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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

la vache qui rumine (annees b - c)

Michel Hubaut, Christ notre bonheur. Prier avec S. François et Ste Claire, Desclée de`Brouwer,2e éd., p. 45-47

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le Christ que François contemple avec le plus d’émerveillement, ce n’est pas le Christ pauvre mais le Christ priant, le Fils qui a prié et qui prie le Père. Il est la suffisante justification de la prière. Pourquoi prier ? Parce que Jésus a prié, répondrait François. Pour lui, prier est encore une manière de suivre les traces du Christ. Comment suivre le Fils sans mettre l’adoration du Père au centre de sa vie ? François évangélise, convertit sa prière à l’école du Christ priant. En contemplant l’événement-Jésus, il découvre à la fois qui est Dieu et qui est l’homme, ces deux partenaires vivants de la prière. Son incarnation – et donc sa prière – sont une Bonne Nouvelle permanente pour l’homme. (…) François, à la suite de saint Paul, a un sens cosmique de la primauté du Christ dans l’ordre de la création et de la rédemption. Il est le Commencement et la Fin de tout l’univers créé : " Il est l’image du Dieu invisible, premier-né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes les créatures, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui. Il est aussi la tête du corps, c’est-à-dire l’Église (vivante et priante). Il est le Principe, premier-né d’entre les morts. Il fallait qu’il obtint en tout la primauté. " Dans cette même perspective, François écrit avec une audacieuse intuition : " Considère, ô homme, le degré de perfection auquel t’a élevé le Seigneur : il a créé et formé ton corps à l’image du corps de son Fils bien-aimé et ton esprit à la ressemblance de son esprit. " Ce qui signifie qu’en créant le monde et l’homme, Dieu pensait déjà à l’incarnation de son Fils, exemplaire parfait de al création. Cette intuition spirituelle sera reprise par les théologiens franciscains, pour qui la première raison de l’incarnation n’est pas le péché et la rédemption, mais la plus grande gloire de Dieu. Aussi le pauvre d’Assise ne peut concevoir sa prière en dehors de celle du Fils qui est l’unique Adorateur, Intercesseur et Glorificateur, en qui le Père trouve sa joie et sa suffisance. Il est le Médiateur de toute prière. François écrit : " Indigents et pécheurs que nous sommes tous, nous ne sommes pas dignes de te nommer ; accepte donc, nous t’en prions, que notre Seigneur Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé en qui tu te complais, avec le Saint-Esprit Paraclet, te rende grâce lui-même pour tout comme il te plaît et comme il lui plaît, lui toujours te suffit en tout. " La prière de l’homme n’est donc possible que par Jésus, avec Jésus, en Jésus qui adore et intercède en nous. Il est celui par qui toute grâce descend du Père et en qui remonte toute action de grâce. Toute prière, de la plus simple à la plus sublime, est participation, communion à l’unique prière actuelle, permanente du Christ vivant. Il assume toutes les prières du monde. En lui, notre prière devient sa prière, son action de grâce, son intercession, son adoration. Croire au Christ vivant, c’est croire au Christ priant. Là est l’originalité de la prière des chrétiens. Depuis la résurrection du Christ, premier-né, chaque croyant et toute la communauté chrétienne prient " par Jésus-Christ, ton Fils qui vit et règne avec toi, dans l’unité du Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles ", comme en témoigne la conclusion de toutes les oraisons liturgiques de l’Église. François sait que désormais Dieu a sans cesse devant lui, au cœur de son inimité divine, notre humanité qui, en Jésus, adore, intercède et rend grâce. Au sein même de la vie trinitaire, le Fils, dont le corps glorifié garde l’empreinte des stigmates de sa Passion, est déjà notre humanité qui supplie, crie, intercède, jour et nuit, devant le Père. Et le Christ lui-même a tenu à initier sas disciples à la prière pour les associer à sa propre prière. Il veut que sa prière filiale s’incarne, aujourd’hui et demain, partout dans le monde. Il veut démultiplier à l’infini sa prière, afin qu’elle s’élève aussi bien dans l’affairement des villes que dans le silence des monastères. Ainsi, sa prière filiale, unique, parfaite, se propage d’âge en âge, comme une onde d’amour au cœur de ses frères pour féconder le cœur de la terre. Mais il ne veut rien faire sans notre consentement. Il nous faut donc accueillir librement son Esprit, afin qu’il prie en nous : ‘Je suis le cep, vous êtes les sarments. Car hors de moi, vous ne pouvez rien faire. " Surtout pas vivre une prière qui porte fruits. François et Claire ont parfaitement saisi et vécu cette révélation.

