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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Paul VI, Gaudete in Domino - Une joie pour tout le peuple

dominicanus #La vache qui rumine C 2010
En écoutant cette voix multiple et consonante des saints, aurions-nous oublié la condition présente de la société humaine, en apparence si peu tournée vers les biens surnaturels? Aurions-nous surestimé les aspirations spirituelles des chrétiens de ce temps? Aurions-nous réservé notre exhortation à un petit nombre de savants et de sages? Nous ne pouvons oublier que l'Evangile a d'abord été annoncé aux pauvres et aux humbles, avec sa splendeur si simple et son contenu plénier.


Si Nous avons évoqué cet horizon lumineux de la joie chrétienne, ce n'est donc point dans la pensée de décourager qui que ce soit parmi vous, Frères et Fils très chers, qui sentez votre cœur partagé lorsque l'appel de Dieu vous atteint. Bien au contraire, Nous sentons que notre joie, comme la vôtre, ne sera complète que si nous regardons ensemble, avec pleine confiance, vers « le Chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus qui, au lieu de la joie qui lui était proposée, endura une croix dont il méprisa l'infamie, et qui est assis désormais à la droite du trône de Dieu. Songez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle contradiction, afin de ne pas défaillir par lassitude de vos âmes ».(55)


L'invitation adressée par Dieu le Père à participer pleinement à la joie d'Abraham, à la fête éternelle des Noces de l'Agneau, est une convocation universelle. Chaque homme, pourvu qu'il se rende attentif et disponible, peut la percevoir au fond de son cœur, très particulièrement en cette Année Sainte où l'Eglise ouvre plus largement à tous les trésors de la miséricorde de Dieu. « Car c'est pour vous qu'est la promesse, ainsi que pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera ».(56)


Nous ne saurions penser au Peuple de Dieu de façon abstraite. Notre regard se porte d'abord sur le monde des enfants. Tant qu'ils trouvent dans l'amour de leurs proches la sécurité dont ils ont besoin, ils ont une capacité d'accueil, d'émerveillement, de confiance, de spontanéité dans le don. Ils sont aptes à la joie évangélique. Qui veut entrer dans le Royaume, nous dit Jésus, doit d'abord les regarder.(57)


Nous rejoignons davantage encore tous ceux qui exercent une responsabilité familiale, professionnelle, sociale. Le poids de leurs charges, dans un monde extrêmement mouvant, leur ôte trop souvent la possibilité de goûter les joies quotidiennes. Elles existent pourtant. L'Esprit Saint veut les aider à les redécouvrir, à les purifier, à les partager.


Nous pensons au monde des souffrants, Nous pensons à tous ceux qui arrivent au soir de la vie. La joie de Dieu frappe à la porte de leurs souffrances physiques et morales, non par ironie certes, mais pour y opérer son œuvre paradoxale de transfiguration.


Notre esprit et notre cœur se tournent également vers tous ceux qui vivent au-delà de la sphère visible du Peuple de Dieu. En accordant leur vie aux appels les plus profonds de leur conscience, qui est l'écho de la voix de Dieu, ils sont sur le chemin de la joie.


Mais le Peuple de Dieu ne peut avancer sans guides. Ce sont les pasteurs, les théologiens, les maîtres spirituels, les prêtres et ceux qui coopèrent avec eux à l'animation des communautés chrétiennes. Leur mission est d'aider leurs frères à prendre les sentiers de la joie évangélique, au milieu des réalités qui font leur vie et qu'ils ne sauraient fuir.


Oui, c'est l'immense amour de Dieu qui appelle à converger vers la Cité céleste ceux qui arrivent des divers points de l'horizon, qu'ils soient, en ce temps de l'Année Sainte, proches ou encore loin. Et parce que tous ces convoqués — nous tous, en somme — demeurent à quelque degré pécheurs, il nous faut aujourd'hui cesser d'endurcir notre cœur, pour écouter la voix du Seigneur et accueillir la proposition du grand pardon, telle que Jérémie l'annonçait: « Je les purifierai de tout péché qu'ils commirent à mon égard, je pardonnerai tous les péchés par lesquels ils m'ont offensé et se sont révoltés contre moi. Et Jérusalem me deviendra un sujet de joie, d'honneur et de gloire devant toutes les nations du monde ».(58) Et comme cette promesse de pardon et tant d'autres prennent leur sens définitif dans le sacrifice rédempteur de Jésus, le Serviteur souffrant, c'est Lui, et Lui seulement, qui peut nous dire, en ce moment crucial de la vie de l'humanité:  « Convertissez-vous et croyez en l'Evangile ».(59) Le Seigneur veut surtout nous faire comprendre que la conversion demandée n'est en aucune façon un retour en arrière, ainsi qu'il en va pour le péché. Elle est, au contraire, mise en route, promotion dans la vraie liberté et dans la joie. Elle est réponse à une invitation provenant de lui, aimante, respectueuse et pressante à la fois: « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes ».(60) En effet, quel fardeau plus accablant que celui de la faute? Quelle détresse plus solitaire que celle du prodigue, décrite par l'évangéliste saint Luc? Par contre, quelle rencontre plus bouleversante que celle du Père, patient et miséricordieux, et du fils revenu à la vie? « Il y. aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n'ont pas besoin de repentir ».(61) Or, qui est sans péché, en dehors du Christ et de sa Mère immaculée? Ainsi, par son invitation à revenir au Père dans le repentir, l'Année Sainte — promesse de jubilation pour tout le Peuple — est aussi un appel à retrouver le sens et la pratique du sacrement de la Réconciliation. Dans la foulée de la meilleure tradition spirituelle, Nous rappelons aux fidèles et à leurs pasteurs que l'accusation des fautes graves est nécessaire et que la confession fréquente demeure une source privilégiée de sainteté, de paix et de joie.

 



55 He 12, 2-3.

56 Ac 2, 39.

57 Cf. Mc 10, 14-15.

58 Jr 33, 8-9.

59 Mc 1, 15.

60 Mc 11, 28-29.

61 Lc 15, 7.



 

Exhortation apostolique Gaudete in Domino

 

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