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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee b 2011-2012

Bon réveillon! Vœux pieux dans un pays en agonie - Homélie Sainte Marie, Mère de Dieu (Nouvel An)

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012
Marie est devenue Mère de Dieu en disant "fiat" au moment de l'Annonciation, mais ce "fiat", combien de fois n'a-t-elle pas dû le répéter en marchant sur le chemin étroit et escarpé de la volonté de Dieu tout au long de sa vie?

Marie est devenue Mère de Dieu en disant "fiat" au moment de l'Annonciation, mais ce "fiat", combien de fois n'a-t-elle pas dû le répéter en marchant sur le chemin étroit et escarpé de la volonté de Dieu tout au long de sa vie?

    Une semaine après Noël, et au lendemain de la Fête de la Sainte Famille, en ce premier janvier, nous voici à nouveau réunis près de la crèche. À l'occasion de Noël, déjà, et encore pour le Nouvel An (jusqu'au 31 janvier, nous dit-on) nous avons l'occasion d'échanger nos voeux à ceux que nous aimons ... plus ou moins, sincèrement ... Les hommes politiques et d'Église, la banque où nous avons placé nos petites économies (si nous en avons), les journalistes et les animateurs d'émissions télévisées, tous y vont de leur petite littérature. Les cadeaux, ça peut coûter cher. Les voeux, même "les meilleurs", ça ne coûte rien, sinon (et de moins en moins souvent, à l'ère de l'Internet) le prix d'une carte et d'un timbre poste. On s'ingénie à inventer de belles phrases, avec une mulitiplication d'adjectifs, de superlatifs: une vraie inflation, un feu d'artifice, comme ceux que nous avons pu voir à minuit, mais à bon marché!

Comme le disait le cardinal Martini dans une de ces homélies de Noël,

 


"Nous parlons de voeux sincères, cordiaux, très cordiaux, fervents, très fervents; les superlatifs trahissent la précarité des émotions, la distance qui sépare les paroles des sentiments qu'on voudrait réellement communiquer. Nous formulons de très beaux voeux de santé, de paix, de bonheur, mais il n'est pas rare que la langue trahisse la conscience que nous avons de la nature éphémère de ces belles paroles. En somme, nous avons l'impression embarrassante de donner dans un formalisme verbeux. Et nous nous demandons d'où vient cette tension, typique des grandes célébrations, entre le besoin anxieux de formuler des voeux et d'exprimer des sentiments puissants, et, à l'inverse, la retenue, voire la peur qui nous pousse à douter de la sincérité ou même de la courtoisie de ces formules."
 


    On parle même de "voeux pieux". Ce sont des voeux sans espoir de réalisation... Dans les voeux qu'adressait à ses ouailles Mgr Méranville, l'archevêque de la Martinique en décembre 2006, on trouve un certain écho de ce que disait l'ancien archevêque de Milan en 1990:
 


"Au seuil de la nouvelle année 2007 nous échangeons des voeux. Ce n'est pas simplement pour respecter les convenances. Car, au-delà de leur formalisme, ces voeux expriment surtout notre désir d'être heureux. Et parce que nous ignorons ce que l'année qui débute nous réserve, nous voulons pour ainsi dire, de cette mainère, conjurer le mauvais sort. Nous savons bien que les souhaits n'ont pas d'efficacité magique. Il ne suffit pas de les exprimer pour qu'ils se réalisent. Néanmoins, en les formulant, ils agissent un peu à la manière de la méthode Coué et gardent un indéniable pouvoir d'autosuggestion."
 


    Mêmes précautions oratoires quand il écrivait aux prêtres:
 


"Ces voeux et ses souhaits répétés chaque année peuvent ressembler à de simples formalités. D'autant qu'au fil des ans, loin de s'améliorer, les choses et la vie semblent aller de mal en pis. La contagion du défaitisme et la tentation de baisser les bras nous guettent tous."
 


Décidément, voilà deux analyses bien sombres de la tradition d'échanger nos voeux à Noël et au Nouvel An! Mais elles ne sont pas excessives. Elles reflètent bien une réalité vécue sur le terrain que l'on s'empresse à vouloir cacher. J'en veux pour preuve ce témoignage d'une pharmacienne à Paris (31 décembre 2014) :

 

Lexomil, temesta, valium ... Top des délivrances du jour. Le tout en dépannage de quelques comprimés avec la bénédiction de ma boss pour éviter les défenestrations intempestives de la Saint Sylvestre. 
Je mesure avec une certaine perplexité et une immense tristesse, la détresse qu'engendrent ces fêtes imposées car elles font resurgir la face la plus noire de l'âme humaine . 
Ma boss elle même était perplexe, en 40 ans de métier, elle n'avait pas vécu une telle journée . S'adressant à ma collègue: 
- V, par pitié, arrêtez de souhaiter un bon réveillon à ces gens au bord du suicide. 
- Vous m'ôtez les mots la bouche, madame .
- On ferme : là basta ! Ce pays est à l'agonie .

 

Il ne faut donc pas se débarrasser trop facilement de ce qui est incontestablement une réalité de plus en plus répandue. Ayons plutôt le courage de l'accueillir sereinement pour en faire notre profit. Ayons "le courage d'avoir peur" (M.D. Molinié). Cette peur que nous essayons, bien maladroitement, de manière presque dérisoire, d'exorciser par nos voeux, ne la nions pas, ne la fuyons pas. Regardons-la en face! C'est vrai que "nous sommes une génération traumatisée par tant de chocs", tant d'incertitudes... Et aujourd'hui, la mortification pour nous la plus nécessaire et la plus salutaire, ce n'est pas la mortification de la chair par des cilices, des flagellations... C'est la mortification de la confiance, de l'abandon à la Providence.


La Vierge Marie et saint Joseph, quand Jésus est né, ont dû souffrir bien des privations. Ils ont eu froid, ils ont eu faim. Mais le plus difficile, le plus exigeant pour eux, c'était l'abandon confiant au Père. Marie est devenue Mère de Dieu en disant "fiat" au moment de l'Annonciation, mais ce "fiat", combien de fois n'a-t-elle pas dû le répéter en marchant sur le chemin étroit et escarpé de la volonté de Dieu tout au long de sa vie? Saint François de Sales, que l'on appelle justement le Docteur de l'abandon, voit dans l'attitude de Jésus lui-même une école de l'abandon chrétien. Cet abandon n'est pas simplement l'abandon musulman, ni même la résignation de Job dans l'Ancien Testament. C'est l'abandon de celui qui est baptisé dans le Sang de Jésus.

 

Le 1er janvier 1931 (elle avait alors 28 ans, et était paralysée depuis l'adolescence, recroquevillée dans son petit divan), Marthe Robin faisait noter sans son journal intime:
 


"Que me réserve cette nouvelle année, je l'ignore et ne veux point le savoir non plus. (Si tout le monde en disait autant, ce serait la fin des horoscopes et des "diseuses de bonne aventure"!).
Je m'abandonne au secours qui jamais ne m'a manqué. Ma première pensée est un cri du coeur: "Mon Dieu, soyez béni dans tout ce que vous me demandez, j'accepte, j'aime tout. Celui qui est la Force aidera, enveloppera ma faiblesse. Ce qui importe c'est de ne rien vouloir et de tout accepter, rien demander, tout aimer. C'est le fiat chaque jour renouvelé... c'est l'ascension douloureuse mais joyeuse sans arrêt ou retour... c'est l'amour toujours plus sous le soleil de l'amour divin. (...) Je m'abandonne en toute simplicité et amour en Jésus miséricordieux. Il sait mieux que moi tous mes besoins et tout ce qu'Il Lui faut. Que cela me suffise. Ne rien regretter, de ce qui a été ou pas été, rien n'est inutile, tout sert à quelque chose. Je bénis et bénirai mon Dieu de tout ce que je suis, de tout ce que j'ai fait ou plutôt de tout ce qu'il a fait par moi... pour moi."

