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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#la vache qui rumine (annee a)

Le cardinal Wyszynski, Témoin de l'Église dans une Pologne en ruine

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    "Le cardinal veut me voir, moi ?" Le père Stefan ne sait comment prendre cette incroyable nouvelle. Pourquoi, en ce mois de mars 1946, alors que la Pologne dévastée et martyrisée par la guerre tente péniblement de revivre, le cardinal primat de Pologne August Hlond prendrait-il la peine de venir le voir ?

    Le cardinal, qui avait dû quitter la Pologne pendant le conflit, est rentré au cours de l'été 1945. Le pape Pie XII lui a confié tout pouvoir sur tout le territoire polonais, et la tâche est immense et délicate. Les frontières ont été profondément modifiées, et le découpage des diocèses doit être remodelé en conséquence, et surtout, un nouveau gouvernement, majoritairement communiste et inféodé à Moscou, s'est installé au pouvoir, tandis que le gouvernement légitime, exilé à Londres, se voit refuser tout retour. Les communistes ont d'ailleurs rompu, dès l'automne 1945, leurs relations diplomatiques avec le Saint-Siège, qui soutient les Polonais de Londres.

    Pourquoi donc le cardinal primat prendrait-il la peine de lui rendre visite, à lui, Stefan Wyszinski, simple prêtre ? Stefan s'interroge. Il est né au début du siècle dans une famille modeste, à une époque où l'on était polonais de coeur, mais pas de nationalité, puisque l'État polonais n'existait pas et que la terre de Pologne était partagée entre les deux géants qu'étaient la Russie tsariste et l'Allemagne impériale et prussienne. Il a été ordonné en 1924 : la Pologne était alors une jeune nation démocratique aux frontières fragiles, toujours coincée entre les deux géants, dont l'un était devenu communiste, et l'autre allait devenir nazi.

    Le père Stefan sourit intérieurement. À l'époque, on ne donnait pas cher de sa vie, ses poumons étaient si mal en point que le sacristain de la cathédrale s'était cru drôle en lui déclarant : "Avec une telle santé, vous feriez mieux de vous préparer à prendre le chemin du cimetière plutôt que d'entrer dans les ordres." Pourtant, il avait suvécu, même si au cours de l'ordination, alors qu'il était allongé sur le sol pendant la litanie des saints, il avait bien craint de ne jamais pouvoir se relever. Sa guérison, il la doit à Marie, il en est bien certain, c'est elle qui l'a soutenu et qui veille sur la Pologne, c'est d'ailleurs pourquoi il a célébré sa première messe à Czestochowa, le sanctuaire de la Vierge noire, mère de la Pologne et des Polonais. Bon, ce n'est pas à cause de sa guérison, même miraculeuse, que le cardinal s'annonce. À cause de la thèse qu'il a soutenue à l'université de Lublin, peut-être ? Il y traitait des "droits de la famille, de l'Église, de l'État concernant l'école". Compte tenu des relations entre l'État actuel, c'est improbable ou tout au moins prématuré.

    Le cardinal viendrait-il alors le consulter à propos du monde ouvrier et de la situation sociale ? C'est plus vraisemblable. tout au long des années trente, il a fait oeuvre de journalisme et a publié de nombreux articles sur le chômage, il même voyagé en France et en Belgique, s'est intéressé de très près à la JOC, au point qu'il a été qualifié de progressiste par de bonnes âmes qui n'en pensaient guère de bien. Stefan se redresse à l'occasion de ce souvenir. Les militants du mouvement Odrodzenie
(Renaissance) qui regroupait des intellectuels et au sein duquel il a milité ont été l'un des fers de lance de la résistance polonaise, il n'est que de demander aux nazis et à leurs amis les collaborateurs ce qu'ils en pensent. Stefan respire mieux, oui, c'est sans doute cela qui amène le cardinal.

    Le père Stefan Wyszynski a, tout à la foi, tort et raison. C'est tout à la fois cela et bien autre chose qui lui vaut la visite du cardinal.

    - Le pape Pie XII vous nomme évêque de Lublin.

    Quand il s'écrie incrédule : "Comment cela peut-il se faire ?", le cardinal Hlond pourrait, afin de justifier ce choix, reprendre point par point les éléments de sa biographie. et l'Église ne se trompe pas en appelant ce jeune prélat de quarante-cinq ans quii choisit comme devise : "À Dieu seul."

    Mgr Wyzsynski ne reste pas longtemps à Lublin. À la mort du cardinal Hlond, il lui succède à la tête du diocèse de Varsovie. Comme à Lublin, tout est à reconstruire, les murs, mais aussi les esprits. Dans les ruines de la cathédrale, lors de son installation, il déclare : "Le sang versé oblige tous les habitants de la capitale à être fidèles aux droits bénis de la nation, à défendre sa dignité nationale, son visage chrétien, son esprit de justice, de paix, de liberté." Pour Stefan Wyzsynski, le long face-à-face avec l'État communiste commence : il va durer plus de trente ans. Le nouvel archevêque de Varsovie ne peut bien sûr pas le deviner, mais il sait que la parite sera longue.

    À la grande surprise du Vatican, il signe dès 1950 un compromis avec le gouvernement, qui organise aussi bien que faire se peut les rapports de l'Église et de l'État. Les ordres religieux voient leur existence garantie. L'université catholique de Lublin, les facultés catholiques de Caracovie et de Varsovie demeurent ouvertes. L'Église catholique conserve ainsi des lieux de formation pour ses élites. Rome réprouve l'attitude de Wyzsynski, qu'elle trouve trop conciliante, et, au printemps 1951, le pape ne prend pas le temps de recevoir lui-même l'archevêque. Il est cependant élevé à la pourpre cardinalice en 1952. Ce soutien du Vatican ne sera pas de trop dans le bras de fer qui l'oppose au pouvoir communiste en 1953. Le 9 février, un décret impose un contrôle strict de l'État sur toutes les nominations à des fonctions ecclésiastiques. Le 8 mai, les évêques polonais refusent le diktat : "Nous ne pouvons pas céder." La tension est à son comble. L'évêque de Kielce est emprisonné à la suite d'un procès de style stalinien très pur que le cardinal primat dénonce en chaire dans un sermon enflammé. Cette fois, il est allé trop loin. Le 24 septembre, il est arrêté.

    "Le bourreau peut tuer mon corps. Rien au monde ne saurait tuer mon âme. On nous parle d'évêques criminels. Viendra un jour où l'Histoire les appellera saints." Le gouvernement n'osera pas aller jusque là, mais Wyzsynski restera incarcéré trois années. En même temps, les communistes suppriment la revue hebdomadaire catholique Tygodnik Poxszechny et le mensuel Znak, qui lui était lié. Autour de ces journaux gravitait un groupe d'intellectuels dont le jeune prêtre Karol Wojtyla. En 1956, le souffle de ce qui fut nommé "le printemps d'octobre" ouvre les portes de la prison du cardinal. L'énorme rassemblement populaire du mois d'août à Czestochowa a bien montré la vitalité des catholiques polonais et leur attachement indéfectible au cardinal Wyszynski. Même momentanément décapitée, l'Église polonaise a survécu. Les Polonais sont catholiques de toute leur âme, et ni le "gavage" idéologique ni la répression n'y peuvent rien changer. L'accalmie est de courte durée, mais l'Église polonaise et son primat n'ont pas résisté en vain. Le gouvernement sait qu'il doit désormais composer avec une Église dont la force morale ne faiblit pas, au contraire. Les églises ne désemplissent pas, les vocations sont nombreuses. Le décret de février 1953 est abrogé, l'enseignement religieux est autorisé dans les écoles pour les parents qui le souhaitent, les journaux reparaissent. Le cardinal Wyzsynski reçoit un renfort de choix en la personne de Karol Wojtyla, nommé archevêque de Cracovie en 1964 et élevé au cardinalat lui aussi en 1967. Les deux hommes savent qu'ils peuvent compter sur le pape Paul VI qui honore l'un et l'autre de son amitié. En 1951, alors qu'il n'était que le patriarche de Venise, Angelo Roncalli, le futur Jean XXIII, avait été l'un des seuls à manifester sa sympathie à Stefan Wyzsynski lors de sa pénible visite à Rome. Paul VI s'en souvient et offre au primat de Pologne l'anneau pontifical de Jean XXIII.

