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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#la vache qui rumine (annee a)

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (3/6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Oh ! que j'aimerais, ami de Dieu, qu'en cette vie vous soyez toujours en l'Esprit-Saint. "Je vous jugerai dans l'état dans lequel je vous trouverai", dit le Seigneur (Mt 24, 42 ; Mc 13, 33-37 ; Lc 19, 12 ss.). Malheur, grand malheur s'il nous trouve appesantis par les soucis et les peines terrestres, car qui peut endurer son courroux et qui peut lui résister ? C'est pourquoi il a été dit : "Veillez et priez pour ne pas être induit en tentation" (Mt 26, 41), autrement parlant pour ne pas être privé de l'Esprit de Dieu, car les veilles et la prière nous donnent sa grâce.

Il est certain que toute bonne action faite au Nom du Christ confère la grâce du Saint-Esprit, mais la prière plus que toute autre chose, étant toujours à notre disposition. Vous auriez, par exemple, envie d'aller à l'église, mais l'église est loin, ou l'office est terminé ; vous auriez envie de faire l'aumône, mais vous ne voyez pas de pauvre, ou vous n'avez pas de monnaie ; vous voudriez rester vierge, mais vous n’avez pas assez de force pour cela, à cause de votre constitution ou à cause des embûches de l'ennemi auxquelles la faiblesse de votre chair humaine ne vous permet pas de résister ; vous voudriez peut-être trouver une autre bonne action à faire au Nom du Christ, mais vous n'avez pas assez de force pour cela, ou l'occasion ne se présente pas. Quant à la prière, rien de tout cela ne l'affecte : chacun a toujours la possibilité de prier, le riche comme le pauvre, le notable comme l'homme du commun, le fort comme le faible, le bien portant comme le malade, le vertueux comme le pécheur.

On peut juger de la puissance de la prière, même pécheresse, sortant d'un coeur sincère, par l'exemple suivant rapporté par la Sainte Tradition : à la demande d'une malheureuse mère qui venait de perdre son fils unique, une courtisane qu'elle rencontra sur son chemin, touchée par le désespoir maternel, osa crier vers le Seigneur, toute souillée qu'elle était encore par son péché : "Non à cause de moi, horrible pécheresse, mais à cause des larmes de cette mère pleurant son fils tout en croyant fermement en ta miséricorde et en ta Toute-Puissance, ressuscite-le, Seigneur !" Et le Seigneur le ressuscita (cf. Lc 7, 11-15).

Telle, ami de Dieu, est la puissance de la prière. Plus que toute autre chose elle nous donne la grâce de l'Esprit de Dieu et plus que tout elle est toujours à notre portée. Bienheureux serons-nous lorsque Dieu nous trouvera veillants, dans la plénitude des dons de son Esprit-Saint. Nous pourrons alors espérer être ravis sur les nuées à la rencontre de Notre Seigneur venant dans les airs revêtu de puissance et de gloire juger les vivants et les morts et donner à chacun son dû. [...]

- Père, lui dis-je, vous parlez toujours de l'acquisition de la grâce du Saint-Esprit comme le but de la vie chrétienne. Mais comment puis-je la reconnaître ? Les bonnes actions sont visibles. Mais l'Esprit-Saint peut-il être vu ? Comment puis-je savoir si, oui ou non, il est en moi ?

- A l'époque où nous vivons, répondit le starets, on est parvenu à une telle tiédeur dans la foi, à une telle insensibilité à l'égard de la communion avec Dieu, qu'on s'est éloigné presque totalement de la vraie vie chrétienne. Des passages de l'Écriture sainte nous paraissent étranges aujourd'hui, par exemple quand l'Esprit-Saint, par la bouche de Moïse, dit "Adam voyait Dieu se promenant au paradis" (Gn 3, 8), ou quand nous lisons chez l'Apôtre Paul qu'il a été empêché par l'Esprit-Saint d'annoncer la parole en Asie, mais que l'Esprit l'accompagna lorsqu'il se rendit en Macédoine (Ac 16, 6-9). Dans beaucoup d'autres passages de l'Écriture Sainte il est, à maintes reprises, question de l'apparition de Dieu aux hommes. [...]

(à suivre)

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (2/6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Dans la parabole des vierges sages et des vierges folles (Mt. 25, 1-13) quand ces dernières manquèrent d'huile, il leur fut dit : "Allez en acheter au marché." Mais en revenant, elles trouvèrent la porte de la chambre nuptiale close et ne purent entrer. Certains estiment que le manque d'huile chez les vierges folles symbolise l'insuffisance d'actions vertueuses faites dans le courant de leur vie. Une telle interprétation n'est pas entièrement juste. Quel manque d'actions vertueuses pouvait-il y avoir puisqu'elles étaient appelées vierges, quoique folles ? La virginité est une haute vertu, un état quasi-angélique, pouvant remplacer toutes les autres vertus. Moi, misérable, je pense qu'il leur manquait justement le Saint-Esprit de Dieu. Tout en pratiquant des vertus, ces vierges, spirituellement ignorantes, croyaient que la vie chrétienne consistait en ces pratiques. Nous avons agi d'une façon vertueuse, nous avons fait oeuvre pie, pensaient-elles, sans se soucier si, oui ou non, elles avaient reçu la grâce du Saint-Esprit. De ce genre de vie, basé uniquement sur la pratique des vertus morales, sans un examen minutieux pour savoir si elles nous apportent - et en quelle quantité - la grâce de l'Esprit de Dieu, il a été dit dans les livres patristiques : "Certaines voies qui paraissent bonnes au début conduisent à l'abîme infernal" (Pr 14, 12).

En parlant de ces vierges, Antoine le Grand dit dans ses Épîtres aux Moines :

"Beaucoup de moines et de vierges ignorent complètement la différence qui existe entre les trois volontés agissant à l'intérieur de l'homme. La première est la volonté de Dieu, parfaite et salvatrice ; la deuxième - notre volonté propre, humaine, qui, en soi, n'est ni néfaste ni salvatrice ; tandis que la troisième - diabolique - est tout à fait néfaste. C'est cette troisième volonté ennemie qui oblige l'homme soit à ne pas pratiquer la vertu du tout, soit à la pratiquer par vanité, ou uniquement pour le 'bien', et non pour le Christ. La deuxième, notre volonté propre, nous incite à satisfaire nos mauvais instincts ou, comme celle de l'ennemi, nous apprend à faire le 'bien' au nom du bien, sans se soucier de la grâce qu'on peut acquérir. Quant à la troisième volonté, celle de Dieu, salvatrice, elle consiste à nous apprendre à faire le bien uniquement dans le but d'acquérir le Saint-Esprit, trésor éternel, inépuisable, que rien au monde n'est digne d'égaler."

C'est justement la grâce du Saint-Esprit symbolisée par l'huile, qui faisait défaut aux vierges folles. Elles sont appelées "folles" parce qu'elles ne se souciaient pas du fruit indispensable de la vertu qui est la grâce de l'Esprit-Saint sans laquelle personne ne peut être sauvé, car "toute âme est vivifiée par le Saint-Esprit afin d'être illuminée par le mystère sacré de l'Unité Trinitaire" (Antienne avant l'Évangile des matines). Le Saint-Esprit lui-même vient habiter nos âmes, et cette résidence en nous du Tout-Puissant, la coexistence en nous de son Unité Trinitaire avec notre esprit ne nous est donnée qu'à condition de travailler par tous les moyens en notre pouvoir à l'obtention de cet Esprit-Saint qui prépare en nous un lieu digne de cette rencontre, selon la parole immuable de Dieu : "Je viendrai et j'habiterai en eux, et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple" (Ap 3, 20 ; Jn 14, 23). C'est cela, l'huile que les vierges sages avaient dans leurs lampes, huile capable de brûler longtemps, haut et clair, permettant d'attendre l'arrivée, à minuit, de l'Époux et d'entrer, avec lui, dans la chambre nuptiale de la joie éternelle.