Monique Vincent, Saint Augustin, maître de prière, Beauchesne 1990, p. 45-49 (2e partie)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
La première de ces conséquences c’est que toute prière d’un chrétien adhérant vraiment au corps du Christ devient prière du Christ Lui-même. Le Christ assume toutes les prières qui sont prononcées par un des siens. En effet, si le Christ a voulu prononcer dans les psaumes des paroles qui ne conviennent en apparence qu’aux membres de son corps, c’est pour que nous nous reconnaissions dans ces paroles, et que, inversement, nous reconnaissions nos paroles dans celles du Christ. Aussi Augustin nous invite-t-il souvent à ne pas séparer les paroles du corps de celles de la tête. " Quand vous entendez les paroles du corps n’en séparez pas la tête ; quand vous entendez les paroles de la tête n’en séparez pas le corps. " Cet " échange ", Augustin l’explique ou du moins l’illustre par une image qui les est familière, celle du Christ marchand. Le Christ " n’a pas dédaigné de nous transfigurer en Lui et de parler avec nos paroles pour que nous aussi nous parlions avec ses paroles. En effet, ce double et merveilleux changement s’est opéré, ce divin commerce a été achevé, cet échange de possession a été fait publiquement en ce monde par le négociateur céleste ". En prenant notre condition d’esclave, le Christ a pris nos paroles pour en faire les siennes. En échange, Il nous a donné les siennes pour que nous en fassions les nôtres. À cela, une seule condition : que nous, membres, soyons unis à Lui par le lien de la charité sans lequel il n’y pas d’unité entre les membres et la tête, donc pas de voix commune. Le Christ, Lui, a promis de ne pas se séparer de nous lorsqu’Il a dit : Et moi, je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde. Promesse qu’Augustin semble avoir prise particulièrement au sérieux. Il cite très souvent ce verset dans les Enarrationes et presque toujours en relation directe avec la mention du corps du Christ. On devine d’après la fréquence de ce rappel que c’est un des versets évangéliques qui l’ont marqué le plus profondément. Il y puise l’essentiel de sa doctrine d’union à Dieu qu’il a lui-même vécue du jour de sa conversion à celui de sa mort. La grâce de la présence du Christ en nous étant ainsi promise, il reste à Augustin à exhorter les fidèles à adhérer au corps du Christ par la charité pour que sa voix et la leur ne fassent plus qu’une voix qui monte vers le Père : " Que chacun soit dans le corps du Christ et c’est Lui qui parlera. " S’il nous est relativement facile de penser que le Christ en nous loue son Père, il nous est moins aisé de Le reconnaître priant en nous lorsque cette prière revêt une forme plus humble. " Voici que nous entendons (le Christ) qui gémit, qui prie, qui s’accuse ; nous répugnons à Lui attribuer ces attitudes… Comme si nous craignions de Lui faire injure en affirmant que ces paroles trop humaines sont de Lui, le fils de Dieu, alors que c’est à Lui qu’elles s’adressaient lorsque nous exprimions notre prière à Dieu. Voilà donc notre esprit qui hésite, qui s’efforce de donner une autre interprétation à ces paroles, mais l’Écriture ne lui fournit d’autre solution que d’en revenir là sans pouvoir s’en écarter. " Tout s’explique cependant par le mystère de l’Incarnation. Il suffit que notre esprit s’aperçoive " que Celui qu’il venait de contempler dans la condition divine, a pris la condition d’esclave, s’étant rendu semblable aux hommes… Dans sa condition de Dieu, Il reçoit les prières, dans sa condition de serviteur, lui-même prie : là Créateur, ici créature… faisant de Lui et de nous un seul homme, tête et corps… Que personne donc… ne dise : ce n’est pas le Christ qui les prononce. Qu’il ne dise non plus : ce n’est pas moi. S’il se sait appartenir au corps du Christ, il doit dire à la fois : c’est le Christ qui parle, et : c’est moi qui parle. Tâche de ne rien dire sans Lui, et Lui ne dira rien sans toi. " Cet admirable début de l’enarratio sur le psaume 85 montre bien que le Christ assume toutes les prières de son corps, même les plus humbles, celles qui consistent à demander du secours, à gémir, voire à se reconnaître pécheur, Lui qui est sans péché, bref toutes les formes de la prière de demande. " Quand un des membres fait cette prière, c’est moi qui la fais ", dira, par la bouche d’Augustin, le Christ voulant justifier semblable prière. On comprend l’enthousiasme du prédicateur de l’enarratio 85 en face d’un mystère aussi sublime, œuvre de la grâce divine. C’est encore à cette enarratio que nous emprunterons la conclusion de ce développement : " Dieu ne pouvait faire aux hommes un don plus magnifique que de leur accorder pour tête son propre Verbe par lequel Il a créé toutes choses, afin qu’Il soit tout à la fois fils de Dieu et fils d’homme, un seul Dieu avec le Père, un seul homme avec les hommes ; afin qu’en adressant à Dieu nos prières nous n’en séparions pas le Christ et que le corps du Christ offrant ses prières ne soit point séparé de la tête ; afin que Notre Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu, unique sauveur de son corps, prie pour nous, prie en nous et reçoive nos prières. " La prière chrétienne prend ainsi des dimensions insoupçonnées de qui n’a pas cherché à pénétrer avec Augustin dans le grand mystère du corps du Christ. Le chrétien peut bien désormais prier " dans le secret du cœur ", " dans la chambre close ", " crier au-dedans ", sa prière n’est plus celle d’un individu isolé, replié sur lui-même. Elle est celle du Christ en personne ; et non seulement la prière du Christ n’annihile pas la sienne, mais elle lui donne au contraire toute sa valeur, elle la rend digne d’être entendue par le Père en même temps que par le Fils qui la formule.

