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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Clodovis et Leonardo Boff : deux frères séparés

dominicanus #Il est vivant !

Autrefois la théologie de la libération les unissait, aujourd'hui elle les sépare. Le premier la critique totalement et est passé du côté de Joseph Ratzinger. Le second continue de la défendre et se sent trahi. Les textes intégraux de la confrontation

par Sandro Magister

 


ROMA, le 14 juillet 2008 – Le premier coup date d’il y a quelques mois: un article publié dans une revue brésilienne de théologie par une célébrité de la théologie latino-américaine: Clodovis Boff (photo).

Mais c’est le deuxième coup qui a fait le plus de bruit. Une réponse véhémente à l’article de Clodovis Boff, écrite par son frère – encore plus célèbre – Leonardo.

Les routes des deux frères se sont séparées puis violemment recroisées précisément à cause de ce qui les unissait autrefois: la théologie de la libération.

C’est avec son essai publié à l’automne 2007 dans la "Revista Eclesiástica Brasileira" (gérée par les franciscains brésiliens et dirigée justement par son frère Leonardo de 1972 à 1986) que Clodovis Boff a rompu avec ce courant idéologique, ou mieux, avec “l’erreur de principe“ sur laquelle, selon lui, il est fondé.

En revanche, dans sa réponse diffusée fin mai, Leonardo Boff défend très fermement ce même principe: “Du moment que Dieu s’est fait homme-pauvre, l’homme-pauvre devient la mesure de toutes choses“.

Aujourd’hui, Leonardo Boff se définit comme un “theologus peregrinus“, sans domicile fixe. Depuis 1985, une sentence de la congrégation pour la doctrine de la foi lui interdit d’enseigner dans les facultés de théologie catholique. C’est principalement son livre “Eglise: charisme et pouvoir. Essai d’ecclésiologie militante“ qui est en cause. Leonardo Boff a quitté l’habit franciscain et s’est marié. Il vit à Petrópolis, dans l’état de Rio de Janeiro.

De son côté, Clodovis Boff appartient toujours aux Serves de Marie. Il vit à Curitiba, dans l’état du Paraná, où il enseigne à l’Université pontificale catholique. Il n’a jamais fait l’objet d’un procès de la part de la congrégation pour la doctrine de la foi. Cependant, dans les années 80, il a perdu sa chaire à l’Université pontificale catholique de Rio de Janeiro et on lui a interdit d’enseigner à la faculté de théologie “Marianum“, tenue par son ordre à Rome.

Son frère Leonardo se souvient de lui dans les années où il était un partisan fervent de la théologie de la libération: “Il passait la moitié de l’année dans les communautés de base, où il dispensait des cours populaires, en descendant et remontant les fleuves pour rendre visite aux peuples de la forêt. Il consacrait l’autre moitié de l’année à l’enseignement et à la production théorique à l’université de Rio“.

Mais aujourd’hui, toujours selon Leonardo, Clodovis soutient corps et âme “avec un optimisme ingénu et un enthousiasme juvénile“ la ligne définie par les évêques latino-américains lors de leur conférence continentale qui a eu lieu à l’Aparecida, au Brésil, en mai 2007, et a été inaugurée par Benoît XVI en personne.

Curieusement, c’est le successeur de Clodovis Boff à la chaire de théologie de Rio, l’Italien Filippo Santoro, aujourd’hui évêque de Petrópolis et membre de Communion et Libération, qui a le plus inspiré et suivi cette “conversion“ qui a duré plusieurs années et a abouti à l’essai publié dans la "Revista Eclesiástica Brasileira".

A sa parution, cet essai de Clodovis Boff n’a fait du bruit qu’au Brésil. Mais lorsque son frère Leonardo a diffusé sa réponse en mai dernier, la polémique a fait le tour du monde.