Quant aux vierges folles, voyant que leurs lampes risquaient de s'éteindre, elles allèrent au marché, mais n'eurent pas le temps de revenir avant la fermeture de la porte. Le marché - c'est notre vie. La porte de la chambre nuptiale, fermée et interdisant l'accès à l'Époux - c'est notre mort humaine ; les vierges - sages et folles - sont des âmes chrétiennes. L'huile ne symbolise pas nos actions, mais la grâce par l'entremise de laquelle le Saint-Esprit emplit notre être, transformant ceci en cela : le corruptible en l'incorruptible, la mort psychique en vie spirituelle, les ténèbres en lumière, l'étable où sont enchaînées, comme des bêtes, nos passions, en temple de Dieu, en chambre nuptiale où nous rencontrons Notre Seigneur, Créateur et Sauveur, Époux de nos âmes. Grande est la compassion que Dieu a pour notre malheur, c'est-à-dire pour notre négligence envers sa sollicitude. Il dit : "Je suis à la porte et je frappe..." (Ap 3, 20), entendant par "porte" le courant de notre vie pas encore arrêté par la mort.

(à suivre)

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (1/6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)



C'était un jeudi. Le ciel était gris. La terre était couverte de neige et d'épais flocons continuaient à tourbillonner lorsque le Père Séraphim engagea notre conversation dans une clairière, près de son "Petit Ermitage" face à la rivière Sarovka coulant au pied de la colline. Il me fit asseoir sur le tronc d'un arbre qu'il venait d'abattre et lui-même s'accroupit en face de moi.

- Le Seigneur m'a révélé, dit le grand starets, que depuis votre enfance vous désiriez savoir quel était le but de la vie chrétienne et que vous aviez maintes fois interrogé à ce sujet des personnages même haut placés dans la hiérarchie de l'Église.

Je dois dire que dès l'âge de douze ans cette idée me poursuivait et qu'effectivement j'avais posé la question à plusieurs personnalités ecclésiastiques sans jamais recevoir de réponse satisfaisante. Le starets l'ignorait.

- Mais personne, continua le Père Séraphim, ne vous a rien dit de précis. On vous conseillait d'aller à l'église, de prier, de vivre selon les commandements de Dieu, de faire le bien - tel, disait-on, était le but de la vie chrétienne. Certains même désapprouvaient votre curiosité, la trouvant déplacée et impie. Mais ils avaient tort. Quant à moi, misérable Séraphim, je vous expliquerai maintenant en quoi ce but réellement consiste.

Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. La prière, le jeûne, les veilles et autres activités chrétiennes, aussi bonnes qu'elles puissent paraître en elles-mêmes, ne constituent pas le but de la vie chrétienne, tout en aidant à y parvenir. Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. Quant à la prière, au jeûne, aux veilles, à l'aumône et toute autre bonne action faite au nom du Christ, ce ne sont que des moyens pour l'acquisition du Saint-Esprit.

Remarquez que seule une bonne action faite au nom du Christ nous procure les fruits du Saint-Esprit. Tout ce qui n'est pas fait en son Nom, même le bien, ne nous procure aucune récompense dans le siècle à venir, et en cette vie non plus ne nous donne pas la grâce divine. C'est pourquoi le Seigneur Jésus Christ disait : "Celui qui n'amasse pas avec moi dissipe" (Lc 11, 23).

On est pourtant obligé d'appeler une bonne action "amassage" ou récolte, car même si elle n'est pas faite au Nom du Christ, elle reste bonne. L'Écriture dit : "En toute nation celui qui craint Dieu et pratique la justice lui est agréable" (Ac 10, 35). Le centurion Corneille, qui craignait Dieu et agissait selon la justice, fut visité pendant qu'il était en prière, par un ange du Seigneur qui lui dit : "Envoie des hommes à Joppé chez Simon le corroyeur, tu y trouveras un certain Pierre qui te fera entendre des paroles de vie éternelle par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison" (Ac 10, 5).

On voit donc que le Seigneur emploie ses moyens divins pour permettre à un tel homme de ne pas être privé, dans l'éternité, de la récompense qui lui est due. Mais pour l'obtenir il faut que dès ici-bas il commence par croire en Notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu descendu sur terre pour sauver les pécheurs, ainsi que par acquérir la grâce du Saint-Esprit qui introduit dans nos coeurs le Royaume de Dieu et nous fraye le chemin de la béatitude du siècle à venir. Là s'arrête la satisfaction que procurent à Dieu les bonnes actions qui ne sont pas commises au Nom du Christ. Le Seigneur nous donne les moyens de les parachever. À l'homme d'en profiter ou non. C'est pourquoi le Seigneur a dit aux Juifs : "Si vous étiez des aveugles, vous seriez sans péché mais vous dites : 'Nous voyons !' votre péché demeure" (Jn 9, 41). Quand un homme comme Corneille dont l'oeuvre qui n'a pas été faite au Nom du Christ mais qui a été agréable à Dieu, se met à croire en son Fils, cette oeuvre lui est comptée comme faite au Nom du Christ, à cause de sa foi en lui (He 11, 6). Dans le cas contraire, l'homme n'a pas le droit de se plaindre que le bien accompli ne lui a pas été profitable. Cela n'arrive jamais quand une bonne action a été faite au Nom du Christ, car le bien accompli en son Nom apporte non seulement une couronne de gloire dans le siècle à venir, mais dès ici-bas remplit l'homme de la grâce du Saint-Esprit, comme il a été dit : "Dieu donne l'Esprit sans mesure. Le Père aime le Fils ; il a tout remis entre ses mains" (Jn 3, 34-35).

C'est donc dans l'acquisition de cet Esprit de Dieu que consiste le vrai but de notre vie chrétienne, tandis que la prière, les veilles, le jeûne, l'aumône et les autres actions vertueuses faites au Nom du Christ ne sont que des moyens pour l'acquérir.

- Comment l'acquisition ? demandai-je au Père Séraphim. Je ne comprends pas très bien.

- L'acquisition, c'est la même chose que l'obtention. Vous savez ce que c'est que d'acquérir de l'argent ? Pour le Saint-Esprit, c'est pareil. Pour les gens du commun, le but de la vie consiste en l'acquisition d'argent - le gain. Les nobles, en plus, désirent obtenir des honneurs, des marques de distinction et autres récompenses accordées pour des services rendus à l'État. L'acquisition du Saint-Esprit est aussi un capital, mais un capital éternel, dispensateur de grâces ; très semblable aux capitaux temporels, et qui s'obtient par les mêmes procédés. Notre Seigneur Jésus Christ, Dieu-Homme, compare notre vie à un marché et notre activité sur terre à un commerce. Il nous recommande à tous : "Négociez jusqu'à ce que je vienne, en économisant le temps, car les jours sont incertains" (Lc 19, 12-13 ; Ép 5, 15-16), autrement dit : Dépêchez-vous d'obtenir des biens célestes en négociant des marchandises terrestres. Ces marchandises terrestres ne sont autres que les actions vertueuses faites au Nom du Christ et qui nous apportent la grâce du Saint-Esprit.

(à suivre)

Père Raniero Cantalamessa: N'ayez pas peur du Saint Esprit ! (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

« Frères français, je vous le dis :

n’ayez pas peur du saint Esprit ! »


Vous êtes le «prédicateur du pape», mais aussi un ardent avocat du Renouveau Charismatique qui fête ses 40 ans cette année (NDLR: en 2007). Comment l’avez vous rencontré ?

