Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee b 2011-2012

Lectures et Homélie pour le 15e dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

1ère lecture : La mission divine du prophète (Am 7, 12-15)

Lecture du livre d'Amos

 

15-TOA-1lec.jpeg


Amazias, prêtre de Béthel, dit au prophète Amos : « Va-t'en d'ici avec tes visions, enfuis-toi au pays de Juda ; c'est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser ; car c'est un sanctuaire royal, un temple du royaume. »
Amos répondit à Amazias : « Je n'étais pas prophète ni fils de prophète ; j'étais bouvier, et je soignais les figuiers. Mais le Seigneur m'a saisi quand j'étais derrière le troupeau, et c'est lui qui m'a dit : 'Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.' »

Psaume :  84, 9ab.10, 11-12, 13-14

R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut


J'écoute : que dira le Seigneur Dieu ? 
Ce qu'il dit, c'est la paix pour son peuple. 
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s'embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

2ème lecture : Dieu nous a choisis depuis toujours (brève : 3-10) (Ep 1, 3-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Dans les cieux, il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ. En lui, il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l'amour, saints et irréprochables sous son regard. Il nous a d'avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ : voilà ce qu'il a voulu dans sa bienveillance, à la louange de sa gloire, de cette grâce dont il nous a comblés en son Fils bien-aimé, qui nous obtient par son sang la rédemption, le pardon de nos fautes.Elle est inépuisable, la grâce par laquelle Dieu nous a remplis de sagesse et d'intelligence en nous dévoilant le mystère de sa volonté, de ce qu'il prévoyait dans le Christ pour le moment où les temps seraient accomplis ; dans sa bienveillance, il projetait de saisir l'univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ. 
En lui, Dieu nous a d'avance destinés à devenir son peuple ; car lui, qui réalise tout ce qu'il a décidé, il a voulu que nous soyons ceux qui d'avance avaient espéré dans le Christ, à la louange de sa gloire. Dans le Christ, vous aussi, vous avez écouté la parole de vérité, la Bonne Nouvelle de votre salut ; en lui, devenus des croyants, vous avez reçu la marque de l'Esprit Saint. Et l'Esprit que Dieu avait promis, c'est la première avance qu'il nous a faitesur l'héritage dont nous prendrons possession au jour de la délivrance finale, à la louange de sa gloire.

Evangile : Jésus envoie les Douze appeler les hommes à la conversion (Mc 6, 7-13)

Acclamation : Alléluia.Alléluia. Sur toute la terre esr proclamée la Parole, et la Bonne Nouvelle aux limites du monde. Alléluia. (cf. Ps 18, 5)

 

15 TOB ev

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie deux par deux. Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais, et il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n'est un bâton ; de n'avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture.
« Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »
Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l'hospitalité dans une maison, restez-y jusqu'à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
Ils partirent, et proclamèrent qu'il fallait se convertir.
Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d'huile à de nombreux malades, et les guérissaient.

Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

Benoît XVI, Homélie pour la Solennité des S. Pierre et Paul

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

pape.pierre.paul.JPG

 

Nous sommes réunis autour de l’autel pour célébrer solennellement les saints Pierre et Paul, Patrons principaux de l’Église de Rome. Sont présents, et viennent de recevoir le Pallium, les Archevêques Métropolitains nommés durant l’année dernière, auxquels va mon salut spécial et affectueux. Est présente aussi, envoyée par Sa Sainteté Bartholomée Ier, une éminente Délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople, que j’accueille avec reconnaissance fraternelle et cordiale. Dans un esprit œcuménique, je suis heureux de saluer et de remercier The Choir of Westminster Abbey, qui anime la Liturgie avec la Cappella Sistina. Je salue également Messieurs les Ambassadeurs et les Autorités civiles : je vous remercie tous pour votre présence et votre prière.

Devant la Basilique de saint Pierre, comme chacun le sait, sont dressées deux imposantes statues des Apôtres Pierre et Paul, facilement reconnaissables par leurs attributs : les clefs dans la main de Pierre et l’épée entre celles de Paul. Sur le portail majeur de la Basilique de saint Paul hors les murs sont aussi représentées ensemble des scènes de la vie et du martyre de ces deux colonnes de l’Église. Depuis toujours, la tradition chrétienne considère saint Pierre et saint Paul comme inséparables : en effet, ensemble, ils représentent tout l’Évangile du Christ. Ensuite, leur lien comme frères dans la foi a acquis un sens particulier à Rome. En effet, la communauté chrétienne de cette Ville les considère comme une espèce de contre-autel des mythiques Romulus et Remus, la fratrie à laquelle on faisait remonter la fondation de Rome. On pourrait penser aussi à un autre parallélisme ‘oppositif’, toujours sur le thème de la fraternité : alors que la première fratrie biblique nous montre l’effet du péché, pour lequel Caïn tue Abel, Pierre et Paul, bien qu’humainement très différents l’un de l’autre, et malgré les conflits qui n’ont pas manqué dans leur rapport, ont réalisé une manière nouvelle d’être frères, vécue selon l’Évangile, une manière authentique rendue possible par la grâce de l’Évangile du Christ opérant en eux. Seule la sequela du Christ conduit à la nouvelle fraternité : voici le premier message fondamental que la solennité d’aujourd’hui livre à chacun de nous, et dont l’importance se reflète aussi sur la recherche de cette pleine communion, à laquelle aspirent le Patriarcat œcuménique et l’Évêque de Rome, ainsi que tous les chrétiens.

Dans le passage de l’évangile de saint Matthieu que nous venons d’entendre, Pierre fait sa confession de foi à Jésus, le reconnaissant comme Messie et Fils de Dieu ; il la fait aussi au nom des autres Apôtres. En réponse, le Seigneur lui révèle la mission qu’il entend lui confier, celle d’être la ‘pierre’, le ‘roc’, la fondation visible sur laquelle est construit l’entier édifice spirituel de l’Église (cf. Mt 16, 16-19). Mais de quelle façon Pierre est-il le roc ? Comment doit-il mettre en œuvre cette prérogative, que naturellement il n’a pas reçue pour lui-même ? Le récit de l’évangéliste Matthieu nous dit surtout que la reconnaissance de l’identité de Jésus prononcée par Simon au nom des Douze ne provient pas « de la chair et du sang », c’est-à-dire de ses capacités humaines, mais d’une révélation particulière de Dieu le Père. Par contre, tout de suite après, quand Jésus annonce sa passion, mort et résurrection, Simon Pierre réagit vraiment à partir de « la chair et du sang » : il « se mit à lui faire de vifs reproches : … cela ne t’arrivera pas » (16, 22). Et Jésus réplique à son tour : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route » (v. 23). Le disciple qui, par don de Dieu, peut devenir un roc solide, se manifeste aussi pour ce qu’il est, dans sa faiblesse humaine : une pierre sur la route, une pierre contre laquelle on peut buter- en grec skandalon. Apparaît ici évidente la tension qui existe entre le don qui provient du Seigneur et les capacités humaines ; et dans cette scène entre Jésus et Simon Pierre, nous voyons en quelque sorte anticipé le drame de l’histoire de la papauté-même, caractérisée justement par la coexistence de ces deux éléments : d’une part, grâce à la lumière et à la force qui viennent d’en-haut, la papauté constitue le fondement de l’Église pèlerine dans le temps ; d’autre part, au long des siècles, émerge aussi la faiblesse des hommes, que seule l’ouverture à l’action de Dieu peut transformer.

De l’Évangile d’aujourd’hui, il ressort avec force la promesse claire de Jésus : « les portes des enfers », c’est-à-dire les forces du mal, ne pourront pas prévaloir, « non praevalebunt ». Vient à l’esprit le récit de la vocation du prophète Jérémie, à qui le Seigneur dit, en lui confiant sa mission : « Moi, je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays, aux rois de Juda et à ses chefs, à ses prêtres et à tout le peuple. Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi - non praevalebunt -, car je suis avec toi pour te délivrer » (Jr 1, 18-19). En réalité, la promesse que Jésus fait à Pierre est encore plus grande que celles faites aux prophètes antiques : ceux-ci, en effet, étaient menacés uniquement par des ennemis humains, alors que Pierre devra être défendu des « portes des enfers », du pouvoir destructif du mal. Jérémie reçoit une promesse qui le concerne comme personne et concerne son ministère prophétique. Pierre est rassuré au sujet de l’avenir de l’Église, de la nouvelle communauté fondée par Jésus Christ et qui s’étend à tous les temps, au-delà de l’existence personnelle de Pierre lui-même.

Passons à présent au symbole des clefs, dont parle l’Évangile que nous venons d’entendre. Il renvoie à l’oracle du prophète Isaïe sur le fonctionnaire éliakim, dont il est dit : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira » (Is 22, 22). La clef représente l’autorité sur la maison de David. Et dans l’Évangile, il y a une autre parole de Jésus adressée aux scribes et aux pharisiens, auxquels le Seigneur reproche de fermer aux hommes le Royaume des Cieux (cf. Mt 23, 13). Ces propos également nous aident à comprendre la promesse faite à Pierre : c’est à lui, en tant que fidèle administrateur du message du Christ, qu’il revient d’ouvrir la porte du Royaume des Cieux, et de juger s’il faut accueillir ou rejeter (cf. Ap 3, 7). Les deux images – celle des clefs et celle de lier et de délier – expriment donc des significations semblables et se renforcent l’une l’autre. L’expression « lier et délier » fait partie du langage rabbinique et fait allusion, d’un côté, aux décisions doctrinales et, de l’autre, au pouvoir disciplinaire, c’est-à-dire à la faculté d’infliger et de lever l’excommunication. Le parallélisme « sur terre … dans les cieux » garantit que les décisions de Pierre dans l’exercice de sa fonction ecclésiale ont également une valeur devant Dieu.

