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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#la vache qui rumine (annee a)

Adoration pour la Sanctification des Prêtres - Maternité Spirituelle 3

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Lu Monferrato

 

Nous nous rendons dans la petite bourgade de Lu en Italie du nord, une localité qui compte quelques milliers d’habitants et qui se trouve dans une région rurale à 90 km à l’est de Turin. Cette petite ville serait restée inconnue si en 1881 quelques mères de famille n’avaient pris une décision qui allait avoir de “grandes répercussions”.

 

Plusieurs mamans portaient dans leur cœur le désir de voir un de leurs fils devenir prêtre ou une de leurs filles s’engager totalement au service du Seigneur. Elles commencèrent donc par se réunir tous les mardis pour l’adoration du Saint Sacrement, sous la direction de leur curé, Monseigneur Alessandro Canora, et à prier pour les vocations. Tous les premiers dimanches du mois, elles communiaient à cette intention. Après la messe toutes les mamans priaient ensemble pour demander des vocations sacerdotales.

Grâce à la prière pleine de confiance de ces mamans et à l’ouverture de cœur de ces parents, les familles vivaient dans un climat de paix, de sérénité et de piété joyeuse qui permit à leurs enfants de discerner leur vocation beaucoup plus facilement.

 

Quand le Seigneur a dit: “Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus” (Mt 22,14), il faut le comprendre ainsi: beaucoup seront appelés, mais peu y répondront. Personne n’aurait pensé que le Seigneur exaucerait avec autant de largesse la prière de ces mamans. De cette bourgade sont issues 323 vocations à la vie consacrée (Trois cent vingt trois!): 152 prêtres (et religieux) et 171 religieuses appartenant à 41 congrégations différentes. Dans certaines familles il y eut même quelques fois trois à quatre vocations. L’exemple le plus connu est celui de la famille Rinaldi. Le Seigneur appela sept enfants de cette famille. Deux filles entrèrent chez les sœurs salésiennes et, envoyées à Saint Domingue, elles furent de courageuses pionnières et missionnaires. Parmi les garçons, cinq devinrent prêtres salésiens. Le plus connu de ces cinq frères, Filippo Rinaldi fut le troisième successeur de Don Bosco, et Jean-Paul II le béatifia le 29 avril 1990. En fait, beaucoup de jeunes entrèrent chez les salésiens. Ce n’est pas un hasard puisque Don Bosco se rendit à Lu quatre fois dans sa vie. Le saint participa à la première messe de Filippo Rinaldi, son fils spirituel, dans sa ville natale. Filippo aimait bien souvent se rappeler la foi des familles de Lu. “Une foi qui faisait dire à nos parents: le Seigneur nous a donné des enfants et s’Il les appelle, nous ne pouvons quand même pas dire non!”

Luigi Borghina et Pietro Rota vécurent la spiritualité de Don Bosco avec une telle fidélité, qu’on les appelait respectivement “Don Bosco du Brésil” et “Don Bosco de Valtellina”. Mgr Evasio Colli, archevêque de Parme, venait aussi de Lu, et Jean XXIII disait à son propos: “Il aurait dû devenir Pape à ma place, il avait tout pour devenir un grand Pape”.

 

Tous les dix ans, un grand rassemblement réunissait tous ceux qui étaient encore vivants parmi ces vocations venant des quatre coins du monde. Le prêtre actuel de la paroisse de Lu, Don Mario Meda, qui depuis 24 ans a charge d’âmes en ce lieu, racontait comment cette rencontre était bien évidemment une véritable fête, une fête d’action de grâces envers le Seigneur, pour toutes les grandes choses qu’Il fit à Lu.

 

La prière que les mères de Lu récitaient était brève, simple et profonde:

 

“Seigneur, fais qu’un de mes fils devienne prêtre!

Je veux vivre moi-même, en bonne chrétienne

et je veux conduire mes enfants au Bien, pour obtenir la grâce

de pouvoir T’offrir, Seigneur un saint prêtre! Amen.”

 

Fait unique dans l'histoire de l'Église : du 1er au 4 septembre 1946, une grande partie des 323 prêtres, religieux et religieuses provenant de Lu se retrouva dans la ville. Cette rencontre eut un retentissement dans le monde entier.



La bienheureuse Alexandrine da Costa  (1904-1955)

 

Un exemple dans la vie d’Alexandrine da Costa, béatifiée le 25 avril 2004, montre de façon impressionnante la force de transformation et les effets visibles du sacrifice d’une jeune fille abandonnée et malade.

En 1941, Alexandrine écrivit à son père spirituel, le père Mariano Pinho, que Jésus lui avait fait la demande suivante : « Ma fille, à Lisbonne vit un prêtre qui risque de se perdre pour l’éternité ; il M’offense gravement. Appelle ton père spirituel et demande-lui la permission de participer aux souffrances de ma Passion, particulièrement pour cette âme. »

Après avoir reçu la permission, Alexandrine souffrit beaucoup. Elle ressentait le poids des péchés de ce prêtre qui ne voulait plus rien savoir de Dieu et qui était sur le point de se damner. La pauvre jeune fille vivait dans son corps l’état infernal dans lequel se trouvait le prêtre et suppliait : « Non, pas en enfer ! Je m’offre en holocauste pour lui … aussi longtemps que Tu voudras. » Même le prénom et le nom du prêtre lui furent communiqués !

Le père Pinho, voulant en avoir le cœur net, se renseigna auprès du cardinal de Lisbonne pour savoir si l’un de ses prêtres l’inquiétait. Et le cardinal de lui confirmer avec sincérité qu’il y avait en effet un prêtre qui le préoccupait beaucoup. Quand il révéla le nom, c’était exactement le même que Jésus avait donné à Alexandrine.

 

Quelques mois plus tard, un de ses amis prêtres, Don Davide Novais, raconta au père Pinho un événement insolite. Don Davide venait de prêcher à Fatima une retraite à laquelle avait participé un monsieur très discret, mais remarqué pour son comportement exemplaire. Le dernier soir de la retraite, cet homme eut une attaque cardiaque. Après avoir demandé un prêtre, il put se confesser et communier. Peu après, il mourut réconcilié avec Dieu. Il s’avéra que cet homme, habillé en civil, était un prêtre et justement celui pour lequel Alexandrine avait tant lutté.



La servante de Dieu Consolata Betrone (1903-1946)

 

Les sacrifices et les prières d’une mère spirituelle de prêtres profitent tout particulièrement aux personnes consacrées qui se sont égarées ou ont abandonné leur vocation. Jésus a suscité dans Son Eglise de nombreuses vocations de femmes vouées à la prière, comme par exemple, Sœur Consolata Betrone, Clarisse Capucine de Turin. Jésus lui dit : « Ta tâche est de te dédier à tes frères. Toi aussi tu seras un bon berger et tu dois aller à la recherche de tes frères égarés et me les ramener. »

Consolata a tout offert pour eux, “ses frères’’, prêtres et consacrés qui se trouvaient dans la détresse spirituelle. Sans cesse, pendant son travail, à la cuisine, elle disait cette prière du cœur : « Jésus, Marie, je vous aime, sauvez les âmes ! » Elle faisait du moindre service et de toute tâche un sacrifice ; et Jésus lui dit à ce sujet : « Toutes ces actions sont insignifiantes, mais comme tu Me les offres avec un grand amour, Je leur donne une valeur démesurée et Je les transforme en grâces de conversion qui descendent sur tes pauvres frères. » 

    Souvent, le monastère recevait par téléphone ou par écrit des confidences de cas concrets que Consolata prenait sur elle dans la souffrance. C’est ainsi qu’elle endurait parfois pendant des semaines ou des mois, la sécheresse spirituelle, l’abandon, le sentiment d’inutilité, l’obscurité intérieure, la solitude, les doutes et les états de péchés des prêtres. Une fois, dans ces luttes intérieures, elle écrivit à son père spirituel : « Combien me coûtent mes frères ! » Mais Jésus lui fit la promesse magnifique : « Consolata, ce n’est pas un frère que tu ramèneras à Dieu, mais tous. Je te promets que tu Me les donneras l’un après l’autre. » Ce fut ainsi ! Elle ramena à un sacerdoce riche de grâce tous les prêtres qui lui étaient confiés. Nombre de ces cas sont établis avec précision.

(clerus.org)

Adoration pour la Sanctification des Prêtres - Maternité Spirituelle 1

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Note : La série de médiations de cette semaine s'inscrit à la fois dans le prolongement de la Solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur et dans la preparation de celle du Sacré-Coeur, vendredi prochain, Journée de prière pour la sanctification des prêtres (cf. En priant pour les prêtres).


Eliza Vaughan

 

C’est une vérité évangélique que les vocations sacerdotales doivent être demandées dans la prière. Jésus le souligne dans l’évangile :

« La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. » (Mt 9, 37-38)

Eliza Vaughan, une mère de famille anglaise, est un exemple très probant d’une femme, qui remplie d’un esprit sacerdotal, priait beaucoup pour les vocations.