 


    On parle beaucoup d'engagement aujourd'hui. On dit: "Il faut s'engager, le chrétien doit s'engager". Or, écrit le Père Molinié, un vieux Père dominicain:
 


"La seule manière correcte d'inviter à l'engagement n'est pas de chanter les louanges de l'engagement, mais celles de l'objet envers lequel on s'engage. (...) Le véritable engagé ne parle pas de son engagement, il parle de son trésor, de la Réalité qui compte pour lui. (...) Ceux qui se raccrochent à la nature humaine, à ce qui reste de bon et de solide dans l'homme, s'appuient à mes yeux sur du sable. La génération actuelle connaît une telle mise en question, un tel désemparement, un tel effondrement de ce qui parraissait le plus solide, qu'au point de vue humain il n'y a plus de salut possible. L'équilibre nerveux est trop atteint, on ne sait plus ce que veut dire la fidélité à une parole donnée, à une promesse... Il est stérile de déplorer tout cela. Si nous aimions vraiment Jésus-Christ, nous nous réjouirions qu'il n'y ait pas de solution, mais qu'il n'y ait plus que Lui, le Sauveur. C'est la bonne manière d'être moderne, et c'est la seule. Même s'ils se laissent tromper par des mirages, les jeunes récament des réalités. La seule que nous puissions leur offrir, c'est l'amour de Dieu. Quand il n'y a plus rien à faire humainement, c'est la seule chose qu'on peut donner; si on ne l'a pas, on n'a rien, on mérite d'être balayé et foulé aux pieds. C'est vrai en face des mourants, des malades, des prisonniers, qui ont tout perdu, des désespérés en général. C'est vrai en fin de compte pour la génération actuelle. Si nous voulons être "actuels", il ne faut pas nous attacher aux valeurs humaines qui s'effondrent, si bonnes soient-elles. (...) Jeunes ou vieux, si nous n'allons pas vers le Sauveur et sa grâce, nous n'avons plus rien. C'est toujours une erreur de s'attacher à des valeurs humaines, mais aujourd'hui c'est mortel parce qu'elles s'écroulent. La pire manière d'être 'de son temps', c'est d'être humaniste. Il y a des époques où c'est possible, où ce n'est pas catastrophique. C'est après tout un bon chemin de commencer par aimer l'homme dans sa vérité, pour s'élever progressivement vers le Royaume. Mais aujourd'hui c'est peut-être une rêverie dangereuse car elle dispense de chercher le vrai remède. Cette génération déséquilibrée ne sera pas 'humaine': elle sera divine ou démoniaque, surnaturelle ou décomposée."
 


    Voilà un son de cloche qu'on n'entend pas tous les jours, surtout pas un premier janvier. Ce sont des paroles vigoureuses qui secouent. Mais je tenais à vous les livrer aujourd'hui. Je les confie à l'intercession de la Mère de Dieu qui est aussi notre Mère. La vocation du prêtre, n'est-elle pas de vous donner Jésus comme lui seul peut vous le donner Mais ce n'est pas la seule manière. Marie n'était pas prêtre. Joseph non plus. Ils ont donné Jésus, et rien d'autre, tout en faisant leur devoir d'état d'époux et d'épouse, de père et mère, de charpentier et de femme au foyer, fidèlement, jusqu'au bout.

    Alors, par leur intercession, et avec toute l'Église, prions, et demandons à Dieu, non pas comme le monde: "surtout la santé"; mais comme la liturgie nous l'apprend: surtout la fidélité à l'Évangile:

 


"Dieu qui es la vie sans commencement ni fin,nous te confions cette année nouvelle;
Demeure auprès de nous jusqu'à son terme:qu'elle nous soit, par ta grâce, un temps de bonheur,et plus encore, un temps de fidélité à l'Évangile."

(oraison de la messe pour commencer une année nouvelle)

Quand la Parole se fait Symbole - Homélie 4° dimanche de l'Avent B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012
Quand la Parole se fait Symbole - Homélie 4° dimanche de l'Avent B
Quand la Parole se fait Symbole - Homélie 4° dimanche de l'Avent B

 

 

 

"Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph; le nom de la vierge était Marie." L'ange lui dit en entrant: 'Je te salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi.' Bouleversée par ces paroles, elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation."



Voici un passage d'évangile bien connu: celui qui relate le mystère de l'incarnation du Verbe de Dieu. La relation entre les deux mystères de l'incarnation et de la naissance du Fils de Dieu est claire: il s'agit du début et de la fin de la présence physique de l'Enfant-Jésus dans le sein de sa mère, Marie. C'est tout le temps de la gestation du fœtus de l'Enfant-Dieu, comptabilisé pendant une durée de neuf mois., du 25 mars (Solennité de l'Annonciation) au 25 décembre (Noël). Or, tout cela nous plonge dans une symbolique très riche et parlante...

Aux environs du 21 mars de chaque année, nous sommes au temps de l'équinoxe de printemps. La durée de la nuit égale la durée du jour. Il n'y a pas une minute de lumière ou d'obscurité en plus. Mais, à partir du 25 mars, la durée du jour dépasse la durée de la nuit. Symboliquement cela veut dire que la Lumière de la Vérité, qui est le Verbe de Vie, inaugure son triomphe sur les ténèbres du Mal. Ce triomphe durera jusqu'au solstice d'été, qui se situe aux alentours du 21 juin.

Au même moment, c'est-à-dire à l'équinoxe de printemps, Elisabeth, la cousine de Marie, en est à son sixième mois:


"Elisabeth, ta parente, vient de concevoir, elle aussi, un fils dans sa vieillesse; et celle qu'on disait stérile est à son sixième mois." (Lc 1, 36)


Saint Luc avait déjà commencé son récit en disant: "Au sixième mois..." (1, 26). Visiblement, il y a là quelque chose d'important. En effet, l'enfant que la cousine de Marie va bientôt mettre au monde n'est rien moins que Jean, le Baptiste, le Précurseur du Christ, celui qui doit rendre témoignage à la Lumière qui vient dans le monde!

Trois mois après l'incarnation du Verbe, Jean vient au monde (le 24 juin). Or, le 24 juin, c'est le premier jour où, après avoir constamment augmenté jusqu'au 21 juin, la durée du jour diminue: le 24 juin, nous perdons une minute de lumière, en faveur d'une minute d'obscurité supplémentaire. Et ce phénomène va durer imperturbablement jusqu'au 21 décembre suivant... Il faudra attendre le 25 décembre exactement, c'est-à-dire le jour de Noël, pour que la durée du jour commence à croître de nouveau, et que la durée de la nuit décroisse pareillement.

Apparemment, au niveau du symbole, la naissance de Jean n'a aucun sens. Pourquoi celui qui doit rendre témoignage à la Lumière vient-il au monde au moment précis où la lumière du jour commence à décroître? La seule réponse qui convienne est celle qui consiste à dire que Jean vient au monde pour compléter - gratuitement, par la grâce de Dieu - Celui qui doit éclairer le monde, le Christ. Jean est comme un autre Christ. Jean tient la place du Christ quand ce dernier est caché ou "absent"!

Jean a dit: "Il faut qu'il croisse et que je diminue" (Jn 3, 30). Si Jean tient la place du Christ, c'est qu'il est une figure de l'Eglise qui, pendant que le Christ est "caché" au Ciel, caché à nos yeux comme il le fut dans le sein de Marie, tient, elle aussi, la place du Christ pour annoncer au monde entier la Bonne Nouvelle du salut. Dans l'attente du retour du Christ, l'Eglise, comme Jean, est appelée à diminuer, pour que le Christ croisse. L'Eglise, qui, dans le Christ, est la lumière du monde (cf. Mt 5, 14), s'efface et diminue en elle-même, pour tenir, aux yeux du monde, la place du Christ!