Comme Paul avec les premiers chrétiens : j’ai d’abord été un persécuteur du Renouveau ! J’en ai entendu parler pour la première fois en 1975. Une dame que j’accompagnais spirituellement venait de participer à une retraite charismatique. Elle me parlait avec des larmes dans la voix de ces gens qui priaient en levant les mains et en chantant « Alléluia ! ». Je lui ai conseillé de ne jamais y retourner. Elle ne m’a pas écouté et a continué à m’inviter à son groupe de prière. J’ai fini par m’y rendre. Mon jugement a commencé à évoluer. En confessant des gens lors de rassemblements, j’ai été touché par une grâce de repentance d’une pureté et d’une profondeur que je n’avais jamais rencontrée auparavant. J’ai compris ce que voulais dire le Seigneur quand il promet à ses disciples que « quand il viendra, le Paraclet confondra le monde en matière de péché, en matière de justice et en matière de jugement ». ( Jn 16, 8)

Puis, en 1977, une donatrice anonyme, m’a offert des billets pour participer aux Etats-Unis, à Kansas-City, à une rencontre charismatique œcuménique. J’y allais pour apprendre l’anglais… mais ce voyage a marqué ma vie ! Après cette rencontre, j’ai séjourné dans une maison au New Jersey et là le Seigneur m’a convaincu qu’il fallait laisser les gens prier sur moi. (lire notre portrait). Cette effusion a renouvelé ma vie de foi. De retour dans ma communauté à Washington, je me sentais en permanence attiré à la chapelle. Ma prière est devenu trinitaire. J’ai découvert la seigneurie du Christ. Je m’étais spécialisé dans la christologie mais je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup plus que d’élaborer des idées sur le Christ… Il y avait le Christ ressuscité, bien vivant !

Votre «conversion» était visible ?

Je priais, je parlais d’une autre manière. Une joie nouvelle se dégageait de moi. Au moment de mon baptême dans l’Esprit, une personne m’a dit : « Tu éprouveras une joie nouvelle en proclamant ma Parole ». Je n’étais pas prédicateur à cette époque-là. Et je ne suis pas par nature un homme joyeux. Je suis au contraire naturellement plus porté à la mélancolie qu’à la louange. Mais lorsque je prêche, par exemple à la télévision italienne, les gens me disent qu’une joie émane de moi qui ne vient pas de moi. Cette joie est peut-être intrinsèque à la Parole de Dieu…

La rencontre avec le Renouveau a-t-elle changé quelque chose dans votre prière personnelle ?

Le Renouveau change indéniablement notre façon de prier. C’est l’effet le plus visible de cette nouvelle Pentecôte, de cette expérience de l’Esprit. D’ailleurs, Jean-Paul II a toujours défini le Renouveau comme une grâce de prière pour l’Eglise. Le premier effet de l’Esprit lorsqu’il nous visite, c’est de nous pousser à dire « Abba, Père » : il nous met dans le mouvement de la prière même du Christ. Mais le Renouveau ne démentit pas la sagesse traditionnelle des docteurs de la vie spirituelle : ces grâces ne sont pas des sommets mais des commencements. Souvent, les personnes qui persévèrent dans cette vie nouvelle passent à travers des purifications, une aridité spirituelle. Certains, à ce moment là, quittent tout, pensant que la grâce est finie. D’autres s’accrochent et entrent alors dans une vie spirituelle d’une grande profondeur. Peut-être ne prennent-ils plus part à des manifestations estampillés « Renouveau charismatique » mais c’est à lui qu’ils doivent leur conversion. Chez les contemplatives, par exemple, beaucoup de religieuses ont reçu un premier appel au sein du Renouveau.
Le Renouveau charismatique n’est pas un mouvement avec un fondateur, une règle ou une spiritualité. Comme son nom l’indique, il renouvelle les gens puis les renvoie à l’Eglise. De nombreuses personnes sont devenus actives dans les paroisses après être passées par le Renouveau.

Benoît XVI est-il sensible au Renouveau ?

Comme Jean-Paul II, que j’ai vu chanter en langue et lever les mains pendant la prière, Benoît XVI est bien disposé à l’égard du Renouveau. Evidemment, Benoît XVI donne aussi - et c’est son devoir- des directives, il indique les dangers à éviter et exhorte à vivre dans la communion avec les évêques locaux.

Jean-Paul II avait-il reçu le baptême dans l’Esprit ?

S’il l’a reçu, il n’a jamais rendu public ce fait. Il avait des traits charismatiques, comme a pu le révéler le préfet de la Maison pontificale, le cardinal Martin. Il a pratiqué l’exorcisme, il croyait aux charismes de guérison, de libération. Il avait une solide structure « traditionnelle » mais aussi un esprit ouvert et libre. L’esprit charismatique se caractérise comme un esprit de liberté. Saint Paul le dit : « Là où il y a l’esprit de Dieu, il y a la liberté ». Nous sommes beaucoup plus spontanés, plus libres sous l’influence de l’Esprit.

La grâce du Renouveau a-t-elle soufflé uniquement sur les laïcs ? On a du mal à imaginer un cardinal chanter en langue…

Le cardinal Suenens, le cardinal Martini ont reçu l’effusion de l’Esprit. Proportionnellement, je ne crois pas qu’il y ait plus de laïcs charismatiques que de clercs charismatiques. Il est vrai que certains membres de la hiérarchie catholique ont eu beaucoup de peine à accepter la grâce du Renouveau. Il y a une raison objective à cela : ils sont pasteurs de tous les mouvements et ne veulent pas s’identifier à un. Il y a une autre raison, plus subjective celle-là : la peur du changement, de la nouveauté. J’en parle d’autant plus librement que c’est une difficulté que j’ai dû moi-même surmonter.

Je considère mon petit service au sein de l’Eglise comme une manière d’aider mes confrères du clergé, les évêques, à ne pas avoir peur du Saint-Esprit et du Renouveau. Je ne les exhorte évidemment pas à devenir membre du Renouveau charismatique mais je leur présente ce magnifique cadeau du Seigneur pour l’Eglise d’aujourd’hui. Souvent ces retraites que je prêche partout dans le monde se termine par une messe, véritable effusion de l’Esprit, sans en avoir les signes extérieurs.

Le développement des évangéliques n’est-il pas une manière pour l’Esprit Saint de signifier aux catholiques que leur cœur est trop fermé à son action et qu’il est donc obligé de passer par d’autres frères chrétiens ?

J’ai été pendant treize ans membre de la délégation catholique pour le dialogue avec les églises pentecôtistes. Lorsque nous nous rencontrions, un climat spirituel incroyable régnait entre nous - et ce, en dépit de différences doctrinales très marquées. L’Esprit Saint nous unissait. Cela m’a permis de comprendre comment le Saint-Esprit a poussé la première Eglise à s’ouvrir au monde, aux païens. Dans la maison de Corneille, les païens ont reçu l’Esprit avec les mêmes manifestations que celles de la Pentecôte. Et saint Pierre de tirer cette conclusion : « Quelqu’un pourrait-il empêcher de baptiser par l’eau ces gens qui, tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint ? » (Actes des Apôtres, ch.10). Aujourd’hui, le Seigneur fait quelque chose de semblable. Il a donné son Esprit, souvent avec les mêmes manifestations dans différentes dénominations chrétiennes, pour nous obliger à reconnaître qu’il est à l’œuvre partout.

Les succès apostoliques des églises pentecôtistes et évangéliques ne sont-ils pas le signe qu’elles sont « bénies » ?