 

Eliza vient d’une famille protestante, la famille Rolls, qui par la suite fonda l’industrie automobile réputée Rolls-Royce. Jeune fille, alors qu’elle vivait et étudiait en France, elle fut très impressionnée par le soutien exemplaire que l’Eglise Catholique apportait aux pauvres.

    Pendant l’été 1830, après son mariage avec le colonel John Francis Vaughan, Eliza, malgré la forte résistance de ses parents, se convertit au catholicisme. Elle n’avait pas pris cette décision parce qu’elle appartenait désormais à une famille anglaise connue, de tradition catholique, mais bien motivée par une ferme conviction personnelle. La famille Vaughan, lors de la persécution des catholiques anglais sous le règne d’Elisabeth I (1558-1603), avait accepté l’expropriation de tous ses biens et l’emprisonnement plutôt que de renier sa foi. Courtfield, la résidence familiale de son mari, était devenue pendant les décennies de la terreur, un centre de refuge pour les prêtres persécutés, un lieu où la Sainte Messe était célébrée en secret. Trois siècles s’étaient écoulés dès lors, mais rien n’avait changé dans l’esprit catholique de la famille.

 

    Convaincue de la puissance d’une fidèle prière silencieuse, Eliza Vaughan consacrait chaque jour une heure à l’adoration dans la chapelle de la maison. Elle priait Dieu de lui accorder des vocations dans sa famille. Devenue mère de six prêtres et quatre religieuses, elle fut largement exaucée. Morte en 1853, Maman Vaughan fut enterrée à Courtfield, dans la propriété familiale qu’elle aimant tant.

 

    Aujourd’hui Courtfield est un centre d’exercices spirituels dans le diocèse anglais de Cardiff. En prenant considération de la sainte vie d’Eliza, l’évêque du lieu consacra en 1954 la chapelle de la maison comme “Sanctuaire de Notre Dame des Vocations”, titre qui fut confirmé en l’an 2000.


                                                      

Donnons nos enfants À Dieu

                                                                                                                               

Convertie du plus profond de son cœur et remplie de zèle, Eliza proposa à son mari de donner leurs enfants à Dieu. Cette femme de grande vertu priait chaque jour une heure devant le Saint Sacrement dans la chapelle de la résidence de Courtfield. Elle demandait à Dieu une famille nombreuse et beaucoup de vocations religieuses parmi ses enfants. Elle fut exaucée ! Elle eut 14 enfants et mourut peu après la naissance du dernier en 1853. Des 13 enfants (un mourut en bas âge), dont 8 garçons, 6 devinrent prêtres : 2 religieux, un prêtre diocésain, un évêque, un archevêque et un cardinal. Des 5 filles, quatre entrèrent dans la vie religieuse. Quelle bénédiction pour la famille et quels effets pour toute l’Angleterre !

Tous les enfants de la famille Vaughan eurent une enfance heureuse. En effet, pour leur éducation, cette sainte mère sut unir de façon naturelle, la vie spirituelle et les obligations religieuses avec les divertissements et la gaieté. Selon les désirs maternels, la prière et la Sainte Messe dans la chapelle de la maison faisaient partie de la vie quotidienne, tout comme la musique, le sport, le théâtre, l’équitation et les jeux. Les enfants ne s’ennuyaient pas lorsque leur mère leur racontait la vie des saints qui devinrent au contraire peu à peu leurs amis intimes. Eliza se faisait aussi accompagner de ses enfants pour les visites et les soins aux malades et aux personnes souffrantes du voisinage. C’était pour eux l’occasion d’apprendre à être généreux, à faire des sacrifices et à donner aux pauvres leurs économies ou leurs jouets.


Elle mourut peu après la naissance du quatorzième enfant, John. Deux mois après sa mort, le colonel Vaughan, convaincu que son épouse avait été un don de la providence, écrivait dans une lettre :

« Aujourd’hui, pendant l’adoration, je remerciais le Seigneur d’avoir pu Lui redonner mon épouse bien aimée. Je Le remerciais de tout mon cœur de m’avoir donné Eliza comme modèle et guide ; je suis encore uni à elle par un lien spirituel indestructible. Quelle merveilleuse consolation et quelle grâce ne me donne-t-elle pas ! Je la vois encore, comme je l’ai toujours vue devant le Saint Sacrement avec cette pure et humaine gentillesse qui illuminait son visage pendant la prière. »


 

Ouvriers dans la vigne du Seigneur

 

Les nombreuses vocations dans le mariage Vaughan sont vraiment un héritage rare dans l’histoire de la Grande Bretagne et une bénédiction qui venait surtout de leur mère Eliza.

Quand Herbert, le fils aîné, à 16 ans, annonça à ses parents vouloir devenir prêtre, les réactions furent contrastées. Sa mère, qui avait beaucoup prié pour cela, sourit et dit : « Mon fils, je le savais depuis bien longtemps. » Son père eut besoin d’un peu plus de temps. Il avait fondé de grandes espérances sur son fils aîné, l’héritier de la maison, et avait pensé pour lui à une brillante carrière militaire. Comment pouvait-il imaginer qu’Herbert, un jour, deviendrait l’archevêque de Westminster, fondateur des Missionnaires de Millhill et plus tard Cardinal ? Il se laissa convaincre et écrivit à un ami : « Si Dieu veut Herbert pour Lui, Il peut avoir aussi tous les autres. » Reginald se maria, et après lui Francis Baynham, celui qui héritera plus tard de la propriété familiale. Dieu appela encore neuf autres enfants des Vaughan. Roger, le deuxième, devint prieur bénédictin et plus tard, l’archevêque bien aimé de Sydney (Australie), où il fit construire la cathédrale. Kenelm après un passage chez les cisterciens devint prêtre diocésain. Joseph, le quatrième fils des Vaughan, fut lui bénédictin comme son frère Roger et fonda une nouvelle abbaye.

Bernard, sans doute le plus vif de tous, aimait beaucoup la danse et le sport ; il prenait part à tous les divertissements. Il devint néanmoins jésuite. On raconte que la veille d’entrer dans l’ordre, il participa à un bal et dit à sa partenaire : « Cette danse est la dernière, parce que je vais entrer chez les jésuites. » Surprise, la jeune fille rétorqua : « Mais je vous en prie, vous qui aimez tant le monde et qui dansez merveilleusement, voulez-vous devenir jésuite ? » La réponse, même si elle peut être interprétée de différentes manières, est très belle : « Justement, c’est bien pour cela que je me donne à Dieu ! »

John, le plus jeune, fut ordonné prêtre par son frère Herbert et devint par la suite évêque de Salford en Angleterre.

      Des cinq filles de la famille, quatre entrèrent au couvent : Gladis, dans l’ordre de la Visitation ; Teresa fut sœur de la Miséricorde ; Claire, sœur clarisse et Mary, prieure chez les augustiniennes. Marguerite, la dernière fille, aurait bien voulu aussi se consacrer à Dieu, mais, à cause d’une santé fragile, la porte du couvent lui resta fermée. Elle vécut néanmoins à la maison comme une personne consacrée et passa ses dernières années dans un monastère.

(clerus.org)


Jean Paul II, Eve - Marie, "Il dominera sur toi"

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

10. La description biblique du Livre de la Genèse précise les conséquences du péché humain, comme elle montre aussi le déséquilibre introduit dans les rapports originels entre l'homme et la femme qui répondaient à la dignité de personne qu'avait chacun d'eux. L'être humain, homme ou femme, est une personne et donc la «seule créature sur terre que Dieu ait voulu pour elle-même»; et en même temps cette créature-là, absolument unique, «ne peut se trouver que par le don désintéressé d'elle-même»(32). C'est là que prend naissance le rapport de «communion» dans lequel trouvent leur expression l'«unité des deux» et la dignité personnelle de l'homme et de la femme. Quand donc nous lisons dans la description biblique les paroles adressées à la femme: «Le désir te portera vers ton mari, et lui dominera sur toi» (Gn 3, 16), nous découvrons une rupture et une menace constante affectant précisément cette «unité des deux» qui correspond à la dignité de l'image et de la ressemblance de Dieu en chacun d'eux. Mais cette menace apparaît plus grave pour la femme. En effet, dans une existence qui est un don désintéressé et qui va jusqu'à vivre «pour» l'autre s'introduit le fait de la domination: «Lui dominera sur toi». Cette «domination» désigne la perturbation et la perte de stabilité de l'égalité fondamentale que possèdent l'homme et la femme dans l'«unité des deux», et cela surtout au détriment de la femme, alors que seule l'égalité qui résulte de la dignité des deux en tant que personnes peut donner aux rapports réciproques le caractère d'une authentique «communio personarum». Si la violation de cette égalité, qui est à la fois un don et un droit venant de Dieu Créateur lui-même, comporte un élément défavorable à la femme, par le fait même elle diminue aussi la vraie dignité de l'homme. Nous touchons ici un point extremement délicat dans le domaine de l'«ethos» inscrit dès l'origine par le Créateur dans le fait même de la création des deux à son image et à sa ressemblance.

