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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#la vache qui rumine (annee a)

Benoît XVI, Nous avons besoin d'une conversion permanente

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Voici la question d'un séminariste de l'archidiocèse de Tarante, Gianpiero Savino, en 3ème année (1ère année de théologie) et la réponse du pape.

Pour la plupart des personnes, nous pouvons apparaître comme des jeunes qui prononcent avec fermeté et avec courage leur « oui » et qui quittent tout pour suivre le Seigneur ; mais nous savons que nous sommes bien loin d'une véritable cohérence dans ce « oui ». Avec une confiance de fils, nous vous confessons la partialité de notre réponse à l'appel de Jésus et la difficulté quotidienne à vivre une vocation que nous sentons nous entraîner sur une voie définitive et totale. Comment faire pour répondre à une vocation aussi exigeante que celle de pasteurs du peuple saint de Dieu, en ressentant constamment notre faiblesse et notre incohérence ?

 



Benoît XVI : C'est un bien que de reconnaître sa propre faiblesse, car ainsi nous savons que nous avons besoin de la grâce du Seigneur. Le Seigneur nous réconforte. Dans le collège des Apôtres il n'y avait pas que Judas, il y avait aussi de bons Apôtres ; toutefois Pierre a trahi et de nombreuses fois le Seigneur a reproché la lenteur, la fermeture du cœur des Apôtres, leur peu de foi. Cela nous montre donc qu'aucun d'entre nous n'est entièrement à la hauteur de ce grand « oui », à la hauteur de célébrer in persona Christi, de vivre de manière cohérente dans ce contexte, d'être uni au Christ dans sa mission de prêtre.


    Le Seigneur nous a également donné, pour nous réconforter, les paraboles des filets avec les bons et les mauvais poissons, du champ où pousse le blé mais aussi l'ivraie. Il nous fait savoir qu'il est venu précisément pour nous aider dans notre faiblesse, qu'il n'est pas venu, comme Il le dit, pour appeler les justes, ceux qui prétendent être déjà complètement justes, ne pas avoir besoin de la grâce, ceux qui prient en se louant eux-mêmes, mais qu'il est venu pour appeler ceux qui sont conscients d'être imparfaits, pour inciter ceux qui savent avoir besoin chaque jour du pardon du Seigneur, de sa grâce, pour aller de l'avant.


    Il me semble très important de reconnaître que nous avons besoin d'une conversion permanente, que nous ne sommes jamais simplement arrivés au but. Saint Augustin, au moment de sa conversion, pensait être désormais arrivé sur les hauteurs de la vie avec Dieu, de la beauté du soleil qui est sa Parole. Il a ensuite dû comprendre que le chemin, après la conversion, demeure encore un chemin de conversion, qu'il demeure un chemin où ne manquent pas les grandes perspectives, les joies, les lumières du Seigneur, mais où ne manquent pas non plus les vallées obscures, où nous devons aller de l'avant avec confiance, en nous reposant sur la bonté du Seigneur.


    Le sacrement de la Réconciliation est donc également important. Il n'est pas juste de penser que nous devrions vivre sans jamais avoir besoin du pardon. Accepter notre fragilité, mais continuer à avancer, ne pas renoncer mais aller de l'avant et, à travers le sacrement de la Réconciliation, nous convertir toujours à nouveau pour un nouveau début et, ainsi, grandir, mûrir pour le Seigneur, dans notre communion avec Lui.


    Il est également important de ne pas s'isoler, de ne pas penser pouvoir aller de l'avant tout seul. Nous avons justement besoin de la compagnie d'amis prêtres, également d'amis laïcs, qui nous accompagnent, qui nous aident. Pour un prêtre il est très important, dans la paroisse, de voir que les personnes ont confiance en lui et de faire l'expérience de leur confiance, également de leur générosité en pardonnant ses faiblesses. Les véritables amis nous lancent des défis et nous aident à être fidèles sur ce chemin. Il me semble que cette attitude de patience, d'humilité, peut nous aider à être bons avec les autres, à être compréhensifs face aux faiblesses des autres, à les aider, eux aussi, à pardonner comme nous pardonnons. Je pense ne pas être indiscret si je dis que j'ai reçu aujourd'hui une belle lettre du cardinal Martini : je lui avait envoyé mes félicitations pour son 80e anniversaire - nous avons le même âge - ; en me remerciant, il m'a écrit : je remercie surtout le Seigneur pour le don de la persévérance. Aujourd'hui - écrit-il - le bien s'accomplit plutôt ad tempus, ad experimentum. Le bien, selon son essence, ne peut être accompli que de façon définitive ; mais pour l'accomplir de manière définitive, nous avons besoin de la grâce de la persévérance ; je prie chaque jour - conclut-il - afin que le Christ me donne cette grâce.


    Je reviens à saint Augustin : il était heureux au début de la grâce de la conversion, puis il découvrit qu'une autre grâce était nécessaire, la grâce de la persévérance que nous devons chaque jour demander au Seigneur ; mais étant donné que - je reviens à ce que dit le cardinal Martini - « jusqu'à présent le Seigneur m'a donné cette grâce de la persévérance ; il me la donnera, je l'espère, également au cours de la dernière étape de mon chemin sur cette terre ». Il me semble que nous devons avoir confiance dans ce don de la persévérance, mais que nous devons également, avec ténacité, humilité et patience, prier le Seigneur pour qu'il nous aide et nous soutienne par le don de ce qui est véritablement définitif ; qu'Il nous accompagne jour après jour jusqu'à la fin, même si notre chemin doit passer à travers des vallées obscures. Le don de la persévérance nous donne la joie, il nous donne la certitude que nous sommes aimés du Seigneur et cet amour nous soutient, nous aide et ne nous abandonne pas à nos faiblesses.


Le procès de Ste Jeanne d'Arc : 44 théologiens contre une bergère (6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

    Demain aux lueurs de l'aube, deux dominicains, Martin Ladvenu et Jean Toutmouillé viendront lui signifier sa condamnation. Elle va etre conduite sur la place du Vieux-Marché où a été dressé un bûcher. Elle aura repris courage et songera à son Seigneur lui aussi conduit à travers la ville, vers le lieu de son supplice. Alors elle demandera une croix pour lui ressembler le plus possible. Un Anglais lui en confectionnera une qu'elle placera sur son coeur. Elle en demande une seconde qu'elle puisse contempler durant son agonie. On apportera devant elle la croix de procession de l'église Saint-Sauveur. Le feu sera allumé. Elle n'aura qu'un cri pendant son agonie : "Jésus !" Dans son martyre, au milieu des flammes, elle connaîtra le triomphe des disciples du Christ.

