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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

La morosité est morte. Le Christ est né ! Bonne Année 2009 !

dominicanus #Il est vivant !
    Une semaine après Noël, et quelques jours après la Fête de la Sainte Famille, en ce premier janvier 2009, nous voici à nouveau réunis près de la crèche. À l'occasion de Noël, déjà, et encore pour le Nouvel An (jusqu'au 31 janvier, nous dit-on) nous avons l'occasion d'échanger nos voeux avec ceux que nous aimons ... plus ou moins, sincèrement. Les hommes politiques et d'Église, la banque où nous avons placé nos petites économies (s'il y en a encore), les journalistes et les animateurs d'émissions télévisées, tous y vont de leur petite littérature.

    Les cadeaux, ça peut coûter cher en ce temps de crise. Les voeux, même "les meilleurs", ça ne coûte rien, sinon (et de moins en moins souvent à l'ère de l'Internet) le prix d'une carte et d'un timbre poste. On s'ingénie à inventer de belles phrases, avec une mulitiplication d'adjectifs, de superlatifs : une vraie inflation, un feu d'artifice, comme ceux que nous avons pu voir à minuit, mais à bon marché! Comme le disait le cardinal Martini dans une de ces homélies de Noël,

Nous parlons de voeux sincères, cordiaux, très cordiaux, fervents, très fervents;  les superlatifs trahissent la précarité des émotions, la distance qui sépare les paroles des sentiments qu'on voudrait réellement communiquer. Nous formulons de très beaux voeux de santé, de paix, de bonheur, mais il n'est pas rare que la langue trahisse la conscience que nous avons de la nature éphémère de ces belles paroles. En somme, nous avons l'impression embarrassante de donner dans un formalisme verbeux. Et nous nous demandons d'où vient cette tension, typique des grandes célébrations, entre le besoin anxieux de formuler des voeux et d'exprimer des sentiments puissants, et, à l'inverse, la retenue, voire la peur qui nous pousse à douter de la sincérité ou même de la courtoisie de ces formules.

    On parle même de "voeux pieux". Ce sont des voeux sans espoir de réalisation...


    Décidément, voilà une analyse bien sombre de la tradition d'échanger nos voeux à Noël et au Nouvel An ! Mais il ne faut pas s'en débarrasser trop facilement. Ayons plutôt le courage de l'accueillir sereinement pour en faire notre profit. Ayons "le courage d'avoir peur" (M.D. Molinié). Cette angoisse que nous essayons, bien maladroitement, de manière presque dérisoire, d'exorciser par nos voeux, ne la nions pas, ne la fuyons pas. Regardons-la en face ! C'est vrai que "nous sommes une génération traumatisée par tant de chocs", tant d'incertitudes. Et aujourd'hui, la mortification pour nous la plus nécessaire et la plus salutaire, ce n'est pas la mortification de la chair par des cilices, des flagellations... C'est la mortification de la confiance, de l'abandon à la Providence, à la suite de la sainte Famille.

    La Vierge Marie et saint Joseph, quand Jésus est né, ont dû souffrir bien des privations. Ils ont eu froid, ils ont eu faim. Mais le plus difficile, le plus exigeant pour eux, c'était l'abandon confiant au Père. Marie est devenue Mère de Dieu en disant "fiat" au moment de l'Annonciation, mais ce "fiat", combien de fois n'a-t-elle pas dû le répéter en marchant sur le chemin étroit et escarpé de la volonté de Dieu tout au long de sa vie?

    Saint François de Sales, que l'on appelle justement le Docteur de l'abandon, voit dans l'attitude de Jésus lui-même une école de l'abandon chrétien. Cet abandon n'est pas simplement l'abandon musulman (inch'allah), ni même la résignation de Job dans l'Ancien Testament. C'est l'abandon de celui qui est baptisé dans le Sang de Jésus.

    Le 1er janvier 1931 (elle avait alors 28 ans, était paralysée depuis l'adolescence, recroquevillée dans son petit divan) Marthe Robin faisait noter sans son journal intime:

Que me réserve cette nouvelle année, je l'ignore et ne veut point le savoir non plus.

(Si tout le monde en disait autant, ce serait la fin des horoscopes et des "diseuses de bonne aventure"!).

