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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee c (2009-2010)

André Manaranche, Pas de prêtrise si l'Eglise n'est pas du Christ 5

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

4. L'Eglise est maintenue « sub Christo » par le sacrement de l'Ordre, qui est ainsi constitutif de sa réalité profonde. Car elle n'est pas unie à son Seigneur n'importe comment, mais comme le corps est irrigué par la tête : elle est donc comme cum Christo, in Christo, mais surtout sub Christo, ce qui ne signifie pas un écrasement humiliant, mais une dépendance nourricière. Toute autonomie de sa part serait une vivisection meurtrière. Loin que l'Ordre lui permette de se gérer elle-même, il atteste au contraire qu'elle n'est pas sa propre source, ce que les gens ont du mal à comprendre quand le cléricalisme fait écran. Si elle avait voulu s'administrer elles-mêmes, elle se serait donnée un bureau, pas des successeurs d'apôtres. L'expérience le montre bien : l'Eglise n'a pas inventé le sacerdoce, elle ne peut pas le supprimer et elle ne peut pas l'authentifier chez quelqu'un en l'absence d'une vocation véritable. Elle dépend donc entièrement du don de Dieu, et, comme elle s'engage à n'ordonner que des charismatiques du célibat, elle vit d'une grâce « au carré » si l'on peut dire. Pour elle, dit Jean-Paul II, le prêtre est « le signe de la priorité absolue et de la gratuité de la grâce ». Par lui, « l'Eglise prend conscience, dans la foi, de ne pas exister par elle-même, mais par la grâce du Christ » (Pastores dabo vobis, n° 16) « par l'altérité du don de l'Esprit » (BED, p. 46).

 

Aussi le même prêtre qui fait corps avec elle lui fait face à certains moments, lui « tient Tête », pourrait-on dire, parce qu'il représente le Christ dans sa grâce capitale, gratia Capitis (Presbyterorum ordinis, n° 2 ; Pastores dabo vobis, n° 16). Le ministre ordonné ne doit jamais oublier qu'il est un fidèle comme les autres, et il doit prendre les moyens de vivre en conséquence (de se convertir, de se laisser enseigner, de recevoir le sacrement du pardon, de faire sa retraite, de prier). Mais il ne doit pas avoir honte de faire face à l'Eglise, dans son rôle, à sa place, avec les prières qui lui reviennent (le canon eucharistique par exemple) et avec l'habit qui convient. Il est à la fois l'un et l'autre, sans qu'il lui faille choisir entre les deux. Si l'Eglise ne s'inquiétait plus des vocations et prenait son parti de ne plus en avoir, elle perdrait son identité d'Epouse et se transformerait progressivement en une amicale. C'est là un problème grave. Une amicale travaille pour un mort, une Eglise par un Vivant.

 

 

Eugenio Lira Rugarcia, La Pratique de la Miséricorde Aujourd'hui selon l'Enseignement de Jésus 5

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

5. Croire, c'est mettre ma confiance en celui qui me soutient et m'offre un amour indestructible

Ainsi, dûment « entraînés », nous serons capables de mettre notre confiance en Jésus, conscients de ce que cette confiance n'est pas une sorte de «drogue » pour cesser de ressentir la douleur ou pour fuir la réalité; ce n'est pas non plus une négociation magique pour les choses soient comme nous le voulons.

 

Avoir confiance en Dieu, c'est unir ma main à celle que Lui me tend, en sachant que tout est entre Ses mains; que ce qu'il demande ou permet est pour mon salut éternel et celui des autres et ainsi croire et espérer en l'amour indestructible qu'il m'offre, qui est proximité, compréhension, accompagnement, aide, consolation, lumière, guide et force; ceci me permet de voir la réalité dans sa dimension globale, pour jeter un regard vers l'avenir définitif qui m'attend, en m'enseignant ce que je dois faire, pour que, en découvrant le sens de l'existence, du bonheur, de la souffrance et de la mort, je puisse me diriger de tout mon être vers le but que Dieu me réserve, profitant même des vents contraires, convaincu de ce que « toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom.8, 28)30.

 

Dans la nuit du 14 Avril 1912, le «Titanic », qui était présenté comme un bateau « insubmersible », faisait naufrage dans les eaux glacées de l'Atlantique Nord, après avoir heurté un iceberg31. De ses 2.227 passagers, seul 705 survécurent. En imaginant ces heures, je pense: que représentait pour ces personnes un morceau de bois ? Tout ! la différence entre se noyer ou rester à flot en espérant survivre. Le théologien Joseph Ratzinger écrivit: « La seule chose qui soutient (le croyant) est un bois (la croix)... suspendu au-dessus d'un abîme... Seul un morceau de bois l'attache à Dieu, mais ... l'attache inexorablement et il sait qu'en fin de compte le bois est plus fort que le néant »32. C'est pourquoi le Pape Jean-Paul II affirma: « Quand tout s'écroule autour de nous, et peut-être aussi en nous, Christ est toujours notre soutien indéfectible »33.

 

30 Cfr. LIRA Rugarcia Eugenio, «¡ Dios Mio! ¿Por qué me has abandonado ? », Ed. Centro Internacional de difusión
de la Divina Misericordia, Puebla, 2008.
31 Le « Titanic » de la White Star Line-- fondée en 1850 et acquise par le banquier américain J.P. Morgan, ainsi que
l'Olimpic et le Britanic -- fut présenté comme « insubmersible ».
32 RATZINGER Joseph, « Introducción al Cristianismo », Ed.Sigueme, Salamanque, 2001, p. 43.
33 JEAN-PAUL II, « Memoria e identidad », Ed. Planeta, Mexico 2005, p. 170.

 

 

Benoît XVI, L’herbe médicinale contre la mort existe

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

C’est le baptême, explique le pape dans son homélie de la nuit de Pâques. La science médicale promet une vieillesse sans fin, mais le médicament de la véritable immortalité est celui qui remet l’homme à neuf

  

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Homélie de la veillée pascale dans la nuit du 3 avril 2010, à la basilique Saint-Pierre. Au cours de cette cérémonie Benoît XVI a administré les sacrements du baptême, de la confirmation et de l'eucharistie à six catéchumènes venus de différents pays.


Chers frères et soeurs,

 

Une ancienne légende juive, tirée du livre apocryphe : « La vie d’Adam et Ève », raconte que, pendant sa dernière maladie, Adam aurait envoyé son fils Set avec Ève dans la région du Paradis pour prendre l’huile de la miséricorde, afin d’être oint de celle-ci et ainsi être guéri. Après toutes les prières et les larmes des deux à la recherche de l’arbre de la vie, l’Archange Michel apparaît pour leur dire qu’ils n’obtiendraient pas l’huile de l’arbre de la miséricorde et qu’Adam devrait mourir. Par la suite, des lecteurs chrétiens ont ajouté à cette communication de l’Archange une parole de consolation. L’Archange aurait dit qu’après 5.500 ans, serait venu l’aimable Roi Christ, le Fils de Dieu, et qu’il aurait oint avec l’huile de sa miséricorde tous ceux qui auraient cru en Lui. « L’huile de la miséricorde, d’éternité en éternité, sera donné à tous ceux qui devront renaître de l’eau et de l’Esprit Saint. Alors le Fils de Dieu, riche d’amour, le Christ, descendra dans les profondeurs de la terre et conduira ton père au Paradis, auprès de l’arbre de la miséricorde ».

