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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

L'ennemi public numéro un - Homélie 25° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Nous allons aujourd'hui parler d'argent. Mais pour bien comprendre de quoi il s'agit, revenons un peu en arrière pour bien nous remettre en mémoire le contexte. La semaine dernière, Jésus, en s'adressant aux pharisiens, a révélé la miséricorde du Père vis-à-vis de son fils qui avait revendiqué sa "part d'héritage" et qui avait "dépensé (son) bien avec des filles" (Lc 15). Il nous avait invité à entrer dans cette logique divine (ch. 14) au lieu de rester dehors comme le fils aîné de la parabole. Le chapitre 16, dont nous venons d'entendre une première partie, va brosser en paraboles un tableau de la situation qui est celle de fils égarés devenus ses disciples dans la maison du Père.

    Dans l'évangile d'aujourd'hui Jésus s'adresse donc, non plus aux pharisiens, mais à ses disciples. Dans une parabole qui évoque le salut, il trace la voie à la fraternité qui doit régner parmi eux. Nous y retrouvons l'intendant fidèle et avisé du chapitre 12 à qui il est demandé de "donner à chacun" selon la mesure chrétienne (12, 42), cette mesure qui est celle de la miséricorde (6, 36), mesure débordante (6, 38). Ici, au chapitre 16, l'intendant avisé est présenté comme celui qui "acquitte" les autres de leurs dettes. Alors qu'au chapitre 12 la fidélité consistait à agir en accord avec la surabondance de la vie offerte par Dieu ici, l'intendant fidèle (5 fois) est celui qui épouse assez l'intention de Dieu pour remettre aux autres leurs dettes.

    Au chapitre 15 l'accent était mis sur la joie que Dieu a à retrouver "ce qui est perdu". Dans la parabole d'aujourd'hui, ce qui ressort surtout c'est le climat d'urgence : le temps presse ! Pas question donc de remettre sa conversion à plus tard ! Se convertir ne signifie pas seulement renoncer aux écarts et aux égarements de sa vie passée. Se convertir, c'est faire le choix d'une attitude qui bouleverse totalement notre manière d'agir. Pour être à la hauteur de la miséricorde du Père, il nous faut vivre l'aujourd'hui du pardon qui nous est fait en nous inspirant de la perspicacité avec laquelle l'intendant de la parabole a saisi sa propre situation, c'est-à-dire en jouant le tout pour le tout.

    Être disciples de Jésus signifie prendre conscience que les biens qui nous ont été confiés vont nous être repris. Cela signifie ensuite profiter du répit qui nous est accordé pour nous faire des amis avec ceux dont nous disposons encore aujourd'hui. Car ce sont les amis que nous nous faisons maintenant avec ces biens-là qui nous accueilleront un jour dans le monde à venir.

    À la suite de la parabole, Jésus va davantage préciser sa pensée :

- Première précision : le temps présent est un temps de répit dont nous devons profiter pour assurer notre avenir d'éternité.
- Deuxième précision : c'est dans la manière de nous comporter avec les autres, en passant d'une relation de droits à une relation d'amitié, que notre avenir se joue : l'amitié qu'on se donne est une manière de se donner mutuellement le salut éternel.
- Enfin, troisième précision : les biens dont nous disposons sont la propriété de Dieu et de personne d'autre ; nous en sommes, non pas les propriétaires, mais les intendants, appelés à servir la fraternité entre les hommes.

    L'argent que l'on s'approprie devient "malhonnête", c'est-à-dire injuste, car opposé à Dieu, d'abord parce qu'il n'appartient qu'à Dieu (l'argent n'est donc pas mauvais en soi, il est bon !), et ensuite parce que se l'approprier, c'est le détourner de sa véritable destination, qui est d'être au service de l'amitié dans une gratuité qui manifeste la grâce que nous vivons dans la maison du Père.

    La conclusion qui s'impose est qu'ou bien on est intendant et fidèle à Dieu, ou bien on est infidèle à Dieu et attaché au Mammon (Mammon est un mot araméen qui signifie "argent", "richesse"). Impossible de courir après deux lièvres à la fois ! Être fidèle à Dieu c'est renoncer à agir en propriétaire, c'est reconnaître à qui appartiennent les biens dont nous disposons et les gérer selon l'intention de Dieu. Au contraire, se considérer comme propriétaire, revendiquer ses droits, cela revient  à renier celui dont nous sommes les intendants, renier notre Père qui nous a dit : "Tout ce qui est à moi est à toi". C'est renoncer à être fils de ce Père au milieu de nos frères.

