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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

homelies annee b (2008-2009)

Benoît XVI à San Giovanni Rotondo : Homélie de la messe du 21 juin

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

ROME, Lundi 22 juin 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de l'homélie que le pape Benoît XVI a prononcée au cours de la messe qu'il a présidée à San Giovanni Rotondo, en Italie, sur le parvis de l'église San Pio di Pietrelcina.


* * *

 

Benoît XVI en pèlerinage à San Giovanni Rotondo

Source: Siciliani Gennari/SIR


Chers frères et sœurs,


Au cœur de mon pèlerinage en ce lieu, où tout parle de la vie et de la sainteté de Padre Pio da Pietrelcina, j'ai la joie de célébrer pour vous et avec vous l'Eucharistie, mystère qui a constitué le centre de toute son existence : l'origine de sa vocation, la force de son témoignage, la consécration de son sacrifice. Je salue avec une grande affection vous tous qui êtes venus nombreux ici, et ceux qui sont en liaison avec nous à travers la radio et la télévision. Je salue tout d'abord S.Exc. Mgr Domenico Umberto D'Ambrosio, qui, après tant d'années de fidèle service à cette communauté diocésaine, s'apprête à assumer la charge pastorale de l'archidiocèse de Lecce. Je le remercie cordialement également parce qu'il s'est fait l'interprète de vos sentiments. Je salue les autres évêques concélébrants. J'adresse un salut spécial aux frères capucins, avec le Ministre général, frère Mauro Jöhri, le définiteur général, le ministre provincial, le père gardien du couvent, le recteur du sanctuaire et la fraternité capucine de San Giovanni Rotondo. Je salue en outre avec reconnaissance ceux qui offrent leur contribution au service du sanctuaire et des œuvres annexes ; je salue les autorités civiles et militaires ; je salue les prêtres, les diacres, les autres religieux et religieuses et tous les fidèles. J'adresse une pensée affectueuse à ceux qui se trouvent dans la Maison du soulagement de la souffrance, aux personnes seules et à tous les habitants de votre ville.

Nous venons d'écouter l'Evangile de la tempête apaisée, que l'on a rapproché d'un texte bref mais incisif du Livre de Job, où Dieu se révèle comme le Seigneur de la mer. Jésus menace le vent et ordonne à la mer de se calmer, il l'interpelle comme si celle-ci s'identifiait au pouvoir diabolique. En effet, selon ce que nous disent la première Lecture et le Psaume 106/107, dans la Bible la mer est considérée comme un élément menaçant, chaotique, potentiellement destructeur, que seul Dieu, le Créateur, peut dominer, gouverner et apaiser.


Il existe cependant une autre force - une force positive - qui anime le monde, capable de transformer et de renouveler les créatures : la force de l'«amour du Christ» (2 Co 5, 14), comme l'appelle saint Paul dans la Deuxième Lettre aux Corinthiens : ce n'est donc pas essentiellement une force cosmique, mais divine, transcendante. Il agit également sur le cosmos mais, en lui-même, l'amour du Christ est un pouvoir «autre», et le Seigneur a manifesté cette altérité transcendante dans sa Pâque, dans la «sainteté» du «chemin» qu'Il a choisi pour nous libérer de la domination du mal, comme cela s'était produit pour l'exode d'Egypte, lorsqu'il avait fait sortir les juifs à travers les eaux de la Mer Rouge. «O Dieu - s'exclame le psalmiste - la sainteté est ton chemin... Par la mer passait ton chemin / tes sentiers, par les eaux profondes» (Ps 77/76, 14.20). Dans le mystère pascal, Jésus est passé à travers l'abîme de la mort, car Dieu a ainsi voulu renouveler l'univers : à travers la mort et la résurrection de son Fils «mort pour tous», pour que tous puissent vivre «pour celui qui est mort et ressuscité pour eux» (2 Co 5, 16).


Le geste solennel de calmer la mer en tempête est clairement le signe de la domination du Christ sur les puissances négatives et incite à penser à sa divinité : «Qui est-il donc - se demandent émerveillés et craintifs les disciples -, pour que même le vent et la mer lui obéissent» (Mc 4, 41). Leur foi n'est pas encore solide, elle est en train de se former ; c'est un mélange de peur et de confiance ; l'abandon confiant de Jésus au Père est en revanche total et pur. C'est pourquoi Il dort pendant la tempête, absolument en sécurité entre les bras de Dieu. Mais le moment viendra où Jésus éprouvera la peur et l'angoisse : lorsque son heure viendra, il sentira sur lui le poids des péchés de l'humanité, comme une marée montante qui va s'abattre sur Lui. Il s'agira alors d'une tempête terrible, non pas d'une tempête cosmique, mais spirituelle. Ce sera le dernier assaut extrême du mal contre le Fils de Dieu.


Mais en cette heure, Jésus ne douta pas du pouvoir de Dieu le Père et de sa proximité, même s'il dut faire pleinement l'expérience de la distance de la haine à l'amour, du mensonge à la vérité, du péché à la grâce. Il fit l'expérience de ce drame en lui-même de manière déchirante, en particulier au Gethsémani, avant son arrestation, et ensuite durant toute sa passion, jusqu'à sa mort en croix. En cette heure, Jésus fut, d'une part, entièrement un avec le Père, pleinement abandonné à Lui ; mais, de l'autre, en tant que solidaire avec les pécheurs, il fut comme séparé et se sentit comme abandonné par Lui.

 

Benoît XVI en prière près du tombeau de Padre Pio

Source: Siciliani Gennari/SIR


Certains saints ont vécu intensément et personnellement cette expérience de Jésus. Padre Pio da Pietrelcina est l'un d'eux. Un homme simple, d'origine humble, «saisi par le Christ» (Ph 3, 12) - comme l'apôtre Paul l'écrit de lui-même - pour en faire un instrument élu du pouvoir éternel de sa Croix : pouvoir d'amour pour les âmes, de pardon et de réconciliation, de paternité spirituelle, de solidarité effective avec ceux qui souffrent. Les stigmates, qui marquèrent son corps, l'unirent intimement au Crucifié-Ressuscité. Authentique disciple de saint François d'Assise, il fit sienne, comme le Poverello d'Assise, l'expérience de l'apôtre Paul, telle qu'il la décrit dans ses Lettres : «Avec le Christ, je suis fixé à la croix ; je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20) ; ou bien : «Ainsi la mort fait son œuvre en nous, et la vie en vous» (2 Co 4, 12). Cela ne signifie pas aliénation, perte de personnalité : Dieu n'annule jamais l'être humain, mais le transforme avec son Esprit et l'oriente au service de son dessein de salut. Padre Pio conserva ses dons naturels, et aussi son tempérament, mais il offrit chaque chose à Dieu, qui a pu s'en servir librement pour prolonger l'œuvre du Christ : annoncer l'Evangile, remettre les péchés et guérir les malades dans le corps et l'esprit.


Comme ce fut le cas pour Jésus, Padre Pio a dû soutenir la vraie lutte, le combat radical non contre des ennemis terrestres, mais contre l'esprit du mal (cf. Ep 6, 12). Les plus grandes «tempêtes» qui le menaçaient étaient les assauts du diable, dont il se défendait avec l'«armure de Dieu», avec «le bouclier de la foi» et «l'épée de l'Esprit, c'est-à-dire la parole de Dieu» (Ep 6, 11.16.17). Restant uni à Jésus, il n'a jamais perdu de vue la profondeur du drame humain, et c'est pour cela qu'il s'est offert et a offert ses nombreuses souffrances, et il a su se prodiguer pour le soin et le soulagement des malades, signe privilégié de la miséricorde de Dieu, de son Royaume qui vient, qui est même déjà dans le monde, de la victoire de l'amour et de la vie sur le péché et sur la mort. Guider les âmes et soulager les souffrances : ainsi peut-on résumer la mission de saint Pio da Pietrelcina, comme l'a dit également à son propos le serviteur de Dieu, le Pape Paul VI : «C'était un homme de prière et de souffrance» (Aux pères capitulaires capucins, 20 février 1971).


Chers amis, frères mineurs capucins, membres des groupes de prière et tous les fidèles de San Giovanni Rotondo, vous êtes les héritiers de Padre Pio et l'héritage qu'il vous a laissé est la sainteté. Dans une de ses lettres, il écrit : «Il semble que Jésus n'ait pas d'autre souci à l'esprit que celui de sanctifier votre âme» (Epist. II, p. 155). Telle était toujours sa première préoccupation, son inquiétude sacerdotale et paternelle : que les personnes reviennent à Dieu, qu'elles puissent faire l'expérience de sa miséricorde et, intérieurement renouvelées, puissent redécouvrir la beauté et la joie d'être chrétiens, de vivre en communion avec Jésus, d'appartenir à son Eglise et de pratiquer l'Evangile. Padre Pio attirait sur la voie de la sainteté grâce à son propre témoignage, en indiquant par l'exemple le «chemin» qui conduit à celle-ci : la prière et la charité.


Avant tout la prière. Comme tous les grands hommes de Dieu, Padre Pio était lui-même devenu prière, corps et âme. Ses journées étaient un rosaire vécu, une méditation et une assimilation continues des mystères du Christ en union spirituelle avec la Vierge Marie. C'est ainsi que s'explique la comprésence singulière en lui de dons surnaturels et de qualités humaines. Et tout atteignait son sommet dans la célébration de la Messe : là il s'unissait pleinement au Seigneur mort et ressuscité. De la prière, comme d'une source toujours vive, jaillissait la charité. L'amour qu'il portait dans son cœur et qu'il transmettait aux autres était plein de tendresse, toujours attentif aux situations réelles des personnes et des familles. En particulier à l'égard des malades et des personnes qui souffrent il nourrissait la prédilection du Cœur du Christ, et c'est précisément de celle-ci qu'a pris origine et forme le projet d'une grande œuvre consacrée au «soulagement de la souffrance». On ne peut pas comprendre ni interpréter comme il se doit cette institution si on la sépare de sa source d'inspiration, qui est la charité évangélique, animée à son tour par la prière.


Très chers amis, Padre Pio repropose tout cela aujourd'hui à notre attention. Les risques de l'activisme et de la sécularisation sont toujours présents ; c'est pourquoi ma visite a également pour de vous confirmer dans la fidélité à la mission héritée de votre bien-aimé père. Beaucoup d'entre vous, religieux, religieuses et laïcs, êtes tellement pris par les mille occupations requises par le service aux pèlerins, ou aux malades de l'hôpital, que vous courez le risque de négliger la chose vraiment nécessaire : écouter le Christ pour accomplir la volonté de Dieu. Lorsque vous vous apercevez que vous êtes proches de courir ce risque, regardez Padre Pio : son exemple, ses souffrances ; et invoquez son intercession, pour qu'il obtienne du Seigneur la lumière et la force dont vous avez besoin pour poursuivre sa mission imprégnée d'amour pour Dieu et de charité fraternelle. Et du ciel, qu'il continue à exercer cette paternité totalement spirituelle qui l'a distingué au cours de son existence terrestre ; qu'il continue à accompagner ses confrères, ses fils spirituels et toute l'œuvre qu'il a commencée. Avec saint François, et la Vierge, qu'il a tant aimée et faite aimer dans ce monde, qu'il veille sur vous tous et vous protège toujours. Et alors, même dans les tempêtes qui peuvent se lever à l'improviste, vous pourrez faire l'expérience du souffle de l'Esprit Saint, qui est plus fort que tout vent contraire et qui pousse la barque de l'Eglise et chacun de nous. Voilà pourquoi nous devons toujours vivre dans la sérénité et cultiver la joie dans notre cœur, en rendant grâce au Seigneur. « Son amour est pour toujours » (Psaume responsorial). Amen !

 


© Copyright du texte original en italien : Librairie Editrice du Vatican
Traduction : Zenit

Mgr Luciano Alimandi: La vitalité de l’Eglise est le fruit de l’Esprit

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)



1. Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu,
2. quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient.
3. Ils virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux.
4. Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer.

Par ces paroles, les Actes des Apôtres décrivent l’Evènement de la Première Pentecôte de l’Eglise, celle promise par Jésus avant de monter au Ciel (cf. Luc 24, 49)

Le Saint-Esprit devait venir, mais aucun des disciples n’aurait pu imaginer comment il serait venu. Du reste, le Seigneur Jésus, parlant de l’action de l’Esprit dans l’âme, l’avait comparée au « vent » (cf. Jean 3, 8), comme pour souligner que cette action était imprévisible, incontrôlable, qu’elle ne pourra jamais être enfermée dans nos schémas humains et dans nos projets humains, qu’elle échappera toujours à contre « compréhension » parce que, pourrait-on dire, l’Esprit est la Liberté Infinie de Dieu.