Cette affirmation de Genèse 3, 16 a une grande portée, une portée significative. Elle implique une référence au rapport réciproque de l'homme et de la femme dans le mariage. Il s'agit du désir né dans le cadre de l'amour conjugal, qui fait en sorte que «le don désintéressé de soi» de la part de la femme attende en réponse d'être parachevé par un «don» analogue de la part de son mari. Ce n'est qu'en se fondant sur ce principe que tous les deux, et en particulier la femme, peuvent «se trouver» en une véritable «unité des deux», selon la dignité de la personne. L'union matrimoniale exige que soit respectée et perfectionnée la vraie personnalité des deux époux. La femme ne peut devenir un «objet» de «domination» et de «possession» de l'homme. Mais les paroles du texte biblique concernent directement le péché originel et ses conséquences durables chez l'homme et la femme. Sur eux pèse la culpabilité héréditaire; ils portent constamment en eux la «cause du péché», c'est-à-dire la tendance à altérer l'ordre moral qui correspond à la nature rationnelle elle-même et à la dignité de l'homme comme personne. Cette tendance s'exprime dans la triple concupiscence que le texte de l'Apôtre décrit comme convoitise de la chair, convoitise des yeux et orgueil de la richesse (cf. 1 Jn 2, 16). Les paroles de la Genèse citées plus haut (3, 16) montrent comment cette triple convoitise, cette «cause du péché», pèsera sur les rapports réciproques de l'homme et de la femme.

Ces mêmes paroles se réfèrent directement au mariage, mais indirectement elles atteignent les divers domaines de la convivialité, les situations dans lesquelles la femme est désavantagée ou objet de discrimination pour le seul fait d'être femme. La vérité révélée sur la création de l'homme comme être masculin et féminin constitue l'argument principal contre toutes les situations qui, en étant objectivement nuisibles c'est-à-dire injustes, comportent et expriment l'héritage du péché que tous les êtres humains portent en eux-mêmes. Les Livres de l'Ecriture Sainte confirment en divers endroits l'existence effective de telles situations, et en même temps ils proclament la nécessité de se convertir, c'est-à-dire de se purifier du mal et de se libérer du péché, de ce qui porte offense à l'autre, de ce qui «amoindrit» l'homme, non seulement celui qu'atteint l'offense mais aussi celui qui en est l'auteur. Tel est le message immuable de la Parole révélée par Dieu. Ainsi s'exprime l'«ethos» biblique jusqu'à la fin(33).

De nos jours, la question des «droits de la femme» a pris une portée nouvelle dans le vaste contexte des droits de la personne humaine. Eclairant ce programme constamment déclaré et rappelé de diverses manières, le message biblique et évangélique sauvegarde la vérité sur l'«unité» des «deux», c'est-à-dire sur la dignité et la vocation qui résultent de la différence et de l'originalité personnelles spécifiques de l'homme et de la femme. C'est pourquoi même la juste opposition de la femme face à ce qu'expriment les paroles bibliques «lui dominera sur toi» (Gn 3, 16) ne peut sous aucun prétexte conduire à «masculiniser» les femmes. La femme ne peut _ au nom de sa libération de la «domination» de l'homme _ tendre à s'approprier les caractéristiques masculines, au détriment de sa propre «originalité» féminine. Il existe une crainte fondée qu'en agissant ainsi la femme ne «s'épanouira» pas mais pourrait au contraire déformer et perdre ce qui constitue sa richesse essentielle. Il s'agit d'une richesse énorme. Dans la description biblique, l'exclamation du premier homme à la vue de la femme créée est une exclamation d'admiration et d'enchantement, qui a traversé toute l'histoire de l'homme sur la terre. Les ressources personnelles de la féminité ne sont certes pas moindres que celles de la masculinité, mais elles sont seulement différentes. La femme _ comme l'homme aussi, du reste _ doit donc envisager son épanouissement personnel, sa dignité et sa vocation, en fonction de ces ressources, selon la richesse de la féminité qu'elle a reçue le jour de la création et dont elle hérite comme une expression de l'«image et ressemblance de Dieu» qui lui est particulière. Ce n'est que dans ce sens que peut être surmonté aussi l'héritage du péché qui est suggéré par les paroles de la Bible: «Le désir te portera vers ton mari, et lui dominera sur toi». Dé passer ce mauvais héritage est, de génération en génération, un devoir pour tout être humain, homme ou femme. En effet, dans tous les cas où l'homme est responsable de ce qui offense la dignité personnelle et la vocation de la femme, il agit contre sa propre dignité personnelle et contre sa vocation.


Le Protévangile

11. Le Livre de la Genèse atteste le péché qui est le mal du «commencement» de l'homme, avec ses conséquences qui depuis lors pèsent sur tout le genre humain, et en même temps il contient la première annonce de la victoire sur le mal, sur le péché. On en a pour preuve les paroles que nous lisons dans Genèse 3, 15, appelées habituellement «protévangile»: «Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tete et tu l'atteindras au talon». Il est significatif que l'annonce du rédempteur, du sauveur du monde, contenue dans ces paroles, concerne «la femme». Celle-ci est nommée à la première place dans le protévangile, comme ancêtre de celui qui sera le rédempteur de l'homme(34). Et si la rédemption doit s'accomplir par la lutte contre le mal, par l'«hostilité» entre le lignage de la femme et le lignage de celui qui, comme «père du mensonge» (Jn 8, 44), est le premier auteur du péché dans l'histoire de l'homme, ce sera aussi l'hostilité entre lui et la femme.

Dans ces paroles s'ouvre la perspective de toute la Révélation, d'abord comme préparation à l'Evangile, puis comme l'Evangile lui-même. Dans cette perspective, les deux figures de femme: Eve et Marie, se rejoignent sous le nom de la femme.

Les paroles du protévangile, relues à la lumière du Nouveau Testament, expriment de façon adéquate la mission de la femme dans la lutte salvifique du rédempteur contre l'auteur du mal dans l'histoire de l'homme.

La comparaison Eve-Marie revient constamment au cours de la réflexion sur le dépôt de la foi reçue de la Révélation divine, et c'est l'un des thèmes fréquemment repris par les Pères, par les écrivains ecclésiastiques et par les théologiens(35). Habituellement, c'est une différence, une opposition qui ressort de cette comparaison. Eve, «mère de tous les vivants» (Gn 3, 20), est le témoin du «commencement» biblique, dans lequel sont contenues la vérité sur la création de l'homme à l'image et à la ressemblance de Dieu, et la vérité sur le péché originel. Marie est le témoin du nouveau «commencement» et de la «création nouvelle» (cf. 2 Co 5, 17). Bien plus, elle-même, première rachetée dans l'histoire du salut, est une «création nouvelle»: elle est la «comblée de grâce». Il est difficile de comprendre pourquoi les paroles du protévangile mettent aussi fortement en relief la «femme» si l'on n'admet pas qu'en elle l'Alliance nouvelle et définitive de Dieu avec l'humanité, l'Alliance dans le sang rédempteur du Christ, a son commencement. Elle commence avec une femme, avec la «femme», à l'Annonciation de Nazareth. C'est la nouveauté absolue de l'Evangile: en d'autres circonstances de l'Ancien Testament, pour intervenir dans l'histoire de son Peuple, Dieu s'était adressé à des femmes comme la mère de Samuel et la mère de Samson; mais pour conclure son Alliance avec l'humanité, il ne s'était adressé qu'à des hommes: Noé, Abraham, Moïse. Au commencement de la Nouvelle Alliance, qui doit être éternelle et irrévocable, il y a la femme, la Vierge de Nazareth. Il s'agit d'un signe pour montrer que, «en Jésus Christ», «il n'y a plus ni homme ni femme» (Ga 3, 28). En lui, l'opposition réciproque entre l'homme et la femme _ héritage du péché originel _ est fondamentalement surmontée. «Tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus», écrira l'Apôtre (Ga 3, 28).

Ces paroles se réfèrent à l'«unité des deux» originelle qui est liée à la création de l'être humain, homme et femme, à l'image et à la ressemblance de Dieu, sur le modèle de la communion absolument parfaite de Personnes qu'est Dieu lui même. L'expression paulinienne constate que le mystère de la Rédemption de l'homme en Jésus Christ, Fils de Marie, reprend et renouvelle ce qui, dans le mystère de la création, correspondait au dessein éternel de Dieu Créateur. C'est précisément pourquoi, le jour de la création de l'être humain comme homme et femme, «Dieu vit tout ce qu'il avait fait: cela était très bon» (Gn 1, 31). La Rédemption rétablit en un sens à sa racine même le bien qui a été essentiellement «amoindri» par le péché et par son héritage dans l'histoire de l'homme.