    Ces dernières semaines nous avons fait mémoire de plusieurs saints qui illustrent parfaitement ce que le Seigneur attend de nous dans l'usage que nous faisons de notre argent, de nos richesses en général. Je pense ici en particulier au saint Padre Pio. Comme cela a été le cas pour sainte Mère Teresa, par ses mains a passé beaucoup d'argent, mais il ne possédait rien. Tout était pour soulager la souffrance des pauvres, ce qui lui vaudra beaucoup d'ennuis.

    Alors que tout jeune prêtre il n’était pas encore entré au couvent de San Giovanni Rotondo, le vendredi 28 mars 1913, il eut une vision prophétique. Défiguré de coups, le Christ s’avança vers lui, montrant un grand nombre de prêtres réguliers et séculiers, parmi lesquels divers dignitaires et prélats. Certains étaient en train de célébrer, d’autres se paraient de vêtements sacrés, d’autres encore les enlevaient. Padre Pio témoigne :

 
La peine de Jésus me causa une grande douleur. Aussi je voulus lui demander pourquoi il souffrait tant. Je n’eus aucune réponse. Cependant son regard se dirigeait vers ces prêtres, et comme s’il était las de les regarder, il détacha son regard vers moi. À ma grande douleur, je vis deux larmes lui sillonner les joues. Il s’éloigna de cette multitude de prêtres, une expression d’immense amertume sur le visage, en s’écriant : "Bouchers !" Et se tournant vers moi, il me dit : "Mon fils, ne crois pas que mon Agonie n’ait duré que trois heures, non ! À cause des âmes que j’ai le plus comblées, je serai en Agonie jusqu’à la fin du monde ... L’ingratitude et la somnolence de mes ministres me rendent plus pénible mon Agonie. Hélas ! Comme ils répondent mal à mon amour ! Ce qui m’afflige le plus, c’est que ceux-ci ajoutent à leur indifférence, le mépris et l’incrédulité. Que de fois ai-je été sur le point de les foudroyer, si je n’avais pas été retenu par les anges et les âmes qui m’adorent.

    Ces jours-ci nous faisons mémoire de Notre-Dame de la Salette. Dans l’introduction du Secret de La Salette délivré par la Sainte-Vierge aux deux petits bergers, le 19 septembre 1846, elle dit :
 
Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les saints mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté ... il n’y a plus d’âmes généreuses, il n’y a plus personne digne d’offrir la Victime sans tache à l’Eternel en faveur du monde. Dieu va frapper d’une manière sans exemple ...

    Et Benoît XVI, encore Cardinal, de s’exclamer pathétiquement lors de la célébration du chemin de Croix, le 22 mars 2005 :
 
Que de souillures dans l’Eglise, particulièrement ceux qui dans le sacerdoce devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! Les vêtements et le visage si sales de ton Eglise nous effraient ... Satan s’en réjouit !

    Comment ne pas être bouleversés par de telles paroles ! Et, au lieu de juger et de condamner, comment ne pas, comme le demande saint Paul à Timothée, intercéder pour ceux qui nous gouvernent, pour ceux qui gouvernent l'Église comme pour ceux qui gouvernent le monde.

    Je lisais que chaque année l’Afrique perd 148 milliards de dollars à cause de la corruption. C’est ce qu’affirment les Nations Unies et la Banque Mondiale qui ont lancé une initiative commune pour récupérer les richesses soustraites de façon illicite aux habitants du continent, la “Stolen Assets Recovery Initiative” (Initiative de Recouvrement des Biens Volés - STAR).

    "Le vol des biens publics dans les pays en voie de développement est un problème grave et préoccupant" a affirmé, au cours de la présentation de l’initiative au Palais de verre à New York, le secrétaire général de l’ONU, Ban ki Moon, qui était accompagné du président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick. Ce dernier a souligné que l’argent volé des comptes publics était soustrait aux dépenses des programmes sociaux et donc surtout au détriment des couches les plus pauvres des populations.