Monique Vincent, Saint Augustin, maître de prière, Beauchesne 1990, p. 45-49 (1e partie)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
À côté de ce double rôle que soulignent également les sermons, le Christ en joue un troisième qui n’est pas le moins important pour les conséquences qu’on peut en tirer en ce qui regarde la prière chrétienne, ainsi qu’on le verra. Non seulement le Christ est prié par nous et prie pour nous, mais Il prie en nous. Le commentaire du psaume 85 comporte en son début une formule qui résume très clairement la triple fonction du Christ dans la prière : " Il prie pour nous en tant que notre prêtre ; Il prie en nous en tant que notre tête ; Il est prié par nous en tant que notre Dieu. " C’est ici que la doctrine du Christ total trouve son accomplissement le plus parfait. Si le Christ est vraiment la tête du corps, Il n’est plus extérieur à nous comme l’est un intercesseur par rapport à celui pour qui il intercède (l’avocat et son client), ou celui qui reçoit les prières par rapport à celui qui les lui adresse (le juge et l’accusé). Si le Christ et son Église ne font plus " qu’une seule chair ", ils ne sont plus deux à prier, il n’y a plus qu’un priant : le Christ total. On ne sépare pas la prière du Christ de celle de l’Église. Ils n’ont plus qu’une seule voix. L’enarratio (= commentaire de S. Augustin) sur le psaume 56 le dit excellemment : " Il n’a pas voulu parler séparément, Il n’a pas voulu être séparé de nous, selon ce qu’Il nous a dit : Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation du siècle. S’il est avec nous, Il parle en nous, Il parle de nous, Il parle pour nous, car nous aussi nous parlons en lui. " Il parle en nous, nous parlons en Lui. Les esprits trop rationalistes risquent d’être déconcertés par ces formules augustiniennes. Dans l’enarratio sur le psaume 85 aussi, après avoir dit que " le Christ prie pour nous… en nous… est prié par nous ", Augustin conclut son développement en disant : " Nous lui adressons donc nos prières par Lui, en Lui. " Est-ce donc Lui qui prie en nous ? ou nous qui prions en Lui ? A. de Bovis croit pouvoir conclure de son étude sur Le Christ et la prière… dans les commentaires sur saint Jean : " Augustin ne dit pas : le Christ prie en nous, mais reprenant le texte de Jean : Si vous demeurez en moi… montre les chrétiens insérés dans la Christ, et faisant lever de leur cœur les vrais désires et la vraie prière. Bref, au lieu de regarder le Christ priant en nous, on nous montre plutôt les chrétiens priant dans le Christ. " Faut-il en conclure que les commentaires sur saint Jean sont, comme il est normal, plus influencés par la pensée du Disciple bien-aimé tandis que les Enarrationes bénéficieraient en même temps de l’influence de Paul qui a mis davantage l’accent sur la doctrine du Christ intérieur ? Ou bien Augustin, par l’une comme par l’autre de ces formules qu’il emploie simultanément, voudrait-il tout simplement marquer que le Christ et les chrétiens ne font plus qu’un, quel que soit leur mode de relation ? C’est là sans doute la réponse qu’il convient de faire à cette question. Quoi qu’il en soit, les conséquences, en ce qui regarde la doctrine augustinienne de la prière, sont immenses. (À suivre)

Présentation générale de la Liturgie des Heures, 6 – 8

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Puisque l’homme tient de Dieu tout ce qu’il est, il doit reconnaître et confesser cette souveraineté de son Créateur, ce que les hommes religieux de tous les temps ont effectivement fait par la prière. Mais la prière adressée à Dieu se relie au Christ, Seigneur de tous les hommes et unique Médiateur, le seul par qui nous avons accès auprès de Dieu. Il rattache, en effet, à lui-même toute la communauté humaine de telle sorte qu’il se crée un lien intime entre la prière du Christ et la prière de tout le genre humain. Car c’est dans le Christ et en lui seul que la religion humaine trouve sa valeur salvatrice et atteint son but. Un lien essentiel spécial et très étroit s’établit cependant entre le Christ et les hommes que, par le sacrement de la nouvelle naissance, il assume comme membres dans son corps qui est l’Église. C’est de cette façon, en effet, que se répandent dans tout le corps, à partir de la tête, toutes les richesses qui appartiennent au Fils : la communication de l’Esprit, la vérité, la vie et la participation à sa filiation divine, qui se manifestaient dans toute sa prière lorsqu’il vivait parmi nous. Tout le corps de l’Église participe, de même, au sacerdoce du Christ, de telle sorte que " les baptisés, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint " (L.G. 10), et deviennent aptes à célébrer le culte de la Nouvelle Alliance, qui ne procède pas de nos forces, mais du mérite et du don du Christ. " Dieu n’aurait pu faire aux hommes plus grand don que celui-ci : de son Verbe, par qui il a créé toutes choses, il fait leur chef, et d’eux, il fait ses membres, pour que lui, il soit Fils de Dieu et Fils de l’homme, un seul Dieu avec le Père, un seul homme avec les hommes ; pour qu’en parlant à Dieu dans la prière nous ne séparions pas de lui son Fils, pour qu’en priant, le corps du Fils ne sépare pas son chef de lui-même : pour qu’il soit l’unique sauveur de son corps, Notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, qui, à la fois, prie pour nous, prie en nous et est prié par nous. Il prie pour nous comme prêtre, il prie en nous comme notre chef, il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc nos paroles en lui, et ses paroles en nous. " (S. Augustin, Comm. du Psaume 85) C’est en cela que réside la dignité de la prière chrétienne : elle participe de la piété du Fils unique envers le Père et de la prière que, durant sa vie sur terre, il a exprimée par la parole et qui, à présent, se perpétue sans interruption dans toute l’Église et tous ses membres, au nom et pour le salut de tout le genre humain. L’unité de l’Église en prière est l’œuvre de l’Esprit Saint ; c’est le même Esprit qui est dans le Christ, dans l’Église tout entière et en chacun des baptisés. C’est " l’Esprit (lui-même) qui vient au secours de notre faiblesse " et " qui intervient pour nous par des cris inexprimables " (Rm 8, 26) ; c’est lui qui, en tant qu’Esprit du Fils, nous infuse " l’esprit d’adoption dans lequel nous crions : Abba, Père (Rm 8, 15 ; Ga 4, 6 ; 1 Co 12, 3, Ep 5, 18, Jude 20). Aucune prière chrétienne ne peut donc exister sans l’action de l’Esprit Saint qui, en assurant l’unité de toute l’Église, conduit au Père par le Fils.