    En 1966, la célébration du millénaire de la Pologne fait éclater au grand jour "l'exception polonaise", et montre le visage d'une Église fidèle, ardente, unie autour de ses pasteurs et bénéficiant d'un immense et fervent soutien de toute la population.

    Le jour même de son accession au pontificat, Jean-Paul II rend à son frère dans l'épiscopat, Stefan Wyzsynski, ce vibrant hommage l "Sans toi, sans ton activité, sans ta foi indéfectible, jamais un pape polonais ne serait aujourd'hui sur le trône de Pierre." Le primat de Pologne est encore le témoin d'heures graves pour son pays et suit avec passion l'aventure su syndicat Solidarité. Il soutient avec force, malgré son grand âge et sa santé déclinante, les revendications de liberté et de dignité des travailleurs polonais. Lech Walesa dit de lui : "Ce fut un père pour nous." Le cardinal Wyzsynski s'éteint à l'automne 1981. Sa vie, l'évêque la vouait "à Dieu seul", et aussi à la Pologne.


Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999

Les évêques allemands contre l'extermination des malades mentaux

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    Une belle journée de janvier 1940. Hospice de Pergine pour malades et déficients mentaux. Pour une fois Heinrich est content. Un large sourire éclaire son visage anguleux, déformé par un prognathisme sévère. Ses yeux bleus, généralement éteints et comme retirés du monde des vivants, luisent de plaisir. Il s'est fait beau et a soigneusement coiffé ses cheveux blonds. Les pensionnaires de l'institution ne sont pas souvent conviés à une randonnée surprise, qui, de surcroît, doit durer toute la journée. Où iront-ils donc ? Heinrich ne se pose pas la question. Les noms de lieux n'ont pas d'importance pour lui. Il ignore même qu'il vit depuis des années dans un hospice, l'hospice de Pergine.

    Non, Heinrich ne pense pas à cela. À vrai dire, il ne songe à rien. Depuis toujours son existence est semblable à la surface d'un étang qu'aucune brise n'effleure. Les jours, les heures et même les minutes glissent sur lui sans qu'il s'en aperçoive. Heinrich vit une étrange absence au temps, une sorte d'apesanteur scandée par quelques rires : le lever du matin, quand les premiers rayons du soleil viennent lécher les couvertures et que l'infirmier blanc distribue les pilules - il lui avait expliqué un jour qu'elles servaient à ce qu'il ne s'agite pas, mais il n'avait pas compris le sens de ces paroles -, la grande salle commune om l'on mange joyeusement, le goûter, les douches et les corps nus - cette différence de poitrine et de bas-ventre entre les hommes et les femmes, dont il ignore la signification, le surprend toujours -, le coucher et son entrée dans le néant.

    Heinrich se sent en sécurité à l'hospice. "Les gens comme lui" ont rarement pu avoir ce sentiment au cours de l'histoire. Il appartient à un peuple qui n'a jamais eu la conscience d'être un peuple, un peuple sans terre, sans racine, sans histoire, un peuple de silencieux, de damnés.

    À présent, ses yeux vont du groupe de ses camarades assis, comme lui, sur les bancs du hall d'entrée, à son ami Johann, qui s'est levé et qui tourne en rond à grandes enjambées, tout en tirant de sa pipe d'impressionnantes bouffées de fumée bleutée. Heinrich se demande toujours comment un tel exploit est possible.

    La porte claque. Deux infirmiers entrent. Ils semblent très affairés. Johann s'immobilise, c'est le signal du départ. Dehors, deux vieux bus attendent, moteurs allumés. Heinrich se lève précipitamment et, comme les autres, s'engouffre par la porte. Personne ne remarque la mine soucieuse du médecin chef, resté dans un coin du hall. Il est préoccupé. Pourquoi les responsables de l'institut voisin de Grafeneck lui ont-ils intimés l'ordre de rassembler une partie des pesionnaires pour les transférer dans un autre établissement ? C'est invraisemblable. Le Reich n'est-il pas en guerre ? Pourquoi perdre son temps dans des changements d'établissement ? De plus, un bruit court dans le milieu médical ; toutes les institutions seraient touchées par ces mesures. Il est manifeste que l'on se trouve devant une opération à grande échelle. Mais, ce qui l'inquiète le plus, c'est que les pensionnaires réquisitionnés pour la journée font tous partie de la même catégorie, celle des "inaptes au travail". Il a d'ailleurs lui-même rempli les formulaires envoyés par l'administration centrale. Il pense avoir fait pour le mieux. L'insistance sur les qualités au travail était celle qu'il craignait que ses pensionnaires ne fussent affectés à l'économie de guerre. Aussi en avait-il inscrit le plus grand nombre sous la rubrique "incapables de travailler".

    Les joyeux pensionnaires ne se posent pas ces questions. Ils montent allégrement dans les bus, sans même s'inquiéter de ce que les fenêtres sont obturées par des rideaux, comme si on voulait les empêcher de jouir du paysage. Les éclats de rire se succèdent. Certains battent des mains. D'autres tapent des pieds dans un vacarme assourdissant. Les deux infirmiers, toujours affairés, passent dans les allées centrales plongées dans la pénombre, distribuant des pilules blanches ux plus agités. Les deux lourds autobus s'ébranlent, faisant vibrer toutes leurs tôles. Le voyage est long mais les pilules blanches font leur effet et, bientôt, tous les voyageurs somnolent. Chaque infirmer, assis à l'avant, surveille son convoi du coin de l'oeil.

    Johann et Heinrich ignorent qu'ils vont bientôt être victimes d'une nouvelle violation de l'intégrité de leur peuple. Ce peuple qui a connu toutes les humiliations dans les ruses fangeuses de la Rome impériale ; nouveau-nés, ses membres ont été exposés par dizaines de milliers à la voracité des bêtes sauvages et des oiseaux de proie ; ils se sont trouvés livrés à la folie destructrice des invasions barbares, protégés vaille que vaille par quelques évêques compatissants ; ils ont traversé le Moyen Âge, foule anonyme dont le dénuement extrême est à l'origine des premiers hospices ; par milliers, ils ont été recueillis dans les rues de Paris par l'Apôtre de la charité, Vincent de Paul ; par millions, ils ont été abandonnés et enfermés dans des mourroirs dans l'Europe classique et romantique, engendrés par des filles sans le sou, par des femmes surchargées de marmaille, par des aristrocates pressées de se débarrasser, sans bruit, d'enfants indésirables. À vrai dire, ils ne furent pas toujours des gueux, et les gueux furent souvent plus intellligents qu'eux. Mais ils partagent avec les fous et les miséreux un privilège que notre culture ne leur contesta jamais : celui d'être des exclus.

