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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Saint Augustin, Jésus et la Samaritaine (2)

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
7. Jésus-Christ s'est fait infirme pour nourrir des infirmes, pareil en cela à la poule qui nourrit ses poussins; c'est la comparaison qu'emploie le Sauveur lui-même. "Combien de fois", dit-il à Jérusalem, "j'ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule ramasse ses petits sous ses ailes, et tu ne l'as pas voulu (1)!" Vous savez, mes frères, comme une poule se fait petite par amour pour ses petits; de tous les oiseaux, elle est la seule qui se montre véritablement mère. Nous voyons les passereaux faire leur nid sous nos yeux; il en est de même des hirondelles, des cigognes, des pigeons; mais nous ne nous apercevons qu'ils ont des petits qu'au moment où nous les voyons dans leurs nids. Pour la poule, elle se fait si petite pour ses petits que, même lorsqu'ils en sont éloignés et même sans qu'on les voie, on reconnaît. qu'elle est mère. En preuve, ses ailes pendantes, ses plumes hérissées, la rudesse de sa voix, le laisser-aller et l'abattement de son corps, tout en elle, comme j'en ai fait la remarque, dénote une mère, lors même qu'on ne la verrait point suivie de sa petite famille. Voilà l'image de l'infirmité de Jésus fatigué par le chemin. Son chemin, c'est la chair qu'il a prise pour notre amour. En effet, quel chemin pouvait suivre celui qui se trouve partout et ne manque nulle part? Où pouvait-il aller? D'où pouvait-il venir? Evidemment il venait vers nous, et il n'y venait qu'en se revêtant de la forme visible de notre corps. Puisqu'il a daigné venir parmi nous en prenant un corps, en se montrant dans la forme de serviteur, son incarnation est donc son chemin. C'est pourquoi "la fatigue qu'il a ressentie du chemin" n'est autre chose que la fatigue résultant pour lui de son Incarnation. L'infirmité de Jésus-Christ vient donc de son humanité; mais ne t'affaiblis pas toi-même. Que l'infirmité de Jésus-Christ soit ta force; car ce qui est faiblesse en Dieu est plus fort que tous les hommes (2).

8. Sous ce point de vue Adam, image de l'homme futur (3), nous a donné un remarquable indice de ce mystère, ou plutôt Dieu nous l'a donné en sa personne. Car ce fut en dormant qu'il dut recevoir son épouse, formée d'une de ses côtes pour lui être donnée (4). En effet, de Jésus-Christ endormi sur la croix devait sortir l'Eglise, elle devait sortir de son côté pendant son sommeil: car c'est de Jésus-Christ attaché à la croix et de son côté ouvert par la lance (5) que sont sortis les sacrements de l'Eglise. Mais, mes frères, pourquoi me suis-je exprimé ainsi? C'est que l'infirmité de Jésus-Christ fait notre force. Cette figure ainsi montrée en Adam nous annonçait donc à l'avance un grand mystère. Sans doute, pour en former la femme, il aurait pu retirer de l'homme une portion de sa chair, et il semble même que cette façon d'agir aurait été plus convenable; car il s'agissait de former le sexe le plus faible; or, il est évident que la faiblesse serait provenue plutôt de la chair que des os, car les os sont ce qu'il y a de plus ferme en notre corps. Cependant il n'a pas retiré de la chair pour en former la femme; mais il a retiré un os, et de cet os la femme a été formée, et à la place de cet os il a fait croître de la chair. Dieu pouvait y remettre un autre os; il pouvait, pour former la femme, employer, non pas un os, mais de la chair. Qu'a-t-il donc voulu nous apprendre? Parce que la femme a été formée d'une côte, elle semble forte, et la chair créée en Adam indique sa faiblesse. Le Christ est aussi l'Eglise: sa faiblesse est le principe de notre force.

9. Mais pourquoi la sixième heure? Parce que c'était le sixième âge du monde. Dans le langage de l'Evangile, on doit regarder comme une heure le premier âge qui va d'Adam à Noé, le second qui va de Noé à Abraham, le troisième qui va d'Abraham à David, le quatrième qui va de David à la capitale de Babylone, le cinquième qui va de la captivité de Babylone au baptême de Jean; le sixième enfin, qui a cours maintenant. Y a-t-il en cela de quoi t'étonner? Jésus est venu, il est venu près d'un puits, c'est-à-dire qu'il s'est humilié; il s'est fatigué à venir, parce qu'il s'est chargé du poids de notre faible humanité. Il est venu à la sixième heure, parce que c'était le sixième âge du monde. Il est venu près d'un puits, parce qu'il est descendu jusque dans l'abîme qui faisait notre demeure. C'est pourquoi il est écrit au psaume: "Du fond de l'abîme, Seigneur, j'ai crié vers vous (6)". Enfin il s'est assis près d'un puits, car je l'ai dit déjà, il s'est humilié.