L’Eglise, depuis toujours, est dans les mains du Saint-Esprit. Ce ne sons pas les hommes qui décident de son cours et de son développement, mais l’unique Protagoniste de ses jours, de ses célébrations, des évènements qui tiennent du mystère, de ses œuvres fécondes… C’est toujours et seulement Lui : le Saint-Esprit qui est l’âme de l’Eglise : « L’Eglise est incessamment modelée et guidée par l’Esprit de son Seigneur. C’est un Corps vivant, dont la vitalité est précisément le fruit de l’invisible Esprit Divin » (Benoît XVI, homélie de la Pentecôte, 31 mai 2009)

Jésus avait annoncé que ce serait le Saint-Esprit qui introduirait les disciples dans la vérité tout entière, « étape par étape (cf. Jean 16, 13). Cela se réalise de manière ininterrompue depuis deux mille ans, depuis qu’il a commencé à agir avec puissance dans le cœur des Apôtres, depuis le jour de la Pentecôte. Depuis ce jour, ce sera le Saint-Esprit qui, avec son Onction, donnera une force irrésistible à leur annonce.

Quand on lit par exemple les Lettres de Saint Paul, on ne peut pas ne pas être surpris par la profondeur extraordinaire de ses paroles, par l’ampleur et par l’actualité des questions qu’il aborde ; elles touchent le cœur et l’intelligence de celui qui les écouter sans préjugés, mais avec l’esprit ouvert à la vérité. Malheureusement il semble qu’il y ait parfois, chez nous, les catholiques, peu de conscience que ces lettres, comme les Evangiles et les autres Ecrits du Nouveau Testament, ont été écrits sous la puissance de l’Esprit du Christ Ressuscité ! C’est Lui le véritable auteur de ces pages. Si l’on devait parler de « droits d’auteur » de ces écrits, il ne faudrait certainement pas les attribuer à Mathieu ou à Marc, à Luc ou à Jean, à Pierre ou à Paul…, mais au Saint-Esprit qui les inspirés ! Il ne s’agit pas de simples écrits, qui semblent « gonflés, exagérés », dans le but de faire du bien, mais ils sont la « Parole de Dieu, et pas des « paroles d’hommes ». Voilà pourquoi leur harmonie étonne elle aussi : Jean ne contredit pas Pierre, Paul ne contredit pas Marc, et ainsi de suite. Comment pourraient-ils se contredire, si l’Auteur est le même : dans les Lettres de Pierre comme dans celle Paul !

« Jésus, en effet, avait promis solennellement à ses disciples : « Le Consolateur, le Saint-Esprit que le Père enverra en mon Nom, vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean 14, 26). Le Saint-Esprit « leur aurait annoncé les choses futures » (Jean 16, 13), et « aurait parlé en eux » (Mathieu 10, 20), dans les moments de persécutions ! Ainsi, les Apôtres de Jésus durent « s’exercer » à accueillir l’inspiration du Saint-Esprit, à prendre des décisions avec Lui, jamais seuls. Pierre, après la Pentecôte le déclare sans ambiguïté : « Nous avons décidé, nous et le Saint-Esprit » (Actes 15, 28). « Nous et le Saint-Esprit, voilà la « formule d’action » de l’Eglise, voilà son secret, dans les débuts comme à présent. « Nous et le Saint-Esprit » : jamais seulement nous sans Lui, jamais seulement Lui sans nous, mais toujours tout par Lui, avec Lui, soumis à Lui »

Si nous voulons glorifier le Seigneur Jésus, nous avons besoin de l’action du Paraclet dans nos âmes, autrement la gloire, au lieu de la donner à Dieu, nous la retenons pour nous ! Tous les Apôtres, après avoir été fortifiés par le Saint-Esprit, ont mis de côté leurs ambitions, la recherche de la gloire humaine, qui, comme la nôtre, est plus ou moins cachée, pour faire place à la Gloire de Dieu. Avec la Pentecôte, Jésus entrait triomphalement dans leurs âmes : « Portes, élevez vos frontons, Ouvrez-vous toutes grandes portes antiques, et qu’il entre le Roi de la gloire » (Psaume 23, 7). Oui, les portes, fermées ou entrebâillées des premiers disciples de Jésus, avec la venue du Saint-Esprit s’ouvrent en grand au Christ. Il fallait ce « vent impétueux », une brise légère n’était pas suffisante. Il fallait bien autre chose, pour ouvrir le cœur et l’esprit des disciples qui, comme les nôtres, ont mille résistances et réserves envers le Seigneur, souvent cachées. Il fallait le « feu » du Saint-Esprit que Jésus était venu apporter sur la terre (cf. Luc 12, 49)

Une seule créature, présente dans ce Cénacle, connaissait un tel Baptême, connaissait cette « puissance qui vient d’En-Haut » : c’était la Très Sainte Vierge Marie. Elle en avait fait l’expérience à Nazareth, lors de la toute première Pentecôte, quand l’Esprit descendit sur elle et la fit devenir Mère du Rédempteur ! Sans la Pentecôte de Nazareth, il n’y aurait pas eu la Pentecôte de Jérusalem. La Saint Vierge était au milieu des disciples, intercédant comme Avocate auprès de Dieu, pour attirer sur l’Eglise du présent et du futur la venue du Paraclet : l’Epouse appelait l’Epoux ! La Mère de Jésus était là, comme elle se trouvait au pied de la Croix, pour rendre témoignage à Jésus, pour Lui donner l’offrande d’une foi pure, sans l’ombre d’un doute que cela serait accompli comme l’avait annoncé son fils. Elle seulement avait une telle foi. Elle seule pouvait l’avoir. Les Apôtres, avec Marie, se sentirent en sécurité. Il y avait l’Avocate au milieu d’eux, comme aux Noces de Cana, quand le vin vint à manquer. Ce fut elle qui obtint de Jésus le signe de la transformation de l’eau en vin. Ainsi, la Gloire de Dieu se manifesta, et les disciples crurent au Seigneur (cf. Jean 2, 11). Au Cénacle de Jérusalem, il fallait obtenir une transformation beaucoup plus grande, celle du cœur et de l’esprit des Disciples de Jésus ! Et le miracle se produisit !

Que se répète pour nous aussi, par l’intercession de cette même Mère qui est notre Avocate, le miracle de la transformation dans le Christ, qu’Elle peut et qu’Elle veut nous obtenir : « Veni Sancte Spiritus, Veni per Mariam »

(Agence Fides, 3 juin 2009)

Homélie de Benoît XVI pour la Pentecôte

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)


ROME, Dimanche 31 mai 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de l'homélie que le pape Benoît XVI a prononcée, en ce dimanche de la Pentecôte, au cours de la messe qu'il a présidée en la basilique Saint-Pierre.


* * *

Chers frères et sœurs,


A chaque fois que nous célébrons l'eucharistie, nous vivons dans la foi le mystère qui s'accomplit sur l'autel, c'est-à-dire que nous participons à l'acte suprême d'amour que le Christ a réalisé par sa mort et résurrection. Le même et unique centre de la liturgie et de la vie chrétienne - le mystère pascal - assume ensuite, dans les différentes solennités et fêtes, des « formes » spécifiques, avec des significations diverses et des dons de grâce particuliers. Parmi toutes les solennités, la Pentecôte se distingue par son importance, parce qu'en elle se réalise ce que Jésus lui-même avait annoncé comme étant le but de toute sa mission sur la terre. En effet, alors qu'il montait à Jérusalem, il avait déclaré à ses disciples : « Je suis venu jeter un feu sur la terre et commme je voudrais que déjà il fût allumé » (Lc 12, 49). Ces paroles trouvent leur réalisation la plus évidente cinquante jours après la résurrection, à la Pentecôte, antique fête juive qui, dans l'Eglise, est devenue par excellence la fête de l'Esprit Saint : « Ils virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu; ... Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint » (Actes des Apôtres 2, 3-4). Le feu véritable, l'Esprit saint, a été apporté sur la terre par le Christ. Il ne l'a pas arraché aux dieux, comme Prométhée, selon le mythe grec, mais il s'est fait le médiateur du « don de Dieu » et il l'a obtenu pour nous, par le plus grand acte d'amour de l'histoire : sa mort sur la croix.


Dieu veut continuer à donner ce « feu » à chaque génération humaine, et naturellement il est libre de le faire comme et quand il le veut. Il est esprit, et l'esprit « souffle où il veut » (cf. Jn 3, 8). Mais il y a une « voie normale » que Dieu a choisie pour « jeter le feu sur la terre » : cette voie c'est Jésus, son Fils unique incarné, mort et ressuscité. A son tour, Jésus a constitué l'Eglise comme son Corps mystique, afin qu'elle prolonge sa mission dans l'histoire. « Recevez l'Esprit Saint » - a-t-il dit aux Apôtres au soir de la résurrection, en accompagnant ces paroles par un geste expressif : il a « soufflé » sur eux (cf. Jn 20, 22). Ainsi, il a manifesté qu'il leur transmettait son Esprit, l'Esprit du Père et du Fils. Et maintenant, chers frères et sœurs, dans la solennité d'aujourd'hui, l'Ecriture nous dit encore une fois comment doit être la communauté, comment nous devons être, nous, pour recevoir le don de l'Esprit Saint. Dans le récit, qui décrit l'événement de la Pentecôte, l'auteur sacré rappelle que les disciples « se trouvaient tous ensemble en un seul lieu ». Ce « lieu » est le Cénacle, la « chambre haute », où Jésus avait fait la Dernière Cène avec ses disciples, où il était apparu à eux, ressuscité ; cette chambre qui était devenue pour ainsi dire le « siège » de l'Eglise naissante (cf. Ac 1,13). Cependant, plutôt que d'insister sur le lieu physique, les Actes des Apôtres veulent faire remarquer l'attitude intérieure des disciples : « Tous d'un même coeur étaient assidus à la prière » (Ac 1, 14). Donc, la concorde des disciples est la condition pour que l'Esprit Saint vienne ; et le présupposé de la concorde, c'est la prière.


Chers frères et sœurs, ceci vaut aussi pour l'Eglise d'aujourd'hui, cela vaut pour nous, qui sommes ici réunis. Si nous ne voulons pas que la Pentecôte se réduise à un simple rite ou à une commémoration, même suggestive, mais soit un événement actuel de salut, nous devons nous prédisposer en religieuse attente du don de Dieu par l'écoute humble et silencieuse de sa Parole. Pour que la Pentecôte se renouvelle à notre époque, il faut peut-être - sans rien enlever à la liberté de Dieu - que l'Eglise soit moins « essoufflée » par les activités et plus dédiée à la prière. C'est ce que nous enseigne la Mère de l'Eglise, la très sainte Vierge Marie, Epouse de l'Esprit Saint. Cette année, la Pentecôte tombe justement le dernier jour du mois de mai, où l'on célèbre habituellement la fête de la Visitation. Ce fut aussi une sorte de petite « pentecôte » qui a fait surgir la joie et la louange des cœurs d'Elisabeth et de Marie, l'une stérile, et l'autre vierge, devenues l'une et l'autre mère grâce à une intervention divine extraordinaire (cf. Lc 1, 41-45).


La musique et le chant qui accompagnent notre liturgie, nous aident eux aussi à être unanimes dans la prière, et c'est pourquoi j'exprime ma vive reconnaissance au Chœur de la cathédrale et à l'Orchestre de Chambre de Cologne. Pour cette liturgie, à l'occasion du bicentenaire de la mort de Joseph Haydn, on a choisi de façon très opportune son « Harmoniemesse », la dernière des « Messes » composées par le grand musicien, une symphonie sublime à la gloire de Dieu. A vous tous, venus pour cette circonstance, j'adresse ma salutation la plus cordiale.


Pour désigner l'Esprit Saint, dans le récit de la Pentecôte, les Actes des Apôtres utilisent deux grandes images : l'image de la tempête et celle du feu. Il est clair que saint Luc a à l'esprit la théophanie du Sinaï, racontée dans les livres de l'Exode (19,16-19) et du Deutéronome (4,10-12.36). Dans le monde antique la tempête était vue comme le signe de la puissance divine, devant laquelle l'homme se sentait assujetti et craintif. Mais je voudrais souligner aussi un autre aspect : la tempête est décrite comme un « vent impétueux » et cela fait penser à l'air qui différencie notre planète des autres astres et nous permet d'y vivre. Ce que l'air est à la vie biologique, l'Esprit Saint l'est à la vie spirituelle ; et de même qu'il existe une pollution atmosphérique qui empoisonne l'environnement et les êtres vivants, de même il existe une pollution du cœur et de l'esprit qui mortifie et empoisonne l'existence spirituelle. Alors qu'il ne faut pas s'habituer aux poisons de l'air - et pour cela l'engagement écologique représente aujourd'hui une priorité -, on devrait agir de même pour ce qui corrompt l'esprit. Il semble au contraire que l'on s'habitue sans difficulté à tant de produits qui polluent l'esprit et le cœur et circulent dans notre société - par exemple les images qui font un spectacle du plaisir, de la violence ou du mépris de l'homme et de la femme -. C'est aussi cela la liberté, dit-on, sans reconnaître que tout cela pollue, intoxique l'esprit, surtout des nouvelles générations, et finit ensuite par conditionner la liberté elle-même. La métaphore du vent impétueux de Pentecôte fait penser au contraire à quel point il est précieux de respirer un air propre, un air physique, par les poumons, et par le cœur, un air spirituel, l'air salubre de l'esprit qui est l'amour !


