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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#la vache qui rumine b 2012

Benoît XVI, Méditation sur le Samedi Saint devant le Saint-Suaire de Turin

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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Chers amis,

C'est pour moi un moment très attendu. En diverses autres occasions, je me suis trouvé face au Saint-Suaire, mais cette fois, je vis ce pèlerinage et cette halte avec une intensité particulière:  sans doute parce que les années qui passent me rendent encore plus sensible au message de cet extraordinaire Icône; sans doute, et je dirais surtout, parce que je suis ici en tant que Successeur de Pierre, et que je porte dans mon cœur toute l'Eglise, et même toute l'humanité. Je rends grâce à Dieu pour le don de ce pèlerinage et également pour l'occasion de partager avec vous une brève méditation qui m'a été suggérée par le sous-titre de cette Ostension solennelle:  "Le mystère du Samedi Saint".

On peut dire que le Saint-Suaire est l'Icône de ce mystère, l'Icône du Samedi Saint. En effet, il s'agit d'un linceul qui a enveloppé la dépouille d'un homme crucifié correspondant en tout point à ce que les Evangiles nous rapportent de Jésus, qui, crucifié vers midi, expira vers trois heures de l'après-midi. Le soir venu, comme c'était la Parascève, c'est-à-dire la veille du sabbat solennel de Pâques, Joseph d'Arimathie, un riche et influent membre du Sanhédrin, demanda courageusement à Ponce Pilate de pouvoir enterrer Jésus dans son tombeau neuf, qu'il avait fait creuser dans le roc à peu de distance du Golgotha. Ayant obtenu l'autorisation, il acheta un linceul et, ayant descendu le corps de Jésus de la croix, l'enveloppa dans ce linceul et le déposa dans le tombeau (cf. Mc 15, 42-46). C'est ce que rapporte l'Evangile de saint Marc, et les autres évangélistes concordent avec lui. A partir de ce moment, Jésus demeura dans le sépulcre jusqu'à l'aube du jour après le sabbat, et le Saint-Suaire de Turin nous offre l'image de ce qu'était son corps étendu dans le tombeau au cours de cette période, qui fut chronologiquement brève (environ un jour et demi), mais qui fut immense, infinie dans sa valeur et sa signification.

Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché, comme on le lit dans une ancienne Homélie:  "Que se passe-t-il? Aujourd'hui, un grand silence enveloppe la terre. Un grand silence et un grand calme. Un grand silence parce que le Roi dort... Dieu s'est endormi dans la chair, et il réveille ceux qui étaient dans les enfers" (Homélie pour le Samedi Saint, PG 43, 439). Dans le Credo, nous professons que Jésus Christ "a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers. Le troisième jour est ressuscité des morts".

Chers frères et sœurs, à notre époque, en particulier après avoir traversé le siècle dernier, l'humanité est devenue particulièrement sensible au mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l'homme contemporain, de façon existentielle, presque inconsciente, comme un vide dans le cœur qui s'est élargi toujours plus. Vers la fin du xix siècle, Nietzsche écrivait:  "Dieu est mort! Et c'est nous qui l'avons tué!". Cette célèbre expression est, si nous regardons bien, prise presque à la lettre par la tradition chrétienne, nous la répétons souvent dans la Via Crucis, peut-être sans nous rendre pleinement compte de ce que nous disons. Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulagHiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint:  l'obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s'interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. Nous aussi nous avons affaire avec cette obscurité.

Et toutefois, la mort du Fils de Dieu, de Jésus de Nazareth a un aspect opposé, totalement positif, source de réconfort et d'espérance. Et cela me fait penser au fait que le Saint-Suaire se présente comme un document "photographique", doté d'un "positif" et d'un "négatif". Et en effet, c'est précisément le cas:  le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d'une espérance qui ne connaît pas de limite. Le Samedi Saint est une "terre qui n'appartient à personne" entre la mort et la résurrection, mais dans cette "terre qui n'appartient à personne" est entré l'Un, l'Unique qui l'a traversée avec les signes de sa Passion pour l'homme:  "Passio Christi. Passio hominis". Et le Saint-Suaire nous parle exactement de ce moment, il témoigne précisément de l'intervalle unique et qu'on ne peut répéter dans l'histoire de l'humanité et de l'univers, dans lequel Dieu, dans Jésus Christ, a partagé non seulement notre mort, mais également le fait que nous demeurions dans la mort. La solidarité la plus radicale.

Dans ce "temps-au-delà-du temps", Jésus Christ "est descendu aux enfers". Que signifie cette expression? Elle signifie que Dieu, s'étant fait homme, est arrivé au point d'entrer dans la solitude extrême et absolue de l'homme, où n'arrive aucun rayon d'amour, où règne l'abandon total sans aucune parole de réconfort:  "les enfers". Jésus Christ, demeurant dans la mort, a franchi la porte de cette ultime solitude pour nous guider également à la franchir avec Lui. Nous avons tous parfois ressenti une terrible sensation d'abandon, et ce qui nous fait le plus peur dans la mort, est précisément cela, comme des enfants, nous avons peur de rester seuls dans l'obscurité, et seule la présence d'une personne qui nous aime peut nous rassurer. Voilà, c'est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint:  dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L'impensable a eu lieu:  c'est-à-dire que l'Amour a pénétré "dans les enfers":  dans l'obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L'être humain vit pour le fait qu'il est aimé et qu'il peut aimer; et si dans l'espace de la mort également, a pénétré l'amour, alors là aussi est arrivée la vie. A l'heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls:  "Passio Christi. Passio hominis".