Dans cette légende, devient visible toute l’affliction de l’homme face à son destin de maladie, de souffrance et de mort, qui nous a été imposé. La résistance que l’homme oppose à la mort apparaît évidente : quelque part – ont pensé à maintes reprises les hommes – il doit bien y avoir l’herbe médicinale contre la mort. Tôt ou tard, il devrait être possible de trouver le remède non seulement contre telle ou telle maladie, mais contre la véritable fatalité – contre la mort. En somme, le remède de l’immortalité devrait exister. Aujourd’hui aussi les hommes sont à la recherche de cette substance curative. La science médicale actuelle s’efforce, non d’exclure à proprement parler la mort, mais d’en éliminer toutefois le plus grand nombre possible de causes, de la reculer toujours plus ; de procurer une vie toujours meilleure et plus longue. Mais réfléchissons encore un instant : qu’en serait-il vraiment, si l’on parvenait, peut-être pas à exclure totalement la mort, mais à la reculer indéfiniment, à parvenir à un âge de plusieurs centaines d’années ? Serait-ce une bonne chose ? L’humanité vieillirait dans une proportion extraordinaire, il n’y aurait plus de place pour la jeunesse. La capacité d’innovation s’éteindrait et une vie interminable serait, non pas un paradis, mais plutôt une condamnation.

La véritable herbe médicinale contre la mort devrait être différente. Elle ne devrait pas apporter simplement un prolongement indéfini de la vie actuelle. Elle devrait transformer notre vie de l’intérieur. Elle devrait créer en nous une vie nouvelle, réellement capable d’éternité : elle devrait nous transformer au point de ne pas finir avec la mort, mais de commencer seulement avec elle en plénitude. La nouveauté et l’inouï du message chrétien, de l’Évangile de Jésus-Christ, était et est encore maintenant ce qui nous est dit : oui, cette herbe médicinale contre la mort, ce vrai remède de l’immortalité existe. Il a été trouvé. Il est accessible. Dans le Baptême, ce remède nous est donné. Une vie nouvelle commence en nous, une vie nouvelle qui mûrit dans la foi et n’est pas effacée par la mort de la vie ancienne, mais qui, seulement alors, est portée pleinement à la lumière.

À cela certains, peut-être beaucoup, répondront : le message, je le perçois certes, mais la foi me manque. De même, qui veut croire, demandera : mais en est-il vraiment ainsi ? Comment devons-nous nous l’imaginer ? Comment se réalise cette transformation de la vie ancienne, si bien que se forme en elle la vie nouvelle qui ne connaît pas la mort. Encore une fois, un écrit juif ancien peut nous aider à avoir une idée de ce processus mystérieux qui débute en nous au Baptême. On y raconte que l’ancêtre Énoch est enlevé jusqu’au trône de Dieu. Mais il eut peur devant les glorieuses puissances angéliques et, dans sa faiblesse humaine, il ne put contempler le Visage de Dieu. « Alors Dieu dit à Michel – ainsi continue le livre d’Énoch - : "Prends Énoch et ôte-lui ses vêtements terrestres. Oint-le d’huile douce et revêt-le des habits de gloire !" Et Michel m’ôta mes vêtements, il m’oint d’huile douce, et cette huile était plus qu’une lumière radieuse… Sa splendeur était semblable aux rayons du soleil. Lorsque je me vis, j’étais comme un des êtres glorieux » (Ph. Rech, Inbild des Kosmos, II 524).

C’est précisément cela – le fait d’être revêtu du nouvel habit de Dieu – qui se produit au Baptême ; c’est ce que nous dit la foi chrétienne. Certes, ce changement de vêtements est un parcours qui dure toute la vie. Ce qui se produit au Baptême est le début d’un processus qui embrasse toute notre vie – nous rend capable d’éternité, de sorte que, dans l’habit de lumière de Jésus Christ, nous pouvons apparaître devant Dieu et vivre avec Lui pour toujours.

Dans le rite du Baptême, il y a deux éléments dans lesquels cet événement s’exprime et devient visible également comme une exigence pour notre vie ultérieure. Il y a tout d’abord le rite des renoncements et des promesses. Dans l’Église primitive, celui qui devait recevoir le Baptême se tournait vers l’occident, symbole des ténèbres, du coucher du soleil, de la mort et donc de la domination du péché. Celui qui devait recevoir le Baptême se tournait dans cette direction et prononçait un triple « non » : au diable, à ses pompes et au péché. Par cet étrange parole « pompes », c’est-à-dire le faste du diable, était indiqué la splendeur de l’ancien culte des dieux et de l’ancien théâtre, où l’on éprouvait du plaisir à voir des personnes vivantes déchiquetées par des bêtes féroces. C’était là ainsi le refus d’un type de culture qui enchaînait l’homme à l’adoration du pouvoir, au monde de la cupidité, au mensonge, à la cruauté. C’était un acte de libération de l’imposition d’une forme de vie, qui se présentait comme un plaisir et qui, toutefois, poussait à la destruction de ce qui, dans l’homme, sont ses meilleures qualités.

Ce renoncement – avec un déroulement moins dramatique – constitue aujourd’hui encore une partie essentielle du baptême. En lui, nous ôtons les « vêtements anciens» avec lesquels on ne peut se tenir devant Dieu. Ou mieux : nous commençons à les quitter. Ce renoncement est, en effet, une promesse dans laquelle nous tenons la main du Christ, afin qu’il nous guide et nous revête. Quels que soient les « vêtements » que nous enlevons, quelle que soit la promesse que nous prononçons, on rend évident quand nous lisons au cinquième chapitre de la Lettre aux Galates, ce que Paul appelle les « oeuvres de la chair » - terme qui signifie justement les vêtements anciens que nous devons quitter. Paul les désigne de cette manière : « débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme, rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre » (Ga 5, 19ss). Ce sont ces vêtements que nous enlevons ; ce sont les vêtements de la mort.

Puis celui qui allait être baptisé dans l’Église primitive se tournait vers l’orient – symbole de la lumière, symbole du nouveau soleil de l’histoire, nouveau soleil qui se lève, symbole du Christ. Celui qui va être baptisé détermine la nouvelle direction de sa vie : la foi dans le Dieu trinitaire auquel il se remet. Ainsi Dieu lui-même nous revêt de l’habit de lumière, de l’habit de la vie. Paul appelle ces nouveaux « vêtements » « fruit de l’Esprit » et il les décrit avec les mots suivants : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi » (Ga 5, 22).

Dans l’Église primitive, celui qui allait être baptisé était ensuite réellement dépouillé de ses vêtements. Il descendait dans les fonts baptismaux et il était immergé trois fois – symbole de la mort qui exprime toute la radicalité de ce dépouillement et de ce changement de vêtement. Cette vie, qui, de toutes façons est vouée à la mort, celui qui va recevoir le baptême la remet à la mort, avec le Christ, et, par Lui, il se laisse entraîner et élever à la vie nouvelle qui le transforme pour l’éternité. Puis, remontant des eaux baptismales, les néophytes étaient revêtus du vêtement blanc, du vêtement de lumière de Dieu, et ils recevaient le cierge allumé en signe de la nouvelle vie dans la lumière que Dieu lui-même avait allumée en eux. Ils le savaient : ils avaient obtenu le remède de l’immortalité qui, à présent, au moment de recevoir la sainte Communion, prenait pleinement forme. En elle, nous recevons le Corps du Seigneur ressuscité et nous sommes, nous aussi, attirés dans ce Corps, si bien que nous sommes déjà protégés en Celui qui a vaincu la mort et qui nous porte à travers la mort.

Au cours des siècles, les symboles sont devenus moins nombreux, mais l’évènement essentiel du Baptême est toutefois resté le même. Il n’est pas seulement un bain, encore moins un accueil un peu complexe dans une nouvelle association. Il est mort et résurrection, une renaissance à la vie nouvelle.

Oui, l’herbe médicinale contre la mort existe. Le Christ est l’arbre de la vie, rendu à nouveau accessible. Si nous nous conformons à Lui, alors nous sommes dans la vie. C’est pourquoi nous chanterons, en cette nuit de la Résurrection, de tout notre coeur l’alléluia, le cantique de la joie qui n’a pas besoin de paroles. C’est pourquoi Paul peut dire aux Philippiens : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie » (Ph 4, 4). La joie ne peut se commander. On peut seulement la donner. Le Seigneur ressuscité nous donne la joie : la vraie vie. Désormais, nous sommes pour toujours gardés dans l’amour de Celui à qui il a été donné tout pouvoir au ciel et sur la terre (cf. Mt 28, 18). Sûrs d’être exaucés, demandons donc, par la prière sur les offrandes que l’Église élève en cette nuit : Avec ces offrandes, Seigneur, reçois les prières de ton peuple ; fais que le sacrifice inauguré dans le Mystère pascal nous procure la guérison éternelle. Amen.