La «femme» du protévangile est inscrite dans la perspective de la Rédemption. La comparaison entre Eve et Marie peut se comprendre aussi dans le sens que Marie assume en elle-même et fait sien le mystère de la «femme» dont le commencement est Eve, «la mère de tous les vivants» (Gn 3, 20): avant tout, elle l'assume et le fait sien à l'intérieur du mystère du Christ, «nouvel et dernier Adam» (cf. 1 Co 15, 45), qui a assumé en sa personne la nature du premier Adam. La nature de la Nouvelle Alliance réside dans le fait que le Fils de Dieu, consubstantiel au Père éternel, devient homme: il accueille l'humanité dans l'unité de la Personne divine du Verbe. Celui qui accomplit la Rédemption est en même temps un vrai homme. Le mystère de la Rédemption du monde suppose que Dieu le Fils a assumé l'humanité comme héritage d'Adam, devenant semblable à lui et à tout homme en toute chose, «à l'exception du péché» (He 4, 15). Il a ainsi «manifesté pleinement l'homme à lui-même et lui a découvert la sublimité de sa vocation», comme l'enseigne le Concile Vatican II(36). En un sens, il a aidé à redécouvrir «qui est l'homme» (cf. Ps 8, 5).

Auprès de toutes les générations, dans la tradition de la foi et de la réflexion chrétienne sur la foi, le rapprochement entre Adam et le Christ va souvent de pair avec le rapprochement entre Eve et Marie. Si Marie est aussi décrite comme la «nouvelle Eve», quelle peut être la signification de cette analogie? Elle est assurément multiple. Il faut s'arrêter en particulier sur le sens qui voit en Marie la pleine révélation de tout ce qui est compris dans le mot biblique «femme», une révélation à la mesure du mystère de la Rédemption. Marie signifie, en un sens, dépasser les limites dont parle le Livre de la Genèse (3, 16) et revenir vers le «commencement» où l'on retrouve la «femme» telle qu'elle fut voulue dans la création et donc dans la pensée éternelle de Dieu, au sein de la très sainte Trinité. Marie est «le nouveau commencement» de la dignité et de la vocation de la femme(37), de toutes les femmes et de chacune d'entre elles.

La clé pour comprendre cela peut se trouver en particulier dans les paroles placées par l'évangéliste sur les lèvres de Marie après l'Annonciation, lors de sa visite à Elisabeth: «Il a fait pour moi de grandes choses» (Lc 1, 49). Ces paroles concernent évidemment la conception de son Fils, qui est le «Fils du Très-Haut» (Lc 1, 32), le «saint» de Dieu; mais en même temps elles peuvent signifier aussi la découverte du caractère féminin de son humanité. «Le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses»: telle est la découverte de toute la richesse, de toutes les ressources personnelles de la féminité, de l'originalité éternelle de la «femme» telle que Dieu l'a voulue, personne en elle-même, qui se trouve en même temps «par le don désintéressé d'elle-même».

Cette découverte va de pair avec la conscience claire du don, de la largesse faite par Dieu. Dès le «commencement», le péché avait obscurci cette conscience, en un sens il l'avait étouffée, comme le montre la description de la première tentation venant du «père du mensonge» (cf. Gn 3, 1-5). A l'avènement de la «plénitude du temps» (cf. Ga 4, 4), alors que commence à s'accomplir dans l'histoire de l'humanité le mystère de la Rédemption, cette conscience surgit avec toute sa force dans les paroles de la «femme» biblique de Nazareth. En Marie, Eve redécouvre la véritable dignité de la femme, de l'humanité féminine. Cette découverte doit continuellement atteindre le coeur de chaque femme et donner un sens à sa vocation et à sa vie.

 

Mulieris dignitatem

Jean Paul II, Eve - Marie, Le "commencement" et le péché

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

9. «Etabli par Dieu dans un état de justice, l'homme, séduit par le Malin, dès le début de l'histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu»(28). Par ces paroles, l'enseignement du dernier concile rappelle la doctrine révélée sur le péché et en particulier sur le premier péché, le péché «originel». Le «commencement» biblique _ la création du monde et de l'homme dans le monde _ contient en même temps la vérité sur ce péché, qui peut être appelé aussi le péché des «origines» de l'homme sur la terre. Même si ce qui est écrit dans le Livre de la Genèse est exprimé sous forme de narration symbolique, et c'est le cas de la description de la création de l'homme comme être masculin et féminin (cf. Gn 2, 18-25), cela révèle en même temps ce qu'il faut appeler «le mystère du péché» et, plus pleinement encore, «le mystère du mal» qui existe dans le monde créé par Dieu.

Il n'est pas possible de lire «le mystère du péché» sans se référer à toute la vérité sur l'«image et ressemblance» avec Dieu qui est à la base de l'anthropologie biblique. Cette vérité montre la création de l'homme comme un don spécial de la part du Créateur, don dans lequel sont contenus non seulement le fondement et la source de la dignité essentielle de l'être humain _ homme et femme _ dans le monde créé, mais aussi l'origine de l'appel à participer tous les deux à la vie intime de Dieu même. A la lumière de la Révélation, la création signifie en même temps l'origine de l'histoire du salut. Dans ce commencement, précisément, le péché s'inscrit et prend forme comme opposition et négation.

On peut dire paradoxalement que le péché présenté dans la Genèse (chap. 3) est une confirmation de la vérité concernant l'image et la ressemblance de Dieu dans l'homme, si cette vérité signifie la liberté, c'est-à-dire la volonté libre dont l'homme peut se servir pour choisir le bien, mais dont il peut aussi abuser en choisissant le mal contre la volonté de Dieu. Toutefois, dans son sens profond, le péché est la négation de ce qu'est Dieu _ comme Créateur _ par rapport à l'homme, et de ce que Dieu veut pour l'homme depuis l'origine et pour toujours. En créant l'homme et la femme à son image et à sa ressemblance, Dieu veut pour eux la plénitude du bien, à savoir le bonheur surnaturel qui découle de la participation à sa vie elle-même. En commettant le péché, l'homme repousse ce don et simultanément il veut devenir lui-même «comme un dieu, qui connaît le bien et le mal» (cf. Gn 3, 5), c'est-à-dire qui décide du bien et du mal indépendamment de Dieu, son Créateur. Le péché des origines a sa «dimension» humaine, sa mesure interne dans la volonté libre de l'homme, et en même temps il comporte une certaine caractéristique «diabolique»(29), comme cela est clairement indiqué dans le Livre de la Genèse (3, 1-5). Le péché provoque la rupture de l'unité originelle dont l'homme jouissait dans l'état de justice originelle, de l'union avec Dieu comme source de l'unité à l'intérieur de son propre «moi», dans les rapports réciproques de l'homme et de la femme («communio personarum») et enfin par rapport au monde extérieur, à la nature.

D'une certaine façon, la description biblique du péché originel dans la Genèse (chap. 3) «répartit les rôles» qu'y ont tenus la femme et l'homme. Plus tard, certains passages de la Bible s'y référeront encore, par exemple la Lettre de saint Paul à Timothée: «C'est Adam qui fut formé le premier, Eve ensuite. Et ce n'est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme» (1 Tm 2, 13-14). Mais il n'y a pas de doute que, indépendamment de cette «répartition des rôles» dans la description biblique, ce premier péché est le péché de l'être humain, créé homme et femme par Dieu. C'est aussi le péché des «premiers parents», auquel est lié son caractère héréditaire. En ce sens, nous l'appelons «péché originel».

Comme on l'a déjà dit, on ne peut comprendre de façon adéquate ce péché sans se référer au mystère de la création de l'être humain _ homme et femme _ à l'image et à la ressemblance de Dieu. En fonction de cette référence, on peut saisir aussi le mystère de la «non-ressemblance» avec Dieu qu'est le péché et qui se manifeste dans le mal présent dans l'histoire du monde, cette «non-ressemblance» avec Dieu qui «seul est bon» (cf. Mt 19, 17) et qui est la plénitude du bien. Si cette «non-ressemblance» du péché avec Dieu, Sainteté même, présuppose la «ressemblance» dans le domaine de la liberté, de la volonté libre, on peut dire que, précisément pour cette raison, la «non-ressemblance» contenue dans le péché est d'autant plus dramatique et d'autant plus douloureuse. Il faut également admettre que Dieu, comme Créateur et Père, est ici atteint, «offensé», et, naturellement, offensé au coeur même de cette donation qui fait partie du dessein éternel de Dieu à l'égard de l'homme.

