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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

homelies (patmos) annee b - c (2006 - 2007)

Jean Paul II, L'Évangile de l'enfant (Lc 2, 41-52)

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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Mes chers enfants,

Jésus est né

    (...) Noël, c'est la fête d'un Enfant, d'un nouveau-né. C'est donc votre fête! (...)

    Il me semble que je vous vois: vous préparez la crèche, à la maison, à la paroisse, en tout lieu du monde, en reconstituant le climat et le cadre de la naissance du Sauveur. C'est vrai! Au moment de Noël, l'étable et la mangeoire occupent dans l'Église la première place. Et tous se dépêchent d'y aller en pèlerinage spirituel, comme les bergers dans la nuit de la naissance de Jésus. Plus tard, ce sont les Mages qui viendront de l'Orient lointain, en suivant l'étoile, jusqu'à l'endroit où a été déposé le Rédempteur de l'univers.

    Et vous aussi, pendant le temps de Noël, vous visitez les crèches en vous arrêtant pour regarder l'Enfant déposé sur la paille. Vous fixez votre regard sur sa Mère, sur saint Joseph, gardien du Rédempteur. En contemplant la Sainte Famille, vous pensez à votre famille, celle où vous êtes venus au monde. Vous pensez à votre maman, qui vous a mis au jour, et à votre papa. Ils prennent soin de la vie de la famille et de votre éducation. En effet, la mission des parents n'est pas seulement d'avoir des enfants, mais aussi de les éduquer dès leur naissance.

    Mes chers enfants, je vous écris en pensant à l'époque où, voici bien des années, j'étais un enfant comme vous. Je vivais alors moi aussi dans le climat de paix de Noël, et, quand brillait l'étoile de Bethléem, je me dépêchais d'aller à la crèche avec mes camarades, pour revivre ce qui s'est passé il y a deux mille ans en Palestine. Nous, les enfants, nous exprimions notre joie d'abord par le chant. Comme ils sont beaux et émouvants, les chants de Noël, dont la tradition de tous les peuples entoure la crèche! Que d'idées profondes y sont contenues, et surtout quelle joie, quelle tendresse ils expriment pour l'Enfant divin venu au monde dans la nuit sainte!

    Les jours qui suivent la naissance de Jésus sont également des jours de fête: ainsi, huit jours plus tard, on rappelle que, comme le voulait la tradition de l'Ancien Testament, l'Enfant reçut un nom: il fut appelé Jésus. Quarante jours plus tard, on commémore sa présentation au Temple, comme cela se faisait pour chaque fils aîné en Israël. A cette occasion, il y eut une rencontre extraordinaire: quand la Vierge Marie arriva au Temple avec l'Enfant, le vieillard Syméon vint au-devant d'elle; il prit dans ses bras le petit Jésus et prononça ces paroles prophétiques: « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples: lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple » (Lc 2, 29-32). Puis, s'adressant à Marie, sa mère, il ajouta: « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d'un grand nombre » (Lc 2, 34-35). Ainsi donc, dès les premiers jours de la vie de Jésus retentit l'annonce de la Passion, à laquelle sera un jour associée sa Mère, Marie: le Vendredi saint, elle se tiendra silencieuse au pied de la Croix de son Fils. D'ailleurs, il ne faudra pas attendre longtemps après la naissance pour voir le petit Jésus exposé à un grand danger: le cruel roi Hérode ordonnera de tuer les enfants de moins de deux ans et Jésus sera obligé de fuir en Égypte avec ses parents.

    Je suis certain que vous connaissez bien ces événements liés à la naissance de Jésus. Vous en entendez le récit par vos parents, par les prêtres, les professeurs, les catéchistes, et, chaque année, vous les revivez spirituellement au cours des fêtes de Noël, avec toute l'Église. Vous savez donc les aspects dramatiques de l'enfance de Jésus.