L'autre image de l'Esprit Saint que nous trouvons dans les Actes des Apôtres est le feu. J'ai mentionné au début l'opposition entre Jésus et la figure mythologique de Prométhée, qui rappelle un aspect caractéristique de l'homme moderne. S'étant emparé des énergies du cosmos - le feu - l'être humain semble aujourd'hui s'affirmer comme un dieu et vouloir transformer le monde en excluant, en mettant de côté, ou même en refusant le Créateur de l'univers. L'homme ne veut plus être image de Dieu, mais de soi-même ; il se déclare autonome, libre et adulte. Il est évident qu'une telle attitude révèle un rapport non authentique avec Dieu, conséquence d'une fausse image qu'il s'est faite de Lui, comme l'enfant prodigue de la parabole évangélique qui croit se réaliser lui-même en s'éloignant de la maison de son père. Entre les mains d'un tel homme, le « feu » et ses énormes potentialités deviennent dangereux : ils peuvent se retourner contre la vie et contre l'humanité elle-même, comme hélas l'histoire le démontre. Les tragédies de Hiroshima et Nagasaki, dans lesquelles l'énergie atomique, utilisée à des fins belliqueuses, a fini par semer la mort dans des proportions inouïes, sont une mise en garde constante.


En vérité, on pourrait trouver de nombreux exemples, moins graves et pourtant tout aussi symptomatiques dans la réalité de chaque jour. L'Ecriture Sainte nous révèle que l'énergie capable de mettre le monde en mouvement n'est pas une force anonyme et aveugle, mais l'action de « l'Esprit de Dieu qui planait sur les eaux » (Gn 1, 2) au début de la création. Et Jésus Christ a « apporté sur la terre » non pas la force vitale qui l'habitait déjà, mais l'Esprit Saint,  c'est-à-dire l'amour de Dieu qui « renouvelle la face de la terre » en la purifiant du mal et en la libérant de la domination de la mort (cf. Ps 103/104,29-30). Ce « feu » pur, essentiel et personnel, le feu de l'amour est descendu sur les apôtres, réunis dans la prière avec Marie au Cénacle, pour faire de l'Eglise le prolongement de l'œuvre rénovatrice du Christ.


Enfin, une dernière réflexion tirée du récit des Actes des Apôtres : l'Esprit Saint vainc la peur. Nous savons comment les disciples s'étaient réfugiés au Cénacle après l'arrestation de leur Maître et y étaient restés enfermés par peur de subir le même sort. Après la résurrection de Jésus, leur peur ne disparaît pas à l'improviste. Mais voilà qu'à la pentecôte, lorsque l'Esprit Saint se posa sur eux, ces hommes sortirent sans peur et commencèrent à annoncer à tous la bonne nouvelle du Christ crucifié et ressuscité. Ils n'avaient pas peur, parce qu'ils se sentaient entre les mains du plus fort. Oui, chers frères et sœurs, l'Esprit de Dieu, là où il entre, chasse la peur ; il nous fait savoir et sentir que nous sommes entre les mains d'une Toute-Puissance d'amour : quoi qu'il arrive, son amour infini ne nous abandonne pas. C'est ce que montrent le témoignage des martyrs, le courage des confesseurs, l'élan intrépide des missionnaires, la franchise des prédicateurs, l'exemple de tous les saints, certains même adolescents et enfants. C'est ce que montre l'existence même de l'Eglise, qui, en dépit des limites et des fautes des hommes, continue de traverser l'océan de l'histoire, poussée par le souffle de Dieu, et animée par son feu purificateur. Avec cette foi et cette joyeuse espérance, nous répétons aujourd'hui, par l'intercession de Marie : « Envoie ton Esprit, Seigneur, qu'il renouvelle la face de la terre ». Amen


© Copyright du texte original en italien : Libreria Editrice del Vaticano

Traduction : Zenit

Pentecôte : la nécessité du Saint-Esprit dans la vie de l’Eglise

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Rome (Agence Fides) – Dans une de ses Catéchèses, Saint Cyrille parle en ces termes de l’Esprit- Saint dans l’âme du croyant qui l’accueille :

« Son entrée en nous se fait avec douceur, on l'accueille avec joie, son joug est facile à porter. Son arrivée est annoncée par des rayons de lumière et de science. Il vient avec la tendresse d'un défenseur véritable, car il vient pour sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, réconforter, éclairer l'esprit : chez celui qui le reçoit, tout d'abord ; et ensuite, par celui-ci, chez les autres.

« Un homme qui se trouvait d'abord dans l'obscurité, en voyant soudain le soleil, a le regard éclairé et voit clairement ce qu'il ne voyait pas auparavant : ainsi celui qui a l'avantage de recevoir le Saint-Esprit a l'âme illuminée, et il voit de façon surhumaine ce qu'il ne connaissait pas » (Catéchèse de St Cyrille de Jérusalem sur le Saint-Esprit : Extraits de la Catéchèse 18 sur le Symbole de la Foi, 23-2)


Avec la grande solennité de la Pentecôte se termine le Temps Pascal. Le temps propice pour la rencontre avec le Seigneur Ressuscité, nous pouvons le trouver chaque jour, spécialement quand nous vivons avec foi la célébration quotidienne de la Sainte Messe, et que nous L’adorons dans la Présence Eucharistique Vivante. Nous aussi, comme les deux Disciples d’Emmaüs, nous pouvons reconnaître Jésus à la « fraction du pain » (cf. Luc 24, 31), grâce à l’action du Saint-Esprit dans nos cœurs.

Le Saint-Esprit, comme le déclare Saint Basile, « se manifeste seulement à ceux qui en sont dignes. Il ne se donne pas eux, toutefois, de manière égale, mais il se donne en rapport à l’intensité de la foi » (Traité sur le Saint Esprit, de Saint Basile le Grand). Plus nous croyons en Jésus, plus son Esprit s’emparera de notre existence, plus son inspiration remplira nos pensées, plus son amour poussera notre volonté à agir. Sans l’Esprit, il est impossible de faire quelque chose de surnaturel, ni même de prier, parce que Lui seul peut élever notre cœur et notre esprit à Dieu

Tout ce qui est authentique, dans la vie de l’Eglise et dans la vie de chaque âme, se ramène à son action. Il n’y a rien de bon, qu’une âme puisse accomplir au Nom de Jésus, sans la collaboration du Saint-Esprit. Nous pourrions ainsi appliquer aussi au Saint-Esprit les paroles de Jésus à ses disciples : « Sans moi ; vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5). On réfléchit peut-être trop peu sur la nécessité du Saint-Esprit dans la vie de l’Eglise. Nous nous souvenons de Lui seulement en des moments déterminés, mais, en réalité, nous devrions l’invoquer tout au long de la journée, comme des enfants qui recherchent la proximité de leurs parents pour être forts de leur force, rassurés par leur présence. Pour les petits, qui ont leur Papa et leur Maman près d’eux, il n’y a pas de problèmes insurmontables parce qu’ils savent, par expérience, grâce à leur totale confiance, qu’ils sont dans des mains sûres.

On entend souvent dire à un enfant, plein de confiance : mon Papa est plus fort que tous les autres ! Ma Maman est la meilleure de toutes ! Eh oui, il faut apprendre auprès des petits, devenir comme eux, pour « entrer dans la Royaume » du Saint-Esprit. On devrait conserver dans son cœur un respect profond et une vive dévotion pour le Saint-Esprit, de manière à pouvoir s’adresser spontanément à Lui, avec la confiance d’un enfant qui s’abandonne dans les mains de ses parents. Dans la belle Séquence de la Pentecôte, n’invoquons-nous pas le Saint-Esprit comme notre « Père ?! « Viens, Père des pauvres, viens, Lumière des cœurs ! ». Ne sommes-nous tous pas tellement pauvres, même si nous sommes riches de nous-mêmes, au point d’avoir immensément besoin de Lui ?

Pour faire comprendre à ses disciples combien le Saint-Esprit était important dans la vie du croyant, le Seigneur se sert d’une expression très forte : « A présent je vous dis la vérité : il est bon pour vous que m’en aille, parce que si je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas à vous ; mais quand je serai parti, je vous l’enverrai » (Jean 16, 7).

Il est clair que ces paroles du Seigneur n’ont été comprises par les Apôtres qu’après la Pentecôte ; auparavant, ils ne pouvaient certainement pas imaginer quelle force et quel courage de témoignage le Saint-Esprit aurait été capable de mettre dans l’âme qui s’ouvre à Lui dans la foi en Jésus. Avec la Pentecôte, commence le grand témoignage de la première communauté chrétienne, rassemblée au Cénacle en prière, avec Marie (cf. Actes 1, 14). Le Seigneur Jésus, avant de monter au Ciel, avait promis à ses Disciples la « puissance d’En-Haut », à condition qu’ils restent dans la ville : « Je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’En-Haut » (Luc 24, 49).

En soulignant l’importance du fait de « rester ensemble » (cf. Actes 1, 4-5), demandé aux siens par Jésus pour se préparer à la venue du Saint-Esprit, le Pape Benoît XVI a déclaré :

« Demeurer ensemble fut la condition posée par Jésus pour accueillir le don de l'Esprit Saint; la condition nécessaire pour l'harmonie entre eux fut une prière prolongée. Une formidable leçon pour toute communauté chrétienne est présentée ici. On pense parfois que l'efficacité missionnaire dépend essentiellement d'une programmation attentive, suivie d'une mise en oeuvre intelligente à travers un engagement concret. Le Seigneur demande certes notre collaboration, mais avant toute réponse de notre part, son initiative est nécessaire: le vrai protagoniste de l'Eglise est son Esprit. Les racines de notre être et de notre action se trouvent dans le silence sage et prévoyant de Dieu » (Homélie, solennité de la Pentecôte, 4 juin 2006)

En célébrant la Pentecôte dans nos communautés, répondons nous aussi à l’invitation du Seigneur. Unis à la Sainte Vierge Marie, ouvrons notre cœur et notre esprit, dans la prière commune, à la venue du, Saint-Esprit, en consacrant notre vie à son Amour Tout-Puissant.

(Agence Fides, 27 mai 2009)

Méditation pour l'Ascension du Seigneur année B 2009

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)



Pourquoi regardez-vous vers le ciel ? interrogent deux hommes vêtus de blanc ...


Par grâce nous avons reçu davantage que ce que nous avions perdu par notre faute !

De fait, nous célébrons ce jour où Jésus disparaît de la vue des disciples, après ces temps d'apparitions. Après le sensible, l'invisible prend le pas. Après le temps de la présence, le temps de la promesse et de l'attente.

Puissions-nous, en ce jour de l'Ascension, faire mémoire en nos vies de ces temps de visitation sensible du Seigneur dans nos vies, et réentendre sa promesse du don de l'Esprit pour devenir ses témoins dans le monde qui nous entoure.



Bonne journée, dans la mémoire vivante du don des sept témoins trappistes de Tibhirine (21 mai 1996).

Homélie 4° dimanche de Pâques: Y a-t-il un berger dans la bergerie?

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)



    Décidément, nous sommes bien aveugles (lisez : incroyants) ! Nous voulions mener notre vie chrétienne (?), et changer l’'Église et le monde comme si Jésus n’était pas là. Maintenant, Jésus, nous ayant persuadé du contraire, nous pensons que sa présence doit être celle d’un retraité, d’'un papa gâteux, qui a besoin que nous lui prêtions main forte pour le tirer d’'affaire… Alors Jésus veut continuer d’'ouvrir les yeux des malvoyants ("malcroyants") que nous sommes, et il nous dit :
Je suis le Bon Pasteur…,
sous-entendu : "Je ne suis pas encore retraité, j’exerce toujours mon métier !"

