les pèlerins ici rassemblés. J'exprime ma reconnaissance aux autorités civiles et à tous ceux qui ont collaboré à la préparation de ma visite. Merci de tout cœur! Je le répète à tous:  marchez sur la voie que Padre Pio vous a indiquée, la voie de la sainteté selon l'Evangile de notre Seigneur Jésus Christ. Sur ce chemin, la Vierge Marie vous précédera toujours, et de sa main maternelle, elle vous guidera vers la patrie céleste.

Parvis de l'église de San Pio da Pietrelcina
Dimanche 21 juin 2009


© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana

 

Benoît XVI, Audience générale du 1er juillet 2009

dominicanus #Année Sacerdotale

Chers frères et sœurs,


Avec la célébration des premières Vêpres de la solennité des saints apôtres Pierre et Paul dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, s'est conclue, comme vous le savez, le 28 juin, l'Année paulinienne, en souvenir du deuxième millénaire de l'apôtre des nations. Nous rendons grâce au Seigneur pour les fruits spirituels que cette importante initiative a apportés dans de nombreuses communautés chrétiennes. En tant que précieux héritage de l'Année paulinienne, nous pouvons accueillir l'invitation de l'apôtre à approfondir la connaissance du mystère du Christ, afin qu'il soit le cœur et le centre de notre existence personnelle et communautaire. En effet, telle est la condition indispensable pour un véritable renouveau spirituel et ecclésial. Comme je l'ai déjà souligné lors de la première célébration eucharistique dans la chapelle Sixtine après mon élection comme successeur de l'apôtre Pierre, c'est précisément dans la pleine communion avec le Christ que "naît tout autre élément de la vie de l'Eglise, en premier lieu la communion entre tous les fidèles, l'engagement d'annoncer et de témoigner l'Evangile, l'ardeur de la charité envers tous, et en particulier envers les pauvres et les petits" (cf. Insegnamenti, i, 2005, pp. 8-13; cf. orlf n. 17 du 26 avril 2005). Cela vaut en premier lieu pour les prêtres. C'est pourquoi nous remercions la Divine Providence de Dieu qui nous offre à présent la possibilité de célébrer l'Année sacerdotale. Je souhaite de tout cœur que celle-ci constitue pour chaque prêtre une occasion de renouveau intérieur et, par conséquent, de renforcement solide dans l'engagement pour sa propre mission.


De même que pendant l'Année paulienne, notre référence constante a été saint Paul, ainsi, au cours des prochains mois, nous nous tournerons en premier lieu vers saint Jean-Marie Vianney, le saint curé d'Ars, en rappelant le 150e lettre que j'ai écrite aux prêtres pour cette occasion, j'ai voulu souligner ce qui resplendit le plus dans l'existence de cet humble ministre de l'autel: "sa totale identification à son ministère". Il aimait dire qu'"un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, c'est là le plus grand trésor que le bon Dieu puisse accorder à une paroisse et un des plus précieux dons de la miséricorde divine". Et, comme s'il n'arrivait pas à croire à la grandeur du don et du devoir qui avaient été confiés à une pauvre créature humaine, il soupirait: "Oh! que le prêtre est quelque chose de grand!... S'il se comprenait, il mourrait... Dieu lui obéit: il dit deux mots et Notre Seigneur descend du ciel à sa voix et se renferme dans une petite hostie" (cf. orlf n. 25 du 23 juin 2009). 

 

En vérité, en considérant précisément le binôme "identité-mission", chaque prêtre peut mieux ressentir la nécessité de cette identification avec le Christ qui lui garantit la fidélité et la fécondité du témoignage évangélique. L'intitulé même de l'Année sacerdotale - Fidélité du Christ, fidélité du prêtre - souligne que le don de la grâce divine précède toute possible réponse humaine et réalisation pastorale, et ainsi dans la vie du prêtre, annonce missionnaire et culte sont inséparables, de même que ne peuvent jamais être séparées identité ontologique-sacramentelle et mission évangélisatrice. D'ailleurs, l'objectif de la mission de chaque prêtre, pourrions-nous dire, est "cultuelle": afin que tous les hommes puissent s'offrir à Dieu comme hostie vivante, sainte et agréable à Dieu (cf. Rm 12, 1), qui dans la création même, dans les hommes, devient culte, louange du Créateur, en recevant la charité qu'ils sont appelés à dispenser en abondance les uns aux autres. On le percevait clairement aux débuts du christianisme. Saint Jean Chrysostome disait, par exemple, que le sacrement de l'autel et le "sacrement du frère" ou, comme il dit, le "sacrement du pauvre", constituent deux aspects du même mystère. L'amour pour le prochain, l'attention à la justice et aux pauvres ne sont pas seulement des thèmes d'une morale sociale, mais plutôt l'expression d'une conception sacramentelle de la moralité chrétienne car, à travers le ministère des prêtres, s'accomplit le sacrifice spirituel de tous les fidèles, en union avec celui du Christ, unique Médiateur: sacrifice que les prêtres offrent de façon non sanglante et sacramentelle dans l'attente de la nouvelle venue du Seigneur. Telle est la dimension principale, essentiellement missionnaire et dynamique, de l'identité et du ministère sacerdotal: à travers l'annonce de l'Evangile, ils suscitent la foi chez ceux qui ne croient pas encore, afin qu'ils puissent unir leur sacrifice au sacrifice du Christ, qui se traduit en amour pour Dieu et pour le prochain.