    Mes chers amis, dans l'histoire de l'Enfant de Bethléem, vous pouvez reconnaître le sort des enfants du monde entier. S'il est vrai qu'un enfant représente non seulement la joie de ses parents, mais aussi celle de l'Église et de la société tout entière, il est vrai également qu'à notre époque il y a malheureusement beaucoup d'enfants qui, en divers endroits du monde, souffrent et sont menacés: ils endurent la faim et la misère, ils meurent de maladie et de malnutrition, ils tombent victimes des guerres, ils sont abandonnés par leurs parents et condamnés à rester sans toit, privés de la chaleur de leur famille; ils subissent de nombreuses formes de violence et d'oppression de la part des adultes. Comment est-il possible de rester indifférent face à la souffrance de tant d'en- fants, surtout quand, d'une manière ou d'une autre, elle est provoquée par les adultes?

Jésus donne la Vérité

    L'Enfant, qu'à Noël nous contemplons déposé dans la mangeoire, a grandi avec les années. A douze ans, comme vous le savez, il se rendit pour la première fois, avec Marie et Joseph, de Nazareth à Jérusalem à l'occasion de la fête de Pâques. Là, perdu dans la foule des pèlerins, il se sépara de ses parents et, avec ses autres camarades, il se mit à écouter les Docteurs du Temple, comme pour une « leçon de catéchisme ». En effet, les fêtes étaient de bonnes occasions pour transmettre la foi aux jeunes qui avaient plus ou moins l'âge de Jésus. Mais il arriva que, pendant cette rencontre, l'Adolescent extraordinaire venu de Nazareth ne se contenta pas de poser des questions très intelligentes: il commença lui-même à donner des réponses profondes à ceux qui étaient ses maîtres. Plus encore que les questions, les réponses stupéfièrent les Docteurs du Temple. C'est le même étonnement qui, par la suite, accompagnerait la prédication publique de Jésus: l'épisode du Temple de Jérusalem n'était que le début et, pour ainsi dire, la préfiguration de ce qui arriverait quelques années plus tard.

    Chers jeunes qui avez le même âge que Jésus alors, douze ans, ne pensez-vous pas ici aux cours de catéchisme qui se donnent à la paroisse ou à l'école, des cours auxquels vous êtes invités à prendre part? Je voudrais vous poser quelques questions: quelle est votre attitude à l'égard des cours de catéchisme? Y participez-vous autant que Jésus au Temple à douze ans? Avez-vous à cœur de les suivre à l'école ou en paroisse? Vos parents vous y aident-ils?

    A l'âge de douze ans, Jésus fut tellement absorbé par cette catéchèse dans le Temple de Jérusalem qu'il alla presque jusqu'à en oublier ses parents eux-mêmes. Marie et Joseph, qui cheminaient avec d'autres pèlerins sur la route du retour vers Nazareth, se rendirent compte bien vite de son absence. Les recherches furent longues. Ils revinrent sur leurs pas et c'est seulement le troisième jour qu'ils réussirent à le trouver à Jérusalem, dans le Temple. « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi! » (Lc 2, 48). Comme la réponse de Jésus est étrange, et comme elle fait réfléchir! « Comment se fait-il que vous m'ayez cherché? - leur dit-il - Ne le saviez-vous pas? C'est chez mon Père que je dois être » (Lc 2, 49). C'était une réponse difficile à accepter. L'évangéliste Luc ajoute simplement que Marie « gardait dans son cœur tous ces événements » (2, 51). En effet, c'était une réponse qui n'allait devenir compréhensible que plus tard, quand Jésus, adulte, commencerait à prêcher, en déclarant qu'il était prêt, pour son Père des cieux, à faire face à toute souffrance et même à la mort sur la croix.

    De Jérusalem, Jésus retourna avec Marie et Joseph à Nazareth où il vécut en leur étant soumis (cf. Lc 2, 51). Pendant cette période, qui précède le début de sa prédication publique, l'Évangile note seulement qu'il « grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes » (Lc 2, 52).

    Chers jeunes, chez l'Enfant que vous admirez dans la crèche, sachez déjà voir le garçon de douze ans qui parle dans le Temple de Jérusalem avec les Docteurs. C'est le même homme, adulte, qui plus tard, à trente ans, commencera à annoncer la Parole de Dieu, choisira les douze Apôtres, sera suivi par des foules assoiffées de vérité. Il confirmera à chaque pas son enseignement exceptionnel par les signes de la puissance divine: il rendra la vue aux aveugles, guérira les malades, ressuscitera même les morts. Et parmi les morts rappelés à la vie, il y aura la fille de Jaïre, âgée de douze ans, il y aura le fils de la veuve de Naïn, rendu vivant à sa mère en larmes.