Catéchisme de l’Église Catholique 2746 – 2751

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
2746 Quand son Heure est venue, Jésus prie le Père (cf. Jn 17). Sa prière, la plus longue transmise par l’Evangile, embrasse toute l’Economie de la création et du salut, comme sa Mort et sa Résurrection. La prière de l’Heure de Jésus demeure toujours la sienne, de même que sa Pâque, advenue " une fois pour toutes " , demeure présente dans la Liturgie de son Église. 2747 La tradition chrétienne l’appelle à juste titre la prière " sacerdotale " de Jésus. Elle est celle de notre Grand Prêtre, elle est inséparable de son Sacrifice, de son " passage " [pâque] vers le Père où il est " consacré " tout entier au Père (cf. Jn 17, 11. 13. 19). 2748 Dans cette prière pascale, sacrificielle, tout est " récapitulé " en Lui (cf. Ep 1, 10) : Dieu et le monde, le Verbe et la chair, la vie éternelle et le temps, l’amour qui se livre et le péché qui le trahit, les disciples présents et ceux qui croiront en Lui par leur parole, l’abaissement et la Gloire. Elle est la prière de l’Unité. 2749 Jésus a tout accompli de l’œuvre du Père et sa prière, comme son Sacrifice, s’étend jusqu’à la consommation du temps. La prière de l’Heure emplit les derniers temps et les porte vers leur consommation. Jésus, le Fils à qui le Père a tout donné, est tout remis au Père, et, en même temps, il s’exprime avec une liberté souveraine (cf. Jn 17, 11. 13. 19. 24) de par le pouvoir que le Père lui a donné sur toute chair. Le Fils, qui s’est fait Serviteur, est le Seigneur, le Pantocratôr. Notre Grand Prêtre qui prie pour nous est aussi Celui qui prie en nous et le Dieu qui nous exauce. 2750 C’est en entrant dans le saint Nom du Seigneur Jésus que nous pouvons accueillir, du dedans, la prière qu’il nous apprend :" Notre Père ! ". Sa prière sacerdotale inspire, du dedans, les grandes demandes du Pater : le souci du Nom du Père (cf. Jn 17, 6. 11. 12. 26), la passion de son Règne (la Gloire ; cf. Jn 17, 1. 5. 10. 24. 23-26), l’accomplissement de la volonté du Père, de son Dessein de salut (cf. Jn 17, 2. 4. 6. 9. 11. 12. 24) et la libération du mal (cf. Jn 17, 15). 2751 Enfin, c’est dans cette prière que Jésus nous révèle et nous donne la " connaissance " indissociable du Père et du Fils (cf. Jn 17, 3. 6-10. 25) qui est le mystère même de la Vie de prière.

Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, Éd. du Cerf - Desclée De Brouwer, p. 280-283