Tel est le mystère du Samedi Saint! Précisément de là, de l'obscurité de la mort du Fils de Dieu est apparue la lumière d'une espérance nouvelle:  la lumière de la Résurrection. Et bien, il me semble qu'en regardant ce saint linceul avec les yeux de la foi, on perçoit quelque chose de cette lumière. En effet, le Saint-Suaire a été immergé dans cette obscurité profonde, mais il est dans le même temps lumineux; et je pense que si des milliers et des milliers de personnes viennent le vénérer, sans compter celles qui le contemplent à travers les images - c'est parce qu'en lui, elles ne voient pas seulement l'obscurité, mais également la lumière; pas tant l'échec de la vie et de l'amour, mais plutôt la victoire, la victoire de la vie sur la mort, de l'amour sur la haine; elles voient bien la mort de Jésus, mais elles entrevoient sa Résurrection; au sein de la mort bat à présent la vie, car l'amour y habite. Tel est le pouvoir du Saint-Suaire:  du visage de cet "Homme des douleurs", qui porte sur lui la passion de l'homme de tout temps et de tout lieu, nos passions, nos souffrances, nos difficultés, nos péchés également - "Passio Christi. Passio hominis" - de ce visage émane une majesté solennelle, une grandeur paradoxale. Ce visage, ces mains et ces pieds, ce côté, tout ce corps parle, il est lui-même une parole que nous pouvons écouter dans le silence. Que nous dit le Saint-Suaire? Il parle avec le sang, et le sang est la vie! Le Saint-Suaire est une Icône écrite avec le sang; le sang d'un homme flagellé, couronné d'épines, crucifié et transpercé au côté droit. L'image imprimée sur le Saint-Suaire est celle d'un mort, mais le sang parle de sa vie. Chaque trace de sang parle d'amour et de vie. En particulier cette tâche abondante à proximité du flanc, faite de sang et d'eau ayant coulé avec abondance par une large blessure procurée par un coup de lance romaine, ce sang et cette eau parlent de vie. C'est comme une source qui murmure dans le silence, et nous, nous pouvons l'entendre, nous pouvons l'écouter, dans le silence du Samedi Saint.

Chers amis, rendons toujours gloire au Seigneur pour son amour fidèle et miséricordieux. En partant de ce lieu saint, portons dans les yeux l'image du Saint-Suaire, portons dans le cœur cette parole d'amour, et louons Dieu avec une vie pleine de foi, d'espérance et de charité. Merci.

 

© Copyright 2010 - Libreria Editrice Vaticana

 

(Vidéo)

Benoît XVI met en garde contre une fausse religiosité

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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Le danger de la fausse religiosité et de l'hypocrisie était au coeur de la réflexion que Benoît XVI a partagé avec plus quatre mille pèlerins ce dimanche, avant de réciter l'Angélus dans la cour du palais apostolique de Castel Gandolfo. Rappelant les paroles de Jésus contre les scribes et les pharisiens dans l'Evangile du jour - "ce peuple m'honore des lèvres, mais son coeur est éloigné de moi"- le Pape a souligné que nous aussi, aujourd'hui, sommes tentés de fonder notre sécurité et notre joie sur autre chose que la Parole du Seigneur, "sur les biens matériels, sur le pouvoir, sur d'autres divinités qui en réalité sont vaines et sont des idoles". La loi de Dieu demeure, mais elle n'est pas notre règl ...

 

 

 

Benoît XVI, L'hypocrisie est la marque du diable

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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« L’hypocrisie est la marque du diable ». C’est ce qu’a souligné Benoît XVI ce dimanche depuis Castel Gandolfo, lors de la prière de l’angélus, appelant les chrétiens à « être toujours sincères avec Jésus et avec les autres ». 
Le Pape qui commentait l’Evangile du jour sur la fidélité au Christ des douze apôtres et la confession de foi de Pierre, a indiqué, citant saint Augustin, qu’il « fallait tout d’abord croire pour pouvoir connaître ». 
Benoît XVI s’est attardé sur le comportement de Judas « qui aurait pu s’en aller comme l’avaient fait de nombreux disciplines, qui aurait dû s’en aller s’il avait été honnête » mais qui resta aux côtés de Jésus, « non pas par foi, par amour, mais pour se venger parce qu’il se sentait trahi ». « Judas voulait un messie victorieux, capable de guider une révolte contre les Romains. Mais Jésus avait déçu cette attente ». 
Le problème, a expliqué le Pape, c’est que Judas ne partit pas. « Sa faute la plus grave fut l’hypocrisie, qui est la marque du diable » a-t-il ajouté. S’adressant aux pèlerins francophones le Pape a alors invité les fidèles à se mettre « sous le regard de Dieu afin qu’il permette de discerner ce qui est bon, pour l’accomplir 

La France reste plus que jamais une terre de mission

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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Dimanche, lors d'une messe célébrée à Frascati, aux abords de Rome, le Pape, se basant sur l’Evangile du jour, a parlé de la mission, alors que Jésus envoie ses disciples pour porter la Bonne Nouvelle de l’Evangile. 

 
La France est plus que jamais un pays de mission, surtout dans les milieux ouvriers et ruraux ; c’est ce constat que fait en 1941, Mgr Suhard, archevêque de Paris. Il crée alors une communauté de prêtres et de laïcs pour évangéliser les lieux déchristianisés : ainsi naît la Mission de France. Aujourd’hui encore, elle continue à envoyer des prêtres qui vivent dans les mêmes conditions de travail que les habitants. Laïcs et ecclésiastiques composent cette prélature territoriale de 700 membres, un quasi diocèse, mené par un évêque, Mgr Yves Patenôtre.


L’assemblée générale de la Mission de France, qui s’est tenue ce week-end près d’Angers, n’a lieu que tous les cinq ans. Ses orientations pour les prochaines années : se rapprocher des personnes en situation de précarité, cultiver une dimension internationale, et s’interroger sur les effets de la sécularisation de la société.


Ecoutons le Père Dominique Fontaine, Vicaire général de la communauté. Il est interrogé par Solange Pinilla (Radio Vatican) : >> RealAudioMP3 

Benoît XVI, A l'exemple de Jean-Baptiste témoigner du Christ à temps et à contretemps

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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ROME, dimanche 24 juin 2012 (ZENIT.org) – L’exemple de saint Jean-Baptiste, « nous invite à nous convertir, à témoigner du Christ et à l’annoncer à temps et à contretemps, en étant comme lui la voix qui crie dans le désert, et cela jusqu’au don de notre vie », déclare Benoît XVI.

 Le pape a en effet présidé la prière de l’angélus depuis la fenêtre de son bureau qui donne place Saint-Pierre, en présence de milliers de visiteurs présents à Rome et pour les radios et les télévisions qui diffusent l’angélus en direct ou en différé le dimanche.


