📢Nous sommes le 15 juillet 2024.
— Natalia Trouiller (@ntrouiller) July 15, 2024
Or, avant le 30 juin dernier, le quotidien @LaCroix aurait dû comporter un encart un peu particulier.
Pour la première fois, un tribunal canonique a condamné un coupable à y publier une sentence.
Ce dernier s'est bien gardé de le faire. ⬇️⬇️⬇️ pic.twitter.com/RBaxNAWSuO
📢Nous sommes le 15 juillet 2024.
Or, avant le 30 juin dernier, le quotidien La Croix aurait dû comporter un encart un peu particulier.
Pour la première fois, un tribunal canonique a condamné un coupable à y publier une sentence.
Ce dernier s'est bien gardé de le faire. ⬇️⬇️⬇️
Ni l'évêque du diocèse de Vannes, où se sont déroulés les faits; ni celui du diocèse de Rennes, où vit la victime; ni celui du diocèse de Bordeaux, où siège le tribunal, n'ont jugé bon de faire respecter la sentence, eux dont c'est le rôle.
L'affaire est pourtant d'une gravité sans nom.
Et la sentence est bien timide.
Mais toute timide qu'elle soit, tout le monde s'assoit dessus.
Or, on parle - accrochez-vous - du baptême forcé avec séquestration d'une mineure de 17 ans.
Je n'en reviens pas moi-même d'avoir à écrire cette phrase. Et pourtant.
Nous sommes le 4 mars 2018.
Madeleine vient d'avoir 17 ans.
Elle est catéchumène.
Elle participe à un WE charismatique.
Cautionné par l'Église : c'est Mgr Gosselin, alors en charge du Renouveau de l'Église catholique en France, qui célèbre la messe.
Madeleine est au premier rang, avec une amie.
Le pasteur Ben Fitzgerald, un habitué de ces rassemblements, est sur scène.
Le show de "guérison" commence.
Les personnes qui souhaitent qu'on les "délivre d'esprits mauvais" s'avancent.
Madeleine reste à sa place.
Elle décrit l'ambiance dans son témoignage:
"Beaucoup de personnes tremblaient, convulsaient, entraient dans des états seconds, tombaient au sol. [...] Il y avait beaucoup d'agitation, de bruits, de pleurs, de cris."
Elle commence une crise de panique.
Elle essaie de partir.
Dans cette scène d'hystérie collective (son témoignage est surréaliste), elle est tétanisée.
En "hypoactivation", diront les psys.
Une consacrée des Béatitudes vient lui demander si elle veut qu'on prie pour elle.
Madeleine répond non : l'autre... commence aussitôt une prière📷
À partir de là, tout s'enchaîne.
D'autres gens arrivent, se mettent à prier sur Madeleine, la touchent sur les bras, la tête.
Elle se sent de plus en plus mal.
La session de guérison s'achève, il faut libérer la place pour la messe, Madeleine et sa crise de panique gênent.
On l'emmène, contre son gré, au fond de la salle.
Commence alors un dialogue de sourds entre deux mondes.
Celui de Madeleine, où l'on ne voit pas le démon partout.
Celui des organisateurs, où il est omniprésent.
Une même langue, deux langages, des conséquences terribles.
Madeleine est soulevée à nouveau, traînée dans les vestiaires.
Là, des membres de Début Resplendis recommencent à prier sur elle, lui imposer les mains, chanter, parler en langues.
Personne n'appelle de médecin, bien qu'elle soit visiblement très mal.
Elle dit à plusieurs reprises qu'elle en a assez, qu'elle souhaite partir.
Personne ne l'écoute.
Tous ces gens sont dans leur délire : il faut la "délivrer" car si on appelle le médecin, elle sera "internée".
Alors on passe toute la panoplie des "recettes" psychospirituelles.
Après l'imposition des mains et le chant en langues, une autre idée brillante germe: il faut que Madeleine pardonne aux gens qui l'ont blessée dans le passé !
Voilà qu'on la cuisine sur sa vie, ses blessures.
Mais la "guérison" attendue ne se produit toujours pas.
Alors on passe aux choses sérieuses.
Crucifix, eau bénite.
On dit à son amie de faire attention: elle pourrait "mordre".