Dans le chapitre 18 de l’Évangile selon Matthieu, consacré à la vie de la communauté ecclésiale, nous trouvons une autre affirmation de Jésus adressée à ses disciples : « En vérité je vous le dis : tout ce que vous lierez sur terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur terre sera délié dans le ciel » (Mt 18, 18). Et saint Jean, dans le récit de l’apparition du Christ ressuscité aux Apôtres le soir de Pâques, rapporte cette parole du Seigneur : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus » (Jn 20, 22-23). À la lumière de ces parallélismes, il apparaît clairement que l’autorité de délier et de lier consiste dans le pouvoir de remettre les péchés. Et cette grâce, qui enlève l’énergie aux forces du chaos et du mal, est au cœur du mystère et du ministère de l’Église. L’Église n’est pas une communauté de personnes parfaites, mais de pécheurs qui doivent reconnaître qu’ils ont besoin de l’amour de Dieu et qu’ils ont besoin d’être purifiés par la Croix de Jésus Christ. Les paroles de Jésus au sujet de l’autorité de Pierre et des Apôtres laissent justement transparaître que le pouvoir de Dieu est l’amour, l’amour qui répand sa lumière à partir du Calvaire. Ainsi, nous pouvons aussi comprendre pourquoi, dans le récit évangélique, à la profession de foi de Pierre fait immédiatement suite la première annonce de la passion : en effet, Jésus par sa mort a vaincu les puissances de l’enfer, par son sang il a reversé sur le monde un immense fleuve de miséricorde, qui irrigue de ses eaux assainissantes l’humanité tout entière.

Chers frères, comme je le rappelais au début, la tradition iconographique représente saint Paul avec l’épée, et nous savons que cela figure l’instrument avec lequel il fut tué. Mais, en lisant les écrits de l’Apôtre des Gentils, nous découvrons que l’image de l’épée se réfère à toute sa mission d’évangélisateur. Par exemple, sentant la mort s’approcher, il écrit à Timothée : « j’ai combattu le bon combat » (2 Tm 4,7). Non certes le combat d’un grand capitaine, mais celui d’un annonciateur de la Parole de Dieu, fidèle au Christ et à son Église, à laquelle il s’est donné totalement. Et c’est justement pour cela que le Seigneur lui a donné la couronne de gloire et l’a placé, avec Pierre, comme colonne de l’édifice spirituel de l’Église.

Chers Métropolites : le Pallium que je vous ai conféré, vous rappellera toujours que vous avez été constitués dans et pour le grand mystère de communion qu’est l’Église, édifice spirituel construit sur le Christ, la pierre angulaire et, dans sa dimension terrestre et historique, sur le roc de Pierre. Animés par cette certitude, sentons-nous tous ensemble coopérateurs de la vérité, laquelle – nous le savons – est une et ‘symphonique’, et exige de chacun de nous et de nos communautés l’engagement constant à la conversion à l’unique Seigneur dans la grâce de l’unique Esprit. Que la Sainte Mère de Dieu nous guide et nous accompagne toujours sur le chemin de la foi et de la charité. Reine des Apôtres, priez pour nous !

 

 

© Copyright 2012 - Libreria Editrice Vaticana

 

Le trésor caché du pape Ratzinger: ses homélies à propos du Baptême

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

La plus récente, qu'il a prononcée il y a quelques jours, est la quinzième de la série. Elle comporte un passage fulgurant contre les "pompes du diable" qui triomphent dans la mentalité courante. Un "spectacle" auquel tout baptisé a promis de renoncer 

 

Piero-della-Francesca--Le-Bapteme-du-Christ.jpg


 

ROME, le 18 juin 2012 – Elle a été à peine remarquée par le grand public. Mais la "lectio divina" que Benoît XVI a prononcée, le soir du lundi 11 juin, à la basilique Saint-Jean-de-Latran, qui est la cathédrale de Rome, constitue l’un des sommets parmi ces chefs-d’œuvre que sont ses homélies consacrées au Baptême.

Que Benoît XVI soit destiné à entrer dans l’histoire en raison de sa prédication liturgique, comme l’a fait avant lui le pape Léon le Grand, c’est désormais une hypothèse plus que consolidée.

Mais, dans le grand "corpus" de ses homélies, celles qui sont consacrées au Baptême ont une place d’une importance unique.

Le commandement de baptiser "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" figure parmi les dernières paroles prononcées par Jésus sur cette terre. L’Église les a prises extrêmement au sérieux et c’est ainsi qu’elle fait naître ses enfants, depuis toujours. Par conséquent, le Baptême est l'acte de naissance et la carte d'identité de tout chrétien.

Voilà pourquoi il occupe une place tellement centrale dans la prédication de Benoît XVI. À une époque où l’analphabétisme religieux est largement répandu, où la foi est vacillante et où les baptêmes sont en baisse dans les pays de vieille chrétienté, le pape Joseph Ratzinger veut repartir des fondements de la vie chrétienne et les présenter de nouveau aux regards de tous dans leur beauté éclatante.

Ses homélies baptismales en sont un exemple évident. Ainsi que la "lectio divina" qu’il a adressée, le 11 juin dernier, aux fidèles de Rome qui remplissaient la cathédrale de cette ville.

Benoît XVI a parlé en improvisant, comme le faisaient jadis les Pères de l’Église. Au-dessus de lui, ses auditeurs pouvaient admirer, au centre de l'antique mosaïque de l'abside, une croix ornée de pierres précieuses, de laquelle jaillissait en abondance de l’eau vive.

Et le lien entre le Baptême et la croix a bien été l’un des points saillants de la "lectio divina" prononcée par le pape, qui a pris comme point de départ le "commandement" que Jésus donna à ses apôtres avant de monter au ciel : "Allez, de toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit".

Un autre passage de la "lectio" qui a beaucoup frappé les personnes présentes est celui où le pape a redonné du sens et une fraîcheur actuelle à une vieille formule du rite : la renonciation de celui qui reçoit le baptême "à Satan et à ses pompes", formule qui est aujourd’hui affaiblie en renonciation "aux séductions du mal".

Depuis qu’il a été élu pape, il y a sept ans, Benoît XVI a administré quatorze fois le Baptême, dont il a fait à chaque fois le sujet de son homélie de ce jour-là.

Il l’a fait sept fois le dimanche où l’on fête le Baptême de Jésus dans le Jourdain, dimanche qui, chaque année, suit l’Épiphanie.

Et les sept autres fois, il l’a fait au cours de la veillée pascale.

Dans le premier cas, en baptisant des enfants, presque toujours romains, à la Chapelle Sixtine, et dans le second cas, en baptisant des adultes, provenant de toutes les parties du monde, à la basilique Saint-Pierre.

On peut lire ci-dessous la transcription intégrale de la "lectio divina" que le pape a prononcée à la basilique Saint-Jean-de-Latran, le 11 juin 2012, en ouverture d’un colloque organisé par le diocèse de Rome, son diocèse, et consacré précisément au Baptême et à sa "pastorale".

Mais, à la suite de ce texte, le lecteur trouvera les liens permettant d’accéder à la totalité du "corpus" d’homélies baptismales prononcées par Benoît XVI : les sept qu’il a jusqu’à présent prononcées les dimanches où l’on fête le Baptême de Jésus et les sept autres correspondant aux veillées pascales.


S’IMMERGER DANS LE PÈRE, DANS LE FILS, DANS LE SAINT-ESPRIT

par Benoît XVI



Chers frères et sœurs, [...] les dernières paroles que le Seigneur ait adressées sur cette terre à ses disciples ont été celles-ci : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" (cf. Mt 28, 19).

Faites des disciples et baptisez. Pourquoi n’est-il pas suffisant, pour être son disciple, de connaître les doctrines de Jésus, de connaître les valeurs chrétiennes ? Pourquoi est-il nécessaire d’être baptisé ? C’est là le thème de notre réflexion, afin de comprendre la réalité, la profondeur, du sacrement du Baptême.

Une première porte s’ouvre si nous lisons attentivement ces paroles du Seigneur. Le choix de l’expression "au nom du Père" dans le texte grec est très important : le Seigneur dit "eis" et non pas "èn", c’est-à-dire qu’il ne dit pas "au nom" de la Trinité, comme nous disons, nous, qu’un sous-préfet parle "au nom" du préfet ou qu’un ambassadeur parle "au nom" du gouvernement. Non. Il dit : "eis to onoma". Cela signifie une immersion dans le nom de la Trinité, le fait que nous sommes insérés dans le nom de la Trinité, une interpénétration de l’être de Dieu et de notre être, le fait que nous sommes immergés dans le Dieu Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, de même que dans le mariage, par exemple, deux personnes deviennent une seule chair, qu’elles deviennent une réalité unique et nouvelle, avec un nom unique et nouveau.

Le Seigneur nous a aidés à comprendre encore mieux cette réalité par sa discussion avec les sadducéens à propos de la résurrection. Les sadducéens ne reconnaissaient, du canon de l’Ancien Testament, que les cinq Livres de Moïse, dans lesquels la résurrection n’apparaît pas ; c’est pourquoi ils la niaient. Le Seigneur, précisément à partir de ces cinq Livres, démontre la réalité de la résurrection et dit : Ne savez-vous pas que Dieu s’appelle Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ? (cf. Mt 22, 31-32).

