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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

homelies annee b (2008-2009)

"Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales" - Homélie Baptême du Seigneur

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Quand Jean Baptiste entre en scène, il n'y avait plus eu de prophète en Israël depuis presque trois siècles. Jean était une figure tellement impressionnante que les gens croyaient qu'il pourrait bien être le Messie. Il avait une influence si grande que le Roi Hérode avait dû l'emprisonner afin d'éviter une révolte populaire suite à son comportement scandaleux (il avait épousé la femme de son frère), que Jean dénonçait. Cent ans après la Résurection du Christ les disciples de ce prophète continuaient à poursuivre sa mission de prêcher la repentance et le baptême.
 


Jésus lui-même avait appelé Jean "un prophète ... et bien plus qu'un prophète ... Parmi les hommes, il n'en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste" (Mt 11, 9...11). Il est donc clair que, sur l'échelle de la sainteté, Jean occupait un échelon très élevé. Et pourtant Jean lui-même indique que "Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi".

Puis il insiste, disant : "Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales". Enlever les sandales de quelqu'un, dans l'ancien Proche Orient, était une corvée réservée aux esclaves. Quand quelqu'un arrivait de voyage, la poussière des routes, mélangée aux excréments des nombreuses bêtes de somme et d'attelage, collait aux sandales. Le travail des esclaves consistait alors à les nettoyer, et pour ce faire, ils devaient bien sûr enlever les sandales.

"Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales." Quel n'est pas l'impact que ces paroles ont dû avoir sur la foule, qui tenait Jean en très haute estime. Cela me fait penser à certaines personnes qui, à la fin de leur vie, avouent avoir été profondément impressionnées par leur papa qui, lors de sa prière quotidienne à la maison, se mettait à genoux pour prier. Cela vaut mieux que beaucoup de discours pour l'éducation religieuse d'un petit enfant ! Pour un enfant, le papa, c'est le tout-puissant. Voir son papa se mettre à genoux impressionne tellement un enfant qu'il s'en souviendra jusqu'à la fin de sa vie. On peut dire la même chose de la foule quand elle entend Jean déclarer qu'il n'est pas digne de défaire la courroie des sandales de Jésus.

Ainsi donc, saint Jean Baptiste, le plus grand des prophètes et le plus grand des enfants des hommes, affirme qu'en comparaison avec la grandeur de Jésus, il est moins qu'un esclave. Jean Bapiste est celui qui, non seulement reconnaît l'humanité du Christ, mais aussi sa divinité. Par conséquent, sa relation avec lui est marquée non seulement par la confiance et la sincérité, mais aussi par le respect. Nous, qui sommes bien moins avancés en sainteté que Jean, nous devrions nous laisser enseigner par son exemple.

La sincérité de notre respect envers Dieu est un bon thermomètre de notre maturité spirituelle. Si, en arrivant dans une église, nous faisons une génuflexion bâclée, à la hâte, il est fort possible que nous ne nous souvenons même pas pourquoi nous la faisons. Si, à l'intérieur d'une église, nous bavardons avant, après, et même pendant la Messe, pendant que d'autres essaient de prier, c'est un signe qui montre que nous avons oublié à qui appartient cette maison. Si nous faisons un signe de croix comme pour chasser un moustique, cela signifie que notre amitié avec Jésus est devenue une affaire de routine. Alors à chacun de faire le point, et de voir quels sont les points qui nécessitent une vigilance particulière dans ce domaine, comme aussi notre manière de nous habiller pour venir à la messe, par exemple, notamment le dimanche.

À la fin du 17° siècle, Jésus est apparu à plusieurs reprises à une religieuse qui s'appelait Marguerite-Marie Alacoque. C'était un nouveau poin de départ pour la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus. La première fois qu'il lui est apparu était au milieu de la nuit. Soudain elle est réveillée par une voix intérieure qui lui dit d'aller à la chapelle. Il faut savoir que Marguerite-Marie était une religieuse de la Visitation de saint Vincent-de-Paul. Voici une description de leur habit :

 


Les sœurs étaient vêtues d’une jupe et d’un caraco (sorte de chemise simple) à manches longues et évasées, réalisées dans une grosse étoffe de laine de couleur bleu-gris et difficilement lavable. La jupe présentait à l’arrière neuf plis, larges de trois doigts et était fendue de poches de chaque côté. Elle était protégée par un tablier avec plastron confectionné dans la même étoffe et maintenu à la taille par de longs rubans qui se croisent dans le dos et se nouent devant. Elle était doublée d’une jupe noire qui recouvre elle-même un jupon blanc. Le caraco était recouvert d’un rabat en coton blanc croisé sur la poitrine. La sœur était coiffée d’une cornette réalisée dans un rectangle de coton blanc amidonné. Elle était fixée à l’arrière par une épingle de nourrice. Devant, le bec était formé au doigt pour rabattre les ailes de la cornette. En dessous, la tête était protégée par un bonnet de coton appelé toquois, plissé sur le front et dépassant de la cornette. Des bas de laine noire protègeaient les jambes jusqu’aux genoux...

 

Ce costume était en fait celui des femmes de la campagne. Simple voile à pans verticaux, vers 1750, la coiffe est ensuite devenue une cornette à bords plus larges dont les ailes amidonnées ont été relevées et ont formé à l’avant un bec. C'est ainsi que nous les connaissons encore aujourd'hui par certains spots publicitaires ... ou par les films avec Louis de Funès ...

Or, quand Marguerite-Marie s'aperçoit que le Seigneur veut qu'elle descende à la chapelle au milieu de la nuit, elle ne se contente pas d'enfiler en vitesse une robe de chambre par-dessus son pyjama. Non ! Il lui a alors fallu un quart d'heure pour s'habiller ! Et ce n'est qu'ensuite qu'elle va rencontrer le Seigneur. Comme Jean Baptiste, elle a compris que Jésus est son Ami le plus intime, mais aussi son Sauveur, son Rédempteur et son Dieu, digne d'un respect d'amour.

 


Parfois nous avons une fausse idée du respect, et cette fausse idée est alors un obstacle à l'évolution de notre amitié avec le Christ. Il y a deux sortes de mauvaises idées au sujet du respect.

D'abord, nous pourrions penser que le respect est un obstacle à l'amour. Mais le véritable amour et le respect authentique vont toujours de pair. Pensez aux parents à la naissance de leur premier enfant : ils sont remplis d'un amour profond, mais aussi d'un grand respect, d'une sorte d'effroi presque devant le mystère de ce petit enfant qui vient de naître. Pensez aussi au soldat qui est au front, loin de la maison, affrontant la mort à chaque instant. Va-t-il traiter la photo de sa femme et de ses enfants avec négligence, comme si c'était un vulgaire morceau de papier ? Non, il va la toucher avec respect, justement parce qu'il aime sa famille si profondément. De la même manière, un véritable respect fait partie intégrante de notre relation avec Jésus et n'empêche aucunement notre amour pour lui, bien au contraire.

La deuxième fausse idée est que le respect pourrait bloquer notre relation avec Jésus parce qu'il est trop formel. Comme catholiques, il est vrai, nous utilisons plusieurs gestes formels, mais ils ne doivent par être pour autant des "formalités". Par exemple, nous faisons la génuflexion quand nous arrivons en présence du Christ dans une église, ou au moment de la consécration. Si nous faisons une génuflexion à la va vite, ce geste perd sa signification et devient ridicule. Mais si nous faisons la génuflexion simplement, mais en y mettant tout notre coeur, elle devient une belle prière qui nous rend davantage conscient de la présence aimante de Dieu. Les gestes formels peuvent ainsi favoriser notre relation avec le Christ, en ouvrant nos coeurs à la puissance transformante de sa grâce, si nous le voulons bien.

Dans ce monde envahi par le relativisme, nous devons faire un sérieux effort pour développer un vrai sens du respect envers le Seigneur. Une excellente résolution, en cette fête du Baptême de Jésus, pourrait être d'ajouter pour cela deux fêtes à notre calendrier personnel. Voilà quelque chose qui n'est pas compliqué ! Cela nous rappelle que Dieu n'est pas contre la fête. Au contraire, c'est lui qui a inventé la fête !

Premièrement, nous devrions célébrer l'anniversaire de notre baptême avec au moins autant de joie que l'anniversaire de notre naissance. La naissance, c'est important, mais notre baptême encore davantage. C'est notre naissance à la vie éternelle. Le baptême est le sacrement qui fait de nous des enfants de Dieu et des citoyens sur Royaume du Christ. C'est l'entrée dans la vie éternelle. Quand Jésus se fait baptiser, cela montre qu'il veut partager notre nature humaine pour nous libérer de nos péchés en les prenant sur lui. Ce désir s'est réalisé pour chacun de nous au moment où nous avons reçu le sacrement du baptême. Quand nous avons été baptisés, nous avons échangé l'héritage du péché originel pour un partage de la vie même de Dieu. C'est le début d'une aventure éternelle.