    L'heure du goûter est depuis longtemps passée lorsque les bus arrivent enfin à destination. Les infirmiers réveillent les dormeurs. Tout le monde a envie de se dégourdir les jambes. Tous descendent rapidement des bus devant un château qu'ils n'ont jamais vus, pas même en photo, et qui - mais cela, ils l'ignorent tous - dépend de la Fondation des samaritains de Stuttgart qui l'ont reconverti en institution pour malades mentaux. Ce qu'ils ignorent aussi, c'est que ces bâtiments ont été repris par un service d'État en octobre 1939.

    L'ensemble est avenant. Les terrains qui entourent le château sont déserts. On aperçoit au loin des fils de fer barbelés qui empêchent les curieux d'approcher des bâtiments. De temps à autre, on distingue une patrouille armée. Les malades attendent au soleil depuis une demi-heure. Les infirmiers expliquent que des bonbonnes de gaz sont arrivées avec retard et qu'il faut achever de les installer. Il faut donc patienter un peu. Mais les malades sont contents de profiter de l'air pur. Ils s'emmitouflent dans leurs manteaux et se promènent par petits groupes. Ce sera le seul évènement saillant de leur journée.

    Brusquement des coups de sifflet retentissent. D'autres infirmiers viennent en aide aux deux premiers. Sans ménagement les pensionnaires de l'hospice de Pergine sont répartis en deux groupes identiques (même répartition par âge, sexe et handicap) et poussés vers un ancien hangar agricole coiffé d'une sinistre cheminée noire. Une peur atroce noue les entrailles des moins idiots. Tous sont conduits vers deux vestiaires et forcés de se déshabiller. Heinrich est rassuré, c'est l'heure de la douche. Certains s'amusent lorsqu'on vient les photographier de face d'abord, de profil ensuite. D'autres vont jusqu'à adresser un petit signe amical à l'appareil ou à celui qui le manipule. Ils passent maintenant à tour de rôle devant un médecin. La visite dure deux à trois minutes. Tout est soigneusement consigné par écrit. Lorsque le médecin a terminé, un infirmier appose au crayon de couleur un numéro sur le dos du malade. L'organisation de l'ensemble des opérations atteste, jusqu'à présent, un haut niveau de professionalisme.

    Toujours divisés en deux groupes, les malades et retardés mentaux sont conduits dans des salles d'attente. Heinrich est content : il est dans le même groupe que Johann. Il ne s'inquiète pas lorsque trois infirmiers entrent dans la pièce et leur demande de tendre le bras. Heinrich présente le sien spontanément. Il note avec satidfaction que Johann n'oppose lui non plus aucune résistance. Quelques-uns essaient de se dérober, mais ils sont contraints par la force de recevoir la piqûre. Quand toutes les injections sont faites, on les fait sortir, le savon à la main, la serviette sur l'avant-bras. Heinrich a juste le temps de distinguer une femme de l'autre groupe - qui, elle, n'a pas reçu d'injection, mais Heinrich ne le sait pas - avant que la porte ne se referme sur elle. Heinrich et Johann entrent dans la salle de douche de leur groupe presque la main dans la main. La porte se referme.

    Après quelques minutes, les effets de la piqûre se font ressentir. Les yeux s'alourdissent, les paupières se ferment, certains ont des vertiges, d'autres des nausées. Soudain, des coups violents portés sur les murs voisins et des cris se fraient à grand-peine un chemin dans leurs cerveaux engourdis. Dans l'autre groupe, certains ont compris qu'on les assassine et se révoltent. Les médecins qui observent la scène, impassibles, se disent que l'extermination des animaux est plus paisible. Cependant, aucun incident notable ne vient perturber la quiétude des opérations. Tout retombe brutalement dans le silence. Heinrich se sent glisser dans le néant. Il s'étonne. Pourquoi n'est-il pas dans son lit, sous sa douillette couverture à careaux écossais ? La porte s'ouvre. On les transporte dans l'autre salle, où on les jette sur les cadavres figés par la mort. Mais ils sont trop hébétés pour réagir. Les voici à nouveau enfermés. Quelques instants encore, et tout sera terminé.

    À l'extérieur, les médecins notent avec satisfaction que les résultats récemment obtenus à Brandenburg-Havel sont confirmés. Le monoxyde de carbone est bel et bien plus efficace que les cocktails lytiques. Un rapport officiel partira le soir même pour le responsable général de l'opération, le docteur Brandt, qui préconise le recours exclusif au gaz.

    Chaque famille reçoit une lettre officielle de condoléances. On les informe des causes du décès du cher disparu. Mais les meilleurs administrations commettent des erreurs : des proches reçurent des urnes vides, des avis de décès portant des dates manifestement erronées. Certains malades seraient morts deux fois dans des circonstances chaque fois différentes.

    Dès 1940, de nombreux évêques, alertés, s'élèvent contre cette barbarie ; en vain. Une lettre pastorale de juin 1941 rappelle cette protestation et condamne l'euthanasie : "Jamais, dans aucune circonstance, l'homme n'a le droit - en dehors de la guerre et de la légitime défense - de tuer un innocent". Cette lettre pastorale sera décisive. C'est en s'appuyant sur elle que Mgr von Galen, évêque de Münster, va réussir à bloquer la politique d'euthanasie. Comme son oncle, Mgr von Ketteler, Mgr von Galen est de ceux qui refusent de subir et qui savent convaincre. Du 13 juillet au 3 août 1941 il dénonce, dans une série de sermons, la politique nationale-socialiste, fustigeant les mesures contre les congrégations, l'anti-chrisitanisme nazi et les méthodes abjectes de la Gestapo. Il rappelle qu'il a porté plainte par lettre recommandée auprès du procureur du Reich du tribunal régional de Münster et du préfet de police de la même ville contre le meurtre des malades mentaux. Le 3 août, il s'en prend à "ce principe abominable qui se donne le droit de tuer un être improductif", et il ajoute : "Malheur aux hommes, malheur à notre peuple allemand si non seulement on transgresse mais on (...) viole impunément le principe divin". Ses sermons, interdits de publication, sont reproduits et distribués clandestinement dans toute l'Allemagne.

    L'émotion est immense. Des lettres de protestation arrivent de plus en plus nombreuses au 4 Tiergartenstrasse, où se trouve le centre administratif de cette opération, mieux connue sous son nom de code Aktion T4. Les plus hautes sphères du pouvoir nazi sont obligées de revoir leur position face au problème des déficients mentaux. Successeur des Apôtres envoyés par le Christ, Mgr von Galen seul a parlé publiquement.

    Hitler met fin au programme officiel d'euthanasie le 24 août 1941. Il y a eu déjà un peu plus de soixante-dix mille victimes. Les techniques de mise à mort qui allaient servir dans les camps d'extermination étaient au point.

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999

Irénée de Lyon, l'héritier de la Tradition qui combattit les hérésies

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
"Je pourrais encore décrire mon vieux maître : je le vois toujours entrer, s'asseoir, sortir ; je me rappelle ses sermons, surtout ce qu'il disait avoir appris de Jean et de ceux qui, comme lui, avaient connu le Seigneur."

    C'est avec une émotion certaine qu'Irénée se souvient de son bon maître, l'évêque Polycarpe. Sur les rives du Rhône hier encore ensanglanté par la persécution, l'évêque Irénée, une fois de plus, rend grâce et s'émerveille de l'admirable continuité pastorale qui, depuis Jean, ce disciple que Jésus aimait, jusqu'à lui-même, pauvre et humble serviteur du Seigneur, trace le chemin de la fidélité au message du Christ.

