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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Paul Beauchamp, Psaumes nuit et jour, Éd. du Seuil, 1980, p. 23-26

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
La prière pour ceux qui sont éprouvés dans les cinq continents est devenue aujourd’hui un réflexe, parfois un peu mécanique, de la prière des assemblées chrétiennes. Les Psaumes impriment à cette habitude un changement apparemment léger : au lieu de prier pour ceux qui… - dire Je à leur place. À chaque fois que j’ouvre ce livre, c’est moi l’homme traqué par l’injustice, affamé, malade, apeuré. J’allais dire : c’est comme si Dieu, dans notre prière, ne regardait pas notre cas particulier, mais le drame de toute l’humanité d’aujourd’hui. Mais il n’y a pas là de fiction, de " comme si ". Dans le temps d’un individu, un moment de malheur est plus qu’un moment, il marque toute une vie. Dans l’espace couvert par tous les hommes vivants, ceux qui sont offerts à l’injustice et à la mort occupent plus que leur place dans une prison ou dans un hôpital. Si nous acceptons la manière de prier des Psaumes, le cri des hommes opprimés et menacés vient envahir notre espace à nous, occuper notre prière et, peut-être, fondre nos ennuis dans leur malheur. Cela, c’est plus que faire à des malheureux l’aumône d’une prière, puisque c’est eux qui nous transforment par leur cri. La prière des Psaumes est parfois à l’étroit dans nos cœurs, mais elle est là pour les élargir. Cela pourrait quand même être une fiction de croire que tous ces cris en forment un seul, de vouloir faire sa prière avec le cri d’un autre. Qui me dit que je peux franchir tant d’espace et me donner devant Dieu comme portant le cri de tous, ou même porté par le cri des plus souffrants ? À partir de cette question, la prière nous met en question nous-mêmes : " Et moi, humilié, meurtri, que ton salut, Dieu me redresse ! " (Ps 59, 30) Il va de soi que ce cri nous met en question, si nous marchons la tête trop haute et si nous avons tout fait pour n’avoir rien dans la vie qui nous dérange. D’un côté, (…) les mots nous dépassent le plus souvent et peut-être toujours. D’un autre côté, ils nous mettent en question comme nous met en question le drame qui se joue dans l’humanité, et dont ils s’agit ici. La prière des Psaumes est un vin fort et il est bien dommage d’échapper, par distraction, à cette surprise. Prier et dire Je à la place des plus éprouvés, c’est aussi être appelé vers eux et cet appel a des conséquences concrètes dans notre vie. Nous répondrons à cet appel si nous comprenons d’où il vient. Si un homme, si une femme à qui l’espoir est difficile, trouve dans les Psaumes sa propre prière, c’est une raison suffisante pour justifier que les Psaumes aient été écrits. Mais il tout de même étonnant que des mots puissent rejoindre de si loin qui que ce soit. Par quoi ces cris sont-ils rassemblés ? Par quel ciment tant d’hommes dispersés dans la mort peuvent-ils faire tenir au même lieu, sous les mêmes mots, leur désir ? Dans le peuple d’Israël, c’était la solidarité d’une même promesse, à laquelle, déjà, le souci de l’humanité entière n’était pas étranger. Dans la race humaine en général, la solidarité dans un même cri est perçue comme une possibilité, un désir, une espérance. Ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée. Les chrétiens détiennent seulement, en face de cette espérance quand elle existe, ou en face de son contraire, une attestation divine remise à eux comme un dépôt confié à un passant qui n’en est pas plus digne qu’un autre. Un message reçu : Dieu voit toute l’humanité comme un seul corps, prend son cri comme un seul cri qu’il entend à travers le cri de Jésus offert à l’injustice et à la mort. Avant de répondre au cri du malheur, Dieu l’a fait sien. Jésus a scellé alors l’unité de toutes les souffrances dans la sienne. Il a signé la prière des Psaumes comme prière virtuelle pour tous les hommes et il nous donne droit, sans fiction, de dire Je à la place des humiliés, d’apprendre d’eux ce que lui-même a porté. Le Je de l’homme humilié, traqué, mourant, c’est celui de Jésus-Christ. Il n’est donc pas étonnant que cette prière, à la fois, nous traverse et nous dépasse. Qui me dit que je peux prononcer la prière des Psaumes au nom de tous ? La foi me le dit, en me faisant croire que la mort du Christ, qui assume celle de tous, est imprimée en moi par le baptême. Le Je des Psaumes est celui du Christ, mais il n’en chasse personne, parce que l’effacement est son signe. Il attire en eux. Il donne passage. Comprises ainsi, les prières des Psaumes s’animent. Leurs mots sont comme les pains du miracle : ils tiennent dans un panier et ils valent pour la multitude. Croire, c’est croire qu’ils valent vraiment. Ce partage des mots à si longue distance dans le temps et dans l’espace, la foi dite par la tradition y reconnaît l’œuvre de l’Esprit. Il anime, il fait respirer, il joint. Mais par quoi toutes ces souffrances de mort peuvent-elles déjà être cimentées, sinon par le contraire de la mort, par la vie ? Des hommes qui ont fait cette expérience ont déclaré que les paroles de l’Écriture étaient inspirées. Cela ne veut pas dire seulement qu’elles ont autorité, mais qu’un souffle les porte. Pour tout dire, la croix du Christ est un signe qui marque toute l’humanité et, par ce signe, passe l’Esprit de vie et d’espérance qui rallie tout, comme dit Ézéchiel, depuis les quatre vents. Si c’est bien le cas, nous rencontrerons encore ce signe en parcourant les Psaumes. Dès maintenant, nous avons rencontré ce qui nous autorise à recueillir en eux des mots pour la prière de toute l’humanité. Nous avons reconnu, dans la prière qui rassemble ceux qui sont loin, morts ou vivants, le passage que la tradition appelle passage de l’Esprit. Comme cet Esprit est déjà là quand s’écrivent et se lisent les mots qui relient une souffrance à l’autre, bien loin derrière et au-delà d’eux, il n’est pas étonnant qu’il se manifeste si soudainement, surgissant du cœur de la supplication, dans chacun des Psaumes. Le sommeil, la nuit, tiennent une grande place dans nos textes. La nuit : temps de l’élection de la prière, mais surtout réponse de Dieu. Comme un tournant que l’homme ne pourrait prendre tout seul, où l’homme succombe chaque jour sous ce qui le dépasse, la nuit ménage une transition vers l’espoir : " Et moi, je me couche et je dors ; je m’éveille : le Seigneur est mon soutien ! " (Ps 3, 6)
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Sauret Christiane 06/06/2006 22:22

Tout est si bien dit, que je n'ai plus qu'à continuer à prier les psaumes avec confiance, et rejoindre, mes frères dans leurs joies, leurs peines,leurs souffrances, et être un dans le Christ avec eux.

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