Paroles de Benoît XVI avant l’angélus, en italien :

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, 24 juin, nous célébrons la solennelle Nativité de saint Jean-Baptiste. A part la Vierge Marie, le Baptiste est le seul saint dont la liturgie célèbre la naissance, et elle le fait parce que celle-ci est étroitement liée au mystère de l’incarnation du Fils de Dieu. Depuis le sein maternel, en effet, Jean est le précurseur de Jésus : sa conception prodigieuse est annoncée par l’ange à Marie, comme le signe que « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37), six mois avant le grand prodige qui nous donne le salut, l’union de Dieu avec l’homme par l’action du Saint-Esprit.

Les quatre évangiles donnent une grande importance à la figure de Jean-Baptiste en tant que prophète qui conclut l’Ancien Testament, et inaugure le Nouveau, indiquant en Jésus de Nazareth le Messie, le Consacré du Seigneur.

De fait, Jésus lui-même parlera de Jean en ces termes : « Il est celui dont il est écrit : Voici que moi j'envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route devant toi. En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui » (Mt 11,10-11).

Le père de Jean, Zacharie, mari d’Elisabeth, parente de Marie, était un prêtre du culte juif. Il n’a pas cru tout de suite à l’annonce d’une paternité qu’il n’espérait plus désormais,  et c’est pour cette raison qu’il demeura muet jusqu’au jour de la circoncision de l’enfant auquel lui et sa femme donnèrent le nom indiqué par Dieu, c’est-à-dire « Jean », ce qui signifie : « Le Seigneur fait grâce ». Animé par l’Esprit Saint, Zacharie parla ainsi de la mission de son fils : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant le Seigneur, pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut par la rémission de ses péchés » (Lc 1,76-77).

Tout ceci se manifesta trente ans après, quand Jean se mit à baptiser dans le fleuve du Jourdain, en appelant les gens à se préparer, par ce geste de pénitence, à la venue imminente du Messie que Dieu lui avait rélévée durant son séjour dans le désert de Judée. C’est pourquoi on l’appela « le Baptiste », c’est-à-dire le « Baptiseur » (cf. Mt 3,1-6).

Lorsqu’un jour, de Nazareth, Jésus lui-mêrme vint se faire baptiser, Jean tout d’abord refusa, mais il consentit ensuite, et il vit l’Esprit Saint se poser sur Jésus et il entendit la voix du Père céleste qui l’appelait son Fils (cf. Mt 3,13- 17).

Mais sa mission n’était pas encore achevée : peu après, il lui fut demandé de précéder Jésus aussi dans la mort violente. Jean fut décapité dans la prison du roi Hérode, et il rendit ainsi pleinement témoignage à l’Agneau de Dieu qu’il avait été le premier à connaître et à désigner publiquement.

Chers amis, la Vierge Marie a aidé sa parente âgée, Elisabeth, à porter à son terme sa grossesse de Jean. Qu’elle nous aide tous à suivre Jésus, le Christ, le Fils de Dieu, que le Baptiste a annoncé avec grande humilité et ardeur prophétique.


Paroles de Benoît XVI après l’angélus :

(En italien)

Chers frères et sœurs,

C’est aujourd’hui, en Italie, la Journée de la charité du pape. Je remercie toutes les communautés paroissiales, les familles et chaque fidèle de leur soutien constant et généreux, en faveur de tant de frères en difficulté. A ce propos, je rappelle qu’après demain, s’il plaît à Dieu, je ferai une brève visite dans les régions frappées par le récent  tremblement de terre dans le Nord de l’Italie. Je voudrais que ce soit un signe de la solidarité de toute l’Eglise, et je vous invite donc tous à m’accompagner de votre prière.

(En français)

En ce jour de la fête de la nativité de saint Jean-Baptiste, je suis heureux d’accueillir les pèlerins francophones présents pour la prière de l’Angélus. Saint Jean-Baptiste, le plus grand des enfants des hommes, a su reconnaître le Seigneur. Après avoir baptisé Jésus dans les eaux du Jourdain et l’avoir désigné comme le Messie, il s’est effacé humblement devant lui. Son exemple nous invite à nous convertir, à témoigner du Christ et à l’annoncer à temps et à contretemps, en étant comme lui la voix qui crie dans le désert, et cela jusqu’au don de notre vie. Avec la Vierge Marie sachons rendre grâce à Dieu pour tous ses bienfaits ! Bon dimanche !

© Libreria Editrice Vaticana

Traduction de ZENIT, Anita Bourdin

Saint Bernard, Sermon pour la nativité de saint Jean Baptiste - Le flambeau avec sa triple chaleur et sa triple lumière.

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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1. Loin de vos assemblées, mes frères, ces reproches du Prophète aux assemblées des Juifs : « Vos assemblées sont des réunions d'iniquités (Isa. I, 13). » Vos assemblées, en effet, sont, non point des réunions d'iniquité, mais des réunions saintes, des assemblées religieuses, pleines de grâce et dignes de bénédiction. En effet, vous vous réunissez pour entendre la parole de Dieu; vous vous assemblez pour louer Dieu, pour le prier et l'adorer; dans tous les cas, vos réunions sont donc agréables à Dieu, et chères aux anges. Tenez-vous donc avec respect, mes frères, ayez l'esprit attentif et pieux; surtout dans ce lieu de prière, dans cette école du Christ, dans cet auditoire spirituel. Ne faites point attention, mes chers frères, aux choses qui se voient et sont temporelles, mais plutôt à celles qui ne se voient pas et sont éternelles : jugez selon la foi non selon la face des choses. En effet, cet endroit est deux fois terrible et redoutable, il n'est guère moins rempli par les anges que par les hommes. De quelque côté que nous nous tournions ici, on voit la porte du ciel ouverte, et se dresser cette échelle mystérieuse que les anges montent et descendent sur le Fils de l'homme , car ce Fils de l'homme n'est rien moins qu'un vrai géant, il a les cieux pour trône et la terre pour escabeau. Sa grandeur est plus grande que les cieux, et néanmoins il demeure avec nous jusqu'à la consommation des siècles. Aussi, que les saints anges descendent ou montent, c'est toujours vers Dieu, attendu que son corps et sa tète ne font qu'un, qui est le Christ.