    Le travail du berger, c’est de conduire et de nourrir le troupeau. Depuis deux mille ans, mine de rien, c’est Jésus qui gouverne son Église. Qui peut en dire autant ?
L’Église, en effet, est le bercail dont le Christ est l’entrée unique et nécessaire. Elle est aussi le troupeau dont Dieu a proclamé Lui-mëme à l’avance qu’Il serait le pasteur et dont les brebis, quoiqu’elles aient à leur tête des pasteurs humains, sont cependant continuellement conduites et nourries par le Christ même, Bon Pasteur et Prince des pasteurs, qui a donné sa vie pour ses brebis. (CEC 754)
    D’ailleurs, il a encore du pain sur la planche :
J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi, il faut que je les conduise.
    Notre erreur, c’est de penser "ou bien, ou bien". Selon nous, ou bien c’est le Christ qui conduit l’Église, où bien ce sont le Pape et les Évêques. Et l’Église gouvernée par le Pape et les Évêques ne peut pas être l’Église du Christ. Pour nous, c’est l’un ou c’est l’autre. Et dans les deux cas nous tombons dans le trou.

    L’Église que Jésus conduit, c’est l’Église qu’il a fondée sur les Douze : 
Dès le début de sa vie publique, Jésus choisit des hommes au nombre de douze pour être avec Lui et pour participer à sa mission. Il leur donne part à son autorité (…) Ils restent pour toujours associés au Royaume du Christ car Celui-ci dirige par eux l’Église. (CEC 551)
    Parmi les Douze, Simon Pierre occupe la première place, et Jésus lui confie une autorité spécifique :
Jésus, "le Bon Pasteur" a confirmé cette charge après sa Résurrection : "Pais mes brebis" (Jn 21, 15-17). (CEC 553)
    Le sacrement de l’Ordre est
un des moyens par lesquels le Christ ne cesse de construire et de conduire son Église : Dans le service ecclésial du ministre ordonné, c’est le Christ Lui-même qui est présent à son Église en tant que Tête de son Corps, Pasteur de son troupeau, grand prêtre du sacrifice rédempteur, Maître de la vérité (…) Par le ministère ordonné, spécialement des évêques et des prêtres, la présence du Christ comme chef de l’Église est rendue visible au milieu de la communauté des croyants. (CEC 1547… 1549).
    Décidément, nous avons des yeux, et nous ne voyons pas. Au baptême, nous avons reçu la foi, et nous ne croyons pas. Dans la préface pour la fête des Apôtres, ceux qui croient vraiment rendent grâce à Dieu en disant :
Tu n’abandonnes pas ton troupeau, Pasteur éternel, mais tu le gardes par les Apôtres sous ta constante protection. Tu le diriges encore par ces mêmes pasteurs qui le conduisent aujourd’hui au nom de ton Fils.
    Allons-nous faire cela aujourd’hui : rendre grâce pour les papes, les évêques, les prêtres que Dieu nous a donnés ?

Cela ne veut pas dire que tout est parfait :
Cette présence du Christ dans le ministre ne doit pas être comprise comme si celui-ci était prémuni contre toutes les faiblesses humaines, l’esprit de domination, les erreurs, voire le péché. La force de l’Esprit Saint ne garantit pas de la même manière tous les actes des ministres. Tandis que dans les sacrements cette garantie est donnée, de sorte que même le péché du ministre ne peut empêcher le fruit de grâce, il existe beaucoup d’autres actes où l’empreinte humaine du ministre laisse des traces qui ne sont pas toujours le signe de la fidélité à l’Évangile, et qui peuvent nuire par conséquent à la fécondité apostolique de l’Église. (CEC 1550)
    Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus fait état de mercenaires. Qu’est-ce qui distingue le bon berger du mercenaire ? Pour répondre à cette question, remarquons d’abord que quand Jésus se présente comme LE Pasteur, il ne se qualifie pas de "vrai" comme quand il dit qu’il est LA Lumière, ou encore LE Pain, ou encore LA Vigne. Il veut dire encore moins qu’il est tout doux et tout gentil, comme l’ont représenté beaucoup d’images pieuses. Non ! Jésus se qualifie en réalité de Beau Pasteur ("kalos" en grec). Or beau, au sens biblique, ne veut pas dire quelqu’un qui sort premier d’un concours de beauté, ou quelqu’un qui fréquente assidûment les salons de beauté dans cet espoir, mais quelqu’un qui répond pleinement à sa vocation (comme, par exemple, en 1 P 4, 10, ou 2 Tm 2, 3).

    Le mercenaire, lui, abandonne le troupeau et prend la fuite. Dès qu’il flaire le danger, dès qu’il sent que les choses vont se gâter, il fuit … sa vocation. Fuir sa vocation, ce n’est pas nécessairement prendre l’avion, ou le train ou la voiture. Jésus recommande même de le faire – et les chrétiens n’ont pas manqué de le faire – en cas de persécutions (Mt 10, 23 : "Si l’on vous pourchasse dans telle ville, fuyez dans telle autre, et si l’on vous pourchasse dans celle-là, fuyez dans une troisième").
Ce sont, dit S. Augustin, nos émotions qui mettent en mouvement nos âmes… Craindre c’est spirituellement fuir...
notamment quand le pasteur doit faire des réprimandes, et qu’il ne le fait pas, de crainte de se faire mal voir et d’avoir "des histoires". Combien nous autres, pasteurs, devons-nous redouter cette tentation de lâcheté qui consiste à vouloir sauvegarder sa tranquillité coûte que coûte ... même sous le couvert de la communion ecclésiale !
On ne peut pas soutenir un concept de communion selon lequel la valeur pastorale suprême consiste à éviter les conflits. La foi est toujours aussi une épée, et peut exiger réellement le conflit par amour de la Vérité et de la Charité (cf. Mt 10, 34). Un projet d’unité ecclésiale dans lequel le durcissement des conflits serait d’emblée évité au nom d’une paix artificielle, en renonçant à la totalité du témoignage, se révèlerait bien vite illusoire. " (Cardinal J. Ratzinger)
    Et si la pastorale des vocations consistait à ratisser le plus large possible en se gardant à tout prix de déplaire au plus grand nombre, nous ne serions plus dans l’Église du Christ, mais dans un parti populiste. Des bergers ou des mercenaires : que demande le peuple ?

    Jésus parle aussi de loups. Ils désignent plus spécialement les faux prophètes :
Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups voraces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur des épines ? ou des figues sur des chardons ? Ainsi tout arbre bon (" kalos " !) donne de bons fruits, tandis que l’arbre gâté produit de mauvais fruits… " (Mt 7, 15-20)
Je sais, moi, qu’après mon départ, il s’introduira parmi vous des loups redoutables qui ne ménageront pas le troupeau, et que du milieu même de vous se lèveront des hommes tenant des discours pervers, dans le but d’entraîner les disciples à leur suite. C’est pourquoi soyez vigilants… (Ac 20, 28-31)
    Tout cela nous invite à grandir dans la foi, à ouvrir davantage les yeux :
Une foi qui suit les vagues de la mode n’est pas "adulte". Une foi adulte et mûre est profondément enracinée dans l’amitié avec le Christ. C’est cette amitié qui nous ouvre à tout ce qui est bon et nous donne le critère pour discerner entre le vrai et le faux, entre l’imposture et la vérité. C’est cette foi adulte que nous devons faire mûrir, c’est vers cette foi que nous devons guider le troupeau du Christ. Et c’est cette foi – seulement la foi – qui crée l’unité et se réalise dans la charité. (Cardinal J. Ratzinger)
    Serons-nous toujours aussi lents à croire ?

N.B.: cette homélie est celle que j'ai mise en ligne il y a trois ans ... déjà !

Pour Benoît XVI, la révolution chrétienne naît dans la liturgie

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Le manifeste du pape Benoît: "De cette façon la transformation du monde trouve son commencement"

Pour Benoît XVI, la révolution chrétienne naît dans la liturgie et son "canon", sa règle constitutive, est la grande prière eucharistique. Il l'a expliqué dans son homélie du Jeudi Saint et, antérieurement, lors d'une catéchèse tout aussi surprenante

par Sandro Magister



 


ROME, le 14 avril 2009 – Pendant la récente semaine sainte, Benoît XVI a prononcé à chaque célébration une homélie, de celles qui sont vraiment siennes du premier au dernier mot. Les homélies sont désormais un signe distinctif de ce pontificat. Peut-être encore le moins connu et le moins compris. Mais sûrement le plus révélateur.

Benoît XVI n’est pas que théologien, il est encore davantage liturge et prédicateur. Ce caractère distinctif, www.chiesa l’a mis plusieurs fois en évidence, par exemple l’an dernier tout de suite après Pâques, en mettant en ligne les six homélies de la semaine sainte en bloc, et à l’automne, en rassemblant dans un livre – édité par Scheiwiller (Gruppo 24 Ore) – les homélies de Benoît XVI au cours de toute l’année liturgique qui venait de s’achever.

Mais à l’issue de la semaine sainte de cette année, le lecteur ne trouvera pas ci-dessous toutes les homélies prononcées par le pape à cette occasion. Il pourra les lire aisément sur le site du Vatican, en cliquant sur le lien à la fin de la page.

Une seule des homélies pontificales pendant le triduum pascal est reproduite ci-dessous, celle du soir du Jeudi Saint.

Tout de suite après, le lecteur trouvera un texte de Benoît XVI datant d’il y a quelques mois: sa catéchèse lors de l'audience générale du mercredi 7 janvier 2009.

Les deux textes sont étroitement liés. Dans l’un et l’autre, le pape explique les mots et le sens profond du Canon Romain, la prière centrale et constitutive de la messe, la plus ancienne de celles qui sont utilisées dans le monde entier à travers l'actuel missel de l’Eglise de Rome.

A la messe "In cena Domini" du Jeudi Saint, le Canon Romain comporte des variantes propres à ce jour. Et Benoît XVI en met le caractère particulier en lumière dès les premiers mots de son homélie.

Mais c’est au sens global de cette prière liturgique capitale que le pape consacre toute la suite de son homélie.

Il fait de même dans un passage de la catéchèse du 7 janvier, qui pour le reste vise à présenter le culte chrétien dans son ensemble. Ce culte que le Canon Romain, à la suite de saint Paul, définit comme "rationabile".

Dans les langues modernes, la traduction courante de "rationabile" est "spirituel". Mais Benoît XVI met en garde contre l’idée que le culte chrétien serait quelque chose de métaphorique, de moral, de purement intérieur. Non, explique-t-il, le vrai culte chrétien prend les hommes et le monde dans leur intégralité, il est aussi corporel et matériel, c’est une "liturgie cosmique" où "les peuples unis dans le Christ, le monde, deviennent gloire de Dieu".

Dans la production théologique et liturgique moderne, il est très rare de rencontrer une explication du sens du culte chrétien qui soit aussi pénétrante que ces deux textes de prédication du pape.

Voici donc ci-après, dans l'ordre:

– l'homélie de Benoît XVI à la messe "In Cena Domini" de Jeudi Saint dernier;

– la catéchèse du 7 janvier 2009 sur le culte "spirituel";

– les liens vers les textes intégraux du Canon Romain en latin et en langue moderne;

– d’autres renvois à l'ensemble des homélies pontificales.


1. Homélie du Jeudi Saint, 9 avril 2009, sur le Canon Romain

par Benoît XVI



Chers frères et sœurs, "Qui, pridie quam pro nostra omniumque salute pateretur, hoc est hodie, accepit panem": ainsi dirons-nous aujourd’hui dans le Canon de la Messe. "Hoc est hodie" – la Liturgie du Jeudi Saint insère dans le texte de la prière la parole "aujourd’hui", soulignant ainsi la dignité particulière de cette journée. C’est aujourd’hui qu’Il l’a fait: pour toujours, il s’est donné lui-même à nous dans le Sacrement de son Corps et de son Sang. Cet "aujourd’hui" est avant toute chose le mémorial de la Pâques d’alors. Mais il est davantage encore. Avec le Canon, nous entrons dans cet "aujourd'hui". Notre aujourd'hui rejoint son aujourd'hui. Il fait cela maintenant. Par la parole "aujourd'hui", la Liturgie de l’Église veut nous amener à porter une grande attention intérieure au mystère de ce jour, aux mots dans lesquels il est exprimé. Cherchons donc à écouter de façon neuve le récit de l’institution comme l’Église l’a formulé sur la base de l’Écriture, tout en contemplant le Seigneur.