Les autres homélies de Benoît XVI pour la Semaine Sainte de cette année:

> Homélies

Vendredi Saint : Homélie du P. Raniero Cantalamessa - Texte intégral

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

ROME, Vendredi 2 avril 2010 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de l'homélie prononcée par le P. Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, au cours de la célébration de la Passion du Seigneur présidée par Benoît XVI ce vendredi en fin d'après-midi, à Saint-Pierre.

 

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P. Raniero Cantalamessa, ofmcap

« NOUS AVONS UN GRAND-PRÊTRE SOUVERAIN »

 

Prédication du Vendredi saint 2010 en la Basilique Saint-Pierre

 

« Nous avons un grand prêtre souverain qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu » : ainsi commence le passage de l'Epître aux Hébreux que nous avons entendu en seconde lecture. En cette année sacerdotale, la liturgie du Vendredi saint nous permet de remonter à la source historique du sacerdoce chrétien.

 

La mort du Christ est la source de deux réalisations du sacerdoce : ministérielle, celle des évêques et des prêtres, et universelle, celle de l'ensemble des fidèles. En effet, cette dernière aussi se fonde sur le sacrifice du Christ qui, dit l'Apocalypse, « nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang, et a fait de nous une Royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père » (Ap 1, 5-6). C'est pourquoi, il est vital de comprendre la nature du sacrifice et du sacerdoce du Christ, car c'est d'eux que nous devons, prêtres et laïcs, de façon différente, porter l'empreinte et chercher à vivre les exigences.

 

L'Epître aux Hébreux explique en quoi consistent la nouveauté et le caractère unique du sacerdoce du Christ, pas seulement par rapport au sacerdoce de l'ancienne alliance, mais aussi - comme nous l'enseigne l'histoire des religions - par rapport à toute autre institution sacerdotale également en dehors de la Bible. « Le Christ, lui, survenu comme un grand prêtre des biens à venir [...] entra une fois pour toutes dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle. Si, en effet du sang de boucs et de taureaux et de la cendre de génisse, dont on asperge ceux qui sont souillés, les sanctifient en leur procurant la pureté de la chair, combien plus le sang du Christ, qui par un Esprit éternel s'est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour que nous rendions un culte au Dieu vivant ! » (He 9, 11-14).

 

Les autres prêtres offrent tous quelque chose qui se trouve en dehors d'eux-mêmes, le Christ s'est offert lui-même ; les autres prêtres offrent tous des victimes, le Christ, lui, s'est offert en victime ! Saint Augustin a résumé dans une formule célèbre ce nouveau genre de sacerdoce, dans lequel prêtre et victime ne font qu'un : « Ideo sacerdos, quia sacrificium » : prêtre parce que victime »1.

 


* * *


 

En 1972, un penseur français lançait la théorie selon laquelle « la violence est le coeur et l'âme secrète du sacré » 2. A l'origine, en effet, et au centre de toute religion il y a le sacrifice, et le sacrifice comporte destruction et mort. Le journal « Le Monde » saluait cette affirmation, déclarant qu'elle faisait de cette année-là « une année à marquer d'un astérisque dans les annales de l'humanité ». Mais déjà avant cette date, ce savant s'était rapproché du christianisme et, à Pâques 1959, avait rendu publique sa « conversion », se proclamant croyant et revenant à l'Eglise.

 

Cela lui permit de ne pas s'en tenir, dans ses études suivantes, à la seule analyse de la violence, mais d'indiquer comment en sortir. Beaucoup, hélas, continuent à citer René Girard comme celui qui a dénoncé l'alliance entre le sacré et la violence, mais ne disent rien sur le Girard qui a affirmé que le mystère pascal du Christ a cassé et rompu pour toujours cette alliance. Selon lui, Jésus démasque et brise le mécanisme du bouc émissaire qui sacralise la violence, en se faisant, lui innocent, la victime de toutes les violences3.

 

Le processus qui conduit à la naissance de la religion est inversé par rapport à l'explication qu'en avait donnée Freud. Dans le Christ, c'est Dieu qui se fait victime, et non pas la victime (chez Freud, le père primordial) qui, une fois sacrifiée, va être ensuite élevée à la dignité divine (le Père des cieux). Ce n'est plus l'homme qui offre des sacrifices à Dieu, mais Dieu qui se « sacrifie » pour l'homme, en livrant pour lui à la mort son Fils unique (cf. Jn 3, 16). Le sacrifice n'a plus pour fonction d'« apaiser » la divinité, mais plutôt d'apaiser l'homme et de le faire renoncer à son hostilité envers Dieu et envers son prochain.

 

Le Christ n'est pas venu avec du sang d'autrui, mais avec le sien. Il n'a pas mis ses propres péchés sur les épaules des autres - êtres humains ou animaux - ; il a porté les péchés des autres sur ses épaules : « Lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps » (1 P 2, 24).

 

Peut-on encore continuer à parler de sacrifice, à propos de la mort du Christ et donc de la messe ? Pendant longtemps, Girard a refusé ce concept, le jugeant trop marqué par l'idée de violence, mais a fini ensuite par en admettre la possibilité, à condition de voir, dans celui du Christ, un genre nouveau de sacrifice, et de voir dans ce changement de sens « le fait central dans l'histoire religieuse de l'humanité ».

 


* * *

 


Vu sous cet éclairage, le sacrifice du Christ contient un formidable message pour le monde d'aujourd'hui. Il crie au monde que la violence est un résidu archaïque, une régression à des stades primitifs et dépassés de l'histoire humaine et - s'agissant de croyants - un retard coupable et scandaleux dans la prise de conscience du saut de qualité opéré par le Christ.

 

Il rappelle aussi que la violence est perdante. Dans quasiment tous les mythes anciens, la victime est le vaincu et le bourreau le vainqueur. Jésus a changé le signe de la victoire. Il a inauguré un nouveau genre de victoire qui ne consiste pas à faire des victimes, mais à se faire victime. « Victor quia victima ! », vainqueur parce que victime, comme Augustin définit le Christ de la Croix4.

 

La valeur moderne de la défense des victimes, des faibles et de la vie menacée, est née sur le terrain du christianisme, elle est un fruit tardif de la révolution opérée par le Christ. Nous en avons la contre-preuve. Quand on abandonne (comme l'a fait Nietzsche) la vision chrétienne pour faire revivre la vision païenne, aussitôt cette conquête se perd et l'on en vient à nouveau à exalter « le fort, le puissant, jusqu'à son point sublime, le Surhomme », et à définir la vision chrétienne « une morale d'esclaves », fruit du ressentiment impuissant des faibles contre les forts.

 

Mais, malheureusement, cette même culture moderne qui condamne la violence, d'un autre côté la favorise et l'exalte. On s'arrache les cheveux de désespoir devant certains faits sanglants, mais sans se rendre compte qu'on prépare le terrain avec la page publicitaire du journal ou la grille des programmes de la télévision. Le plaisir que l'on trouve à s'attarder sur la description de la violence et la compétition à qui sera le premier et le plus cru dans la description ne font que la favoriser. Le résultat n'est pas une catharsis de la violence, mais une incitation à celle-ci. Il est inquiétant de voir que la violence et le sang sont devenus parmi les ingrédients les plus attractifs dans les films et les jeux vidéo, que l'on est attiré par cette violence et que l'on prend plaisir à la regarder.

 

Le savant mentionné plus haut, René Girard, a mis à nu la matrice d'où provient le mécanisme de la violence : le mimétisme, l'imitation, cette tendance humaine innée à ne considérer désirable que ce que l'autre désire et, donc, à répéter en les imitant les choses que l'on voit les autres faire. La psychologie du « troupeau » est celle qui conduit à choisir un « bouc émissaire » pour trouver, dans le combat contre un ennemi commun - généralement, l'élément le plus faible, celui qui est différent -, une cohésion propre, artificielle et momentanée.