2. Toutefois, ce n'est pas où ne se trouvera que la tête que les aigles s'assembleront, mais où se trouvera le corps, bien que le corps et la tête ne puissent se séparer. D'ailleurs, ne dit-il pas lui-même : « En quelque lieu que deux ou trois personnes s'assemblent en mon nom, je me trouverai au milieu d'elles (Matt. XVIII, 20) ? » Mais peut-être, me demanderez-vous où est le Christ? Peut-être, me direz-vous, montrez-nous le Christ et cela nous suffit. Pourquoi promenez-vous autour de vous des regards curieux ? N'est-ce pas plutôt pour entendre que pour voir, que vous vous êtes rassemblés ici ? Le Prophète disait : « Le Seigneur m'a ouvert l'oreille (Isa. L, 5). » S'il m'a ouvert l'oreille, ce n'est que pour que j'entende ce qu'il dit; car il ne m'a point ouvert les yeux pour que je contemple sa face. Mais, que dis-je, c'est son oreille qu'il ,m'a ouverte, non point sa face qu'il m'a découverte. Il est la, caché derrière la muraille, debout, il entend et il se fait entendre ; mais il ne se montre pas encore. Oui, il entend ceux qui le prient, et il instruit ceux qui l'écoutent. Est-ce que vous voulez éprouver celui qui parle en moi, le Christ (II Cor. XIII, 3) ? C'est moi, dit-il, qui parle de justice. Et pourquoi ne se servirait-il point de la bouche que lui-même a formée ? Qui donc empêche l'artisan de faire usage comme il lui plaît de son propre instrument? Seigneur, je vous prie d'ouvrir non-seulement les oreilles de ceux qui m'écoutent, mais aussi mes lèvres, car vous savez que je ne les détournerai point de votre service. Vous faites bien tout ce que vous faites; or, vous faites entendre les sourds et parler les muets.

3. Écoutez donc, mes frères, ce qu'il nous dit de saint Jean, dont nous célébrons aujourd'hui la nativité. «C'est, dit-il, une lampe ardente et luisante (Joan. V, 35.) » Voilà, mes frères, un grand témoignage, grand à cause de celui à qui il est rendu, mais bien plus grand encore à cause de celui qui le rend. « Il était donc, selon lui, une lampe ardente et luisante. » Luire seulement, c'est quelque chose de vain; ne faire que brûler, c'est peu; mais luire et brûler en même temps, c'est la perfection. Ecoutez encore un trait de la sainte Ecriture : « Le sage est stable comme le soleil, pour l'insensé il change comme la lune (Eccl. XXVII, 12). » Comme la lune a l'éclat sans la chaleur, elle parait tantôt pleine, tantôt petite. et tantôt nulle; sa lumière n'étant qu'une lumière d'emprunt ne reste jamais dans le même état, mais elle croît, décroît, s'affaiblit, se réduit presque à rien, et même ne paraît plus du tout. Ainsi en est-il des personnes qui placent leur conscience sur les lèvres des autres, ils sont tantôt grands, tantôt petits, tantôt nuls même, selon qu'il plaît à la langue de leurs flatteurs de les louer ou de les blâmer. Au contraire, l'éclat du soleil est de feu, et plus il brûle, plus il brille. Voilà comment brille au-dehors la chaleur intérieure du sage, et s'il ne lui est pas donné de briller et de brûler en même temps, il aime mieux brûler pour que son Père qui voit au dedans, le lui rende. Malheur à nous, si nous nous contentons du don des larmes; nous brillerons, il est vrai, et nous serons vantés par les hommes, mais c'est pour moi la moindre des choses que le jugement des hommes. Je n'ai qu'un juge, le Seigneur; or, il exige de tous qu'ils brûlent, non point qu'ils brillent. Il dit, en effet : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que désiré-je sinon qu'il s'allume (Luc. XII, 49) ? » C'est donc le précepte général, voilà ce qu'on demande à tous, et, s'il arrive qu'on manque en ce point, il n'y a pas d'excuse à faire valoir.

4. Au reste, c'est tout particulièrement aux apôtres et aux hommes apostoliques qu'il est dit : « Que votre lumière luise devant les hommes (Matt. V, 16), » parce qu'ils étaient allumés, fortement allumés mène, et n'avaient à craindre ni le souille, ni les coups même du vent. La même chose a été dite à Jean; mais, pour les apôtres, ces mots leur furent dits à l'oreille, tandis que pour saint Jean, il les entendit en esprit, comme un ange. Il se trouvait, en effet, d'autant plus près de Dieu, que la voix est plus près du Verbe à qui il n'est pas nécessaire qu'une voix humaine fasse connaître ce qui se passe dans le fond du tueur de l'homme. Ce n'est point par la prédication, mais par l’inspiration que fut instruit saint Jean; car le Saint-Esprit le remplit dès le sein de sa mère. En vérité, il fallait qu'il fût bien brûlant et bien . allumé celui qui se trouva animé par une flamme céleste, au point de sentir la présence du Christ, alors qu'il ne pouvait pas se sentir lui-même. Ce feu nouveau qui venait de descendre du ciel, était entre dans les oreilles de la Vierge en passant par les lèvres de Gabriel, et passa ensuite par celles de sa mère virginale pour entrer dans les oreilles de Jean encore au sein maternel, en sorte que à partir de ce moment le Saint-Esprit remplit ce vase d'élection et prépara cette lampe à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne fut donc dès lors une lampe ardente; mais il demeura placé sous le boisseau jusqu'au jour où il fut mis surie chandelier, pour éclairer tous ceux qui étaient dans la maison de Dieu. En effet, il ne peut alors éclairer que le boisseau sous lequel il se trouvait placé, il ne luisait que pour sa mère à qui il révéla un grand mystère de charité par le seul tressaillement de son allégresse. « D'où me vient ce bonheur, s'écrie-t-elle, que la mère de mon Seigneur me visite (Luc, I, 43). » O femme sainte, qui donc vous a appris que je suis la mère de Notre-Seigneur? Comment me connaissez-vous sous ce titre? C'est que, répondit-elle, « votre voix n'a pas eu plutôt frappé mes oreilles, quand vous m'avez saluée, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein (Ibid. 44). »