Donc, Dieu prend ces trois noms et c’est bien en son nom qu’ils deviennent "le" nom de Dieu. Pour comprendre qui est ce Dieu, il faut voir ces personnes qui sont devenues le nom de Dieu, un nom de Dieu, qui sont immergées en Dieu. Et ainsi nous voyons que ceux qui sont dans le nom de Dieu, qui sont immergés en Dieu, sont vivants, parce que Dieu – dit le Seigneur – est un Dieu non pas des morts, mais des vivants et, s’il est le Dieu de ceux-là, il est le Dieu des vivants. Les vivants sont vivants parce qu’ils sont dans la mémoire, dans la vie de Dieu.

Et c’est bien cela qui se produit dans le fait que nous sommes baptisés : nous devenons insérés dans le nom de Dieu, de telle sorte que nous appartenons à ce nom, que son nom devient notre nom et que, nous aussi, nous pourrons, par notre témoignage – comme les trois personnages de l’Ancien Testament – être des témoins de Dieu, signe de qui est ce Dieu, nom de ce Dieu.

C’est pourquoi être baptisé, cela signifie être uni à Dieu. Dans une unique et nouvelle existence, nous appartenons à Dieu, nous sommes immergés en Dieu lui-même.

Lorsque nous pensons à cela, nous pouvons immédiatement en percevoir plusieurs conséquences.

La première, c’est que Dieu n’est plus très lointain pour nous, qu’il n’est pas une réalité à discuter – existe-t-il ou non ? – mais que nous sommes en Dieu et que Dieu est en nous. La priorité, la centralité, de Dieu dans notre vie, c’est une première conséquence du Baptême. À la question : "Dieu existe-t-il ?", la réponse est : "Oui, il existe et il est avec nous ; cette proximité de Dieu, ce fait d’être en Dieu lui-même, qui n’est pas une étoile lointaine mais le cadre de ma vie, cela a quelque chose à voir avec notre vie". Ce serait la première conséquence et elle devrait donc nous dire que nous devons tenir compte de cette présence de Dieu et vivre réellement en sa présence.

Une seconde conséquence de ce que je viens de dire est que ce n’est pas nous qui nous faisons chrétiens. Devenir chrétien, ce n’est pas le résultat d’une décision que j’ai prise : "Maintenant je me fais chrétien". Bien évidemment, ma décision est également nécessaire, mais il s’agit avant tout d’une action de Dieu en moi : ce n’est pas moi qui me fais chrétien, c’est Dieu qui m’engage, qui me prend en main, et c’est comme cela, en disant "oui" à cette action de Dieu, que je deviens chrétien.

Devenir chrétien, en un certain sens, est quelque chose de "passif" : ce n’est pas moi qui me fais chrétien, c’est Dieu qui fait de moi l’un des siens, c’est Dieu qui me prend en main et qui réalise ma vie dans une nouvelle dimension. De même que ce n’est pas moi qui me fais vivre, mais c’est la vie qui m’est donnée ; je ne suis né non pas parce que je me suis fait homme, mais parce qu’il m’est donné d’être homme. De même, le fait d’être chrétien est également un don que je reçois, c’est pour moi un "passif", qui devient un "actif" dans notre vie, dans ma vie. Et ce fait du "passif", ce fait que l’on ne se fait pas chrétien soi-même mais que l’on est fait chrétien par Dieu, implique déjà un peu le mystère de la croix : ce n’est qu’en mourant à mon égoïsme, en sortant de moi-même, que je peux être chrétien.

Un troisième élément qui s’ouvre tout de suite dans cette façon de voir est que, bien entendu, étant immergé en Dieu, je suis uni à mes frères et à mes sœurs, parce que tous les autres sont en Dieu et que, si je suis tiré de mon isolement, si je suis immergé en Dieu, je suis immergé dans la communion avec les autres.

Être baptisé n’est jamais un acte solitaire de "moi", mais c’est toujours, nécessairement, une façon d’être uni à tous les autres, d’être en union et en solidarité avec tout le corps du Christ, avec toute la communauté de mes frères et sœurs. Ce fait que le Baptême m’insère dans la communauté rompt mon isolement. Nous devons en tenir compte dans notre façon d’être chrétiens.

Et enfin, revenons à ce que le Christ dit aux sadducéens : "Dieu est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob" (cf. Mt 22, 32) ; par conséquent ceux-ci ne sont pas morts ; s’ils sont de Dieu, ils sont vivants. Cela veut dire que par le Baptême, par l’immersion dans le nom de Dieu, nous sommes, nous aussi, déjà immergés dans la vie immortelle, nous sommes vivants pour toujours.

Autrement dit, le Baptême est une première étape de la résurrection : immergés en Dieu, nous sommes déjà immergés dans la vie indestructible, la résurrection commence. De même qu’Abraham, Isaac et Jacob, étant "nom de Dieu", sont vivants, de même nous, étant insérés dans le nom de Dieu, nous sommes vivants dans la vie immortelle. Le Baptême est le premier pas de la résurrection, l’entrée dans la vie indestructible de Dieu.

Donc, dans un premier temps, à travers la formule baptismale de saint Matthieu, à travers les dernières paroles du Christ, nous avons déjà un peu vu l’essentiel du Baptême.

Maintenant examinons le rite sacramentel, afin de pouvoir comprendre encore plus précisément ce qu’est le Baptême.

Ce rite, comme celui de presque tous les sacrements, se compose de deux éléments : la matière – de l’eau – et la parole.

C’est très important. Le christianisme n’est pas quelque chose de purement spirituel, quelque chose d’uniquement subjectif, ce n’est pas une affaire de sentiment, de volonté, d’idées, c’est une réalité cosmique. Dieu est le Créateur de toute la matière, la matière entre dans le christianisme, et ce n’est que dans ce grand contexte réunissant la matière et l’esprit que nous sommes chrétiens. Il est donc très important que la matière fasse partie de notre foi, que le corps fasse partie de notre foi. La foi n’est pas purement spirituelle, mais Dieu nous insère ainsi dans toute la réalité du cosmos et il transforme le cosmos, il le tire à lui.

Et avec cet élément matériel – l’eau – c’est non seulement un élément fondamental du cosmos qui entre en jeu, une matière fondamentale créée par Dieu, mais c’est aussi tout le symbolisme des religions, parce que dans toutes les religions l’eau a quelque chose à dire. La démarche des religions, cette recherche de Dieu selon diverses formes – elles peuvent être erronées, mais il s’agit toujours d’une recherche de Dieu – est intégrée dans le sacrement. Les autres religions, par leur cheminement vers Dieu, sont présentes, elles sont intégrées, et c’est ainsi que se fait la synthèse du monde. C’est toute la recherche de Dieu qui s’exprime dans les symboles des religions et surtout, bien évidemment, dans le symbolisme de l’Ancien Testament et qui, avec toutes ses expériences du salut et de la bonté de Dieu, devient ainsi présente. Nous reviendrons sur ce point.

L’autre élément, c’est la parole, et cette parole se présente sous trois aspects : des renonciations, des promesses, des invocations.

Il est donc important que ces paroles ne soient pas seulement des paroles, mais qu’elles soient aussi une démarche de vie. En elles une décision se concrétise, c’est en elles qu’est présente toute notre démarche baptismale, mais aussi pré-baptismale et post-baptismale. Par conséquent, avec ces paroles et aussi avec les symboles, le Baptême s’étend sur toute notre vie.

Cette réalité des promesses, des renonciations, des invocations, est une réalité qui dure toute notre vie, parce que nous sommes sans cesse dans une démarche baptismale, dans une démarche catéchuménale, à travers ces paroles et la concrétisation de ces paroles. Le sacrement du Baptême n’est pas l’affaire d’un moment, c’est une réalité de toute notre vie, c’est une démarche qui dure toute notre vie. En fait, derrière le baptême il y a aussi la doctrine des deux chemins, qui était fondamentale dans le premier christianisme : un chemin auquel nous disons "non" et un chemin auquel nous disons "oui".

Commençons par le premier point, les renonciations. Il y en a trois et je vais m’intéresser d’abord à la deuxième : "Renoncez-vous aux séductions du mal pour ne pas vous laisser dominer par le péché ?".

Que sont ces séductions du mal ? Dans l’Église ancienne, et encore pendant des siècles, on employait ici l’expression : "Renoncez-vous au diable et à ses pompes ?" et aujourd’hui nous savons ce que l’on entendait par cette expression "pompes du diable". Les pompes du diable étaient surtout les grands spectacles sanglants, dans lesquels la cruauté devient divertissement, dans lesquels tuer des hommes devient quelque chose de spectaculaire : on fait un spectacle de la vie et de la mort d’un homme. Ces spectacles sanglants, cet amusement dans le mal, ce sont les "pompes du diable", où celui-ci se manifeste avec une beauté apparente et où il se manifeste, en réalité, dans toute sa cruauté.

Mais, au-delà de cette signification immédiate de l’expression "pompes du diable", on voulait parler d’un type de culture, d’une "way of life", d’une façon de vivre, dans laquelle ce qui compte, ce n’est pas la vérité mais l’apparence, dans laquelle on ne recherche pas la vérité mais l’effet, la sensation, et dans laquelle, sous prétexte de vérité, en réalité on détruit des hommes, on veut détruire et ne créer que soi-même comme vainqueur.

Par conséquent, cette renonciation était très réelle : c’était la renonciation à un type de culture qui est une anti-culture, contre le Christ et contre Dieu. On prenait parti contre une culture qui, dans l’Évangile de saint Jean, est appelée "kosmos houtos", "ce monde". En disant "ce monde", bien évidemment, Jean et Jésus ne parlent pas de la création de Dieu, de l’homme en tant que tel, mais ils parlent d’une certaine créature qui est dominante et qui s’impose comme si le monde, c’était cela, et comme si la façon de vivre qui s’impose, c’était celle-là.