Amie qui, presque aussi jeune et paniquée, fait ce qu'elle peut pour sortir Madeleine de là. Sans succès.
⚠️La scène qui suit est d'une grande violence👇
Va-t-on enfin laisser repartir Madeleine et son amie ?
Non. Visiblement, même le simulacre d'exorcisme n'a pas fonctionné.
Mais voilà que l'un des "priants" a une illumination : il faut baptiser Madeleine !
En entendant cela, évidemment, la pauvre enfant refuse, se débat.
On se passera donc de son consentement. La voici maintenue et baptisée de force, malgré ses supplications et ses hurlements.
⚠️Attention, là encore, scène violente👇
Le sketch tragique se termine.
Madeleine est comme sur pilote automatique.
Les gens autour d'elle la félicitent pour ce "baptême" et cette "délivrance" démoniaque.
C'est si lunaire qu'elle répond à leurs sourires, les remercie, même. À un moment, le cerveau ne peut plus lutter.
Elle ira même jusqu'à envoyer un texto de remerciement le lendemain.
Cette réaction, là encore bien connue des psys, s'appelle le fawning.
Une réaction de défense psychique face à une agression extrême, comparable au syndrome de Stockholm (poke le médecin-psychiatre Hugo Baup si le ❤️ vous en dit).
Elle sort enfin.
C'est la nuit.
Elle réalise que tout ce cirque a duré plusieurs heures.
Elle peut enfin rentrer chez elle.
Les jours qui suivent, elle en parle au prêtre qui la suit dans le cadre de sa préparation au baptême.
Branle-bas de combat au Diocèse de Rennes.
S'indigne-t-on des procédés scandaleux de Debout Resplendis?
Non.
Prévient-on les parents de Madeleine, puisqu'elle est mineure?
Non.
Lui présente-t-on des excuses, l'évêque vient-il la voir?
Non.
Le site du diocèse publie-t-il une mise en garde contre Debout Resplendis?
Non.
On fait une enquête canonique, durant laquelle elle ne sera pas convoquée, qui ne lui sera pas communiquée, pour savoir si le baptême reçu est valide.
Car elle devait être baptisée par Mgr d'Ornellas à sa majorité, donc la question c'est: on la compte pour la cérémonie ou pas?
La réponse au terme de l'enquête est celle-ci: non, le baptême n'était pas valide.
Et les choses s'arrêtent là.
Madeleine, elle, ne va pas bien.
Elle pense, sans qu'on la détrompe, que l'enquête était un procès canonique.
Elle en parle à des prêtres.
Ils disent: "Mais que veux-tu faire de plus?"
Elle ne comprend pas qu'on ne l'ait pas entendue.
Elle n'ose pas en parler à ses parents.
Pendant deux ans, elle reste avec ses questions et des séquelles traumatiques qui empirent.
Puis elle comprend qu'il n'y a jamais eu de procès.
Elle se rend à l'officialité de Rennes.
On lui explique que, vu les faits, elle peut porter plainte devant la justice de la République.
Mais que ce serait dommage: la police, la gendarmerie, le Procureur de Rennes"savent à peine ce que c'est qu'un baptême".
Alors qu'avec un procès canonique, c'est sûr, elle obtiendra justice.
Madeleine a 19 ans.
Elle a arrêté ses études, ses symptômes post-traumatiques sont si graves qu'elle survit, littéralement.
Évidemment, elle écoute ce qu'on lui dit.
Elle signe le papier (illégal) qu'on lui tend, par lequel elle renonce à porter plainte auprès de la justice étatique le temps de la procédure.
Cette façon d'agir contrevient à la fois au protocole d'accord entre le Procureur de Rennes et le Diocese de Rennes, et au droit canonique.
Une fois sa plainte canonique déposée, Madeleine attend.
Première déconvenue: Mgr Centène, évêque du diocèse de Vannes, juge de l'affaire selon le canon 1419, décide que bon, un baptême forcé, franchement, c'est pas du pénal canonique. Tout juste y a-t-il matière à contentieux.
Finalement, les murs mitoyens, les baptêmes forcés, c'est un peu pareil.
Voici donc l'affaire de Madeleine dépénalisée : il y aura un simple procès administratif.
Je vous passe les détails, les irrégularités et les abus supplémentaires.