 

Nous en avons un exemple dans la violence récurrente des jeunes dans les stades, ou dans le harcèlement à l'école et dans certaines manifestations de rue qui ne laissent derrière elles que ruine et destruction. Une génération de jeunes qui a eu le privilège rarissime de ne pas connaître une véritable guerre, de n'avoir jamais été appelés sous les drapeaux, s'amuse (car il s'agit d'un jeu, bien que stupide et parfois tragique) à inventer des guéguerres, poussée par le même instinct qui animait la horde primordiale.

 


* * *

 


Mais il y a une violence encore plus grave et répandue que celle des jeunes dans les stades et les rues. Je ne parle pas ici de la violence sur des enfants, dont se sont rendus coupables, malheureusement, même des membres du clergé ; de celle-ci, on parle suffisamment ailleurs. Je veux parler de la violence sur les femmes. Elle m'offre l'occasion de faire comprendre aux personnes et aux institutions qui luttent contre cette violence que le Christ est leur meilleur allié.

 

Il s'agit d'une violence d'autant plus grave qu'elle s'exerce à l'abri des enceintes domestiques, à l'insu de tous, quand elle n'est pas carrément justifiée par des préjugés pseudo religieux et culturels. Les victimes se retrouvent désespérément seules et sans défense. Ce n'est qu'aujourd'hui, grâce au soutien et à l'encouragement de nombreuses associations et institutions, que certaines trouvent la force de sortir à visage découvert et de dénoncer les coupables.

 

Cette violence est principalement sexuelle. C'est l'homme qui croit prouver sa virilité en s'acharnant contre la femme, sans se rendre compte qu'il ne prouve là que son manque d'assurance et sa lâcheté. Même envers la femme qui a mal agi, quel contraste entre l'attitude du Christ et celle que l'on voit encore dans certains milieux ! Le fanatisme invoque la lapidation ; le Christ, aux hommes qui lui ont présenté une femme adultère, répond : « Que celui d'entre vous qui est sans péché, lui jette le premier une pierre » (Jn 8, 7). L'adultère est un péché qui se commet toujours à deux, mais pour lequel un seul a toujours été (et, dans certaines parties du monde, l'est encore) puni.

 

La violence contre la femme n'est jamais aussi odieuse que lorsqu'elle s'installe là où devraient régner le respect réciproque et l'amour : dans la relation entre mari et femme. La violence, il est vrai, n'est pas toujours et toute d'un seul côté, elle peut être également verbale et pas seulement avec les mains, mais personne ne peut nier que, dans la grande majorité des cas, la victime est la femme.

 

Il existe des familles où l'homme s'estime encore autorisé à hausser le ton et lever la main sur la maîtresse de maison. Femmes et enfants vivent parfois sous la menace de la « colère de papa ». A ceux-là, nous devrions dire aimablement : « Chers collègues hommes, en nous créant de sexe masculin, il n'était pas dans l'intention de Dieu de nous donner le droit de nous mettre en colère et de taper du poing sur la table pour des broutilles. La parole adressée à Eve après la faute : « Lui (l'homme) dominera sur toi » (Jn 3, 16), était une amère prédiction, pas une autorisation ».

 

Jean-Paul II a inauguré la pratique des demandes de pardon pour des torts collectifs. L'une d'elles, parmi les plus justes et nécessaires, est le pardon qu'une moitié de l'humanité doit demander à l'autre : les hommes aux femmes. Cette demande de pardon ne doit pas rester générale et abstraite. Elle doit conduire, notamment ceux qui se disent chrétiens, à des gestes concrets de conversion, à des paroles d'excuse et de réconciliation au sein des familles et de la société.

 


* * *

 


Le passage de l'Epître aux Hébreux que nous avons entendu se poursuit ainsi : « C'est lui qui, aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort ». Jésus a connu dans toute sa cruauté la situation des victimes, les cris étouffés et les larmes silencieuses. Vraiment, « nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses ». En chaque victime de la violence le Christ revit mystérieusement son expérience terrestre. De même, à propos de chacune d'entre elles, il affirme : « C'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40).

 

Par une rare coïncidence, cette année-ci notre Pâque tombe la même semaine que la Pâque juive, qui en est l'ancêtre et la matrice au sein de laquelle elle s'est formée. Cela nous incite à avoir une pensée pour nos frères juifs. Ils savent par expérience ce que signifie être victimes de la violence collective et, pour cela aussi, ils sont disposés à en reconnaître les symptômes récurrents. J'ai reçu ces jours-ci la lettre d'un ami juif et, avec son autorisation, je partage avec vous un passage. Voici ce qu'il disait :

 

« Je suis avec dégoût les attaques violentes et concentriques contre l'Eglise, le Pape et tous les fidèles provenant du monde entier. L'utilisation du stéréotype, le passage de la responsabilité et faute personnelle à celle collective me rappellent les aspects les plus honteux de l'antisémitisme. C'est pourquoi, je désire vous exprimer à vous personnellement, au Pape et à toute l'Eglise, ma solidarité de juif du dialogue et de tous ceux qui dans le monde juif (et ils sont nombreux) partagent ces sentiments de fraternité. Notre Pâque et la vôtre ont des éléments différents indéniables mais elles vivent toutes deux dans l'espérance messianique qui nous réunira sûrement dans l'amour du Père commun. Je vous souhaite donc, à vous, et à tous les catholiques, une Bonne Pâque ».

 

Nous aussi, catholiques, souhaitons une Bonne Pâque à nos frères juifs. Nous le faisons avec les paroles de leur ancien maître Gamaliel qui, du Seder (repas) pascal juif, sont passées dans la plus ancienne liturgie chrétienne :

 

« C'est lui qui nous a fait passer

 

de l'esclavage à la liberté,

 

de la tristesse à la joie,

 

du combat à la fête,

 

des ténèbres à la lumière,

 

de la servitude à la rédemption »

 

Pour que nous disions devant lui : Alleluia »5.

 


 

1 S. Augustin, Confessions, 10,43.

 

2 Cf. R. Girard, La violence et le sacré, Grasset, Paris 1972.

 

3 M. Kirwan, Discovering Girard, Londres 2004.

 

4 S. Augustin, Confessions, 10,43.

 

5 Pesachim, X, 5 et Méliton de Sardes, Homélie pascale, 68 (SCh 123, p.98).

 

Traduit de l'italien par ZENIT

Le cardinal Vingt-Trois pointe l'offensive qui vise à déstabiliser le Pape et l'Eglise

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

A Notre-Dame de Paris, mercredi 31 mars, le cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris et Président de la Conférence des évêques de France, a pointé 'l'offensive qui vise à déstabiliser le Pape, et à travers lui l'Église" et réaffirmé son soutien aux vingt mille prêtres et religieux de France.


(source CEF, Conférence des évêques de France)


 

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Texte intégral de l'homélie

Chers Frères et Sœurs,

Au moment où nous entrons dans la célébration du Triduum Pascal, notre Église est mise en accusation à la face des hommes. Elle est chargée des péchés du monde. Au mépris de la réalité des faits, dont nul ne conteste l'horreur et le scandale qu'ils ont pu causer, on s'emploie à faire endosser à notre Église, -et en particulier à ses prêtres- la responsabilité morale des actes de pédophilie qui ont été commis depuis plusieurs dizaines d'années.

Imputer la pédophilie au statut du prêtre engagé dans le célibat évite opportunément de regarder la réalité de ce fléau social dont chacun peut savoir qu'il frappe principalement à l'intérieur des relations familiales et dans les réseaux de proximité familiale. Ressortir des faits anciens et connus depuis longtemps comme des révélations nouvelles donne beaucoup à penser sur l'honnêteté intellectuelle des informateurs et suffit à dévoiler leur véritable objectif : faire peser le doute sur la légitimité morale de l'Église.

