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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Louis Bouyer, Le Sacerdoce du Christ 4

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

La Parole divine, en tant qu'elle nous découvre le dessein de Dieu sur nous, tend vers l'alliance ce qu'il veut établir avec nous, - cette alliance inscrite non plus sur des tables de pierre mais sur les tables de chair de notre cœur, cette alliance qui consiste à connaître Dieu, dans toute la plénitude du sens biblique de l'expression : d'une connaissance qui soit union intime, assimilation vivante de celui qui connaît par Celui qui se révèle. Et c'est ainsi que la Parole divine, inséparablement, révèle le Nom divin : est comme l'épiphanie de toute la mystérieuse réalité de la vie divine, reconnue dans sa communication mène. L'alliance est scellée, par la Parole de Dieu, dans la célébration eucharistique, et c'est dans cette célébration que les yeux de la foi doivent s'ouvrir, comme ceux des disciples à Emmaüs, pour reconnaître, à la fraction du pain, leur Sauveur et leur Dieu.

 

À quoi tendait, depuis les origines, la Parole de Dieu progressivement annoncée au monde ? Elle tendait, nous dit saint Paul, à une seule chose : la Croix de Jésus. Annoncer Jésus, et Jésus crucifié, c'est là le tout de l'apostolat. Mais la Croix, vue par la foi que la Parole éveille dans les cœurs, c'est le Fils de Dieu livré à la mort mais par sa mort vainquant la mort, c'est le Fils de Dieu fait malédiction pour les pécheurs mais anéantissant ainsi la malédiction par la bénédiction et nous réconciliant tous en sa propre chair, avec le Père en même temps qu'entre nous. La Croix donc à son tour tend vers le banquet de la nouvelle alliance, vers la célébration eucharistique où la Croix se saisit de nous tous, et où, en étant tous saisis dans l'unique oblation de Jésus, nous sommes tous envahis par la vie divine, la vie de la résurrection, tous recréés à l'unique image, en l'unique image du Père.

 

C'est ainsi que la mission du Fils se prolonge et s'épanouit dans la mission de l'Esprit, car ces paroles sont Esprit et vie. Tel doit être, en effet, l'accomplissement dernier en nous de ce qui nous est dit de la part de Dieu. L'accomplissement, la perfection, la plénitude de notre connaissance de Dieu doit fructifier dans une participation effective à la vie de Dieu. La Parole faite chair, doit faire de nos corps de chair le Temple de l'Esprit. Elle doit faire de nous tous, en Jésus, un seul corps dont l'Esprit soit l'âme et qui, crucifié au monde avec Jésus, trouvant en lui cette vie de l'homme céleste, de l'homme ultime, qui ne fait qu'un avec la gloire de Dieu. C'est en ce sens qu’est si vraie la parole de saint Irénée : gloria Dei vivens homo, - « c'est cela qui est la gloire de Dieu : que l'homme vive », l'homme nouveau de la nouvelle création, l'homme nouveau fait enfant de Dieu et, pour cela, vivant dans le Christ, comme le Christ, du propre Esprit du Père.

 

C'est à quoi tendait toute la mission du Fils : la glorification du Père, cette glorification qui se réalise par la diffusion de l'Esprit de Dieu dans nos cœurs, grâce à la mort vivifiante de la Parole de Dieu faite chair et notre association à cette mort et à la vie qui en découle. En Saint Jean, quand Jésus se livre à la Croix dans la dernière Cène, encore une fois il s'écrie : « Père, l'heure est venue : glorifie ton Fils afin que le Fils lui-même te glorifie... » Cette gloire, c'est la Croix qui en rayonne, mais la Croix vue dans toutes ses perspectives de résurrection glorieuse de tout le corps de l'humanité adamique, que le péché avait blessée et souillée, mais que voici renouvelée et recréée pour être le Temple spirituel ou résonnera la perpétuelle glorification du Père.

 

Et cette glorification, c'est l'eucharistie qu'il inaugure sur la terre, pour l'éternité. Le Christ a commencé, à la Cène, la grande eucharistie de l'éternelle alliance, en prononçant cette Prière sacerdotale dont nous venons de rappeler les premiers mots et qui consacra sa mort elle-même. Et cette prière, dans la vie dans sa vision de grand-prêtre de la nouvelle et éternelle alliance, enveloppait, fécondait pour ainsi dire toutes les célébrations eucharistiques où ses apôtres au cours des temps, par la vertu de son Esprit, consacreraient le pain et le vin comme son propre Corps et son propre Sang, à la gloire du Père.

 

L'eucharistie, c'est la bénédiction, la glorification, par laquelle, reconnaissants tous les dons de Dieu dans son don suprême, nous lui en faisons retour dans la louange de l'amour « répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit ». L'eucharistie, c'est la foi en la Parole divine, la plénitude de la foi répondant à la plénitude de la Parole, l'épousant parfaitement dans le Christ, lequel est, inséparablement, la Parole du Père à l'homme faite chair et l'homme par qui, dans sa propre chair, le Père est parfaitement glorifié. C'est la foi de l'Eglise fleurissant dans la doxologie, c'est-à-dire que c'est la réception, dans le cœur de l'humanité remembrée sur le Christ, de cet amour, de cet « agapè » qui nous avait créés à l'origine et qui nous recrée pour aimer de l'amour dont nous avons été aimés dans le Christ de toute éternité.

Louis Bouyer, Le Sens de la Vie Sacerdotale, Cerf 2008, p. 99-114

 

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