Deuxièmement, nous devrions célébrer la fête de notre saint patron comme une grande fête. Le jour de notre baptême, nous avons été placés par nos parents sous la protection d'un saint patron (en principe, du moins), de quelqu'un qui, tout au long de son passage sur terre, a grandi dans l'amitié avec Jésus et qui veut nous aider à parvenir à bon port, nous aussi, dans l'éternité. Il peut nous enseigner à avoir un grand sens du respect de la bonté et de la majesté infinies de ce Dieu qui nous a créés et qui nous attend dans sa Maison pour une éternité de bonheur.

« Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

« Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

Il y avait une fois un Roi qui avait quatre épouses (comte pour le 2 novembre, mais pas seulement)

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

Il y avait une fois un Roi qui avait quatre épouses.

 

Il aimait sa quatrième femme plus que toutes les autres.

 

Il lui donnait de jolis présents et l'entourait de beaucoup de soins. Il la comblait de ce qu'il avait de meilleur.

 

Il aimait également sa troisième femme et la présentait avec fierté aux Rois voisins. Mais il avait peur qu'elle ne parte un jour avec un autre Roi.

 

Il aimait aussi sa deuxième épouse. Elle était sa confidente: chaque fois qu'il avait un problème, il lui en parlait.

 

La première épouse du Roi était sa compagne la plus loyale; c'est avec elle qu'il a construit son royaume.

 

Cependant, il n'aimait pas suffisamment sa première épouse. Il lui accordait très peu d'importance.

 

Un jour, le Roi tomba gravement malade.

 

Sur le point de mourir, il se mit à réfléchir :

 

"J'ai quatre épouses, mais quand je vais mourir, je serai seul".

 

Il appela donc sa quatrième épouse et lui dit :

 

"Je t'ai aimée plus que toutes les autres. Je t'ai donné ce que j'ai de meilleur. Maintenant que je suis en train de mourir, voudrais-tu venir avec moi ? Voudrais-tu être ma compagne pour toujours ?"

 

"Tu es fou?",

demanda-t-elle, avant de s'éloigner, sans ajouter un mot. Sa réponse pénétra douloureusement dans le cœur du Roi comme un couteau aiguisé.

 

Le Roi dit ensuite à la troisième épouse :

 

"Je t'ai aimée toute ma vie. Maintenant que je suis en train de mourir, es-tu disposée à me suivre?"

 

"Non!" répondit-elle, "la vie est trop belle. Quand tu seras mort, je me remarierai!"

 

Cette réponse surprit le Roi et il en fut tout triste. Il dit alors à sa seconde épouse:

 

"Je suis toujours venu à toi dans mes moments difficiles. Et tu m'as toujours aidé. Maintenant que je vais mourir, veux-tu me suivre?"

 

Elle répondit :

 

"Je regrette vraiment de ne pouvoir te suivre, mais je promets de te faire un bel enterrement."

 

Le Roi fut désemparé, toute sa vie, il s'était trompé sur les sentiments de ses épouses. Il entendit alors une voix qui disait:

 

"Moi j'irai avec toi ; je te suivrai partout où tu iras."

 

C'était la première épouse qui venait de parler.

 

Le Roi la regarda et il eut honte: elle était maigre, malade, résignée. Il dit alors:

 

"C'est toi que j'aurai dû aimer plus que les autres lorsque j'en avais les moyens."

 

Et il pleura...

 

 ***

 

 

En réalité, chacun de nous a quatre épouses.

 

Notre quatrième épouse est notre corps. Quel que soit le soin que nous lui apportons, il nous laissera le jour de notre mort.

 

Notre troisième épouse est notre richesse et notre situation sociale. Elle peut nous quitter à tout instant et ne nous sera d'aucun secours à notre mort.

 

Notre deuxième épouse, ce sont nos amis et notre famille. Ils sont d'un grand appui pour nous, mais au jour de la mort, tout ce qu'ils peuvent faire pour nous, c'est organiser nos funérailles.

 

Notre première épouse c'est notre âme, que nous oublions souvent et que nous traitons si mal. Pourtant elle est la seule qui nous accompagnera en tout lieu. Jusqu'au ciel. Devant le Créateur de toutes choses.

 

Prenons le temps de la soigner et de l'entretenir, par la Parole de Dieu, afin qu'elle soit belle et saine, devant le Seigneur des seigneurs et qu'elle soit accueillie par ces belles paroles de Celui qui domine, pour l'éternité, sur toutes choses:

 

"Entre dans la joie de ton Maître, bon et fidèle serviteur!"

 

 

Ah ... encore une chose: le meilleur ami de votre première épouse, c'est le prêtre. Pourquoi attendre le jour de votre enterrement pour le rencontrer?

 

Auteur : Inconnu

 

 

 

Bonheur? Développement durable? La fausse promesse de l’argent - Homélie 28° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

Quand nous disons de quelqu’un qu’il est riche, qu’est-ce que ça veut dire ? La richesse implique l’abondance. Mais il y a différentes sortes d’abondance, différentes sortes de richesses. L’homme riche qui se souciait de son héritage de la vie éternelle avait une abondance de biens matériels. C’est ce à quoi nous pensons habituellement quand nous employons le mot "riche".

 

Par ailleurs, à l’échelle de la planète, on entend beaucoup parler aujourd’hui de développement durable. On constate que les ressources matérielles, comme le pétrole et l’eau, sont disponibles en quantité limitée. S’ensuit une course aux innovations techniques, assorties de réformes économiques et de trains de mesures politiques pour éviter les gaspillages et préserver la couche d’ozone, etc…, pour que la terre reste vivable, non seulement pour nous, mais aussi pour les générations futures.

 

 


 

Mais le Seigneur nous dit dans l’Evangile d’aujourd’hui que les biens matériels risquent souvent de constituer un obstacle pour accéder à une sorte de richesse plus importante, plus satisfaisante, plus essentielle encore. L’homme de l’évangile possédait de grands biens, mais il n’avait pas la vie éternelle ; il lui manquait le sens profond de sa vie ; la paix intérieure lui faisait défaut. Il y a quelque chose d’essentiel, dans le cœur de l’homme, que les richesses matérielles, aussi abondantes qu’elles soient, ne peuvent pas satisfaire.

 

Alors l’homme riche va trouver Jésus, le thaumaturge, le rabbi dont tout le monde parle, pour lui demander ce qui lui manque encore. Et Jésus le lui dit. D’abord il lui rappelle l’importance de la richesse morale en évoquant quelques commandements. Pour être pleinement épanouis en tant qu’êtres humains, nous devons remplir nos âmes de vertus, par une multitude de choix répétés qui reflètent l’intégrité morale, et non la décadence morale. Ceci constitue la nécessaire fondation pour une autre sorte de richesse : la richesse spirituelle, à laquelle Jésus invite cet homme en lui disant : « viens et suis-moi ».

 

L’amitié avec Jésus, voilà le trésor du ciel, la richesse spirituelle qui seule peut satisfaire notre besoin le plus profond de bonheur, l’abondance de la sagesse dont nous parle la première lecture de manière si éloquente. Mais cette amitié requiert l’humilité et l’obéissance, car Jésus est plus qu’un simple copain, il n’est pas "monsieur tout le monde", il est Dieu. Alors nous devons être prêts à lui faire confiance, à lui obéir, à le suivre, même si, pour cela, nous devons perdre nos richesses matérielles, notre popularité, du plaisir…, pour découvrir la vraie richesse à laquelle notre âme aspire.

 

Même si nous comprenons cela en théorie, dans la pratique il nous est difficile de résister à la séduction et aux fausses promesses de la richesse matérielle. Une des raisons est que la richesse matérielle nous donne l’illusion du pouvoir. Nous avons tendance à penser que nous pourrions résoudre tous nos problèmes, si seulement nous avions plus d’argent. Les hommes d’état pensent qu’en injectant plus d’argent dans l’économie de leur pays, il y aura moins de chômage et plus de pouvoir d’achat, et tout le monde sera content. C’est l’antique tentation du Jardin d’Eden, où le démon a entraîné Adam et Eve dans le péché originel en leur promettant qu’ils seraient "comme des dieux" s’ils mangeaient du fruit défendu. C’était bien sûr un mensonge ! Ils se sont pas devenus comme des dieux – ils ont été déchus de la grâce. L’argent ne peut pas résoudre tous nos problèmes ; c’est une fausse promesse. Même l’homme riche de l’Evangile de ce dimanche avait découvert qu’il avait soif de vie éternelle, d’un sens profond, quelque chose que ses possessions ne pouvaient pas lui donner.

 

 

source: RKO Radio Pictures

 

Il y a un vieux classique du cinéma qui nous rappelle un peu la même chose : La Vie est Belle (It’s a Wonderful Life). L’homme le plus riche de la ville, Mr. Potter, est aussi de loin l’homme le plus misérable, tandis que celui qui arrive à peine à joindre les deux bouts, George Bailey, (voir photo) en est le citoyen le plus estimé et apprécié. La vraie richesse est au-delà de l’argent.