    Selon les données de la Banque Mondiale, de 20 à 40 milliards de dollars sont empochés chaque année par les hommes politiques et les administrateurs corrompus des pays les plus pauvres ; un chiffre équivalent à 40% des fonds que ces pays reçoivent en aide des États les plus développés. Le président de la Banque mondiale a montré un exemple de l’utilisation possible des fonds récupérés par la corruption et la malversation :

 
Avec 100 millions de dollars on peut vacciner 4 millions d’enfants, fournir de l’eau potable à 250.000 habitations ou offrir un cycle complet de traitement pendant un an à 600.000 séropositifs et malades du SIDA.

    Non ! Il ne suffit pas de s'indigner des scandales financiers dans l'Église et dans le monde ! Ce serait trop facile pour se donner bonne conscience. Nous sommes aussi chefs d'un gouvernement. Nous aussi nous avons des sommes d'argent à gérer. Posons-nous alors la question : que faisons-nous de cet argent ? Comment le dépensons-nous ? Le Padre Pio disait :
 
Faites un usage chrétien de votre argent et économies, alors tant de misère pourra disparaître, tant de corps souffrants et d’êtres affligés pourront trouver de l’aide et du réconfort.

    Mais faisons-le, non pas simplement dans un esprit d'entre-aide humanitaire, mais dans l'Esprit de l'incroyable miséricorde du Père dont nous pouvons, comme disciples de Jésus, nous dire des fils.

    Pour terminer, je voudrais vous rapporter la teneur d'une conversation qui a eu lieu entre le Père Georges Finet et Marthe Robin. Le Père Finet demandait à Marthe : "Marthe, quel est le plus grand ennemi de l'Église ? Le communisme ... ? (C'était l'époque de Brejniev.)  ... La franc-maçonnerie ... ? (C'était l'époque de la légalisation de l'avortement en France.) Voici la réponse de Marthe : "Non, Père, le plus grand ennemi de l'Église, c'est l'Argent !"

    Comprenons : l'amour de l'argent, l'idolatrie de l'Argent (Mammon). C'est dans ce sens que saint Paul écrivait à Timothée :

 
La racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l'âme de tourments sans nombre. (1 Tm 6, 10)

     L'amour de l'argent : voilà l'ennemi que nous devons redouter le plus. Et quand je dis "nous", cela veut dire : TOUS ! Cela veut dire : CHACUN ! CHACUNE !
 
"le plus grand ennemi de l'Église, c'est l'Argent !"

"le plus grand ennemi de l'Église, c'est l'Argent !"

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massage 29/10/2013 17:51


Je suis assez embêté, car en lisant le fait que ce que nous gagnons va nous être repris, ça m'a fait penser aux impôts. Existerai-t-il des passages plus en adéquation avec ces derniers, ou ce
passage pourrait être considéré comme pertinent en la matière ?

dominicanus 08/11/2013 16:48



Excusez-moi d'abord pour le retard pour la réponse à votre question. Mais comme je suis en vacances et en déplacement... Ensuite, je ne comprends pas bien le sens de votre question. Pourriez-vous
préciser, svp? Merci !



herbalife 25/09/2013 14:50


Peut-on vraiment parler d'amour de l'argent, ou de passion pour l'argent. Le sentiment éprouvé par amour est différent que celui éprouvé par passion; pour avoir vécu les 2 à des époques
différentes, je n'ai jamais ressenti d'amour pour l'argent, mais de l'émotion. l'amour est exempt d'émotion, à mon sens, il est juste pur.

dominicanus 26/09/2013 15:30



Je suis assez d'accord avec ce que vous dites, mais il ne faut pas non plus désincarner l'amour. Nous ne sommes pas des anges. En fait, comme tout mot, celui d'amour est analogique, et non
univoque.Il est évident que quand on dit de quelqu'un qu'il aime l'argent, le verbe aimer n'a pas le même sens que quand on dit qu'il faut aimer Dieu, et son prochain commes soi-même. Mais Jésus
fait bien le lien entre les deux quand il dit que l'on ne peut pas servir deux maîtres : Dieu et l'argent (Mamon).



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