Je m'abandonne au secours qui jamais ne m'a manqué. Ma première pensée est un cri du coeur: "Mon Dieu, soyez béni dans tout ce que vous me demandez, j'accepte, j'aime tout. Celui qui est la Force aidera, enveloppera ma faiblesse. Ce qui importe c'est de ne rien vouloir et de tout accepter, rien demander, tout aimer. C'est le fiat chaque jour renouvelé... c'est l'ascension douloureuse mais joyeuse sans arrêt ou retour... c'est l'amour toujours plus sous le soleil de l'amour divin. (...) Je m'abandonne en toute simplicité et amour en Jésus miséricordieux. Il sait mieux que moi tous mes besoins et tout ce qu'Il Lui faut. Que cela me suffise. Ne rien regretter, de ce qui a été ou pas été, rien n'est inutile, tout sert à quelque chose. Je bénis et bénirai mon Dieu de tout ce que je suis, de tout ce que j'ai fait ou plutôt de tout ce qu'il a fait par moi... pour moi.

    On parle beaucoup d'engagement aujourd'hui. On dit: "Il faut s'engager, le chrétien doit s'engager". Or, écrit le Père Molinié, un vieux Père dominicain :

La seule manière correcte d'inviter à l'engagement n'est pas de chanter les louanges de l'engagement, mais celles de l'objet envers lequel on s'engage. (...) Le véritable engagé ne parle pas de son engagement, il parle de son trésor, de la Réalité qui compte pour lui. (...) Ceux qui se raccrochent à la nature humaine, à ce qui reste de bon et de solide dans l'homme, s'appuient à mes yeux sur du sable. La génération actuelle connaît une telle mise en question, un tel désemparement, un tel effondrement de ce qui parraissait le plus solide, qu'au point de vue humain il n'y a plus de salut possible. L'équilibre nerveux est trop atteint, on ne sait plus ce que veut dire la fidélité à une parole donnée, à une promesse...

Il est stérile de déplorer tout cela. Si nous aimions vraiment Jésus-Christ, nous nous réjouirions qu'il n'y ait pas de solution, mais qu'il n'y ait plus que Lui, le Sauveur. C'est la bonne manière d'être moderne, et c'est la seule. Même s'ils se laissent tromper par des mirages, les jeunes récament des réalités. La seule que nous puissions leur offrir, c'est l'amour de Dieu. Quand il n'y a plus rien à faire humainement, c'est la seule chose qu'on peut donner; si on ne l'a pas, on n'a rien, on mérite d'être balayé et foulé aux pieds. C'est vrai en face des mourants, des malades, des prisonniers, qui ont tout perdu, des désespérés en général. C'est vrai en fin de compte pour la génération actuelle. Si nous voulons être "actuels", il ne faut pas nous attacher aux valeurs humaines qui s'effondrent, si bonnes soient-elles. (...)

Jeunes ou vieux, si nous n'allons pas vers le Sauveur et sa grâce, nous n'avons plus rien. C'est toujours une erreur de s'attacher à des valeurs humaines, mais aujourd'hui c'est mortel parce qu'elles s'écroulent. La pire manière d'être "de son temps", c'est d'être humaniste. Il y a des époques où c'est possible, où ce n'est pas catastrophique. C'est après tout un bon chemin de commencer par aimer l'homme dans sa vérité, pour s'élever progressivement vers le Royaume. Mais aujourd'hui c'est peut-être une rêverie dangereuse car elle dispense de chercher le vrai remède. Cette génération déséquilibrée ne sera pas "humaine": elle sera divine ou démoniaque, surnaturelle ou décomposée.

    Voilà un son de cloche qu'on n'entend pas tous les jours, surtout pas un premier janvier.! Ce sont des paroles vigoureuses qui secouent. Mais je tenais à vous les livrer aujourd'hui. Je les confie à l'intercession de la Mère de Dieu qui est aussi notre Mère. La vocation du prêtre, c'est de vous donner Jésus comme lui seul peut vous le donner. Mais ce n'est pas la seule manière. Marie n'était pas prêtre. Joseph non plus. Ils ont donné Jésus, et rien d'autre, tout en faisant leur devoir d'état d'époux et d'épouse, de père et mère, de charpentier et de femme au foyer, fidèlement, jusqu'au bout.