 

Le roman d’Alexandre Dumas, Le Comte de Monte Christo,  est une illustration de cette même vérité. Le comte est trahi et abandonné, mais arrive à s’échapper de prison et recouvre un grand trésor enfoui. Sa richesse matérielle le rend presque tout-puissant – mais pas tout à fait. Ses projets de vengeance, habilement tramés et exécutés, empoisonnent son existence, et au bout du compte, il s’avère que le bonheur qu’il cherche ne peut pas s’acheter avec de l’argent.

 

L’Eglise, la Bible, les chefs-d’œuvre de la littérature et du cinéma, l’expérience des riches et des puissants d’aujourd’hui – tout cela concorde pour nous montrer que la vraie richesse se trouve bien au-delà de l’argent. Mais même alors, il nous est toujours difficile de résister à cette vieille tentation – spécialement à une époque de progrès matériel et technologique comme la nôtre. Benoît XVI l’a rappelé lors de sa visite aux Etats-Unis, durant sa rencontre avec les évêques (16 avril 2008) :

 

« Dans une société riche, un obstacle supplémentaire à une rencontre avec le Dieu vivant se trouve dans l'influence subtile du matérialisme, qui peut malheureusement très facilement concentrer l'attention sur le "centuple" promis par Dieu en cette vie, au détriment de la vie éternelle qu'il promet pour le temps à venir (Mc 10, 30). Il est aujourd'hui nécessaire de rappeler aux personnes le but ultime de l'existence. Elles ont besoin de reconnaître qu'elles ont en elles une profonde soif de Dieu. Elles ont besoin d'avoir l'opportunité de puiser à la source de son amour infini. Il est facile d'être subjugués par les possibilités presque illimitées que la science et la technique nous offrent; il est facile de faire l'erreur de penser pouvoir obtenir par nos propres efforts la satisfaction des besoins les plus profonds. Il s'agit d'une illusion. Sans Dieu, qui nous donne ce que nous ne pouvons pas atteindre seuls (cf. Spe salvi, n. 31), nos vies sont en définitive vides. Les personnes ont sans cesse besoin d'être appelées à cultiver une relation avec lui, qui est venu afin que nous ayons la vie en abondance (cf. Jn 10, 10). Le but de chacune de nos activités pastorales et catéchétiques, l'objet de notre prédication, le centre même de notre ministère sacramentel doit être celui d'aider les personnes à établir et à nourrir une telle relation vitale avec "le Christ Jésus, notre espérance" (1 Tm 1, 1). »

 

La véritable richesse est au-delà de l’argent ; elle implique une abondance d’ordre moral et spirituel – le trésor au ciel, qui ne passera jamais. Mais le fait est que, tant que nous sommes sur cette terre, l’argent et les possessions matérielles constituent une partie, qui est importante, de notre vie de tous les jours. En fait, le Catéchisme (n. 2429) nous enseigne que chacun de nous, en tant que disciple du Christ, nous avons une responsabilité pour être de bons gérants des ressources matérielles :

 

« Chacun a le droit d’initiative économique, chacun usera légitimement de ses talents pour contribuer à une abondance profitable à tous, et pour recueillir les justes fruits de ses efforts.»

 

En d’autres mots, comme disciples du Christ, nous devons éviter deux extrêmes en ce qui concerne l’argent. En premier lieu, nous devons éviter idolâtrer les richesses matérielles comme l’homme riche de l’évangile. Ensuite, nous devons éviter aussi les négligences dans la gestion de nos ressources matérielles. Le fait que la Bible mentionne les questions d’argent plus de 1000 fois pour nous aider à trouver un juste équilibre nous permet de nous faire une idée de l’importance du sujet.

 

Phil Lenahan, un laïc des Etats-Unis, a développé une approche des finances individuelles et familiales pour mettre ces principes en pratique. Il a appelé cela les "sept pas pour devenir financièrement libre". La base de son système, comme il l’explique dans son livre (du même titre), n’est pas une équation mathématique, mais une vérité spirituelle :

 

« La décision financière la plus importante que vous prendrez durant votre vie sera de reconnaître que tout ce que vous avez vient de Dieu, et qu’il est souverain sur toutes choses. »

 

Son explication d’une bonne gestion comporte des indications concrètes dans les domaines suivants :

 

  • Mettre au point un plan financier ;
  • Organiser un budget familial ;
  • Prévoir un fonds spécial "pour les mauvais jours" ;
  • Réduire effectivement ses dettes.

 

 (Pour plus d’informations : http://www.veritasfinancialministries.com/)

 

Dans le monde d’aujourd’hui, très peu de gens ont réussi à trouver la paix et la stabilité qui sont le fruit d’un refus de faire de l’argent une idole aussi bien que d’une bonne gestion de l’argent. En tant qu’ambassadeurs du Christ, l’amour du prochain implique que nous soyons des exemples et des guides dans ce domaine aussi. Durant cette eucharistie, prenons ou reprenons l’engagement à le faire, en demandant au Seigneur de nous aider à avancer sur le chemin de la richesse véritable et durable.

L’Eucharistie pour un développement durable - Homélie 19° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 



Dans le passage de ce dimanche, extrait du chapitre 6 de saint Jean, et qui nous rapporte le discours de Jésus sur le pain de vie, se trouvent trois enseignements importants.


D’abord il attire notre attention sur le mystère de la foi, disant :


« Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi… »


La foi en Jésus nous fournit le seul carburant valable pour un « développement durable », pour la vie éternelle, et pourtant, la foi en Jésus est le don de Dieu, et personne ne peut le produire lui-même, dans sa petite raffinerie privée.


Quand nous regardons la petite hostie blanche, aucun test scientifique ne peut prouver que Jésus Christ est vraiment là, avec son corps, son sang, son âme et sa divinité. Et pourtant nous savons qu’il est là, car nous avons reçu le don de la foi. Voilà pourquoi le prêtre dit, à chaque messe, juste après la consécration :


« Proclamons le mystère de la foi ! »


Le deuxième enseignement est que cette foi en Jésus conduit à la « vie éternelle » (développement durable). Un peu plus loin Jésus dira que la vie éternelle consiste à connaître « le seul véritable Dieu, et celui que [Dieu a] envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17, 3).


Dans le langage biblique, « connaître » implique une profonde intimité personnelle, le genre de relation que nous désirons tous au fond de notre cœur. Le fait que nous puissions avoir une telle relation avec Dieu lui-même, lui qui est plus aimable, plus beau qu’aucune autre personne, voilà la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Dieu ne s’est pas contenté de nous aimer, nous qui sommes pécheurs, de loin seulement. Il veut que nous le connaissions pour partager sa vie !


Le troisième enseignement, c’est que Jésus lui-même est le « pain » de cette vie éternelle, sa source et sa nourriture. Sans pain, sans nourriture, la vie physique est impossible. Elle périt. Sans Jésus, sans sa « chair pour la vie du monde » dans l’Eucharistie, notre vie de communion intime avec Dieu périra inévitablement. Ce n’est pas plus compliqué que ça – et c’est capital ! Onze fois dans son enseignement, Jésus nous parle de lui-même comme étant le pain de vie, en espérant que nous aurons compris le message. Le don de la foi nous donne accès à la vie éternelle, et l’Eucharistie fait grandir cette vie dans nos cœurs.


Cela, nous le croyons sur parole, mais cette foi n’est pas aveugle pour autant. Dieu soutient notre foi de multiples manières. Il sait bien que la culture de ce monde déchu – une culture de mort – risque constamment d’éroder notre foi. Dans sa sagesse et selon sa providence, il nous donne des signes, quelquefois spectaculaires, pour « booster » notre foi, pour donner un coup de turbo. L’histoire de l’Eglise est riche en miracles eucharistiques. Nous avons des témoignages d’hosties qui on survécu au feu, d’hosties qui ont saigné durant la Messe, d’hosties qui ont subitement pris l’apparence de chair…


Mais certains signes parmi les plus remarquables que Dieu nous ait donnés concernent la Sainte Communion. Au cours de l’histoire, il y a eu beaucoup de saints, des hommes et des femmes, qui, durant une longue période de leur vie ne se sont nourris que de l’eucharistie, sans manger ni boire quoi que ce soit d’autre, sinon la sainte Communion. Parmi eux sainte Catherine de Sienne et la bienheureuse Alexandrine da Costa, du Portugal. Un des exemples les plus étonnants fut saint Nicolas de Flüe, qui vécut en Suisse au 15° siècle comme ermite pendant 19 années et qui durant ce temps n’a mangé ni bu autre chose que la Communion quotidienne. Même s’il essayait de manger autre chose, par obéissance, il ne pouvait pas l’avaler. Chez Marthe Robin, la mystique de Châteauneuf-de-Galaure, ce même phénomène a duré 50 ans, et elle ne pouvait communier qu’une fois par semaine !