Dès que Jean est né, le Christ croît spirituellement en lui. Le témoin de la lumière du monde remplit déjà sa mission tandis que l'Enfant-Dieu est encore dans le sein de sa mère! Mais comme il n'y a pas deux christs, mais un seul, c'est bien plutôt Jean qui est dans le Christ, et donc en Marie, pour croître spirituellement par son témoignage à la Lumière du monde. Si donc l'Eglise, comme Jean, rend témoignage à la Lumière du monde, c'est en Marie, la mère de Jésus, que, spirituellement, l'Eglise croît dans le Christ, jusqu'à la fin de l'histoire!

S'il y a donc une symbolique qui relie les deux événements de l'Incarnation et de la Nativité, il s'agit bien de la vie spirituelle de l'Eglise dans le Christ, par Marie, avec Marie et en Marie. La fête de Noël célébrera bientôt le sommet et le couronnement de cette vie spirituelle: bientôt le Christ va venir; bientôt il va revenir, afin de donner à chacun des élus de Dieu la couronne de Gloire, cette Gloire qui est la sienne et qu'il tient de son Père. Amen, viens Seigneur Jésus!

Le Kérygme, Évangile du catéchumène - Homélie 2ème dimanche de l'Avent B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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L'Evangile selon S. Marc est l'Evangile du catéchumène. Pourquoi? C'est l'Evangile le plus ancien; c'est celui que l'Eglise primitive a composé en premier pour répondre à l'urgence de préparer les foules qui le demandaient au baptême. C'est aussi l'Evangile le plus court, qui contient l'essentiel des faits au sujet de Jésus.

Il est probable qu'il ait été composé pour les païens de Rome et qu'il soit l'écho de la prédication de S. Pierre. Il contient tout ce qu'un païen qui se prépare au baptême doit assimiler (et pas seulement savoir) et vivre pour franchir le seuil de la conversion.

L'Evangile de Matthieu, que nous avons médité l'an dernier (année liturgique A) est l'Evangile du catéchiste. Il rapporte beaucoup de paroles de Jésus en les présentant dans un certain ordre. Le tout est rassemblé en cinq grands discours: le Sermon sur la Montagne (ch. 5-7), l'envoi en mission (10), le discours en paraboles (13), le discours ecclésial (18) et le discours eschatologique (25).

Que doit faire le néophyte? Il doit faire la démarche d'entrer dans une communauté. Il doit se rendre compte que lors du baptême, il n'a pas seulement dit son 'oui' à Dieu, à Jésus, mais qu'il s'est engagé dans une communauté afin, justement, d'y trouver la présence de Dieu. Voici la phrase clé de l'Evangile de Matthieu:

 

"Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde." (Mt 28, 20)



Matthieu nous donne un catéchisme raisonné du Règne de Dieu. A travers les cinq grands discours et les actions de Jésus, il nous donne de comprendre ce qu'est le Royaume de Dieu, comment on y entre, comment on l'accueille, quels sont les principaux devoirs de ceux qui y entrent. Ce catéchisme nous apprend la manière de vivre du chrétien (l'éthique chrétienne), la visée missionnaire de ce Royaume, ses difficultés internes aussi, et la charité, le pardon qui doivent s'y exercer, et sa fin eschatologique. Bref, c'est un long catéchisme qui veut inciter le baptisé à approfondir le sens de son appartenance à l'Eglise.

Tandis que l'Evangile de Matthieu est l'approfondissement de la vie chrétienne, la catéchèse de celui qui a déjà été baptisé, l'Evangile de Marc est la première annonce de la Bonne Nouvelle au païen (kérygme). Mais faisons bien attention!

"Il est plus difficile de devenir chrétien quand on l'est, que de le devenir quand on ne l'est pas." (Kierkegaard)

Une fois que nous sommes baptisés, nous ne sommes pas encore quittes avec le paganisme (le 'vieil homme'). Une fois baptisés, même de longue date, nous avons toujours besoin du kérygme. Tant le Directoire général pour la catéchèse (n. 258) que le Catéchisme de l'Eglise catholique (n. 1231) reconnaissent la nécessité d'un catéchuménat après le baptême. C'est là tout l'intérêt de l'Evangile selon S. Marc pour nous cette année.



"Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu" :



C'est une phrase programme qui, dans son extrême concision, caractéristique du kérygme, proclame néanmoins la même foi que celle de S. Jean, plus explicite.

"Commencement": comme en Jn 1, 1 et Gn 1, 1: c'est une nouvelle création, une nouvelle genèse.

"La Bonne Nouvelle": l'Evangile, au singulier! Avant d'être consigné dans les quatre livres que nous appelons "les évangiles", l'Evangile (au singulier) est annonce, kérygme. Il ne présente pas seulement un tableau de l'histoire du Christ, mais "il est une force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit" (Rm 1, 16). Il est donc nécessaire que cette Bonne Nouvelle soit reçue dans la foi, et une foi qui engage: "Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route" (Mc 1, 2-3).

"... de Jésus Christ", appelée aussi "de Dieu (1, 14) ou Evangile de la grâce de Dieu (Ac 20, 24).

"Jésus Christ, Fils de Dieu": c'est d'une audace incroyable, vous voyez! N'oublions pas que nous sommes au tout début du premier Evangile. Et dès le début il y a cette affirmation: "Jésus, Fils de Dieu"! C'est tout l'Evangile de Marc qui est orienté vers la révélation progressive, d'abord secrète (Mc 3, 11-12), mais officialisée lors du procès (Mc 14, 61-62) et reconnu même des païens (Mc 15, 39). C'est donc tout son programme que Marc formule d'emblée, par le double titre davidique et divin, messianique et filial, concordant avec S. Luc (1, 32.35) et S. Paul (Rm 1, 3-4). Le kérygme, c'est l'assertion "autoritaire", qui ne se justifie pas par des raisonnements philosophiques ou apologétiques, mais dont la force vient de l'Esprit Saint. On accepte ou on n'accepte pas.

Au 2e siècle, le philosophe païen, Celse, écrit, indigné:

"Les païens se comportent comme ceux qui croient sans raison. Certains d'entre eux ne veulent même pas donner ou recevoir une raison autour de celui auquel ils croient et utilisent des formules comme celles-ci: 'Ne discute pas, mais crois; la foi te sauvera' ".

Celse aurait voulu que les chrétiens présentent leur foi dans une discussion pour la rendre acceptable philisophiquement. Bien sûr, le refus des chrétiens d'entrer dans la discussion ne concernait pas l'ensemble de l'itinéraire de la foi, mais uniquement le début. Sinon, ce serait du fidéisme. Les chrétiens ne fuyaient pas, même à cette époque, la confrontation et le fait de "donner raison de leur espérance" également aux Grecs (cf. 1 P 3, 15). Ils pensaient seulement que la foi ne pouvait pas naître de cette confrontation, mais devait la précéder, car elle est l'oeuvre de l'Esprit et non de la raison. La confrontation pouvait, tout au plus, la préparer et, une fois accueillie, en montrer la justesse.

Cela est d'une grande importance aussi dans notre contexte actuel. L'Eglise catholique possède une forte tradition théologique, mais elle risque d'être le parent pauvre, si, en dessous de l'immense patrimoine de doctrine, de lois et d'institutions, elle ne retrouve pas la force de ce noyau primordial, capable de susciter en lui-même la foi.