En premier lieu, il est frappant que le récit de l’institution ne soit pas une phrase autonome, mais qu’il débute par un pronom relatif: qui pridie. Ce "qui" rattache le récit entier aux paroles précédentes de la prière, "… qu’elle devienne pour nous le corps et le sang de ton Fils bien-aimé, Jésus Christ, notre Seigneur". De cette façon, le récit est lié à la prière précédente, à l’ensemble du Canon, et il devient lui-même une prière. Ce n’est pas simplement un récit qui est ici inséré, et il ne s’agit pas davantage de paroles d’autorité indépendantes, qui viendraient interrompre la prière. C’est une prière. C’est seulement dans la prière que s’accomplit l’acte sacerdotal de la consécration qui devient transformation, transsubstantiation de nos dons du pain et du vin dans le Corps et le Sang du Christ. En priant, en cet instant capital, l’Église est en accord total avec l’événement du Cénacle, puisque l’agir de Jésus est décrit par ces mots: "gratias agens benedixit" – il rendit grâce par la prière de bénédiction. Par cette expression, la Liturgie romaine a énoncé en deux mots ce qui dans l’hébreu "berakha" n’est qu’un seul mot et qui dans le grec apparaît en revanche à travers les deux termes "eucharistie" et "eulogie". Le Seigneur rend grâce. En rendant grâce, nous reconnaissons que telle chose est un don que nous recevons d’un autre. Le Seigneur rend grâce et par là il rend à Dieu le pain, "fruit de la terre et du travail des hommes", pour le recevoir à nouveau de Lui. Rendre grâce devient bénir. Ce qui a été remis entre les mains de Dieu, nous est retourné par Lui béni et transformé. La Liturgie romaine a raison, donc, en interprétant notre prière en ce moment sacré par les paroles: "offrons", "supplions", "prions d’accepter", "de bénir ces offrandes". Tout cela est contenu dans le terme "eucharistie".

Il y a une autre particularité dans le récit de l’institution rapporté dans le Canon romain, que nous voulons méditer en ce moment. L’Église priante regarde les mains et les yeux du Seigneur. Elle veut comme l’observer, elle veut percevoir le geste de sa prière et de son agir en cette heure singulière, rencontrer la figure de Jésus, pour ainsi dire, même à travers ses sens. "Il prit le pain dans ses mains très saintes…". Regardons ces mains avec lesquelles il a guéri les hommes; les mains avec lesquelles il a béni les enfants; les mains, qu’il a imposées aux hommes; les mains qui ont été clouées à la Croix et qui pour toujours porteront les stigmates comme signes de son amour prêt à mourir. Maintenant nous sommes chargés de faire ce qu’Il a fait: prendre entre les mains le pain pour que, par la prière eucharistique, il soit transformé. Dans l’Ordination sacerdotale, nos mains ont reçu l’onction, afin qu’elles deviennent des mains de bénédiction. En cette heure, prions le Seigneur pour que nos mains servent toujours plus à porter le salut, à porter la bénédiction, à rendre présente sa bonté!

De l’introduction à la prière sacerdotale de Jésus (cf. Jn 17, 1), le Canon prend ensuite les paroles suivantes: "Les yeux levés au ciel, vers toi, Dieu, son Père tout-puissant…" Le Seigneur nous enseigne à lever les yeux et surtout le cœur. À élever le regard, le détachant des choses du monde, à nous orienter vers Dieu dans la prière et ainsi à nous relever. Dans une hymne de la prière des heures nous demandons au Seigneur de garder nos yeux, afin qu’ils n’accueillent pas et ne laissent pas entrer en nous les "vanitates" – les vanités, les futilités, ce qui est seulement apparence. Nous prions pour qu’à travers nos yeux n’entre pas en nous le mal, falsifiant et salissant ainsi notre être. Mais nous voulons surtout prier pour avoir des yeux qui voient tout ce qui est vrai, lumineux et bon; afin que nous devenions capables de voir la présence de Dieu dans le monde. Nous prions afin que nous regardions le monde avec des yeux d’amour, avec les yeux de Jésus, reconnaissant ainsi les frères et les sœurs, qui ont besoin de nous, qui attendent notre parole et notre action.

En bénissant, le Seigneur rompit ensuite le pain et le distribua à ses disciples. Rompre le pain est le geste du père de famille qui se préoccupe des siens et leur donne ce dont ils ont besoin pour la vie. Mais c’est aussi le geste de l’hospitalité par lequel l’étranger, l’hôte est accueilli dans la famille et il lui est consenti de prendre part à sa vie. Partager – partager avec, c’est unir. Par le fait de partager une communion se crée. Dans le pain rompu, le Seigneur se distribue lui-même. Le geste de rompre fait aussi mystérieusement allusion à sa mort, à son amour jusqu’à la mort. Il se distribue lui-même, le vrai "pain pour la vie du monde" (cf. Jn 6, 51). La nourriture dont l’homme a besoin au plus profond de lui-même est la communion avec Dieu lui-même. Rendant grâce et bénissant, Jésus transforme le pain, il ne donne plus du pain terrestre, mais la communion avec lui-même. Cette transformation, cependant, veut être le commencement de la transformation du monde. Afin qu’il devienne un monde de résurrection, un monde de Dieu. Oui, il s’agit d’une transformation. De l’homme nouveau et du monde nouveau qui prennent leur commencement dans le pain consacré, transformé, transsubstantié.

Nous avons dit que le fait de rompre le pain est un geste de communion, d’union par le fait de partager. Ainsi, dans le geste même est déjà indiquée la nature profonde de l’Eucharistie: elle est "agape", elle est amour rendu corporel. Dans le mot "agape" les significations d’Eucharistie et d’amour s’interpénètrent. Dans le geste de Jésus qui rompt le pain, l’amour auquel nous participons a atteint sa radicalité extrême: Jésus se laisse rompre comme pain vivant. Dans le pain distribué nous reconnaissons le mystère du grain de blé, qui meurt et qui ainsi porte du fruit. Nous reconnaissons la nouvelle multiplication des pains, qui vient de la mort du grain de blé et qui continuera jusqu’à la fin du monde. En même temps nous voyons que l’Eucharistie ne peut jamais être seulement une action liturgique. Elle est complète seulement si l’"agape" liturgique devient amour dans le quotidien. Dans le culte chrétien les deux choses deviennent une – le fait d’être comblés par le Seigneur dans l’acte cultuel et le culte de l’amour à l’égard du prochain. Demandons en ce moment au Seigneur la grâce d’apprendre à vivre toujours mieux le mystère de l’Eucharistie si bien que de cette façon la transformation du monde trouve son commencement.

Après le pain, Jésus prend la coupe remplie de vin. Le Canon romain qualifie la coupe que le Seigneur donne à ses disciples, de "praeclarus calix" (de coupe glorieuse), faisant allusion ainsi au Psaume 22 [23], ce Psaume qui parle de Dieu comme du Pasteur puissant et bon. On y lit: "Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis… ma coupe est débordante" – calix praeclarus. Le Canon romain interprète ces paroles du Psaume comme une prophétie qui se réalise dans l’Eucharistie: Oui, le Seigneur nous prépare la table au milieu des menaces de ce monde, et il nous donne la coupe glorieuse – la coupe de la grande joie, de la vraie fête, à laquelle tous nous aspirons ardemment – la coupe remplie du vin de son amour. La coupe signifie les noces: maintenant est arrivée l’ "heure", à laquelle les noces de Cana avaient fait allusion de façon mystérieuse. Oui, l’Eucharistie est plus qu’un banquet, c’est un festin de noces. Et ces noces se fondent dans l’auto-donation de Dieu jusqu’à la mort. Dans les paroles de la dernière Cène de Jésus et dans le Canon de l’Église, le mystère solennel des noces se cache sous l’expression "novum Testamentum". Cette coupe est le nouveau Testament – "la nouvelle Alliance en mon sang", tel que Paul rapporte les paroles de Jésus sur la coupe dans la deuxième lecture d’aujourd’hui (1 Co 11, 25). Le Canon romain ajoute: "de l’alliance nouvelle et éternelle" pour exprimer l’indissolubilité du lien nuptial de Dieu avec l’humanité. Le motif pour lequel les anciennes traductions de la Bible ne parlent pas d’Alliance mais de Testament, se trouve dans le fait que ce ne sont pas deux contractants à égalité qui ici se rencontrent, mais entre en jeu l’infinie distance entre Dieu et l’homme. Ce que nous appelons nouvelle et ancienne Alliance n’est pas un acte d’entente entre deux parties égales, mais le simple don de Dieu qui nous laisse en héritage son amour – lui-même. Il est certain, par ce don de son amour, abolissant toute distance, qu’il nous rend finalement vraiment "partenaire" et le mystère nuptial de l’amour se réalise.

Pour pouvoir comprendre ce qui arrive là en profondeur, nous devons écouter encore plus attentivement les paroles de la Bible et leur signification originaire. Les savants nous disent que, dans les temps lointains dont nous parlent les histoires des Pères d’Israël, "ratifier une alliance" signifie "entrer avec d’autres dans un lien fondé sur le sang, ou plutôt accueillir l’autre dans sa propre fédération et entrer ainsi dans une communion de droits l’un avec l’autre. De cette façon se crée une consanguinité réelle bien que non matérielle. Les partenaires deviennent en quelque sorte "frères de la même chair et des mêmes os". L’alliance réalise un ensemble qui signifie paix (cf. ThWNT II, 105-137). Pouvons-nous maintenant nous faire au moins une idée de ce qui arrive à l’heure de la dernière Cène et qui, depuis lors, se renouvelle chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie? Dieu, le Dieu vivant établit avec nous une communion de paix, ou mieux, il crée une "consanguinité" entre lui et nous. Par l’incarnation de Jésus, par son sang versé, nous avons été introduits dans une consanguinité bien réelle avec Jésus et donc avec Dieu lui-même. Le sang de Jésus est son amour, dans lequel la vie divine et la vie humaine sont devenues une seule chose. Prions le Seigneur afin que nous comprenions toujours plus la grandeur de ce mystère! Afin qu’il développe sa force transformante dans notre vie intime, de façon que nous devenions vraiment consanguins de Jésus, pénétrés de sa paix et également en communion les uns avec les autres.

Maintenant, cependant, une autre question se pose encore. Au Cénacle, le Christ a donné aux disciples son Corps et son Sang, c’est-à-dire lui-même dans la totalité de sa personne. Mais a-t-il pu le faire? Il est encore physiquement présent au milieu d’eux, il se trouve devant eux! La réponse est: en cette heure Jésus réalise ce qu’il avait annoncé précédemment dans le discours sur le Bon Pasteur: "Personne ne m’enlève ma vie: je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre…" (Jn 10, 18). Personne ne peut lui enlever la vie: il la donne par sa libre décision. En cette heure il anticipe la crucifixion et la résurrection. Ce qui se réalisera là, pour ainsi dire, physiquement en lui, il l’accomplit déjà par avance dans la liberté de son amour. Il donne sa vie et la reprend dans la résurrection pour pouvoir la partager pour toujours.

Seigneur, aujourd’hui tu nous donnes ta vie, tu te donne toi-même à nous. Pénètre-nous de ton amour. Fais-nous vivre dans ton "aujourd’hui". Fais de nous des instruments de ta paix! Amen.


2. Catéchèse du 7 janvier 2009, sur le culte "spirituel"

par Benoît XVI


Chers frères et sœurs, en cette première audience générale de 2009, je désire adresser à tous mes vœux fervents pour la nouvelle année qui vient de commencer. Ravivons en nous l'engagement à ouvrir au Christ notre esprit et notre cœur, pour être et vivre comme ses véritables amis. Sa compagnie aura pour effet que cette année, malgré ses inévitables difficultés, soit un chemin plein de joie et de paix. En effet, ce n'est que si nous restons unis à Jésus, que l'année nouvelle sera bonne et heureuse.

L'engagement d'union avec le Christ est l'exemple que nous offre également saint Paul. En poursuivant les catéchèses qui lui sont consacrées, nous nous arrêtons aujourd'hui pour réfléchir sur l'un des aspects importants de sa pensée, celui qui concerne le culte que les chrétiens sont appelés à exercer. Par le passé, on aimait parler d'une tendance plutôt anti-cultuelle de l'apôtre, d'une "spiritualisation" de l'idée du culte. Aujourd'hui, on comprend mieux que Paul voit dans la Croix du Christ un tournant historique, qui transforme et renouvelle radicalement la réalité du culte. C'est en particulier dans trois textes de la Lettre aux Romains qu'apparaît cette nouvelle vision du culte.

1. Dans Rm 3, 25, après avoir parlé de la "rédemption accomplie dans le Christ Jésus", Paul continue par une formule mystérieuse pour nous et dit ceci:  Dieu "l'a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi". Avec cette expression pour nous plutôt étrange – "instrument de propitiation" – saint Paul fait allusion à ce qu'on appelle la "propitiation" du temple antique, c'est-à-dire le couvercle de l'arche de l'alliance, que l'on pensait être un point de contact entre Dieu et l'homme, un point de sa présence mystérieuse dans le monde des hommes. Le grand jour de la réconciliation – "yom kippur" –, cette "propitiation" était aspergée avec le sang d'animaux sacrifiés – un sang qui portait symboliquement les péchés de l'année écoulée au contact de Dieu, et ainsi les péchés jetés dans l'abîme de la bonté divine étaient presque absorbés par la force de Dieu, dépassés, pardonnés. La vie commençait à nouveau.

