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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Raniero Cantalamessa, Marie – Un miroir pour l’Église, Éd. Desclée de Brouwer, 1992, p. 75-82 (1e partie)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Mère de Dieu fut à l’origine un titre qui concernait davantage Jésus que la Vierge Marie. Pour Jésus ce titre atteste avant tout (…) qu’il est véritablement homme : " Pourquoi disons-nous que le Christ est homme, sinon parce qu’il est né de la Marie qui est une créature humaine ? " (Tertullien) Il est homme non seulement quant à son essence, mais aussi quant à son existence, car, de l’homme, il a voulu partager non seulement la nature comme telle mais aussi l’expérience. Il a vécu une vie humaine dans toute sa réalité concrète : " On parle toujours, dit Dieu, de l’imitation de Jésus Christ. Qui est l’imitation, la fidèle imitation de mon fils parmi les hommes… Mais enfin il ne faut pas oublier. Que mon fils avait commencé par cette singulière imitation de l’homme. Singulièrement fidèle. Qui elle, fut poussée jusqu’à l’imitation parfaite. Quand si fidèlement, si parfaitement il imita de naître. Et de souffrir. Et de vivre. Et de mourir. " (Péguy) L’aspect le plus difficile à accepter de cette imitation de l’homme de la part du Christ fut, à l’origine, d’être conçu et de naître d’une femme. À l’un des hérétiques (…) qui frissonnait à l’idée d’un Dieu " coagulé dans l’utérus, enfanté dans la douleur, lavé, emmailloté ", notre Tertullien répondait : " C’est que le Christ a aimé l’homme, et avec l’homme il a aimé aussi sa manière de venir au monde. " Cet objet naturel de vénération – ajoutait-il en s’adressant à l’hérétique – qui est la naissance d’un homme et la douleur d’une femme dans l’enfantement, tu le méprises ; et pourtant comment es-tu né ? En second lieu, le titre de " Mère de Dieu " atteste que Jésus est Dieu. Si Jésus n’est pas vu simplement comme un homme, fût-il le plus grand des prophètes, mais comme Dieu, alors seulement il est possible d’appeler Marie " Mère de Dieu ". sinon on pourra appeler Marie Mère de Jésus, Mère du Christ, mais pas Mère de Dieu. Le titre " Mère de Dieu " est comme un indicateur et une sentinelle, chargée de veiller sur le titre de " Dieu " donné à Jésus, afin qu’il ne soit pas vidé de son sens. Le titre de Mère de Dieu n’est plus justifié et devient même blasphématoire, dès qu’on cesse de reconnaître en Jésus le Dieu fait homme. À bien y penser, c’est l’unique titre qui peut empêcher toute ambiguïté sur la divinité de Jésus, car c’est une sentinelle placée par la nature elle-même et non par la simple réflexion philosophique ou théologique (comme l’est le titre homooùsios). On peut bien appeler Jésus Dieu et entendre par " Dieu ", comme il arrive malheureusement encore de nos jours, des réalités très différentes : Dieu par adoption, Dieu par inhabitation, Dieu par manière de parler. Dans ces cas, on ne peut plus continuer à appeler Marie Mère de Dieu. Elle n’est Mère de Dieu que si Jésus est Dieu au moment même où il naît d’elle. Ce qui vient après ne regarde plus la mère comme telle. On ne peut pas dire que Marie est Mère de Dieu, si par " Dieu " on n’entend pas ce que l’Église a voulu dire à Nicée et à Chalcédoine. Enfin, en ce qui concerne Jésus, le titre de Mère de Dieu atteste qu’il est Dieu et homme dans une même personne. C’est même la raison pour laquelle ce titre fut adopté par les Pères du concile d’Éphèse. Il exprime l’unité profonde entre Dieu e l’homme réalisée en Jésus ; il énonce la manière dont il a voulu unir à lui l’homme dans l’unité la plus profonde au monde, l’unité de la personne. Le sein de Marie – disaient les Pères – a été " lit nuptial " où se sont accomplies les noces de Dieu avec l’humanité, le " métier " où fut tissée la tunique de l’union, le laboratoire (ergastérion), où s’opéra l’union de Dieu et de l’homme. Si en Jésus l’humanité et la divinité n’étaient unies que d’une union morale et non personnelle, comme le pensaient les hérétiques condamnés à Éphèse, on ne pourrait appeler Marie Mère de Dieu, mais seulement Mère du Christ : Christotókos et non Théotókos. " Les Pères ne craignirent pas d’appeler la Vierge " Mère de Dieu ", non pas certes parce que la nature du Verbe ou sa divinité avait eu par elle son origine, mais parce que c’est d’elle que naquit son saint corps, doté d’une âme raisonnable, auquel le Verbe est uni au point de former avec lui une seule personne. " (S. Cyrille d’Alexandrie) De cette manière le titre de Mère de Dieu est une sorte de rempart qui s’oppose d’une part à l’idéologisation qui ferait de Jésus une idée ou un personnage, plus qu’une vraie personne, et d’autre part à la séparation en lui de l’humanité d’avec la divinité, ce qui mettrait en danger notre salut. Marie est celle qui a ancré Dieu à la terre et à l’humanité ; celle qui, par sa divine et pleinement humaine maternité, a fait pour toujours de Dieu l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous. Elle a fait du Christ notre frère.
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