    Jeanne a été réhabilitée en 1456 à Rouen, et fut l'objet d'un culte à travers les siècles, jusqu'en 1920, où elle est canonisée par Benoît XV, après que la France aura subi une épreuve comparable à la guerre de Cent Ans : dans les tranchées de la Grande Guerre, les prêtres et les soldats invoquaient Jeanne d'Arc, et son nom réconciliait les hommes qui donnaient leur vie par amour de la France et ceux qui risquaient la leur pour demeurer auprès de leurs frères qui mouraient sous le feu et la mitraille. Au coeur de l'atrocité, ils étaient les témoins de l'amour et de la miséricorde de Dieu. Et pas plus qu'elle ne s'était dérobée à son roi, la petite Lorraine ne leur manqua. Elle est aujourd'hui l'une des saintes patronnes de la France. (fin)


Le Livre des Merveilles, Mame-Plon, 1999

Le procès de Ste Jeanne d'Arc : 44 théologiens contre une bergère (5)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)


    Au terme de ces semaines d'interrogatoire, au début devant un public, ensuite à huis clos - contre toute légalité - une seule accusation tient encore. Ses juges s'y accrochent comme des naufragés : les habits d'homme. Elle n'en démord pas : jamais Dieu ne lui a dit qu'il était contraire à Sa loi de les porter pour Son service : "Cet habit ne change pas mon âme et le porter n'est pas contre l'Église." Mais monseigneur de Beauvais dit que la Bible condamne ceux qui travestissent leur sexe. Elle refuse d'en changer. Ne serait-ce que pour se protéger de ses gardiens...

    Cette nuit du 29 mai, Jeanne est lasse, comme jamais. Elle se rappelle la journée du 24, quand, confrontée à une mise en scène macabre dans le cimetière de Saint-Ouen, devant un échafaud, elle a encore tenu tête à Guillaume Érard, l'ami de Cauchon. Et puis, par fatigue ou par peur, Dieu seul le sait, elle a cédé, signé d'un rond, non sans sourire mystérieusement, reconnaissant "avoir feint mensongèrement avoir eu révélations et apparitions de par Dieu", avoir blasphémé, porté "habit dissolu, difforme et déshonnête contre la décence de nature". Elle a déclaré "abjurer, détester, renier et du tout renoncer et se séparer de ses crimes et erreurs".

    A-t-elle cru aux promesses de l'évêque de la transférer dans un lieu où elle aurait été gardée par des femmes ? Peut-être. Hélas, à l'issue de son abjuration, Pierre Cauchon a déclaré : "Menez-la où vous l'avez prise", c'est-à-dire à Bouvreuil. Alors poussée à bout, elle a repris son habit d'homme. Elle a encore tenté de se justifier : "Je l'ai pris parce que c'était plus licite et convenable d'avoir habit d'homme, que d'avoir habit de femme." La voilà relapse, encourant la peine de feu. (à suivre)

 

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon, 1999

Le procès de Ste Jeanne d'Arc : 44 théologiens contre une bergère (4)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

    Jeanne n'en peut plus. Elle est déjà tombée malade, d'épuisement, de peur, de désespoir, d'empoisonnement, qui sait ? Les Anglais l'ont soignée, en lui dépêchant le propre médecin de la duchesse de Bedford : dans leur intérêt, il faut que le procès aille à sa fin et qu'elle soit condamnée pour déconsidérer le roi de France. À cette occasion, on a tenté de profiter de sa faiblesse pour obtenir sa soumission à cette "Église militante" dont parlent les juges. En vain : elle est soumise à Dieu, c'est-à-dire à l'Église éternelle et non à celle des messires Cauchon et Beaupère. D'ailleurs, plus le procès avance et plus Jeanne sent que Mgr l'évêque de Beauvais n'agit pas en prêtre. Ce n'est pas un disciple du Christ qui l'interroge mais un dignitaire au service d'une puissance militaire, hostile au roi de France. La preuve ? Quand monseigneur lui demande de réciter un Pater ou un Ave Maria pour contrôler son instruction, elle lui répond : "Volontiers pourvu que vous m'entendiez en confession", et ce trait remplit de rage l'évêque, parce qu'il lui remet à l'esprit son état sacerdotal. S'il l'entend en confession, il ne pourra plus la faire condamner. Et peut-il se soustraire à cette requête ? Alors il change de sujet : "Receviez-vous les sacrements en habit d'homme ?" ou encore : "Croyez-vous que vous n'êtes pas soumise à l'Église de Dieu qui est sur la terre ?" Elle répond : "Messire Dieu premier servi", comme elle l'a si souvent entendu de la bouche des prédicateurs de sa paroisse. Quand on lui demande de se soumettre au pape, elle y consent sans tergiverser : "Menez-moi à lui et je lui répondrai." Elle voudrait compraître devant le Vicaire du Christ, à Rome, ne serait-ce que pour quitter Rouen et échapper à sa sinistre suite de soldats et de juges. (à suivre)

 

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon, 1999

Le procès de Ste Jeanne d'Arc : 44 théologiens contre une bergère (3)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

    Que lui arrive-t-il ? Tantôt, on lui reproche de blasphémer, tantôt de porter l'habit d'homme, cet habit que les habitants de Vaucouleurs lui ont offert pour entreprendre sa croisade contre l'Anglais. Elle s'est déjà soumise à un tribunal, à Poitiers, à la demande du gentil dauphin. Déjà les juges l'ont interrogée sur ses voix, et sur sa virginité. Elle leur a répondu et les a convaincus. Cette fois, on lui fait de surcroît grief d'être une sorcière. Les Anglais n'ont-ils pas dit que la prise d'Orléans relevait de sortilèges ? Alors l'évêque Cauchon lui a demandé : "Qu'avez-vous fait de votre mandragore ?" Elle a répondu : "Je n'ai point de mandragore et oncques n'en eus. J'ai ouï dire que c'est chose périlleuse et mauvaise à garder."

    Le Christ lui-même a subi un procès injuste, et il ne s'y est pas soustrait. Alors quand le poids des questions est trop lourd, quand elle retrouve sa cellule froide et la grossièreté des soldats qui la menacent, elle offre ses souffrances à Dieu, victime lui aussi des mêmes avanies. (à suivre)


Le Livre des Merveilles, Mame-Plon, 1999


Le procès de Ste Jeanne d'Arc : 44 théologiens contre une bergère (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

    Ses voix ? Oui c'est ainsi qu'elle nomme saint MIchel, l'archange qui a empêché les Anglais de prendre le mont qui lui est consacré, et sainte Catherine et sainte Marguerite. Ils lui sont apparus plusieurs fois dans le jardin de son père, Jacques d'Arc, quand elle avait treize ans, lui demandant de venir en France, d'aller trouver le dauphin à Chinon. Les saints lui ont annoncé qu'elle délivrerait Orléans. et cela est survenu. Ils lui ont aussi dit qu'avant sept ans, les Anglais perdraient tout en France. N'était-ce pas la réalisation de la prophétie annonçant que le royaume perdu par une femme (Isabeau) serait sauvé par une autre, une vierge de Lorraine ? Jamais les voix de Jeanne ne l'ont abandonnée. Elles l'ont guidée de Vaucouleurs à Chinon où, en février 1429, conformément à ce qu'elles avaient promis, la petite Jeanne fut reçue par le gentil dauphin en présence de trois cents chevaliers. Ce jour-là elle lui révéla que, contre toute logique humaine, il serait sacré à Reims, comme tous les rois depuis Clovis. Et elle a vu le jeune prince désemparé reprendre courage. Il a demandé que l'on lui fasse une armure, l'a nommée à la tête de ses armées, et a ordonné à ses soldats, à la Hire, au duc d'Alençon, à Xaintrailles, au rude sire de Rais d'obéir à cette jeune fille que l'on nomme la Pucelle. Et les villes s'ouvrirent devant elle, les habitants se précipitaient au-devant du dauphin. C'en allait être fini de la grande pitié du royaume. Jusqu'à ce jour de mai 1430, où, après un échec devant Paris, elle fut faite prisonnière à Compiègne.