5. Il éclaira donc dès ce moment le boisseau sous lequel il était caché, lui à qui n'était point cachée la lampe ardente encore placée aussi sous le boisseau, mais qui devait bientôt jeter sur le monde entier un éclat nouveau. «C'était, dit le Seigneur, une lampe ardente et luisante (Joan. V, 35). » Il ne dit pas :  c'était une lampe luisante et ardente, car la lumière en saint Jean procédait de la chaleur, non point la chaleur de la lumière. Il y en a, en effet, qui ne brillent pas parce qu'ils brûlent, mais qui brûlent au contraire afin de briller; ceux-là ne brûlent point au souffle de la charité, ils brûlent des feux de la vanité. Voulez-vous que je vous dise comment saint Jean a brûlé et a lui ? Eh bien ! je vous dirai qu'il me semble qu'on peut trouver en lui un triple feu et une triple lumière. Ainsi, il était consumé intérieurement par la grande austérité de sa vie, par son dévouement caché mais ardent à Jésus-Christ, et enfin par les ardeurs infatigables de ses libres reproches. Mais il ne brilla pas moins qu'il ne brûla, pour le dire en trois mots, par l'exemple, par l'index, et par la parole, en se montrant lui-même comme un exemple à suivre, en montrant du doigt, pour la rémission des péchés, l'astre plus grand que lui qui était encore caché, et enfin, en jetant un rayon de lumière dans nos ténèbres . selon ce mot de l’Ecriture : « Puisque c'est vous, Seigneur, qui allumez ma lampe , éclairez mes ténèbres, ô mon Dieu (Psal. XVII, 29), pour me corriger.

` 6. Considérez donc, mon frère, cet homme promis par un ange, conçu par miracle, sanctifié dans le sein de sa mère, et soyez étonné de trouver dans cet homme si nouveau, la ferveur toute nouvelle aussi de la pénitence. « Si nous avons le vivre et le vêtement, dit l'Apôtre, sachons nous en contenter (I Tim. VI, 8). » C'est là la perfection pour un apôtre. Mais saint Jean a dédaigné cela. En effet, écoutez comment le Seigneur en parle dans son Évangile : « Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant (Matt. XI, 18), » on pourrait même presque dire aussi, ni se vêtant point. On ne peut pas donner le nom d'aliment à des sauterelles, ce n'en est un tout au plus que pour quelques animaux sans raison, de même qu'on ne peut guère voir un vêtement humain dans un tissu en poil de chameau (Luc. VII, 27). Pourquoi t'es-tu dégarni de ton poil, hôte du désert, et pourquoi n'as-tu pas plutôt laissé là ta bosse ? Et vous, animaux sans raison, qui habitez la forêt; vous, reptiles du désert, vous recherchez des mets délicats? Jean, cet homme saint, envoyé de Dieu, que dis-je, cet ange même de Dieu, selon que le Père a nommé quand il a dit: « Voici que j'envoie mon ange devant vous, » ce Jean-Baptiste, dis-je, dont pas un homme né de la femme n'a égalé la grandeur, châtie sa chair si parfaitement innocente, l'exténue et afflige, comme nous avons vu qu'il le faisait; et vous, vous soupirez après des vêtements de lin et de pourpre, vous recherchez les repas somptueux ! Hélas ! c'est presque à cela que se réduit toute la solennité de la fête de ce jour, c'est tout le culte que nous rendons à saint Jean-Baptiste; la joie qui, selon la prédiction de l'ange, devait accueillir sa naissance, se résume à ces pratiques? De qui donc célébrez-vous mémoire par ces délicatesses? De qui fêtez-vous la naissance? N'est-ce pas d'un homme qu'on a vu au désert, vêtu de poil de chameau, hâve de faim ? Qui donc êtes-vous allés voir au désert, fils de Babylone? était-ce un roseau que le vent agite? ou quoi encore? Un homme vêtu avec mollesse? nourri délicatement? Car votre solennité n'est guère autre chose que cela, vous ne recherchez que le souffle de la faveur populaire, que le luxe des habits, que les délices de la table. Mais quels rapports y a-t-il entre toutes ces choses et saint Jean? Car jamais il n'a rien fait de pareil et rien de semblable n'a jamais pu lui plaire.

7. « Beaucoup, dit l'Ange, se réjouiront à sa naissance (Luc. I, 14). » Et beaucoup , en effet, se réjouissent ce jour-là; on dit même que les païens en font aussi une fête joyeuse. Il est vrai qu'ils célèbrent ce qu'ils ne connaissent point; il n'en devrait pas être ainsi du chrétien. Mais enfin, les chrétiens en font une réjouissance, plût au ciel qu'ils se réjouissent de sa naissance, non point de la vanité. Or, qu'y a-t-il sous le soleil, sinon la vanité des vanités? Et qu'est-ce que l'homme retire de plus que cela de toutes les peines qu'il se donne sous le soleil? Or, mes frères, se trouve sous le soleil tout ce qui peut être éclairé de sa lumière matérielle. Qu'est-ce que tout cela, sinon une vapeur légère qui ne paraît que pour un moment (Jac. IV, 15) ? Qu'est-ce encore, autre chose que de l'herbe et la fleur de l'herbe des champs ? « Toute chair, dit le Seigneur, n'est que de l'herbe, et toute sa gloire est comme la fleur des champs; l'herbe s'est desséchée, et la fleur est tombée; mais la parole du Seigneur demeure éternellement (Isa. XL, 6). » C'est, donc sous cette parole que nous devons travailler, mes frères, si nous voulons vivre et être heureux à jamais. Acquérons par nos travaux, non la nourriture qui périt, mais une nourriture qui dure jusqu'à la vie éternelle. Quelle est-elle, cette nourriture-là? « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais encore de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Deut. VIII, 3, Mati. IV, 4 et Luc. IV, 4). » Semons donc dans cette parole, mes frères bien-aimés, semons en esprit, car celui qui sème dans la chair ne moissonne que la corruption. Que notre, joie soit tout intérieure, qu'elle ne paraisse point au soleil; au contraire, selon la recommandation de l'Apôtre « paraissons tristes ( II Cor. VI, 10), » c'est-à-dire, soyons humbles et graves, « mais réjouissons-nous toujours, » à cause de la consolation intérieure. Réjouissons-nous donc, mes frères, à la naissance de saint Jean, mais que notre joie ait sa source dans cette naissance.