    Alors, par leur intercession, et avec toute l'Église, prions, et demandons à Dieu, non pas comme le monde : "surtout la santé" ; mais comme la liturgie nous l'apprend:  surtout la fidélité à l'Évangile:

Dieu qui es la vie sans commencement ni fin,
nous te confions cette année nouvelle ;
Demeure auprès de nous jusqu'à son terme :
qu'elle nous soit, par ta grâce, un temps de bonheur,
et plus encore, un temps de fidélité à l'Évangile.


Oraison de la messe pour commencer une année

(Ceci est une adaptation de mon homélie du 1er janvier 2007 qui n'a pas pris une ride, bien au contraire.)
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Martine Conquéret 05/01/2009 15:15

Bonjour, Permettez-moi de vous souhaiter une très bonne et heureuse Année 2009, que tous les projets commencés voient le jour comme ceux à venir. Pour vous et tous ceux qui vous entourent la santé et aussi des moments de bonheuret de joie qui permettent de faire face au mieux aux difficultés qui peuvent arriver. Bien à vous. Martine

dominicanus 05/01/2009 15:39


Merci Martine. Voc voeux me vont droit au coeur. Que le Seigneur vous comble, vous aussi, de tout ce qui est pour sa gloire et le salut du monde.


Jocelyne 03/01/2009 16:46

Bonne et Sainte Année mon Père !C'est vrai que c'est une drôle de façon de commencer mais je pense qu'il est temps pour nous laïcs, prêtres, laïcs consacrés, religieux de voir la réalité en face. Nous avons il me semble bien des manières en fonction de la situation comme cela nous arrange d'aller dans le sens du poil, et surtout pour ne pas contrarier l'autre, le laisser aller à "la dérive", le laisser se perdre en transformant les paroles du Christ dans nos propres "sauces". Le discernement devient assez rare et le peuple de Dieu si cela perdure sera perdu. Le Christ trouvera t- Il la foi sur notre terre? à son retour? On entend souvent dire qu'il ne faut pas perturber "les pauvres fidèles " que nous sommes, il ne faut pas les contrarier, Le Christ ne veut rejeter personne donc accepter tout. NON ! Le Seigneur corrige ses enfants car Il les aime; Il ne caresse pas, ni ne flatte pas pour être bien vu. IL AIME , donc IL CHATIE pour notre plus grand bien. Il serait bon que ceux qui disent vouloir faire la volonté de Dieu, arrêtent de se voiler la face en "s'amusant" à ce jeu là. Je ne me révolte pas, mais ma déception augmente lorsque je vois ce qui se passe dans Ce Bien, laissé par Notre Sauveur, Notre héritage, l'Eglise. Déçue, j'ai ressenti à la fin de l'année 2008 comme une angoisse.Le désir de m'éloigner, de cheminer sans l'église actuelle fût grand car il me semblait que certains nous induisaient dans l'erreur. Je vous encourage donc mon Père à  continuer à nous aimer comme le TRES  HAUT  vous le demande et de ne permettre qu'aucun de nous ne se perdre. Nous sommes un peuple à la tête dure, la nuque raide. Comme de petits enfants ou comme une plante, nous avons besoin de tuteurs pour éviter de tomber, pour éviter de pencher sur un côté et de "mourir". Le tuteur ou le parent est là pour redresser, pour protéger de la chute fatale.Que Dieu vous bénisse en cette nouvelle année 2009 et qu'Il vous garde et vous protège ainsi que toute votre famille, tous ceux qui vous aiment et qui ne vous aiment pas. Rendons LUI donc grâce pour votre retour sur "Homélies. biz" et pour internet !                           Jocelyne

marion 01/01/2009 19:45

très belle homélie qui effectivement demeure d'actualité. Mais le temps de Dieu n'est pas le temps des hommes ;-).Effectivement il fait bon rappeler combien les (nombreux voeux ) à tous le monde proche ou pas est un appel au renoncement de soit, au pardon et à l'abandon. Malgré les phrase toutes faites, un peu banales parfois pas si sincères en apparence mais prenons tout de même ce temps pour rencontrer l'autre, l'écouter et lui parler.Merci pour cette homélie qui me permet d'ouvrir cette année vers davantage d'abandon au Seigneur, de confiance en son amour pour moi.Qu'il vous soutienne, vous guide (et permette de vous inspirer) dans votre ministère et que cette année soit reçu comme une année de grâce (quelque elle soit composée )(merci pour vos réponses à mes nombreux commentaires ;-) )En Union De Prièremarion (alias yayon) 

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