Pensons ici à David dans son combat contre Goliath. Voulant endosser une armure très lourde, il s'aperçoit qu'elle va le gêner plus qu'autre chose. Alors il la laisse de côté et affronte sans complexes le géant avec sa simple fronde de berger. Nombre de catholiques abandonnent l'Eglise pour d'autres groupes plus ou moins chrétiens parce qu'ils sont attirés par une annonce simple et efficace qui les met directement en contact avec le Christ et leur fait expérimenter la puissance de son Esprit, même si c'est groupes n'ont pas les moyens que possède l'Egllise catholique pour conduire les personnes à la perfection de la vie chrétienne.


La majorité d'entre nous n'est pas passée par le catéchuménat. Il faut donc que l'annonce fondamentale nous soit proposée d'une manière claire et essentielle après le baptême. C'est l'occasion que nous offre l'Evangile selon S. Marc tout au long de cette année qui commence. Profitons-en bien.

Le kérygme, c'est l'assertion "autoritaire", qui ne se justifie pas par des raisonnements philosophiques ou apologétiques, mais dont la force vient de l'Esprit Saint. On accepte ou on n'accepte pas.

Le kérygme, c'est l'assertion "autoritaire", qui ne se justifie pas par des raisonnements philosophiques ou apologétiques, mais dont la force vient de l'Esprit Saint. On accepte ou on n'accepte pas.

La vie est un rêve - Homélie 1° dimanche de l'Avent B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

 

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En ce temps-là Jésus dit à ses disciples: "Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou a minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l'improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis a tous: Veillez!"

Cette manière de parler de Jésus sous-entend une vision du monde bien précise: le temps présent est comme une longue nuit; la vie que nous y menons est comme un rêve. Nos activités souvent si frénétiques sont en réalité des rêves. C'est ce que disait déjà un écrivain espagnol du 17e siècle, Pedro Calderon de la Barca dans une pièce de théâtre célèbre: "La vie est un songe" (Vida es un sueño).

Notre vie se caractérise surtout par la brièveté de ce rêve. Le rêve se déroule comme en dehors du temps; dans le rêve, les choses ne durent pas comme dans la réalité. Des situations qui supposeraient des jours et des semaines, adviennent dans le rêve en quelques minutes. C'est une image de notre vie: lorsqu'on vieillit, on regarde en arrière et on a l'impression que tout s'est passé comme en un clin d'oeil.

Une autre caractéristique du rêve, c'est son aspect irréel ou vain. On peut rêver de se trouver à un banquet et de manger et boire à satiété, mais lorqu'on se réveille, la faim est toujours là...

Un jour, un pauvre rêve qu'il est devenu riche. Dans son rêve il exulte, il prend des airs importants, il méprise jusqu'à son propre père, faisant comme s'il ne le connaissait pas. Mais au réveil, il se retrouve aussi pauvre qu'avant!

C'est la même chose qui se passera lorsque nous sortirons du rêve de cette vie terrestre. On peut avoir été très riche ici-bas, mais à la mort, on se retrouve exactement dans la situation de ce pauvre qui se réveille après avoir rêvé qu'il était riche. Que lui reste-t-il de toutes ses richesses, s'il n'en a pas fait bon usage? Rien!

Il y a une caractéristique du rêve qui ne s'applique pas à la vie: l'absence de responsabilité. L'on peut avoir tué ou volé dans son rêve, mais au réveil on ne risque pas d'aller en prison: le casier judiciaire sera toujours vierge. Dans la vie, il n'en va pas de même, nous le savons bien. Ce que nous faisons dans la vie laisse des traces, et quelles traces! Il est écrit, en effet, que "Dieu rendra à chacun selon ses oeuvres" (Rm 2, 6).

Sur le plan physique, il existe des substances chimiques qui "suscitent" et favorisent le sommeil: les somnifères, que notre génération, malade de stress et d'insomnie, connaît bien. Sur le plan moral, également, il existe un terrible somnifère. Il a pour nom l'habitude. L'habitude est comme un vampire. Le vampire - si l'on en croit les histoires qui se racontent - s'attaque aux personnes qui dorment, et, tout en suçant leur sang, injecte en elles un liquide soporifique qui rend le sommeil encore plus agréable, si bien que le vampire peut tranquillement sucer tout le sang qu'il veut. De même, le vice, s'il devient une habitude, endort la conscience. On ne sent même plus le remords. On est persuadé d'aller très bien, et on ne se rend plus compte qu'on est en train de mourir spirituellement.

Le seul salut, quand ce "vampire" nous tombe dessus, c'est que quelque chose vienne brusquement nous tirer de notre sommeil. C'est ce que la Parole de Dieu veut faire avec nous avec ce cri qu'elle nous fait entendre plusieurs fois pendant ce temps de l'Avent: "Veillez!"

Terminons avec une parole de Jésus qui nous encourage:

"Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l'un à l'autre, il les servira." (Lc 12, 37)

Veillez
Veillez
Veillez

Veillez

Lectures et Homélie pour le Jeudi Saint

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Benoît XVI, Homélie pour la solennité du Christ Roi de l'Univers 2012

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

 

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Messieurs les Cardinaux,


Vénérés frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,

Chers frères et sœurs,

La solennité du Christ-Roi de l’univers – couronnement de l’année liturgique – s’enrichit aujourd’hui de l’accueil dans le Collège cardinalice de six nouveaux Membres que, selon la tradition, j’ai invités à concélébrer avec moi l’Eucharistie, ce matin. À chacun d’eux, j’adresse mes plus cordiales salutations, en remerciant le Cardinal James Michael Harvey pour les paroles courtoises qu’il m’a adressées au nom de tous. Je salue les autres Cardinaux et tous les Prélats présents, ainsi que les illustres autorités, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, les prêtres, les religieux et tous les fidèles, particulièrement ceux venus des diocèses confiés à la charge pastorale des nouveaux Cardinaux.

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, l’Église nous invite à célébrer le Seigneur Jésus, Roi de l’univers. Elle nous appelle à tourner notre regard vers l’avenir, ou mieux plus profondément, vers la destination finale de l’histoire qui sera le règne définitif et éternel du Christ. Il était au commencement avec le Père, quand le monde a été créé, et il manifestera pleinement sa seigneurie à la fin des temps, quand il jugera tous les hommes. Les trois lectures d’aujourd’hui nous parlent de ce règne.

Dans le passage de l’évangile, tiré du récit de Saint Jean, que nous avons écouté, Jésus se trouve dans une situation humiliante – celle d’accusé – devant le pouvoir romain. Il a été arrêté, insulté, raillé, et ses ennemis espèrent obtenir maintenant sa condamnation au supplice de la croix. Ils l’ont présenté à Pilate comme quelqu’un qui aspire au pouvoir politique, comme le prétendu roi des juifs. Le procureur romain mène son enquête et interroge Jésus : « Es-tu le roi des Juifs ? » (Jn 18, 33). Répondant à cette demande, Jésus précise la nature de son règne et de sa messianité-même, qui n’est pas un pouvoir mondain, mais un amour qui sert ; il affirme que son règne ne doit pas être absolument confondu avec un règne politique quelconque : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ... Non, ma royauté ne vient pas d’ici » (v. 36).

Il est évident que Jésus n’a aucune ambition politique. Après la multiplication des pains, les gens, enthousiasmés par le miracle, voulaient s’emparer de lui pour le faire roi, afin de renverser le pouvoir romain et établir ainsi un nouveau règne politique, qui aurait été considéré comme le royaume de Dieu tant attendu. Mais Jésus sait que le royaume de Dieu est d’un genre tout autre, il ne se fonde pas sur les armes et sur la violence. C’est la multiplication des pains qui devient alors, d’une part, le signe de sa messianité, mais, d’autre part, un tournant dans son activité : à partir de ce moment, la marche vers la croix se fait plus évidente ; là, par un acte suprême d’amour, resplendira le règne promis, le règne de Dieu. Mais la foule ne comprend pas, elle est déçue et Jésus se retire, tout seul, dans la montagne pour prier (cf. Jn 6, 1-15).