Maintenant, je laisse chacun de vous réfléchir à ces "pompes du diable", à cette culture à laquelle nous disons "non". Être baptisé, cela signifie justement, en substance, s’émanciper, se libérer de cette culture. Nous connaissons aussi, aujourd’hui, un type de culture dans lequel la vérité ne compte pas. Même si, apparemment, on veut faire apparaître toute la vérité, il n’y a que la sensation et l’esprit de calomnie et de destruction qui comptent. Une culture qui ne cherche pas le bien, dont le moralisme est, en réalité, un masque pour embrouiller, pour créer la confusion et la destruction. Contre cette culture, dans laquelle le mensonge se présente sous les apparences de la vérité et de l’information, contre cette culture qui cherche uniquement le bien-être matériel et qui nie Dieu, nous disons "non". Nous connaissons bien, notamment grâce à de nombreux Psaumes, ce contraste d’une culture dans laquelle on paraît à l’abri de tous les maux du monde, dans laquelle on se place au-dessus de tout le monde, au-dessus de Dieu, alors que c’est, en réalité, une culture du mal, une domination du mal.

Voilà pourquoi la décision du Baptême, cette partie de la démarche catéchuménale qui dure toute notre vie, est justement ce "non", dit et concrétisé de nouveau chaque jour, y compris par les sacrifices que demande le fait de s’opposer à la culture dominante en beaucoup de points, même si elle s’imposait comme étant le monde, ce monde : ce qui n’est pas vrai. Et il y a également un très grand nombre de gens qui désirent vraiment la vérité.

Nous en arrivons ainsi à la première renonciation : "Renoncez-vous au péché pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu ?".

Aujourd’hui la liberté va en sens inverse de la vie chrétienne et de l’observance des commandements de Dieu. Être chrétien serait comme un esclavage ; la liberté, c’est de s’émanciper de la foi chrétienne, c’est de s’émanciper – en fin de compte – de Dieu. Le mot péché paraît presque ridicule à beaucoup de gens, parce qu’ils disent : "Comment ! Dieu, nous ne pouvons pas l’offenser ! Dieu est si grand, qu’est-ce que cela peut faire à Dieu si je commets une petite erreur ? Nous ne pouvons pas offenser Dieu, son intérêt est trop grand pour qu’il soit offensé par nous". 

Cela paraît vrai, mais ce n’est pas vrai. Dieu s’est fait vulnérable. Dans le Christ crucifié nous voyons que Dieu s’est fait vulnérable, qu’il s’est fait vulnérable jusqu’à la mort. Dieu s’intéresse à nous parce qu’il nous aime et l’amour de Dieu est vulnérabilité, l’amour de Dieu est intérêt pour l’homme, l’amour de Dieu signifie que notre première préoccupation doit être de ne pas blesser, de ne pas détruire son amour, de ne rien faire contre son amour parce que, sinon, nous vivons aussi contre nous-mêmes et contre notre liberté. Et, en réalité, cette apparente liberté que l’on trouve dans l’émancipation par rapport à Dieu devient immédiatement un esclavage par rapport à un grand nombre de dictatures de l’époque, auxquelles on doit se soumettre pour être considéré comme étant à la hauteur de l’époque.

Et enfin : "Renoncez-vous à Satan ?". Cela nous dit qu’il y a un "oui" à Dieu et un "non" au pouvoir du Malin, lui qui coordonne toutes ces activités et qui veut se faire le dieu de ce monde, comme le dit encore saint Jean. Mais il n’est pas Dieu, il est seulement l’adversaire et nous ne nous soumettons pas à son pouvoir. Nous disons "non" parce que nous disons "oui", un "oui" fondamental, le "oui" de l’amour et de la vérité.

Ces trois renonciations, dans le rite du Baptême, étaient accompagnées, dans l’antiquité, de trois immersions : des immersions dans l’eau en tant que symbole de la mort, d’un "non" qui est véritablement la mort d’un type de vie et une résurrection à une autre vie. Nous reviendrons sur ce point.

Ensuite vient la confession, à partir de trois questions : "Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant, créateur, en Jésus-Christ et, enfin, en l’Esprit-Saint et en l’Église ?".

Cette formule, ces trois parties, ont été développées à partir de la Parole du Seigneur : "Baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit". Ces mots sont concrétisés et approfondis : ce que signifie Père, ce que signifie Fils – toute la foi en Jésus-Christ, toute la réalité du Dieu fait homme – et ce que signifie croire que l’on est baptisé dans le Saint-Esprit, c’est-à-dire toute l’action de Dieu dans l’histoire, dans l’Église, dans la communion des Saints.

Ainsi la formule positive du Baptême est également un dialogue : ce n’est pas simplement une formule. Surtout la confession de la foi n’est pas seulement quelque chose qu’il faut comprendre, quelque chose d’intellectuel, quelque chose qu’il faut mémoriser – bien sûr, c’est aussi cela – mais elle touche aussi l’esprit et surtout elle touche aussi notre façon de vivre. Et cela me paraît très important. Ce n’est pas quelque chose d’intellectuel, une pure formule. C’est un dialogue de Dieu avec nous, une action de Dieu avec nous, et une réponse de notre part, c’est une démarche. On ne peut comprendre la vérité du Christ que si l’on comprend sa voie. Ce n’est que si nous acceptons le Christ comme voie que nous commençons réellement à être dans la voie du Christ et que nous pouvons également comprendre la vérité du Christ. La vérité qui n’est pas vécue ne s’ouvre pas ; seule la vérité vécue, la vérité acceptée comme façon de vivre, comme démarche, s’ouvre aussi comme vérité dans toute sa richesse et toute sa profondeur.

Par conséquent cette formule est une voie, elle exprime notre conversion, elle exprime une action de Dieu. Et nous, nous voulons vraiment avoir présent à l’esprit, pendant toute notre vie, le fait que nous sommes en communion de démarche avec Dieu, avec le Christ. Et voici comment nous sommes en communion avec la vérité : en vivant la vérité, la vérité devient vie et, en vivant cette vie, nous trouvons aussi la vérité.

Maintenant passons à l’élément matériel : l’eau.

Il est très important de percevoir deux significations de l’eau. D’une part, l’eau fait penser à la mer, surtout à la Mer Rouge, à la mort dans la Mer Rouge. Avec la mer, on se représente la force de la mort, la nécessité de mourir pour arriver à une nouvelle vie. Cela me paraît très important. Le Baptême n’est pas seulement une cérémonie, un rituel introduit il y a longtemps, et il n’est pas non plus un simple lavage, une opération cosmétique. Il est beaucoup plus qu’un lavage : il est mort et vie, il est mort d’une certaine existence et renaissance, résurrection à une nouvelle vie..

Être chrétien est quelque chose de profond parce que non seulement c’est quelque chose qui vient s’ajouter, mais aussi parce que c’est une nouvelle naissance. Après avoir traversé la Mer Rouge, nous sommes des êtres nouveaux. C’est pour cela que la mer, dans toutes les expériences de l’Ancien Testament, est devenue pour les chrétiens le symbole de la croix. Parce que c’est seulement à travers la mort, une renonciation radicale dans laquelle on meurt à un certain type de vie, que la renaissance peut se réaliser et qu’il peut réellement y avoir une vie nouvelle.

Une partie du symbolisme de l’eau est qu’elle symbolise – surtout dans les immersions de l’antiquité – la Mer Rouge, la mort, la croix. Ce n’est qu’à partir de la croix que l’on arrive à la nouvelle vie et cela se réalise chaque jour. Sans cette mort toujours renouvelée, nous ne pouvons pas renouveler la vraie vitalité de la nouvelle vie du Christ.

Mais l’autre symbole est celui de la source. L’eau est à l’origine de toute la vie ; elle symbolise non seulement la mort, mais aussi la nouvelle vie. Toute vie vient aussi de l’eau, de l’eau qui vient du Christ comme la vraie vie nouvelle qui nous accompagne vers l’éternité.

Enfin il faut aborder la question – mais je n’en dirai que quelques mots – du Baptême des enfants. Est-ce une bonne chose de baptiser les enfants, ou bien serait-il plutôt nécessaire de commencer par la démarche catéchuménale pour arriver à un Baptême vraiment réalisé ?

Et l’autre question qui se pose toujours est : "Peut-on ou non imposer à un enfant la religion dans laquelle il voudra vivre ? N’a-t-on pas le devoir de laisser le choix à cet enfant ?".

Ces questions montrent que nous ne voyons plus dans la foi chrétienne la vie nouvelle, la véritable vie, mais que nous y voyons un choix parmi d’autres et même un poids que l’on ne devrait pas imposer à un individu si on n’a pas obtenu son assentiment.

La réalité est différente. La vie elle-même nous est donnée sans que nous puissions choisir si nous voulons vivre ou non. On ne peut demander à personne : "Veux-tu ou non être né ?". La vie elle-même nous est nécessairement donnée sans notre consentement préalable, elle nous est donnée comme cela et nous ne pouvons pas décider préalablement : "Oui ou non, est-ce que je veux vivre ?".

Et, en réalité, la vraie question, c’est : "Est-il juste de donner la vie dans ce monde sans avoir obtenu un assentiment en réponse à la question : veux-tu vivre ou non ? Peut-on vraiment anticiper la vie, donner la vie sans que le sujet ait eu la possibilité de décider ?". Je dirais : c’est possible et c’est juste seulement si, avec la vie, nous pouvons donner aussi la garantie que la vie, avec tous les problèmes du monde, est bonne, qu’il est bon de vivre, qu’il y a une garantie que cette vie est bonne, protégée par Dieu, et qu’elle est un véritable don.