Chers frères et sœurs, face à tant d'incertitudes et de difficultés, notamment dans l'exercice du ministère sacerdotal, il est urgent de retrouver un jugement clair et sans équivoque sur le primat absolu de la grâce divine, en rappelant ce qu'écrit saint Thomas d'Aquin: "Le plus petit don de la grâce dépasse le bien naturel de tout l'univers" (Summa Theologiae, i-ii, q. 113, a. 9, ad 2). La mission de chaque prêtre dépendra donc également et surtout de la conscience de la réalité sacramentelle de son "nouvel être". De la certitude de son identité, non pas construite de manière artificielle, mais donnée et écoutée gratuitement et divinement, dépend l'enthousiasme toujours renouvelé du prêtre pour la mission. Ce que j'ai écrit dans l'Encyclique Deus caritas est vaut également pour les prêtres: "A l'origine du fait d'être chrétien il n'y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive" (n. 1).


Ayant reçu un don de grâce aussi extraordinaire par leur "consécration", les prêtres deviennent les témoins permanents de leur rencontre avec le Christ. En partant précisément de cette conscience intérieure, ils peuvent accomplir pleinement leur "mission", à travers l'annonce de la Parole et l'administration des sacrements. Après le Concile Vatican II, on a eu parfois l'impression que, dans la mission des prêtres à notre époque, il y avait quelque chose de plus urgent; certains pensaient que l'on devait en premier lieu édifier une société différente. La page évangélique que nous avons écoutée au début, rappelle en revanche les deux éléments essentiels du ministère sacerdotal. Jésus envoie, à cette époque et aujourd'hui, les apôtres pour annoncer l'Evangile et leur donne le pouvoir de chasser les mauvais esprits. "Annonce" et "pouvoir", c'est-à-dire "parole" et "sacrement" sont donc les deux piliers fondamentaux du service sacerdotal, au-delà de leurs multiples configurations possibles.


Lorsqu'on ne tient pas compte du "diptyque" consécration-mission, il devient véritablement difficile de comprendre l'identité du prêtre et de son ministère dans l'Eglise. En effet, qui est le prêtre, sinon un homme converti et renouvelé par l'Esprit, qui vit de la relation personnelle avec le Christ, faisant constamment siens les critères évangéliques? Qui est le prêtre, sinon un homme d'unité et de vérité, conscient de ses limites et, dans le même temps, de la grandeur extraordinaire de la vocation reçue, c'est-à-dire celle de contribuer à étendre le Royaume de Dieu jusqu'aux extrémités de la terre? Oui! Le prêtre est un homme qui appartient entièrement au Seigneur, car c'est Dieu lui-même qui l'a appelé, et l'a constitué dans son service apostolique. Et précisément en appartenant totalement au Seigneur, il appartient totalement aux hommes, il est totalement pour les hommes. Au cours de cette Année sacerdotale, qui se prolongera jusqu'à la prochaine solennité du Très Saint-Cœur de Jésus, prions pour tous les prêtres. Que se multiplient dans les diocèses, dans les communautés religieuses, en particulier monastiques, dans les associations et dans les mouvements, dans les divers groupes pastoraux présents dans le monde entier, des initiatives de prière et, en particulier, d'adoration eucharistique, pour la sanctification du clergé et les vocations sacerdotales, répondant à l'invitation de Jésus à prier "le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson" (Mt 9, 38). La prière est le premier engagement, le véritable chemin de sanctification des prêtres, et l'âme de l'authentique "pastorale des vocations". Le faible nombre d'ordinations sacerdotales dans certains pays non seulement ne doit pas décourager, mais doit inciter à multiplier les espaces de silence et d'écoute de la Parole, à mieux soigner la direction spirituelle et le sacrement de la confession, afin que la voix de Dieu, qui continue toujours à appeler et à confirmer, puisse être écoutée et promptement suivie par de nombreux jeunes. Celui qui prie n'a pas peur; celui qui prie n'est jamais seul; celui qui prie se sauve! Le modèle d'une existence faite prière est sans aucun doute saint Jean-Marie Vianney. Que Marie, la Mère de l'Eglise, aide tous les prêtres à suivre son exemple pour être, comme lui, des témoins du Christ et des apôtres de l'Evangile.



Mercredi 1er juillet 2009
© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana

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