    Ils étaient nombreux, dans l'opulent port de Smyrne, à écouter Polycarpe raconter ses souvenirs et mille et une ancedotes sur l'Apôtre Jean, qu'il avait bien connu. Quel privilège ! Leur maître avait rencontré un homme qui avait vécu auprès du Christ ! Quelles chance, quelle grâce plutôt, oui ! Assis au milieu de la foule, sous un soleil de plomb face à la mer Égée, Irénée avait littéralement bu toutes les paroles du saint homme ; et déjà, en lui, s'ancrait le souci de sa mission, ce devoir de fidélité au message originel dont il ne voudrait jamais se départir. "Ces paroles, je les ai écoutées avec soin ; j'en ai conservé la mémoire, non sur un papier, mais dans mon coeur ; par la grâce de Dieu, je les ai toujours ruminées avec amour."

    Pour l'heure, c'est le fruit de cette rumination qu'il s'efforce de consigner pour ses frères. Avec fidélité, toujours. Pour ne pas trahir ce qui a été donné, le transmettre avec rigueur, avec amour, sans relâche. Nourri de ces principes, Irénée a traversé l'horrible drame de la persécution de Marc Aurèle. Après avoir fortifié sa foi à Rome en suivant les leçons de saint Justin, il est parvenu à Lyon, où les chrétiens étaient confrontés à l'épreuve de la persécution. En 177, les jeunes communautés sont décimées, le sacrifice du martyre est pour beaucoup le seul et ultime témoignage possible ... Irénée ne doit qu'à la providence d'avoir été choisi par la communauté pour transmettre une lettre au pape Éleuthère, ce qui l'a éloigné du danger. Revenu à Lyon, il y retrouve une communauté exsangue ; le vieil évêque Pothin, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, a, comme beaucoup, succombé au martyre. Et maintenant, lui, Irénée, est chosi pour lui succéder comme évêque de Lyon !

    Le nouvel évêque est un pasteur sans cesse préoccupé du salut des âmes qui lui sont confiées. Plus que jamais, le devoir de fidélité au message du Christ s'impose. Pourquoi ces multiples tentations de dérives, de déviations, d'erreurs, qui noient la vraie doctrine sous un fatras de paganisme mêlé de mystères ? Sans cesse, la propagande active et habile des adeptes de certaines sectes menace la communauté chrétienne. Car les sectes sont légion en cette fin du IIe siècle ; et cela, Irénée ne peut le supporter ! Face à ces errances, l'enracinement dans la vérité évangélique est plus que jamais nécessaire.

    Sous des visages multiples, l'advesaire est aisément identifiable : la plupart de ces prétendues religions relèvent de la gnose, cette doctrine qui se pare sans vergogne du beau nom grec de "connaissance". Une quantité de commentaires et de théories autour de cette pseudo-science menace d'égarer les chrétiens. Cette abondante littérature met en péril les fondements mêmes de l'Église ! Alors Irénée prend les armes. Mais pas n'importe lesquelles. Il est persuadé que le seul fait d'exposer toutes ces erreurs telles qu'elles sont est une excellent méthode pour les mettre à bas. "C'est les vaincre que révéler leurs systèmes. En publiant leurs secrets et leurs mythes cachés, nous rendons inutiles les longs discours qui doivent les détruire." Le verbe et l'écrit : par là peut passer la vérité, par là être brisée la supercherie.

    Cette gnose prétend donner une explication totale du monde et du mystère de l'existence, en se fondant sur l'opposition du mal et du bien. Pour les initiés à cette prétendue science qui se veut parfaite, le salut et la connaissance sont par nature étrangers au monde, qui est intrinsèquement mauvais. Et seuls les adeptes peuvent transmettre cette connaissance, car elle leur a été révélée et transmise dans le plus grand secret. Ils sont aussi nombreux que divers : ceux qui suivent Marcion, par exemple, croient en l'existence de deux dieux, l'un comptable et sévère - le Dieu de l'Ancien Testament -, l'autre bon et indulgent révélé par Jésus ; les ébionites, eux, nient la divinité du Christ ; les docétistes déclarent qu'en s'incarnant, le Verbe a seulement pris une apparence de chair ... Tous nient la résurrection des corps. Mais il y a aussi les systèmes de Ptolémée, de Marc le Mage, de Simon le Magicien, de Markos de Lyon qui prétendent tous être en possession de traditions secrètes remontant aux Apôtres ... Quelle confusion !

    Irénée sait comment répondre à ces prétendues traditions. Il revoit toujours en pensée Polycarpe raconter à tous ceux qui voulaient l'entendre ce qu'il avait lui-même reçu de l'Apôtre Jean. La Vérité se vit au grand jour. C'est parce qu'elle ne cache rien qu'elle est universelle, catholique. Aux secrets, Irénée oppose alors la tradition apostolique, l'exposé de la doctrine de la première Église transmise à travers la succession ininterrompue des évêques auxquels les Apôtres ont confié les Églises locales. Irénée l'expose simplement, avec chaleur, lui qui préfère la prière et la mystique aux démonstrations ; il s'excuse même, dans la préface d'un ouvrage, de n'avoir pas l'habitude des mots ! Il les choisit pourtant fort bien, en toute clarté et franchise, dès le titre même de ses ouvrages : Contre les hérésies ; Recherche et renversement de la prétendue mais fausse gnose (plus habituellement désigné sous le nom d'Adversus Haeraeses) ; Démonstration de l'enseignement apostolique ...

    Dans ses oeuvres comme dans son ministère, Irénée ne se départit jamais de son rôle de pasteur. Avec beaucoup d'humilité et de pondération, il pratique l'indulgence : "Par tous les moyens, nous tenterons de leur tendre la main et nous ne nous lasserons pas." Quel merveilleux exemple de douceur et de ténacité ! Irénée propose toujours de sauver son frère et se conforme à une règle simple et efficace : penser avec l'Église, croire en Elle, prier avec et pour Elle.

    Convaincu que trop de science finit par abîmer la foi, Irénée pense qu'il vaudrait mieux ne rien savoir du tout, mais croire et "persévérer dans l'amour de Dieu", plutôt que d'être "enflé d'orgueil parce que l'on sait, et perdre cet amour qui vivifie l'homme". Les hommes qu'il doit enseigner sont d'ailleurs, pour la plupart, analphabètes. Ils "n'ont ni encre ni texte écrit, mais le salut est écrit dans leurs coeurs par l'Esprit". Irénée s'attache donc à parler leur langue, à les aimer tels qu'ils sont, pour leur enseigner une seule foi, dans un seul bapême. Mais il lui faut un outil d'enseignement. Car s'il a eu la chance de recueillir des témoignages directement issus de la rencontre avec le Christ, qu'en sera-t-il de tous ces nouveaux convertis ? Alors germe en son esprit l'idée d'un ouvrage qui renfermerait de très précieux témoignages sur les doctrines chrétiennes originelles, quii exposerait "la règle de foi inaltérable", et serait une "espèce d'aide-mémoire sur les points capitaux de la foi". Jamais encore on ne l'a entrepris ; jamais sans doute n'en avait-on ressenti le besoin. Aujourd'hui, c'est, aux yeux d'Irénée, une urgence, et le titre s'impose à lui : ce sera la Démonstration de l'enseignement apostolique, le premier de tous les catéchismes. "Comme dans un riche dépôt, les Apôtres ont placé dans l'Église la plénitude parfaite de la vérité : quiconque la désire n'a qu'à y puiser le breuvage de la vie."

    Certes, Irénée peut rendre grâce pour la continuité apostolique dans laquelle il s'inscrit. Si, le premier, il formule la suprématie de l'Église de Rome, c'est parce qu'elle jouit "d'une autorité plus puissante", étant issue de la succession de Pierre et de sa fondation par Paul. Voilà pourquoi l'Église est seule à pouvoir décider de la validité d'une interprétation des Écritures, dans l'authenticité de la tradition transmise sans défaut.