Saint Paul évoque ce rite et dit:  ce rite était l'expression du désir que l'on puisse réellement mettre toutes nos fautes dans l'abîme de la miséricorde divine et les faire ainsi disparaître. Mais avec le sang des animaux, ce processus ne se réalise pas. Un contact plus réel entre faute humaine et amour divin était nécessaire. Ce contact a eu lieu dans la croix du Christ. Le Christ, vrai Fils de Dieu, qui s'est fait vrai homme, a assumé en lui toute notre faute. Il est lui-même le lieu de contact entre la misère humaine et la miséricorde divine; dans son cœur se dilue la masse triste du mal accompli par l'humanité et la vie se renouvelle.

En révélant ce changement, saint Paul nous dit:  Avec la croix du Christ – l'acte suprême de l'amour divin devenu amour humain – le vieux culte comprenant des sacrifices d'animaux dans le temple de Jérusalem est terminé. Ce culte symbolique, culte de désir, est à présent remplacé par le culte réel:  l'amour de Dieu incarné en Christ et porté à sa plénitude dans la mort sur la croix. Ce n'est donc pas la spiritualisation d'un culte réel, mais au contraire le culte réel, le vrai amour divin-humain remplace le culte symbolique et provisoire. La croix du Christ, son amour à travers la chair et le sang est le culte réel, qui correspond à la réalité de Dieu et de l'homme. Déjà avant la destruction extérieure du temple, selon Paul, l'ère du temple et de son culte est terminée:  Paul se trouve ici en parfaite harmonie avec les paroles de Jésus, qui avait annoncé la fin du temple et annoncé un autre temple "pas fait de mains d'homme" – le temple de son corps ressuscité (cf. Mc 14, 58; Jn 2, 19sq). Cela est le premier texte.

2. Le deuxième texte dont je voudrais aujourd'hui parler se trouve dans le premier verset du chapitre 12 de la Lettre aux Romains. Nous l'avons écouté et je le répète encore:  "Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu:  c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre". Dans ces paroles a lieu un paradoxe apparent:  alors que le sacrifice exige généralement la mort de la victime, Paul en parle en revanche en relation avec la vie du chrétien. L'expression "offrir vos personnes", étant donné le concept qui suit de sacrifice, prend la nuance cultuelle de "donner en oblation, offrir". L'exhortation à "offrir les corps" se réfère alors à la personne tout entière; en effet, dans Rm 6, 13, il invite à "s'offrir soi-même". Du reste, la référence explicite à la dimension physique du chrétien coïncide avec l'invitation à "glorifier Dieu dans votre corps" (cf. 1 Co 6, 20):  il s'agit d'honorer Dieu dans l'existence quotidienne la plus concrète, faite de visibilité relationnelle et perceptible.

Un comportement de ce genre est qualifié par Paul de "sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu". C'est précisément ici que nous rencontrons le terme "sacrifice". Dans l'usage courant, ce terme fait partie d'un contexte sacré et sert à désigner l'égorgement d'un animal, dont une partie peut être brûlée en l'honneur des dieux et une autre partie peut être consommée par ceux qui font l'offrande au cours d'un banquet. Paul l'applique en revanche à la vie du chrétien. En effet, il qualifie un tel sacrifice en se servant de trois adjectifs. Le premier – "vivant" – exprime la vitalité. Le deuxième – "saint" – rappelle l'idée paulinienne d'une sainteté liée non pas à des lieux ou à des objets, mais à la personne même des chrétiens. Le troisième – "agréable à Dieu" – rappelle peut-être la fréquente expression biblique du sacrifice "en parfum d'apaisement" (cf. Lv 1, 13.17; 23, 18; 26, 31; etc.).

Immédiatement après, Paul définit ainsi cette nouvelle façon de vivre:  tel est "votre culte spirituel". Les commentateurs du texte savent bien que l'expression grecque (ten logiken latreían) n'est pas facile à traduire. La Bible latine traduit:  "rationabile obsequium". Le même mot "rationabile" apparaît dans la première prière eucharistique, le Canon romain:  dans celui-ci, on prie pour que Dieu accepte cette offrande comme "rationabile". La traduction française habituelle "culte spirituel" ne reflète pas toutes les nuances du texte grec (ni du texte latin). Quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas d'un culte moins réel, ou même uniquement métaphorique, mais d'un culte plus concret et réaliste – un culte dans lequel l'homme lui-même, dans sa totalité d'être doté de raison, devient adoration, glorification du Dieu vivant.

Cette formule paulinienne, qui revient ensuite dans la Prière eucharistique romaine, est le fruit d'un long développement de l'expérience religieuse au cours des siècles précédant le Christ. Dans cette expérience, on rencontre des développements théologiques de l'Ancien Testament et des courants de la pensée grecque. Je voudrais au moins montrer quelques éléments de ce développement. Les Prophètes et de nombreux Psaumes critiquent avec force les sacrifices sanglants du temple. Le Psaume 50 (49), dans lequel c'est Dieu qui parle, dit par exemple:  "Si j'ai faim, je n'irai pas te le dire, car le monde est à moi et son contenu. Vais-je manger la chair des taureaux, le sang des boucs, vais-je le boire? Offre à Dieu un sacrifice d'action de grâces..." (vv. 12-14). Dans le même sens, le Psaume suivant, 51 (50) dit:  "... Car tu ne prends aucun plaisir au sacrifice:  un holocauste tu n'en veux pas. Le sacrifice à Dieu c'est un esprit brisé; d'un cœur brisé, broyé, Dieu n'a point de mépris" (vv. 18sq). Dans le Livre de Daniel, à l'époque de la nouvelle destruction du temple par le régime hellénistique (ii siècle av. j.c.), nous trouvons un nouveau pas dans la même direction. Au milieu du feu, – c'est-à-dire de la persécution, de la souffrance – Azarias prie ainsi:  "Il n'est plus, en ce temps, chef, prophète ni prince, holocauste, sacrifice, oblation ni encens, lieu où te faire des offrandes et trouver grâce auprès de toi. Mais qu'une âme brisée et un esprit humilié soient agréés de toi, comme des holocaustes de béliers et de taureaux... que tel soit notre sacrifice aujourd'hui devant toi et qu'il te plaise" (Dn 3, 38sq). Dans la destruction du sanctuaire et du culte, dans cette situation de manque de tout signe de la présence de Dieu, le croyant offre comme véritable holocauste, le cœur plein de contrition – son désir de Dieu.

Nous voyons un développement important, beau, mais avec un danger. Il y a une spiritualisation, une moralisation du culte:  le culte devient uniquement une chose du cœur, de l'esprit. Mais il manque le corps, il manque la communauté. On comprend par exemple que le Psaume 51 et également le Livre de Daniel, malgré la critique du culte, souhaitent le retour au temps des sacrifices. Mais il s'agit d'un temps renouvelé, d'un sacrifice renouvelé, dans une synthèse qui n'était pas encore prévisible, ou ne pouvait pas encore être pensée.

Revenons à saint Paul. Il est l'héritier de ces développements, du désir du vrai culte, dans lequel l'homme lui-même devient gloire de Dieu, adoration vivante avec tout son être. Dans ce sens, il dit aux Romains:  "Offrez vos personnes en hosties vivantes... c'est là le culte spirituel" (Rm 12, 1). Paul répète ainsi ce qu'il avait déjà indiqué dans le chapitre 3:  le temps des sacrifices d'animaux, des sacrifices de remplacement, est terminé. Le temps est venu du culte véritable. Mais il y a là aussi le risque d'un malentendu:  on peut facilement interpréter ce nouveau culte dans un sens moralisant:  en offrant notre vie, c'est nous qui faisons le vrai culte. De cette manière, le culte avec les animaux serait remplacé par le moralisme:  l'homme lui-même accomplirait tout à lui seul, avec son effort moral. Et cela n'était certainement pas l'intention de saint Paul. Mais la question demeure:  Comment devons-nous donc interpréter ce "culte spirituel, raisonnable"? Paul suppose toujours que nous sommes devenus "un dans le Christ Jésus" (Ga 3, 28), que nous sommes morts dans le baptême (cf. Rm 1) et que nous vivons à présent avec le Christ, pour le Christ, en Christ. Dans cette union – et seulement ainsi – nous pouvons devenir en Lui et avec Lui "hostie vivante", offrir le "culte vrai". Les animaux sacrifiés auraient dû remplacer l'homme, le don de soi de l'homme, et ils ne pouvaient pas le faire. Jésus Christ, dans son don au Père et à nous, n'est pas un remplacement, mais il porte réellement en lui l'être humain, nos fautes et notre désir; il nous représente réellement, il nous assume en lui. Dans la communion avec le Christ, réalisée dans la foi et dans les sacrements, nous devenons, malgré tous nos manquements, un sacrifice vivant:  le "culte vrai" s'accomplit.

Cette synthèse se trouve à la fin du Canon romain, dans lequel on prie afin que cette offrande devienne "rationabile" – que se réalise le culte spirituel. L'Eglise sait que, dans la Très Sainte Eucharistie, le don de soi du Christ, son sacrifice véritable devient présent. Mais l'Eglise prie pour que la communauté célébrante soit vraiment unie au Christ, soit transformée; elle prie, afin que nous-mêmes devenions ce que nous ne pouvons pas être avec nos forces:  une offrande "rationabile" qui plaît à Dieu. Ainsi, la prière eucharistique interprète les paroles de saint Paul de manière juste. Saint Augustin a éclairci tout cela de façon merveilleuse dans le 10 livre de sa "Cité de Dieu". Je ne cite que deux phrases:  "Tel est le sacrifice des chrétiens:  Bien qu'étant nombreux, nous ne sommes qu'un seul corps dans le Christ"... "Toute la communauté (civitas) rachetée, c'est-à-dire la congrégation et la société des saints, est offerte à Dieu à travers le Prêtre suprême qui s'est donné lui-même" (10, 6:  ccl 47, 27sq).

3. Pour finir, encore une très brève parole sur le troisième texte de la Lettre aux Romains concernant le nouveau culte. Saint Paul s'exprime ainsi dans le chapitre 15:  "En vertu de la grâce que Dieu m'a faite d'être un officiant (hierourgein) du Christ Jésus auprès des païens, ministre de l'Evangile de Dieu, afin que les païens deviennent une offrande agréable, sanctifiée dans l'Esprit Saint" (15, 15sq). Je ne voudrais souligner que deux aspects de ce texte merveilleux à propos de la terminologie unique dans les lettres pauliniennes. Tout d'abord, saint Paul interprète son action missionnaire parmi les peuples du monde pour construire l'Eglise universelle comme action sacerdotale. Annoncer l'Evangile pour unir les peuples dans la communion du Christ ressuscité est une action "sacerdotale". L'apôtre de l'Evangile est un véritable prêtre, il accomplit ce qui est le centre du sacerdoce:  il prépare le vrai sacrifice. Et le deuxième aspect:  l'objectif de l'action missionnaire est – ainsi pouvons-nous dire – la liturgie cosmique:  que les peuples unis dans le Christ, le monde, devienne comme tel gloire de Dieu, "offrande agréable, sanctifiée dans l'Esprit Saint". Ici apparaît l'aspect dynamique, l'aspect de l'espérance dans le concept paulinien du culte:  le don de soi du Christ implique la tendance à attirer chacun à la communion de son corps, d'unir le monde. Ce n'est qu'en communion avec le Christ, l'Homme-modèle, un avec Dieu, que le monde devient tel que nous le désirons tous:  miroir de l'amour divin. Ce dynamisme est toujours présent dans l'Eucharistie – ce dynamisme doit inspirer et former notre vie. Et avec ce dynamisme, nous commençons la nouvelle année.


3. Le Canon Romain en latin et en langue moderne. Les textes intégraux:


> En latin: "Te igitur, clementissime Pater..."

> En français: "Vraiment, Père très saint..."



Toutes les homélies de Joseph Ratzinger pape, année par année, sur le site du Vatican:

> Homélies

L'introduction de Sandro Magister au recueil d’homélies de Benoît XVI pour l'année liturgique allant de l'Avent 2007 à celui de 2008, édité par Scheiwiller:

> Homélies. L'année liturgique racontée par Joseph Ratzinger, pape

Dimanche des Rameaux B: homélie de Benoît XVI

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Homélie de Benoît XVI pour la messe des Rameaux place Saint-Pierre


Journée mondiale de la jeunesse diocésaine



 

ROME, Dimanche 5 avril 2009 (ZENIT.org) - Benoît XVI a présidé la procession et la messe du Dimanche des Rameaux et de la Passion du Christ, ce matin à 9 h 30, place Saint-Pierre. Nous publions ci-dessous le texte intégral de son homélie.