Dans le récit de la passion, nous voyons comment les disciples aussi, tout en ayant partagé la vie avec Jésus et écouté ses paroles, pensaient à un royaume politique, instauré même avec l’aide de la force. À Gethsémani, Pierre avait tiré du fourreau son épée et avait commencé à combattre, mais Jésus l’avait empêché (cf. Jn 18, 10-11). Il ne veut pas être défendu par les armes, mais il veut accomplir jusqu’au bout la volonté de son Père et établir son royaume non pas par les armes et la violence, mais par la faiblesse apparente de l’amour qui donne la vie. Le royaume de Dieu est un royaume totalement différent des royaumes terrestres.

Et c’est pour cela que, face à un homme sans défense, fragile, humilié, comme l’est Jésus, un homme de pouvoir comme Pilate reste surpris ; surpris parce qu’il entend parler d’un royaume, de serviteurs. Et il pose une question qui lui semblera paradoxale : « Alors, tu es roi ? ». Quel genre de roi peut être un homme dans ces conditions-là ? Mais Jésus répond par l’affirmative : « C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité, écoute ma voix » (18, 37). Jésus parle de roi, de royaume, cependant, il ne se réfère pas à la domination, mais à la vérité. Pilate ne comprend pas : peut-il exister un pouvoir qui ne s’obtient pas par des moyens humains ? Un pouvoir qui ne réponde pas à la logique de la domination et de la force ? Jésus est venu révéler et apporter une nouvelle royauté, celle de Dieu ; il est venu rendre témoignage à la vérité d’un Dieu qui est amour (cf. 1 Jn 4, 8.16) et qui veut établir un royaume de justice, d’amour et de paix (cf. Préface). Celui qui est ouvert à l’amour, écoute ce témoignage et l’accueille avec foi, pour entrer dans le royaume de Dieu.

Nous retrouvons cette perspective dans la première lecture que nous venons d’écouter. Le prophète Daniel prédit le pouvoir d’un personnage mystérieux placé entre ciel et terre : « Je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite » (7, 13-14). Ces paroles annoncent un roi qui domine de la mer à la mer jusqu’aux bouts de la terre, grâce à un pouvoir absolu qui ne sera jamais détruit. Cette vision du prophète – une vision messianique – est éclairée et trouve sa réalisation dans le Christ : le pouvoir du vrai Messie – pouvoir qui ne décline jamais et qui ne sera jamais détruit – n’est pas celui des royaumes de la terre qui s’élèvent et s’écroulent, mais celui de la vérité et de l’amour. Cela nous fait comprendre comment la royauté annoncée par Jésus dans les paraboles et révélée ouvertement et explicitement devant le Procureur romain, est la royauté de la vérité, l’unique qui donne à toute chose sa lumière et sa grandeur.

Dans la deuxième lecture, l’auteur de l’Apocalypse affirme que nous aussi nous participons à la royauté du Christ. Dans l’acclamation adressée à « celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang », il déclare que celui-ci « a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père » (1, 5-6). Il est clair ici aussi qu’il s’agit d’un royaume fondé sur la relation avec Dieu, avec la vérité, et non pas un royaume politique. Par son sacrifice, Jésus nous a ouvert le chemin pour une relation profonde avec Dieu : en lui, nous sommes devenus de véritables fils adoptifs, nous sommes rendus ainsi participants de sa royauté sur le monde. Être disciples de Jésus signifie donc ne pas se laisser séduire par la logique mondaine du pouvoir, mais apporter au monde la lumière de la vérité et de l’amour de Dieu. L’auteur de l’Apocalypse étend ensuite son regard à la deuxième venue de Jésus pour juger les hommes et établir pour toujours le règne divin, et il nous rappelle que la conversion, comme réponse à la grâce divine, est la condition pour l’instauration de ce royaume (cf. 1, 7).

C’est là une invitation pressante adressée à tous et à chacun : nous convertir toujours au règne de Dieu, à la seigneurie de Dieu et de la Vérité, dans notre vie. Chaque jour, nous l’invoquons dans la prière du ‘Notre Père’ avec les paroles : « Que ton règne vienne » ; cela revient à dire à Jésus : Seigneur fais-nous devenir tiens, vis en nous, rassemble l’humanité dispersée et souffrante, pour qu’en toi, tout soit soumis au Père de miséricorde et d’amour.

À vous, chers et vénérés frères Cardinaux – je pense particulièrement à ceux qui ont été créés hier – est confiée cette lourde responsabilité : rendre témoignage au règne de Dieu, à la vérité. Cela signifie faire émerger toujours la priorité de Dieu et de sa volonté face aux intérêts du monde et à ses puissances. Soyez les imitateurs de Jésus, qui, devant Pilate, dans la situation humiliante décrite par l’Évangile, a manifesté sa gloire : celle d’aimer jusqu’au bout, en donnant sa propre vie pour les personnes qu’il aime. C’est la révélation du règne de Jésus. Et c’est pourquoi, d’un seul cœur et d’une seule âme, prions : « Adveniat regnum tuum » (Que ton règne vienne). Amen.

 [Texte original: italien]

© Libreria Editrice Vaticana

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour la Solennité du Christ Roi de l'Univers B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

 

 

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« Tout subsiste en Lui ». Cette affirmation que Saint Paul répète à plusieurs reprises dans ses Epîtres, représente l’horizon que nous devons contempler afin de vivre la Fête de ce jour, car, dans sa brièveté, elle en exprime admirablement tout le sens. Il s’agit en effet ici de la vérité du mystère qui pénètre le monde, qui pénètre l’Univers tout entier, jusqu’au cœur de chacun, ce cœur qui bat en nous en ce moment. Le Christ est la consistance de tout, le « point de fugue » vers lequel converge toute la trajectoire de l’histoire humaine ; le Christ est le « juge » et la « mesure » des esprits et des cœurs, ainsi que le dit l’hymne de cette Fête.

En commentant ce « tout consiste en Lui » de S. Paul, J. Huby s’exprimait ainsi : « En Lui [dans le Christ] toutes les choses ont été créées comme dans le principe même de leur existence, le centre suprême de l’unité, de l’harmonie, de la cohésion qui confère au monde sa signification, sa valeur, et par cela, sa réalité. Ou bien, pour employer une autre métaphore, comme le siège, le point de rencontre où se réunissent et se coordonnent tous les fils conducteurs, tous les générateurs de l’univers. Quiconque aurait un point de vue instantané de l’univers total, passé, présent, futur, verrait tous les êtres suspendus ontologiquement au Christ, et non définitivement intelligibles, si ce n’est grâce à Lui » (J. Huby, Saint Paul. Les Epîtres de la captivité). Et le Christ-Roi, c’est cela !

Notre conscience devrait en être complètement dominée, parce que la raison est le « point humain » créé pour reconnaître la réunification que le Christ opère. La raison humaine a été créée pour reconnaître la Raison incréée : le Christ-Roi en quoi tout consiste.

Sans cette ouverture docile au mystère, la réalité apparaît réduite, exactement ainsi que la décrit le prophète Ezéchiel : un troupeau chaotique de brebis sans pasteur qui avance dans une journée nuageuse et brumeuse. Il se meut sans direction et sans but. On pourrait y voir la condition d’une grande partie de la culture contemporaine, résignée au « non-sens », à vivre sans but et à avancer sans direction précise. Dans ces conditions, si les brebis ne se transforment pas en loups féroces, elles risquent de se résigner, allant à la débandade.