    "Artisan de paix" : tel est le sens du nom d'Irénée. Homme de foi inlassablement occupé à ramener toutes les brebis égarées, il "vécut son nom", dit Eusèbe de Césarée. Il vécut surtout pour la paix de ses frères, la paix des coeurs et des esprits, dans la fidélité à la vérité de l'Évangile précieusement entretenue par la tradition naissante de l'Église.


Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999

Polycarpe: le vieil évêque qui affronte le bûcher sans faiblir

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    En dépit de son âge et du péril qui le menace, le vieillard ne tremble pas. Il se redresse de toute sa taille et, du milieu du cirque, fait face à son accusateur. Sa voix s'élève, ferme, déterminée.

- Cela fait quatre-vingt-six ans que je le sers, et il ne m'a fait aucun mal ! Comment pourrais-je blasphémer mon roi qui m'a sauvé ?

    Nous sommes en 155, l'homme qui s'exprime ainsi s'appelle Polycarpe, il est l'évêque de Smyrne, l'un des derniers compagnons vivant des Apôtres du Christ. Sur les gradins, la population de Smyrne épie les moindres de ses gestes. Le stade romain tout entier est suspendu à ses lèvres.Alors Quadratus, le proconsul qui siège à la grande tribune pour observer le combat des fauves, fait une dernière tentative.

- Vieil homme ! Jure par la fortune de César, et tu auras la vie sauve !

- Si tu t'imagines que je vais jurer par la fortune de César et si tu fais semblant de ne pas savoir qui je suis, je te le dis franchement : je suis chrétien ! Et si tu veux apprendre de moi la doctrine du christianisme, donne-moi un jour et écoute-moi !

    Oui, Polycarpe peut en appeler au Christ son maître. Il sait à qui il a donné sa foi. Il sait la solidité de l'enseignement qu'il a reçu de la bouche même des Apôtres. Et ce que les Apôtres ont vu, ce qu'ils ont entendu, ils en ont porté témoignage par leur sang. Dès lors, comment lui, Polycarpe, pourrait-il faiblir ?

    Le proconsul s'énerve, menace :

- J'ai des bêtes, ici. Je te ferai livrer aux lions, si tu ne changes pas d'avis.

- Appelle-les ! Je ne changerai pas d'avis.

- Puisque tu méprises les bêtes, je te ferai brûler par le feu !

- Tu me menaces d'un feu qui brûle un moment, puis s'éteint ... car tu ignores le feu du jugement à venir !

    La joute verbale se poursuit. Brûlant d'ardeur, tout empli de l'amour de Jésus, Polycarpe ne transige pas. Pourtant, cette épreuve, il ne l'a pas cherchée. Lorsque, quelques jours plus tôt, il a entendu parler d'arrestations et de persécutions parmi les chrétiens, il s'est prudemment éloigné, trouvant refuge dans une villa des environs de Smyrne. MIas un esclave soumis à la torture l'a dénoncé et le vieil évêque a compris que l'heure était venue. Depuis qu'en son jeune âge il a entendu Jean, l'Apôtre du Seigneur, il appartient à la Lumière. Il appartient à l'Amour. Il appartient à la Vérité. Il appartient au Christ. Polycarpe loue le Seigneur qui lui a donné tant d'années pour instruire et enseigner à son tour ceux qui lui ont été confiés, les chrétiens de l'Eglise de Smyrne qu'il conduit comme un père et auxquels maintenant il va donner le plus sûr des témoignages, celui du sang. Quand Quadratus agite la main, Polycarpe ne frémit pas. Il pourrait murmurer "tout est accompli" si un instant il osait se croire digne d'imiter dans sa chair le sacrifice du Seigneur. Aussitôt, un héraut court au centre du stade et crie dans trois directions : "Polycarpe s'est déclaré chrétien !" Alors les gradins grondent de colère, et de partout fusent les cris et les accusations :

- Impie, impie ! Voilà le destructeur de nos dieux, celui qui dit de ne pas sacrifier !

- C'est lui le père des chrétiens d'Asie, lui jette-t-on comme une suprême insulte.

    Polycarpe reçoit l'opprobre comme une grâce. Le Christ fut condamné comme roi des Juifs, il le sera comme père des chrétiens. Plaise au Seigneur qu'il soit celui d'une multitude !

    La foule a soif de sang, "qu'on lâche les lions", mais les lions sont fatigués, ils ont déjà combattu. "Le feu ! Que Polycarpe soit brûlé vif !" Tout alors va très vite. Les spectateurs dévalent les gradins, se dispersent et ramassent en courant le bois nécessaire dans les ateliers du stade où sont réparés les chars, dans les chantiers alentour et dans les bains publics, dont on arrache les bancs. Le bûcher est prêt. La foule, enragée et bourdonnante, trépigne maintenant d'impatience. Polycarpe se déshabille sans trembler. Il semble prier. Les uns veulent le clouer au gros madrier qui est au centre du bûcher, les autres le lier.

- Laissez-moi ainsi ... Celui qui me donne la force de supporter le feu, me donnera aussi, même sans la protection des clous, de rester immobile sur le bûcher.

    La fermeté de Polycarpe impressionne ses bourreaux. Adossé au madrier, la prière du vieil évêque monte vers Celui de qui vient toute paternité.

- Seigneur Dieu tout-puissant, Père de ton enfant bien-aimé et béni, Jésus-Christ, par qui nous avons reçu la connaissance de ton nom, Dieu des anges, des puissances, de toute la création, et de toute la race des justes qui vivent en ta présence, je te bénis pour m'avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, de prendre part au nombre de tes martyrs, au calice de ton Christ, pour la résurrection de la vie éternelle de l'âme et du corps, dans l'incorruptibilité de l'Esprit Saint. Avec eux, puissé-je être admis aujourd'hui en ta présence comme un sacrifice gras et agréable, comme tu l'avais préparé et manifesté d'avance, comme tu l'as réalisé, Dieu sans mensonge et véritable. Et c'est pourquoi pour toutes choses je te loue, je te bénis, je te glorifie, par le grand-prêtre éternel et céleste Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé, par qui soit la gloire à toi avec lui et l'Esprit-Saint, maintenant et dans les siècles à venir. Amen.

    Sur le bûcher du sacrifice qu'il n'a pas refusé, le vieil homme se fait passeur de lumière, flambeau vivant de la foi. Mais voilà que les flammes du foyer se voûtent et entourent Polycarpe, qui ne brûle pas ! Une vapeur d'encens se répand dans les airs. L'évêque martyr n'a pas cessé de prier.

    Comme le feu ne l'atteint pas, la foule incrédule ordonne à celui qui achève les blessés dans l'arène, le confector, d'exercer son office. Percé d'un coup de poignard, Polycarpe s'effondre. Son sang inonde le bûcher avec tant d'abondance que la foule en demeure interdite.

    Les chrétiens présents, cachés dans la foule, étouffent leurs pleurs. L'admirable prière de Polycarpe, leur père dans la foi, se grave dans leur coeur.

    Telle fut la naissance de Polycarpe auprès du Christ.

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999

Ignace d'Antioche, celui qui partit en mission les fers aux pieds

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
"Je suis le froment de Dieu ; que je sois moulu par la dent des bêtes pour devenir un pain blanc du Christ !"