    C'est bien ainsi que cela s'est passé: cet Enfant qui vient de naître, une fois devenu grand, Maître de la Vérité divine, montrera une extraordinaire affection pour les enfants. Il dira aux Apôtres: « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas », et il ajoutera: « Car le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent » (Mc 10, 14). Une autre fois, comme les Apôtres discutaient sur la question de savoir qui était le plus grand, il leur présentera un enfant et leur dira: « Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux » (Mt 18, 3). En cette occasion, il donnera aussi cet avertissement avec la plus grande sévérité: « Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu'on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on l'engloutisse en pleine mer » (Mt 18, 6).

    Comme l'enfant est important aux yeux de Jésus! On pourrait même faire remarquer que l'Évangile est traversé en profondeur par la vérité sur l'enfant. On pourrait aller jusqu'à le lire dans son ensemble comme l'« Évangile de l'enfant ».

    Que veut dire en effet: « Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux »? Jésus ne fait-il pas de l'enfant un modèle même pour les adultes? Chez l'enfant, il y a quelque chose qui ne doit jamais faire défaut à celui qui veut entrer dans le Royaume des cieux. Le ciel est promis à tous ceux qui sont simples comme les enfants, à tous ceux qui, comme eux, sont remplis d'un esprit d'abandon dans la confiance, purs et riches de bonté. Eux seuls peuvent retrouver en Dieu un Père et devenir à leur tour, grâce à Jésus, des fils de Dieu.

    N'est-ce pas là le grand message de Noël? Nous lisons chez saint Jean: « Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous » (1, 14); et encore: « Tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (1, 12). Enfant de Dieu! Vous, chers jeunes, vous êtes les fils et les filles de vos parents. Or, Dieu veut que nous soyons tous ses fils adoptifs par grâce. C'est là que réside la vraie source de la joie de Noël, dont je vous parle au terme de l'Année de la Famille. Réjouissez-vous de cet « Évangile de la filiation divine ». (...)

Louez le nom du Seigneur!

    Permettez, chers enfants, qu'au terme de cette Lettre je vous rappelle les paroles d'un psaume qui m'ont toujours ému: Laudate pueri Dominum! Louez, enfants du Seigneur, louez le nom du Seigneur. Béni soit le nom du Seigneur, maintenant et pour toujours! Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du Seigneur (cf. Ps 112113, 1-3)! Tandis que je médite les paroles de ce psaume, passent devant mes yeux les visages des enfants du monde entier, de l'orient à l'occident, du nord au midi. Et c'est à vous, mes petits amis, sans distinction de langue, de race ou de nationalité, que je dis: Louez le nom du Seigneur!

    Et puisque l'homme doit louer Dieu avant tout par sa vie, n'oubliez pas ce que Jésus, à l'âge de douze ans, dit à sa Mère et à Joseph dans le Temple de Jérusalem: « Ne le saviez-vous pas? C'est chez mon Père que je dois être » (Lc 2, 49). L'homme loue Dieu quand il suit la voix qui l'appelle. Dieu appelle tout homme, et sa voix se fait entendre déjà dans l'âme de l'enfant: il l'appelle à vivre dans le mariage ou à être prêtre; il l'appelle à la vie consacrée ou peut-être au travail dans les missions... Qui sait? Priez, chers garçons, chères filles, pour découvrir votre vocation et pour la suivre avec générosité.

Du Vatican, le 13 décembre 1994.

 

JEAN-PAUL II, LETTRE DU PAPE AUX ENFANTS EN L'ANNÉE DE LA FAMILLE
Copyright © Libreria Editrice Vaticana

De l'ironie johannique à la petite Thérèse - Homélie 19° dimanche du Temps Ordinaire B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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L'’auteur du 4e évangile, bien connu pour son ironie ("l’'ironie johannique") n’'a pas fini de rire dans sa barbe. Être disciple de Jésus n’'est peut-être pas toujours de tout repos, mais ça n'’est pas triste ! C'’était le cas au temps où parlait Jésus. C'’était encore le cas au temps où écrivait Jean. C’'est toujours le cas aujourd’'hui (cf. Annie Jaubert, Approches de l'’évangile de Jean , Seuil 1976). Déjà au temps de l'’Exode on voit le tableau.