Loin de moi l'idée de nier la réalité des actes de pédophilie ni d'oublier la souffrance, souvent irréparable, des victimes. Oui, comme je l'ai dit à l'occasion de l'Assemblée plénière des évêques à Lourdes, nous sommes plongés dans la honte et le désarroi. Nous nous joignons aux regrets exprimés par le Pape dans sa lettre aux catholiques irlandais. Mais nous ne sommes pas prêts à laisser jeter l'opprobre sur l'ensemble des vingt mille prêtres et religieux de France. De ceux-ci, une trentaine de prêtres et de religieux purgent la peine à laquelle ils ont été condamnés, conformément à la loi. C'est beaucoup trop, mais ce n'est pas un phénomène massif. L'immense majorité des prêtres et des religieux de notre pays vivent avec joie leur engagement au service de l'Évangile. Je n'en doute pas. Nous n'en doutons pas et nous avons confiance en leur fidélité.

L'offensive qui vise à déstabiliser le Pape, et à travers lui l'Église, ne doit cependant pas nous masquer nos faiblesses et nos fautes éventuelles. Notre société qui vit dans l'exhibition du sexe sans limite nous oblige à être plus que jamais vigilants et modestes dans nos manières de vivre. Chers frères et sœurs, prêtres, diacres, religieux, religieuses et laïcs, nous ne sommes que des êtres humains et nous ne devons jamais vivre dans la présomption que nous sommes au-dessus des tentations ordinaires. Mais cette prudence ne doit pas nous transformer en coupables potentiels dans toutes nos relations.

Parmi les épreuves que nous traversons, nous devons aussi relever l'offensive des médias audiovisuels qui célèbrent Pâques à leur manière en concentrant sur les soirées de la Semaine Sainte leurs capacités critiques sur l'Église et la foi chrétienne. Celles et ceux d'entre nous qui célébreront les liturgies dans leurs communautés n'en seront pas affectés. Mais tous ceux qui sont les moins informés et les moins impliqués dans la vie de notre Église seront bombardés d'émissions qui se présentent comme « critiques » et qui ne sont que des opérations de propagande, et même de propagande grossière. Dans notre pays démocratique, les chrétiens sont encore des citoyens à part entière, il n'est pas certain qu'ils le soient dans le traitement de l'information.

Si j'ai voulu d'abord évoquer ces sujets douloureux, c'est évidemment parce qu'ils sont présents à nos esprits et qu'ils provoquent trouble et tristesse parmi les membres de notre communauté. Mais, sans se lancer dans une spiritualisation excessive, nous sommes préparés à assumer de telles situations. Nous y avons été préparés par le Seigneur lui-même : « Le disciple n'est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur, etc. » (Mt 10, 24).

Aujourd'hui encore la parole du Seigneur s'accomplit à nos yeux dans notre Église, comme elle était accomplie dans la synagogue de Nazareth. L'onction du Messie continue son œuvre en notre temps. Elle continue son œuvre dans la vie sacramentelle de notre Église. Chaque année des adultes et des jeunes écoliers, collégiens et lycéens, de plus en plus nombreux, s'approchent du baptême. Pratiquement chacune des paroisses du diocèse accompagne ainsi plusieurs catéchumènes vers les sacrements. Grâce à l'huile des catéchumènes, ils reçoivent de Dieu la force du combat pour leur conversion. De même, des adultes et des jeunes nombreux reçoivent la Confirmation de leur baptême pour une vie plénière dans la communauté ecclésiale. Le Saint-Chrême que nous allons consacrer imprimera à chacune et à chacun d'entre eux la marque divine sur leur existence. De même, les séminaristes se préparent avec confiance à s'engager au service du corps ecclésial par l'onction de l'ordination. Ils seront marqués du même Saint-Chrême pour le service du Peuple de Dieu. Et les malades et les personnes souffrantes reçoivent de l'onction de l'huile sainte la force et l'endurance pour vivre leur épreuve dans la communion au Christ et en se joignant à l'offrande qu'il fait de sa vie.

Pour cette vitalité de l'Evangile nous rendons grâce à Dieu qui continue d'ouvrir « aux païens la porte de la foi. » (Act. 14, 27). Cette grâce des sacrements, nous le savons, ne nous est pas donnée simplement pour notre confort spirituel. Elle nous associe directement à l'œuvre de Dieu dans le Christ. Avec lui, nous sommes envoyés pour annoncer une année de bienfaits et de miséricorde, pour être les témoins de son amour pour les hommes, pour tous les hommes.

C'est pour nous impliquer plus étroitement dans ce dynamisme missionnaire que j'ai appelé le diocèse de Paris à vivre pendant trois années le programme : « Paroisses en mission ». L'objectif est précisément de nous entraîner à ne pas dissocier notre vie sacramentelle, dont l'Eucharistie dominicale est le centre, de la mission globale de l'Église en ce monde. C'est la finalité de cette première année que nous vivons en ce moment : passer « de l'Eucharistie à la mission » ; puiser dans le dynamisme de nos assemblées paroissiales la motivation et les moyens de rendre témoignage au Christ ressuscité dans tous les domaines de notre existence comme c'est la mission de tous les chrétiens. Déjà, vous avez pu mesurer les premiers fruits de ce travail. Vous avez pu entendre la joie des chrétiens quand ils partagent entre eux ce qu'ils reçoivent dans leur communauté et leur plus grande agilité à le partager hors de la communauté.

Pour nous, l'heure est venue de comprendre réellement que l'on ne peut pas être chrétien sans l'Église, et moins encore contre l'Église. L'heure est venue de comprendre que l'on ne peut pas être chrétien sans le choisir et le vouloir de quelque manière et sans assumer ce choix devant le monde. D'une certaine façon, comme Pierre à l'heure du procès de Jésus, nous sommes provoqués à nous déclarer pour lui ou à enfouir notre relation avec lui dans le secret et, finalement, à le renier. « Rien n'est voilé qui ne sera dévoilé, rien n'est secret qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans l'ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l'oreille, proclamez-le sur les terrasses...Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, je me déclarerai moi aussi pour lui devant mon Père qui est aux cieux. » (Mt 10, 26...32).

Frères et Sœurs, c'est cette mission de l'Église à laquelle nous sommes appelés à participer. Ne laissons pas enfermer la grâce que nous recevons ; partageons-la. N'enfouissons pas les talents qui nous sont confiés ; faisons-les fructifier. Ne laissons pas la pusillanimité ou la honte empoisonner notre vie. Nous sommes les membres d'un corps qui vit de la foi, qui partage sa foi, qui annonce sa foi. Chaque dimanche, en passant célébrer dans les paroisses, je suis témoin de cette vitalité de nos communautés, de leur joie de célébrer le Jour du Seigneur, de leur disponibilité à prendre leur part des combats de ce monde pour plus de justice et de fraternité. Je suis fier de ces chrétiens, souvent modestes et inconnus, par qui la parole du Christ prend chair dans l'expérience humaine commune. Je suis fier de l'engagement de beaucoup d'entre nous au service des pauvres et de ceux que notre société rejette. Je suis fier de ces jeunes familles qui assument avec joie et amour leur fidélité conjugale et leur responsabilité de parents.

Pour terminer, en cette année sacerdotale, vous me permettrez d'adresser un message particulier à nos prêtres si nombreux ce soir. Un message d'amitié d'abord et un message d'encouragement. La semaine prochaine plus de deux cents quatre-vingt d'entre nous iront en pèlerinage à Ars pour célébrer le cent cinquantième anniversaire de la mort du saint Curé. Nous n'avons pas l'illusion de reproduire la vie et la pastorale du curé d'Ars à Paris au XXIème siècle. Mais nous avons l'espérance que l'exemple de sa sainteté nous fortifiera dans notre responsabilité présente au service de l'Église. Je sais, par expérience, qu'il n'est pas facile tous les jours d'être prêtre à Paris. Mais je sais aussi que notre ministère est source de grandes joies. Et je pense avec une affection particulière à ceux d'entre nous qui sont atteints par l'âge ou la maladie et à ceux qui ont accepté de partir en mission hors du diocèse.