    Depuis, elle fait face, crânement, convainue de l'aide de Dieu, armée seulement de sa bonne foi, comme hier de son étendard aux armes divines. À la théologie et aux arguties de ses juges, elle oppose son bon sens et ce qu'elle a appris à l'église de son village. Oui pour elle, cette Église dont se recommandent ces messieurs de l'université et qu'ils agitent comme une menace, cette Église, c'est d'abord l'édifice où elle voulait se rendre plus souvent afin "d'entendre la messe". L'évêque de Beauvais lui a bien expliqué qu'il y a l'Église militante (le pape et les évêques) et l'Église triomphante (Dieu et les saints) mais elle n'entend rien à ces distinctions de clercs : "M'est avis que c'est tout un et même chose, de Dieu et de l'Église." Le soir, dans sa cellule, ses voix reviennent. Elle les interoge, celles-ci l'enseignent. Et le lendemain, à l'audience, elle répond sans se couper, se tire habilement des questions insidieuses, des griffes de ce juge qui lui demande si saint MIchel était nu : "Pensez-vous que Dieu n'ait pas de quoi le vêtir ?" Ils veulent tout savoir, si les saintes ont des cheveux, si sainte Marguerite parle le langage de l'Angleterre. Réponse : "Comment parlerait-elle anglais puisqu'elle n'est pas du parti des anglais ?" Quand elle ne comprend pas la question, Jeanne répond simplement : "Je n'en sais rien." Quand elle soupçonne un piège qui mettrait en péril Dieu et ses saints, elle dit : "Passez outre." Et sa candeur, parfois ironique, irrite les juges. (à suivre)

 

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon, 1999


Le procès de Ste Jeanne d'Arc : 44 théologiens contre une bergère (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)



    Cette nuit du 29 au 30 mai 1431, Jeanne est enferrée dans sa cellule du château de Bouvreuil, à Rouen. Deux soldats anglais sont à la porte. N'a-t-elle pas tenté plusieurs fois de s'échapper, du château de Beaulieu près de Noyon, puis de sa geôle de Beaurevoir ? On le lui a reproché, mais n'est-ce pas le seul droit que possède un prisonnier ? D'ailleurs de quoi ne l'a-t-on pas accusée depuis le 21 février, premier jour de l'interrogatoire ? Elle a tout subi, les rigueurs d'une cellule, les vexations des soldats qui l'insultaient, les interrogatoires interminables, le feu roulant de questions destinées à la faire se contredire, à la confondre. Jeanne revoit le tribunal. Ils sont quarante-quatre contre elle, tous bacheliers, licenciés en théologie, membres du tribunal ecclésiastique, ou représentants de l'Inquisition. Il y a là Monseigneur l'évêque de Beauvais, PIerre Cauchon, Jean Beaupère et maître Jean de La Fontaine. Ils ont été les plus durs. Ils disent qu'ils représentent l'Église, mais elle, la petite Lorraine, elle sait bien dans le fond de son coeur qu'ils représentent les intérêts de l'Angleterre. Ses voix le lui ont dit. D'ailleurs, si c'est l'Église qui la juge, pourquoi est-elle rendue prisonnière dans une forteresse anglaise ? Et pourquoi n'est-elle pas gardée par des femmes, comme c'est l'usage ? Et pourquoi n'a-t-elle pas d'avocat ? Oui, tout cela ressemble fort à un procès politique conduit par les Anglais pour prendre leur revanche sur ce jeune chef de guerre de dix-sept ans qui leur a infligé tant de revers. L'affaire était bien engagée pour eux. Le traité de Troyes signé en 1420 entre Henry d'Angleterre et Charles VI le roi fou, avec la complicité d'Isabeau de Bavière sa femme, leur offrait le trône de France. Déjà ils tenaient Rouen, Paris, Gien ; en octobre 1428, ils étaient aux portes d'Orléans, ville capitale sur la route de leurs possessions en Guyenne. Que s'est-il passé ? Une jeune fille s'est mise en tête de conduire à Reims le dauphin Charles afin de l'y faire sacrer. Elle a surgi devant l'ennemi à la tête d'une armée non pas tel le robuste Bertrand du Guesclin, mais frêle, brandissant un étendard représentant d'un côté Dieu sur une nuée, entouré de deux anges, et de l'autre les noms de Jésus et Marie sur fond de fleurs de lys. C'est elle qui a délivré Orléans, le 8 mai 1429, et Jargeau, Beaugency et Patay, puis Troyes et Châlons. Jeanne ne s'est jamais étonée de ces prodiges. Elle rendait grâce à Dieu et écoutait ses voix. (à suivre)

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon, 1999

Adoration pour la Sanctification des Prêtres - Maternité Spirituelle 6

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Le Bienheureux Cardinal Clemens August von GaleN (1878-1946)

 

Le 13 septembre 1933, le père Clemens, Comte de Galen, âgé de 55 ans fut nommé évêque de Münster (Allemagne) par le Pape Pie XI. Conformément à sa devise de ne se laisser influencer « ni par louange ni par menace », il s’élevait ouvertement contre les actes terroristes de la Gestapo et dénonçait les abus du gouvernement qui bafouait les droits de l’Eglise et des fidèles. En 1946, le Pape Pie XII le créa cardinal en reconnaissance de sa bravoure et de son courage extraordinaire pour professer la foi.

    Lorsqu’il avait reçu la charge pastorale du diocèse de Münster, il avait fait imprimer une petite image où était écrit : « Je suis le treizième enfant de ma famille et je remercierai éternellement ma mère d’avoir eu le courage de dire “oui” à Dieu une fois encore et d’avoir accepté ce treizième enfant. Sans ce “oui” de ma mère, je ne serais maintenant ni prêtre, ni évêque. »


Le VÉnÉrable Pape Jean Paul Ier  (1912-1978)


"MA MÈRE ME L'A ENSEIGNÉ"

 
    Jean Paul Ier commençait sa dernière audience générale du 27 septembre 1978, en priant l’acte de charité.