Il n’y a que l’anticipation du sens qui justifie l’anticipation de la vie. Et c’est pour cette raison que le Baptême, en tant que garantie du bien de Dieu, en tant qu’anticipation du sens, du "oui" de Dieu qui protège cette vie, justifie également l’anticipation de la vie.

Par conséquent le Baptême des enfants n’est pas contraire à la liberté. Il est vraiment nécessaire de le donner, afin de justifier aussi le don – qui, sans cela, serait discutable – de la vie. Seule la vie qui est dans les mains de Dieu, dans les mains du Christ, qui est immergée dans le nom du Dieu trinitaire, est certainement un bien que l’on peut donner sans scrupules.

Soyons donc reconnaissants à Dieu qui nous a fait ce don, qui s’est donné à nous. Et le défi qui nous est lancé est de vivre ce don ; de vivre réellement, dans une démarche post-baptismale, à la fois les renonciations et le "oui" ; de vivre toujours dans le grand "oui" de Dieu ; et ainsi de vivre bien.



TOUTES LES HOMÉLIES BAPTISMALES DE BENOÎT XVI 


LORS DES FÊTES DU BAPTÊME DE JÉSUS


> 8 janvier 2006

> 7 janvier 2007

> 13 janvier 2008

> 11 janvier 2009

> 10 janvier 2010

> 9 janvier 2011

> 8 janvier 2012


LORS DES VEILLÉES PASCALES


> 15 avril 2006

> 7 avril 2007

> 22 mars 2008

> 11 avril 2009

> 3 avril 2010

> 23 avril 2011

> 7 avril 2012





Illustration : Piero della Francesca, Le Baptême du Christ (détail), 1440-1460, Londres, National Gallery.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Père Jacques Fournier, Homélie pour le dimanche 17 juin 2012

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

16 TOA ev
Les textes scripturaires de la liturgie de ce dimanche nous donnent les deux paraboles du Seigneur sur le grain semé qui devient moisson, sur l'arbre où les oiseaux du ciel viennent se reposer.

Nous méditerons cette année, ce geste du semeur que Jésus a tant de fois répété dans ses paraboles du Royaume.
 

Nous cheminons dans la foi

Dans la parabole, le Christ nous demande une lecture du présent autre de celle que nous faisons de ce que nous vivons. Une lecture dans la foi.

Nous avons peine à expliquer les étapes du mystère de la vie. Les constatations scientifiques restent sans certitude dans les affirmations des savants lorsqu'ils en arrivent à parler de ce milieu divin qui est l'origine même de l'être, qui est le monde sidéral, animal, humain.

Le Père jésuite, paléontologue, Pierre Teilhard de Chardin nous rappelle que "le secret de la Terre" est le secret de Dieu. Sa présence incarnée par Jésus-Christ est l'intégration de la divinité en notre humanité. 

Nous le redisons en chaque Eucharistie. "Puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité.", comme la petite goutte d'eau versée dans le vin du calice et qui disparait à nos yeux, mélée au vin qui est le sang même de la vie d'un homme, le sang même du Fils de Dieu fait homme.

C'est le mystère de chaque Eucharistie ... un mystère à notre portée parce que le Christ nous l'offfre sur nos autels par le geste consécratoire du prêtre par l'intercession de l'Esprit Saint.

Nous ne sommes qu'une goutte d'eau pour la sève qui fait germer la semence divine, fruit de la terre et du travail des hommes.... "Tant que nous habitons dans ce corps; nous cheminons dans la foi, nous cheminons sans voir."

Un mystère qui est "l'originalité entièrement singulière d'un type de présence, de fonction et de divine identité, qui revèle un Dieu dont les chrétiens confessent qu'il s'est incarné." (Teilhard de Chardin) Quelle que soit l'immensité du monde que nous découvrons, nous savons que c'est le Fils de Dieu, Jésus ressuscité qui "couvre" le monde.

 

La terre, la semence, la vie

Par cette parabole du semeur, le secret de la vie en notre humanité, nous est rappelé par le Christ : "Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette le grain dans son champ: nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi".

Mais nous n'avons pas à rester inactif. Cet homme qui s'en est allé pour y semer a donné respiration à la terre en la cultivant. Puis la germination, et la maturation de ses semailles peuvent se poursuivre sans lui. 

Nous savons aussi que la Parole de Dieu fait son oeuvre dans le coeur et dans la vie, la nôtre comme celle de nos frères, même si l'ivraie s'y mêle.

Un bon jardinier ne peut rester indifférent devant son jardin stérile. Il a une mission, celle de donner à la terre toute sa fertilité. Mais il ne peut la remplacer. Pas plus que nous avons à modifier la Parole de Dieu. 

Dieu nous a confié la semence et c'est sa grâce qui en assure la croissance en nos vies. Comme elle en assure la croissance en celles de nos frères les hommes, si éloignés parfois du Dieu que nous avons découvert en Jésus-Christ.

"A ceux qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut." (Concile Vatican II. LG.16)

Nous le redisons en chaque prière eucharistique qui renouvelle le sacrifice de la Croix :" Reçois dans ton Royaume, les hommes dont tu connais la droiture." (PE. 3)

D'ailleurs qui aurait pu imaginer le cheminement de la grâce divine qui ne s'est révélée qu'aux dernières minutes de la crucifixion du "Bon Larron" aux côtés du Christ crucifié.

Tous les hommes et nous-mêmes, "nous cheminons sans voir.. mais nous avons confiance."
 

La Terre des semailles

Dieu nous a confié cette semence, c'est-à-dire sa Parole, le Verbe, le Christ. Il nous faut biner un peu la terre de temps en temps pour éliminer les mauvaises herbes et, si besoin, arroser. Nous ne pouvons rien faire d'autre, et c'est déjà beaucoup. 

Ce qui signifie que le reste se fait par la seule vertu inhérente à la semence. La graine possède la vie en elle-même. Elle ne demande qu'à la déployer, qu'à l'épanouir. La terre n'est qu'un berceau où la semence déposée peut réaliser la vie qui est en elle. La terre est inerte et ne possède pas de vie en elle-même. 

La vie réside, non dans la terre, mais dans la graine divine semée, c'est-à-dire la mort et larésurrection du Christ.

L'homme est semblable à cette terre qui attend la main de Dieu pour y répande sa semence. C'est l'Evangile, et sa Parole, le Verbe de Dieu, le Christ qui est la puissance, vivante et permanente de Dieu, (1 Pierre 1. 23)

Notre réponse sera peut-être modeste, bonne ou exceptionnelle selon les conditions atmosphériques, mais à la condition d'être disponibles à la lumière qui éclaire tout homme, en venant dans ce monde (Jean 1. 9). Alors, "c'est le temps de la moisson." (Marc 4. 29)
 

***
 

Puisque sans Toi l'homme ne peut rien, donne-nous toujours le secours de ta grâce. Ainsi nous pourrons, en observant tes commadements, vouloir et agir de manière à répondre à ton amour." (Prière d'ouverture de ce dimanche) 

Lectures et Homélies pour la Solennité du Corps et du Sang du Seigneur (Fête-Dieu) - Année B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Benoît XVI, Homélie pour la Solennité du Corps et du Sang du Seigneur (Fête-Dieu)

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

benoit16.fete-dieu.JPG

 

Chers frères et sœurs,

Ce soir, je voudrais méditer avec vous sur deux aspects, liés entre eux, du Mystère eucharistique : le culte de l’Eucharistie et son caractère sacré. Il est important de les prendre à nouveau en considération pour les préserver contre des visions incomplètes du Mystère lui-même, comme celles que l’on a constatées dans un passé récent.

Avant tout, une réflexion sur la valeur du culte eucharistique, en particulier de l’adoration du Saint-Sacrement. C’est l’expérience que nous vivrons ce soir aussi après la messe, avant la procession, pendant son déroulement et à son terme. Une interprétation unilatérale du concile Vatican II a pénalisé cette dimension en réduisant la pratique de l’Eucharistie au moment de la célébration. En effet, il a été très important de reconnaître le caractère central de la célébration, à laquelle le Seigneur convoque son peuple, où le rassemble autour de la double table de la Parole et du Pain de vie, le nourrit et l’unit à lui dans l’offrande du Sacrifice. Cette mise en valeur de l’assemblée liturgique dans laquelle le Seigneur agit et réalise son mystère de communion, demeure naturellement valable, mais elle doit être resituée dans un juste équilibre.

En effet, comme il arrive souvent, pour souligner un aspect on finit par en sacrifier un autre. Dans ce cas, l’accent mis sur la célébration de l’eucharistie s’est faite aux dépends de l’adoration, en tant qu’acte de foi et de prière adressée au Seigneur Jésus, réellement présent dans le Sacrement de l’autel. Ce déséquilibre a aussi eu des répercussions sur la vie spirituelle des fidèles. En effet, si l’on concentre tout le rapport avec Jésus Eucharistie dans le seul moment de la Sainte Messe, on risque de vider de sa présence le reste du temps et de l’espace essentiels. Et l’on perçoit ainsi moins le sens de la présence constante de Jésus au milieu de nous et avec nous, un présence concrète, proche, au milieu de nos maisons, comme « Cœur palpitant » de la ville, du pays, du territoire et de ses différentes expressions et activités. Le Sacrement de la Charité du Christ doit pénétrer toute la vie quotidienne.