Notre Seigneur a expliqué lui-même à la bienheureuse Alexandrine la raison pour laquelle il accorde cette grâce à certains :


« Tu ne vis que de l’Eucharistie, lui dit-il, parce que je veux montrer au monde entier la puissance de l’Eucharistie et la puissance de ma vie dans les âmes. »


Le Christ est la plénitude de la vie et la raison de vivre dont nous avons tous besoin, et l’Eucharistie est la présence réelle du Christ. Voilà donc ce que la foi nous enseigne.


Benoît XVI l’exprime de la manière suivante :


« Dans le Sacrement de l'autel, le Seigneur vient à la rencontre de l'homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 27), se faisant son compagnon de route. En effet, dans ce Sacrement, le Seigneur se fait nourriture pour l'homme assoiffé de vérité et de liberté. Puisque seule la vérité peut nous rendre vraiment libres (cf. Jn 8, 36), le Christ se fait pour nous nourriture de Vérité. » (Sacramentum caritatis 2)


Nous croyons tous en l’Eucharistie. Nous avons tous reçu le don de la foi, et le Père nous a attires à Jésus dans le Très Saint Sacrement. Mais nous devons sans cesse renouveler cette foi.


Si quelqu’un nous filmait un dimanche matin en caméra cachée, ce film serait-il une preuve suffisante pour une cour de justice afin de conclure que nous croyons vraiment à l’Eucharistie ? En entrant dans une église, ou en sortant, parce que nous sommes en la présence de Jésus dans l’Eucharistie, faisons-nous la génuflexion, et comment la faisons-nous ? Comment faisons-nous le signe de la croix ? Durant la Prière Eucharistique, entre la procession des dons et le Notre Père, faisons-nous vraiment attention aux paroles que prononce le prêtre ? La beauté et le sens de ces paroles déterminent la manière dont nous recevrons la Sainte Communion, si seulement nous le voulons bien. Et que dire de la manière dont nous nous approchons de la table eucharistique et notre manière dont nous regagnons nos places ? Ceux qui regarderaient cette vidéo tournée en caméra cachée pourraient-ils voir que nous croyons vraiment et profondément en Jésus présent dans l’Eucharistie comme notre nourriture et notre salut ?


Et ensuite, durant la semaine, combien de fois faisons-nous l’effort pour aller visiter Jésus dans le tabernacle, ne fût-ce que pour le remercier de tout ses bienfaits, et aussi pour lui parler de nos besoins, de nos soucis et de ceux que nous aimons ? Lui est toujours là à nous attendre avec amour.


Aujourd’hui réactivons notre foi, pour que, en poursuivant cette Eucharistie à laquelle le Père nous a attirés, nous donnions au Seigneur la possibilité de nous fortifier pour cette vie éternelle pour laquelle il est mort afin de pouvoir nous la donner.

Benoît XVI, Les tentations du démon

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Angélus du dimanche 21 février : Les tentations du démon

Texte intégral


ROME, Dimanche 21 février 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de la méditation prononcée ce dimanche par le pape Benoît XVI, avant la prière de l'Angélus, depuis la fenêtre de son bureau, en présence de plusieurs milliers de pèlerins rassemblés place Saint-Pierre.

 

 

pape.angelus.jpg



AVANT L'ANGELUS


Chers frères et soeurs !


Mercredi dernier, avec le rite pénitentiel des Cendres, nous avons entamé le Carême, temps de renouvellement spirituel qui prépare à la célébration annuelle de Pâques. Mais que signifie entrer dans l'itinéraire du Carême ? L'Evangile de ce premier dimanche, avec le récit des tentations de Jésus dans le désert, en est une illustration. L'Evangéliste saint Luc raconte que Jésus, après avoir reçu le baptême de Jean, « rempli de l'Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l'Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon » (Lc 4, 1-2). Il y a une insistance évidente sur le fait que les tentations ne furent pas un incident de parcours mais la conséquence du choix de Jésus de suivre la mission que lui avait confiée le Père, de vivre jusqu'au bout sa réalité de Fils bien-aimé, qui Lui fait totalement confiance. Le Christ est venu dans le monde pour nous libérer du péché et de la fascination ambiguë de projeter notre vie en faisant abstraction de Dieu. Il l'a fait, non pas avec des proclamations retentissantes, mais en luttant personnellement contre le Tentateur, jusqu'à la Croix. Cet exemple vaut pour tous : c'est en commençant par nous-mêmes que nous améliorons le monde, en changeant ce qui ne va pas dans notre vie, avec la grâce de Dieu.


La première des trois tentations auxquelles Satan soumet Jésus a son origine dans la faim, c'est-à-dire le besoin matériel : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain ». Mais Jésus répond avec les saintes Ecritures : « Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre » (Lc 4, 3-4 ; cf. Dt 8, 3). Puis le diable montre à Jésus tous les royaumes de la terre et dit : tout t'appartiendra si tu m'adores, en te prosternant. C'est la tromperie du pouvoir, et Jésus démasque cette tentative et la repousse : « Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c'est lui seul que tu adoreras » (cf. Lc 4, 5-8; Dt 6, 13). Non pas l'adoration du pouvoir mais uniquement de Dieu, de la vérité et de l'amour. Enfin, le Tentateur propose à Jésus d'accomplir un miracle spectaculaire : se jeter des hauts murs du Temple et se laisser sauver par les anges, afin que tous croient en Lui. Mais Jésus répond qu'on ne met jamais Dieu à l'épreuve (cf. Dt 6, 16). Nous ne pouvons pas « faire une expérience » dans laquelle Dieu doit répondre et prouver qu'il est Dieu : nous devons croire en Lui ! Nous ne devons pas faire de Dieu le « matériel » de « notre expérience » ! En faisant toujours référence aux saintes Ecritures, Jésus oppose aux critères humains le seul critère authentique : l'obéissance, la conformité à la volonté de Dieu, qui est le fondement de notre être. Ceci est également un enseignement fondamental pour nous : si nous conservons la Parole de Dieu dans notre intelligence et dans notre coeur, si elle entre dans notre vie, si nous avons confiance en Dieu, nous pouvons repousser toute sorte de tromperie du Tentateur. Par ailleurs, dans tout le récit apparaît clairement l'image du Christ nouvel Adam, Fils de Dieu, humble et obéissant au Père, contrairement à Adam et Eve qui, dans le jardin de l'Eden avaient succombé aux séductions de l'esprit du mal d'être immortels, sans Dieu.


Le Carême est comme une longue « retraite » pour rentrer en soi et écouter la voix de Dieu, pour vaincre les tentations du Malin et trouver la vérité de notre être. Un temps - pourrait-on dire - de « compétition » spirituelle à vivre avec Jésus, non pas avec orgueil et présomption, mais en utilisant les armes de la foi, c'est-à-dire la prière, l'écoute de la Parole de Dieu et la pénitence. Nous pourrons ainsi célébrer Pâques en vérité, prêts à renouveler les promesses de notre Baptême. Que la Vierge Marie nous aide, afin que guidés par l'Esprit Saint nous vivions dans la joie et de manière fructueuse ce temps de grâce. Qu'elle intercède en particulier pour moi et mes collaborateurs de la Curie romaine qui commencerons ce soir les Exercices spirituels.

Prier pour les morts?

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)


Le Purgatoire - Jérôme Bosch



L’Ecriture nous indique que les morts sont bien vivants :

 

Mt 17, 1-3 : « Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les emmène, à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. »

 

Mc 12, 26-27 : « Quant au fait que les morts ressuscitent, n’avez-vous pas lu dans le Livre de Moïse, au passage du Buisson, comment Dieu lui a dit : Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ? Il n’est pas un Dieu de morts, mais de vivants. Vous êtes grandement dans l’erreur ! »

 

Lc 15, 7 : « C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. »

 

Lc 16, 19-20.22-24 : « Il y avait un homme riche qui se revêtait de pourpre et de lin fin et faisait chaque jour brillante chère. Et un pauvre, nommé Lazare, gisait près de son portail, tout couvert d’ulcères. Or il advint que le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut, et on l’ensevelit. « Dans l’Hadès, en proie à des tortures, il lève les yeux et voit de loin Abraham, et Lazare en son sein. Alors il s’écria : «Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. »

 

Nous savons  les conséquences du péché et la nécessaire purification pour en être délivré. En 2 Co 7, 1, Paul nous dit: “purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, achevant de nous sanctifier dans la crainte de Dieu. ». L’auteur de la lettre aux Hébreux nous exhorte à considérer nos épreuves comme venant du Père céleste « c’est pour notre bien, afin de nous faire participer à sa sainteté. » (Heb 12, 10).

 

De la communion des saints, découle le fait que nous pouvons prier pour nos frères en Christ, y compris ceux qui se trouvent dans le stade de purification du Purgatoire.