Mais le Christ est venu afin de redonner à l’homme sa raison de vivre et Il l’a fait en donnant aux ténèbres la lumière, l’amour et une dernière possibilité de réelle miséricorde à ce sentiment insurmontable d’insuffisance, qui est propre à la raison créée. Ce n’est qu’en admettant ses limites et son insuffisance que la raison humaine se transforme en véritable affection envers soi et envers la réalité, laissant la porte grande ouverte à une ultime possibilité d’amour, à une ultime étreinte qui représente la victoire sur le mal et sur la mort.

Le Christ est le Roi de l’Univers ; Il l’a dominé et le domine par Son Amour ; en mourant pour les hommes il a anéanti la mort qui représente la dernière et la plus grande objection à laquelle s’affrontent notre raison et notre affection.

En se faisant donc principe suprême d’intelligibilité de la réalité le Christ est également principe suprême de moralité. Juge de toute action, juge aussi de ceux qui sans le connaître agissent « pour » ou « contre le mystère : « Seigneur, quand t’avons-nous vu affamé ou assoiffé ou étranger ou nu ou malade ou en prison sans T’avoir assisté ? […] en vérité je vous le dis : chaque fois que vous n’avez pas fait ces choses au plus petit de mes frères, vous ne les avez pas faites à moi […]. Loin de moi, maudits, vers le feu éternel ».

Mais à nous qui L’avons connu, que nous dira-t-Il donc si nous abandonnons la raison qu’Il nous a donnée gratuitement, si nous abandonnons l’affection qu’avec Sa miséricorde Il nous a offerte ?

Prions la Bienheureuse Vierge Marie, Reine de l’Univers, afin que nos esprits rebelles se soumettent docilement et amoureusement au Roi des Rois, afin que son amour nous réunisse dans le bercail de l’Eglise. Car nous sommes sa compagnie dans l’histoire, le point où, à l’intérieur de toute raison créée et de tous les pauvres cœurs si peu enclins à l’amour humain, se manifeste la Raison incréée et l’abîme de l’Amour incréé de la Miséricorde Divine.

Les Chrétiens représentent dans l’histoire l’instant où la paix commence à régner, grâce à l’humble reconnaissance de Son Autorité suprême : sur le Cosmos, sur l’Eglise, sur le cœur de chaque homme. Une souveraineté unique et vraiment libératrice.

 

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 33° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte » (Marc 13,29). Aujourd’hui la Liturgie de l’Eglise semble diriger nos cœurs et nos regards vers le Dernier jour, vers Celui qui est l’Alpha et l’Omega, le Principe et la Fin de toute chose, vers Celui dont nous célébrerons Dimanche prochain la Royauté universelle : Jésus-Christ Dieu. Tout se résume en Lui, tout tend vers Lui, tout le cosmos et l’histoire convergent vers Lui, toute la création « geint dans les souffrances de l’enfantement » - dirait Saint Paul – et nous vivons nous-mêmes dans cette douce attente continue.

« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Le Christ nous aime tant, Son cœur est si brûlant d’amour et de désir pour chacun de nous qu’Il nous annonce - avant de s’immoler sur la Croix – ce qui se passera dans les derniers jours. Et c’est le propre de celui qui aime vraiment de susciter chez la personne aimée l’attente de son retour, pour qu’en l’attendant elle le désire, et qu’en le désirant elle accomplisse tous les actes d’amour que son cœur lui inspire afin de se préparer à la rencontre, afin de l’accueillir dignement, de lui exprimant son amour et de lui plaire.

« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Quand le cœur se gonfle dans l’attente de l’être aimé, il se produit en outre une chose singulière : tout ce qui nous entoure se transfigure presque à nos yeux et devient ainsi une occasion, un prétexte, un moyen d’aimer. Et c’est encore plus évident avec le Christ ! Quand dans nos cœurs l’amour et de désir du Christ se ravive et se renouvelle, tout a un sens, – chaque rencontre, chaque circonstance, chaque joie et chaque douleur, chaque tâche – tout a une saveur nouvelle, car ce cœur est illuminé, prend consistance et trouve son sens, grâce à Lui, notre Créateur et notre Rédempteur.

« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Cependant, en nous parlant des derniers jours, le Seigneur ne nous indique pas une échéance temporelle précise ; Il ajoute, en effet : « Pour ce qui est du jour ou de l’heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul » (Marc 13,32). C’est pour cela qu’Il nous dit : « quand vous verrez arriver ces choses ». Il nous incite en fait à observer la réalité et nous invite à y lire les signes certains de Son retour. En effet, ce n’est pas en nous réfugiant dans une religiosité intimiste et subjective, inapte à soutenir la vie, incapable d’obéir à la réalité que nous pouvons nous préparer au Dernier Jour. Il faut plutôt que nous pénétrions de manière de plus en plus sûre dans la réalité, en ayant confiance en Celui qui l’a faite et qui l’a rachetée, en ayant donc confiance en elle et dans les signes du Mystère qui nous apparaîtront de plus en plus nombreux. La réalité, en effet, est un élément souverain dans le cheminement vers le Ciel, car – nous dit encore l’Apôtre – « la réalité, au contraire, est le Christ » (Epître aux Colossiens 2,17).

« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Cependant notre attente, l’attente chrétienne ne concerne pas uniquement un avenir qui serait assuré mais lointain. Le Jour futur vers lequel nous tendons, ce Dernier Jour auquel tout nous renvoie appartient déjà au Présent ! Il arrive déjà car ce Jour est le Christ, le Fils Unique de Dieu qui vient nous visiter d’en-haut comme un Soleil levant (cf. Luc 1,78). Nous ne vivons pas cette attente dans la tristesse, comme si nous désirions un bien absent ; mais nous vivons l’attente dans la joie de Sa Présence, laquelle nous rejoint dans l’Eglise, en particulier à travers les Sacrements et l’annonce de Sa Parole. Une Présence dont nous pouvons faire l’expérience à travers cette communion avec nos frères, qui représente un don du Saint Esprit. Une Présence qui resplendit, de façon éminente, sur l’Autel où Lui, le Christ, notre Futur, entre dans le présent de notre vie pour nous attirer à Lui, à Son Cœur, et, à travers Lui, au Père !

« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Faisons en sorte que l’attente de Sa Présence allume en nos cœurs le désir et qu’elle le dilate et le rende capable d’un amour attentif et prévenant, qui reconnaisse le Christ dans tous ses frères et qui s’épanouira au Jour qui n’aura plus de fin. Que la Très Sainte Vierge Marie, Femme de l’attente et Modèle d’amour inégalable, prépare de plus en plus notre cœur à cette rencontre avec son Fils, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.

Benoît XVI, Le Fils de l’homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude - Homélie pour la Journée Missionnaire Mondiale

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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Le Fils de l’homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude (cf. Mc 10,45)

Vénérés frères,

Chers frères et sœurs !

Aujourd’hui l’Église écoute une nouvelle fois ces paroles de Jésus prononcées sur la route de Jérusalem, où devait s’accomplir son mystère de passion de mort et de résurrection. Ce sont des paroles qui contiennent le sens de la mission du Christ sur la terre, marquée par son immolation, par sa donation totale. En ce troisième dimanche d’octobre, où l’on célèbre la Journée Missionnaire Mondiale, l’Église les écoute avec une particulière attention et ravive sa conscience d’être tout entière dans un indéfectible état de service de l’homme et de l’Évangile, comme Celui qui s’est offert lui-même jusqu’au sacrifice de sa vie.