En même temps, toutefois, l'être humain _ homme et femme _ est atteint lui aussi par le mal du péché dont il est l'auteur. Le texte biblique de la Genèse (chap. 3) le montre par les paroles qui décrivent clairement la nouvelle situation de l'homme dans le monde créé. Il fait voir la perspective de la «peine» avec laquelle l'homme se procurera sa subsistance (cf. Gn 3, 17-19), et aussi celle des grandes «souffrances» dans lesquelles la femme mettra au monde ses enfants (cf. Gn 3, 16). Et tout cela est marqué par la nécessité de la mort, qui constitue le terme de la vie humaine sur terre. Ainsi, l'homme, qui est poussière, «retournera à la terre, d'où il provient»: «Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière» (cf. Gn 3, 19).

Ces paroles trouvent leur confirmation de génération en génération. Elles ne signifient pas que l'image et la ressemblance de Dieu dans l'être humain, femme et homme, ont été détruites par le péché, mais elles signifient qu'elles ont été «obscurcies»(30) et, en un sens, «amoindries». En effet, le péché «amoindrit» l'homme, comme le rappelle aussi le Concile Vatican II(31). Si l'homme est déjà, par sa nature de personne, l'image et la ressemblance de Dieu, sa grandeur et sa dignité s'épanouissent dans l'alliance avec Dieu, dans l'union avec lui, dans la recherche de l'unité fondamentale qui appartient à la «logique» interne du mystère même de la création. Cette unité répond à la vérité profonde de toutes les créatures douées d'intelligence, et en particulier de l'homme qui, seul parmi les créatures du monde visible, a été dès le commencement élevé grâce à l'élection faite par Dieu en Jésus de toute éternité: «Il nous a élus dans le Christ, dès avant la fondation du monde.... dans l'amour, déterminant d'avance que nous serions pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté» (cf. Ep 1, 4-6). L'enseignement biblique, dans son ensemble, nous permet de dire que la prédestination concerne toutes les personnes humaines, hommes et femmes, chacun et chacune sans exception.


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Jean Paul II, L'anthropomorphisme du langage biblique

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

8. La présentation de l'homme comme «image et ressemblance de Dieu», dès le début de l'Ecriture Sainte, revêt encore une autre signification. C'est la clé pour comprendre la Révélation biblique comme étant ce que Dieu dit de lui-même. Parlant de lui «par les prophètes comme par le Fils» (cf. He 1, 1. 2) qui s'est fait homme, Dieu utilise un langage humain, il utilise des concepts et des images propres à l'homme. Si cette façon de s'exprimer est caractérisée par un certain anthropomorphisme, laraison en est que l'homme est «semblable» à Dieu, créé à son image et à sa ressemblance. Alors, Dieu aussi est, dans une certaine mesure, «semblable a l'homme», et c'est précisément à partir de cette ressemblance qu'il peut être connu par les hommes. En même temps, le langage de la Bible est suffisamment précis pour marquer les limites de la «ressemblance», les limites de l'«analogie». En effet, la révélation biblique affirme que, si cette «ressemblance» de l'homme avec Dieu est vraie, plus essentiellement vraie encore est la «non-ressemblance»(27) qui sépare du Créateur toute la création. En fin de compte, pour l'homme créé à la ressemblance de Dieu, Dieu ne cesse d'être Celui «qui habite une lumière inaccessible» (1 Tm 6, 16): c'est le «Différent» par essence, le «Tout-Autre».

Il faut tenir compte de cette observation sur les limites de l'analogie _ limites de la ressemblance de l'homme avec Dieu dans le langage biblique _ même lorsque, dans divers passages de l'Ecriture Sainte (surtout dans l'Ancien Testament), nous trouvons des comparaisons qui attribuent à Dieu des qualités «masculines» ou «féminines». Nous pouvons voir en elles la confirmation indirecte de la vérité selon laquelle l'homme et la femme ont été tous les deux créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. S'il y a ressemblance du Créateur avec lés créatures, il est compréhensible que la Bible ait utilisé à son égard des expressions qui lui attribuent des qualités aussi bien «masculines» que «féminines».

Citons ici quelques passages caractéristiques du prophète Isaïe: «Sion avait dit: "Le Seigneur m'a abandonnée; le Seigneur m'a oubliée". Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t'oublierai pas» (49, 14-15). Et ailleurs: «De même qu'une mère console son enfant, moi aussi, je vous consolerai, à Jérusalem vous serez consolés» (Is 66, 13). Dans les Psaumes également, Dieu est comparé à une mère attentive: «Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël» (Ps 131, 2-3). Divers passages présentent l'amour de Dieu, attentif à son peuple, comme semblable à celui d'une mère: ainsi, comme une mère, Dieu «a porté» l'humanité, et en particulier son peuple élu, en son sein, il l'a enfanté dans la douleur, il l'a nourri et consolé (cf. Is 42, 14; 46, 3-4). L'amour de Dieu est présenté en beaucoup de passages comme l'amour «masculin» de l'époux et père (cf. Os 11, 1-4; Jr 3, 4-19), mais parfois aussi comme l'amour «féminin» de la mère.

Cette caractéristique du langage biblique, sa façon anthropomorphique de parler de Dieu, montre aussi, indirectement, le mystère de la «génération» éternelle, qui fait partie de la vie intime de Dieu. Toutefois, cette «génération» ne possède en elle-même aucune qualité «masculine» ou «féminine». Elle est de nature totalement divine. Elle est spirituelle de la manière la plus parfaite parce que «Dieu est esprit» (Jn 4, 24), et elle n'a aucune propriété caractéristique du corps, ni «féminin» ni «masculin». Et donc la «paternité» en Dieu est aussi totalement divine, libre du caractère corporel «masculin» qui est propre à la paternité humaine. En ce sens, l'Ancien Testament parlait de Dieu comme d'un Père et il s'adressait à lui comme à un Père. Jésus Christ, qui a mis cette vérité au centre même de son Evangile comme une norme pour la prière chrétienne et qui s'adressait à Dieu en l'appelant «Abba-Père» (Mc 14, 36), en tant que Fils unique et consubstantiel, désignait la paternité en ce sens supra-corporel, surhumain, totalement divin. Il parlait en tant que Fils, lié à son Père par le mystère éternel de la génération divine, et il le faisait en étant en même temps le Fils authentiquement humain de sa Mère Vierge.

Si l'on ne peut attribuer des qualités humaines à la génération éternelle du Verbe de Dieu, et si la paternité divine ne possède pas de caractères «masculins» au sens physique du terme, il faut au contraire chercher en Dieu le modèle absolu de toute «génération» dans le monde des êtres humains. C'est dans ce sens, semble-t-il, que nous lisons dans la Lettre aux Ephésiens: «Je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom» (3, 14-15). Toute «génération» dans le domaine des créatures trouve son premier modèle dans la génération qui est en Dieu d'une manière complètement divine, c'est-à-dire spirituelle. Toute «génération» dans le monde créé est assimilée à ce modèle absolu, non créé. C'est pourquoi tout ce qui, dans l'engendrement humain, est propre à l'homme comme aussi tout ce qui est propre à la femme _ la «paternité» et la «maternité» humaines _ porte en soi la ressemblance, c'est-à-dire l'analogie, avec la «génération» divine et avec la «paternité» qui, en Dieu, est «totalement différente», complètement spirituelle et divine par essence. Dans l'ordre humain, au contraire, l'engendrement est le propre de l'«unité des deux»: tous les deux, l'homme comme la femme, «engendrent».

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Jean Paul II, Personne - Communion - Don

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7. Approfondissant par la pensée l'ensemble de la description de Genèse 2, 18- 25, en l'interprétant à la lumière de la vérité sur l'image et la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-27), nous pouvons comprendre plus pleinement encore en quoi consiste le caractère personnel de l'être humain, grâce auquel tous les deux _ l'homme et la femme _ sont semblabes à Dieu. En effet, chacun des hommes est à l'image de Dieu en tant que créature raisonnable et libre, capable de connaître Dieu et de l'aimer. Nous lisons également que l'homme ne peut être «seul» (cf. Gn 2, 18); il ne peut exister que comme «unité des deux», et donc en relation avec une autre personne humaine. Il s'agit ici d'une relation réciproque, de l'homme à l'égard de la femme et de la femme à l'égard de l'homme. Etre une personne à l'image et à la ressemblance de Dieu implique donc aussi le fait d'exister en relation, en rapport avec l'autre «moi». C'est un prélude à la révélation ultime que Dieu un et trine fait de lui-même: unité vivante dans la communion du Père, du Fils et de l'Esprit Saint.