Fin juin, à Rome, “Avvenire“, le quotidien de la conférence des évêques d’Italie, a publié une brève sur la confrontation entre les deux célèbres frères. Mais c’est surtout l’agence catholique progressiste “Adista“ qui a donné de l’importance à l’évènement en y consacrant de nombreux articles.

Dans deux autres pages de www.chiesa, on trouvera l’intégralité de l’essai de Clodovis Boff et de la réponse de son frère Leonardo, dans la langue originale, le portugais.

Mais voici d’abord le titre, les premières lignes, les liens et un rapide résumé de chacun des deux textes:


1. Teologia da Libertação e volta ao fundamento

por Fr. Dr. Clodovis M. Boff, OSM

Queremos aqui, numa primeira parte, fazer um questionamento de fundo da Teologia da Libertação. A intenção não é desqualificar a TdL, mas, antes, defini-la de modo mais claro e refundá-la sobre bases originárias...

> Texte intégral


Dans la première partie de l’essai, Clodovis Boff critique le fondement de la théologie de la libération, non pas la théologie théorique mais celle “qui existe réellement“.

Selon lui, la théologie de la libération fait l’erreur “fatale“ de placer le pauvre comme “premier principe opérationnel de la théologie“, en le substituant à Dieu et à Jésus-Christ.

Et d’expliquer:

“Cette erreur de principe ne peut produire que des effets funestes. [...] Dès lors que le pauvre acquiert le statut de ‘primum’ épistémologique, qu’advient-il de la foi et de sa doctrine, au niveau théologique mais aussi pastoral? [...] Il en résulte inévitablement une politisation de la foi, réduite à être un instrument de libération sociale“.

Les conséquences sont graves également pour la vie de l’Eglise:

“La ‘pastorale de la libération’ devient une branche parmi tant d’autres du ‘mouvement populaire’. L’Eglise ressemble alors à une ONG et se vide aussi physiquement: elle perd ses forces vives, militants et fidèles. Ceux ‘du dehors’ sont peu attirés par une ‘Eglise de la libération’, car, pour le militantisme, ils ont déjà les ONG et, en ce qui concerne l’expérience religieuse, ils ont besoin de beaucoup plus qu’une simple libération sociale. De plus, ne percevant pas l’expansion et l’importance sociale de l’inquiétude spirituelle actuelle, la théologie de la libération se montre culturellement myope et historiquement anachronique, c’est-à-dire aliénée par son époque “.

Dans la seconde partie de l’essai, l’auteur montre que la théologie de la libération ne peut “se sauver“ avec ses fruits positifs qu’en revenant à ses fondements d’origine, qui se trouvent dans le document final de la conférence de l’Aparecida.

Ce document – écrit Clodovis Boff – est la “démonstration limpide“ que l’on peut associer correctement la foi et l’action libératrice. Contrairement à la théologie de la libération, qui “part du pauvre et rencontre le Christ“, Aparecida “part du Christ et rencontre le pauvre“, en sachant bien que “le principe-Christ inclut toujours le pauvre alors que le principe-pauvre n’inclut pas nécessairement le Christ. [...] La source d’origine de la théologie n’est autre que la foi dans le Christ“.


2. Pelos pobres, contra a estreiteza do método

por Leonardo Boff

Clodovis Boff acumulou muitos méritos no âmbito da Teologia da Libertação. Produziu uma reflexão de fôlego sobre o método da teologia, sobre a eclesiologia das comunidades eclesiais de base...

> Texte intégral


Dans sa réponse, Leonardo Boff rejette la thèse de son frère Clodovis, comme “ fausse, théologiquement erronée et pastoralement nuisible“. En effet, écrit-il, elle “court le risque de condamner l’Eglise et la théologie à l’insignifiance historique et à la stérilité pastorale“.