Chers frères et sœurs,

Chers jeunes !


Avec une foule croissante de pèlerins, Jésus était monté à Jérusalem pour la Pâque. A la dernière étape du chemin, près de Jéricho, il avait guéri l'aveugle Bartimée qui l'avait invoqué comme le Fils de David, implorant sa pitié. Maintenant - devenu désormais capable de voir - il s'était inséré avec gratitude dans le groupe des pèlerins. Lorsque, aux portes de Jérusalem, Jésus monte sur un âne, l'animal symbole de la royauté davidique, spontanément, la joyeuse certitude éclate parmi les pèlerins : c'est Lui, le Fils de David ! Ils saluent donc Jésus par l'acclamation messianique : « Béni soit celui qui vient au Nom du Seigneur » et ils ajoutent : « Béni soit le Royaume de notre père David qui vient ! Hosanna au plus haut des cieux ! » (Mc 11, 9s).


Nous ne savons pas précisément ce que les pèlerins enthousiastes imaginaient qu'était le Royaume de David qui venait. Mais nous, avons-nous vraiment compris le message de Jésus, Fils de David ? Avons-nous compris ce qu'est le Royaume de Celui qui a parlé lors de l'interrogatoire devant Pilate ? Comprenons-nous ce que signifie que ce Royaume n'est pas de ce monde ? Ou désirons-nous peut-être qu'au contraire, il soit de ce monde ?


Dans son évangile, saint Jean, après le récit de l'entrée à Jérusalem, rapporte une série de paroles de Jésus dans lesquelles il explique l'essentiel de ce nouveau genre de Royaume. A la première lecture de ces textes, nous pouvons distinguer trois images différentes du Royaume dans lesquelles se reflète, toujours de façon différente, le même mystère.


Jean raconte avant tout que, parmi les pèlerins qui, au cours de la fête « voulaient adorer Dieu », se trouvaient des Grecs (cf. 12, 20). Faisons attention au fait que le vrai objectif de ces pèlerins était d'adorer Dieu. Cela correspond parfaitement à ce que Jésus dit à l'occasion de la purification du Temple : « Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les Nations » (Mc 11, 17). Le vrai but du pèlerinage doit être rencontrer Dieu ; de l'adorer et ainsi mettre dans l'ordre juste la relation de fond de notre vie. Les Grecs sont des personnes à la recherche de Dieu, par leur vie, ils sont en marche vers Dieu. Maintenant, par l'intermédiaire de deux apôtres de langue grecque, Philippe et André, ils font parvenir leur demande  au Seigneur: « Nous voulons voir Jésus » (Jn 12, 21). De grandes paroles. Chers amis, c'est pour cela que nous sommes rassemblés ici : nous voulons voir Jésus. Dans ce but, l'an dernier, des milliers de jeunes sont allés à Sydney. Certes, ils auront eu de multiples attentes, pour ce pèlerinage. Mais l'objectif essentiel est celui-ci : Nous voulons voir Jésus.


Pour ce qui est de cette demande, qu'est-ce que Jésus a alors dit et fait ? De l'Evangile, il ne ressort pas clairement s'il y a eu une rencontre entre ces Grecs et Jésus ; le regard de Jésus va bien au-delà. Le noyau de sa réponse à la demande de ces personnes est : « Si le grain de blé, tombé en terre, ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). Cela signifie : ce n'est pas un entretien plus ou bref avec un petit groupe de personnes qui rentrent ensuite chez eux. Je viendrai, comme le grain de blé mort et ressuscité, d'une façon tout à fait nouvelle, et au-delà des limites du moment, à la rencontre du monde et des Grecs. Par sa résurrection, Jésus dépasse les limites de l'espace et du temps.


En tant que Ressuscité, Il est en chemin vers le vaste monde et l'histoire. Oui, en tant que Ressuscité, il va vers les grecs et parle avec eux, il se montre à eux si bien qu'eux, qui étaient loin deviennent proches et justement, dans leur langue, dans leur culture, sa parole est apportée de façon nouvelle, et comprise d'une façon nouvelle : son Royaume vient.


Nous pouvons ainsi connaître les deux caractéristiques essentielles de ce Royaume. La première est que ce Royaume passe par la croix. Puisque Jésus se donne totalement, il peut, en tant que Ressuscité, appartenir à tous et se rendre présent à tous. Dans la sainte eucharistie, nous recevons le fruit du grain de blé mort, la multiplication des pains qui se poursuit jusqu'à la fin du monde, et dans tous les temps. La seconde caractéristique dit : son Royaume est universel. L'antique espérance d'Israël s'accomplit : cette royauté de David ne connaît plus de frontières. Elle s'étend d'une mère à l'autre - comme le dit le prophète Zacharie (9, 10) - c'est-à-dire qu'elle embrasse le monde entier. Mais cela n'est possible que parce que ce n'est pas la royauté d'un pouvoir politique, mais qu'elle se base uniquement sur la libre adhésion de l'amour - un amour qui, lui, répond à l'amour de Jésus-Christ qui s'est donné pour tous.


Je pense que nous devons toujours apprendre à nouveau deux choses - avant tout l'universalité, la catholicité. Elle signifie que personne ne peut poser son moi, sa culture, et son monde, comme un absolu. Cela implique que nous nous recevions tous mutuellement en renonçant à quelque chose qui est nôtre. L'universalité inclut le mystère de la Croix - le fait de se dépasser soi-même, l'obéissance à la parole commune de Jésus dans la commune Eglise. L'universalité est toujours un dépassement de soi, un renoncement à quelque chose de personnel. L'universalité et la croix vont de pair. C'est seulement comme cela que l'on crée la paix.


La parole à propos du grain de blé mort fait encore partie de la réponse de Jésus aux Grecs, c'est sa réponse. Mais ensuite, il formule une fois encore la loi fondamentale de l'existence humaine : « Qui aime sa vie la perdra, qui hait sa vie en ce monde la conservera dans la vie éternelle » (Jn 12, 25). Qui veut avoir sa vie pour soi-même, vivre seulement pour soi-même, serrer tout contre soi, et en exploiter toutes les possibilités - c'est celui-là justement qui perd sa vie. Elle devient ennuyeuse et vide. C'est seulement par l'abandon de soi-même, dans le don désintéressé du « je » en faveur du « tu », seulement dans le « oui » à une vie plus grande, celle de Dieu, que notre vie aussi devient ample et grande.


Ainsi, ce principe fondamental que le Seigneur établit est simplement identique, en dernière analyse, au principe de l'amour. En effet, l'amour signifie se quitter soi-même, se donner, ne pas vouloir se posséder soi-même, mais devenir libre de soi : ne pas se replier sur soi-même - qu'est-ce que je vais devenir ? - mais regarder vers l'avant, vers l'autre - vers Dieu et vers les hommes qu'il m'envoie.


Et ce principe de l'amour qui définit le chemin de l'homme est encore une fois identique au mystère de la croix, au mystère de mort et de résurrection que nous rencontrons dans le Christ.


Chers amis, il est peut-être relativement facile d'accepter cela comme la grande vision fondamentale de la vie. Mais dans la réalité concrète, il ne s'agit pas simplement de reconnaître un principe, mais de vivre sa vérité, la vérité de la croix et de la résurrection. Et pour cela, à nouveau, une unique grande décision ne suffit pas. Il est sûrement important d'oser une fois la grande décision fondamentale, oser le grand « oui » que le Seigneur nous demande à un certain moment de notre vie.


Mais le grand « oui », le moment décisif de notre vie - le « oui » à la vérité que le Seigneur place devant nous - doit ensuite être reconquis quotidiennement dans les situations de tous les jours, où, toujours à nouveau, nous devons abandonner notre « je », nous rendre disponibles, alors qu'au fond nous voudrions nous agripper à notre « je ». Une vie droite est faite aussi de sacrifice, de renoncement.  Qui promet une vie sans ce don toujours nouveau de soi, trompe les gens. Il n'existe pas de vie réussie sans sacrifice. Si je jette un regard rétrospectif sur ma vie personnelle, je dois dire que c'est justement les moments où j'ai dit « oui » à un renoncement qui ont été les moments grands et importants de ma vie.


Enfin, saint Jean a recueilli, dans sa composition des paroles du Seigneur pour le « Dimanche des rameaux », aussi une forme modifiée de la prière de Jésus au  Jardin des Oliviers. Il y a avant tout l'affirmation : « Mon âme est troublée » (12, 27).  C'est ici qu'apparaît la peur, illustrée amplement par les trois autres évangélistes - sa peur devant le pouvoir de la mort, devant tout l'abîme du mal qu'il voit et dans lequel il doit descendre. Le Seigneur souffre nos angoisses en même temps que nous, il nous accompagne à travers l'ultime angoisse jusqu'à la lumière. Et puis, dans Jean, suivent les deux demandes de Jésus : « Que vais-je dire - Père, sauve-moi de cette heure » (12, 27). En tant qu'être humain, Jésus aussi se sent poussé à demander que lui soit épargnée la terreur de la Passion.


Nous aussi nous pouvons prier de cette façon-là. Nous aussi nous pouvons nous lamenter devant le Seigneur comme Job en lui présentant les demandes qui surgissent en nous face à l'injustice du monde et à nos propres difficultés. Devant Lui, nous ne devons pas nous réfugier dans des phrases pieuses,  dans un monde factice. Prier signifie toujours aussi lutter avec Dieu, et comme Jacob, nous pouvons lui dire : « je ne te lâcherai pas tant que tu ne m'auras pas béni  (Genèse 32, 27).


Mais la deuxième demande de Jésus vient ensuite : « Glorifie ton nom ! » (Jn 12, 28). Dans les synoptiques, cette demande est formulée  ainsi : « Que ce ne soit pas ma volonté qui soit faite mais la tienne » (Lc 22, 42). A la fin, la gloire de Dieu, sa seigneurie, sa volonté est toujours plus importante et plus vraie que ma pensée et ma volonté. Et c'est cela l'essentiel dans notre prière et dans notre vie : apprendre cet ordre juste de la réalité, l'accepter intimement ; avoir confiance en Dieu et croire qu'Il fait ce qui est juste ; que sa volonté est la vérité et l'amour ; que ma vie devient bonne si j'apprends à adhérer à cet ordre. La vie, la mort et la résurrection de Jésus sont pour nous la garantie que nous pouvons vraiment avoir confiance en Dieu. C'est ainsi que se réalise son Royaume.


Chers amis ! à la fin de cette liturgie, les jeunes d'Australie remettront la Croix de la Journée mondiale de la Jeunesse aux jeunes d'Espagne. La croix est en chemin d'un bout à l'autre du monde, d'une mer à l'autre.


Et nous, nous l'accompagnons. Nous progressons avec elle sur sa route et ainsi nous trouvons notre route. Lorsque nous touchons la Croix, mieux, lorsque nous la portons, nous touchons le mystère de Dieu, le mystère de Jésus Christ. Le mystère que Dieu a tant aimé le monde - nous - qu'il a donné son Fils unique pour nous (cf. Jn 3, 16). Nous touchons le mystère merveilleux de l'amour de Dieu, l'unique vérité vraiment rédemptrice. Mais nous touchons aussi la loi fondamentale, la norme constitutive de notre vie, c'est-à-dire le fait que sans le « oui » à la croix, sans marcher en communion avec le Christ jour après jour, la vie ne peut pas être réussie.


Plus nous pouvons faire aussi quelque renoncement par amour de la grande vérité et du grand amour- par amour de la vérité et de l'amour de Dieu -, plus la vie devient grande et riche. Qui veut conserver sa vie pour soi, la perd. Qui donne sa vie - quotidiennement, dans les petits gestes qui font partie de la grande décision - la trouve. Voilà la vérité exigeante, mais aussi profondément belle et libératrice, dans laquelle nous voulons entrer pas à pas, pendant le chemin de la croix à travers les continents. Veuille le Seigneur bénir ce chemin. Amen.


© Copyright du texte original en italien : Libreria Editrice Vaticana

Traduction : Zenit




Homélie 7 T.O.B. 2009: La place du chant grégorien selon Vatican II

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
"Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer une route dans le désert, des fleuves dans les lieux arides." (1° lect.) Quelle est donc cette "route" que le Seigneur va ouvrir ? Quelle est ce monde nouveau" annoncé par Isaïe au désert et dans les lieux arides de l'exil de son peuple ? La réponse par excellence, c'est l'eucharistie. À chaque messe le Christ fait son entrée, il fait le chemin comme l'époux qui vient pour les épousailles et que l'assemblée acclame : "Ce peuple que j'ai formé pour moi redira ma louange."