10. "Vint une femme". Figure de l'Eglise non encore justifiée, mais déjà sur le point le devenir, car cette justification est l'oeuvre de la parole. Elle vient dans l'ignorance de ce qu'était Jésus; elle le trouve, il entre en conversation avec elle. Voyons ce qu'elle est venue faire; voyons ce qu'elle est venue chercher: "Une femme de Samarie vint pour puiser de l'eau". Les Samaritains n'appartenaient pas à la nation juive, et bien qu'habitant un pays voisin, ils étaient regardés comme étrangers. Il serait trop long de vous expliquer l'origine des Samaritains; de telles digressions nous arrêteraient et nous ôteraient le temps pour le nécessaire. Qu'il nous suffise donc de mettre les Samaritains au nombre des étrangers. Ne me soupçonnez pas d'avoir mis à vous faire cette assertion plus de hardiesse que de vérité; écoutez Notre-Seigneur lui-même; remarquez ce qu'il dit de ce Samaritain, le seul des lépreux guéris par lui, qui fût revenu lui rendre grâces. "Tous les dix n'ont-ils pas été guéris? Où sont les neuf autres? Il ne s'en est pas trouvé qui soit revenu rendre gloire à Dieu, sinon cet étranger (7)". Les convenances du mystère figuré demandaient que cette femme, qui représentait l'Eglise, vînt d'un peuple étranger. L'Eglise, en effet, devait venir des Gentils et d'un peuple étranger aux Juifs. Dans ses paroles écoutons les nôtres, reconnaissons-nous dans sa personne et rendons grâces à Dieu de ce qu'il fait en elle pour nous. Elle était une figure, et non la réalité; mais pour avoir été d'abord une figure, elle est devenue ensuite la réalité; car elle a cru en celui qui nous la proposait comme une figure. "Elle vint donc puiser de l'eau". Elle était venue en toute simplicité puiser de l'eau, comme le font d'habitude les hommes et les femmes.

11. "Jésus lui dit: Donnez-moi à boire; car ses disciples s'en étaient allés en ville pour acheter de quoi se nourrir. Or, cette femme Samaritaine lui dit: Comment se fait-il qu'étant Juif vous me demandiez à boire, à moi qui suis Samaritaine? car les Juifs ne communiquent pas avec les Samaritains" . Vous le voyez, c'étaient des étrangers pour les Juifs: ceux-ci ne voulaient pas même se servir des vases qui étaient à leur usage. Et comme cette femme portait avec elle un vase pour puiser de l'eau, elle s'étonne qu'un Juif lui demande à boire. Car les Juifs n'avaient pas coutume de le faire. Mais si Jésus lui demandait à boire, c'était en réalité de sa foi qu'il avait soif.

12. Enfin quel est celui qui lui demande à boire? Ecoute, l'Evangéliste va le dire: "Jésus lui répondit: Si tu connaissais le don de Dieu et quel est celui qui te dit: Donne-moi à boire, peut-être lui en aurais-tu demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive". Il demande et il promet à boire. Il a besoin en tant qu'il demande; et chez lui il y a surabondance, puisqu'il doit satisfaire tous les désirs. "Si tu connaissais le don de Dieu". Le don de Dieu, c'est le Saint-Esprit. Mais il parle à cette femme à mots couverts, et peu à peu il entre en son coeur: peut-être même l'instruit-il déjà. Où trouver une exhortation plus douce et plus engageante? "Si tu connaissais le don de Dieu et quel est celui qui te dit: "Donne-moi à boire, peut-être lui en aurais-tu demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive". Jusqu'ici il tient en suspens l'esprit de cette femme. Dans le langage ordinaire on appelle eau vive celle qui sort de la source. Quant à la pluie qu'on recueille dans des bassins ou des citernes, on ne lui donne point le nom d'eau vive. L'eau vive est celle qui coule de source et qu'on puise dans son lit. Telle était l'eau de la fontaine de Jacob. Que lui promettait donc celui qui lui en demandait?

13. Cependant cette femme ainsi tenue en suspens lui dit: "Seigneur, vous n'avez pas de vase pour puiser, et le puits est profond". Reconnaissez à cela ce qu'elle entendait par eau vive. Elle entendait l'eau de la fontaine de Jacob. Vous voulez me donner de l'eau vive, mais le vase pour la puiser je l'ai entre mes mains, et il vous manque. Cette eau vive, elle est ici, comment pouvez-vous m'en donner? Elle ne comprend pas les choses dans le vrai sens: elle en juge encore d'une manière charnelle; et, toutefois, elle frappe d'une certaine manière pour que le maître lui ouvre la porte encore fermée. Elle frappe par son ignorance, non par ses désirs, elle était digne de la pitié du Sauveur, mais pas encore de ses instructions.



1. Mt 23, 37.
2. 1 Co 1, 25.
3. Rm 5, 14.
4. Gn 2, 21.
5. Jn 19, 34.
6. Ps 129, 1.
7. Lc 17, 17-18.
 
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