Au début de la Bible, on ne nous dit pas encore cela directement. Tout l'Ancien Testament est surtout la révélation de la vérité sur l'unicité et l'unité de Dieu. Dans cette vérité fondamentale sur Dieu, le Nouveau Testament introduira la révélation du mystère insondable de la vie intime de Dieu. Dieu, qui se fait connaître aux hommes par le Christ, est l'unité dans la Trinité, il est l'unité dans la communion. De cette façon, une nouvelle lumière est projetée également sur la ressemblance et l'image de Dieu en l'homme, dont parle le Livre de la Genèse. Le fait que l'homme, créé comme homme et femme, soit l'image de Dieu ne signifie pas seulement que chacun d'eux individuellement est semblable à Dieu, comme être raisonnable et libre. Il signifie aussi que l'homme et la femme, créés comme «unité des deux» dans leur commune humanité, sont appelés à vivre une communion d'amour et à refléter ainsi dans le monde la communion d'amour qui est en Dieu, par laquelle les trois Personnes s'aiment dans le mystère intime de l'unique vie divine. Le Père, le Fils et l'Esprit Saint, un seul Dieu par l'unité de la divinité, existent comme Personnes par les insondables relations divines. C'est seulement de cette façon que devient compréhensible la vérité selon laquelle Dieu en lui-même est amour (cf. 1 Jn 4, 16).

L'image et la ressemblance de Dieu dans l'homme créé comme homme et femme (par l'analogie que l'on peut présumer entre le Créateur et la créature) expriment donc aussi l'«unité des deux» dans leur humanité commune. Cette «unité des deux», qui est signe de la communion interpersonnelle, montre que dans la création de l'homme a été inscrite aussi une certaine ressemblance de la communion divine («communio»). Cette ressemblance a été inscrite comme une qualité de l'être personnel de tous les deux, de l'homme et de la femme, et en même temps comme un appel et une tâche. Dans l'image et la ressemblance de Dieu, que le genre humain porte en lui depuis le «commencement», s'enracine ce qui fonde tout l'«ethos» humain: l'Ancien et le Nouveau Testament développeront cet «ethos» dont le commandement de l'amour est le sommet(25).

Dans l'«unité des deux», l'homme et la femme sont appelés depuis le commencement non seulement à exister «l'un à côté de l'autre» ou bien «ensemble», mais aussi à exister réciproquement «l'un pour l'autre».

Cela fait comprendre aussi ce que signifie l'«aide» dont parle Genèse 2, 18-25: «Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie». Le contexte biblique permet d'entendre également ce mot en ce sens que la femme doit «aider» l'homme _ et en même temps l'homme doit aider la femme _ avant tout à cause de sa caractéristique d'«être une personne humaine», ce qui, d'une certaine façon, permet à l'un et à l'autre de découvrir toujours à nouveau et de confirmer le sens intégral de son humanité. On comprend facilement que, sur ce plan fondamental, il s'agit d'une «aide» des deux cotés et d'une«aide» réciproque. Humanité veut dire appel à la communion interpersonnelle. Le texte de Genèse 2, 18-25 montre que le mariage est la dimension première et, en un sens, fondamentale de cet appel. Mais non l'unique. Toute l'histoire de l'homme sur la terre se réalise dans le cadre de cet appel. En fonction du principe selon lequel chacun vit «pour» l'autre, dans la «communion» interpersonnelle, on voit, au cours de cette histoire, s'intégrer progressivement dans l'humanité elle-même, voulue par Dieu, ce qui est «masculin» et ce qui est «féminin». Les textes bibliques, à commencer par la Genèse, nous permettent constamment de retrouver le terrain où s'enracine la vérité sur l'homme, un terrain solide et inviolable au milieu des multiples mutations de l'existence humaine.

Cette vérité concerne aussi l'histoire du salut. Ici, une affirmation du Concile Vatican II est particulièrement significative. Dans le chapitre sur la «communauté humaine» de la constitution pastorale Gaudium et spes, nous lisons: «Quand le Seigneur Jésus prie le Père pour que "tous soient un..." (Jn 17, 21-22), il ouvre des perspectives inaccessibles à la raison et il nous suggère qu'il y a une certaine ressemblance entre l'union des Personnes divines et celle des fils de Dieu dans la vérité et dans l'amour. Cette ressemblance montre bien que l'homme, seule créature sur terre que Dieu ait voulue pour elle même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même»(26).

En s'exprimant ainsi, ce texte conciliaire présente d'une manière synthétique l'ensemble de la vérité sur l'homme et sur la femme _ vérité qui se dessine déjà dans les premiers chapitres du Livre de la Genèse _ comme la structure qui porte l'anthropologie biblique et chrétienne. L'homme _ homme et femme _ est le seul être parmi les créatures du monde visible que Dieu Créateur «ait voulu pour lui-même»; c'est donc une personne. Etre une personne signifie tendre à la réalisation de soi (le texte conciliaire dit «se trouver»), qui ne peut s'accomplir qu'«à travers un don désintéressé de soi». Le modèle d'une telle interprétation de la personne est Dieu même comme Trinité, comme communion de Personnes. Dire que l'homme est créé à l'image et à la ressemblance de ce Dieu, c'est dire aussi que l'homme est appelé à exister «pour» autrui, à devenir un don.

Cela concerne tout être humain, femmes et hommes qui le mettent en oeuvre selon les particularités propres à chacune et à chacun. Dans le cadre de la présente méditation sur la dignité et la vocation de la femme, cette vérité sur l'être humain constitue le point de départ indispensable. Déjà le Livre de la Genèse permet de percevoir, comme une première ébauche, ce caractère sponsal de la relation entre les personnes, et c'est dans ce cadre que se développera ensuite la vérité sur la maternité, et aussi sur la virginité, comme deux dimensions particulières de la vocation de la femme à la lumière de la Révélation divine. Ces deux dimensions trouveront leur plus haute expression biblique, à l'avènement de la «plénitude du temps» (cf. Ga 4, 4), dans la figure de la «femme» de Nazareth, la Vierge-Mère.

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Jean Paul II, Image et ressemblance de Dieu

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6. NOUS devons nous replacer dans le contexte du «commencement» biblique où la vérité révélée sur l'homme comme «image et ressemblance de Dieu» constitue la base immuable de toute l'anthropologie chrétienne(22). «Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa» (Gn 1, 27). Ce passage concis contient les vérités fondamentales de l'anthropologie: l'homme est le sommet de tout l'ordre de la création dans le monde visible; le genre humain, qui commence au moment où l'homme et la femme sont appelés à l'existence, couronne toute l'oeuvre de la création; tous les deux sont des êtres humains, l'homme et la femme à un degré égal tous les deux créés à l'image de Dieu. Cette image, cette ressemblance avec Dieu, qui est essentielle à l'être humain, est transmise par l'homme et la femme, comme époux et parents, à leurs descendants: «Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la» (Gn 1, 28). Le Créateur confie la «domination» de la terre au genre humain, à toutes les personnes, à tous les hommes et à toutes les femmes, qui puisent leur dignité et leur vocation dans leur «origine» commune.

Dans la Genèse, nous trouvons encore une autre description de la création de l'homme _ homme et femme (cf. 2, 18-25) _ à laquelle nous nous référerons par la suite. Dès maintenant toutefois, il faut préciser que la vérité sur le caractère personnel de l'être humain ressort de la description biblique. L'homme est une personne, et cela dans la même mesure pour l'homme et pour la femme, car tous les deux ont été créés à l'image et à la ressemblance du Dieu personnel. Ce qui rend l'homme semblable à Dieu, c'est le fait que _ contrairement à tout le monde des créatures vivantes, y compris les êtres doués de sens (animalia) _ l'homme est aussi un être raisonnable (animal rationale)(23). Grâce à cette propriété, l'homme et la femme peuvent «dominer» les autres créatures du monde visible (cf. Gn 1, 28).

Dans la seconde description de la création de l'homme (cf. Gn 2, 18-25), le langage qui exprime la vérité sur la création de l'homme, et spécialement de la femme, est différent; en un sens, il est moins précis; il est, pourrait-on dire, plus descriptif et métaphorique, plus proche du langage des mythes connus à cette époque. On ne trouve cependant aucune contradiction essentielle entre les deux textes. Le texte de Genèse 2, 18-25 aide à bien comprendre ce que nous trouvons dans le passage concis de Genèse 1, 27-28, et en même temps, si on le lit en lien avec lui, il aide à comprendre plus profondément encore la vérité fondamentale, qui y est contenue, sur l'homme créé à l'image et à la ressemblance de Dieu comme homme et femme.

Dans la description de Genèse 2, 18-25, la femme est créée par Dieu «à partir de la côte» de l'homme, et elle est placée comme un autre «moi», comme un interlocuteur à côté de l'homme qui, dans le monde des créatures animées qui l'entoure, est seul et ne trouve en aucune d'entre elles une «aide» qui lui soit adaptée. La femme appelée ainsi à l'existence est immédiatement reconnue par l'homme comme «chair de sa chair et os de ses os» (cf. Gn 2, 23), et pour cela précisément elle est appelée «femme». Dans le langage biblique, ce nom indique l'identité essentielle par rapport à l'homme: ish - ishsha, ce qu'en général les langues modernes ne peuvent malheureusement pas exprimer. «Celle-ci sera appelée "femme" (ishsha), car elle fut tirée de l'homme (ish)» (Gn 2, 23).