En réalité, c’est une erreur que d’opposer la célébration et l’adoration, comme si elles étaient concurrentes. C’est justement le contraire : le culte du Saint Sacrement constitue comme le « milieu » spirituel dans lequel la communauté peut célébrer l’Eucharistie bien et en vérité. C’est seulement lorsqu’elle est précédée, accompagnée et suivie de cette attitude intérieure de foi et d’adoration que l’action liturgique peut exprimer toute sa signification et sa valeur. La rencontre avec Jésus dans la Sainte Messe se réalise vraiment et pleinement lorsque la communauté est en mesure de reconnaître que, dans le Sacrement, il habite dans sa maison, nous attend, nous invite à sa table, et puis, après que l’assemblée s’est dispersée, il reste avec nous, par sa présence discrète et silencieuse, et il nous accompagne de son intercession, en continuant à recueillir nos sacrifices spirituels et à les offrir au Père.

A ce propos, j’aime à souligner l’expérience que nous allons vivre ensemble aussi ce soir. Au moment de l’adoration, nous sommes tous sur le même plan, à genou devant le Sacrement de l’Amour.  Le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel se trouvent rapprochés dans le culte eucharistique. C’est une expérience très belle et très significative que nous avons vécue à différentes reprises en la basilique Saint-Pierre, et aussi lors des inoubliables veillées avec les jeunes : je me souviens par exemple de celles de Cologne, de Londres, de Zagreb, de Madrid. Il est évident pour tous que ces moments de veillée eucharistique préparent la célébration de la Sainte Messe, préparent les cœurs à la rencontre, si bien qu’elle en devient plus féconde. Etre tous en silence de façon prolongée devant le Seigneur présent dans son sacrement, est l’une des expériences les plus authentiques de notre être Eglise, qui est accompagnée de façon complémentaire par celle de la célébration de l’Eucharistie, en écoutant la Parole de Dieu, en chantant, en s’approchant ensemble de la table du Pain de vie. Communion et contemplation ne peuvent pas être séparées, elles vont ensemble. Pour communiquer vraiment avec une autre personne, je dois la connaître, savoir être auprès d’elle en silence, l’écouter, la regarder avec amour. Le vrai amour et la vraie amitié vivent toujours de cette réciprocité de regards, de silences intenses, éloquents, pleins de respect, et de vénération, si bien que la rencontre soit vécue en profondeur, de façon personnelle et non pas superficielle. Et hélas, s’il manque cette dimension, même la communion sacramentelle peut devenir, de notre part, un geste superficiel. En revanche, dans la vraie communion, préparée par le colloque de la prière et de la vie, nous pouvons dire au Seigneur des paroles de confiance, comme celles qui viennent de résonner dans le psaume responsorial : « Je suis ton serviteur, el fils de ta servante : tu as rompu mes chaînes. Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce et j’invoquerai le nom du Seigneur (Ps 115,16-17).

Je voudrais maintenant passer brièvement au deuxième aspect : le caractère sacré de l’Eucharistie. Là aussi, on a, dans un passé récent, perçu un certain malentendu sur le message authentique de la Sainte-Ecriture. La nouveauté chrétienne concernant le culte a été influencée par une certaine mentalité sécularisée des années soixante et soixante-dix, du siècle dernier. Il est vrai, et cela reste toujours valable, que le centre du culte n’est plus désormais dans les rites et dans les sacrifices anciens mais dans le Christ lui-même, dans sa personne, dans sa vie, dans son mystère pascal. Et cependant, on ne doit pas déduire de cette nouveauté fondamentale que le sacré n’existe plus, mais qu’il a trouvé son accomplissement en Jésus-Christ, Amour divin incarné. La  Lettre aux Hébreux que nous avons écoutée ce soir dans la seconde lecture, nous parle justement de la nouveauté du sacerdoce du Christ, « grand prêtre des biens à venir » (He 9,11), mais il ne dit pas que le sacerdoce est terminé. Le Christ « est médiateur d’une alliance nouvelle » (He 9, 15), scellée dans son sang, qui purifie « notre conscience des oeuvres de mort » (He 9,14). Il n’a pas aboli le sacré, mais il l’a porté à son accomplissement, en inaugurant un culte nouveau, qui est pleinement spirituel, mais qui cependant, tant que nous sommes en chemin dans le temps, se sert encore de signes et de rites, qui disparaîtront seulement à la fin, dans la Jérusalem céleste, là où il n’y aura plus aucun temple (cf. Ap 21,22). Grâce au Christ, le caractère sacré est plus vrai, plus intense, et, comme il advient pour les commandements, aussi plus exigeant ! L’observance rituelle ne suffit pas, mais il faut la purification du cœur, et l’engagement de la vie.

J’aime aussi à souligner que le sacré à une fonction éducative et que sa disparition appauvrit inévitablement la culture, en particulier la formation des nouvelles générations. Si, par exemple, au nom d’une foi sécularisée qui n’ait plus besoin des signes sacrés, on abolissait la procession du Corpus Domini dans la ville, le profil spirituel de Rome se trouverait « aplati » et notre conscience personnelle et communautaire en resterait affaiblie. Ou bien, nous pensons à une maman et à un papa qui, au nom de la foi désacralisée, priveraient leurs enfants des tout rituel religieux : ils finiraient en réalité par laisser le champ libre à tant de succédanés présents dans la société e consommation, à d’autres rites et à d’autres signes, qui pourraient devenir plus facilement des idoles. Dieu, notre Père, n’a pas agi ainsi avec l’humanité : il a envoyé son Fils dans le monde, non pour abolir, mais pour porter le sacré aussi à son accomplissement. Au sommet de cette mission, lors de la Dernière Cène, Jésus a institué le sacrement de son Corps et de son Sang, le Mémorial de son Sacrifice pascal. En agissant ainsi, il s’est mis lui-même à la place des sacrifices anciens, mais il l’a fait à l’intérieur d’un rite, qu’il a commandé à ses apôtres de perpétuer, comme le signe suprême du vrai Sacré, qui est Lui-même. C’est avec cette foi, chers frères et sœurs, que nous célébrons aujourd’hui et chaque jour  le Mystère eucharistique et que nous l’adorons comme le centre de notre vie et le cœur du monde. Amen.

© Libreria Editrice Vaticana

Traduction de ZENIT [Anita Bourdin]

 

Benoît XVI, Homélie pour la Trinité 2012 - Rassemblement mondial des familles à Milan

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

B16.Milano.2012.jpeg

 

Vénérés Frères, Éminentes Autorités, Chers frères et sœurs,

C’est un moment fort de joie et de communion que nous vivons ce matin, en célébrant le sacrifice eucharistique ; une grande assemblée, réunie avec le Successeur de Pierre, constituée de fidèles provenant de nombreuses nations. Elle offre une image expressive de l’Église, une et universelle, fondée par le Christ et fruit de cette mission, que Jésus, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, a confiée à ses Apôtres : aller et faire de tous les peuples des disciples, « les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (Mt 28, 18-19). Je salue avec affection et reconnaissance le Cardinal Angelo Scola, Archevêque de Milan, et le Cardinal Ennio Antonelli, Président du Conseil pontifical pour la Famille, principaux artisans de cette VIIème Rencontre mondiale des Familles, ainsi que leurs collaborateurs, les Évêques auxiliaires de Milan et les autres Prélats. Je suis heureux de saluer toutes les Autorités présentes. Et aujourd’hui, toute mon affection va surtout à vous, chères familles ! Merci de votre participation !

Dans la deuxième Lecture, l’Apôtre Paul nous a rappelé qu’au Baptême nous avons reçu l’Esprit Saint, qui nous unit au Christ en tant que frères et nous met en relation avec le Père en tant qu’enfants, de sorte que nous pouvons crier : « Abbà Père ! » (cf. Rm 8, 15.17). En cet instant, il nous a été donné un germe de vie nouvelle, divine, pour le faire grandir jusqu’à son accomplissement définitif dans la gloire céleste ; nous sommes devenus membres de l’Église, la famille de Dieu, « sacrarium Trinitatis » - ainsi la définit saint Ambroise -, « peuple qui – comme l’enseigne le Concile Vatican II – tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint » (Const. Lumen gentium, 4). La solennité liturgique de la Sainte Trinité, que nous célébrons aujourd’hui, nous invite à contempler ce mystère, mais elle nous pousse aussi à nous engager à vivre la communion avec Dieu et entre nous sur le modèle de la communion trinitaire. Nous sommes appelés à accueillir et à transmettre d’un commun accord les vérités de la foi ; à vivre l’amour réciproque et envers tous, en partageant joies et souffrances, en apprenant à demander et à accorder le pardon, en valorisant les différents charismes sous la conduite des pasteurs. En un mot, nous est confiée la tâche d’édifier des communautés ecclésiales qui soient toujours plus famille, capables de refléter la beauté de la Trinité et d’évangéliser non seulement par la parole mais, je dirais même, par « irradiation », par la force de l’amour vécu.

Ce n’est pas seulement l’Église qui est appelée à être image du Dieu unique en trois Personnes, mais aussi la famille, fondée sur le mariage entre l’homme et la femme. Au commencement, en effet, « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : "Soyez féconds, et multipliez-vous" » (Gn 1, 27-28). Dieu a créé l’être humain mâle et femelle, avec une même dignité, mais aussi avec des caractéristiques propres et complémentaires, pour que les deux soient un don l’un pour l’autre, se mettent en valeur réciproquement et réalisent une communauté d’amour et de vie. L’amour est ce qui fait de la personne humaine l’image authentique de Dieu. Chers époux, en vivant le mariage, vous ne vous donnez pas quelque chose ou quelque activité, mais la vie entière. Et votre amour est fécond avant tout pour vous-mêmes, parce que vous désirez et vous réalisez le bien l’un de l’autre, expérimentant la joie de recevoir et de donner. Il est aussi fécond dans la procréation, généreuse et responsable, des enfants, dans l’attention prévenante pour eux et dans leur éducation attentive et sage. Il est fécond enfin pour la société, car votre vécu familial est la première et irremplaçable école des vertus sociales telles que le respect des personnes, la gratuité, la confiance, la responsabilité, la solidarité, la coopération. Chers époux, prenez soin de vos enfants et, dans un monde dominé par la technique, transmettez-leur, avec sérénité et confiance, les raisons de vivre, la force de la foi, en leur proposant des objectifs élevés et en les soutenant dans leurs fragilités. Mais vous aussi les enfants, sachez maintenir sans cesse une relation de profonde affection et d’attention prévenante à l’égard de vos parents, et que les relations entre frères et sœurs soient aussi des occasions de grandir dans l’amour.