Sur ce point, il faut être plus nuancé. Tout d’abord, les évangéliques et les pentecôtistes ne sont pas identiques. Les évangéliques insistent plus sur la Parole de Dieu, le kérygme ; les pentecôtistes, sur l’Esprit Saint et sur ses dons. Ce sont les pentecôtistes qui connaissent un grand succès. C’est l’unique segment de la chrétienté qui s’accroît de manière exponentielle notamment en Amérique latine, au Brésil… Mais ce « succès » n’est pas sans zones d’ombre notamment au niveau du prosélytisme. Lors de nos rencontres, l’une des questions que nous posions fréquemment à nos frères pentecôtistes était : « Pourquoi n’allez-vous pas évangéliser dans des pays non-chrétiens au lieu d’aller toujours pêcher dans des pays de tradition catholique ? » Car il est facile d’enthousiasmer des gens qui n’ont pas un lien très fort avec leur Eglise. Cette discussion a abouti à un document signé par les principales dénominations pentecôtistes où elles s’engagent à ne pas inciter les gens à changer d’Eglise. Partout, j’essaie d’exhorter mes frères catholiques au dialogue mais souvent les évêques me confient que c’est une tâche impossible, qu’ils ont tout essayé. Le pentecôtisme, ce sont des centaines et des centaines d’églises libres où chacun répond à son pasteur, qui est souvent autoproclamé.

Comment expliquez-vous que les évangéliques réussissent là où les catholiques échouent ?

Jean-Paul II l’a répété : nous ne pouvons pas simplement nous opposer, il faut également tâcher de répondre aux défis posés par les évangéliques. Même s’il ne faut pas schématiser, je pense qu’il y a chez ces derniers une annonce de la Parole de Dieu plus fondamentale, qui vise à établir une relation avec le Christ. Souvent les catholiques ont une certaine formation mais ils n’ont pas de rapport personnel avec le Christ. La notion de communauté est également plus tangible côté évangélique. Ils forment des groupes dans lesquels les personnes se connaissent, s’accueillent, se soutiennent les unes les autres. Et puis dans quelques cas, les ministères de guérison jouent un rôle ambigu. Ainsi, on ne sait plus quelles sont vraiment les motivations des gens - comme ces personnes qui suivaient le Christ parce qu’elles savaient qu’elles pourraient manger quelque chose…

Nous catholiques sommes certainement beaucoup plus préparés à être pasteurs d’âme que pêcheurs d’âme. D’ailleurs, la première retraite de l’Avent que j’ai prêché devant Benoît XVI a été consacrée à cette question : comment évangéliser ce monde post-chrétien ? A mon avis, pour trouver la solution, nous devons comprendre comment les premiers apôtres ont évangélisé le monde pré-chrétien. Et là nous voyions quel rôle a joué la proclamation du kérygme, c'est-à-dire la proclamation essentielle, élémentaire, de la mort et de la résurrection du Christ, du pouvoir de l’Esprit. Saint Paul nous dit que la foi naît à cette annonce là. L’enseignement, la doctrine, forment la foi mais la foi comme telle ne naît pas face aux problèmes éthiques et moraux. Le grand danger pour l’Eglise d’aujourd’hui est d’ailleurs d’être enfermée dans des questions éthiques. Le monde l’identifie à une sorte d’agence morale Il ne voit pas qu’elle est porteuse du mystère du Christ, que l’Eglise est le lieu pour Le rencontrer.

Le Renouveau charismatique fête ses 40 ans cette année. Nombreuses sont les communautés qui semblent marquer le pas. Qu’en pensez-vous ?

C’est vrai qu’on cherche un peu partout les signes d’un nouvel enthousiasme dans le Renouveau. Ici, le principe d’Origène prend toute sa dimension : « Ne crois pas qu’il suffit d’être renouvelé une fois par le baptême ; même l’amour doit être renouvelé. » C’est un principe qui vaut pour tout le christianisme mais surtout pour le Renouveau.

Que pensez-vous de la nouvelle vague charismatique (voir FC 1451) ?

Je ne dirais pas qu’il faut prendre ce qui se passe dans ces groupes en exemple. Certaines manifestations sont assez marquées par une culture américaine, pentecôtiste. Il faut les respecter, ne pas les juger mais ne pas nécessairement se sentir interpellé en disant : « Ca, c’est l’Esprit ! »

L’action du Saint-Esprit, dans la Bible, se manifeste de deux manières. Il y a l’esprit qu’on appelle sanctificateur et l’esprit charismatique. L’esprit sanctificateur est plutôt une action intérieure, qui change le cœur, donne une prière nouvelle et, en résumé, renouvelle l’homme.

L’esprit charismatique donne plutôt des dons particuliers à des gens, non pas pour leur sanctification, mais pour leur communauté. On le voit dans l’Ancien Testament, ainsi que dans Paul au chapitre 12 de la première épitre aux Corinthiens. Cette tension entre l’action sanctificatrice de l’Esprit et son action charismatique est intrinsèque. C’est une donnée constitutive de l’Esprit. Dans le Renouveau, il y a toujours eu cette habitude d’accentuer l’une ou l’autre. Il y a des groupes de prière ou des pays entiers qui favorisent plutôt un esprit de prière, de réforme intérieure, de sanctification personnelle. Et il y a d’autres groupes, d’autres pays, qui on plus accentué l’aspect charismatique. Ces derniers sont les plus résistants aux statuts, à avoir une loi, des constitutions. Ils veulent rester plus libres. A la Pentecôte dernière, j’ai eu l’occasion de m’adresser aux responsables des communautés charismatiques en visite à Rome et j’ai tâché de leur faire voir cette dialectique qui est bonne.

Comment définiriez-vous la nouvelle Pentecôte ?

Jean XXIII a appelé par ses prières cette nouvelle Pentecôte sur l’Eglise. Et on peut dire que le Seigneur l’a exaucé car les textes du Concile Vatican II parlent des charismes même s’ils n’ont jamais quitté l’Eglise. Mais certains charismes avaient été laissés de côté et même, disait certains, ils appartenaient seulement à l’origine de l’Eglise. Le Concile a redécouvert ces charismes et les a transféré de l’hagiographie à l’ecclésiologie. Avant, nous pensions que les charismes appartenaient aux saints. Mais le Concile a montré qu’ils appartenaient à l’Eglise. Quelques années plus tard, en 1967, le Seigneur a apporté une autre réponse, plus inattendue celle-là, à la prière de Jean XXIII avec l’apparition de communautés où les charismes se manifestaient concrètement.

A ce sujet, une parole de Paul VI me frappe beaucoup. Il ne parle pas d’une « nouvelle » mais d’une « Pentecôte pérenne », c'est-à-dire quotidienne. Dans l’ecclésiologie catholique, nous avons une vision de la Pentecôte qui peut et doit succéder chaque jour à l’eucharistie. C’est le contexte idéal pour la Pentecôte !

Il faut sans cesse répéter que la Pentecôte n’est pas une grâce réservée à certains mais qu’elle est pour toute l’Eglise. Le Renouveau charismatique n’est pas un mouvement à côté d’autres mouvements, pour certaines personnes. Il est comme une flamme qui doit enflammer toute l’Eglise. Yves Congar le comparaît à « un feu de brousse ». Et c’est d’ailleurs ce qui s’est passé puisque d’une dizaine d’étudiants qui ont commencé à se réunir pour prier il y a 40 ans, nous sommes passés à plus de 100 millions de chrétiens touchés par le Renouveau à travers le monde. C’est quelque chose d’unique dans l’histoire de l’Eglise.

Pourtant, ce feu semble perdre de son intensité. Est-ce un constat européen ou mondial ?

C’est un constat qu’il faut nuancer. Au Brésil, aux Philippines, dans de nombreux pays de missions, le Renouveau est, à mon avis, l’avant-garde de l’action missionnaire de l’Eglise, sa première ligne sur le front de l’évangélisation. Les évêques s’appuient beaucoup sur des communautés comme les Béatitudes ou autres. Néanmoins, il y a quand même cette impression d’un repli, d’une baisse d’enthousiasme. A mon avis, ces mouvements sont comme des grâces initiales qui doivent pousser les gens à un renouvellement mais ils ne sont pas faits pour maintenir ces sommets tout le temps. Et puis le Renouveau charismatique n’a pas de structures. Ainsi, une fois que les gens ont été renouvelés, ils rejoignent d’autres fonctions dans l’Eglise.