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Depuis que j’ai deux frères et mes petites sœurs les novices, si je voulais demander pour chaque âme ce qu’elle a besoin et bien le détailler, les journées seraient trop courtes et je craindrais fort d’oublier quelque chose d’important. Aux âmes simples, il ne faut pas de moyens compliqués, comme je suis de ce nombre, un matin, pendant mon action de grâces, Jésus m’a donné un moyen simple d’accomplir ma mission. Il m’a fait comprendre cette parole des Cantiques : " Attirez-moi, nous courrons à l’odeur de vos parfums. " Ô Jésus, il n’est donc même pas nécessaire de dire : En m’attirant, attirez les âmes que j’aime. Cette simple parole : " Attirez-moi " suffit. Seigneur, je le comprends, lorsqu’une âme s’est laissée captiver par l’odeur enivrante de vos parfums, elle ne saurait courir seule, toutes les âmes qu’elle aime sont entraînées à sa suite ; cela se fait sans contrainte, sans effort, c’est une conséquence naturelle de son attraction vers vous. De même qu’un torrent se jetant avec impétuosité dans l’océan entraîne après lui tout ce qu’il a rencontré sur son passage, de même, ô mon Jésus, l’âme qui se plonge dans l’océan sans rivages de votre amour attire avec elle tous les trésors qu’elle possède… Seigneur, vous le savez, je n’ai point d’autres trésors que les âmes qu’il vous a plus d’unir à la mienne ; ces trésors, c’est vous qui me les avez confiés, aussi j’ose emprunter les paroles que vous avez adressées au Père Céleste le dernier soir qui vous vit encore sur notre terre, voyageur et mortel. Jésus, mon Bien-Aimé, je ne sais pas quand mon exil finira… plus d’un soir doit me voir encore chanter dans l’exil vos miséricordes, mais enfin, pour moi aussi viendra le dernier soir ; alors je voudrais pouvoir vous dire, ô mon Dieu : " Je vous ai glorifié sur la terre ; j’ai accompli l’œuvre que vous m’avez donnée à faire ; j’ai fait connaître votre nom à ceux que vous m’avez donnés : ils étaient à vous, et vous me les avez donnés. C’est maintenant qu’ils connaissent que tout ce que vous m’avez donné vient de vous ; car je leur ai communiqué les paroles que vous m’avez communiquées, ils les ont reçues et ils ont cru que c’est vous qui m’avez envoyée. Je prie pour ceux que vous m’avez donnés parce qu’ils sont à vous. Je ne suis plus dans le monde ; pour eux, ils y sont et moi je retourne à vous. Père Saint, conservez à cause de votre nom ceux que vous m’avez donnés. Je vais maintenant à vous, et c’est afin que la joie qui vient de vous soit parfaite en eux, que je dis ceci pendant que je suis dans le monde. Je ne vous prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont point du monde, de même que moi je ne suis pas du monde non plus. Ce n’est pas seulement pour eux que je prie, mais c’est encore pour ceux qui croiront en vous sur ce qu’ils entendront dire. Mon Père, je souhaite qu’où je serai, ceux que vous m’avez donnés y soient avec moi, et que le monde connaisse que vous les avez aimés comme vous m’avez aimée moi-même. " Oui, Seigneur, voilà ce que je voudrais répéter après vous, avant de m’envoler en vos bras. C’est peut-être de la témérité ? Mais non depuis longtemps vous m’avez permis d’être audacieuse avec vous, comme le père de l’enfant prodigue parlant à son fils aîné, vous m’avez dit : " Tout ce qui est à moi est à toi. " Vos paroles, ô Jésus, sont donc à moi et je puis m’en servir pour attirer sur les âmes qui me sont unies les faveurs du Père Céleste. Mais, Seigneur, lorsque je dis qu’où je serai je désire que ceux qui m’ont été donnés par vous y soient aussi, je ne prétends pas qu’ils ne puissent arriver à une gloire bien plus élevée que celle qu’il vous plaira de me donner, je veux demander simplement qu’un jour nous soyons tous réunis dans votre beau Ciel. Vous le savez, ô mon Dieu, je n’ai jamais désiré que vous aimer, je n’ambitionne pas d’autre gloire. Votre amour m’a prévenue dès mon enfance, il a grandi avec moi, et maintenant c’est un abîme dont je ne puis sonder la profondeur. L’amour attire l’amour, aussi, mon Jésus, le mien s’élance vers vous, il voudrait combler l’abîme qui l’attire, mais hélas ! ce n’est pas même une goutte de rosée perdue dans l’océan !… Pour vous aimer comme vous m’aimez, il me faut emprunter votre propre amour, alors seulement je trouve le repos. Ô mon Jésus, c’est peut-être une illusion, mais il me semble que vous ne pouvez combler une âme de plus d’amour que vous n’en avez comblé la mienne ; c’est pour cela que j’ose vous demander d’aimer ceux que vous m’avez donnés comme vous m’avez aimée moi-même. Un jour, au Ciel, si je découvre que vous les aimez plus que moi, je m’en réjouirai, reconnaissant dès maintenant que ces âmes méritent votre amour bien plus que la mienne, mais ici-bas je ne puis concevoir une plus grande immensité d’amour que celui qu’il vous a plu de me prodiguer gratuitement sans aucun mérite de ma part. Ma Mère chérie, enfin je reviens à vous, je suis tout étonnée de ce que je viens d’écrire, car je n’en avais pas l’intention, puisque c’est écrit il faut que ça reste, mais avant de revenir à l’histoire de mes frères, je veux vous dire, ma Mère, que je n’applique pas à eux, mais à mes petites sœurs, les premières paroles empruntées à l’Évangile : Je leur ai communiqué les paroles que vous m’avez communiquées, etc… car je ne me crois pas capable d’instruire des missionnaires, heureusement je ne suis pas encore assez orgueilleuse pour cela ! Je n’aurais pas davantage été capable de donner quelques conseils à mes sœurs, si vous, ma Mère, qui me représentez le bon Dieu, ne m’aviez donné grâce pour cela. C’est au contraire à vos chers fils spirituels qui sont mes frères que je pensais en écrivant ces paroles de Jésus et celles qui les suivent – " Je ne vous prie pas de les ôter du monde… je vous prie encore pour ceux qui croiront en vous sur ce qu’ils entendront dire. " Comment en effet pourrais-je ne pas prier pour les âmes qu’ils sauveront dans leurs moissons lointaines par la souffrance et la prédication ?

