C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Crédit peintures: B. Lopez
Un nouvel Avent vient de commencer, début d'une nouvelle année liturgique. Cette année, comment ne pas y entrer en se laissant guider par les balises
que Benoît XVI a posées pour le peuple que Jésus lui a confié ? Vous avez sans doute appris que notre Saint-Père vient de publier sa deuxième encyclique. Après avoir écrit sa première sur le
thème de l'amour, il aborde maintenant celui de l'espérance. Voici les premiers mots :« SPE SALVI facti sumus » – dans l'espérance nous avons tous été sauvés, dit saint Paul aux Romains et à nous aussi (Rm 8, 24). Selon la foi chrétienne, la « rédemption », le salut n'est pas un simple donné de fait. La rédemption nous est offerte en ce sens que nous a été donnée l'espérance, une espérance fiable, en vertu de laquelle nous pouvons affronter notre présent : le présent, même un présent pénible, peut être vécu et accepté s'il conduit vers un terme et si nous pouvons être sûrs de ce terme, si ce terme est si grand qu'il peut justifier les efforts du chemin. (n° 1)
Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. Leur communauté, en effet, s'édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l'Esprit-Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d'un message de salut qu'il leur faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. (n° 1)
Pour que la société chrétienne bénéficie de tous ces précieux avantages et qu'elle les conserve, il faut faire connaître le plus possible la doctrine de la dignité royale de notre Sauveur. Or, aucun moyen ne semble mieux assurer ce résultat que l'institution d'une fête propre et spéciale en l'honneur du Christ-Roi.
Car, pour pénétrer le peuple des vérités de la foi et l'élever ainsi aux joies de la vie intérieure, les solennités annuelles des fêtes liturgiques sont bien plus efficaces que tous les documents, même les plus graves, du magistère ecclésiastique. Ceux-ci n'atteignent, habituellement, que le petit nombre et les plus cultivés, celles-là touchent et instruisent tous les fidèles ; les uns, si l'on peut dire, ne parlent qu'une fois ; les autres le font chaque année et à perpétuité ; et, si les derniers s'adressent surtout à l'intelligence, les premières étendent leur influence salutaire au cœur et à l'intelligence, donc à l'homme tout entier.
C'est pourquoi, après s'être efforcé de pénétrer plus avant dans le mystère de l'Église, le deuxième Concile du Vatican n'hésite pas à s'adresser maintenant, non plus aux seuls fils de l'Église et à tous ceux qui se réclament du Christ, mais à tous les hommes. À tous il veut exposer comment il envisage la présence et l'action de l'Église dans le monde d'aujourd'hui. (n° 1)
Ces quelques lignes suffisent à faire comprendre à quel point l’encyclique est fortement marquée de l’empreinte du Ratzinger, philosophe, théologien et pape.
Il ne faut néanmoins pas s’attendre à n’y trouver qu’une leçon savante. Le style est vibrant, l’argumentation riche en images et le récit animé par des personnages.
Sous les yeux du lecteur défile toute l’histoire du monde, de ses origines à son achèvement. Les pages finales sur le Christ juge, sur l’enfer, sur le purgatoire, sur le paradis sont fulgurantes à cause des sujets eux-mêmes – ils ont presque disparu de la prédication dans les églises – et plus encore par la manière dont ils sont traités.
Le texte doit être lu dans son intégralité, comme tous les écrits de Benoît XVI, qui ne comportent jamais de page choc, ni de phrase-manifeste qui puisse être facilement monté en épingle.Fermons la parenthèse et remarquons que Benoît XVI lui-même écrit dans son encyclique :
Le christianisme n'était pas seulement une "bonne nouvelle" – la communication d'un contenu jusqu'à présent ignoré. Dans notre langage, nous dirions : le message chrétien n'était pas seulement "informatif", mais "performatif". Cela signifie que l'Évangile n'est pas uniquement une communication d'éléments que l'on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie. La porte obscure du temps, de l'avenir, a été ouverte toute grande. Celui qui a l'espérance vit différemment ; une vie nouvelle lui a déjà été donnée. (n° 2)
L'Avent rend vive l'attente du Christ, qui viendra nous visiter, réalisant pleinement son Règne de justice et de paix. La révocation annuelle de la naissance du Messie à Bethléem renouvelle dans le coeur des croyants la certitude que Dieu est fidèle à ses promesses. L'Avent est donc une puissante annonce d'espérance, qui touche en profondeur notre expérience personnelle et communautaire. (Mercredi 17 décembre 2003)