Selon Leonardo, la thèse de Clodovis doit être inversée:

“Il n’est pas vrai que la théologie de la libération substitue le pauvre au Christ et à Dieu. [...] C’est le Christ qui a voulu s’identifier aux pauvres. Là où est le pauvre, il y a un lieu de rencontre privilégié avec le Seigneur. Celui qui rencontre le pauvre rencontre inévitablement le Christ, encore sous la forme du Crucifié, qui demande à être détaché de la croix et à ressusciter“.

Concernant les conséquences de l’attaque lancée par Clodovis contre la théologie de la libération, Leonardo Boff écrit:

“Je crains que les critiques émises par Clodovis ne fournissent des armes aux autorités ecclésiastiques locales et romaines pour la condamner à nouveau et, qui sait, l’exclure définitivement de l’espace ecclésial. Ces critiques dévastatrices peuvent contribuer à cette opération regrettable, car elles viennent de l’intérieur, de l’un des représentants les plus connus de la théologie de la libération. [...] La position de Clodovis est une musique pour les oreilles de ceux qui, loin du monde des pauvres et de leur souffrance, ont cette théologie en horreur. Elle encourage ceux qui, dans la société et au Vatican, cherchent à l’éliminer, empêchent qu’elle soit étudiée ou interdisent qu’elle soit une référence pour la pratique pastorale avec les pauvres et les marginaux“.

Leonardo Boff admet que son frère n’entend pas nier en bloc la théologie de la libération mais “la replacer dans ses fondements d’origine, car ce n’est qu’ainsi qu’elle pourra être sauvée“.

Mais il ajoute:

“Pour moi, cette intention revient à dire: Mon frère, je te plante un poignard dans le cœur, mais sois tranquille, c’est pour ton salut“.


La revue dans laquelle Clodovis Boff a publié son essai:

> Revista Eclesiástica Brasileira

Et le site Internet où Leonardo Boff a publié sa réponse, le 27 mai 2008:

> Instituto Humanitas Unisinos


Au début de son essai, Clodovis Boff cite un célèbre théologien de la libération, le jésuite Jon Sobrino, qui a récemment fait l’objet d’une enquête de la congrégation pour la doctrine de la foi.

Il le cite justement pour montrer l’ambiguïté du langage “libérationniste“:

“Jon Sobrino dit que les pauvres sont l’entité qui donne la ‘direction fondamentale’ à la foi et son ‘lieu le plus décisif’ de cette dernière. De toute évidence, c’est avec peu d’attention que l’auteur utilise les deux adjectifs ‘fondamentale’ et ‘décisif’. Car, dans l’absolu, ils ne s’appliquent pas aux pauvres mais à la ‘foi apostolique transmise par l’Eglise’, comme le rappelle judicieusement la notification romaine qui critique certains points de la christologie de Sobrino“.

Dans un commentaire publié le 8 juin sur le site Internet qui a diffusé la réponse de Leonardo Boff, un autre théologien brésilien de la libération, le père Érico Hammes, parle d’un Jon Sobrino “profondément attristé“ par l’approbation explicite de Clodovis Boff à la condamnation de certaines de ses thèses par le Vatican:

> Teologia da Libertação após Aparecida volta ao fundamento? Entrevistas com Luiz Carlos Susin e Érico Hammes

La notification du Vatican contre Sobrino:

> "A seguito di un primo esame dei volumi..."

Et l’article de www.chiesa sur son cas:

> La sentence qui frappe le théologien Jon Sobrino vise tout un continent (20.3.2007)


L’instruction publiée en 1984 par la congrégation pour la doctrine de la foi sur la théologie de la libération, disponible sur le site du Vatican, en anglais uniquement:

> Instruction on certain aspects of the "theology of liberation"

Et celle de 1986, également en anglais exclusivement:

> Instruction on Christian freedom and liberation



Le document final de la Ve conférence générale de l’épiscopat d’Amérique Latine et des Caraïbes, qui s’est déroulée du 13 au 31 mai 2007 à l’Aparecida, au Brésil:

> Documento conclusivo




Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.
(www.chiesa)
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