P. Marie-Eugène de l’E.J., Au souffle de l’Esprit, Prière et Action, Éd. du Carmel, pp. 216-219 (2e partie)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Ensuite, si nous voulons sauver le monde, nous devons le faire, certes, par notre action, par notre apostolat, comme l’a fait le Christ : il a consacré trois ans à cela. Mais enfin, il a sauvé le monde par sa souffrance et par sa prière douloureuse. Le grand moyen de sauver le monde, c’est de prendre son péché d’une façon efficace, non pas seulement en compatissant humanitairement, mais chrétiennement : c’est-à-dire s’imprégner soi-même de Dieu, tendre vers cette union hypostatique non pas pour la réaliser, mais pour réaliser l’union avec le Christ qui nous rend capables de nous charger, d’une façon efficace et féconde pour le prochain, de son péché. Nous devenons capables de prendre ce péché de l’humanité qui nous entoure, de ces frères qui sont auprès de nous. Certes, nous avons le devoir de soulager la misère, de donner à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif, de donner un toit aux sans-abri, c’est vrai. Mais je crois que la grande préoccupation, ce serait de donner la véritable nourriture qu’est le Christ, qu’est Dieu ; de donner le véritable breuvage qui jaillit de la pierre qu’est le Christ (cf. 1 Co 10, 4) ; de procurer aux âmes beaucoup moins un abri pour les quelques jours ou années qu’on passe ici-bas, que l’abri et le refuge de la Trinité sainte, dans laquelle ils auront à passer toute l’éternité. Voilà ce que nous montrent nos vérités chrétiennes. Ce ne sont pas des vérités à prêcher simplement à telle ou telle âme ou à un groupe particulièrement favorisé ; c’est la vérité chrétienne tout court. Retenons ces vérités. Je le demande à la Sainte Vierge qui les a vécues profondément : retenant l’enseignement de Notre Seigneur, elle s’est enfoncée elle-même dans la solitude, alors qu’il y avait le monde entier à convertir. Elle est partie dans sa mission de médiatrice, elle est partie dans la solitude pour continuer la vie véritable et profonde du Christ, la vie de prière dans le silence. Je demande aussi à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, à sainte Thérèse d’Avila, à saint Jean de la Croix, qui nous ont montré ce chemin et rappelé ces grandes vérités chrétiennes, de les mettre profondément dans votre âme, par cette parole, qui vous est dite au nom de l’Église dans les circonstances difficiles que nous traversons. Nous sentons le monde envahi par les puissances du mal, nous avons le péché bien près de nous, il se présente à l’horizon avec une puissance humaine admirablement organisée. Dans le plan de l’activité physique, de l’activité même psychique, psychologique et intellectuelle, le démon lui-même utilise une puissance supérieure à la nôtre, qui doit lui assurer normalement au moins des victoires apparentes. Comment pourrons-nous le vaincre ? Nous ne le vaincrons que par les moyens surnaturels. Jésus nous dit avant de mourir : " Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups, et ils vous mettront à mort " 5mt 10, 16 s.) … Il leur a donné un programme, il leur a fait des prédictions qui semblent au premier abord peu encourageantes mais il leur dit aussi : " Courage, j’ai vaincu le monde " (Jn 16, 33). Comment l’a-t-il vaincu ? Il l’a vaincu par la prière. Actuellement, devant les dangers qui nous menacent, quel est notre sujet d’espérance ? C’est évidemment le Christ, la prière du Christ qui vit toujours dans le Ciel pour intercéder pour nous (Rm 8, 34). Nous appuierons notre prière sur la prière du Christ ; il est toujours vivant dans son Église. L’Esprit Saint qui est dans nos âmes, que fait-il aussi ? L’apôtre Paul, avec son ouïe pénétrante, l’a entendu, l’a saisi, toujours priant et gémissant en gémissements inénarrables (cf. Rm 8, 26). Que nous reste-t-il à faire, nous-mêmes, pour assurer non pas seulement le salut de notre âme mais le salut des chrétiens, le salut du monde ? C’est de chercher à harmoniser notre prière personnelle, notre activité, avec la prière de l’Esprit Saint dans notre âme, avec la prière toujours efficace du Christ dans le Ciel, et c’est ainsi que nous remporterons la victoire, pour nous, pour nos frères, pour le monde.