    « ‘O mon Dieu, je T’aime de tout mon cœur et par-dessus tout, parce que tu es le Bien infini et notre éternel bonheur. Par amour pour Toi, j’aime mon prochain comme moi-même et je pardonne à tous ceux qui m’ont offensé. Seigneur, fais que je T’aime toujours plus.’  C’est une prière bien connue, inspirée des paroles de la Bible. Ma mère me l’a enseignée. Je la prie encore aujourd’hui plusieurs fois par jour. » Les paroles qu’il prononça à propos de sa mère furent dites avec une telle tendresse, que le public dans la salle d’audience répondit par un flot d’applaudissements. Une jeune femme qui se trouvait là dit les larmes aux yeux: « Comme c’est émouvant, le Saint Père a mentionné sa mère ! Maintenant je comprends mieux l’influence que nous, les mères, pouvons avoir sur nos enfants. »


 

« Seigneur, redonne-nous des prÊtres ! »

 

Anna Stang a enduré de nombreuses souffrances pendant la persécution communiste et, comme tant d’autres femmes dans les mêmes conditions,

elle les a toutes offertes pour les prêtres.

Avec l’âge, elle a elle-même acquis un esprit sacerdotal.

 

« Nous sommes restÉs sans Pasteur ! »

 

Anna naquit en 1909, dans la partie allemande de la Volga, au sein d’une famille nombreuse et catholique. La petite écolière avait seulement neuf ans, quand elle a expérimenté les débuts de la persécution ; elle a écrit : « … 1918, dans la seconde classe, nous avions encore coutume de prier le ‘Notre Père’ au début des cours. Un an plus tard, c’était déjà interdit ; et le curé n’était plus autorisé à mettre les pieds dans l’école. On commençait à se moquer de nous les chrétiens, on ne respectait plus les prêtres et les séminaires furent démantelés. »

Lorsqu’elle eut 11 ans, elle perdit son père et plusieurs de ses frères et sœurs, fauchés par une épidémie de choléra. Quelques temps plus tard, sa mère mourait elle aussi ; Anna, à peine âgée de 17 ans, s’occupa de ses plus jeunes frères et sœurs. Non seulement elle avait perdu ses parents, mais :

« Notre curé également mourut à cette période. Et beaucoup de prêtres ont été arrêtés. Nous sommes restés sans pasteur ! Ce fut un coup dur… Dans le village voisin, l’église était encore ouverte, mais il n’y avait plus de prêtre là non plus. Les fidèles se réunissaient tout de même pour prier, mais sans le pasteur, l’église était abandonnée. Je pleurais sans pouvoir me calmer. Combien de chants et de prières l’avaient remplie et maintenant, tout semblait mort. »

A l’école de cette profonde détresse spirituelle, Anna se mit à prier tout particulièrement pour les prêtres et les missionnaires. « Seigneur donne-nous à nouveau un prêtre, donne nous la Sainte Communion ! Je souffre tout volontiers pour Ton amour, o Cœur très sacré de Jésus ! » Toutes les souffrances qui s’ensuivirent, Anna les a offertes pour les prêtres, notamment, lorsqu’au cours d’une nuit de 1938, son frère et son époux - elle était heureusement mariée depuis 7 ans – ont été arrêtés. Aucun des deux ne revint jamais !

                                               

MandatÉe au service pastoral

 

En 1942, la jeune veuve fut déportée au Kazakhstan avec ses trois enfants: « Ce fut dur d’affronter le froid de l’hiver, mais nous avons revu le printemps ! J’ai beaucoup pleuré à cette époque, j’ai aussi beaucoup prié. J’avais toujours l’impression que quelqu’un me conduisait par la main. Dans la ville de Syrjanowsk, j’ai rencontré par la suite quelques autres femmes catholiques. Nous nous sommes réunies secrètement les dimanches et jours de fête pour chanter et prier le rosaire. Et souvent, je suppliais la Sainte Vierge :“Marie, notre Mère bien-aimée, vois donc combien nous sommes pauvres. Redonne-nous des prêtres, des maîtres et des pasteurs !” »

A partir de 1965, la persécution perdit de sa violence et Anna a pu se rendre une fois par an dans la capitale du Kirghizistan, où se trouvait un prêtre en exil : « Lorsqu’une église fut construite à Bichkek, je m’y suis rendue une fois par an avec une personne de ma connaissance, Victoria, pour pouvoir assister à une messe. Le trajet était long, plus de 1000 km, mais c’était pour nous une grande joie. Cela faisait plus de 20 ans que nous n’avions plus vu de prêtre ni de confessionnal ! Le curé de cette ville était âgé et il avait passé plus de 10 ans en prison pour sa foi. Pendant la durée de mon séjour, les clés de l’église m’étaient confiées, et j’ai pu passer de longues heures à adorer. Jamais je n’aurais imaginé que je pourrais être aussi proche du tabernacle. Pleine de joie, je me suis agenouillée et le baisais. »

 

Avant son départ, Anna recevait l’autorisation de porter la Sainte Communion aux catholiques les plus âgés de sa ville, car ils n’auraient jamais pu faire le voyage par eux-mêmes. « Mandatée par ce prêtre, j’ai baptisé 30 ans durant les enfants et les adultes de ma ville, j’ai préparé les couples au sacrement du mariage et j’ai célébré les funérailles, jusqu’au moment où il ne m’était plus possible d’assurer ce service pour des raisons de santé. »

 

PriÈres cachÉes pour que vienne un prÊtre !

 

On ne peut pas s’imaginer la gratitude d’Anna, lorsque en 1995, elle a rencontré pour la première fois un prêtre missionnaire. Elle a pleuré de joie et, bouleversée s’est exclamée : « Jésus, le Souverain Prêtre, est venu ! » Pendant des décennies, elle avait prié pour la venue d’un prêtre dans sa ville, mais arrivée à 86 ans, elle avait presque perdu tout espoir de voir de son vivant la réalisation de ce profond désir. La sainte messe a été célébrée chez elle, et cette femme merveilleuse a pu recevoir la sainte communion : Anna ne mangea rien de la journée, voulant exprimer ainsi son profond respect et sa joie.



UNE VIE OFFERTE POUR LE PAPE ET L'ÉGLISE


Dans le sens le plus vrai, exactement au cœur du Vatican, à l’ombre de la coupole de Saint Pierre, se trouve un couvent consacré à la « Mater Ecclesiae », à la Mère de l’Eglise. L’édifice simple, précédemment utilisé à diverses fins, a été restructuré il y a quelques années pour répondre aux besoins d’un ordre contemplatif. Le pape Jean Paul II a fait en sorte que ce couvent soit inauguré le 13 mai 1994, jour de Notre Dame de Fatima ; ici les sœurs sont appelées à offrir leur vie pour les intentions du Saint Père et de l’Eglise.

Cette tâche est confiée tous les 5 ans à un ordre contemplatif différent. La première communauté internationale était composée de Clarisses originaires de six pays différents (Italie, Canada, Rwanda, Philippines, Bosnie et Nicaragua). A leur place, sont venues des Carmélites, qui ont continué à prier et offrir leur vie pour les intentions du pape. Depuis le 7 octobre 2004, fête de Notre Dame du Rosaire, vivent dans le monastère sept Sœurs Bénédictines de quatre nationalités différentes. Une sœur est philippine, une autre américaine, deux sont françaises et trois italiennes.