J’adresse mon cordial salut à vous tous qui remplissez la Place Saint Pierre, en particulier aux délégations officielles et aux pèlerins venus pour fêter les sept nouveaux saints. Je salue affectueusement les Cardinaux et les Évêques qui participent ces jours-ci à l’Assemblée synodale sur la Nouvelle Évangélisation. La coïncidence entre cette Assise et la Journée Missionnaire est heureuse ; et la Parole de Dieu que nous avons écouté se révèle éclairante pour les deux. Celle-ci montre le style de l’évangélisateur, appelé à témoigner et annoncer le message chrétien en se conformant à Jésus-Christ et en suivant sa vie. Ceci vaut aussi bien pour la mission ad gentes, que pour la nouvelle évangélisation dans les régions de vieille chrétienté.

 

Le Fils de l’homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude (cf. Mc 10,45)

Ces paroles ont constitué le programme de vie des sept Bienheureux, que l’Église inscrit solennellement aujourd’hui au rang glorieux des Saints. Avec un courage héroïque, ceux-ci ont dépensé leur existence dans une totale consécration à Dieu et dans un généreux service à leurs frères. Ce sont des fils et des filles de l’Église, qui ont choisi la vie du service en suivant le Seigneur. La sainteté dans l’Église a toujours sa source dans le mystère de la Rédemption, qui est préfiguré par le prophète Isaïe dans la première lecture : le Serviteur du Seigneur est le Juste qui « justifiera les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes » (Is 53, 11). Ce Serviteur est Jésus-Christ, crucifié, ressuscité et vivant dans la gloire. La canonisation d’aujourd’hui représente une confirmation éloquente de cette mystérieuse réalité salvifique. La tenace profession de foi de ces sept généreux disciples du Christ, leur conformation au Fils de l’Homme resplendit aujourd’hui dans toute l’Église.

Jacques Berthieu, né en 1838, en France, fut très tôt passionné de Jésus-Christ. Durant son ministère de paroisse, il eut le désir ardent de sauver les âmes. Devenu jésuite, il voulait parcourir le monde pour la gloire de Dieu. Pasteur infatigable dans l’île Sainte Marie puis à Madagascar, il lutta contre l’injustice, tout en soulageant les pauvres et les malades. Les Malgaches le considéraient comme un prêtre venu du ciel, disant : Vous êtes notre «  père et mère ! » Il se fit tout à tous, puisant dans la prière et dans l’amour du Cœur de Jésus la force humaine et sacerdotale d’aller jusqu’au martyre en 1896. Il mourut en disant : « Je préfère mourir plutôt que renoncer à ma foi ». Chers amis, que la vie de cet évangélisateur soit un encouragement et un modèle pour les prêtres, afin qu’ils soient des hommes de Dieu comme lui ! Que son exemple aide les nombreux chrétiens persécutés aujourd’hui à cause de leur foi ! Puisse en cette Année de la foi, son intercession porter des fruits pour Madagascar et le continent africain ! Que Dieu bénisse le peuple malgache !

Pedro Calungsod est né vers l’année 1654, dans l’archipel des Visayas aux Philippines. Son amour pour le Christ l’a poussé à se former comme catéchiste auprès des jésuites missionnaires qui y vivaient. En 1668, avec d’autres jeunes catéchistes, il accompagna le Père Diego Luis de San Vitores aux Îles Mariannes pour évangéliser le peuple Chamorro. La vie y était dure et les missionnaires devaient faire face aux persécutions provoquées par des jalousies et des calomnies. Pedro, cependant, faisait preuve d’une grande foi et charité et il continuait à catéchiser ses nombreux convertis, témoignant du Christ par une vie authentique, dédiée à l’Évangile. Son plus grand désir était de gagner des âmes au Christ, ce qui renforça sa détermination d’accepter le martyr. Il mourut le 2 avril 1672. Des témoignages rapportent que Pedro aurait pu fuir pour sa sécurité mais qu’il choisit de rester aux côtés du Père Diego. Le prêtre put donner l’absolution à Pedro avant d’être lui-même tué. Que cet exemple et ce témoignage courageux de Pedro Calungsod inspire le cher peuple des Philippines à annoncer avec courage le Royaume et à gagner des âmes à Dieu !

Jean-Baptiste Piamarta, prêtre du diocèse de Brescia, fut un grand apôtre de la charité et de la jeunesse. Il percevait l’exigence d’une présence culturelle et sociale du catholicisme dans le monde moderne, c’est pourquoi il se consacra à l’élévation chrétienne, morale et professionnelle des nouvelles générations, illuminé par une vigueur pleine d’humanité et de bonté. Animé d’une confiance inébranlable en la Providence divine et par un profond esprit de sacrifice, il affronta des difficultés et souffrances pour donner vie à plusieurs œuvres apostoliques, parmi lesquelles : l’institut des Artigianelli, la maison d’édition Queriniana, la congrégation masculine de la Sainte Famille de Nazareth et la congrégation des Humbles Servantes du Seigneur. Le secret de sa vie intense et active réside dans les longues heures qu’il consacrait à la prière. Quand il était surchargé de travail, il augmentait son temps de rencontre cœur à cœur avec le Seigneur. Il préférait les haltes devant le Saint Sacrement, méditant la passion, la mort et la résurrection du Christ pour y puiser la force spirituelle et repartir à la conquête du cœur des personnes, surtout des jeunes, pour les reconduire aux sources de la vie à travers des initiatives pastorales toujours nouvelles.

« Seigneur, que ton amour soit sur nous, comme notre espoir est en toi ». Avec ces paroles, la liturgie nous invite à faire nôtre cet hymne au Dieu créateur et provident, en acceptant son dessein sur nos vies. Ainsi l’a fait María del Carmelo Sallés y Barangueras, religieuse née en 1848 à Vic en Espagne. Voyant son espérance comblée après de nombreuses épreuves, et devant le progrès de la Congrégation des Religieuses Conceptionnistes Missionnaires de l’Enseignement, qu’elle a fondée en 1892, elle a pu chanter avec la Mère de Dieu : « Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ». Confiée à la Vierge Immaculée, son œuvre éducatrice se poursuivit en donnant des fruits abondants pour la jeunesse, grâce au don généreux de ses filles, qui, comme elle, se confient à Dieu qui peut tout.

J’en viens maintenant à Marianne Cope, né en 1838, à Heppenheim, en Allemagne. Elle avait un an seulement, quand elle fut emmenée aux États-Unis. En 1862, elle entra dans le Tiers Ordre Régulier de Saint-François à Syracuse, New-York. Plus tard, devenue Supérieure Générale de sa congrégation, Mère Marianne, suivit volontiers l’appel à soigner les lépreux d’Hawaï après le refus de nombreuses autres personnes. Avec six de ses sœurs, elle alla diriger elle-même l’hôpital à Oahu, fondant ensuite l’hôpital Malulani à Maui et ouvrant une maison pour les jeunes filles dont les parents étaient lépreux. Cinq ans après, elle accepta l’invitation à ouvrir une maison pour femmes et jeunes filles sur l’île même de Molokai, s’y rendant courageusement elle-même et mettant ainsi effectivement fin à ses contacts avec le monde extérieur. Elle s’y occupa du Père Damien, déjà connu pour son travail héroïque auprès des lépreux, le soignant jusqu’à sa mort et elle prit la direction de son œuvre auprès des hommes lépreux. À une époque où l’on pouvait faire bien peu pour soulager les souffrances de cette terrible maladie, Marianne Cope fit preuve de l’amour le plus élevé, de courage et d’enthousiasme. Elle est un exemple lumineux et énergique de la fine fleur de la tradition des sœurs infirmières catholiques et de l’esprit de son bien-aimé saint François.