    Allez comprendre ! songent les gardes qui, à l'aube du IIe siècle, conduisent Ignace, l'évêque d'Antioche, à son funeste destin. Ce n'est pourtant pas le premier chrétien qu'ils accompagnent au supplice. "On dit que celui-ci vient d'Antioche. Épuisé ? Même pas ! Depuis que nous avons pris le relais, à quelques lieues des portes de Rome, il ne cesse de prêcher ! Faut-il qu'ils soient dangereux, lui et ses compagnons, pour qu'on les ramène de si loin ! Pourtant, ils ne semblent guère violents, au contraire ..." Décidément, les gardes n'y comprennent rien ...

    Sur la route de son martyre, Ignace ne se lamente pas. Conduit par ses persécuteurs à Rome pour être dévoré par les fauves, il exhorte, écrit, professe et convertit ... Jusqu'au bout, jusqu'au cirque.

    Là-bas, à Antioche, Ignace se sentait encore l'héritier de Pierre, dont il est le deuxème successeur dans la cité. Pendant quinze ans, il a accompagné les premiers pas d'une jeune et forte Église, il a organisé, administré ; il s'est efforcé d'être pasteur, aussi. "Jésus-Christ est ressuscité, venez marcher dans les pas du Seigneur !" Partout se répand cette proclamation, tandis que se lézardent peu à peu les fondations de l'empire. L'empereur Trajan prend peur. Les communautés de chrétiens ne cessent de grandir et de se multiplier. Les convertis, de plus en plus nombreux, s'implantent dans les principales métropoles. Même les routes des campagnes reculées se peuplent de pèlerins ou de pères venus enseigner la Bonne Nouvelle. Certes, ces communautés sont dispersées, mais ne font-elles pas preuve d'un activisme redoutable, susceptible de menacer le pouvoir central ? Bien plus, elles s'organisent. Dans chaque ville où la communauté chrétienne est importante, un évêque prend en charge les fidèles. N'y a-t-il pas là une sorte de contre-pouvoir ? Trajan décide alors de resserrer son emprise sur l'empire : or, rien de tel qu'un ennemi commun pour fédérer les citoyens.

    Les armes impériales savent abattre l'ennemi qui se présente le glaive à la main ; mais comment combattre la foi ? Elles parviennent à anéantir l'envahisseur des contrées barbares qui cherche à forcer les limites de l'empire ; elles punissent le coupable d'un délit, mais comment museler la détermination ardente du croyant ? Qu'à cela ne tienne ... Trajan publie un édit. Il veut faire un exemple. Abjurez ou mourez ! Si des chrétiens meurent, les indécis reculeront, les récents convertis tiédiront. Pourtant, à Antioche, Ignace et ses compagnons ne cèdent pas à l'inimidation. Autour d'eux, de nombreux fidèles font preuve d'une foi indéfectible. L'évêque et d'autres réfractaires sont arrêtés, puis condamnés à mort. Pour déjouer tout risque d'émeute, la sentence sera exécutée à Rome, au prix d'un transfert des prisonniers de plusieurs semaines jusqu'à la capitalde de l'empire. Mais, loin de céder à l'accablement, Ignace profite de son passage dans les villes chrétiennes pour adresser aux évêques de véritables professions de foi sous forme de lettres.

    Ignace témoigne pour tous ceux qui, en ces temps déjà troublés par les divisions théologiques, la multiplication des hérésies et les persécutions incessantes, risquent de renier leur foi. C'est pour eux qu'il a écrit : "Tournez-vous vers votre évêque. Il ne doit y avoir qu'une seule Église, qu'une eucharistie, qu'un sanctuaire, qu'une foi, qu'un évêque. Tournez-vous vers lui ; écoutez-le ; suivez-le ; soumettez-vous à lui. Sans lui, pas de baptême, pas d'eucharistie. Ce qu'il approuve plaît aussi à Dieu."

    Avant d'entrer dans le cirque, Ignace interpelle encore ses contemporains : "C'est Jésus-Christ que je cherche, Lui qui est mort pour nous ; c'est lui que je veux, Lui qui est ressuscité à cause de nous ! L'heure vient pour moi de l'enfantement. (...) Laissez-moi saisir la pure lumière."

    Seules les huées haineuses du cirque lui imposeront silence ; ce n'est que face aux fauves qu'il se tait à jamais.

    La mort d'Ignace, acceptée dans la joie, témoigne de l'espérance invincible qui l'anime. Un martyr n'est pas un sacrifié, il s'offre à Dieu pour approcher le mystère de plus près.

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999

Benoît XVI, Notre foi est-elle suffisamment pure et ouverte ?

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    Chers frères et sœurs,

    Chaque année, l'Evangile du Dimanche des Rameaux nous raconte l'entrée de Jésus à Jérusalem. Accompagné de ses disciples et d'une foule croissante de pèlerins, Il était monté de la plaine de Galilée jusqu'à la Cité sainte. Comme des étapes de cette ascension, les évangélistes nous ont transmis trois annonces de Jésus concernant sa Passion, faisant en même temps allusion à l'ascension intérieure qui se déroulait au cours de ce pèlerinage. Jésus marche vers le temple - vers le lieu où Dieu, comme dit le Deutéronome, avait voulu "faire habiter" son nom (cf. 12, 11; 14, 23). Le Dieu qui a créé le ciel et la terre s'est donné un nom, il a permis qu'on l'invoque, il a même permis que les hommes puissent presque le toucher. Aucun lieu ne peut Le contenir et pourtant, ou précisément pour cela, Il se donne lui-même un lieu et un nom, afin qu'Il puisse personnellement, Lui qui est le vrai Dieu, y être vénéré comme le Dieu au milieu de nous. Le récit sur Jésus à l'âge de douze ans nous a montré qu'Il aimait le temple comme la maison de son Père, comme sa maison paternelle. Il revient maintenant dans ce temple mais son parcours va au-delà:  le dernier objectif de son ascension est la Croix. C'est l'ascension que la Lettre aux Hébreux décrit comme l'ascension vers la tente qui n'est pas faite de mains d'homme, jusqu'à se trouver en présence de Dieu. L'ascension jusqu'à la présence de Dieu passe par la Croix. C'est l'ascension vers "l'amour jusqu'à la fin" (cf. Jn 13, 1) qui est la vraie montagne de Dieu, le lieu définitif du contact entre Dieu et l'homme.

    Au moment de l'entrée à Jérusalem, la foule rend hommage à Jésus comme fils de David avec les paroles du Psaume 118 [117] des pèlerins:  "Hosanna au fils de David! Béni sois celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna au plus haut des cieux!" (Mt 21, 9). Puis Il arrive au temple. Mais à l'endroit où doit avoir lieu la rencontre entre Dieu et l'homme, Il trouve des marchands d'animaux et des changeurs qui occupent le lieu de prière avec leurs affaires. Le bétail en vente était certes destiné aux sacrifices à immoler dans le temple; et puisque dans le temple on ne pouvait utiliser les pièces sur lesquelles étaient représentés les empereurs romains qui étaient en opposition avec le vrai Dieu, il fallait les échanger contre des pièces sur lesquelles n'étaient pas représentées des images d'idolâtrie. Mais tout cela pouvait avoir lieu ailleurs:  l'espace où cela se déroulait devait être, selon sa destination, l'atrium des païens. En effet, le dieu d'Israël était l'unique Dieu de tous les peuples. Et même si les païens n'entraient pas, si l'on veut, au cœur de la Révélation, ils pouvaient cependant s'associer à la prière au Dieu unique, dans l'atrium de la foi. Le Dieu d'Israël, le Dieu de tous les hommes, attendait également toujours leur prière, leur recherche, leur invocation. Mais à présent, les affaires avaient pris le dessus - des affaires légalisées par les autorités compétentes qui recevaient elles aussi une part du gain des marchands. Les marchands agissaient correctement selon le règlement en vigueur, mais le règlement lui-même était corrompu. "L'avidité est l'idolâtrie", dit la Lettre aux Colossiens (cf. 3, 5). C'est l'idolâtrie que rencontre Jésus et face à laquelle il cite Isaïe:  "Ma maison s'appellera maison de prière" (Mt 21, 13; cf. Is 56, 7) et Jérémie:  "Or vous, vous en faites une caverne de bandits" (Mt 21, 13; cf. Jr 7, 11). Contre l'ordre mal interprété, Jésus, par son geste prophétique, défend l'ordre véritable, qui se trouve dans la Loi et les Prophètes.