Le projet de Dieu sur le couple humain trouve sa plénitude en Jésus-Christ qui a élevé le mariage au rang de sacrement. Chers époux, par un don spécial de l’Esprit Saint, le Christ vous fait participer à son amour sponsal, en faisant de vous le signe de son amour pour l’Église : un amour fidèle et total. Si vous savez accueillir ce don, en renouvelant chaque jour, avec foi, votre « oui », avec la force qui vient de la grâce du Sacrement, votre famille aussi vivra de l’amour de Dieu, sur le modèle de la Sainte Famille de Nazareth. Chères familles, demandez souvent, dans la prière, l’aide de la Vierge Marie et de saint Joseph, pour qu’ils vous apprennent à accueillir l’amour de Dieu comme ils l’ont accueilli. Votre vocation n’est pas facile à vivre, spécialement aujourd’hui, mais celle de l’amour est une réalité merveilleuse, elle est l’unique force qui peut vraiment transformer le monde. Devant vous vous avez le témoignage de nombreuses familles qui vous indiquent les voies pour grandir dans l’amour : maintenir une relation constante avec Dieu et participer à la vie ecclésiale, entretenir le dialogue, respecter le point de vue de l’autre, être prêts à servir, être patients avec les défauts des autres, savoir pardonner et demander pardon, surmonter avec intelligence et humilité les conflits éventuels, s’accorder sur les orientations éducatives, être ouverts aux autres familles, attentifs aux pauvres, responsables dans la société civile. Ce sont tous des éléments qui construisent la famille. Vivez-les avec courage, certains que, dans la mesure où avec le soutien de la grâce divine, vous vivrez l’amour réciproque et envers tous, vous deviendrez un Évangile vivant, une véritable Église domestique (cf. Exhort. apost. Familiaris consortio, 49). Je voudrais aussi réserver un mot aux fidèles qui, tout en partageant les enseignements de l’Église sur la famille, sont marqués par des expériences douloureuses d’échec et de séparation. Sachez que le Pape et l’Église vous soutiennent dans votre peine. Je vous encourage à rester unis à vos communautés, tout en souhaitant que les diocèses prennent des initiatives d’accueil et de proximité adéquates.

Dans le livre de la Genèse, Dieu confie au couple humain sa création pour qu’il la garde, la cultive, la conduise selon son projet (cf. 1, 27-28 ; 2, 15). Dans cette indication, nous pouvons lire la tâche de l’homme et de la femme de collaborer avec Dieu pour transformer le monde, par le travail, la science et la technique. L’homme et la femme sont images de Dieu aussi dans cette œuvre précieuse qu’ils doivent accomplir avec le même amour que le Créateur. Nous voyons que, dans les théories économiques modernes, prédomine souvent une conception utilitariste du travail, de la production et du marché. Le projet de Dieu et l’expérience elle-même montrent cependant que ce n’est pas la logique unilatérale du bénéfice personnel et du profit maximum qui peut contribuer à un développement harmonieux, au bien de la famille et à l’édification d’une société plus juste, car cette logique comporte une concurrence exaspérée, de fortes inégalités, la dégradation de l’environnement, la course aux biens de consommation, la gêne dans les familles. Bien plus, la mentalité utilitariste tend à s’étendre aussi aux relations interpersonnelles et familiales, en les réduisant à de précaires convergences d’intérêts individuels et en minant la solidité du tissu social.

Un dernier élément. L’homme, en tant qu’image de Dieu, est appelé aussi au repos et à la fête. Le récit de la création se termine par ces paroles : « Le septième jour, Dieu avait achevé l'œuvre qu'il avait faite. Il se reposa le septième jour, de toute l'œuvre qu'il avait faite. Et Dieu bénit le septième jour : il en fit un jour sacré » (Gn 2, 2-3). Pour nous chrétiens, le jour de fête c’est le dimanche, jour du Seigneur, Pâque hebdomadaire. C’est le jour de l’Église, assemblée convoquée par le Seigneur autour de la table de la Parole et du Sacrifice eucharistique, comme nous sommes en train de le faire aujourd’hui, pour nous nourrir de Lui, entrer dans son amour et vivre de son amour. C’est le jour de l’homme et de ses valeurs : convivialité, amitié, solidarité, culture, contact avec la nature, jeu, sport. C’est le jour de la famille, au cours duquel nous devons vivre ensemble le sens de la fête, de la rencontre, du partage, en participant aussi à la Messe. Chères familles, même dans les rythmes serrés de notre époque, ne perdez pas le sens du jour du Seigneur ! Il est comme l’oasis où s’arrêter pour goûter la joie de la rencontre et étancher notre soif de Dieu.

Famille, travail, fête : trois dons de Dieu, trois dimensions de notre existence qui doivent trouver un équilibre harmonieux. Harmoniser les temps de travail et les exigences de la famille, la profession et la maternité, le travail et la fête, est important pour construire des sociétés au visage humain. En cela, privilégiez toujours la logique de l’être par rapport à celle de l’avoir : la première construit, la deuxième finit par détruire. Il faut s’éduquer à croire, avant tout en famille, dans l’amour authentique, qui vient de Dieu et qui nous unit à lui et pour cela justement « nous transforme en un Nous, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit "tout en tous" » (1 Co 15, 28) » (Enc. Deus caritas est, 18). Amen.

© Libreria Editrice Vaticana

Lectures et Homélies pour la Solennité de la Trinité Année B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Benoît XVI, Homélie pour la Pentecôte - La Pentecôte, une fête de l'union et de la compréhension

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

ROME, dimanche 27 mai 2012 (ZENIT.org) – Choisir l’unité de Pentecôte, plutôt que la dispersion de Babel : c’est l’invitation que Benoît XVI a adressée en substance, durant son homélie pour la fête de la Pentecôte, ce 27 mai 2012: "La Pentecôte est la fête de l’union, de la compréhension et de la communion humaine", insiste le pape.

Le pape a en effet présidé la messe ce matin, dans la basilique Saint-Pierre de Rome, entouré de cardinaux et de fidèles.

 

pape.pentecote2012.jpeg


Homélie de Benoît XVI :

Chers frères et sœurs,

Je suis heureux de célébrer avec vous cette Sainte messe, animée aujourd’hui par le chœur de l’Académie de Sainte Cécile et par l’orchestre des jeunes – que je remercie – en la solennité de Pentecôte. Ce mystère constitue le baptême de l’Eglise, c’est un évènement qui lui a donné, pour ainsi dire, sa forme initiale et l’impulsion pour sa mission. Et cette «forme» et cette «impulsion» sont toujours valables, toujours actuelles, et elles se renouvellent en particulier par les actions liturgiques. Ce matin je voudrais m’arrêter sur un aspect essentiel du mystère de la Pentecôte, qui est pour nous toujours aussi important. La Pentecôte est la fête de l’union, de la compréhension et de la communion humaine.

Nous pouvons tous constater que dans notre monde, alors même que nous sommes toujours plus proches les uns les autres, avec le développement des moyens de communications qui semblent abolir les distances géographiques, la compréhension et la communion entre les personnes est souvent superficielle et difficile : il demeure des déséquilibres qui amènent assez souvent au conflit ; le dialogue entre les générations est pénible et parfois l’opposition prévaut ; nous assistons à des évènements quotidiens où il semble que les hommes deviennent plus agressifs et plus méfiants; se comprendre les uns les autres semble trop exigeant, et on préfère rester dans son propre « moi », dans ses propres intérêts. Dans ce contexte, pouvons-nous vraiment trouver et vivre cette unité dont nous avons tant besoin?

Le récit de la Pentecôte dans les Actes des apôtres, que nous avons écouté dans la première lecture (cf. Ac 2,1-11), renvoie en arrière-plan à l’une des fresques fondamentales que nous trouvons au commencement de l’Ancien Testament : l’histoire, ancienne, de la construction de la Tour de Babel (cf. Gn 11,1-9). Mais qu’est-ce que Babel? C’est la description d’un royaume où les hommes ont accumulé tant de pouvoir qu’ils pensent pouvoir s’affranchir d’un Dieu lointain et être assez forts pour pouvoir construire tout seuls un chemin qui aille jusqu’au ciel, pour en ouvrir les portes et prendre la place de Dieu. Dans ces circonstances pourtant, il arrive quelque chose d’étrange et de singulier. Tandis que les hommes travaillaient ensemble pour construire la tour, ils ont soudain réalisé qu’ils étaient en train de construire les uns contre les autres. Tandis qu’ils tentaient d’être comme Dieu, ils couraient le risque de n’être même plus des hommes, car ils avaient perdu un élément fondamental de l’être de la personne humaine: la capacité de se mettre d’accord, de se comprendre et d’œuvrer ensemble.