       S. Jean nous montre, lui aussi, un Jésus qui fait scandale (de nouveau dans une synagogue), des hommes à qui il fait signe, et qui ne comprennent pas, qui posent d’'abord des questions (ce n’'est pas défendu), qui ensuite parlent entre eux (c'’est déjà plus "discutable"), puis qui murmurent et enfin qui s’'en vont en claquant la porte. Ces Juifs sont bien les fils de leurs pères. Cela n’'avait pas empêché Dieu de mener son peuple jusqu'’en Terre Promise. Cela n’'empêchera pas non plus Jésus de poursuivre son œoeuvre de révélation.

       L'’expérience de Moïse et de Jésus est devenue l’'expérience de Jean après la Pentecôte. Son message s’'est durement affronté aux milieux de pensée de son temps. Son évangile est resté voilé pour une communauté déchirée. D'’où cette ironie de Jean, fruit de sa lucidité, ironie qui, à son tour, fait jaillir la lumière des ténèbres.

       Son analyse du refus de croire est étrangement actuelle. Aujourd’'hui il y a toujours les mêmes résistances, les mêmes incompréhensions, les mêmes refus de la lumière. En témoigne la multiplicité des interprétations discordantes, jusqu’'aux Pères de l’'Église qui n’'arrivaient pas à se mettre d'’accord. Quelle cacophonie stridente d'’interprétations d’'une œoeuvre symphonique si admirable ! Et ne nous mettons pas au-dessus du lot. C’'est en tremblant, et non sans une bonne dose d'’audace que l’'on entreprend de commenter l’'évangile d’'aujourd’'hui. En écrivant ces lignes me vient à l’'esprit la question des Apôtres lorsque Jésus leur annonce que l’'un d’'eux va le trahir : Serait-ce moi, Seigneur ?

       Voyons cela de plus près dans le passage d’'aujourd’'hui. Mais avant tout, selon notre habitude situons ce passage dans son contexte.  

       Jésus a accompli un signe, celui des pains, sur la montagne. Ce signe n'’a pas été compris. C’'est un échec. Nous sommes maintenant à Capharnaüm (v. 24 : Les gens prirent des barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus ), à la synagogue (v. 59 : Voilà ce que Jésus a dit, dans son enseignement à la synagogue de Capharnaüm ). Cette dernière précision laisse entendre le caractère officiel du discours. Entre ce discours, dit "de révélation", dans la synagogue de Capharnaüm, et le récit du miracle sur la montagne, une journée s’'est écoulée. Jésus a marché sur la mer, tandis que les disciples ramaient sur le lac houleux à cause du grand vent. Jésus y apparaît comme le nouveau Moïse (cf. traversée de la Mer Rouge).

       Dans le passage de dimanche dernier Jésus révèle à ses auditeurs son origine divine. Pas moyen de ne pas le comprendre. C'’est cette "prétention" qui provoque d’'abord des discussions, puis des protestations, enfin l’'hostilité. Ceux que l’'évangéliste appelle les Juifs ne veulent pas croire en Jésus Fils de Dieu. Alors ils murmurent contre celui qui venait de marcher sur l'’eau, comme leurs pères avaient murmuré contre Moïse qui les avait fait passer par le Mer Rouge à pied sec. De même que les pères murmuraient parce que la manne était une nourriture trop ordinaire et monotone, de même maintenant les fils, tout en se réclamant de la manne (comble d'’ironie : en se réclamant de Moïse et de la manne, ils se condamnent eux-mêmes !), refusent Jésus, le vrai pain descendu du ciel, parce que, disent-ils, ils connaissent bien son père et sa mère (re-ironie). C'’est parce que Dieu s'’est fait proche d'’eux qu'’il est resté loin. C’'est le scandale du Verbe fait chair qui, en révélant l’'amour infini du Père, fait éclater du même coup au grand jour leur péché.