8. Il y a, en effet, pour nous, dans le souvenir de cette naissance, de nombreux sujets de joie, une ample matière à allégresse. Il était lampe ardente et luisante, et les Juifs ont voulu se réjouir à son éclat. Mais lui aimait mieux se réjouir dans la chaleur de la dévotion, à la voix de l'Époux qu'il entendait comme ami de l'Époux. Pour nous, il faut nous réjouir de l'une et de l'autre, en même temps, nous réjouir de l'une pour lui, et de l'autre pour nous, car s'il était brûlait c'était pour lui, tandis qu'il n'a lui que pour nous. Réjouissons-nous donc de sa ferveur pour l'imiter, réjouissons-nous aussi de sa lumière, mais pour voir en elle une autre lumière, la vraie lumière qui n' est pas lui, mais qui est Celui à qui il a rendu témoignage. Le Seigneur a dit: « Jean est venu ne mangeant, ni ne buvant (Matt. XI, 18). » Voilà de quoi allumer la ferveur en moi, et y faire, naître l'humilité. Qui d'entre-nous, mes frères, en voyant la pénitence de Jean, osera, je ne dis pas exalter la sienne, mais seulement la compter pour quelque chose? Qui se permettra de murmurer dans ses peines, et s'écrier assez, trop de souffrances? Quels homicides, quels sacrilèges, quels crimes enfin, saint Jean. punissait-il par là en lui? Que cette vue nous enflamme pour la pénitence, mes frères; interrogeons nos consciences, excitons-nous à tirer vengeance de nous, pour échapper au terrible jugement du Dieu vivant. Que l'humilité d'une confession sincère supplée à la ferveur qui nous manque. Dieu est fidèle, et, si nous confessons nos iniquités, si nous exposons nos misères sous ses yeux, si nous n'excusons pas nos faiblesses, il nous remettra nos péchés.

9. Après cela considérez la chaleur de Jean-Baptiste contre les fautes du prochain. L'ordre que la raison et les convenances prescrivent de suivre est, en effet, que nous commencions par songer à nous. Le Psalmiste a dit : « Purifiez-moi, Seigneur, de mes fautes cachées, et préservez votre serviteur dés fautes d'autrui (Psal. XVIII, 13). — Race de vipères, qui vous a avertis de fuir la colère qui va fondre sur vous (Luc. m, 7) ? » De quel brasier ardent peuvent s'élancer de semblables étincelles, disons mieux, ces charbons incendiaires? Une autre fois encore, s'adressant aux Pharisiens qu'il n'épargne guère, il s'écrie : « N'allez pas dire : nous avons Abraham pour père; car je vous déclare que Dieu peut faire naître des enfants à Abraham de ces pierres mêmes (Luc. III, 8). » Mais qu'est-ce que cela, si on le voit ensuite trembler en présence des puissants, faire preuve d'une moins grande indépendance d'esprit pour reprendre les désordres d'un roi orgueilleux et cruel; si le zèle véhément et sacré qui le fait sortir du désert pour remplir ce ministère, vient expirer au pied de royales déférences, on dans la crainte de la mort? « Hérode, nous dit l'Évangéliste, qui craignait Jean, se réglait, en beaucoup de choses, sur ses conseils, et l’écoutait volontiers (Marc. VI, 20). » Mais lui, ne perdant rien de son zèle pour cela, disait : « Il ne vous est pas permis d'avoir cette femme ( Matt. XIV, 4).» Chargé de chaînes et jeté au fond d'un cachot, il ne tient pas moins fermement pour la vérité, et a même le bonheur de mourir pour elle. Puisse ce zèle brûler en nous, mes frères, puisse cet amour de la justice, cette haine du mal, s'y trouver également allumés. Que personne parmi nous, mes frères, ne flatte le péché, que nul ne esse comme s'il ne voyait point le mal. Non, ne disons point : Est-ce que je suis le gardien de mon frère; non, que nul d'entre-nous ne demeure indifférent quand il voit l'ordre périr et la discipline tomber. Garder le silence quand on peut protester, c'est conniver ; or nous savons que ceux qui consentent au mal subiront le même châtiment que ceux qui le font.

10. Et maintenant, que dirai-je de l'humble et fervent amour de Jean Baptiste pour Dieu? N'est-ce pas ce qui l'a fait tressaillir de joie dans le sein maternel (Luc. I, 44), se récrier de surprise quand Jésus vint à lui pour recevoir son baptême (Matt. III, 14), déclarer hautement qu'il n'était pas digne, non pas seulement de porter le Christ, mais même de dénouer les cordons de ses souliers (Marc. I, 7), se réjouir en ami à la voix de l'Époux (Luc. I, 44), proclamer qu'il avait reçu grâce pour grâce (Joan. III, 34) , et crier à tous qu'il n'a point reçu l'Esprit-Saint avec mesure, mais avec une telle plénitude, que c'est de lui que nous le recevons (Ibidem). « O mon âme, est-ce que tu ne te soumettras point à Dieu (Psal. LXI, 1) ? » Mais je ne saurais être une lampe brûlante, si je n'aime le Seigneur mon Dieu de tout mon coeur, de toute mon âme, et de toutes mes forces, car il n'y a que la charité qui soit le feu du salut, il n'y a qu'elle qui répande et qui allume dans nos âmes le Saint-Esprit qu'il nous est défendu d'éteindre (I Thess. V, 19). Vous avez vu de quelle ardeur était consumé Jean Baptiste, et vous avez pu remarquer avec un peu d'attention comment aussi il a brillé : vous n'auriez pu d'ailleurs connaître le feu qui le consume, si vous n'aviez aperçu sa lumière.