Et comment l’Esprit Saint se débrouille avec l’Islam ?

Le fondement théologique du dialogue interreligieux, en particulier avec l’Islam, est l’Esprit créateur. Nous proclamons que l’Esprit est créateur donc son domaine est toute la création. Et l’Esprit Saint en tant qu’esprit créateur agit en toute la création. Mais le fait que nous croyons en l’esprit créateur fait que nous lui reconnaissons la possibilité de parler aussi en dehors de l’Eglise, dans des systèmes philosophiques et surtout dans des pratiques religieuses autres que le christianisme. Le Concile a dit que le Saint Esprit, d’une façon connue par Dieu seul, met en contact avec le mystère pascal les personnes en dehors de l’Eglise. Saint Thomas d’Aquin disait que toute vérité authentique, peu importe par qui elle est découverte, vient du Saint Esprit.

Cela nous permet de regarder l’Islam pas forcément comme un adversaire ou une alternative au christianisme mais comme une religion dans laquelle les gens peuvent être guidés par le Saint Esprit, à travers une vie acceptable aux yeux de Dieu. Et cela nous permet d’avoir un regard plus positif sur l’Islam, de ne pas nous laisser impressionner par les excès des fondamentalistes mais de voir ce que le Saint Esprit fait dans l’Islam à travers les gens simples. Le Saint-Esprit travaille dans d’autres religions d’une manière que nous ne pouvons pas théologiquement définir. Saint Justin disait que le Verbe avait dispersé des semences du logos dans les philosophies anciennes mais qu’il s’était manifesté en plénitude dans le Christ. Je suis personnellement convaincu que l’Esprit qui travaille en dehors de l’Eglise oriente vers le Christ.

Quels conseils donneriez-vous pour vivre une vraie Pentecôte ?

Il faut croire ! Croire que le Christ nous a donné l’Esprit, que l’Esprit est une personne. Nous devons être habité d’une foi pleine d’attentes, d’une foi certaine de recevoir. Il faut désirer le Saint-Esprit. Sans Lui nous ne pouvons rien faire.

La prière enfin est essentielle. On voit dans le Nouveau Testament que l’Esprit vient sur des gens qui prient. Et je dis à mes frères en France : n’ayez pas peur du Saint-Esprit ! Il vient réaliser tous les désirs cachés dans le cœur de l’homme : désir de liberté, d’espérance, de joie, d’amour…Finalement, comme l’explique saint Paul, la venue du Saint-Esprit signifie la venue de l’amour de Dieu dans nos cœurs. « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Epitre aux Romains 5, 5). Ce besoin d’amour que le monde ressent désespérément et cette impuissance à réaliser l’amour ne pourra être surmonté que par le contact avec la source de tout amour.

Vos prédications vous entraînent à vivre en cohérence avec ce que vous annoncez. N’est-ce pas trop lourd ?

C’est un défi. Je resterai toujours en dessous de ce que je prêche. Je crois que la prédication chrétienne ne se fonde pas sur le postulat que le prédicateur fait ce qu’il dit. Ce que le prédicateur annonce, c’est le Christ qui l’a dit, qui l’a fait.

(Famille Chrétienne 1erjuin 2007)

Père Raniero Cantalamessa: N'ayez pas peur du Saint Esprit ! (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Ce capucin italien, prédicateur de la Maison Pontificale depuis vingt-sept ans, témoigne que sa foi et sa vie de prière ont été renouvelées au sein du Renouveau Charismatique dont on fête le quarantième anniversaire cette année (NDLR: en 2007). A la veille de la Pentecôte, il nous a reçus dans son couvent de Rome. Propos recueillis par Benjamin Coste et Luc Adrian. Photos : Sébastien Calvet pour FC.

Il confesse « un léger trac, les cinq premières minutes», lorsqu’il prêche devant le pape, les cardinaux, la curie, le corps diplomatique et tout le gratin romain dans une basilique Saint-Pierre archi-comble. « Plus par peur de trahir le sujet que par crainte du public » précise, en un français parfait, le capucin polyglotte, dans le parloir de son couvent de la via Piemonte. Raniero Cantalamessa, 73 ans, a un sourire immaculé de charmeur de dames à la Vittorio Gassman, une barbe blanche rasée de près, une bure brune ceinte d’une corde claire. Et un nom qui sonne comme une vocation : «Celui qui chante la messe».

On pourrait lui accoler le surnom de « Predicaelpapa » : « Celui qui prêche au pape ». Voilà vingt-sept ans que ce grand prêcheur devant l’Eternel - et son serviteur romain - assume la charge de Prédicateur de la Maison Pontificale : le plus long mandat de l’histoire de l’Eglise. «Cela s’explique par la patience héroïque de Jean-Paul II à mon égard, sans parler de celle de Benoît XVI qui m’écoutait déjà lorsqu’il était le cardinal Ratzinger», dit-il d’une voix éraillée par la retraite qu’il vient de donner en Espagne. Sa mission est délicate : elle requiert ouverture du coeur, rectitude de la pensée, audace de l’esprit. Et beaucoup d’humilité : le capucin a abordé les sujets les plus impossibles qui soient, de la sainte Trinité à la divine Pauvreté en passant par « les mystères du Christ dans la vie de l’Eglise ». Si toute vérité est bonne à croire, elle n’est pas forcément facile à dire, ni à circonscrire en vingt minutes d’homélie. En un quart de siècle, la prédication de cet Hercule de la théologie a embrassé tous les articles de la Foi. «Sans les épuiser», rassure-t-il en riant.

Parmi les mille chef-d’œuvres de Rome, il est une fresque que Raniero aime particulièrement. Celle du Caravage, exposée en l’église Saint Louis des Français, représentant l’appel de l’apôtre Mathieu. On y voit le Christ pointer un doigt et fixer un regard vers le collecteur d’impôt. Celui-ci se retourne, une main sur ses pièces ; croise les yeux du Maître ; s’interroge un instant qui pèse un éternité ; et laisse tout pour Le suivre. L’appel de l’apôtre Raniero fut aussi impérieux. A la différence que ce dernier n’eut pas à quitter de grands biens pour répondre à l’invitation incisive ressentie à l’âge de 13 ans.

Il naît le 22 juillet 1934, à Colli del Tronto, dans les Marches (centre de l’Italie), au sein d’une famille pauvre. Son enfance est baignée de foi et imprégnèe des peurs secrétées par la guerre : un père mobilisé pour lequel on craint ; les exactions des soldats ivres ; la terreur devant ces Allemands qui, dit-on, enlèvent les enfants. « A la fin du conflit, j’étais soulagé…mais je ne savais pas quoi faire de ma vie. Je suis entré dans un petit séminaire capucin. Lors de la première retraite, j’ai réalisé avec une clarté incroyable que le Seigneur m’appelait et qu’il ne pourrait y avoir d’autre plénitude pour moi. Cette évidence m’est restée. C’est une grâce immense », dit-il en confidence.

Raniero ne cache pas sa dette à l’égard du Renouveau charismatique. Il en est un ardent avocat au Vatican. «Mon chemin est analogue à celui de saint Paul : j’ai d’abord été un persécuteur ! » (lire notre entretien demain). Méfiance et soupçon devant ces excités qui dévissent les ampoules, et psalmodient des borborygmes incompréhensibles. Il déconseille à ses ouailles de s’y frotter. Jusqu’au jour où il ne peut éviter une invitation à un rassemblement. Il se planque dans l’ombre d’un confessionnal. « Là, j’ai été émerveillé devant les repentances que j’entendais, d’une pureté et d’une profondeur jamais rencontrées».