 

Avec cette fondation, Jean Paul II montrait à l’opinion publique mondiale, sans parole et malgré tout de façon très claire, combien la vie contemplative cachée est importante et indispensable, même à notre époque moderne et frénétique, et quelle valeur il attribuait à la prière dans le silence et au sacrifice caché. Qu’il ait désiré avoir les sœurs cloîtrées auprès de lui pour qu’elle prient pour lui et pour son pontificat, révèle aussi sa profonde conviction que la fécondité de son ministère de pasteur universel et le succès spirituel de son action immense, provenaient en première ligne de la prière et du sacrifice des autres.

    Le pape Benoît XVI a lui aussi cette profonde conviction. Deux fois il est allé célébrer la Sainte Messe chez ‘ses sœurs’, les remerciant pour l’offrande de leur vie à son intention. Les paroles qu’il a adressées le 15 septembre 2007 aux Clarisses de Castelgandolfo, sont valables pour les sœurs cloîtrées du Vatican. « Voilà donc, chères sœurs, ce que le Pape attend de vous: que vous soyez des flambeaux ardents d’amour, des “mains jointes” qui veillent dans la prière incessante, détachées totalement du monde, pour soutenir le ministère de celui que Jésus a appelé comme guide de son Eglise. » C’est véritablement providentiel que, sous le pontificat d’un pape dévot de Saint Benoît, ce soit justement les Sœurs Bénédictines qui puissent lui être proches d’une façon particulière.

 

 

Une vie mariale quotidienne

                                                                                               

Ce n’est pas un hasard si le Saint Père a choisi des ordres féminins pour cette tâche. Dans l’histoire de l’Eglise, suivant l’exemple de la Mère de Dieu, il y a toujours eu des femmes qui ont accompagné et soutenu par la prière et le sacrifice, le chemin des apôtres et des prêtres dans leur activité missionnaire. C’est la raison pour laquelle les ordres contemplatifs considèrent leur charisme comme ‘l’imitation et la contemplation de Marie’. Mère M. Sofia Cicchetti, actuelle prieure du monastère, définit la vie de sa communauté comme une vie mariale quotidienne : « Il n’y a rien d’extraordinaire ici. La vie contemplative de notre monastère peut se comprendre seulement à la lumière de la foi et de l’amour de Dieu. Dans notre société de consommation hédoniste, semblent avoir disparu aussi bien le sens de la beauté et de l’émerveillement devant les grandes œuvres que Dieu opère dans le monde et dans la vie de chaque homme et de chaque femme, que l’adoration du mystère de Son amoureuse présence parmi nous. Dans le contexte du monde d’aujourd’hui, notre vie séparée du monde, mais pas indifférente à son égard, pourrait apparaître absurde et inutile. Toutefois nous pouvons témoigner avec joie que donner son temps à Dieu seul n’est pas une perte ; c’est pour tous un rappel prophétique d’une vérité fondamentale : pour être authentiquement et pleinement elle-même, l’humanité doit s’ancrer en Dieu et vivre, dans le temps, de l’amour de Dieu. Nous voulons être comme tant de ‘Moïse’ qui avec les bras levés et le cœur dilaté par un amour universel, mais très concret, intercèdent pour le bien et le salut du monde, devenant ainsi ‘collaboratrices dans le mystère de la Rédemption’. (cfr Verbi Sponsa, 3)

Notre tâche n’est pas tant fondée sur le ‘faire’ que sur ‘l’être’ une nouvelle humanité. A la lumière de tout cela nous pouvons bien dire que notre vie est une vie pleine de sens, elle n’est pas du tout gaspillage, ni fermeture ou fuite du monde, mais donation joyeuse d’elle-même au Dieu d’Amour et à tous les frères sans exception et ici à ‘Mater Ecclesiae’ particulièrement pour le Pape et ses collaborateurs. »

Sœur Chiara-Cristina, supérieure des Clarisses de la première communauté présente au cœur du Vatican, nous a raconté :

« Quand je suis arrivée ici j’ai trouvé la vocation dans ma vocation : donner la vie pour le Saint Père en tant que clarisse. Ce fut ainsi pour toutes les autres sœurs. »

Mère S. Sofia confirme : « Par notre vocation de bénédictines, nous sommes profondément liées à l’Eglise universelle, c’est pourquoi nous ressentons un grand amour pour le Pape où que nous soyons. Certainement le fait que nous soyons appelées aussi près de lui – aussi physiquement – dans ce ‘monastère original’ a rendu plus profond notre amour pour lui. Nous désirons le transmettre à nos monastères d’origine.

    Nous savons que nous sommes appelées à être mères spirituelles par notre vie cachée dans le silence. Parmi nos enfants spirituels les prêtres et les séminaristes ont une place privilégiée et tous ceux qui s’adressent à nous en demandant un soutien pour leur vie et leur ministère sacerdotal, dans les épreuves et détresses de leur chemin. Notre vie veut être ‘témoignage de la fécondité apostolique de la vie contemplative, à l’imitation de la Très Sainte Vierge Marie qui, dans le mystère de l’Eglise, se présente de façon éminente et singulière comme vierge et mère. » (cfr. LG 63)


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Adoration pour la Sanctification des Prêtres - Maternité Spirituelle 5

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Mon Sacerdoce et une Inconnue

Le Baron Guillaume Emmanuel de Ketteler (1811-1877)

 

Nous tous devons ce que nous sommes et notre vocation à la prière et au sacrifice d’autrui. Dans le cas du célèbre évêque Mgr Ketteler, personnage marquant de l’épiscopat allemand du xixème siècle et une des figures les plus importantes parmi les fondateurs de la sociologie catholique, bienfaitrice fut une religieuse converse, dernière et la plus simple sœur de son couvent.

 

En 1869, l’évêque d’un diocèse allemand et son invité, Mgr Ketteler de Mayence, étaient ensemble. Au cours de la conversation, l’évêque diocésain soulignait les multiples œuvres de bienfaisance de son hôte. Mgr Ketteler expliqua alors à son interlocuteur : « Tout ce que j’ai réussi avec l’aide de Dieu, je le dois à la prière et au sacrifice d’une personne qui m’est inconnue. Je peux dire seulement que quelqu’un a offert à Dieu sa vie en sacrifice pour moi, et je lui suis redevable d’être devenu prêtre. »

Et il continua : « Initialement, je ne me sentais pas destiné à devenir prêtre. Ayant obtenu mon diplôme d’état en droit, je n’aspirais qu’à une carrière importante dans le monde et à y acquérir honneur, estime et fortune. Un événement extraordinaire me contraignit d’abandonner ce chemin et de suivre une autre voie.