Je profite de l'occasion pour vous associer à l'action de grâce de deux prêtres qui sont présents dans cette cathédrale, et qui ont été ordonnés il y a juste soixante et soixante-cinq ans ! Je suis également heureux que Mgr Jacques Benoit-Gonnin célèbre cette messe chrismale avec nous. Il vient d'être nommé évêque de Beauvais, Noyons et Senlis, et est encore pour quelques jours curé de la paroisse de La Trinité.

Pour marquer plus sensiblement la célébration de l'année sacerdotale, nous avons prévu de faire des ordinations du 26 juin ici même un grand rassemblement diocésain auquel je suis sûr que les parisiens seront nombreux à participer pour manifester leur attachement et leur amitié à leurs prêtres et tout particulièrement aux nouveaux ordonnés. Pour cela le parvis sera équipé d'écrans géants, pour que l'on puisse suivre la célébration, et les jardins attenants serviront pour que le fête se poursuive autour des nouveaux prêtres. Ce rassemblement sera précédée d'une semaine de manifestations, de prière et de réflexion dans différents lieux du diocèse. Tout à l'heure, à la fin de la prière d'intercession, je vous demanderai de dire avec moi la prière que vous avez entre les mains et qui pourra être le support de votre prière pour les prêtres dans les semaines et les mois qui viennent.

Pour terminer, il me reste à vous dire qu'un certain nombre de jeunes se posent la question de devenir prêtre. Ils sont parfois, trop souvent, empêchés d'étudier cette éventualité par les réserves ou les réticences de leur entourage, voire de leur famille. Nous prions donc, non seulement pour que Dieu appelle, mais surtout pour que nous soutenions vraiment ceux qui souhaitent répondre à son appel. Alors nous pouvons espérer que la parole du prophète s'accomplira pour nous aussi : « Tous ceux qui pleurent, je les consolerai. Au lieu de la cendre de pénitence, je mettrai sur leur tête un diadème ; ils étaient en deuil, je les parfumerai avec l'huile de la joie ; ils étaient dans le désespoir, je leur donnerai des habits de fête. » (Is 61, 3). Amen.

+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris
Notre Dame de Paris, le mercredi 31 mars 2010

Homélie Mercredi des Cendres 2010 – Des cendres pour la croissance

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

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Les cendres de ce jour nous rappellent une des phrases les plus célèbres de la Bible :


« Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retournera en poussière. » (cf. Gn 3, 19)


Dans la perspective du monde qui nous entoure, ce rappel a quelque chose d’étrange, bien que fascinant. Le caractère étrange de cette tradition, dans la perspective du monde, est très révélateur de notre culture, et aussi de la sagesse de l’Eglise. Les cendres nous rappellent que nous devons tous mourir. Nous sommes mortels. Les appels à la conversion dans les lectures de ce jour vont dans le même sens : la vie que nous menons sur cette terre n’est pas sans fin, et donc, nous devons prendre nos responsabilités et vivre selon les intentions de Dieu. Sinon nous échouerons ; nous ne parviendrons pas à notre destination finale : la vie éternelle.


C’est une pensée naturelle pour chaque chrétien, et une source de force pour rester fidèle dans les difficultés, au lieu de choisir les solutions de facilité. Pour le monde qui nous entoure, par contre, la vie sur terre est tout ce qui compte, et la mort… n’y pensons pas. Mettons les personnes âgées dans des maisons de repos et ne leur rendons pas trop de visites ; légalisons le suicide assisté, parce que "quand on ne peut plus", on ne peut plus profiter de la vie ; laissons à des spécialistes le soin de tuer nos bébés dans le sein maternel pour nous décharger de nos responsabilités pour la vie ou la mort ; utilisons des moyens de contraception, même si c’est contraire au projet de Dieu sur l’amour humain, pour empêcher la fécondation même.   Ce ne sont que quelques exemples de tragédies qui surviennent quand nous perdons de vue le vrai sens de la vie et de la mort.


Aujourd’hui, réfléchissons à la signification de ces cendres, au sens chrétien de la mort, pour être mieux à même de vivre en accord avec le sens de la vie.


Montserrat est une île des Caraïbes, située à env. 300 kilomètres au nord de la Martinique. Le 25 juillet 1997, le dôme de lave de la Soufrière, qui grossissait depuis deux ans à l'intérieur de l'English Crater explose et tue 20 personnes. Près des deux tiers des 12 000 habitants s'exilent sur les îles voisines ou ailleurs. Les autres déménagent au nord, une zone protégée par la chaîne des Centre Hills (730 mètres). La Soufrière de Montserrat est en éruption depuis le 15 avril 2005. Une nouvelle explosion s’est produite le 11 février 2010 provoquant des nuées ardentes et un panache de cendres qui a atteint une altitude supérieure à 10 km pour se disperser à la Guadeloupe, et même à la Martinique !


Ma paroisse est située aux pieds d’un autre volcan (eh oui… !), la Montagne Pelée. En 1902 une eruption causa la mort tout alentour, mais aussi la vie, puisque les cendres ont rendu la terre très fertile. La dernière éruption date de 1929.


Il y a quelques années, le Washington Times a publié un article au sujet d’une curieux problème écologique en Ecosse. Les sommets des montagnes écossaises sont devenus des endroits très prisés pour répandre les cendres des défunts. Des amoureux de la nature et des admirateurs des montagnes pittoresques ont exprimé le désir dans leurs dernières volontés qu’à leur mort leurs cendres soient répandues au sommet de leur montagne préférée. Le problème est que ces cendres sont un excellent engrais. Le résultat, c’est que la végétation des sommets les plus prisés est devenue tellement dense que l’équilibre écologique est menacé.


Cet étrange phénomène illustre deux choses au sujet des cendres en relation avec la signification du mercredi des cendres.

 

D’abord, cela montre que les cendres favorisent la croissance. Les cendres de Montserrat, de Martinique et d’Ecosse favorisent une croissance biologique. La loi de la nature est qu’il n’y a pas de vie sans mort. La loi surnaturelle, la loi de la grâce, est qu’il n’y a pas de croissance spirituelle sans renoncement, pas de résurrection sans croix. Nous devons dire non au mal, aux instincts égocentriques pour pouvoir suivre la voie du vrai bonheur : l’amour de Dieu et l’amour du prochain.


Ensuite, cela montre que notre culture est en train d’oublier le message du Christ que, lors du Jugement Dernier, nous ressusciterons pour la vie éternelle. C’est la raison pour laquelle l’Eglise préfère que les chrétiens n’aient pas recours à la crémation des défunts. Des funérailles normales expriment plus clairement notre espérance de la résurrection de la chair.


La mort et la vie : dans le Christ nous connaissons la signification de l’une et de l’autre. Ce n’est que dans cette perspective que l’habitude de renoncer à quelque chose durant le Carême a un sens.


En renonçant à quelque chose que nous aimons, une satisfaction parfaitement légitime, nous exerçons notre foi qui dit que la vie d’ici-bas n’est pas tout.


Nous nous souvenons que nous ne pouvons pas parvenir au but dans lequel nous avons été créés en cherchant à vivre sur la terre comme au paradis.


Nous exprimons aussi notre confiance en Dieu, dans sa révélation au sujet du sens de la vie et de la mort. Notre renoncement n’aurait pas de sens si nous ne croyions pas à la Royauté du Christ. Renoncer à quelque chose pendant le Carême nous permet de montrer notre vénération pour Dieu, notre Créateur et notre Rédempteur.

Homélie pour la Solennité de l'Epiphanie 2010 - Le Royaume de Dieu, l’Eglise, s’étend à toutes les époques et en tout lieu

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)


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Le Royaume de Dieu, l’Eglise, s’étend à toutes les époques et en tout lieu. C’est ce que nous montre la Bible à travers les prophéties qui parlent d’adorateurs qui viennent rendre hommage à Dieu depuis des contrées lointaines : Séba, Saba, Madian, Epha, Baba, Cédar, Tarsis, Nabaioth, l’Arabie, de la mer à la mer, jusqu’aux extrémités de la terre… bref, toutes les directions de la boussole. Des peuples du monde entier viendront se soumettre au règne de Jésus Christ. Saint Paul regroupe ces peuples sous le nom de Gentils (gentiles). Il y a d’un côté les Juifs, le peuple choisi par Dieu qui a donné Jésus au monde, et les Gentils, à qui le Christ a étendu son offre de salut. Cela veut dire tout le monde : aucun peuple n’est exclu de l’expression "les Juifs et les Gentils".