 

Cette pratique est exposée clairement dans les Ecritures.

 

2 Tim 1, 16-18 : « Que le Seigneur fasse miséricorde à la famille d’Onésiphore, car souvent il m’a réconforté, et il n’a pas rougi de mes chaînes ; au contraire, à son arrivée à Rome, il m’a recherché activement et m’a découvert. Que le Seigneur lui donne d’obtenir miséricorde auprès du Seigneur en ce Jour-là. Quant aux services qu’il m’a rendus, à Éphèse, tu les connais mieux que personne. »

 

Le fait que Paul prie pour son ami défunt entraîne deux conséquences :

 

1) Prier pour les morts est une bonne chose.

 

2) Notre prière leur apporte un bienfait.

 

Ainsi, Onésiphore est dans un stade où il peut bénéficier des prières à son égard (ce qui n’est pas possible en enfer et inutile au ciel) : il est donc au Purgatoire.

 

1 Co 15, 29:«S’il en était autrement, que gagneraient ceux qui se font baptiser pour les morts ? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi donc se fait-on baptiser pour eux ?»

 

Ici Paul ne fait pas allusion au baptême d’eau, mais à une sorte de baptême symbolique :

 

Mc 10, 38 : « Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire et être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? »

 

Dans ce contexte, Jésus ne parle pas du baptême d’eau mais du baptême symbolique du martyre, de la souffrance, de la persécution, etc. C’est, selon les Ecritures, un autre genre de baptême que nous pouvons recevoir.

 

Ainsi la phrase de Paul s’éclaire. Il dit : « s’il n’y a pas de résurrection, pourquoi subir la souffrance, la mortification personnelle, etc., pour les morts ? ». Les versets suivants confirment cette interprétation :

 

1 Co 15, 30-32 : « Et nous-mêmes, pourquoi à toute heure nous exposer au péril ? Chaque jour je suis à la mort, aussi vrai, frères, que vous êtes pour moi un titre de gloire dans le Christ Jésus, notre Seigneur. Si c’est dans des vues humaines que j’ai livré combat contre les bêtes à Éphèse, que m’en revient-il ? Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons. » (Référence à Is 22, 12-13 où Dieu appelle le peuple à la pénitence et ce dernier répond par toutes sortes de réjouissance en disant les mêmes mots : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons »)

 

Donc Paul fait allusion à la pénitence en faveur des morts. La raison de cette pratique, c’est la résurrection des morts. C’est une référence directe à un autre passage de l’Ecriture, 2 M 12, 43-44.

 

Ainsi prier pour les morts et offrir toutes formes de pénitence pour eux est une pratique scripturaire et apostolique.

 

La plupart des liturgies des premiers siècles incluent des prières pour les morts. Sur les tombes chrétiennes du premier, deuxième et du troisième siècle qui se situent à Rome, il n’est pas rare de trouver des prières adressés en faveur des disparus (ainsi qu’un grand nombre de prières réclamant l’intercession des saints, en particulier de St Pierre et de St Paul) gravées dans la pierre.

 

Tertullien, en 211 ap JC, évoque cette pratique de prier et d’offrir des sacrifices pour les morts, comme une coutume bien établie : « Nous faisons annuellement des oblations pour les trépassés et pour les nativités des martyrs» (De la couronne du soldat, III). D’autres auteurs chrétiens, entre autres St Cyprien, St Ambroise et St Augustin, y font allusion.

 

En bref, si les Juifs, St Paul et les premiers chrétiens priaient pour les morts, cela implique qu’ils croyaient en l’existence d’un stade intermédiaire de purification, que la Tradition appelle Purgatoire. Prier pour les morts est donc une pratique sainte et bonne, pratiquée depuis la fondation de l’Eglise et même auparavant, par nos frères juifs.


 

(cathobiblique)


Homélie dernier dimanche d'octobre: Dédicace des églises dont on ignore la date de consécration

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

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Anniversaire de la dédicace des églises dont on ignore la date de consécration (France et Belgique)
(30e T.O.B)

    Aujourd'hui, dans notre paroisse, comme partout en France et en Belgique, nous célébrons la solennité de la dédicace de notre église, dont on ignore la date de consécration (le 25 octobre, ou bien le dernier dimanche d'octobre). Chez nous, nous avons la joie de célébrer en même temps quatre baptêmes d'enfants en bas âge.

    Permettez-moi de commencer en vous posant quatre questions. Attention: seuls ceux qui pourront répondre aux quatre questions auront gagné!
Première question: Connaissez-vous votre date de naissance?

Deuxième question: Connaissez-vous votre date de bapême?

Troisième question: Connaissez-vous la date de construction de votre église paroissiale?

Quatrième question: Connaissez-vous la date de la dédicace de votre église paroissiale?

    Je sais déjà que, sauf révélation de dernière minute, personne n'a gagné. Car la quatrième question, je vous l'ai déjà posée il y a plusieurs mois, et je n'ai eu aucune réponse, sauf celle d'une paroissienne, qui s'est renseignée un peu partout, même à l'archevêché, et qui n'a pas trouvé la réponse. Cette personne mérite donc une mention honorable.

    Trouvez-vous cela normal? Et je n'ose pas imaginer le nombre de personnes qui ne connaissent pas non plus la date de leur baptême. Quand, de temps à autre, je pose la question, on me répond: - Mais, mon Père, j'étais tout(e) petit(e), et je ne m'en souviens pas!... Merci de me le rappeler, mais je sais fort bien que l'être humain n'a aucun souvenir de ce qui s'est passé durant les deux à trois premières années de son existence. Mais il y a un évènement qui a précédé notre baptême, et dont pourtant, je pense, tout le monde connaît la date: c'est la naissance. Pourquoi tout le monde connaît-il sa date de naissance? Parce que nos parents nous l'ont dit, parce que c'est inscrit sur nos papiers d'identité, et parce que déjà tout petits, nous ne manquions pas de fêter chaque année notre anniversaire.

    Si nous ne connaissons pas la date de notre baptême, c'est donc qu'aucun de ces aide-mémoire n'a fonctionné:

- nos parents, parrains et marraines ne nous ont jamais rien dit;

- le livret de famille n'a pas été complété ou consulté, ou a été égaré;

- et on n'a jamais non plus fêté l'anniversaire de son baptême.

    Mais en tout état de cause, nous avons une responsabilité personnelle. Car si nous nous étions inquiété de savoir, on aurait su. Il aurait suffi de demander à ceux qui ont participé à la célébration de notre baptême et qui, eux, avaient plus de trois ans. Et si aucune de ces sources de renseignements ne peut répondre, vous pouvez toujours vous adresser au bureau paroissial ... si, du moins, vous connaissez l'endroit où vous avez été baptisé.

    Si on a le courage de se demander sincèrement pourquoi on ne connaît pas la date de son baptème, alors qu'on connaît celle de sa naissance, qui était pourtant antérieure, on est obligé de répondre en gros ceci: - C'est parce que je vis comme un païen! Qu'est-ce que j'entends pas "vivre comme un païen"? Cela ne veut pas dire que vous êtes méchants (il y a des païens très genitls); non plus que vous n'allez pas à la messe (vous y êtes). Par "vivre comme un païen", j'entends d'une manière générale: accorder plus d'importance à ce que fait l'homme qu'à ce que fait Dieu.

    Je ne peux pas développer cela comme il faudrait dans le cadre de cette homélie, cela nous emmènerait trop loin. Je vous rappelle seulement ceci: David dit à Dieu (au prophète Nathan): - Je vais te construire une maison. - Fort bien, félicitations! lui répond le prophète. Mais ensuite le Seigneur dit à Nathan ce qu'il en pense, lui. - C'est moi qui te construirai une maison, lui dit-il. C'est Salomon, son fils et successeur sur le trône, qui entreprendra ce travail. Et David est obligé d'abandonner son idée, si généreuse pourtant, pour se concentrer sur un autre travail, tellement plus important: croire que Dieu fera ce qu'il a promis. À quoi cela servirait-il de faire des tas de choses "pour Dieu", si on n'accueille pas dans la foi ce que Dieu fait "pour nous"? Cela ne servirait qu'à nous éloigner de Dieu, et à nous enfoncer encore davantage dans notre orgueil. Et on finit pas penser que c'est nous qui allons sauver Dieu, alors que c'est lui qui nous sauve.

    Le Temple bâti par Salomon sera profané puis détruit lors de l'Exil, reconstruit une première fois sous Esdras, profané à nouveau sans être détruit sous Antiochus IV Épiphane, purifié ensuite par Judas Macchabée. Il était en cours de reconstruction au temps de Jésus par l'initative d'Hérode (une manière comme une autre de bien se faire voir par le peuple et les autorités religieuses).