Le docteur Cantalamessa se met à étudier les mouvements charismatiques prophétiques des premiers siècles pour en avoir le cœur net et discerner une éventuelle analogie. En 1977, une donatrice lui offre de participer à une rencontre charismatique oecuménique à Kansas City. « Je devais aller aux Etats-Unis pour apprendre l’anglais : j’ai décidé de profiter de l’occasion.» Après le meeting, il est invité chez des amis qui lui proposent de prier pour lui, sur lui, à la mode « chacha ». Il ne veut pas vexer en refusant. Se laisse faire. C’est indolore et sans chaleur. Ouf, il s’en sort indemne. Du moins, le croit-il. « C’est dans l’avion du retour, en lisant mon bréviaire, que j’ai réalisé le changement : les psaumes étaient devenus vivants ; ils semblaient avoir été écrits la veille à mon intention. C’était un signe qu’il s’était passé quelque chose : l’Esprit-Saint fait que la Parole de Dieu devient vivante.»

Saint Paul a eu son chemin de Damas, Raniero aura son chemin du Kansas. «Quand je suis rentré en Italie, les gens se sont exclamés : miracle ! Nous avons envoyé Saul aux Etats-Unis, c’est Paul qui en revient !» Le mélancolique, qui se réfugiait volontiers dans sa « passion pour l’étude », rayonne d’une joie et d’une ferveur nouvelles. Directeur de département à l’Université de Milan, spécialiste reconnu de patristique et de Christologie, expert de Péguy et de Kierkegaard, le docteur en théologie décide de quitter ses postes pour devenir prédicateur itinérant de la Parole de Dieu. Il soumet cet appel intérieur à son directeur de conscience. Celui-ci le confirme après un temps d’épreuve et un an de discernement. Raniero s’apprête à prendre la route quan, en 1980, Jean-Paul II le nomme Prédicateur. Tous les chemins mènent à Rome ? «Malgré mes efforts, je n’ai pas trouvé de raisons suffisantes pour répondre non ». Il aura juste quelques semaines pour préparer son « premier Carême ». Sur le thème du Baptême du Christ, et l’Esprit saint dans la vie de Jésus. «Le baptême, c’est la Pentecôte du Christ, comme la Pentecôte est le baptême de l’Eglise. » Le Paraclet ne le lâche pas.

Plus il avance en âge et en sagesse, plus frère Cantalamessa est tenté de prêcher par le silence, à l’image de sa sainte préférée, la bienheureuse Angèle de Foligno. Celle-ci, incitée par son confesseur à raconter ses visions, répondait : « Si tu voyais ce que je vois et que tu devais monter au pupitre pour prêcher, je te dis ce que tu ferais. Tu t’arrêterais un instant, puis en regardant les gens, tu dirais : «Mes frères, allez avec la bénédiction de Dieu, car aujourd’hui je ne peux rien vous dire !» Et tu descendrais du pupitre en silence.»
Mais pressé par l’obéissance, le capucin continue de prêcher l’indicible avec de pauvres mots confiés à l’Esprit : «Ne pouvant rien ajouter par moi-même, je cherche secours dans l’expérience de l’Eglise » confesse-t-il. Conscient, tel saint Augustin, que tout discours sur les mystères divins est une tentative de puiser de l’eau avec une dé à coudre dans un océan béant. Et convaincu qu’il s’exclamera, en passant les portes de la Jérusalem céleste, émerveillé : « Totaliter aliter » (C’est tout autre chose) Alors, il imagine volontiers son cher Jean-Paul II le relever avec ces mots de réconfort : « Mon bon Raniero, ne t’inquiète pas : on en est tous là ! »

Luc Adrian
(à suivre)
(Famille Chrétienne 1erjuin 2007)

Benoît XVI, Regina Caeli VII° Dimanche de Pâques, 4 mai 2008

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Chers frères et sœurs,

On célèbre aujourd'hui dans différents pays, dont l'Italie, la solennité de l'Ascension du Christ au ciel, mystère de la foi que le livre des Actes des Apôtres place quarante jours après la résurrection (cf. Ac 1, 3-11), et c'est pour cela qu'au Vatican et dans certaines nations du monde elle a déjà été célébrée jeudi dernier. Après l'Ascension, les premiers disciples restent réunis au Cénacle autour de la Mère de Jésus, dans l'attente fervente du don de l'Esprit Saint, promis par Jésus (cf. Ac 1, 14). En ce premier dimanche de mai, mois marial, nous revivons nous aussi cette expérience, en ressentant plus intensément la présence spirituelle de Marie. Et la place Saint-Pierre se présente aujourd'hui presque comme un "Cénacle" à ciel ouvert, remplie de fidèles, en grande partie membres de l'Action catholique italienne, auxquels je m'adresserai après la prière mariale du Regina caeli.

Dans ses discours d'adieu à ses disciples, Jésus a beaucoup insisté sur l'importance de son "retour au Père", couronnement de toute sa mission:  en effet, il est venu dans le monde pour ramener l'homme à Dieu, pas idéalement - comme un philosophe ou un maître de sagesse - mais réellement, en tant que pasteur qui veut ramener les brebis au bercail. Cet "exode" vers la patrie céleste, que Jésus a vécu personnellement, il l'a entièrement affronté pour nous. C'est pour nous qu'il est descendu du ciel et c'est pour nous qu'il y est monté, après s'être fait en tout semblable aux hommes, humilié jusqu'à la mort sur la croix, et après avoir touché le fond de l'abîme du plus grand éloignement de Dieu. C'est justement pour cela que le Père s'est complu en lui et l'a "exalté" (Ph 2, 9), en lui restituant la plénitude de sa gloire, mais cette fois avec notre humanité. Dieu dans l'homme - l'homme en Dieu:  c'est désormais une vérité non théorique mais réelle. C'est pourquoi l'espérance chrétienne, fondée dans le Christ, n'est pas une illusion, mais, comme le dit la lettre aux Hébreux, "en elle, nous avons comme une ancre de notre âme" (He 6, 19), une ancre qui pénètre dans le Ciel où le Christ nous a précédés.

Et de quoi l'homme d'aujourd'hui a-t-il le plus besoin, sinon de cela:  d'un ancrage solide pour son existence? Voilà alors de nouveau le sens merveilleux de la présence de Marie au milieu de nous. En tournant vers elle notre regard, comme les premiers disciples, nous sommes immédiatement renvoyés à la réalité de Jésus:  la mère renvoie au Fils, qui n'est plus physiquement au milieu de nous, mais qui nous attend dans la maison du Père. Jésus nous invite à ne pas rester à regarder vers le haut, mais à être unis dans la prière, pour invoquer le don de l'Esprit Saint. En effet, c'est seulement à celui qui "renaît d'en haut", c'est-à-dire de l'Esprit de Dieu, qu'est ouverte l'entrée dans le Royaume des Cieux (cf. Jn 3, 3-5), et la première à "renaître d'en haut" est justement la Vierge Marie. Nous nous adressons donc à elle dans la plénitude de la joie pascale.

© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

Benoît XVI, Regina Caeli VII° Dimanche de Pâques, 8 mai 2005

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)


Chers frères et soeurs!

Aujourd'hui dans de nombreux pays, dont l'Italie, est célébrée la solennité de l'Ascension du Seigneur au Ciel. Lors de cette fête, la Communauté chrétienne est invitée à tourner son regard vers Celui qui, quarante jours après sa résurrection, à l'émerveillement des Apôtres "sous leurs regards, [...] s'éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux" (Ac 1, 9). Nous sommes donc appelés à renouveler notre foi en Jésus, l'unique véritable ancre de salut pour tous les hommes. En montant au Ciel, il a rouvert la voie vers notre patrie définitive, qu'est le paradis. A présent, par la puissance de son Esprit, il nous soutient dans notre pèlerinage quotidien sur la terre.