Ce Royaume universel s’étend également à toutes les époques. Saint Paul fait ce lien. Il dit qu’il a reçu la mission de révéler le mystère du salut dans sa totalité. Avant lui, le mystère avait été partiellement révélé au peuple élu d’Israël, dont les origines remontent jusqu’Adam lui-même. Ainsi, le Royaume du Christ s’étend à toute l’histoire de l’humanité. Maintenant, le mystère du Royaume est pleinement révélé, aussi bien aux païens qu’aux juifs. Cela n’inclut pas seulement les civilisations dont saint Paul a eu connaissance, mais toutes les civilisations et toutes les cultures qui ont existé ou qui existeront, depuis le temps de la première venue du Christ jusqu’à sa venue dans la gloire. Ce Royaume, donc, relie le commencement de l’histoire humaine à son achèvement ultime. Le Christ, comme nous le dit l’Apocalypse, est l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin.


La venue des Mages, qui représentent les nations païennes, nous enseigne que le Royaume de Dieu, cette Eglise dont vous et moi, nous sommes membres, s’étend à tous les temps et en tout lieu ; nous sommes citoyens du seul et unique Royaume universel au monde!


Ceci est une des raisons pour lesquelles les tyrans ont toujours détesté l’Eglise catholique. Un tyran veut un contrôle total – nous appelons leur gouvernement un "régime totalitaire". Un tyran ne supporte pas l’Eglise catholique, parce qu’elle est un rappel permanent du fait que le tyran ne contrôle pas tout, ne peut pas tout contrôler. Seul Dieu le peut. Et de la même manière que le roi Hérode a agi avec Jésus, le Roi éternel, les tyrans essaient d’éliminer l’Eglise, le Royaume éternel. Les empereurs romains ont essayé. Les tribus barbares de l’Europe du Nord ont essayé. Les caliphes musulmans du moyen-âge ont essayé. Les révolutionnaires français ont essayé. Napoléon a essayé. Il est allé jusqu’à kidnapper le Pape à deux reprises ! Les Nazis ont essayé; les communistes aussi, en conférant au vingtième siècle l’honneur discutable d’avoir enregistré davantage de martyrs chrétiens qu’aucun autre siècle précédent.

Les Hérode de chaque génération ont convoité le trône que le Christ seul peut occuper, mais l’Eglise continue d’exister, de grandir, de s’étendre. Elle conquiert tous ceux qui veulent la conquérir, maintes et maintes fois.


Un exemple parmi tant d’autres de cette invincibilité de notre foi : saint Maximilien Kolbe, un prêtre franciscain, mort dans un camp de concentration nazi. L’un de ses compagnons d’infortune avait été condamné à mort, alors que cette homme avait une femme et des enfants. Saint Maximilien n’en avait pas. C’est pourquoi il s’est présenté pour prendre la place de ce père de famille. Ce fut le couronnement de tout une succession d’actes désintéressés qu’il avait accomplis tout au long de son incarcération. Même les horreurs de ce camp de concentration n’ont pas pu vaincre sa foi chrétienne. Il célèbre des messes en secret sur des lits superposés en planches de bois bondés. En cachette il entend aussi des confessions en se rendant au travail à travers la boue. Il encourage même les autres hommes condamnés à mort avec lui : quinze jours durant, ils prient, chantent des cantiques dans le bunker où ils meurent de faim. Voilà le Royaume éternel, invincible, universel du Christ. Voilà le Royaume dont nous faisons partie. Voilà l’Eglise.

 

 

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Chacun de nous doit être comme une étoile: un témoin lumineux et permanent de l’amour du Christ, une invitation aimable mais claire et attirante au Royaume éternel, encourageant les autres à élever leur regard au-delà de ce monde qui passe. Nous sommes citoyens du Royaume du Christ, dans le monde comme ses ambassadeurs.


Tant d’hommes cherchent leur bonheur là où ils ne pourront pas le trouver, dans leur propre petit royaume d’argent, de plaisir, de pouvoir ; dans leur propre réseau de relations humaines, construit sur le sable mouvant d’affections humaines éphémères ; dans leurs espoirs purement terrestres qui viennent et s’évanouissent comme une fumée.


Si vous et moi ne leur montrons pas un Royaume plus élevé, un Royaume éternel, un Royaume qui infusera tous ces espoirs, ces relations et ces activités d’une signification qui ne vieillira jamais, mais qui ne fera que s’améliorer, alors qui le fera ?


Notre exemple, nos paroles, nos actions doivent refléter le Christ. Où pouvez-vous être davantage comme le Christ ? Quelle relation, quelle habitude, quelle activité dans votre vie a besoin d’être transfigurée en ce moment précis, pour que vous puissiez davantage ressembler au Christ ? Vous le savez, et le Saint Esprit le sait. Demandez-lui, durant cette Messe, quand vous recevez la Sainte Communion, de vous montrer quel projet ou quel transformation intérieure vous devriez entreprendre, quelle résolution pour cette année. Et demandez-lui le courage de le mener à bonne fin.


Nous devrions être comme des panneaux publicitaires pour son Royaume. Chacun de nous devrait être comme cette étoile qui a guidé les Mages vers Jésus. Plus de gens que nous pourrions imaginer, des gens qui vivent à nos côtés, sont en train de chercher, et si nous permettons à la lumière du Christ de briller en nous, nous pouvons leur procurer une joie immense.

Benoît XVI, Le mystère révélé aux tout-petits (homélie)

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Voici l'homélie improvisée par Benoît XVI, mardi 1er décembre de bon matin, à la messe qu’il a célébrée avec les membres de la commission théologique internationale, à la Chapelle Pauline.

LES LECTURES COMMENTÉES PAR LE PAPE


Du livre du prophète Isaïe (11, 1-10)

Un rameau sortira du tronc de Jessé
et de ses racines croîtra un rejeton.
Sur lui reposera l'Esprit de Yahweh,
esprit de sagesse et d'intelligence,
esprit de conseil et de force,
esprit de connaissance et de crainte de Yahweh ;
il mettra ses délices dans la crainte de Yahweh.
Il ne jugera point sur ce qui paraîtra à ses yeux
et il ne prononcera point sur ce qui frappera ses oreilles.
Il jugera les petits avec justice,
et prononcera selon le droit pour les humbles de la terre.
Il frappera la terre de la verge de sa bouche
et par le souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant.
La justice ceindra ses flancs
et la fidélité sera la ceinture de ses reins.
Le loup habitera avec l'agneau,
la panthère reposera avec le chevreau ;
le veau, le lion et le bœuf gras vivront ensemble
et un jeune enfant les conduira.
La vache et l'ourse iront au même pâturage,
leurs petits auront un même gîte ;
et le lion mangera du fourrage comme le bœuf.
Le nourrisson s'ébattra sur le trou de la vipère
et dans le repaire du basilic l'enfant à peine sevré mettra sa main.
On ne fera point de mal et on ne détruira plus
sur toute ma montagne sainte ;
car le pays sera rempli de la connaissance de Yahweh,
comme le fond des mers par les eaux qui le couvrent.
Et il arrivera en ce jour-là :
a racine de Jessé, élevée comme un étendard pour les peuples,
sera recherchée par les nations,
et son séjour sera glorieux.


De l’Evangile selon Luc (10, 21-24)

Au même moment, il tressaillit de joie par l'Esprit-Saint et il dit : "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux savants et les as révélées aux tout-petits. Oui, Père, car tel fut ton bon plaisir. Toutes choses m'ont été remises par mon Père ; et personne ne sait ce qu'est le Fils, si ce n'est le Père, ni ce qu'est le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils aura bien voulu le révéler".