    Revenons à nos moutons (nous ne les avons pas quittés, d'ailleurs): faire un enfant, même pour Dieu, c'est bien. Et on ne peut pas faire un enfant sans lui, seulement avec lui. Mais si on le fait réellement pour lui, en ayant conscience de le faire avec lui, et si, en plus, on est chrétien, on ne pourra pas faire autrement que de demander pour cet enfant la grâce du baptème le plus tôt possible. Et le baptème, ce n'est pas tant ce que nous faisons pour Dieu; c'est surtout ce que Dieu fait pour nous. Et si on est baptisé, mais qu'on n'y accorde aucune importance (puisqu'on ne se souvient même plus de la date), alors cela veut dire que ce qu nous faisons pour Dieu nous paraît tellement plus important que ce que Dieu fait pour nous.

    J'ai dit il y a un instant: Revenons à nos moutons. "Nos moutons", ce n'est pas seulement le baptême (il y en aura quatre tout à l'heure). Nos moutons, c'est aussi la dédicace de notre église. Eh bien, c'est la même histoire! Attention: je n'ai pas dit que la dédicace d'une église, c'est un baptême. Il y en a qui confondent tout: baptême, consécration, bénédiction... Mais passons. Je dis qu'il y a une analogie, une analogie entre naissance et baptême, d'une part, et construction d'une église et dédicace de cette église, d'autre part. La construction d'une église, c'est l'oeuvre des hommes. La dédicace d'une église, c'est l'oeuvre de Dieu. En gros, on peut dire cela. Alors, vous voyez l'analogie?

    En vertu de cette analogie, je peux vous dire que, de même que beaucoup d'entre nous ne connaissent pas la date de leur baptême, alors que tout le monde connaît celle de sa naissance (même quelqu'un qui est aujourd'hui centenaire connaît la date de sa naissance...), de même personne, même pas à l'archevêché, ne connaît la date de la dédicace de notre église, alors que l'on connaît très bien la date de sa construction. Pour la construction, on a très bien pu me fournir les renseignements. Notre église n'est pas même centenaire. On se souvient que la construction de cette église a commencé en 1930. On connaît les noms des personnes qui ont été à l'origine de cette initiative, avec force détails que je ne peux pas reprendre ici: M. Morinière, qui travaillait alors à l'usine du Robert et qui habitait le Vert-Pré, où il construira une distillerie dont les ruines sont restés encore visibles longtemps sur le "terrain des ananas", aujourd'hui devenue la "Cité des Ananas"; deux Bretons ensuite: M. Leray, un pionnier de l'installation de l'école au Vert-Pré, et M. Maignan, qui était propriétaire des terres où se dresse aujourd'hui l'église. Le récit que j'ai lu et dont je tiens ces renseignements, et qui date de 1994, dit entre autres encore ceci:

    Quant à la construction de l'église elle-même, elle fût le résultat d'une solidarité exemplaire (l'évêché, qui avait été sollicité pour une aide financière avait répondu qu'il ne faillait pas y compter) comme malheureusement on n'en voit presque plus aujourd'hui au Vert-Pré. Il est vrai qu'à cette époque on s'entraidait sans calcul, sans aririère-pensées. Les pierres qui allaient servir à la construction étaient rassemblées dans chaque quartier. Puis le soir, quand la pile était devenue conséquente, tous les habitants - une cinquantaine environ - allaient les chercher pour les ramener, qui dans les mains, qui sur la tête, en chantant gaiement des cantiques religieux. C'était une immense procession d'hommes et de femmes, heureux de ce qu'ils faisaient, qui travaillaient jusqu'à épuisement de la pile. On passait alors la pile au quartier suivant. quels travaux d'Hercule quand on pense à la distance parcourue et aux sentiers boueux de l'époque!

    Et les travaux avançaient. Des charpentiers bénévoles s'attelaient pendant ce temps à la construction des bancs. (...) Et l'argent? Eh bien quelques rares personnes ont pu donner quelques francs et sous mais il faut bien savoir qu'à l'époque on n'était pas riche à la capagne...

    Dans ces conditions difficiles, il aura fallu quatre ans pour la construire, cette église. C'est admirable, et tout cela, on le sait très bien, même si beaucoup aussi l'ont oublié aujourd'hui. Mais de la dédicace, rien du tout! Voilà l'anomalie. On a vite fait d'oublier que pour les préparatifs du baptême de son enfant, Dieu s'y est pris depuis avant la création du monde, en passant par Abraham, Moïse, les Prophètes... pour arriver à Jésus Christ qui est descendu du ciel, est né de la Vierge Marie et qui a versé son sang pour nous sous Ponce Pilate. On a vite fait d'oublier qu'ensuite les Apôtres, aidés de beaucoup d'autres sont parti annoncer cette Bonne Nouvelle dans le monde entier, et que, finalement, la foi catholique a été implantée ici il y a cinq cents ans environ, au prix de tant de sang et de sacrifices, de renoncements, jusqu'à aujourd'hui encore ... Tout cela, c'est le travail de l'Esprit Saint, sans lequel les hommes travaillent en vain. Mais on n'oublie pas le repas de fête qu'on a préparé à l'occasion d'un baptême pour tout une liste d'invités, avec une sono assourdissante et avec tout ce qu'on juge indispensable "pour qu'il y ait de l'ambiance".

    Or, quand ce que fait l'homme devient plus important à nos yeux que ce que fait Dieu, cela a les mêmes conséquences qu'il y a deux mille ans dans le Temple de Jérusalem, quand Jésus est obligé d'intervenir manu militari pour remettre de l'ordre dans la maison de son Père, parce qu'elle est devenue une maison de trafic. Entre la première lecture (la dédicace du Temple, avec la prière de Salomon - il faudrait la lire tout entière) et la scène de l'évangile, quelle différence, quelle déchéance! Et à ceux qui ne sont pas contents, Jésus dira: "Détruisez ce Temple, et en trois jours, je le rélèverai." Ce à quoi ses adversaires répliquent: "Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple (c'est encore frais dans toutes les mémoires, mais cette reconstruction, que valait-elle aux yeux de Dieu?), et toi, en trois jours tu le relèverais!" Vous voyez l'oeuvre de l'homme (quarante-six ans: c'est bien plus que pour l'église du Vert-Pré!) et l'oeuve de Dieu (trois jours) en qui on ne croit pas quand il envoie son Fils unique.

    Je terminerai cette homélie en citant un extrait du Cardinal Ratzinger qui date de 1975 dans sa version originale allemande (je publierai le texte en entier tout au long de cette semaine):
"C'est l'Esprit qui édifie les pierres, non l'inverse. L'Esprit ne peut être remplacé par l'argent ou par l'histoire. Là où ce n'est pas l'Esprit qui construit, les pierres en deviennent muettes. Là où l'Esprit n'est pas vivant, où il n'agit et ne règne pas, les cathédrales deviennent des musées, des monuments commémoratifs du passé (ou des salles de concert...; on a appris ces derniers jours que la Sainte Chapelle à Paris est même devenue le "théâtre" d'un défilé de mode!), d'une beauté triste parce que morte. (...) La grandeur de notre histoire et nos possibilités financières ne nous apportent pas le salut; elles peuvent devenir gravats sous lesquels nous étouffons. Si ce n'est pas l'Esprit qui construit, l'argent construit en vain (les efforts humains aussi). La foi seule peut garder vivante les cathédrales et la cathédrale millénaire nous interpelle: avons-nous la force de la foi, qui seule peut donner présent et avenir? En fin de compte, ce n'est pas le service de protection des monuments - quelque important et précieux qu'il soit - qui pourra entretenir la cathédrale, mais bien l'Esprit qui l'a créée."

    Ce qui vaut pour les cathédrales vaut aussi pour les églises: "Toutes les églises sont fondamentalement interchangeables et d'égale dignité" (Card. Ratzinger). Permettons donc à l'Esprit d'édifier notre église en nous aidant à croire en Jésus, la pierre rejetée par les bâtisseurs, mais devenue pierre d'angle.




 

Homélies pour l'Assomption de la Vierge Marie

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

Vêpres à Aoste : Homélie de Benoît XVI

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

Texte intégral


ROME, Lundi 27 juillet 2009 (ZENIT.org) - Dans l'après-midi du vendredi 24 juillet 2009, le pape Benoît XVI s'est rendu à Aoste. Il a célébré les vêpres dans la cathédrale. Dans son homélie, il a commenté la prière de conclusion des vêpres : « Père miséricordieux, qui as racheté le monde avec la passion de ton Fils, fais que ton Eglise s'offre à toi comme sacrifice vrai et saint et fasse toujours l'expérience de la plénitude de ton amour ». Nous publions ci-dessous le texte intégral de l'homélie du pape.


Excellence,

chers frères et sœurs,


Je voudrais tout d'abord vous dire « merci », Excellence, pour les paroles courtoises, avec lesquelles vous m'avez introduit dans la grande histoire de cette église cathédrale ; vous m'avez ainsi fait sentir que nous prions ici, non seulement en ce moment, mais que nous pouvons prier avec les siècles dans cette belle église. Et je remercie chacun de vous, qui êtes venus pour prier avec moi et pour rendre ainsi visible ce réseau de prière qui nous relie tous et toujours.