11. Il a donc éclairé, comme je l'ai dit plus haut, de l'exemple, de l'index et de la parole, car il s'est lui-même montré à nous par ses oeuvres, il nous a montré le Christ du doigt, et enfin il nous a montré nous-mêmes à nous par ses discours. « Et toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut, disait Zacharie, son père, car tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la science du salut (Luc. I, 76). » Pour donner, dit-il, non le salut, car il n'est pas la lumière, mais « la science du salut pour la rémission des péchés. » Le sage peut-il ne pas faire un grand cas de la science du salut? Supposons que Jean n'est pas encore venu, qu'il ne nous a pas encore montré le Christ, où irons-nous chercher le salut? Mon péché est trop grand pour être effacé par le sang des veaux et des boucs, et d'ailleurs, le Très-Haut ne se complaît point dans les holocaustes. Ma mémoire est infestée de la lie de cette huile, il n'y a point de grattoir qui puisse enlever la tache dont est souillé mon parchemin, elle l'a pénétré dans toute son épaisseur. Si je perds mon péché de vue, je suis un insensé et un ingrat, et si je l'ai devant les yeux, il est pour moi un reproche éternel. Que ferai-je donc? J'irai à Jean, j'entendrai sa voix pleine d'allégresse, ses paroles de miséricorde, ses discours de grâce, ses mots de rémission et de paix. « Voici, dit-il, voici l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde (Joan. I, 29). » Et ailleurs : « Celui qui a l'épouse est l'époux (Joan., III, 29). » Il nous montre donc que Dieu est venu, que l'Époux, que l'Agneau est venu. Puisqu'il est Dieu, il est sûr qu'il peut remettre les péchés; mais le veut-il? Là est la question. Oui, il le veut, car il est l'Époux, et il est aimable. Or Jean est l'ami de l'Époux, l'Époux né peut avoir que des amis. Mais quoiqu'il veuille avoir une Épouse sans tache ni rides, ni rien de tel, il n'en cherche pourtant point une pareille : où la pourrait-il trouver en effet? mais il s'en fait une qu'il se met lui-même devant les yeux. Entendez-le dire, en effet, par la bouche d'un prophète : « On dit ordinairement : si une femme passe la nuit dans le lit d'un autre homme que le sien, retourne-t-elle ensuite à son premier mari! Eh bien, quoique vous vous soyez livrée à tous vos amants, revenez à moi, et je vous accueillerai (Jerem. III, 1). » Voilà ce qu'il peut, voilà ce qu'il veut faire.

12. Mais vous, peut-être avez-vous peur de cette purification même qu'il vient faire de vos souillures; peut-être craignez-vous qu'il ne porte le fer et le feu jusqu'aux os, jusqu'à la moëlle même des os, et qu'il ne vous fasse endurer des souffrances pires que la mort même. Ecoutez : C'est un Agneau, il vient plein de douceur, avec la laine et le lait, il lui suffit d'un mot pour justifier l'impie. « Or, dit le Comique, quoi de plus facile qu'un mot à dire ? » Dites seulement un mot, lui dit-on un jour, et mon serviteur sera guéri (Matt. VIII, 8). D'où vient donc à présent notre hésitation, mes frères, et pourquoi ne nous approchons-nous point en toute confiance du trône de la gloire ? Rendons grâces à Jean, et par lui, allons à Jésus-Christ, car, comme il l'a dit lui-même : « Il faut qu'il croisse à présent, et moi que je diminue (Joan. III, 30). » En quoi diminuerai je ? En éclat, non en ferveur. Il a retiré ses rayons, il est rentré en lui-même, pour ne point ressembler à un homme qui est tout au dehors. « Il faut qu'il croisse, » dit-il; il ne saurait s'épuiser, et nous recevons tout en sa plénitude; mais il faut que je diminue, car je n'ai reçu l'esprit qu'avec mesure, et ce que j'ai à faire, c'est plutôt de brûler que de luire. Je devançais le soleil comme l'astre matinal, maintenant que le soleil est levé, je n'ai plus qu'à disparaître. C'est à peine s'il me reste encore quelques gouttes d'huile pour m'en oindre le corps, j'aime bien mieux la conserver en sûreté dans un vase, que de l'exposer dans ma lampe.

 

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La médiation de l'Esprit dans la Trinité et dans le Salut 08

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L'Esprit-Saint remolit l'UniversJean-Paul II affirme:

Dans sa vie intime, Dieu "est amour", amour essentiel, commun aux Trois Personnes divines: comme Esprit du Père et du Fils, l'Esprit Saint est amour personnel. Pour cette raison, il "scrute les profondeurs de Dieu", comme amour-don incréé. On peut dire que dans l'Esprit Saint la vie intime du Dieu un et trine se fait tout entière don, échange d'amour réciproque entre les Personnes divines, et que par l'Esprit Saint Dieu "existe" sur le mode du don. L'Esprit Saint est l'expression personnelle d'un tel acte de se donner, de cet être-amour. Il est Personne-amour. Il est Personne-don. Nous avons ici une richesse insondable de la réalité qu'est la Personne en Dieu et un approfondissement ineffable de son concept, car seule la révélation nous la fait connaître. (DeV 10).

L'expression "dans l'Esprit Saint" signifie donc avant tout que Dieu, dans son immensité, accueille chaque personne humaine et se fait "don" par grâce en s'unissant à lui. Demeurant pourtant le totalement Autre, l'ineffable, l'incommunicable, précisément parce qu'il est amour-communion, il trouve le mode selon lequel il peut réaliser l'irréalisable: se donner à sa créature et s'unir à elle. Cela est possible "dans l'Esprit" parce que celui-ci représente l'éternel amour mutuel entre le Père et le Fils, parce qu'il est leur être-en-communion. Cela sera le rôle de l'Esprit dans l'Économie du salut: Dieu se met en communion avec ses créatures "dans l'Esprit", il comble l'infinie distance qui sépare l'Incréé du créé, Dieu de l'homme, et devient Dieu-pour-nous, Dieu-avec-nous, Dieu-en-nous. À cet égard, à l'expression "dans l'Esprit" saint Cyrille de Jérusalem (387) préfère l'autre expression "avec l'Esprit", dans la mesure où Dieu rejoint l'homme et se fait pour lui don par l'Esprit: "Le Père nous communique toute grâce à travers le Fils, avec l'Esprit Saint" (Catéchèses, XVI, 24).

Non seulement, donc, il n'existe aucune communication de Dieu avec ses créatures sinon "dans l'Esprit", mais on peut tout autant dire, et pour les mêmes raisons, qu'il n'existe aucune expérience concernant Dieu et les choses de Dieu sinon dans le même Esprit.

La médiation de l'Esprit dans la Trinité et dans le Salut 07

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

L'Esprit-Saint remolit l'UniversAvant d'affronter les divers thèmes qui ont trait au rôle propre de l'Esprit Saint, il est opportun de s'arrêter sur la signification de l'expression "dans l'Esprit Saint", pour la raison aussi qu'elle reviendra souvent dans ces pages. En résumé: avec une telle expression, on veut dire que l'ineffable mystère de Dieu ne devient expérience pour le croyant que par la puissance de Son Esprit. C'est à travers l'Esprit que Dieu, invisible, ineffable et incommunicable, dans son immense miséricorde, s'approche de l'homme, devient le Dieu-avec-nous:

Comme il est écrit, nous annonçons ce que l'oeil n'a pas vu, ce que l'orielle n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au coeur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment. Car c'est à nous que Dieu l'a révélé par l'Esprit; l'Esprit en effet scrute tout, jusqu'aux profondeurs divines. Qui donc chez les hommes connaît les secrets de l'homme, sinon l'esprit de l'homme qui est en lui? De même, nul ne connaît les secrets de Dieu, sinon l'Esprit de Dieu (1 Co 2, 9-11).