Dès lors, l'importance de la beauté, de la beauté en général, mais spécialement de la beauté du chant, ne devra jamais être sous-estimée dans la liturgie. "Le chant est en effet le signe de l´allégresse du cœur (cf. Ac 2, 46). Aussi saint Augustin dit-il justement: 'Chanter est le fait de celui qui aime', et selon un proverbe ancien: 'Bien chanter, c’est prier deux fois' " (PGMR 39).



Malheureusement, après la réforme liturgique l'on s'est empressé de mettre le chant grégorien aux oubliettes pour le remplacer au pied levé par une production musicale souvent fort médiocre dont on ne se contenterait jamais pour des concerts profanes ! Comment, en si peu de temps - 50 ans seulement - pourrait-on remplacer le chant grégorien, qui a mis des siècles pour se développer de manière si heureuse ? C'était un pari perdu d'avance.

C'est d'autant plus inompréhensible que le Concile Vatican II, loin de souhaiter l'enfouissement de ce trésor de famille, s'était, au contraire, employé à en répandre l'estime : "L'Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine; c'est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d'ailleurs, doit occuper la première place" (SC 116).

Et très concrètement :

"On achèvera l'édition typique des livres de chant grégorien ; bien plus, on procurera une édition plus critique des livres déjà édités postérieurement". (117)

Sans oublier les petites églises :

"Il convient aussi que l'on procure une édition contenant des mélodies plus simples à l'usage des petites églises" (ibid.).

Il ne s'agit donc nullement de "revenir" au grégorien, mais de le cultiver et de le faire vivre !

La Présentation Générale du Missel Romain persiste et signe :

"Et comme les rassemblements entre fidèles de diverses nations deviennent de plus en plus fréquentes, il est nécessaire que ces fidèles sachent chanter ensemble, en latin, sur des mélodies assez faciles, au moins quelques parties de l´Ordinaire de la messe, notamment la profession de foi et l´oraison dominicale." (41)

L'on ne pourra donc pas raisonnablement suspecter ces directives d'être le symptôme d'une quelconque nostalgie stérile et désuète, pas plus que d'une focalisation indue sur la culture occidentale. Quel que soit le respect dû autres traditions musicales dans la liturgie, cela ne doit en aucun cas conduire à à la dévaluation, voire à l'élimination pure et simple du chant grégorien. C'est une simple question de bon sens, comme le faisait remarquer le Cardinal Ratzinger :

"Ne faudrait-il accorder respect et 'place convenable' dans la liturgie (art. 119) qu'aux traditions non chrétiennes ? Le Concile lui-même s'oppose heureusement à une logique aussi absurde, lui qui demande 'la plus grande sollicitude' pour 'conserver et cultiver' ce 'trésor' (art. 114). Mais on ne peut véritablement 'conserver et cultiver' ce qu'est cette musique que si elle continue à être prière sonore, geste de glorification - que si elle résonne là où elle est née : dans le culte divin de la sainte Église."

Peine perdue également d'objecter que tout cela est bien joli pour des assemblées en Occident, et de ridiculiser ne fût-ce que l'éventualité de l'usage du chant grégorien en Afrique, par exemple. Le Cardinal Arinze témoigne que lors d'une célébration d'ordination presbytérale de onze prêtres qu'il avait célébrée au Nigéria, environ 150 prêtres on chanté la première Prière Eucharistique en latin. "C'était beau. Les gens, bien que n'étant nullement des latinistes confirmés, l'ont beaucoup apprécié."

Alors pourquoi, au nom de quoi, bouder le chant grégorien, comme on le fait dans la quasi totalité des paroisses en France et ailleurs ?

Homélie 4 TO.B 2009: La liturgie et l'autorité de l'Église

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
"L'Eucharistie, un grand mystère ! Mystère qui doit avant tout être bien célébré."

Ces paroles de Jean-Paul II (Mane nobiscum 17), ont-elles été suffisamment entendues ? Dans quelle mesure ont-elles été mises en pratique ? Il s'agit pourtant d'une priorité : "avant tout" ! Nous avons eu une Année de l'Eucharistie pour cela.


Jean-Paul II poursuit :


"Il faut que la Messe soit placée au centre de la vie chrétienne et que, dans chaque communauté, on fasse tout son possible pour qu'elle soit célébrée de manière digne, dans le respect des normes établies (...) avec une sérieuse attention au caractère sacré du chant et de la musique liturgique." (ibid.)


Très concrètement :


"Au cours de cette année de l'Eucharistie, dans chaque communauté paroissiale, un engagement concret pourrait consister à étudier de manière approfondie la Présentation générale du Missel romain." (ibid.)


C'était il y a cinq ans. Dans combien de paroisses, de communautés, ces paroles sont-elles tombées dans des oreilles de sourds ? Pendant les vacances ces cinq dernières années, j'ai eu l'occasion de voyager, en France et dans divers autres pays. Souvent, pour ne pas dire presque toujours, c'est toujours le même bricolage liturgique, dans l'ignorance, si ce n'est au mépris, de ce que l'Église demande. Dans mon diocèse, je viens aussi de changer de paroisse, et j'y retrouve toujours les mêmes abus, la même ignorance.


Les évêques devraient donner l'exemple. Or, même au cours de messes télévisées des entorses sont à déplorer. J'ai encore pu le constater à Noël.


Le Jeudi Saint 2003, Jean-Paul II avait déjà publié une encyclique sur le même sujet : Ecclesia de Eucharistia (L'Église vit de l'Eucharistie). Il concluait en écrivant (n. 52) :


"De ce qui vient d'être dit, on comprend la grande responsabilité qui, dans la Célébration eucharistique, incombe surtout aux prêtres, auxquels il revient de la présider in persona Christi, assurant un témoignage et un service de la communion non seulement pour la communauté qui participe directement à la célébration, mais aussi pour l'Église universelle, qui est toujours concernée par l'Eucharistie." (ibid.)


Pas question donc de ce cacher derrière l'alibi de l'Église particulière :


"Le Mystère de l'Eucharistie est trop grand «pour que quelqu'un puisse se permettre de le traiter à sa guise, en ne respectant ni son caractère sacré, ni sa dimension universelle». Au contraire, quiconque se comporte de cette manière, en préférant suivre ses inclinations personnelles, même s'il s'agit d'un prêtre, lèse gravement l'unité substantielle du Rite romain, sur laquelle il faut pourtant veiller sans relâche."( Redemptionis Sacramentum 11)


Ni derrière celui d'une réaction contre le formalisme ou le rubricisme. Comme dans le chant choral, ou pour le lancement de la fusée Ariane, il n'y a pas de détails sans importance. La moindre fausse note, le plus petit défaut, le moindre écart peut entraîner l'échec . Mais souvent, hélas, ce ne sont pas des détails mais des manquements gravissimes, par exemple des prières eucharistiques auto-bricolées d'un bout à l'autre, qui peuvent jusqu'à empêcher un prêtre d'aller jusqu'au bout d'une concélébration.


Les conséquences sont difficiles a cerner. Faisons quand même une tentative :


"Des actes de ce genre ne constituent absolument pas une réponse valable à la faim et à la soif du Dieu vivant, dont le peuple de notre époque fait l'expérience; de même, ils n'ont rien de commun avec le zèle pastoral authentique ou le véritable renouveau liturgique, mais ils ont plutôt pour conséquence de priver les fidèles de leur patrimoine et de leur héritage. En effet, ces actes arbitraires ne favorisent pas le véritable renouveau, mais ils lèsent gravement le droit authentique des fidèles de disposer d'une action liturgique, qui exprime la vie de l'Église selon sa tradition et sa discipline. De plus, ils introduisent des éléments d'altération et de discorde dans la célébration de l'Eucharistie elle-même, alors que cette dernière, par nature et d'une manière éminente, a pour but de signifier et de réaliser admirablement la communion de la vie divine et l'unité du peuple de Dieu. Ces actes provoquent l'incertitude doctrinale, le doute et le scandale dans le peuple de Dieu, et aussi, presque inévitablement, des oppositions violentes, qui troublent et attristent profondément de nombreux fidèles, alors qu'à notre époque, la vie chrétienne est souvent particulièrement difficile en raison du climat de «sécularisation»." (ibid.)


Ce climat est une raison supplémentaire de bien s'appliquer à célébrer l'eucharistie comme il convient. Il s'agit donc bien d'une réelle sollicitude pastorale :


"En revanche, tous les fidèles du Christ disposent du droit de bénéficier d'une véritable liturgie - et cela vaut tout particulièrement pour la célébration de la sainte Messe - qui soit conforme à ce que l'Église a voulu et établi, c'est-à-dire telle qu'elle est prescrite dans les livres liturgiques et dans les autres lois et normes. De même, le peuple catholique a le droit d'obtenir que le Sacrifice de la sainte Messe soit célébré sans subir d'altération d'aucune sorte, en pleine conformité avec la doctrine du Magistère de l'Église. Enfin, la communauté catholique a le droit d'obtenir que la très sainte Eucharistie soit célébrée de telle manière que celle-ci apparaisse vraiment comme le sacrement de l'unité, en excluant complètement toutes sortes de défauts et d'attitudes, qui pourraient susciter des divisions et la formation de groupes dissidents dans l'Église." (ibid. 12)


On est loin d'opposer le droit et la pastorale :


"L'ensemble des normes et des rappels exposés dans la présente Instruction se rattachent, selon des modes différents, au devoir de l'Église, à qui il revient de veiller sur la célébration conforme et digne de ce grand mystère. Le dernier chapitre de la présente Instruction expose les divers degrés, par lesquels les normes singulières se relient à la loi suprême de tout le droit ecclésiastique, qui est le soin du salut des âmes." (n. 13)


Autre faux alibi démasqué et banni, la créativité :


"Il faut malheureusement déplorer que, surtout à partir des années de la réforme liturgique post-conciliaire, en raison d'un sens mal compris de la créativité et de l'adaptation les abus n'ont pas manqué, et ils ont été des motifs de souffrance pour beaucoup. Une certaine réaction au « formalisme » a poussé quelques-uns, en particulier dans telle ou telle région, à estimer que les « formes » choisies par la grande tradition liturgique de l'Église et par son Magistère ne s'imposaient pas, et à introduire des innovations non autorisées et souvent de mauvais goût." (EdE 52)


Un motif de souffrance pour beaucoup ... Eh oui ! Plus on aime l'Eucharistie, plus on souffre de tous ces abus. Jean Paul II, Benoît XVI, Mère Teresa et tant d'autres "au coeur de l'Église" ont porté cette souffrance comme une épine dans leur vie. Mais aussi quel témoignage (= martyre !) de la part de prêtres courageux qui, contre vents et marées, s'engagent à fond pour promouvoir l'art de célébrer, au risque de se faire cataloguer, ostraciser ! Je pense, par exemple, à ce séminariste, renvoyé du séminaire par son évêque qui lui avait dit : "Avec toi, j'aurai des ennuis." Veut-on vraiment des prêtres ?


"À notre époque aussi, l'obéissance aux normes liturgiques devrait être redécouverte et mise en valeur comme un reflet et un témoignage de l'Église une et universelle, qui est rendue présente en toute célébration de l'Eucharistie. Le prêtre qui célèbre fidèlement la Messe selon les normes liturgiques et la communauté qui s'y conforme manifestent, de manière silencieuse mais éloquente, leur amour pour l'Église." (EdE 52)


Heureusement, Benoît XVI et ses proches colaborateurs ne cessent de donner l'exemple et de stimuler les efforts en ce sens. Les célébrations liturgiques à la basilique Saint-Pierre et ailleurs ont été modifiées, sont devenues plus dignes, plus recueillies. Les textes de la nouvelle édition du Missel Romain sont en cours de traduction dans les différentes langues vernaculaires. Les changements vont toujours dans le sens d'un plus grand respect. En français nous avons déjà la nouvelle Présentation Générale (PGMR). Les autres traductions devraient suivre. Elles devraient avoir une influence, sinon spectaculaire, du moins durable pour la promotion de vraies liturgies.


À la lumière des lectures de ce dimanche, il est bon de se souvenir que "le gouvernement de la sainte Liturgie dépend uniquement de l'autorité de l'Église : il appartient au Siège Apostolique et, dans les règles du droit, à l'Évêque" (Vatican II, Sacrosanctum Concilium 24).


Emboîtons donc le pas, et dans ce sillage prophétique, tendons l'oreille pour savoir ce que nous devons faire, mieux faire, pour célébrer les saint Mystères de notre foi selon toutes les règles de l'art. Je me propose donc, bien modestement, de poursuivre dans les homélies des prochains dimanches ce que j'avais déjà fait dans ma paroisse précédente, et que j'ai commencé à faire dans ma nouvelle paroisse, à savoir "étudier de manière approfondie la Présentation générale du Missel romain".


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