Un soir, me trouvant seul dans ma chambre, je m’abandonnais à mes songes ambitieux et à des plans pour le futur. Je ne sais pas ce qui se passa, si j’étais éveillé ou endormi : ce que je voyais était-il réel ou s’agissait-il d’un rêve ? Je ne sais qu’une chose : je vis ce qui fut ensuite la cause du revirement de ma vie. Très clairement j’ai vu le Christ dans un nuage de lumière au-dessus de moi, me montrant son Cœur sacré. Devant lui, était agenouillée une sœur qui levait les mains en position d’imploration. De la bouche de Jésus, j’entendis ces paroles : “Elle prie sans cesse pour toi !’’ J’ai vu nettement l’image de la sœur, sa physionomie s’est imprimée en moi, à tel point qu’aujourd’hui encore elle est devant mes yeux. Elle me semblait être une simple sœur converse. Son habit était pauvre et grossier, ses mains rougies et calleuses, comme par un travail rude. Etait-ce un rêve ou non ? Quoi qu’il en soit, pour moi ce fut extraordinaire ; profondément bouleversé par ce qui m’était arrivé, je décidai dès lors de me consacrer totalement à Dieu en devenant prêtre.

Je me retirai dans un monastère pour des exercices spirituels et j’ai discuté de tout avec mon confesseur. A 30 ans, j’ai commencé les études de théologie. La suite vous est déjà connue. Et si vous pensez que quelque bien ait été réalisé par ma personne, vous savez maintenant qui en a le mérite : c’est cette sœur qui, peut être sans me connaître, a prié pour moi. Car je suis convaincu que l’on a prié pour moi et que l’on continue à prier dans le secret et que sans cette prière je ne pourrais pas accomplir la mission que Dieu m’a confiée. »

    « Savez-vous qui a prié pour vous, et où, en avez-vous une idée ? » demanda l’évêque diocésain. « Non, mais je peux seulement prier Dieu quotidiennement qu’Il la bénisse, si elle est encore en vie, et lui rende mille fois tout ce qu’elle a fait pour moi. »

 

La sœur de l’Etable

 

Le lendemain, Mgr Ketteler visita un couvent de religieuses dans la ville voisine et célébra pour elles la messe dans la chapelle. La distribution de la Sainte Communion se terminait, son regard se fixa sur une sœur. Devenu blême, il resta immobile, puis se ressaisissant il donna la Communion à la sœur qui ne s’était aperçue de rien et était pieusement à genoux. Ensuite il termina la Sainte Messe avec sérénité.

Pour le petit déjeuner arriva dans le couvent l’évêque diocésain du jour précédant. Mgr Ketteler pria la supérieure de bien vouloir lui présenter toutes les sœurs de la communauté ; celles-ci arrivèrent peu après. Les deux évêques s’approchèrent et Mgr Ketteler les salua en les observant ; il semblait ne pas trouver ce qu’il cherchait. Il demanda tout bas à la supérieure : « Est-ce que toutes les sœurs sont ici ? » Du regard, elle embrassa la communauté et dit : « Excellence, je les ai fait toutes appeler, mais effectivement il en manque une. » - « Pourquoi n’est-elle pas venue ? » Et la supérieure de répondre : « Elle s’occupe de l’étable et d’une façon tellement exemplaire que dans son zèle, elle oublie parfois les autres choses. » - « Je désire connaître cette sœur », insista l’évêque. Peu de temps après, la sœur arriva. Il pâlit à nouveau et après avoir adressé quelques paroles à la communauté, il demanda qu’on le laisse seul avec elle.

Il lui demanda : « Est-ce que vous me connaissez ? » - « Je n’ai jamais vu votre Excellence. » - « Avez-vous prié ou fait l’offrande de bonnes actions pour moi ? » chercha-t-il à savoir. « Je n’en ai pas conscience, parce que j’ignorais l’existence de votre Excellence. » L’évêque resta immobile et silencieux pendant quelques instants, puis il reprit ses questions : « Quelle est la dévotion que vous aimez pratiquer le plus ? » - « La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus », fut sa réponse. « Il paraît que vous accomplissez la tâche la plus dure du monastère », poursuivit-il. « Oh non, Excellence », répliqua-t-elle, « Certes je ne peux pas ne pas reconnaître qu’elle me répugne parfois. » - « Que faites vous quand vous vous voyez assaillie de tentations ? » -  « J’ai pris l’habitude d’accomplir par amour de Dieu avec joie et zèle, toute besogne qui me coûte. Et j’en fais l’offrande pour une âme sur cette terre. Il revient au bon Dieu de choisir qui sera le bénéficiaire de Sa grâce, je ne veux pas le savoir. Dans la même intention, je lui offre chaque soir l’heure de l’adoration du Saint-Sacrement de huit à neuf heures. » - « Et comment vous est venue l’idée d’offrir tout cela pour une âme ? » Et la sœur de répondre : « C’est une habitude que j’avais déjà quand je vivais encore dans le monde. A l’école, M. le curé nous avait appris qu’il fallait prier pour les autres comme on le fait pour sa famille. En outre il disait : “il faudrait beaucoup prier pour les âmes en danger de perdition. Mais comme Dieu seul sait qui en a particulièrement besoin, le mieux était d’offrir les prières au Cœur sacré de Jésus, en faisant confiance en Sa sagesse et en Son omniscience.” C’est ce que j’ai fait, et j’ai toujours pensé que Dieu trouve l’âme appropriée. »

 

 

Jour de la naissance et jour de la conversion

 

« Quel âge avez-vous ? » demanda Ketteler. « Trente-trois ans, votre Excellence », fut la réponse. Troublé, l’évêque s’interrompit pour un instant, puis demanda : « Quelle est la date de votre naissance ? » La sœur indiqua le jour et l’évêque poussa une exclamation : c’était précisément le jour de sa conversion ! Ce jour-là, il l’avait vue exactement telle qu’elle se présentait devant lui à cet instant même. « Ne savez-vous pas si vos prières et vos sacrifices ont été exaucés ? » « Non, votre Excellence. » - « Ne souhaiteriez-vous pas le savoir ? » - « Le bon Dieu sait quand se fait quelque bien, cela est suffisant », répondit-elle simplement. L’évêque bouleversé dit : « Pour l’amour de Dieu, continuez votre œuvre ! »

    La sœur s’agenouilla devant lui et demanda sa bénédiction. L’évêque leva solennellement les mains et saisi d’une profonde émotion, il dit : «De par mes pouvoirs épiscopaux, je bénis votre âme, vos mains et le travail qu’elles accomplissent, je bénis vos prières et vos sacrifices, votre abnégation et votre obéissance. Je vous bénis tout spécialement pour votre dernière heure et prie Dieu qu’Il vous assiste et vous console. » - « Amen », répondit tranquillement la sœur, puis elle s’éloigna.

 

Un Enseignement pour toute la Vie

 

Mgr Ketteler, profondément bouleversé, alla à la fenêtre et, cherchant à retrouver son calme, regarda au-dehors. Plus tard il prit congé de la supérieure pour réintégrer le domicile de son ami et confrère. Il lui confia :

« Maintenant, j’ai trouvé celle à qui je dois ma vocation. C’est la dernière et la plus pauvre sœur converse du couvent. Je ne pourrai jamais assez rendre grâce à Dieu pour sa miséricorde, parce que cette sœur prie pour moi depuis près de 20 ans. Et Dieu, par anticipation, avait accueilli sa prière et avait prévu que le jour de sa naissance coïnciderait avec le jour de ma conversion ; par la suite, Dieu a accueilli les prières et les bonnes œuvres de cette sœur.