Dans cette brève homélie, je voudrais dire quelques mots sur la prière par laquelle se concluent ces vêpres ; car il me semble que, dans cette prière, le passage de la Lettre aux Romains qui vient d'être lu est interprété et transformé en prière.


La prière se compose de deux parties : une adresse - un destinataire, pour ainsi dire - et ensuite la prière composée de deux questions.


Commençons par l'adresse qui comprend, elle aussi, deux parties : on doit ici un peu concrétiser le « toi » auquel nous nous adressons, pour pouvoir frapper avec plus de force au cœur de Dieu.


Dans le texte français, nous lisons simplement : « Père miséricordieux ». Le texte original latin est un peu plus long ; il dit « Dieu tout-puissant, miséricordieux ». Dans ma récente encyclique, j'ai tenté de montrer la priorité de Dieu, que ce soit dans la vie personnelle ou dans la vie de l'histoire, de la société, du monde.


La relation avec Dieu est certes une chose profondément personnelle et la personne est un être en relation, et si la relation fondamentale - la relation avec Dieu - n'est pas vivante, n'est pas vécue, toutes les autres relations ne peuvent pas non plus trouver leur juste forme. Mais cela vaut également pour la société, pour l'humanité en tant que telle. Ici aussi, s'il nous manque Dieu, si l'on fait abstraction de Dieu, si Dieu est absent, il nous manque une boussole qui indique l'ensemble de toutes les relations, pour trouver la route, l'orientation pour savoir où aller.


Dieu ! Nous devons à nouveau apporter dans notre monde la réalité de Dieu, le faire connaître et le rendre présent. Mais Dieu, comment le connaître ? Lors des visites « ad limina » je parle toujours avec les évêques, surtout africains, mais aussi avec ceux de l'Asie, de l'Amérique latine, où les religions traditionnelles existent encore, précisément de ces religions. Il y a beaucoup de détails assez différents naturellement, mais il y a aussi des éléments communs. Tous savent que Dieu existe, un seul Dieu, que Dieu est un mot au singulier, que les dieux ne sont pas Dieu, qu'il y a Dieu, le Dieu. Mais dans le même temps, ce Dieu semble absent, très lointain, il ne semble pas entrer dans notre vie quotidienne, il se cache, nous ne connaissons pas son visage. Et ainsi la religion s'occupe en grande partie des choses, des pouvoirs plus proches, des esprits, des ancêtres etc., car Dieu lui-même est trop éloigné et l'on doit ainsi se débrouiller avec ces pouvoirs proches. Et l'acte d'évangélisation consiste précisément dans le fait que le Dieu lointain se rapproche, que Dieu n'est plus lointain, mais qu'il est proche, que ce « connu-inconnu » se fait maintenant réellement connaître, montre son visage, se révèle : le voile sur son visage disparaît, et il montre réellement son visage. Et donc, puisque Dieu lui-même est maintenant proche, nous le connaissons, il nous montre son visage, il entre dans notre monde. Nous n'avons plus besoin de nous débrouiller avec ces autres pouvoirs, car Il est le pouvoir véritable, il est le Tout-Puissant.


Je ne sais pas pourquoi le mot « tout-puissant » a été omis dans le texte français, mais il est vrai que nous nous sentons un peu comme menacés par le tout-puissant : il semble limiter notre liberté, il semble un poids trop lourd. Mais nous devons apprendre que la toute-puissance de Dieu n'est pas un pouvoir arbitraire, car Dieu est le Bien, il est la vérité, et donc Dieu peut tout, mais il ne peut pas agir contre le bien, il ne peut pas agir contre la vérité, il ne peut pas agir contre l'amour et contre la liberté, car Il est lui-même le bien, il est l'amour, il est la véritable liberté. Tout ce qu'il fait ne peut donc jamais être en opposition avec la vérité, l'amour et la liberté. Le contraire est vrai. Lui, Dieu, est le gardien de notre liberté, de l'amour de la vérité. Cet œil qui nous regarde n'est pas un œil méchant qui nous surveille, mais il est la présence d'un amour qui ne nous abandonne jamais et qui nous donne la certitude que le bien signifie exister, signifie vivre : c'est l'œil de l'amour qui nous donne l'air pour vivre.


Dieu tout-puissant et miséricordieux. Une prière romaine, inspirée du texte du livre de la sagesse, dit : « Toi, Dieu, tu montres ta toute-puissance dans le pardon et dans la miséricorde ». Le sommet de la puissance de Dieu est la miséricorde, le pardon. Dans notre concept mondial actuel de pouvoir, nous pensons à quelqu'un qui a de grandes propriétés, qui fait autorité dans le monde économique, qui dispose de capitaux, pour influencer le monde du marché. Nous pensons à quelqu'un qui dispose du pouvoir militaire, qui peut menacer. La question de Staline : « Combien de divisions possède le pape ? » caractérise encore l'idée générale du pouvoir. Le pouvoir appartient à celui qui peut être dangereux, qui peut menacer, qui peut détruire, qui a en main tant de choses du monde. Mais la Révélation nous dit : « Il n'en est pas ainsi » ; le véritable pouvoir est le pouvoir de la grâce et de la miséricorde. Dans la miséricorde, Dieu démontre le véritable pouvoir.


Et ainsi, la deuxième partie de cette adresse nous dit : « Tu as racheté le monde, avec la passion, avec la souffrance de ton Fils ». Dieu a souffert et dans le Fils il souffre avec nous. Et cela constitue le sommet le plus élevé de son pouvoir qui est capable de souffrir avec nous. Ainsi, il démontre le véritable pouvoir divin : il voulait souffrir avec nous et pour nous. Dans nos souffrances, nous ne sommes jamais seuls. Dieu, dans son Fils, a tout d'abord souffert et à présent il est près de nous dans nos souffrances.


Toutefois, une question difficile demeure, que nous ne pouvons pas interpréter en profondeur maintenant : pourquoi était-il nécessaire de souffrir pour sauver le monde ? Cela était nécessaire car dans le monde il existe un océan de mal, d'injustice, de haine, de violence, et les nombreuses victimes de la haine et de l'injustice ont droit à la justice. Dieu ne peut pas ignorer le cri de ceux qui souffrent et sont opprimés par l'injustice. Pardonner, ce n'est pas ignorer, mais transformer ; c'est-à-dire que Dieu doit entrer dans ce monde et opposer à l'océan de l'injustice l'océan plus grand du bien et de l'amour. Et cela est l'événement de la Croix : à partir de ce moment-là, contre l'océan du mal, il existe un fleuve infini, et donc toujours plus grand que toutes les injustices du monde, un fleuve de bonté, de vérité, d'amour. Ainsi, Dieu pardonne en transformant le monde et en entrant dans notre monde pour qu'il y ait réellement une force, un fleuve de bien plus grand que tout le mal qui pourra jamais exister.


Ainsi l'adresse à Dieu, devient une adresse pour nous : ce Dieu nous invite à nous mettre de son côté, à sortir de l'océan du mal, de la haine, de la violence, de l'égoïsme et à nous identifier, à entrer dans le fleuve de son amour.


Tel est précisément le contenu de la première partie de la prière qui suit : « Fais que ton Eglise s'offre à toi comme sacrifice vivant et saint ». Cette question, adressée à Dieu, s'adresse également à nous. C'est une référence de deux textes de la Lettre aux Romains. Nous-mêmes, avec tout notre être, nous devons être adoration, sacrifice, restituer notre monde à Dieu et transformer ainsi le monde. La fonction du sacerdoce est de consacrer le monde pour qu'il devienne hostie vivante, pour que le monde devienne liturgie : que la liturgie ne soit pas une chose à côté de la réalité du monde, mais que le monde lui-même devienne hostie vivante, devienne liturgie. C'est la grande vision qu'a ensuite eue Teilhard de Chardin lui aussi : à la fin, nous aurons une vraie liturgie universelle, où l'univers deviendra hostie vivante. Et nous prions le Seigneur pour qu'il nous aide à être des prêtres dans ce sens, pour aider à la transformation du monde, en adoration de Dieu, en commençant par nous-mêmes. Que notre vie parle de Dieu, que notre vie soit réellement liturgie, annonce de Dieu, porte par laquelle le Dieu lointain devient le Dieu proche, et réellement don de nous-mêmes à Dieu.


Ensuite, la deuxième question. Nous prions : « Fais que ton peuple fasse toujours l'expérience de la plénitude de ton amour ». Dans le texte latin, il est dit : « Rassasie-nous de ton amour ». Ainsi, le texte s'inspire du Psaume que nous avons chanté, où il est dit : « Ouvre ta main et rassasie la faim de chaque être vivant ». Quelle est grande la faim qui existe sur la terre, une faim de pain dans tant de parties du monde : Votre Excellence a également parlé de la souffrance des familles ici : faim de justice, faim d'amour. Et avec cette prière, nous prions Dieu : « Ouvre ta main et rassasie vraiment la faim de chaque être vivant. Rassasie notre faim de la vérité, de ton amour ».