       Cela fait penser aux soeœurs du couvent de Nevers qui attendaient l'’arrivée de Ste Bernadette, celle qui avait vu la Vierge à Lourdes. Ces braves sœoeurs s’'étaient imaginées voir une diva. Quand Bernadette est descendue de la calèche, l'’une d’entre elles s’'est écriée :

   - Ce n’'est que ça !…

   - Oui, ce n’'est que ça !

       Dieu lui aussi n’'est "que ça", vu de l'extérieur : le fils de Joseph et de Marie.

       Ce qui nous empêche de croire, ce n’'est pas que Dieu soit trop haut. Ces jours-ci, nous avons pu voir des sportifs lors des Jeux Olympiques à Londres franchir allègrement la hauteur de deux mètres (pour les dames), de deux mètres trente (pour les hommes). Dieu placerait-il la barre trop haut pour nous, qui ne sommes pas des champions ? C’'est vrai que Dieu est le "Très-Haut", mais le "Très-Haut" est descendu "très bas", tellement bas que nous passons sans le voir. Je pense ici à Thérèse de Lisieux (surnommée "la petite", par contraste avec Thérèse d’Avila, "la grande"). Écoutons-là :
 

   Sur la terre, on ne sait pas…. Souvent, à mesure que les âmes montent, elles perdent l'’estime de ceux qui les entourent. De même qu'’un ballon s’'élevant dans les airs semble de plus en plus petit, ainsi la sainteté la plus sublime est parfois méprisée.
 

       Si les saints en font l'’expérience, combien plus Jésus. C’'est le mystère de la liberté humaine dont Dieu fait si grand cas. On dit souvent : "L’'homme propose ; Dieu dispose." C'’est vrai dans un sens. Mais il est vrai tout autant, sinon plus, que "Dieu propose, et l'’homme dispose". Comble d'’ironie, celui qui ne croit pas est encore capable d’'accuser Dieu de ne pas lui permettre de croire. Certes, la foi est un don de Dieu. Mais Dieu donne à celui qui demande sincèrement. L'’obstacle à la foi n’'est pas du côté de Dieu qui ne la donnerait pas à certains. Il est du côté de l’'homme. Pour accueillir le don de Dieu, il faut un coeœur humble. C’est pourquoi Thérèse termine son observation en posant la question : Sachant cela, nous " ferions cas de la gloire qu’'on reçoit les uns des autres" ?

       Elle fait écho à la question que posait Jésus au chapitre 5 : Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique ! Thérèse l’'a compris : croire en Jésus, Pain de vie, c’'est finalement s’'exposer à être incompris et méprisé comme lui :
 

   Notre unique désir est de ressembler à notre Adorable Maître que le monde n'’a pas voulu reconnaître parce qu'’il s’'est anéanti.


       Il était dans le monde, lui par qui le monde s’'était fait, mais le monde ne l’'a pas reconnu. Il est venu chez les siens, et les siens ne l’'ont pas reçu (Jn 1, 10-11) Jésus dit : Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'’a envoyé ne l’'attire vers moi. Il ne nous est pas demandé d'’avoir vu le Père. Jésus sait bien : Certes, personne n’'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. Nous devons tout simplement reconnaître que nous ne savons pas. C’'est la condition pour apprendre. Celui qui pense tout savoir mieux que les autres, celui-là ne peut pas être instruit. Se faire "enseignable", c'’est se faire petit. Ste Thérèse, en se référant explicitement ces paroles de Jésus, poursuit :

   Qu'’est-ce donc de demander d'’être Attiré , sinon de s’'unir d’'une manière intime à l’'objet qui captive le coeœur ?

       Pour s'’unir à Dieu, pas besoin de "monter le rude escalier de la perfection" :
Nous sommes dans un siècle d'’inventions, maintenant ce n'’est plus la peine de gravir les marches d'’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement.


       Cet ascenseur, elle va le chercher dans la Bible, et elle le trouve dans Is 66, 13.12 : Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux ! Thérèse s’'écrie alors avec le Ps 70 :


    Vous m’'avez instruite dès ma jeunesse et jusqu'’à présent j’'ai annoncé vos merveilles, je continuerai de les publier dans l’'âge le plus avancé.