P. Marie-Eugène de l’E.J., Au souffle de l’Esprit, Prière et Action, Éd. du Carmel, pp. 216-219 (1e partie)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Je vous ai parlé d’arêtes lumineuses, de rayons lumineux qui fendent la nuit du moins un instant, et nous permettent d’aller très loin dans la prière du Christ, de voir suffisamment ce qu’elle a été et son utilité. De cela, tirons quelques conclusions pratiques. La première, c’est que nous devons beaucoup prier. Il ne faudrait pas que nous soyons de ces chrétiens qui croient qu’après avoir récité quelques prières vocales le matin et le soir, après avoir assisté vaguement ou même de façon fervente à la messe du dimanche, ils ont rempli un peu plus même que leur devoir, parce qu’ils voient à côté d’eux des gens qui ne font même pas cela… Notre vie véritable, celle qui ne finira pas, sera une vie d’union avec Dieu et nous sommes ici-bas pour nous exercer à cette vie du Ciel. Si nous arrivons dans le Ciel et que nous ne sachions pas prier, nous aurons probablement à l’apprendre, et nous risquons de manquer la porte parce que nous ne saurons pas faire. C’est un métier qu’on n’apprend pas dans le paradis ! Le bon Dieu dira : depuis cinquante ans, soixante ans, peut-être davantage, tu avais la grâce, tu avais les moyens de prier et de t’unir, et tu ne l’as pas fait ? tu as laissé ce talent, ce talent précieux, tu ne l’as pas exercé ? (cf. Mt 25, 14 s.) La vie chrétienne n’est pas seulement une vie morale, elle ne consiste pas seulement à éviter ceci ou cela ; elle consiste surtout à faire du positif. On ne développe pas sa vie en évitant les microbes, on développe sa vie par l’exercice des fonctions vitales, et en nourrissant ses énergies vitales par l’aliment approprié. Nos énergies vitales chrétiennes, c’est la grâce, c’est d’être enfant de Dieu. Cette fonction consiste à nous unir à Dieu et, avec Dieu le Père à spirer l’Amour, par conséquent, comme dit saint Jean de la Croix, à spirer déjà l’Esprit Saint. C’est là notre fonction principale. Permettez-moi d’insister : à notre époque, même les bons chrétiens sont parfois un peu trop orientés vers des fonctions qui sont importantes mais secondaires. On croit parfois que l’exercice de la charité, c’est surtout l’exercice de la charité sociale : ce n’est pas vrai. La charité sociale entre dans nos devoirs, mais c’est une fausse interprétation de l’Évangile de penser qu’être chrétien, c’est surtout faire cette charité sociale. La charité, c’est celle qui nous unit à Dieu. Quand Notre Seigneur nous demande de l’exercer à l’égard du prochain, c’est en la surnaturalisant, en voyant dans ce prochain le prolongement de Dieu, ou en exerçant cette charité pour conduire cette âme à ses opérations essentielles d’enfant de Dieu et l’introduire dans la Trinité sainte. Cette charité doit avoir un but d’apostolat : ramener cette âme dans la voie, non pas seulement à la messe du dimanche, mais lui montrer le chemin qui va dans la Trinité sainte. Nous devons donc donner à cette prière la place qu’elle doit avoir dans notre vie. Nous devrions retrouver l’atmosphère et les lumières dans lesquelles vivaient les premiers siècles du christianisme : la grande lumière qui devrait éclairer nos vies chrétiennes personnelles, notre vie familiale, notre vie sociale, c’est le dogme et la vie de la Trinité sainte. Ce n’est pas réservé à quelques spécialistes qui ont le temps, ou à quelques moines ou religieuses qui en ont le goût. C’est une vérité chrétienne. Il faut, par conséquent, donner à nos enfants le moyen, c’est-à-dire l’instruction qui les oriente vers cette vie trinitaire, à laquelle nous devons participer et qui est notre terme. Nous devons nous exercer à l’union, orienter notre vie familiale et notre vie sociale, notre vie personnelle vers ce terme qu’est notre participation à la vie trinitaire.