Kateri Tekakwitha est née en 1656 dans l’actuel État de New-York, d’un père mohawk et d’une mère algonquine chrétienne qui lui donna le sens de Dieu. Baptisée à l’âge de 20 ans, et pour échapper à la persécution, elle se réfugia à la Mission Saint François Xavier, près de Montréal. Là, elle travailla, partageant les coutumes des siens, mais en ne renonçant jamais à ses convictions religieuses jusqu’à sa mort, à l’âge de 24 ans. Dans une vie tout ordinaire, Kateri resta fidèle à l’amour de Jésus, à la prière et à l’Eucharistie quotidienne. Son but était de connaître et de faire ce qui est agréable à Dieu. Kateri nous impressionne par l’action de la grâce dans sa vie en l’absence de soutiens extérieurs, et par son courage dans sa vocation si particulière dans sa culture. En elle, foi et culture s’enrichissent mutuellement ! Que son exemple nous aide à vivre là où nous sommes, sans renier qui nous sommes, en aimant Jésus ! Sainte Kateri, protectrice du Canada et première sainte amérindienne, nous te confions le renouveau de la foi dans les Premières Nations et dans toute l’Amérique du Nord ! Que Dieu bénisse les Premières Nations !

Jeune, Anna Schäffer, de Mindelstetten, voulait entrer dans une congrégation missionnaire. Née dans d’humbles conditions, elle chercha comme domestique à gagner la dot nécessaire pour pouvoir entrer au couvent. Dans cet emploi, elle eut un accident grave avec des brulures inguérissables aux pieds, qui la cloueront au lit pour le reste de ses jours. C’est ainsi que la chambre de malade se transforma en cellule conventuelle, et la souffrance en service missionnaire. Tout d’abord elle se révolta contre son destin, mais ensuite, elle comprit que sa situation était comme un appel plein d’amour du Crucifié à le suivre. Fortifiée par la communion quotidienne elle devint un intercesseur infatigable par la prière, et un miroir de l’amour de Dieu pour les nombreuses personnes en recherche de conseil. Que son apostolat de la prière et de la souffrance, de l’offrande et de l’expiation soit pour les croyants de sa terre un exemple lumineux ! Puisse son intercession fortifier l’apostolat chrétien hospitalier dans son agir plein de bénédictions !

Chers frères et sœurs ! Ces nouveaux Saints, divers par leur origine, leur langue, leur nation et leur condition sociale, sont unis les uns aux autres et avec l’ensemble du Peuple de Dieu dans le mystère de salut du Christ, le Rédempteur. Avec eux, nous aussi réunis ici avec les Pères synodaux venus de toutes les parties du monde, avec les paroles du Psalmiste, proclamons au Seigneur que « notre secours et bouclier, c’est lui », et invoquons-le : « Sur nous soit ton amour, Seigneur, comme notre espoir est en toi » (Ps 32, 20 ; 22). Que le témoignage des nouveaux Saints, de leur vie généreusement offerte par amour du Christ, parle aujourd’hui à toute l’Église, et que leur intercession la consolide et la soutienne dans sa mission d’annoncer l’Évangile au monde entier.

[01359-03.01] [Texte original: Plurilingue]

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour l'Exaltation de la Sainte Croix

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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Au cours de la fête d’aujourd’hui, comme au cours de l’après-midi du Vendredi Saint, l’Eglise appelle chacun de nous au Calvaire, au pied de la Croix et nous invite au souvenir de cet « événement », dans lequel se résume toute l’histoire pour renaître en tant que « nouvelle ». En effet, de la contemplation de la Croix, nous savons qu’un destin de gloire nous a été préparé dont personne ne pourra nous priver, que le terme de l’histoire n’est pas le fruit du hasard, mais qu’il est certain, car c’est Dieu Lui-même qui lui a indiqué sa destination définitive ! Et la destination définitive de l’histoire qui naît de la Croix, est une « compagnie » inespérée de notre vie.

Il ne s’agit pas d’une vague compagnie, ni d’un voisinage compatissant, capable aussi de gestes d’une attention considérable, mais incapable de contenir le cœur vital de notre être.

Non, le destin de la vie est une « compagnie » d’un genre très particulier dans laquelle seule se trouve la paix véritable. Et si cette compagnie avait déjà vu le jour dans la maison de Marie de Nazareth, peu après l’Annonciation, alors que la jeune israélite concevait en son sein le Dieu fait homme, c’est sur la Croix, cependant, qu’elle atteint les fondements de l’être et de l’histoire et qu’elle les soustrait à l’abîme où ils se trouvaient.

Dans la « compagnie » qui naît de la Croix la vérité et l’amour parviennent en effet à s’unir parfaitement. Celle du Christ est une compagnie où la vérité resplendit, parce qu’elle est affirmée et témoignée comme jamais on aurait osé l’imaginer. Ce qui est témoigné et affirmé est avant tout la vérité de la dépendance radicale de la réalité du Mystère – la réalité du cosmos, la réalité de la vie et de notre personne même dépendent de ce fragment d’humanité, l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous -, puis toutes les vérités de notre existence particulière sont reconnues et affirmées, telle que la grandeur du cœur que Dieu nous a donné et la vertigineuse profondeur de ses désirs, mais également notre fragilité, notre inadaptation, parfois si pénible, et notre péché. Une compagnie dans laquelle nous sommes constamment mis à nu et qui affirme la portée réelle de notre existence, sa vraie vocation et où notre péché est condamné sans appel.

Mais le Seigneur – nous avons lu l’Evangile -, parlant à Nicodème affirme que Dieu « n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il condamne le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui » (Jean 3,17).

La Vérité, que le Christ représente, n’est pas venue au monde pour le condamner dans le péché, mais pour le sauver de ce néant qu’est le péché, et pour l’immerger en Dieu. Dans la « compagnie » du Christ, la vérité, en effet, s’affirme toujours dans un amour sans pareil, d’une grande profondeur, en mesure de guérir et de faire renaître tout ce qu’il touche. Et dans cet amour qui est Dieu même, la vérité n’est pas seulement cherchée, reconnue et affirmée, mais elle « s’épanouit » afin que tout notre cœur soit exposé aux yeux de l’Amour.

L’Eglise, en nous invitant à contempler le « Triomphe de la Croix » - c’est ainsi que l’on appelait cette fête – nous permet de nous abreuver à la source de la Vie, d’une Création nouvelle, œuvre de Dieu. Si les plaies du Crucifié nous montrent, en effet, la honte de notre péché, porté par Notre Seigneur Jésus dans sa soumission « jusqu’à la mort, et à une mort sur la Croix » (Phil. 2,8), elles témoignent en même temps et mystérieusement de l’immensité de Son Amour, capable d’embrasser l’humanité tout entière, jusqu’à la racine de notre cœur.

Mais où pouvons-nous trouver aujourd’hui une telle compagnie, un tel amour de la vérité, une telle étreinte capable d’accueillir et de redonner la vie ? Où pouvons-nous faire l’expérience de la « compagnie » du Christ ?

Tout cela ne peut se réaliser que dans cette compagnie qui a jailli du flanc percé de Jésus et dans laquelle Lui-même Ressuscité et Vivant nous invite à rester : l’Eglise. Dans les visages de nos frères que le Christ a rachetés, dans ces visages aussi incroyablement concrets et uniques nous pouvons, en effet, faire l’expérience de Sa Présence, de l’affection qu’Il porte à notre destin, de Sa Victoire sur le monde et de ce destin de gloire qui nous est donné dès à présent et qui attend son épanouissement dans le grand Jour de l’Eternité.

Que la très Sainte Vierge Marie, qui sous la Croix a donné vie à cette nouvelle famille en devenant la Mère de l’Apôtre Jean et de chacun de nous, nous permette d’accueillir la compagnie du Seigneur et de Lui consacrer toute notre vie, afin de devenir un signe et un lieu de Sa Présence. Amen !

 

 

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