Le texte biblique fournit des bases suffisantes pour que l'on reconnaisse l'égalité essentielle de l'homme et de la femme du point de vue de l'humanité(24). Depuis le début, tous les deux sont des personnes, à la différence des autres êtres vivants du monde qui les entoure. La femme est un autre «moi» dans leur commune humanité. Dès le début, ils apparaissent comme l'«unité des deux», et cela signifie qu'est dépassée la solitude originelle dans laquelle l'homme ne trouve pas «une aide qui lui soit assortie» (Gn 2, 20). S'agit-il seulement ici d'une «aide» pour agir, pour «soumettre la terre» (cf. Gn 1, 28)? Il est bien certain qu'il s'agit de la compagne de vie, à laquelle l'homme peut s'unir comme à sa femme, devenant avec elle «une seule chair» et abandonnant pour cela «son père et sa mère» (cf. Gn 2, 24). La description biblique parle donc de l'institution, par Dieu, du mariage, dans le contexte de la création de l'homme et de la femme, comme condition indispensable de la transmission de la vie aux nouvelles générations humaines, à laquelle le mariage et l'amour conjugal sont ordonnés par nature: «Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la» (Gn 1, 28).


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Père Cantalamessa, La Trinité, école de relation

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

  

Pourquoi les chrétiens croient-ils dans la Trinité ? N'est-il pas déjà assez difficile de croire que Dieu existe, sans ajouter en plus le rébus qu'il est « un et trine » ? Il y a aujourd'hui des personnes à qui il ne déplairait pas de laisser la Trinité de côté, également pour pouvoir ainsi mieux dialoguer avec les juifs et les musulmans qui professent la foi dans un Dieu exclusivement unique.

La réponse est que les chrétiens croient que Dieu est un et trine, car ils croient que Dieu est amour ! Si Dieu est amour il doit aimer quelqu'un. Ce n'est pas un amour à vide, qui ne s'adresse à personne. Nous nous demandons : qui Dieu aime-t-il pour être défini amour ?

Une première réponse pourrait être : il aime les hommes ! Mais les hommes existent depuis quelques millions d'années seulement. Qui Dieu aimait-il avant ? Il ne peut pas, en effet, avoir commencé à être amour à un certain moment de l'histoire, car Dieu ne peut pas changer.

Deuxième réponse : auparavant, il aimait le cosmos, l'univers. Mais l'univers existe depuis quelques milliards d'années. Avant, qui Dieu aimait-il pour pouvoir se définir amour ? Nous ne pouvons pas dire : il s'aimait lui-même, car s'aimer soi-même n'est pas de l'amour, mais de l'égoïsme, ou comme le disent les psychologues, du narcissisme.

Et voilà la réponse de la révélation chrétienne. Dieu est amour en lui-même, avant le temps, car depuis toujours il a en lui-même un Fils, le Verbe, qu'il aime d'un amour infini, qui est l'Esprit Saint. Dans chaque amour il y a toujours trois réalités ou sujets : un qui aime, un qui est aimé et l'amour qui les unit. Là où Dieu est conçu comme puissance absolue, il n'y a pas besoin de plusieurs personnes, car la puissance peut très bien être exercée par une seule personne ; il n'en est pas ainsi si Dieu est conçu comme amour absolu.

La théologie s'est servie du terme nature, ou substance pour indiquer en Dieu l'unité, et du terme personne, pour indiquer la distinction. C'est pour cela que nous disons que notre Dieu est un Dieu unique en trois personnes. La doctrine chrétienne de la Trinité n'est pas une régression, un compromis entre le monothéisme et le polythéisme. Elle est au contraire un pas en avant que seul Dieu pouvait faire accomplir à l'esprit humain.

La contemplation de la Trinité peut avoir un impact précieux sur notre vie humaine. Elle est un mystère de relation. Les personnes divines sont en effet définies par la théologie « relations subsistantes ». Cela signifie que les personnes divines n'ont pas de relations, mais sont des relations. Nous, les êtres humains, nous avons des relations - de fils à père, de femme à mari, etc. - , mais nous ne finissons pas dans ces relations ; nous existons également en dehors d'elles et sans elles. Il n'en est pas ainsi du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous le savons, le bonheur et le malheur sur terre dépendent dans une large mesure de la qualité de nos relations. La Trinité nous révèle le secret pour avoir de bonnes relations. Ce qui rend une relation belle, libre et gratifiante, c'est l'amour dans ses diverses expressions. On voit ici combien il est important que Dieu soit vu tout d'abord comme amour et non comme pouvoir : l'amour donne, le pouvoir domine. Ce qui empoisonne une relation c'est de vouloir dominer l'autre, le posséder, l'instrumentaliser, au lieu de l'accueillir et de se donner.

Je dois ajouter une observation importante. Le Dieu chrétien est un et trine ! C'est donc aussi la fête de l'unité de Dieu, pas seulement de sa trinité. Nous aussi chrétiens croyons « en un seul Dieu », mais l'unité à laquelle nous croyons n'est pas une unité de nombre, mais de nature. Elle ressemble plus à l'unité de la famille qu'à celle de l'individu, plus à l'unité de la cellule qu'à celle de l'atome.

La première lecture de la fête nous présente le Dieu biblique comme « miséricordieux et compatissant, lent à la colère et riche de grâce ». Telle est la caractéristique qui réunit le plus le Dieu de la Bible, le Dieu de l'islam et le Dieu (ou mieux la religion) bouddhiste et qui se prête donc le plus à un dialogue et à une collaboration entre les grandes religions.

Chaque sourate du Coran commence par l'invocation : « Au nom de Dieu, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux ». Dans le bouddhisme, qui ne connaît pas l'idée d'un Dieu personnel et créateur, le fondement est anthropologique et cosmique : l'homme doit être miséricordieux en raison de la solidarité et de la responsabilité qui le lient à tous les êtres vivants.

Les guerres saintes du passé et le terrorisme religieux d'aujourd'hui sont une trahison, non une apologie, de la propre foi. Comment peut-on tuer au nom d'un Dieu qui continue à se proclamer « le Très Miséricordieux et le Tout Miséricordieux » ? Telle est la tâche la plus urgente du dialogue interreligieux qu'ensemble les croyants de toutes les religions doivent poursuivre pour la paix et le bien de l'humanité.

Traduit de l'italien par Jean-Michel Coulet

ROME, Vendredi 16 mai 2008 (ZENIT.org)

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (6/6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
- Que sentez-vous encore ?

- Une douceur extraordinaire.

- C'est la douceur dont parlent les Écritures. "Ils boiront le breuvage de ta maison et tu les désaltéreras par les torrent de ta douceur" (Ps 35, 9). Elle déborde de notre coeur, s'écoule dans nos veines, procure une sensation de délice inexprimable ... Que sentez-vous encore ?

- Une joie extraordinaire dans tout mon coeur.

- Quand le Saint-Esprit descend sur l'homme avec la plénitude de ses dons, l'âme humaine est remplie d'une joie indescriptible, le Saint-Esprit recréant dans la joie tout ce qu'il effleure. C'est de cette joie que le Seigneur parle dans l'Évangile lorsqu'il dit : "Une femme qui enfante est dans la douleur, son heure étant venue. Mais ayant mis un enfant au monde, elle ne se souvient plus de la douleur, tellement sa joie est grande. Vous aussi, vous aurez à souffrir dans ce monde, mais quand je vous visiterai vos coeurs seront dans la joie, personne ne pourra vous la ravir" (Jn 16,  21-22).

Toute grande et consolante qu'elle soit, la joie que vous ressentez en ce moment, n'est rien en comparaison de celle dont le Seigneur a dit, par l'entremise de son Apôtre : "La joie que Dieu réserve à ceux qui l'aiment est au-delà de tout ce qui peut être vu, entendu et ressenti par le coeur de l'homme en ce monde" (1 Co 2, 9). Ce qui nous est accordé à présent n'est qu'un acompte de cette joie suprême. Et si, dès maintenant, nous ressentons douceur, jubilation et bien-être, que dire de cette autre joie qui nous est réservée au ciel, après avoir, ici-bas, pleuré ? Vous avez déjà assez pleuré dans votre vie et voyez quelle consolation dans la joie le Seigneur, dès ici-bas, vous donne. C'est à nous maintenant, ami de Dieu, d'oeuvrer de toutes nos forces pour monter de gloire en gloire et à "constituer cet Homme parfait, dans la force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ" (Ép 4, 13). "Ceux qui espèrent dans le Seigneur renouvellent leurs forces, il leur vient des ailes comme aux aigles, ils courent sans lassitude et marchent sans fatigue" (Is 40, 31). "Ils marcheront de hauteur en hauteur et Dieu leur apparaîtra dans Sion" (Ps 83, 8). C'est alors que notre joie actuelle, petite et brève, se manifestera dans toute sa plénitude et personne ne pourra nous la ravir, remplis que nous serons d'indicibles voluptés célestes ... Que ressentez-vous encore, ami de Dieu ?