    Tout cela doit nous faire réfléchir, nous aussi comme chrétiens:  notre foi est-elle suffisamment pure et ouverte, pour que les "païens", les personnes qui sont aujourd'hui en quête et se posent des questions, puissent, à partir de cette foi, recevoir l'intuition de la lumière du Dieu unique, s'associer à notre prière dans les atrium de la foi et avec leurs interrogations devenir peut-être eux aussi des adorateurs? Sommes-nous conscients que l'avidité et l'idolâtrie atteignent aussi notre cœur et notre mode de vie? Ne laissons-nous pas, de différentes manières, les idoles entrer elles aussi dans le monde de notre foi? Sommes-nous prêts à nous laisser toujours à nouveau purifier par le Seigneur, en lui permettant de chasser en nous et dans l'Eglise tout ce qui lui est contraire?

    Toutefois, dans la purification du temple, il ne s'agit pas seulement de la lutte contre les abus. Une nouvelle heure de l'histoire est annoncée. Ce que Jésus avait annoncé à la Samaritaine concernant sa question sur la vraie adoration est en train de se réaliser:  "Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les véritables adorateurs adoreront le Père dans l'esprit et la vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père" (Jn 4, 23). Le temps où des animaux étaient immolés à Dieu est révolu. Depuis toujours, les sacrifices d'animaux avaient été une piètre substitution, un geste de nostalgie de la vraie manière d'adorer Dieu. La Lettre aux Hébreux, sur la vie et l'action de Jésus, cite comme devise une phrase du Psaume 40 [39]:  "Tu n'as voulu ni sacrifice ni oblation; mais tu m'as façonné un corps" (He 10, 5). Aux sacrifices cruels et aux offrandes de vivres succède le corps du Christ, succède sa propre personne. Seul "l'amour jusqu'au bout",  seul  l'amour  qui  pour  les hommes se donne totalement à Dieu, est le véritable culte, le véritable sacrifice. Adorer en esprit et en vérité signifie adorer en communion avec Celui qui est la vérité; adorer dans la communion  avec  son  Corps,  dans  lequel l'Esprit Saint nous réunit.

    Les évangélistes nous racontent que, lors du procès contre Jésus, de faux témoins se présentèrent et affirmèrent que Jésus avait dit:  "Je peux détruire le Temple de Dieu et, en trois jours, le rebâtir" (Mt 26, 61). Devant le Christ suspendu à la Croix certains se moquent en faisant référence à cette même parole et crient:  "Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même" (Mt 27, 40). Dans son récit de la purification du temple, Jean nous a transmis la juste version de la parole, telle qu'elle a été prononcée par Jésus lui-même. Face à la demande d'un signe par lequel Jésus devait se justifier pour une telle action, le Seigneur répondit:  "Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai" (Jn 2, 18 sq.). Jean ajoute que, repensant à cet événement après la Résurrection, les disciples comprirent que Jésus avait parlé du Temple de son Corps (cf. 2, 21 sq.). Ce n'est pas Jésus qui détruit le temple; celui-ci est abandonné à la destruction par l'attitude de ceux qui ont transformé le lieu de la rencontre de tous les peuples avec Dieu, en une "caverne de bandits", le lieu de leurs affaires. Mais, comme toujours depuis la chute d'Adam, l'échec des hommes devient l'occasion d'un engagement encore plus grand de l'amour de Dieu à notre égard. L'heure du temple de pierre, l'heure des sacrifices d'animaux était passée:  le fait que maintenant le Seigneur chasse les marchands empêche non seulement un abus mais indique une nouvelle action de Dieu. Le nouveau Temple se forme:  Jésus Christ lui-même, à travers lequel l'amour de Dieu se penche sur les hommes. Dans sa vie, Il est le Temple nouveau et vivant. Lui qui est passé à travers la Croix et est ressuscité, Il est l'espace vivant d'esprit et de vie, dans lequel se réalise la juste adoration. Ainsi, la purification du temple, comme sommet de l'entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, est à la fois le signe de la destruction imminente de l'édifice et la promesse du nouveau Temple; promesse du royaume de la réconciliation et de l'amour qui, dans la communion avec le Christ, est instauré au-delà de toute frontière.

    Saint Matthieu, dont nous écoutons l'Evangile cette année, rapporte à la fin du récit du Dimanche des Rameaux, après la purification du temple, encore deux petits événements qui, à nouveau, ont un caractère prophétique et qui nous font clairement voir encore une fois quelle est la volonté véritable de Jésus. Immédiatement après la parole de Jésus sur la maison de prière de tous les peuples, l'évangéliste continue ainsi:  "Des aveugles et des boiteux s'approchèrent de lui dans le Temple, et il les guérit". En outre, Matthieu nous dit que des enfants répétèrent dans le temple l'acclamation que les pèlerins avaient prononcée à l'entrée de la ville:  "Hosanna au fils de David!" (Mt 21, 14sq.). Jésus oppose sa bonté qui guérit au commerce des animaux et aux affaires d'argent. C'est elle la vraie purification du temple. Il ne vient pas comme destructeur; il ne vient pas avec l'épée du révolutionnaire. Il vient avec le don de la guérison. Il se consacre à ceux qui, à cause de leur maladie, sont poussés jusqu'aux dernières extrémités de leur vie et en marge de la société. Jésus présente Dieu comme Celui qui aime, et son pouvoir comme le pouvoir de l'amour. Et ainsi, il nous dit ce qui fera pour toujours partie du juste culte de Dieu:  la guérison, le service, la bonté qui guérit.

    Et il y a ensuite les enfants qui rendent hommage à Jésus comme fils de David et chantent l'Hosanna. Jésus avait dit à ses disciples que, pour entrer dans le royaume de Dieu, ils auraient dû redevenir comme les enfants. Il s'est lui-même fait tout petit pour venir à notre rencontre, pour nous conduire vers Dieu, lui qui embrasse le monde entier. Pour reconnaître Dieu nous devons nous défaire de l'orgueil qui nous éblouit, qui veut nous éloigner de Dieu, comme si Dieu était notre concurrent. Pour rencontrer Dieu il faut être capable de voir avec le cœur. Nous devons apprendre à voir avec un cœur jeune, qui n'est pas entravé par des préjugés et aveuglé par des intérêts. Ainsi, chez les petits qui Le reconnaissent avec un tel cœur libre et ouvert, l'Eglise a vu l'image des croyants de tous les temps, sa propre image.

    Chers amis, en ce moment nous nous associons à la procession des jeunes de l'époque, une procession qui traverse l'histoire tout entière. Nous allons à la rencontre de Jésus avec tous les jeunes du monde. Laissons-Le nous guider vers Dieu pour apprendre de Dieu lui-même la juste manière d'être hommes. Avec Lui, remercions Dieu car Jésus, le Fils de David, nous a donné un espace de paix et de réconciliation qui embrasse le monde. Prions-Le, afin de devenir nous aussi avec Lui et à partir de Lui des messagers de sa paix, afin qu'en nous et autour de nous grandisse son Royaume. Amen.