       Quelle différence avec ceux qui se trouvaient dans la synagogue de Capharnaüm ! Ils récriminaient contre Jésus. Jésus leur dit : Ne récriminez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’'a envoyé ne l’'attire vers moi. Puis il cite "les prophètes" : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Ceux qui ont un coeœur d'’enfant sont instruits par Dieu. Ceux qui sont instruits par Dieu annoncent les merveilles de Dieu. Par contre, les orgueilleux, Dieu aura beau les instruire, ils ne comprendront rien. Et au lieu de chanter ses louanges, ils passent leur temps à récriminer contre lui.

       Finalement, le pain qui est descendu du ciel , qu’'est-ce que c'’est ? Les uns disent : la Parole de Dieu ; d'’autres : l’'Eucharistie ; entre les deux, on trouve toute la gamme des couleurs de l’'arc-en-ciel. Dans l’'évangile de Jean, Jésus parle de trois nourritures : la volonté du Père, la Parole de Dieu, et l'’Eucharistie. Ces trois nourritures sont liées entre elles si intimement qu'’on ne peut les séparer. Ne séparez pas ce que Dieu a uni. Tout au plus peut-on distinguer dans le chapitre 6 de S. Jean des accents : dans la première partie on trouve souvent le verbe croire, et dans la deuxième partie le verbe manger. Mais tout cela est enveloppé par la présence du Père et de sa volonté. Cela ne nous ramène-t-il pas à la célébration eucharistique : d'’abord la liturgie de la Parole ; ensuite la liturgie de l’'eucharistie, pour qu’'ayant repris goût à la vie, nous puissions reprendre notre mission de baptisé(e)s dans le monde ?

Homélie 33 T.O.C. 2007: Prophètes de malheur et faux prophètes (Lc 21, 5-19)

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

Lectures du 33° dimanche du temps ordinaire C

33-T.O.C.2007v.jpg    Les paroles de l'Évangile que nous venons d'entendre ne sont pas pour nous rassurer : tremblements de terre, épidémies, faits terrifiants ... On portera la main sur vous ..., on vous jettera en prison ... Vous serez livrés même par vos parents (il y a des enfants dans notre assemblée) ... Vous serez détestés de tous ...

    Ne comptez pas sur moi pour vous dire qu'il ne faut pas prendre ces prophéties au pied de la lettre, que c'est une manière de parler, que cela ne risque pas de vous arriver à vous, que de toute façon ça ne peut pas être ça, puisque "Évangile", ça veut dire : "bonne nouvelle". Dans son premier livre sur Jésus de Nazareth, Benoît XVI écrit à ce propos :

Récemment le mot Évangile a été traduit par l'expression "bonne Nouvelle". Elle sonne bien à l'oreille, mais reste très en deçà de la dimension qu'a le mot "Évangile". Ce terme renvoie au langage des empereurs romains qui se considéraient comme les maîtres du monde, ses sauveurs et ses rédempteurs. Les messages de l'empereur portaient le nom d'"évangiles", indépendamment du fait que leur contenu soit particulièrement joyeux et agréable. L'idée sous-jacente était que ce qui émane de l'empereur est un message salvifique, non pas une simple nouvelle, mais une transformation du monde allant dans le sens du bien.

    "Transformation du monde", oui, mais transformation comme accouchement, c'est-à-dire, dans la douleur. On ne chantera donc pas, comme Gérard Melet en 1964 : "Bleu, bleu, le ciel est bleu".

Des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel.

    N'en déplaise donc à certains, je vous le dis encore une fois : ne comptez pas sur moi pour vous rassurer à bon compte. Je ne le ferai pas !  ... Quitte à être taxé de trouble-fête, comme Noé, et Loth à Sodome. Remarquez que ces paroles, au moment où Jésus les prononce, arrivent comme un cheveu sur la soupe. Saint Luc, en effet nous en donne le contexte :

Certains disciples de Jésus parlaient du Temple (que voilà une conversation pieuse !), admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles.

