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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Cardinal Ratzinger, La liturgie après le Concile - 5

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
Je voudrais encore évoquer brièvement un troisième point de vue concernant la célébration correcte de l'Eucharistie. L'une des manifestations de la vie liturgique postconciliaire dont on puisse se réjouir, c'est qu'il y a toujours plus de fidèles à vouloir célébrer pleinement l'Eucharistie en recevant le Corps du Seigneur, communiant avec lui et en lui avec l'Église de Dieu tout entière. Cependant, parfois, en voyant des communautés aller communier en masse, on ne peut s'empêcher d'être gagné par un secret malaise : trouve-t-on ici encore ce que saint Paul exigeait avec tant d'insistance des Corinthiens - « discerne-t-on » encore le Corps du Seigneur (1 Co 11,29) ? On a quelquefois l'impression que la communion est considérée comme faisant partie du rituel, et qu'elle se déroule comme un rituel qui ne ferait qu'exprimer l'appartenance à la communauté. Il faut que l'on comprenne beaucoup plus nettement que l'Eucharistie n'est pas sans valeur parce qu'on ne communie pas. En communiant sans discernement, nous ne nous élevons pas vers les hauteurs de la communion, mais nous ravalons le don du Seigneur à la banalité de ce qui relève de notre bon plaisir, du quotidien. Parce que l'Eucharistie n'est pas un repas rituel, mais la prière commune de l'Église, au cours de laquelle le Seigneur prie avec nous et se communique à nous, elle demeure précieuse et grande, elle demeure don véritable, même si nous ne pouvons communier. Si nous comprenions à nouveau mieux cela, et qu'ainsi nous comprenions à nouveau plus exactement ce qu'est l'Eucharistie elle-même, certains problèmes de pastorale, tels que la situation dans l'Église des divorcés remariés, perdraient d'eux-mêmes beaucoup de leur lourde pesanteur.


Pour finir, encore une remarque : quand nous parlons de la vie liturgique dans nos communautés, nous pensons tout de suite, et en fait exclusivement, à l'Eucharistie. Or cela montre justement un amenuisement et un appauvrissement préoccupants qui se sont manifestés ces dernières années. L'Eucharistie est le coeur, le centre de notre vie liturgique, mais pour qu'elle puisse en être le centre, il lui faut un ensemble profondément stratifié au sein duquel elle vive.

L'Eucharistie sous-entend le baptême et toujours la pénitence. Le Saint-Père l'a fait ressortir avec beaucoup d'insistance dans son encyclique Redemptor hominis. Il souligne que les premiers mots de la Bonne Nouvelle étaient : convertissez-vous. « Le Christ qui nous invite au repas eucharistique est toujours le même Christ qui nous exhorte à la pénitence, qui répète le "convertissez-vous" » (IV,20). Là où disparaît la pénitence, l'Eucharistie n'est plus discernée, et elle est ainsi détruite en tant qu'Eucharistie du Seigneur.

Mais l'Eucharistie sous-entend aussi le mariage et l'ordination sacerdotale ; l'organisation communautaire et publique de l'Église. L'Eucharistie sous-entend la prière personnelle, la prière familiale et la prière communautaire extra-liturgique. Je ne mentionnerai que deux des plus riches et des plus profondes prières de la chrétienté, qui continuent toujours à conduire au fleuve de la prière eucharistique : le chemin de croix et le chapelet.

Si nous nous trouvons aujourd'hui dans une large mesure livrés sans recours aux promesses des pratiques religieuses asiatiques ou d'apparence asiatique, cela vient en grande partie du fait que nous avons oublié ce genre de prières. Le chapelet ne réclame pas une conscience tendue qui le rendrait impossible à réciter, mais bien une plongée dans un rythme apaisant, qui nous calme sans violence et qui donne à cette paix un nom : Jésus, le fruit béni de Marie. Marie qui, dans le silence recueilli de son coeur, a abrité le Verbe vivant et a pu ainsi devenir Mère du Verbe incarné, est le modèle permanent de la véritable vie liturgique, l'étoile qui brille même dans un ciel assombri et nous montre le chemin.

Puisse-t-elle, elle qui est Mère de l'Église, obtenir pour nous que nous devenions capables de remplir toujours mieux ce qui est la plus haute mission de l'Église : la glorification du Dieu vivant, d'où vient le salut des hommes. Amen. (fin)


La vie liturgique dans les communautés quinze ans après le Concile
J. Ratzinger, 1985
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