En ce dimanche a lieu la Journée mondiale des Communications sociales, sur le thème:  "Les moyens de communication au service de la compréhension entre les peuples". En l'époque actuelle de l'image, les mass media constituent effectivement une ressource extraordinaire en vue de promouvoir la solidarité et l'entente de la famille humaine. Nous en avons eu récemment une preuve extraordinaire à l'occasion de la mort et des funérailles solennelles de mon bien-aimé Prédécesseur Jean-Paul II. Tout dépend toutefois de la façon dont ils sont utilisés. Ces instruments importants de la communication peuvent favoriser la connaissance réciproque et le dialogue, ou bien, au contraire, alimenter les préjugés et le mépris entre les individus et les peuples; ils peuvent contribuer à diffuser la paix ou à fomenter la violence. Voilà pourquoi il faut toujours faire appel à la responsabilité personnelle; il est nécessaire que chacun joue son rôle pour assurer, dans toute forme de communication, l'objectivité, le respect de la dignité humaine et l'attention au bien commun. De cette manière, l'on contribue à abattre les murs d'hostilité qui divisent  encore  l'humanité, et l'on peut consolider ces liens d'amitié et d'amour qui sont le signe du Royaume de Dieu dans l'histoire.

Revenons au mystère chrétien de l'Ascension. Après que le Seigneur fut monté au Ciel, les disciples se réunirent en prière au Cénacle, avec la Mère de Jésus (cf. Ac 1, 14), en invoquant ensemble l'Esprit Saint, qui allait les revêtir de puissance pour le témoignage qu'ils devaient rendre du Christ ressuscité (cf. Lc 24, 49; Ac 1, 8). Chaque communauté chrétienne, unie à la Très Sainte Vierge, revit ces jours-ci cette expérience spirituelle singulière en préparation à la solennité de la Pentecôte. Nous aussi, nous nous adressons à présent à Marie à travers le chant du Regina Caeli, en implorant sa protection sur l'Eglise et en particulier sur tous ceux qui se consacrent à l'oeuvre d'évangélisation à travers les moyens de communication sociale.

Jean Paul II, Message à la 1re rencontre des prêtres à Fatima (1996)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)


Très chers prêtres !

1. C’est avec une grande joie que je m’adresse à vous qui prenez part à Fatima à la première rencontre internationale des prêtres que promeut la Congrégation pour le Clergé, en préparation du Jubilé de l’an 2000.

La proposition d’organiser un pèlerinage de l’Ordo sacerdotalis vers la Porte Sainte de l’an 2000 est née pour offrir aux prêtres l’occasion de célébrer le Jubilé purifiés de leurs incohérences et infidélités, fortifiés contre l’esprit du monde et rendus plus conformes au Bon Pasteur qui donne sa vie pour son troupeau. Parti de Fatima, ce pèlerinage fera étape en 1997 à Yamoussoukro, en 1998 à Guadalupe et en 1999 à Jérusalem, pour rejoindre Rome en l’an 2000.

L’initiative ne manquera pas de contribuer à favoriser une communion toujours plus convaincue, fervente et effective entre les prêtres, en développant des effets positifs sur la nouvelle évangélisation et sur l’augmentation des vocations sacerdotales et religieuses.

2. L’itinéraire jubilaire prévu passera par quelques remarquables sanctuaires mariaux. Cela répond à un choix spirituel précis : celui d’aider le prêtre à redécouvrir, en s’arrêtant en des lieux particulièrement évocateurs de la présence de la Vierge Sainte, le rôle de Marie dans sa vie, rôle qui lui est assigné par le Christ lui-même, Souverain et Eternel prêtre.

Vous savez par expérience quel grand trésor constitue Notre-Dame pour le prêtre ! Son influence maternelle s’étend sur la vie spirituelle tout entière et sur son ministère : après avoir coopéré au sacerdoce du Christ, Marie se tient au côté de chaque prêtre et en soutient la mission.

3. Le prêtre en effet a particulièrement besoin de l’aide de Marie pour pouvoir vivre sa consécration à Dieu, et la Vierge représente le premier modèle de ceux qui consacrent totalement au Christ leur cœur et leurs forces.

Pour le prêtre, le don du cœur s’exprime, de façon significative, dans le célibat. Comment oublier que la virginité de Marie a précédé l’état de virginité du Christ ? Le séjour en des lieux mariaux portera le prêtre à regarder vers la Vierge pour implorer son aide sur le chemin de la consécration totale au Christ et à son Règne.

Chers frères, à Fatima, terre bénie par Marie Très Sainte, vous revivez l’expérience des Apôtres au Cénacle (Ac 1, 13) : cette expérience de prière assidue et concorde en union spirituelle avec la mère de Jésus illumine le présent et le futur de votre vie sacerdotale. Demandez à Marie de soutenir en vous avant tout la persévérance dans la prière, indispensable à votre vie et à votre mission.

4. L’activité apostolique du prêtre exige elle aussi une relation filiale de dévotion et de confiance envers la Mère céleste. Dans l’épisode évangélique de la "Visitation", Marie communique à sa cousine Elisabeth la richesse spirituelle qui lui a été donnée d’en haut : Elisabeth est comblée de joie par l’Esprit saint au moment précis ou la Vierge entre dans sa maison et la salue. La dévotion de Marie favorisera aussi chez le prêtre l’ouverture du cœur à l’action de l’Esprit, pour qu’à travers son ministère, la vie du Christ puisse continuer à se répandre dans le monde.

Chers prêtres, au cours de votre pèlerinage, qui est aussi un temps d’exercices spirituels, demandez à Marie une vie intérieure débordante, une charité riche de miséricorde et la fidélité à votre vocation, pour vous consacrer aux tâches pastorales avec un dynamisme apostolique renouvelé. Celle qui s’est entièrement donnée à l’œuvre de son Fils n’aiderait peut-être pas le prêtre à dépenser le meilleur de lui-même, avec zèle et ferveur, pour Dieu et ses frères ? Celle qui a un cœur de Mère miséricordieuse ne communiquerait peut-être pas au prêtre sa bonté et sa pitié pour les misères humaines ? Celle qui a rempli intégralement sa mission ne soutiendrait pas le prêtre contre la tentation du découragement, en nourrissant son espérance au milieu des vicissitudes de l’existence quotidienne ?

5. Pendant que le Rédempteur accomplissait son sacrifice, Marie veillait en silence près de la Croix. " Jésus alors, voyant sa mère et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : " Femme, voici ton fils ". Puis il dit au disciple : " Voici ta mère ! ". Et à partir de ce moment le disciple la pris dans sa demeure " (Jn 19, 25-27)

Très chers prêtres, en répondant aux paroles du Christ mourant sur le Golgotha, vous aussi, réunis pour ce rassemblement spirituel de Fatima, vous êtes invités à " prendre Marie en votre demeure ", c’est-à-dire à lui faire place en votre cœur, en votre vie, en votre ministère. En l’accueillant avec l’amour même de Jean, vous pourrez réaliser complètement l’idéal du sacerdoce qui consiste à ressembler toujours plus à l’unique grand prêtre, né de la Vierge Marie.

De même que le disciple aimé, à l’école de Marie, sut fixer le regard de la foi sur le côté transpercé du Crucifié, y découvrant le cœur divin d’où s’écoulait le salut sur le monde, qu’ainsi chacun de vous, en cette halte de prière mariale, renouvelle sa propre consécration au cœur du Christ et au cœur immaculé de Marie.

La Liturgie de ces jours vous aidera à approfondir ce profond mystère de foi, spécialement dans la célébration de l’eucharistie, et à faire l’expérience d’une authentique solidarité sacerdotale, enrichie des témoignages des frères dans l’épiscopat et dans le presbytérat. La grâce d’une telle expérience spirituelle pourra se prolonger ensuite dans l’adoration eucharistique et dans la célébration du sacrement de pénitence, dans laquelle vous serez à la fois ministres et pénitents. Quelle joie pour vous de vous réconcilier et de réconcilier, sous le regard de la Mère de la Miséricorde, et de renouveler ainsi votre mission de ministres de la Réconciliation !