- Une chaleur extraordinaire.

- Comment, une chaleur ? Ne sommes-nous pas dans la forêt, en plein hiver ? La neige est sous nos pieds, nous en sommes couverts, et elle continue de tomber ... De quelle chaleur s'agit-il ?

- D'une chaleur comparable à celle d'un bain de vapeur.

- Et l'odeur est-elle comme au bain ?

- Oh non ! Rien sur terre ne peut se comparer à ce parfum. Du temps où ma mère vivait encore j'aimais danser et quand j'allais au bal, elle m'aspergeait de parfums qu'elle achetait dans les meilleurs magasins de Kazan et payait fort cher. Leur odeur n'était pas comparable à ces aromates.

Le Père Séraphim sourit.

- Je le sais, mon ami, aussi bien que vous, et c'est exprès que je vous questionne. C'est bien vrai - aucun parfum terrestre ne peut être comparé à la bonne odeur que nous respirons en ce moment - la bonne odeur du Saint-Esprit. Qu'est-ce qui peut, sur terre, lui être semblable ? Vous avez dit tout à l'heure qu'il faisait chaud, comme au bain. Mais regardez, la neige dont nous sommes couverts, vous et moi, ne fond pas, ainsi que celle qui est sous nos pieds. La chaleur n'est donc pas dans l'air, mais à l'intérieur de nous-mêmes. Elle est cette chaleur que l'Esprit-Saint nous fait demander dans la prière : "Que ton Saint-Esprit nous réchauffe !" Cette chaleur permettait aux ermites, hommes et femmes, de ne pas craindre le froid de l'hiver, enveloppés qu'ils étaient, comme dans un manteau de fourrure, dans un vêtement tissé par l'Esprit-Saint.

C'est ainsi qu'en réalité cela devrait être, la grâce divine habitant au plus profond de nous, dans notre coeur. Le Seigneur a dit : "Le Royaume des Cieux est au-dedans de vous" (Lc 17, 21). Par le Royaume des Cieux, il entend la grâce du Saint-Esprit. Ce Royaume de Dieu est en nous maintenant. Le Saint-Esprit nous illumine et nous réchauffe. Il emplit l'air ambiant de parfums variés, réjouit nos sens et abreuve nos coeurs d'une joie indicible. Notre état actuel est semblable à celui dont parle l'Apôtre Paul : "Le Royaume de Dieu, ce n'est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par l'Esprit-Saint" (Rm 14, 17). Notre foi ne se base pas sur des paroles de sagesse terrestre, mais sur la manifestation de la puissance de l'Esprit. C'est l'état dans lequel nous sommes actuellement et que le Seigneur avait en vue lorsqu'il disait : "Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici présents ne mourront point qu'ils n'aient vu le Royaume de Dieu venir avec puissance" (Mc 9, 1).


Voilà, ami de Dieu, quelle joie incomparable le Seigneur a daigné nous accorder. Voilà ce que c'est que d'être "en la plénitude de l'Esprit-Saint." C’est cela qu'entend saint Macaire d’Égypte lorsqu'il écrit : "Je fus moi-même dans la plénitude de l'Esprit-Saint." Humbles que nous sommes, le Seigneur nous a aussi remplis de la plénitude de son Esprit. Il me semble qu'à partir de maintenant vous n'aurez plus à m'interroger sur la façon dont se manifeste dans l'homme la présence de la grâce de l'Esprit-Saint.


Cette manifestation restera-t-elle gravée pour toujours dans votre mémoire ?

- Je ne sais, Père, si Dieu me rendra digne de me la rappeler toujours, avec autant de netteté que maintenant.

- Et moi, répondit le starets, j'estime qu'au contraire Dieu vous aidera à garder toutes ces choses à jamais dans votre mémoire. Autrement il n'aurait pas été aussi rapidement touché par l'humble prière du misérable Séraphim et n'aurait pas exaucé aussi vite son désir. D'autant plus que ce n'est pas à vous seul qu'il a été donné de voir la manifestation de cette grâce, mais par votre entremise au monde entier. Affermi vous-même, vous serez utile à d'autres.

   Entretien avec Motovilov,
    dans Irina Goraïnoff, Séraphim de Sarov,
    Éditions Abbaye de Bellefontain et Desclée de Brouwer, 1995.
  (www.pagesorthodoxes.net)

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (4/6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Je dois encore, moi, misérable Séraphim, vous expliquer, ami de Dieu, en quoi consiste la différence entre l’action du Saint-Esprit prenant mystérieusement possession des coeurs de ceux qui croient en notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ et l’action ténébreuse du péché qui vient en nous comme un voleur, à l’instigation du Démon.

Le Saint-Esprit nous remet en mémoire les paroles du Christ et travaille de concert avec lui, guidant nos pas, solennellement et joyeusement, dans la voie de la paix. Tandis que les agissements de l'esprit diabolique, opposé au Christ, nous incitent à la révolte et nous rendent esclaves de la luxure, de la vanité et de l'orgueil.

"En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi ne mourra jamais" (Jn 6, 47). Celui qui par sa foi au Christ est en possession de l'Esprit-Saint, même ayant commis par faiblesse humaine un quelconque péché causant la mort de son âme, ne mourra pas pour toujours, mais sera ressuscité par la grâce de Notre Seigneur Jésus Christ qui a pris sur lui les péchés du monde et qui donne gratuitement grâce sur grâce.

C'est en parlant de cette grâce manifestée au monde entier et à notre genre humain par le Dieu-Homme que l'Évangile dit : "De tout être il était la vie, et la vie était la lumière des hommes" et ajoute : "La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres n'ont pu l'atteindre" (Jn 1, 4-5). Ce qui veut dire que la grâce du Saint-Esprit reçue au baptême au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, malgré les chutes peccamineuses, malgré les ténèbres entourant notre âme, continue à luire dans notre coeur de son éternelle lumière divine à cause des inestimables mérites du Christ. Face à un pécheur endurci, cette lumière du Christ dit au Père : "Abba, Père, que ta colère ne s'enflamme pas contre cet endurcissement." Et ensuite, quand le pécheur se sera tourné vers le repentir, elle effacera complètement les traces des crimes commis, revêtant l'ancien pécheur d'un vêtement d'incorruptibilité tissé de la grâce de cet Esprit-Saint de l'acquisition duquel tout le temps je vous parle.

Encore il faut que je vous dise, afin que vous compreniez mieux ce qu'il faut entendre par la grâce divine, comment on peut la reconnaître, comment elle se manifeste chez les hommes qu'elle éclaire : La grâce du Saint-Esprit est Lumière.

Toute l'Écriture sainte en parle. David, l'ancêtre du Dieu-Homme, a dit : "Une lampe sous mes pieds, ta parole, une lumière sur ma route" (Ps 118, 105). En d'autres termes, la grâce du Saint-Esprit que la loi révèle sous la forme des commandements divins est mon luminaire et ma lumière, et si ce n'était cette grâce du Saint-Esprit "qu'avec tant de peine je m'efforce d'acquérir, m'enquêtant sept fois par jour de sa vérité" (Ps 118, 164) comment parmi les nombreux soucis inhérents à mon rang royal pourrais-je trouver en moi une seule étincelle de lumière pour m'éclairer sur le chemin de la vie enténébrée par la haine de mes ennemis ?

En effet, le Seigneur a souvent montré, en présence de nombreux témoins, l'action de la grâce du Saint-Esprit sur des hommes qu'il avait éclairés et enseignés par de grandioses manifestations. Rappelez-vous Moïse après son entretien avec Dieu sur le Mont Sinaï (Ex 34, 30-35). Les hommes ne pouvaient pas le regarder, tellement son visage brillait d'une lumière extraordinaire. il était même obligé de se montrer au peuple la face recouverte d'un voile. Rappelez-vous la Transfiguration du Seigneur sur le Thabor : "Il fut transfiguré devant eux et ses vêtements devinrent blancs comme neige ... et ses disciples effrayés tombèrent la face contre terre." Lorsque Moïse et Élie apparurent revêtus de la même lumière "un nuage les recouvrit afin qu'ils ne soient pas aveuglés" (Mt 17, 1-8 ; Mc 9, 2-8 ; Lc 9, 28-37). C'est ainsi que la grâce du Saint-Esprit de Dieu apparaît dans une lumière ineffable à ceux à qui Dieu manifeste son action.

(à suivre)

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