Mais, comment l'Esprit révèle-t-il les "profondeurs de Dieu"?

La médiation de l'Esprit dans la Trinité et dans le Salut 06

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L'Esprit-Saint remolit l'UniversLes considérations faites ci-dessus regardent Dieu "en soi". Mais dans l'histoire du salut aussi, la Trinité se manifeste comme "mystère de communion", ce qui veut dire que "la Sainte Trinité tout entière s'unit avec l'esprit (de l'homme) tout entier" (Grégoire de Nazianze, Discours, XVI, 9; cf. CEC 2565). Et même si, comme l'affirme saint Augustin (430), "les opérations de la Trinité sont indissociables" (Discours, 71, 16), cela ne signifie pas qu'elles soient du même coup indistinctes. Chaque Personne divine, justement parce qu'elle est distincte, possède par appropriation une activité propre dans l'histoire du salut, a une relation avec la création, et par-dessus tout avec l'homme.

La différenciation de l'action des Trois Personnes pourrait se décrire de la manière suivante. Tout provient du Père, tout est accompli et actualisé par le Fils, tout atteint l'homme et se fait présence et expérience en lui à travers l'Esprit Saint. Tandis que le retour à Dieu suit le processus inverse: dans l'Esprit, à travers le Fils, on accède au Père. D'où la prière liturgique: "ad Patrem, per Filium, in Spiritu Sancto" ("au Père, par le Fils, dans l'Esprit Saint"). En ce sens, c'est toujours le Père qui a l'initiative dans l'histoire du salut: tout procède de Lui, qui veut communiquer à l'homme sa vie trinitaire. Le Fils consent à, ou bien veut ensemble ave le Père, être Celui "dans lequel" et "par lequel" se réalise le projet ou le plan du Père, c'est-à-dire l'union de Dieu avec l'homme (et, dans l'homme, avec tout le créé). L'Esprit, de son côté, est celui qui libère la création de ses limites créaturales et la rend "capax Dei" (capable de recevoir Dieu) (cf. saint Augustin, De Trinitate, 14, 8, 11). Plus simplement, on peut affirmer que l'Esprit Saint est celui qui rend efficace et actualise l'action du Père et du Fils tout au long de l'arc que déploie l'histoire du salut. Tout cela est exprimé par les Pères avec la formule classique: "Tout bien descend du Père à travers le Fils, (et nous rejoint) dans l'Esrit Saint" (saint Athanase, Lettre à Sérapion, I, 24). Pour autant, si le mouvement qui va de Dieu vers l'homme est descendant, parce que passant par le Christ il atteint son objectif dans l'Esprit, celui qui vient de l'homme est mu par une dynamique inverse, ascendante: vivant dans l'Esprit, il s'élève, s'approche de Dieu et, par le moyen du Fils, a accès au Père.

À cette vue des choses, comme le montre saint Irénée (155), porte témoignage l'antique Tradition de l'Église: "Les prêtres, disciples des Apôtres, disent que tels sont l'ordre et le rythme de progression de ceux qui se sauvent; ils progressent selon ces degrés: à travers l'Esprit, ils s'élèvent au Fils et, à travers le Fils, au Père" (Contre les hérésies, V, 36, 2). Et saint Basile le Grand (379), synthétisant le double mouvement trinitaire, du Père jusqu'à nous et de nous jusqu'au Père, affirme: "Le chemin de la connaissance de Dieu va donc de l'unique Esprit, à travers l'unique Fils, à l'unique Père. Et, à l'inverse, la bonté naturelle et la sainteté selon la nature et la dignité royale se répandent du Père, par l'unique engendré, à l'Esprit Saint" (De Spiritu Sancto, XVIII, 47).

En définitive, l'économie divine est oeuvre commune des Trois Personnes divines, impliquées dans la même mission: accompagner l'homme dans la découverte de l'amour et dans la compréhension de ce qu'est Dieu, fondement du réel et vérité de l'être. "Oeuvre à la fois commune et personnelle, toute l'économie divine fait connaître et la propriété des personnes divines et leur unique nature. Aussi, toute la vie chrétienne est-elle communion avec chacune des personnes divines, sans aucunement les séparer. Celui qui rend gloire au Père e fait par le Fils dans l'Esprit Saint; celui qui suit le Christ, le fait parce que le Père l'attire et que l'Esprit le meut" (CEC 259).

La médiation de l'Esprit dans la Trinité et dans le Salut 05

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

L'Esprit-Saint remolit l'UniversPour ce qui regarde l'origine éternelle de l'Esprit Saint, la formule du Credo de Nicée-Constantinople, qui dit simplement procède du Père, a été rallongée ainsi en Occident: procède du Père et du Fils ("Filioque"). À dire vrai, la formule "et du Fils" était en usage en Occident, au Ve siècle, dans les symboles de certaines églises locales. Elle fut ensuite officiellement introduite dans le symbole de l'Église de Rome autour de 1013, à cause des pressions externes exercées sur le pape Benoît VIII par l'empereur Henri II. Pendant logntemps, une telle adjonction, avec la doctrine résultante de la procession de l'Esprit du Père et du Fils, a constitué un grave motif de dissentiment avec les Églises orthodoxes.

En réalité, il s'agit de deux modes complémentaires de professer le même et unique mystère. Le Catéchisme de l'Église catholique affirme à cet égard: "La tradition orientale exprime d'abord le caractère d'origine première du Père par rapport à l'Esprit. En confessant l'Esprit comme "issu du Père" (Jn 15, 26), elle affirme que celui-ci est issu du Père par le Fils. La tradition occidentale exprime d'abord la communion consubstantielle entre le Père et le Fils en disant que l'Esprit procède du Père et du Fils (Filioque) (...). Cette légitime complémentarité, si elle n'est pas durcie, n'affecte pas l'indtité de la foi dans la réalité du même mystère confessé" (CEC 248).

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