    Quel enseignement et quel avertissement pour moi ! Si jamais je pouvais être tenté de m’enorgueillir pour certains succès ou pour mes œuvres devant les hommes, je devrais me souvenir que tout me vient de la grâce de la prière et du sacrifice d’une pauvre servante qui travaille dans l’étable d’un couvent. Et si un travail insignifiant me paraît avoir peu de valeur, je dois penser que ce que cette pauvre servante, dans l’obéissance humble à Dieu, fait et offre en sacrifice avec abnégation, a une telle valeur en face de Dieu qu’en réalité, toutes ses œuvres ont valu un évêque à l’Eglise. »



 

Sainte ThÉrÈse de Lisieux  (1873-1897)

 

Thérèse avait seulement 14 ans, lorsqu’elle comprit sa vocation de mère spirituelle pour les prêtres, lors d’un pèlerinage à Rome. Elle raconte dans son autobiographie, qu’après avoir fait connaissance en Italie de beaucoup de saints prêtres, elle comprit que malgré leur sublime dignité, ils restaient des hommes faibles et fragiles. « Si de saints prêtres (…) montrent dans leur conduite qu’ils ont un extrême besoin de prières, que faut-il dire de ceux qui sont tièdes ? » (A 56) Dans une de ses lettres, elle encourageait sa sœur Céline : « Vivons pour les âmes... soyons apôtres… sauvons surtout les âmes des Prêtres. (…) Prions, souffrons pour eux, et au dernier jour Jésus sera reconnaissant. » (LT 94)

 

Dans la vie de Sainte Thérèse, docteur de l’Eglise, un épisode émouvant nous montre son zèle pour les âmes et spécialement pour les missionnaires. Elle était déjà très malade et marchait avec grand peine. L’infirmière lui avait conseillé de faire tous les jours une petite promenade d’un quart d’heure dans le jardin. Tout en ne croyant pas à l’utilité de cet exercice, elle s’exécutait fidèlement chaque jour. Une fois, une sœur qui l’accompagnait, voyant les grandes souffrances que lui procurait la marche, lui dit : « Vous feriez bien mieux de vous reposer, cette promenade ne peut vous faire aucun bien dans de pareilles conditions ; vous vous épuisez et c’est tout. » La sainte répondit : « Eh bien, je marche pour un missionnaire. Je pense que là-bas, bien loin, l’un d’eux est peut-être épuisé dans ses courses apostoliques, et, pour diminuer ses fatigues, j’offre les miennes au bon Dieu. » (DP 35)

    Dieu accepta le désir de Thérèse d’offrir sa vie pour les prêtres : la mère supérieure lui confia, en effet, le nom de deux séminaristes. Ils avaient demandé le soutien spirituel d’une carmélite. Le premier était l’abbé Maurice Bellière, qui peu de jours après la mort de Thérèse reçut l’habit des “Pères Blancs” et devint ainsi prêtre et missionnaire. L’autre était le père Adolphe Roulland, que la sainte accompagna de sa prière et de ses sacrifices jusqu’à l’ordination sacerdotale.


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Adoration pour la Sanctification des Prêtres - Maternité Spirituelle 4

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Berthe Petit (1870-1943)

 

Berthe Petit est une grande mystique belge, une âme d’expiation peu connue.

Jésus lui montra clairement le prêtre pour lequel elle devait renoncer à ses projets personnels et lui permit aussi de le rencontrer.

 

Le Prix À payer pour un saint PrÊtre

 

Dès l’âge de 15 ans, Berthe priait pendant chaque messe pour le prêtre célébrant. : « Mon Jésus, fais que ton prêtre ne manque pas à ses devoirs envers toi ! » Lorsque Berthe eut 17 ans, ses parents perdirent toute leur fortune suite à un cautionnement. Le 8 décembre 1888, son directeur spirituel dit à Berthe que sa vocation n’était pas d’entrer dans un monastère mais de rester à la maison et d’assister ses parents. La jeune fille accepta ce sacrifice à contrecœur ; cependant elle pria la Sainte Vierge d’intercéder afin que Jésus appelle un prêtre fervent et saint en échange de sa vocation religieuse. « Vous serez exaucée ! » la rassura son père spirituel.

Ce qu’elle ne pouvait prévoir arriva 16 jours plus tard : un juriste de 22 ans, Louis Decorsant, priait devant une statue de Notre Dame des Douleurs. Brusquement et d’une façon inattendue, il eut la certitude que sa vocation n’était ni d’épouser la jeune fille qu’il aimait ni d’exercer la profession de notaire. Il comprit clairement que Dieu l’appelait au sacerdoce. Cet appel fut si clair et pressant qu’il n’hésita pas un instant à tout laisser. Après des études à Rome où il termina son doctorat, il fut ordonné prêtre en 1893. A cette époque-là, Berthe avait 22 ans. La même année, le jeune prêtre de 27 ans célébrait la messe de minuit en banlieue parisienne. Ce fait a son importance parce qu’à la même heure, Berthe, se trouvant également à la messe de minuit dans une autre paroisse, promettait solennellement au Seigneur : « Mon Jésus, je voudrais être une victime pour les prêtres, pour tous les prêtres mais surtout pour le prêtre de ma vie. »

    

Quand le Saint-Sacrement fut exposé, la jeune fille vit soudain une grande croix avec Jésus crucifié et à ses pieds Marie et Jean. Elle entendit ces paroles : « Ton sacrifice a été accepté et ta prière exaucée. Voici ton prêtre … Tu le connaîtras un jour. » Et Berthe vit que le visage de Jean avait les traits d’un prêtre inconnu. Il s’agissait du Révérend P. Louis Decorsant ; ce n’est pourtant qu’en 1908, c’est-à-dire 15 ans plus tard, que Berthe le rencontrera et reconnaîtra son visage.

 

La rencontre voulue par Dieu

 

Berthe se trouvait à Lourdes en pèlerinage. La Sainte Vierge lui confirma : « Tu verras le prêtre que tu as demandé à Dieu il y a vingt ans ; cela arrivera bientôt. »

Plus tard, Berthe se trouvait avec une amie gare d’Austerlitz à Paris, dans un train à destination de Lourdes, lorsqu’un prêtre monta dans leur compartiment pour réserver une place pour une malade. C’était le Révérend P. Decorsant. Ses traits étaient ceux que Berthe avait vu sur le visage de Saint Jean 15 ans auparavant, de celui pour qui elle avait offert tant de prières et de souffrances physiques. Après avoir échangé quelques mots aimables, le prêtre descendit du train. Exactement  un mois plus tard, le même Révérend P. Decorsant entreprit un pèlerinage à Lourdes afin de confier son avenir sacerdotal à la Sainte Vierge. Chargé de ses bagages, il rencontra à nouveau Berthe et son amie. Les reconnaissant, il les invita à la célébration de sa messe. Pendant l’élévation, Jésus dit à Berthe : « C’est le prêtre pour lequel j’ai accepté ton sacrifice. » Après la liturgie, Berthe apprit que “le prêtre de sa vie” logeait dans la même pension qu’elle.