Ce récit biblique contient une vérité éternelle; nous le voyons dans l’histoire, mais aussi dans le monde actuel. Avec le progrès de la science et de la technique nous sommes parvenus au pouvoir de dominer les forces de la nature, de manipuler les éléments, de fabriquer des êtres vivants, touchant presque à l’essence même de l’homme. Dans ce contexte, prier Dieu semble quelque chose de dépassé, inutile, parce que nous pouvons construire et réaliser nous-mêmes tout ce que nous voulons. Mais nous ne nous apercevons pas que nous sommes en train de revivre l’expérience de Babel. C’est vrai, nous avons multiplié les possibilités de communiquer, d’obtenir et de transmettre des informations, mais peut-on dire que la capacité de se comprendre a grandi ou bien, paradoxalement, que l’on se comprend toujours moins ? Ne semble-t-il pas que se répand entre les hommes un sentiment de méfiance, de soupçon, de peur mutuelle, à tel point que les hommes deviennent même dangereux les uns pour les autres? Revenons alors à la question initiale: peut-il vraiment exister l’unité, la concorde? Et comment?

Nous trouvons la réponse dans l’Ecriture Sainte: l’unité peut arriver seulement par le don de l’Esprit de Dieu, qui nous donnera un cœur nouveau et un langage nouveau, une capacité nouvelle de communiquer. C’est ce qui s’est passé à la Pentecôte. Ce matin-là, cinquante jours après Pâques, un vent violent souffla sur Jérusalem et la flamme de l’Esprit-Saint descendit sur les disciples réunis, se posa sur chacun et alluma en eux le feu divin, un feu d’amour, capable de transformer. La peur disparut, leur cœur sentit une force nouvelle, leurs langues se délièrent et ils commencèrent à parler en toute franchise, si bien que tous purent comprendre l’annonce de Jésus-Christ mort et ressuscité. A la Pentecôte, là où étaient la division et l’étrangeté, sont nées l’unité et la compréhension.

Mais regardons l’Evangile d’aujourd’hui, dans lequel Jésus affirme: «Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière.» (Jn 16,13). Ici Jésus, parlant de l’Esprit-Saint, nous explique ce qu’est l’Eglise et comment elle doit vivre pour être elle-même, pour être le lieu de l’unité et de la communion dans la vérité. Il nous dit qu’agir en tant que chrétien signifie ne pas être fermé dans son propre «moi», mais être tourné vers le tout. Cela signifie accueillir en soi-même l’Eglise toute entière ou, encore mieux, la laisser nous accueillir intérieurement. Aussi, lorsque je parle, je pense, j’agis comme chrétien, je ne le fais pas en m’enfermant dans mon « moi », mais je le fais toujours dans le tout et à partir du tout: ainsi l’Esprit-Saint, Esprit d’unité et de vérité, peut continuer à agir dans les cœurs et les esprits des hommes, les poussant à se rencontrer et à s’accueillir réciproquement.

En agissant ainsi, l’Esprit nous introduit dans la vérité toute entière, qui est Jésus, il nous guide pour l’approfondir, la comprendre: nous ne grandissons pas dans la connaissance en nous enfermant dans notre « moi », mais seulement en devenant capable d’écouter et de partager, seulement dans le «nous» de l’Eglise, avec une attitude de profonde humilité intérieure. Les raisons pour lesquelles Babel est Babel et la Pentecôte est la Pentecôte sont ainsi plus claires. Là où les hommes veulent se faire Dieu, ils peuvent seulement se dresser les uns contre les autres. Là où au contraire ils se placent dans la vérité du Seigneur, ils s’ouvrent à l’action de son Esprit qui les soutient et les unit.

L'opposition entre Babel et Pentecôte est évoquée aussi dans la seconde lecture, dans laquelle l’Apôtre dit: “Vivez sous la conduite de l'Esprit de Dieu ; alors vous n'obéirez pas aux tendances égoïstes de la chair” (Gal 5,16). Saint Paul nous explique que notre vie personnelle est marquée par un conflit intérieur, par une division, entre les tendances de la chair et celles de l’Esprit; et nous ne pouvons pas toutes les suivre. En effet, nous ne pouvons pas être en même temps égoïstes et généreux, suivre la tendance à dominer les autres et éprouver la joie du service désintéressé. Nous devons toujours choisir quelle tendance suivre et nous ne pouvons le faire de façon authentique qu'avec l’aide de l’Esprit du Christ.

Saint Paul énumère les œuvres de la chair, ce sont les péchés d’égoïsme et de violence, tels l’inimitié, la discorde, la jalousie, les désaccords; ce sont des pensées et des actions qui ne font pas vivre de façon véritablement humaine et chrétienne, dans l’amour. C’est une direction qui porte à perdre sa vie. Au contraire, l’Esprit-Saint nous guide vers les hauteurs de Dieu, pour que nous puissions vivre, déjà sur cette terre, le germe de vie divine qui est en nous. Saint Paul affirme en effet: « Le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix» (Gal 5,22). Notons que l’Apôtre use du pluriel pour décrire les œuvres de la chair, qui provoquent la dispersion de l’être humain, alors qu’il use le singulier pour définir l’action de l’Esprit, il parle de «fruit», exactement comme la dispersion de Babel s’oppose à l’unité de Pentecôte.

Chers amis, nous devons vivre selon l’Esprit d’unité et de vérité, et pour ceci nous devons prier afin que l’Esprit nous illumine et nous guide pour vaincre la fascination de suivre nos vérités, et pour accueillir la vérité du Christ transmise dans l’Eglise. Le récit lucanien de la Pentecôte nous dit que Jésus, avant de monter au ciel, demanda aux Apôtres de rester ensemble pour se préparer à recevoir le don de l’Esprit-Saint. Et ils se réunirent en prière avec Marie, au Cénacle, dans l’attente de l’évènement promis (cf. Ac 1,14). Recueillie avec Marie, comme à sa naissance, l’Eglise encore aujourd’hui prie: «Veni Sancte Spiritus!- Viens, Esprit-Saint, remplis les cœurs de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour!» Amen.

© Libreria Editrice Vaticana

Traduction de ZENIT, Anne Kurian

 

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile de la Pentecôte B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

homelie1.jpeg

 

Nous voici cinquante jours après Pâques et la Résurrection de Jésus a insufflé dans nos cœurs la joie de Dieu. Les Apôtres sont préparés à son départ et il leur promet la venue de l’Esprit Saint. La première lecture de ce jour nous en fait le récit, montrant les multiples effets de cette présence et le courage dont ils sont désormais dotés. 

 
L’évangile en saint Jean se situe juste après le lavement des pieds et dans son long discours d’adieu, Jésus parle de sa mort et du don du Paraclet. La dramatique est là : il doit passer vers le Père et donc quitter ses disciples mais il ne les laisse pas vulnérables et seuls puis que le Paraclet sera donné à ceux qui l’aiment. L’Esprit Saint est caractérisé de deux manières. 


D’une part, il est paraclet, littéralement « Celui qui est appelé à l’aide », le Défenseur qui permettra aux chrétiens persécutés d’être inspirés d’un témoignage crédible. Mais il ne leur épargnera pas la possibilité de la souffrance comme le Christ. 


D’autre part, il est «l’Esprit de vérité » qui enseignera la communauté chrétienne et lui permettra de se souvenir de Jésus lui-même, resté fidèle à sa mission jusqu’à la croix. De cette manière, il donnera aux chrétiens menacés, du courage et leur fera trouver les mots justes face à ceux qui les jugent. 


Ainsi nous est donné tout le sens de l’amour du Christ au travers de l’Esprit : Jésus a décidé d’aimer les siens quoiqu’il en coûte. Et c’est vraiment la question, l’enjeu qui nous est posé en ce jour : Aimerai-je le Christ quoiqu’il en coûte ? 


Si nous acceptons alors le Christ ne nous quittera plus ; mieux encore le Père se rendra présent : « Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : l’Esprit reprend ce qui vient de moi, pour vous le faire connaître». 


En ce jour de Pentecôte, laissons la fidélité d’amour au Christ nous envahir par son Esprit. 
Laissons nos cœurs ouverts aux dons du Défenseur :


Accueillons la SAGESSE, cette lumière intérieure de Dieu qui nous donne de regarder et de mesurer les choses de la création avec le regard aimant de Dieu.


Ouvrons-nous à l’INTELLIGENCE divine qui lit les choses de l’intérieur et petit à petit révèle le dessein de Dieu en éclairant toute activité humaine de la finalité limpide de son amour. 


Cultivons la SCIENCE de Dieu qui établit le rapport vrai entre le Créateur et ses créatures : nos limites sont bien là mais elles deviennent le lieu où prend corps l’infini de son amour. 


Embrassons son CONSEIL qui accroche sa vie en notre âme en l’illuminant sur ce qu’il faut faire, ce qui est vrai sous le regard de Dieu.


Laissons-nous toucher par sa FORCE, non la puissance vaniteuse, mais la vigueur de l’âme, illuminée par Dieu, qui n’accepte aucun compromis dans l’accomplissement de son devoir et qui mène à son achèvement notre vocation de fils de Dieu. 


Soyons remplis de sa PIETE, cette tendresse de Dieu qui nous montre ce que nous sommes et nous donne d’aimer les autres tels qu’ils sont. Elle suscite le désir de la grâce, du pardon et de la joie d’aimer et d’être aimer. 


Libérons-nous dans la CRAINTE DE DIEU, non pas la peur qui paralyse, mais cette réalité filiale qui nous donne un Père et dont l’horizon d’amour est infini. Qui y répond devient libre car son amour est sans limite si ce n’est Dieu lui-même. 
Merci, Esprit Saint, Alléluia !

Afficher plus d'articles

<< < 1 2 3 4 5 6 > >>
RSS Contact