Ainsi soit-il. Amen.


Homélie 13 T.O.B 2009 - Foi et Prière peuvent changer le monde

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)


Jaïre, « un chef de synagogue », vient tout juste d'apprendre la pire des nouvelles qu'un père aimant peut recevoir : « Ta fille vient de mourir. » Avec ces quelques mots s'effondre son espoir comme un château de sable balayé par une déferlante. L'angoisse d'un avenir sans sa fille chérie, le vide laissé par sa mort, tous ces sentiments s'imposent à lui comme les portes d'une prison. C'est à se moment-là, probablement le plus dramatique de sa vie, que Jésus fixe son regard sur lui, peut-être lui met la main sur les épaules, et puis lui dit : « Ne crains pas, crois seulement ».

Des paroles étranges, n'est-ce pas ? La réalité de la perte de sa fille est inexorablement évidente, indéniable. Et pourtant Jésus lui dit que la foi en la bonté de Dieu peut tout arranger. Il lui dit que la foi, cette force invisible du croyant, est plus puissante que les tempêtes de la vie dans un monde déchu.


Si nous pouvions bien retenir cette seule leçon, cela pourrait transformer notre vie. C'est la foi qui a mis Jaïre à genoux devant le Seigneur, et c'est grâce à cette foi que sa fille est ressuscitée. C'est la foi qui a propulsé la femme qui avait des pertes de sang à toucher les vêtements de Jésus, malgré le risque qu'elle prenait, car la loi de Moïse la déclarait impure, et ainsi elle rendait Jésus aussi rituellement impur, s'exposant ainsi au châtiment. C'est la foi qui l'a guérie et lui a donné la paix, après douze longues années d'incertitude et d'angoisse.


La foi, c'est la confiance en Dieu malgré tout, en dépit des apparences (la fille de Jaïre était déjà morte), en dépit de la vision limitée de notre raison naturelle (les médecins avaient déclaré que la maladie de cette femme était incurable). C'est cette naïveté de la foi d'un enfant, la foi en la bonté, la sagesse et la puissance de Dieu, que le Seigneur désire pour nous ; c'est cette foi qui libère en lui la puissance de son amour dans nos vies.


Comme Benoît XVI le disait récemment, la foi nous permet de nous rendre compte que nous sommes « entre les mains du plus fort », « entre les mains d'une Toute-Puissance d'amour ».

En parlant de la Pentecôte il dit :

 

« ... l'Esprit Saint vainc la peur. Nous savons que les disciples s'étaient réfugiés au Cénacle après l'arrestation de leur Maître et y étaient restés enfermés par peur de subir le même sort. Après la résurrection de Jésus, leur peur ne disparaît pas à l'improviste. Mais voilà qu'à Pentecôte, lorsque l'Esprit Saint se posa sur eux, ces hommes sortirent sans peur et commencèrent à annoncer à tous la bonne nouvelle du Christ crucifié et ressuscité. Ils n'avaient pas peur, parce qu'ils se sentaient entre les mains du plus fort. Oui, chers frères et sœurs, l'Esprit de Dieu, là où il entre, chasse la peur; il nous fait savoir et sentir que nous sommes entre les mains d'une Toute-Puissance d'amour :  quoi qu'il arrive, son amour infini ne nous abandonne pas. C'est ce que montrent le témoignage des martyrs, le courage des confesseurs de la foi, l'élan intrépide des missionnaires, la franchise des prédicateurs, l'exemple de tous les saints, certains même adolescents et enfants. C'est ce que révèle l'existence même de l'Eglise, qui, en dépit des limites et des fautes des hommes, continue de traverser l'océan de l'histoire, poussée par le souffle de Dieu, et animée par son feu purificateur. Avec cette foi et cette joyeuse espérance, nous répétons aujourd'hui, par l'intercession de Marie: "Envoie ton Esprit, Seigneur, qu'il renouvelle la face de la terre". »


C'est ce que nous voyons si souvent dans la vie des saints, qui ont exercé leur foi jusqu'à ce qu'elle les remplisse d'une espérance de d'un courage surnaturels. Un exemple parmi tant d'autres : saint Jean Sarkander. Après la mort de sa jeune épouse, décédée sans lui laisser d'enfants, il fut ordonné prêtre et il servit vaillamment comme curé de paroisse dans la République tchèque au début du 17° siècle. Ce fut une époque troublée, en particulier à cause de la Guerre de Trente Ans, un conflit horrible qui opposait les Protestants et les Catholiques et qui déchirait l'Europe. Quand les combats atteignirent la région où se trouvait sa paroisse, le Père Jan s'enfuit en Pologne pour éviter d'être capturé par les armées protestantes. Mais il ne put s'absenter longtemps, et après cinq mois il retourna en République tchèque pour protéger son petit troupeau bien-aimé. Peu de temps après son retour, une armée polonaise, constituée de soldats catholiques arriva, et une bataille sanglante parût inévitable. Le Père Jan voulut désespérément éviter l'horrible effusion de sang. Mettant sa confiance dans la puissance de l'amour du Christ, il marcha vers le camp de l'armée polonaise, portant un ostensoir avec le Très-Saint-Sacrement, s'en servant à la fois comme d'un bouclier pour se protéger et d'un châtiment pour les forces polonaises. Il obtint une entrevue avec le commandant polonais, et c'est ainsi qu'il parvint à éviter l'affrontement.


Mais voilà que le baron protestant qui mena la rébellion arrêta le futur saint, l'accusant d'espionnage, l'accusant faussement d'être l'initiateur de l'arrivée de l'armée polonaise. Le Père Jan fut emprisonné, sommé de renoncer à la foi catholique et de briser le sceau de la confession pour divulguer des informations secrètes concernant les officiers ennemis. Il fut torturé, battu et brûlé, mais fidèle à ses devoirs de prêtre jusqu'à la mort. Défiant une armée sans autres armes que l'Eucharitie et le sceau protecteur de la confession, même après des semaines de torture : voilà la courage qu'une foi mûre donne en nous libérant de nos peurs égocentriques.


« Ne crains pas, crois seulement. » Ce sont ces mêmes paroles que Jésus nous dit aujourd'hui. Il sait que la vie dans ce monde déchu est comme un pèlerinage dans un paysage effrayant. Et pourtant, avec lui, nous pouvons vaincre tous les dangers. Jésus nous dit : « N'ayez pas peur de ce que les autres vont penser de vous : suivez le chemin que je vous enseigne ; n'ayez pas peur de l'échec : suivre la volonté de Dieu, voilà l'unique voie d'une réussite définitive ; n'ayez pas peur de changer vos habitudes afin de suivre Dieu de plus près : ce qu'il a prépare pour vous est tellement plus grand que vos rêves les plus audacieux, que vos désirs les plus secrets.


La crainte, la confusion, le manque de confiance en Jésus : voilà ce qui fait des nœuds dans nos âmes, ce qui cause des souffrances inutiles et nous empêche de faire l'expérience de la puissance vivifiante de la grâce de Dieu.


Si la peur a encore un si grand pouvoir sur nous, c'est parce que notre foi est immature. Il nous faut la faire grandir, et nous pouvons la faire grandir en l'exerçant, tout simplement. La manière la plus facile pour l'exercer est d'intensifier notre vie de prière, de prendre plus de temps pour être seul avec Dieu chaque jour, pour l'écouter, lui parler, lire et méditer les Saintes Ecritures, et puis de l'entretenir dans le silence de nos cœurs tout au long de nos activités quotidiennes. Chaque fois que nous prions sincèrement, en employant nos propres mots ou ceux des autres, nous exerçons notre foi, et cet exercice nous permet de la faire grandir, comme un muscle.


Et plus la foi grandit, plus nos craintes s'évanouiront, jusqu'à ce que, nous aussi, nous puissions expérimenter la toute-puissance vivifiante de l'amour de Dieu, comme Jaire, transformant les situations les plus désespérées de notre vie en un triomphe de la grâce.


Comme Benoît XVI le disait encore dernièrement :


« La prière est une réalité : Dieu nous écoute et, quand nous prions, Dieu entre dans nos vies, il se rend présent parmi nous, travaille parmi nous. La prière, c'est une chose très importante qui peut changer le monde, parce qu'elle rend présente la puissance de Dieu » (Benoît XVI durant des questions-réponses avec l'enfance missionnaire, le 5 juin 2009).


En ce premier jour d'une nouvelle semaine, au moment où Jésus renouvelle son engagement inconditionnel envers nous, renouvelons aussi le nôtre pour développer notre vie de prière. Rien ne lui sera plus agréable.


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