Homélie Dimanche des Rameaux, 16 mars 2008
© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

Cardinal Ratzinger, Que peut nous dire la troisième chute de Jésus ?

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)



    Que peut nous dire la troisième chute de Jésus sous le poids de la croix ? Peut-être nous fait-elle penser plus généralement à la chute de l'homme, au fait que beaucoup s'éloignent du Christ, dans une dérive vers un sécularisme sans Dieu. Mais ne devons-nous pas penser également à ce que le Christ doit souffrir dans son Église elle-même ? Combien de fois abusons-nous du Saint-Sacrement de sa présence, dans quel cœur vide et mauvais entre-t-il souvent ! Combien de fois ne célébrons-nous que nous-mêmes, et ne prenons-nous même pas conscience de sa présence ! Combien de fois sa Parole est-elle déformée et galvaudée ! Quel manque de foi dans de très nombreuses théories, combien de paroles creuses ! Que de souillures dans l'Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d'orgueil et d'autosuffisance ! Que de manques d'attention au sacrement de la réconciliation, où le Christ nous attend pour nous relever de nos chutes ! Tout cela est présent dans sa passion. La trahison des disciples, la réception indigne de son Corps et de son Sang sont certainement les plus grandes souffrances du Rédempteur, celles qui lui transpercent le cœur. Il ne nous reste plus qu'à lui adresser, du plus profond de notre âme, ce cri : Kyrie, eleison - Seigneur, sauve-nous (cf. Mt 8,25).


PRIÈRE

Souvent, Seigneur, ton Église nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l'eau de toute part. Et dans ton champ, nous voyons plus d'ivraie que de bon grain. Les vêtements et le visage si sales de ton Église nous effraient. Mais c'est nous-mêmes qui les salissons ! C'est nous-mêmes qui te trahissons chaque fois, après toutes nos belles paroles et nos beaux gestes. Prends pitié de ton Église : en elle aussi, Adam chute toujours de nouveau. Par notre chute, nous te traînons à terre, et Satan s'en réjouit, parce qu'il espère que tu ne pourras plus te relever de cette chute ; il espère que toi, ayant été entraîné dans la chute de ton Église, tu resteras à terre, vaincu. Mais toi, tu te relèveras. Tu t'es relevé, tu es ressuscité et tu peux aussi nous relever. Sauve ton Église et sanctifie-la. Sauve-nous tous et sanctifie-nous.

 

Chemin de Croix, Colisée, le dernier de Jean Paul II

9e Station : Jésus tombe pour la troisième fois


Les Jésuites: La fidélité au Seigneur aide l'Eglise à se convertir

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    La Compagnie de Jésus, dont les membres sont communément appelés ‘Jésuites,' est née officiellement le 27 septembre 1540, lorsque le Pape Paul III signa la bulle Regimini Militantis Ecclesiae qui approuvait l'existence de ce nouvel ordre religieux. Les premiers Jésuites étaient au nombre de dix. Ils avaient été réunis par Ignace de Loyola, fondateur dudit ordre.

    La Compagnie de Jésus est née au moment où de nombreux chrétiens d'Europe étaient attirés par l'humanisme païen de la renaissance et par l'esprit scientifique et la Reforme protestante de Luther et de Calvin. C'est dans ces circonstances qu'Ignace et ses compagnons sentirent le besoin d'une nouvelle conversion. Deux principes devraient guider les Jésuites : fidélité à notre Seigneur Jésus-Christ qui nous invite à nous convertir constamment, et fidélité à l'Eglise catholique et au Saint-Père, successeur de Saint Pierre. La fidélité à notre Seigneur aide l'Eglise à se convertir, sans qu'il soit nécessaire de s'opposer à elle. Le Fondateur de la Compagnie voulut dès lors que le jésuite soit caractérisé par une recherche constante des appels et invitations de son Seigneur, recherche qui intègre une obéissance responsable, obéissance d'esprit et de cœur. Cette obéissance suppose une disponibilité inconditionnelle afin de pouvoir se rendre la où il y a la plus grande urgence, le plus grand besoin ou le travail le plus universel. Tout ceci pour la Plus Grande Gloire de Dieu. En effet « Ad Majorem Dei Gloriam ou A.M.D.G » fut la devise de la Compagnie.

    Tout au long des quatre siècles de son histoire, la Compagnie est toujours restée fidèle à cette motion première. Les jésuites, actuellement au nombre de 21063, tracent inlassablement de nouvelles voies de conversion sur tous les continents. Ils oeuvrent dans 127 pays différents.

La promotion des vocations, un lieu de conversion permanente

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)


Ignace pèlerin

lors de sa conversion

Peinture de Gudiol (1991)

www.stignace.net

 

    La promotion des vocations est-elle un problème technique ou un lieu de conversion, une question sur nous ? Il y a bien des interrogations, des décalages, des difficultés et des nostalgies de notre part, mais il s'agit de plus en plus de la manière d'être du « corps » que nous formons, de sa capacité à attirer, à associer à sa vie et à sa mission, à accueillir ; ainsi que de la « cohérence » propre dont il témoigne clairement, dans la collaboration, la vie communautaire, dans ses choix et dans son rapport à l'Eglise. Nous ne sommes pas d'abord des experts, mais un corps apostolique authentique. Au total une bonne sensibilisation partagée. (...)


    Promouvoir les vocations est une priorité apostolique pour le corps tout entier. Il nous faut trouver ensemble les moyens concrets de collaborer avec Dieu qui appelle. Les parcours menant jusqu'au noviciat attestent de l'authenticité de cet appel de Dieu qui se fraie un chemin dans les conditions d'aujourd'hui. Pour rester en phase avec cet appel, le corps de la Compagnie doit vivre une conversion permanente dans ses manières de vivre et de témoigner.


Abbaye du Mont-des-Cats, Profession solennelle : voeu de conversion

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)




L'admission à la profession solennelle



    Au terme de la période des voeux temporaires, après avoir mûrement réfléchi et pris conscience de la gravité de l'acte qu'il s'apprête à poser, le frère, en toute liberté, présente à l'abbé sa demande en vue de la profession solennelle. Si celui-ci le juge apte, il l'y admet avec le consentement du chapitre conventuel.

    Lorsque le frère fait profession solennelle, il est depuis au moins 6 ans en communauté. Il a pu se rendre compte par lui-même que c'est vraiment Dieu qui l'appelle à cette vie. Par ailleurs, la communauté a pu constater par elle-même que le frère « cherche vraiment Dieu, qu'il est empressé au service de Dieu, à l'obéissance, aux humiliations. » (extrait de la Règle de Saint Benoît chapitre 58,7)

    Par sa profession solennelle, le frère fait voeu de conversion de vie. Ce voeu comprend concrètement la pauvreté pour le Royaume. Si le moine possède des biens, il doit les distribuer aux pauvres ou les donner au monastère.


La profession solennelle



    Par la profession des voeux solennels, le frère se donne au Christ en esprit de foi et s'engage à vivre pour toujours dans sa communauté selon la Règle de saint Benoît. L'abbé et les frères l'accueillent avec bienveillance dans la communauté, sachant qu'ils s'obligent au devoir de l'aider par leurs prières et leurs exemples à revêtir de plus en plus la ressemblance du Christ.


La formule de profession est celle-ci :

Moi, frère N., je promets stabilité, conversion de vie et obéissance jusqu'à la mort selon la Règle de saint Benoît, devant Dieu et tous ses saints, en ce monastère de Sainte Marie du Mont des Cats, de l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance, construit en l'honneur de la bienheureuse Marie, Mère de Dieu et toujours Vierge, en présence de Dom Guillaume, abbé de ce monastère.

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