Et se tournant vers les disciples, il leur dit en particulier : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu".



L'HOMELIE



Chers frères et sœurs, les paroles du Seigneur que nous venons d’entendre dans le passage de l’évangile (Luc 10, 21-24) sont pour nous, théologiens, un défi ou peut-être, pour mieux dire, une invitation à faire un examen de conscience : qu’est-ce que la théologie ? Nous, théologiens, que sommes-nous ? Comment bien faire de la théologie ? Nous avons entendu le Seigneur louer le Père d’avoir caché le grand mystère du Fils, le mystère trinitaire, le mystère christologique, aux sages, aux savants - ils ne l’ont pas connu - mais de l’avoir révélé aux tout-petits, aux "nèpioï", à ceux qui ne sont pas savants, qui n’ont pas une grande culture. C’est à eux qu’a été révélé ce grand mystère.

Par ces paroles, le Seigneur décrit simplement un fait de sa vie ; un fait qui commence dès l’époque de sa naissance, quand les Mages de l’Orient demandent aux gens compétents, aux scribes, aux exégètes, quel est le lieu de la naissance du Sauveur, du Roi d’Israël. Les scribes le savent parce que ce sont de grands spécialistes ; ils peuvent dire tout de suite où naît le Messie : à Bethléem ! Mais ils ne se sentent pas invités à y aller : pour eux cela reste une connaissance académique, qui ne touche pas leur vie ; ils restent en dehors. Ils peuvent donner des informations, mais l’information ne devient pas formation de leur vie.

Puis, pendant toute la vie publique du Seigneur, on trouve la même chose. Il est impossible, pour les savants, de comprendre que cet homme qui n’est pas savant, qui est un galiléen, puisse être vraiment le Fils de Dieu. Il reste inacceptable, pour eux, que Dieu, le grand, l’unique, le Dieu du ciel et de la terre, puisse être présent en cet homme. Ils savent tout, ils connaissent aussi Isaïe 53, toutes les grandes prophéties, mais le mystère reste caché. Au contraire il est révélé aux petits, depuis la Vierge Marie jusqu’aux pêcheurs du lac de Galilée. Ils savent, comme le capitaine romain sous la croix sait : celui-ci est le Fils de Dieu.

Les faits essentiels de la vie de Jésus n’appartiennent pas qu’au passé : ils sont présents, de différentes manières, à toutes les générations. Et ainsi, même à notre époque, au cours des 200 dernières années, on observe la même chose. Il y a de grands savants, de grands spécialistes, de grands théologiens, des maîtres de la foi, qui nous ont enseigné beaucoup de choses. Ils ont pénétré dans les détails de la Sainte Ecriture, de l’histoire du salut, mais ils n’ont pas pu voir le mystère lui-même, le vrai noyau, à savoir que Jésus était réellement Fils de Dieu, que le Dieu trinitaire entre dans notre histoire, à un moment historique déterminé, dans un homme comme nous. L’essentiel est resté caché ! On pourrait facilement citer de grands noms de l’histoire de la théologie de ces 200 dernières années, dont nous avons beaucoup appris, mais pour qui le mystère n’a pas été ouvert aux yeux du cœur.

Au contraire, il y a aussi, à notre époque, des petits qui ont connu ce mystère. Pensons à sainte Bernadette Soubirous ; à sainte Thérèse de Lisieux, avec sa nouvelle lecture de la Bible, "non scientifique" mais qui va jusqu’au cœur de la Sainte Ecriture ; et aussi aux saints et bienheureux de notre de notre temps : sainte Joséphine Bakhita, la bienheureuse Teresa de Calcutta, saint Damien de Veuster. On pourrait en citer tant !

Mais de tout cela naît la question : pourquoi est-ce ainsi ? Le christianisme est-il la religion des sots, des gens sans culture, non formés ? La foi s'éteint-elle là où la raison se réveille ? Comment cela s’explique-t-il ?

Peut-être faut-il regarder encore une fois l’histoire. Ce que Jésus a dit, ce que l’on peut observer dans tous les siècles, reste vrai. Mais il y a une "espèce" de petits qui sont également savants. Au pied de la croix se tient la Vierge Marie, humble servante de Dieu et grande dame éclairée par Dieu. Et aussi Jean, pêcheur du lac de Galilée ; mais c’est ce Jean qui sera appelé à juste titre «le théologien» par l’Eglise, parce qu’il a vraiment su voir et annoncer le mystère de Dieu : avec l’œil de l’aigle il est entré dans l’inaccessible lumière du mystère divin.

Même après sa résurrection, le Seigneur touche, sur le chemin de Damas, le cœur de Saül, un de ces savants qui ne voient pas. Celui-ci, dans la première lettre à Timothée, dit qu’il était «ignorant» à cette époque, malgré sa science. Mais le Ressuscité le touche : il perd la vue et, en même temps, il devient vraiment voyant, il commence à voir. Le grand savant devient un tout-petit et c’est justement pour cela qu’il voit la sottise de Dieu qui est sagesse, une sagesse plus grande que toutes les sagesses humaines.

On pourrait continuer à lire toute l’histoire de cette façon. Encore une seule observation. Ces savants et ces sages, "sophoï" et "synètoï", apparaissent dans la première lecture sous un autre aspect (cf. Isaïe 11, 1-10). Ici "sophia" et "synèsis" sont des dons de l’Esprit-Saint qui reposent sur le Messie, sur le Christ. Qu’est-ce que cela signifie ? On comprend qu’il y a un double usage de la raison et une double manière d’être sages ou petits.

Il y a une façon d’utiliser la raison qui est autonome et se place au-dessus de Dieu, dans toute la gamme des sciences, à commencer par les sciences naturelles, où une méthode adaptée à la recherche de la matière est généralisée : Dieu n’entre pas dans cette méthode, donc Dieu n’existe pas. Il en est ainsi, enfin, même en théologie : on pêche dans les eaux de la Sainte Ecriture avec un filet qui ne permet de prendre que des poissons d’une certaine taille ; ce qui est au-delà de cette taille n’entre pas dans le filet et ne peut donc pas exister. Le grand mystère de Jésus, du Fils fait homme, est ainsi réduit à un Jésus historique : une figure tragique, un fantôme sans chair ni os, un homme qui est resté dans le sépulcre, s’est corrompu et est vraiment un mort. Cette méthode parvient à "capter" certains poissons mais exclut le grand mystère, parce que l’homme se fait lui-même mesure : il a cet orgueil, qui est en même temps une grande sottise parce qu’il absolutise des méthodes qui ne sont pas adaptées aux grandes réalités ; il entre dans cet esprit académique que nous avons vu chez les scribes qui répondent aux Rois mages : cela ne me concerne pas; je reste enfermé dans ma vie, qui n’en est pas changée. C’est la spécialisation qui voit les détails, mais perd de vue l’ensemble.

Et puis il y a l’autre façon d’utiliser la raison, d’être savant : celle de l’homme qui reconnaît qui il est ; il reconnaît sa propre taille et la grandeur de Dieu, en s’ouvrant humblement à la nouveauté de l’action de Dieu. Ainsi, justement parce qu’il accepte sa petitesse, qu’il se fait aussi petit qu’il l’est réellement, il arrive à la vérité. De cette façon, la raison aussi peut exprimer toutes ses possibilités, elle ne s’éteint pas, mais elle s’élargit et devient plus grande. Il s’agit d’une autre "sophia", d’une autre "synèsis", qui n’exclut pas du mystère mais qui est vraiment communion avec le Seigneur en qui résident le savoir, la sagesse, et leur vérité.

Maintenant, nous voulons prier pour que le Seigneur nous donne la vraie humilité. Qu’il nous donne la grâce d’être tout-petits pour pouvoir être vraiment sages ; qu’il nous éclaire, nous fasse voir son mystère de la joie du Saint-Esprit, nous aide à être de vrais théologiens, capables d’annoncer son mystère parce qu’ils sont touchés au fond de leur cœur, au fond de leur vie. Amen.

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