 

Une tÂche commune

 

Berthe se confia à P. Decorsant, lui révélant sa vie spirituelle et sa mission pour la consécration au Cœur Immaculé et Douloureux de Marie. De son côté il comprit que Dieu lui avait confié cette âme précieuse. Il accepta un poste en Belgique et devint pour Berthe Petit un saint directeur spirituel et un soutien infatigable pour la réalisation de sa mission. En excellent théologien, il fut l’intermédiaire idéal avec la hiérarchie de l’Eglise à Rome.

    Pendant 24 ans, c’est-à-dire jusqu’à sa mort, il accompagna Berthe qui, de par sa vocation d’expiation, était souvent malade et souffrait tout particulièrement pour les prêtres qui abandonnaient leur vocation.


 

La vÉnÉrable Conchita de Mexico  (1862-1937)

 

Maria Concepciόn Cabrera de Armida, dite Conchita, épouse et mère de famille, est une de ces saintes modernes qui a été longtemps formée par Jésus à la vocation de mère spirituelle pour les prêtres. A l’avenir, elle aura une grande importance pour l’Eglise universelle.

 

Un jour, Jésus expliqua à Conchita : « Il y a des âmes qui par leur ordination ont reçu l’onction sacerdotale. Mais il y a … aussi des âmes sacerdotales qui, sans avoir la dignité ou l’ordination sacerdotale, en détiennent la vocation. Elles s’offrent en union avec Moi. (…) Ces âmes soutiennent l’Eglise d’une force incroyable. Tu seras la mère d’un grand nombre d’enfants spirituels mais qui coûteront à ton cœur mille martyres. Offre-toi en oblation pour les prêtres. Unis-toi à mon sacrifice afin de leur obtenir des grâces. » « Je veux revenir dans ce monde… en mes prêtres. Je veux renouveler le monde, en Me révélant à travers mes prêtres. Je désire donner une puissante impulsion à mon Eglise en répandant, comme en une nouvelle Pentecôte, mon Saint Esprit sur mes prêtres. » « L’Eglise et le monde ont besoin d’une nouvelle Pentecôte, d’une Pentecôte sacerdotale, intérieure. »

Conchita, encore jeune fille, priait souvent devant le Saint Sacrement : « Seigneur, comme je me sens incapable de T’aimer, je voudrais me marier pour que Tu me donnes beaucoup d’enfants qui T’aimeront plus que je ne le pourrais moi-même. » Neuf enfants sont nés de ce très heureux mariage, deux filles et sept garçons qu’elle a tous consacrés à la Sainte Vierge : « Je Te les offre entièrement pour qu’ils soient tes enfants. Tu sais que je suis incapable de les élever, je ne comprends pas assez ce que signifie être mère. Toi, Tu le sais. » Conchita a vu mourir quatre de ses enfants, tous morts saintement.

Conchita fut concrètement la mère spirituelle pour le sacerdoce d’un de ses propres fils. Elle écrit de lui : « Manuel est né à l’heure de la mort du prêtre José Camacho. Ayant entendu cela, j’ai prié Dieu pour que mon fils puisse prendre la relève de ce prêtre devant l’autel… Dès que Manuel a commencé à parler, nous avons imploré ensemble la grâce de la vocation au sacerdoce... Le jour de sa première communion et à l’occasion de toutes les grandes fêtes, il renouvela cette prière. (…) A 17 ans, il entra dans la Compagnie de Jésus. »

Quand, en 1906, Manuel (son troisième enfant, né en 1889), lui communiqua depuis l’Espagne sa décision, elle lui écrivit : « Donne-toi de tout ton cœur au Seigneur sans jamais te refuser à Lui. Oublie les créatures et surtout oublie-toi toi-même ! Je ne puis m’imaginer un consacré qui ne soit pas un saint. On ne se donne pas à Dieu à moitié. Tâche d’être généreux envers Lui ! »

En Espagne en 1914, Conchita rencontra Manuel pour la dernière fois puisqu’il n’allait plus rentrer au Mexique. A cette époque, il écrivit : « Ma chère petite maman, tu m’as montré le chemin. Par bonheur, dès mon enfance, tu m’as parlé de la Croix. Cet enseignement, à la fois difficile et bénéfique, je voudrais désormais le mettre en pratique. » Sa mère aussi souffrit de ce renoncement : « J’ai porté ta lettre au tabernacle et j’ai dit au Seigneur que j’acceptais de toute mon âme ce sacrifice. Le lendemain, pour recevoir la Sainte Communion, j’ai posé cette lettre sur mon cœur afin de renouveler mon abandon total. »

 

« Maman, apprends-moi À Être PrÊtre ! »

 

Le 23 juillet 1922, Manuel, âgé de 33 ans, écrivit à sa mère une semaine avant l’ordination : « Maman, apprends-moi à être prêtre ! Parle-moi de cette joie immense de pouvoir célébrer la Sainte Messe. Je remets tout entre tes mains comme le petit enfant que j’étais, que tu as serré contre ton cœur pour m’apprendre les beaux noms de Jésus et de Marie et pour m’introduire dans ce mystère. Vraiment, je me sens comme un petit enfant qui te demande des prières et des sacrifices. (…) Dès que je serai prêtre, je t’enverrai ma bénédiction et, à genoux, je recevrai la tienne. »

Le 31 juillet 1922, au moment de l’ordination de Manuel à Barcelone, Conchita, qui était au Mexique, se leva pendant la nuit - en raison du décalage horaire - afin de participer spirituellement à l’ordination de son fils. Bouleversée, elle reconnut : « Je suis la mère d’un prêtre ! … Je ne puis que pleurer et rendre grâce ! J’invite le ciel entier à rendre grâce à ma place ; j’en suis incapable, pauvre de moi. » Dix ans plus tard, elle écrivit à son fils : « Je ne puis m’imaginer un prêtre qui ne soit pas Jésus, encore moins un prêtre de la Compagnie de Jésus. Je prie pour toi afin que ta transformation dans le Christ soit toujours plus intense, et que tu sois Jésus jour et nuit. » (le 17 mai 1932) « Que ferions-nous sans la Croix ? Sans les douleurs qui unissent, qui sanctifient, qui purifient, qui nous obtiennent des grâces, la vie serait insupportable. » (le 10 juin 1932) Le père Manuel mourut en 1955, à 66 ans, en odeur de sainteté.

    

Le Seigneur expliqua à Conchita au sujet de son propre apostolat : « Je te confierai encore un autre martyre : tu endureras tout ce que les prêtres commettent contre Moi. Tu vivras et tu offriras pour leur infidélité et leur misère. » Cette maternité spirituelle pour la sanctification des prêtres et de l’Eglise l’a entièrement consumée. Conchita mourut en 1937 à l’âge de 75 ans.

(clerus.org)

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