Que les pieuses pratiques de l’heure sainte, du Chemin de Croix et du saint rosaire, vécues dans l’unité et la communion fraternelle, constituent pour vous autant de sources d’eau vive.

6. Chers et vénérés frères, sentez-moi spirituellement présent au milieu de vous, en ces journées de pèlerinage à Fatima. Vous savez bien combien je suis lié à ce sanctuaire. J’y retourne souvent dans une pensée priante, comblée de gratitude intérieure. Je vous embrasse tous affectueusement et je vous souhaite un chemin spirituel saint et heureux avec Marie, porte sainte du Temple, vers le Christ notre gloire et notre espérance.

En témoignage de ma proximité spirituelle, j’offre à chacun de vous un chapelet : puisse ce signe marial, qui relie votre sacerdoce à la foi de vos mères et de tant de personnes qui prient pour vous, vous accompagner dans les étapes du grand pèlerinage, jusqu’à l’année sainte, comme gage de communion et de sanctification.

C’est avec de tels sentiments, de tout cœur, que j’envoie volontiers à tous la Bénédiction Apostolique, en l’étendant aux organisateurs du pèlerinage et à tous ceux qui se trouvent réunis avec vous pour cette significative rencontre spirituelle.

Du Vatican, le 14 juin, Solennité du Sacré-Cœur de Jésus, en l’année 1996, dix-huitième de notre Pontificat.

Joannes Paulus II

Mgr Georges Pontier, Homélie pour la reconnaissance de N-Dame du Laus

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

 

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    Trois siècles se sont écoulés depuis qu'ici Benoîte Rencurel a témoigné pendant cinquante ans de ce que le Christ et Marie sa mère lui révélaient de l'amour de Dieu pour les hommes, de sa miséricorde infinie, de son appel à la conversion.

    Ici, comme à Lourdes, comme à La Salette, comme à Fatima, nous voyons Marie poursuivre sa mission de montrer son Fils, d'inviter à « faire tout ce qu'il nous dira. »

    Avec Marie, en pensant à Benoîte Rencurel nous pouvons chanter : « Il s'est penché sur son humble servante. » Ce qui fait la grandeur de Benoîte ce ne sont ni ses capacités intellectuelles, ni ses diplômes, ni sa fortune, ni l'aura de son milieu social, c'est le fait qu'elle accepta d'être choisie par le Seigneur pour que, par Marie, lui soit révélée la tendresse de Dieu pour elle et pour l'humanité.

    « La vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Ainsi priait Jésus. Le connaître, c'est l'aimer. C'est être conduit jusqu'au plus intime de son être. C'est consentir à se recevoir de l'amour qu'il nous porte.

    Ici, Benoite Rencurel a été guidée par le signe du parfum, des odeurs, vers Marie tout d'abord, puis de manière plus unique, plus suave, plus irrésistible vers la Croix d'Avançon, où le Christ crucifié et tout sanglant lui apparaît, lui disant qu'il ne souffre plus ainsi, mais qu'il se montre ainsi à elle pour lui faire voir ce qu'il a souffert pour les pécheurs et l'amour qu'il a eu pour eux. Benoîte en sera bouleversée, éclairée. Sûrement elle avait déjà entendu tout cela, comme nous d'ailleurs. Mais là il lui est donné de consentir à ce mystère de l'amour infini, de l'amour sauveur. Il lui est donné de percevoir le drame du péché qui abîme l'homme et défigure l'humanité. Il lui est donné de réaliser que si le drame du péché est bien là, la miséricorde de Dieu y est bien plus encore.

    Elle se fera alors la messagère du pardon de Dieu. Elle invitera chacun et de manière très personnalisée parfois, à la conversion, c'est-à-dire à remettre de l'ordre et de la vérité dans sa vie, à donner la première place à l'amour de Dieu, à emprunter le chemin de l'humilité, à vivre vraiment en baptisé, marqué par l'huile sainte, cette huile qui marque nos vies de la bonne odeur du Christ. Elle conduira ses contemporains à se mettre à genoux pour recevoir le signe sacramentel du pardon et la force de l'Esprit pour vivre en enfant de lumière. Dans sa chair, dans sa vie, elle mènera le combat spirituel pour tenir dans l'espérance. Le Jour de la fête des Saints Innocents, dans le sourire de l'adieu qu'elle leur fait, ceux qui l'entouraient percevront que déjà elle souriait à ce Dieu et Père dont les bras ouverts s'apprêtaient à se refermer sur elle pour l'éternité.

    Mes amis, mes frères, laissons nous gagner par l'amour de Dieu pour nous. Laissons nous toucher par le visage du Christ tout donné. Demandons pour nous-mêmes et pour l'Eglise la grâce de l'humilité qui permet au Seigneur de faire son œuvre en nous et de nous révéler les chemins de la mission et du témoignage pour aujourd'hui. Amen.

 

(Source: diocesedegap.over-blog.com)

Benoît XVI, Le commandement de l'amour (6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
18. L’amour du prochain se révèle ainsi possible au sens défini par la Bible, par Jésus. Il consiste précisément dans le fait que j’aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n’apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu’à partir de la rencontre intime avec Dieu, une rencontre qui est devenue communion de volonté pour aller jusqu’à toucher le sentiment. J’apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon la perspective de Jésus Christ. Son ami est mon ami. Au-delà de l’apparence extérieure de l’autre, jaillit son attente intérieure d’un geste d’amour, d’un geste d’attention, que je ne lui donne pas seulement à travers des organisations créées à cet effet, l’acceptant peut-être comme une nécessité politique. Je vois avec les yeux du Christ et je peux donner à l’autre bien plus que les choses qui lui sont extérieurement nécessaires: je peux lui donner le regard d’amour dont il a besoin. Ici apparaît l’interaction nécessaire entre amour de Dieu et amour du prochain, sur laquelle insiste tant la Première Lettre de Jean. Si le contact avec Dieu me fait complètement défaut dans ma vie, je ne peux jamais voir en l’autre que l’autre, et je ne réussis pas à reconnaître en lui l’image divine. Si par contre dans ma vie je néglige complètement l’attention à l’autre, désirant seulement être «pieux» et accomplir mes «devoirs religieux», alors même ma relation à Dieu se dessèche. Alors, cette relation est seulement «correcte», mais sans amour. Seule ma disponibilité à aller à la rencontre du prochain, à lui témoigner de l’amour, me rend aussi sensible devant Dieu. Seul le service du prochain ouvre mes yeux sur ce que Dieu fait pour moi et sur sa manière à Lui de m’aimer. Les saints – pensons par exemple à la bienheureuse Teresa de Calcutta – ont puisé dans la rencontre avec le Seigneur dans l’Eucharistie leur capacité à aimer le prochain de manière toujours nouvelle, et réciproquement cette rencontre a acquis son réalisme et sa profondeur précisément grâce à leur service des autres. Amour de Dieu et amour du prochain sont inséparables, c’est un unique commandement. Tous les deux cependant vivent de l’amour prévenant de Dieu qui nous a aimés le premier. Ainsi, il n’est plus question d’un «commandement» qui nous prescrit l’impossible de l’extérieur, mais au contraire d’une expérience de l’amour, donnée de l’intérieur, un amour qui, de par sa nature, doit par la suite être partagé avec d’autres. L’amour grandit par l’amour. L’amour est «divin» parce qu’il vient de Dieu et qu’il nous unit à Dieu, et, à travers ce processus d’unification, il nous transforme en un Nous, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit «tout en tous» (1 Co 15, 28).

Deus caritas est

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