On y reviendra en temps et en heure.
En première instance, Debout Resplendis est condamnée à UN EURO (1€) de dommages et intérêts.
Solidairement avec le baptiseur, ce que l'on comprend: il faut pouvoir supporter le coût financier de la sentence, en pleine crise économique.
Pas de condamnation de l'association, pas d'interdiction de rassemblements, rien.
Madeleine attend donc son euro symbolique, qui lui permettra de payer ses frais de psy, de reprendre une formation, de changer de lieu de vie, quand elle apprend que Debout Resplendis fait appel.
C'est donc reparti pour un tour.
Dans l'intervalle, comme toutes les victimes, elle écrit, elle prend des rendez-vous auprès de plein de prêtres, d'évêques.
Ce qui est sûr, c'est qu'on prie pour elle. Pour le reste...
Le jugement de deuxième instance de l'officialité de Bordeaux finit par tomber en février 2024.
Je vous le remets pour la beauté de la chose.
1€ de dommages et intérêts.
Publication dans le journal La Croix avant fin juin. Responsabilité de la présidente de l'association Debout Resplendis et du baptiseur.
En revanche, l'association Debout Resplendis est blanchie.
Vous l'aurez compris, la présidente, le baptiseur ni personne de l'association n'a jamais contacté La Croix pour appliquer la sentence.
Contacté ce matin par l'avocat (civil) de Madeleine, le vice-official confirme qu'il n'a aucun moyen de faire respecter la sentence et que bon, ma foi, tant pis.
C'est donc sur X que nous publions cette sentence à 1€ dont même ceux qui l'émettent, au nom de Jésus-Christ, se fichent complètement de savoir si elle sera appliquée.
Pour rappel, dans l’Église, on "célèbre" un procès canonique.
C'est un acte liturgique.
La justice canonique est censée préfigurer celle des Cieux.
Mais comment ne tremblez-vous pas?
Église catholique en France , quand est-ce qu'on arrête de couvrir ces dérives charismatiques
Miviludes, on va rester combien de temps à regarder ces histoires se produire?
Ministère de l'intérieur et des Outremer, trois évêques en poste qui ne signalent pas des violences sur mineure pareilles, on fait quoi?
Que chacun, à sa place, prenne maintenant ses responsabilités.
Car aujourd'hui, l'Eglise n'est toujours pas une maison sûre pour nos enfants.
Et je laisse le dernier mot à Madeleine.
Elle a tenu à expliquer le sens de sa démarche d'aujourd'hui. Toujours fidèle à sa foi, elle ne cherche aucune vengeance, simplement la justice. Ecoutons-la dans le respect, sa dignité bafouée mérite que nous nous abstenions de jugements.
Merci à tous. ⏹️
Je suis particulièrement touchée par le thread du jour de @ntrouiller
— Jo (@jolepel) July 15, 2024
Pour celles, ceux qui continuent à penser que Bethel Church et la Nouvelle Réforme Apostolique, c’est une dérive US et que ça n’existe pas chez nous. Lisez bien. Ces gens sont invités en 🇫🇷Régulièrement. 1/ https://t.co/7S8G8tjHc4
Pas seulement chez les évangéliques néo-charismatiques. Mais aussi dans l’Église catholique.
Leurs amis francophones, les Jean-Luc Trachsel, Werner Lehmann, Fabienne Pons, Carlos Payan, Claude et Julia et j’en passe : tous dans des événements de Debout resplendis. 2/On n’est pas juste sur des illuminé•es qui ont l’air de jouer à Star Wars.
Ce sont des personnes qui se présentent comme des pasteur•es, des prophètes, des apôtres. Et beaucoup de personnes fragiles se déplacent dans ces conférences. Avec l’espoir de trouver Dieu ou la guérison 3/Là on a l’histoire de Madeleine qui se retrouve piégée mais je suis tellement en colère parce à elle mais aussi à tant de gens proches ou moins proches que j’ai croisé au cours des années et qui ont été trompés, blessés, exploités 4/
Et dernier point, ces « modèles » américains, on les retrouve en train de mordiller les mocassins de Donald Trump en échange de la promesse d’une théocratie évangélique blanche. Donc ne nous imaginons pas que Bolloré cire les pompes de ces évangéliques et cathos gratuitement 5/