Élisabeth de la Trinité, Dernière retraite

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
" Comme la biche altérée soupire après les sources d’eau vive, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! Mon âme a soif du Dieu vivant ! Quand irai-je, et paraîtrai-je devant sa face ? " (Ps 41, 1-2) Et pourtant, comme " le passereau qui a trouvé un lieu pour s’y retirer, comme la tourterelle qui a trouvé un nid pour y placer ses petits " (Ps 83, 3), ainsi Laudem gloriae (Louange de gloire) a trouvé – en attendant d’être transférée en la sainte Jérusalem, beata pacis visio (bienheureuse vison de paix) – sa retraite, sa béatitude, son Ciel anticipé où elle commence sa vie d’éternité. " En Dieu mon âme est silencieuse ; c’est de Lui que j’attends ma délivrance. Oui, Il est le rocher où je trouve mon salut, ma citadelle, et je ne serai pas ébranlée !… " (Ps 61, 2-3). Voilà le mystère que chante aujourd’hui ma lyre ! Comme à Zachée, mon Maître m’a dit : " Hâte-toi de descendre, car il faut que je loge chez toi… " (Lc 19, 5). Hâte-toi de descendre, mais où ? Au plus profond de moi-même : après m’être quittée moi-même, séparée de moi-même, dépouillée de moi-même, en un mot, sans moi-même. " Il faut que je loge chez toi ! " C’est mon Maître qui m’exprime ce désir ! Mon Maître qui veut habiter en moi, avec le Père et son Esprit d’amour, pour que, selon l’expression du disciple bien-aimé, j’aie " société " (1 Jn 1, 3) avec Eux. " Vous n’êtes plus des hôtes ou des étrangers, mais vous êtes déjà de la maison de Dieu ", dit saint Paul (Ep 2, 19). Voilà comment j’entends être de la maison de Dieu : c’est en vivant au sein de la tranquille Trinité, en mon abîme intérieur, en cette " forteresse inexpugnable du saint recueillement " dont parle saint Jean de la Croix ! David chantait : " Mon âme tombe en défaillance en entrant dans les parvis du Seigneur " (Ps 83, 1). Il me semble que ce doit être l’attitude de toute âme qui rentre en ses parvis intérieurs pour y contempler son Dieu et pour y prendre fortement son contact : elle " tombe en défaillance ", dans un divin évanouissement en face de cet Amour tout-puissant, de cette Majesté infinie qui demeure en elle ! Ce n’est point la vie qui l’abandonne ; mais c’est elle qui méprise cette vie naturelle et qui s’en retire… Car elle sent qu’elle n’est pas digne de son essence si riche, et elle s’en va mourir et s’écouler en son Dieu. Oh ! qu’elle est belle, cette créature ainsi dépouillée, délivrée d’elle-même ! Elle est en état de " disposer des ascensions en son cœur pour passer de la vallée des larmes " (c’est-à-dire de tout ce qui est moindre que Dieu) " vers le lieu qui est son but " (Ps 83,6), ce " lieu spacieux " chanté par le psalmiste (Ps 17, 20), qui est, il me semble, l’insondable Trinité : " Immensus Pater, immensus Filius, immensus Spiritus sanctus !… " Elle monte, elle s’élève au-dessus des sens, de la nature ; elle se dépasse elle-même : elle surpasse aussi toute joie comme toute douleur et passe à travers les nuages, pour ne se reposer que lorsqu’elle aura pénétré " en l’intérieur " de Celui qu’elle aime et qui lui donnera Lui-même " le repos de l’abîme " (Ruysbroec). Et tout cela sans être sortie de la sainte forteresse ! Le Maître lui a dit : Hâte-toi de descendre… C’est encore sans sortir de là qu’elle vivra, à l’image de la Trinité immuable, en un éternel présent, " l’adorant toujours à cause d’Elle-même ", et devenant par un regard toujours plus simple, plus unitif, " la splendeur de sa gloire " (He 1, 3), autrement dit l’incessante louange de gloire de ses perfections adorables. (Conrad De Meester, Dans le Ciel de notre âme, Éd. du Cerf, 1992, p. 154-157)

Benoït XVI, " Dieu est Amour ", 16-18 (2e partie)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
18. L’amour du prochain se révèle ainsi possible au sens défini par la Bible, par Jésus. Il consiste précisément dans le fait que j’aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n’apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu’à partir de la rencontre intime avec Dieu, une rencontre qui est devenue communion de volonté pour aller jusqu’à toucher le sentiment. J’apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon la perspective de Jésus Christ. Son ami est mon ami. Au-delà de l’apparence extérieure de l’autre, jaillit son attente intérieure d’un geste d’amour, d’un geste d’attention, que je ne lui donne pas seulement à travers des organisations créées à cet effet, l’acceptant peut-être comme une nécessité politique. Je vois avec les yeux du Christ et je peux donner à l’autre bien plus que les choses qui lui sont extérieurement nécessaires: je peux lui donner le regard d’amour dont il a besoin. Ici apparaît l’interaction nécessaire entre amour de Dieu et amour du prochain, sur laquelle insiste tant la Première Lettre de Jean. Si le contact avec Dieu me fait complètement défaut dans ma vie, je ne peux jamais voir en l’autre que l’autre, et je ne réussis pas à reconnaître en lui l’image divine. Si par contre dans ma vie je néglige complètement l’attention à l’autre, désirant seulement être "pieux" et accomplir mes "devoirs religieux", alors même ma relation à Dieu se dessèche. Alors, cette relation est seulement "correcte", mais sans amour. Seule ma disponibilité à aller à la rencontre du prochain, à lui témoigner de l’amour, me rend aussi sensible devant Dieu. Seul le service du prochain ouvre mes yeux sur ce que Dieu fait pour moi et sur sa manière à Lui de m’aimer. Les saints – pensons par exemple à la bienheureuse Teresa de Calcutta – ont puisé dans la rencontre avec le Seigneur dans l’Eucharistie leur capacité à aimer le prochain de manière toujours nouvelle, et réciproquement cette rencontre a acquis son réalisme et sa profondeur précisément grâce à leur service des autres. Amour de Dieu et amour du prochain sont inséparables, c’est un unique commandement. Tous les deux cependant vivent de l’amour prévenant de Dieu qui nous a aimés le premier. Ainsi, il n’est plus question d’un "commandement" qui nous prescrit l’impossible de l’extérieur, mais au contraire d’une expérience de l’amour, donnée de l’intérieur, un amour qui, de par sa nature, doit par la suite être partagé à d’autres. L’amour grandit par l’amour. L’amour est "divin" parce qu’il vient de Dieu et qu’il nous unit à Dieu, et, à travers ce processus d’unification, il nous transforme en un Nous, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit "tout en tous" (1 Co 15, 28).

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