    Aujourd'hui, en pareille situation, plus d'un responsable de la pastorale dirait : "Il y a des raisons d'espérer : les églises sont bien entretenues, et les collectes des messes rapportent plus d'argent que jamais." Le ciel est bleu, et l'avenir en rose, quoi ! Et c'est alors que Jésus dit :

Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n'en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit.

    Cette prophétie-là ne nous ébranle pas beaucoup, nous ; beaucoup moins, en tout cas, que celles que je viens d'évoquer au début. Nous n'imaginons pas l'effet que cela a dû produire sur des Juifs. Le Temple était pour eux le centre du monde, le coeur de leur vie. Si le Temple s'écroule, leur vie s'anéantit. Alors qu'eux se remontaient le moral, envisageaient l'avenir avec un optimisme croissant, Jésus apparaît sur la scène comme un "prophète de malheur".

Aujourd'hui, pour un évêque ou un prêtre, être accusé d'être "prophète de malheur" constitue la suprême injure, une tare qu'il faut éviter ... comme la peste. On est loin de la Bible ! L'expression "prophète de malheur" a une histoire qui n'est pas biblique du tout.  Pour la Bible, le grand danger, c'est d'être, non pas un prophète de malheur, mais un faux prophète.

    Le cardinal Biffi, archevêque de Bologne de 1984 à 2003, vient de publier, à la veille de ses 80 ans, une imposante auto-biographie intitulée : "Memorie e digressioni di un italiano cardinale [Mémoires et digressions d’un italien cardinal]".  Dans la préface, le cardinal Biffi reprend ces mots de saint Ambroise, grand évêque de Milan au IVe siècle, son "père et maître" bien aimé :
Pour un évêque, il n’y a rien de plus risqué devant Dieu et de plus honteux devant les hommes que de ne pas proclamer librement sa propre pensée.

    Selon lui, un évêque est grand lorsqu’il gouverne l’Église par
la chaleur et la certitude de la foi, par des initiatives et des œuvres concrètes, par la capacité de répondre aux attentes de l’époque, non par des concessions et du conformisme mais en puisant dans le patrimoine inaliénable de la vérité.

    Voici ce qu'il écrit à propos du pape Jean XXIII (p. 177-179) :
Le pape Jean XXIII est mort le jour de la Pentecôte, le 3 juin 1963. Moi aussi, je l’ai regretté, car j’éprouvais pour lui une sympathie irrésistible. J’étais séduit par ses gestes "hors des rites" et je me réjouissais de ses mots souvent surprenants et de ses remarques improvisées.

Il n’y avait que quelques phrases qui me laissaient perplexe. C’étaient justement celles qui conquéraient les âmes plus facilement que les autres, car elles apparaissaient conformes aux aspirations instinctives des hommes.

Il y avait par exemple, son jugement réprobateur concernant les "prophètes de malheur".

L’expression était devenue populaire et l’est restée. C’est bien naturel : les gens n’aiment pas les rabat-joie ; ils préfèrent ceux qui promettent des lendemains qu chantent à ceux qui expriment des craintes et des réserves. Moi aussi, j’admirais là le courage et l’élan que manifestait, dans les dernières années de sa vie, ce "jeune" successeur de Pierre.

Mais je me souviens d’avoir été saisi presque immédiatement par un sentiment de perplexité. Au cours de l’histoire de la Révélation, ceux qui ont annoncé des châtiments et des catastrophes ont généralement été les vrais prophètes, comme par exemple Isaïe (chapitre 24), Jérémie (chapitre 4) et Ezéchiel (chapitres 4-11).

Jésus lui-même devrait, d’après ce que l’on lit au chapitre 24 de l’Évangile selon saint Matthieu, figurer parmi les "prophètes de malheur" : les succès futurs et les joies à venir qu’il annonce ne concernent pas en général l’existence ici-bas mais la "vie éternelle" et le "Royaume des Cieux".

Dans la Bible, ce sont plutôt les faux prophètes qui proclament habituellement l’imminence d’heures tranquilles et rassurantes (voir le chapitre 13 du Livre d’Ezéchiel).

La phrase de Jean XXIII s’explique par ce qu’il ressentait à ce moment-là, mais elle ne doit pas être prise comme une vérité absolue. Au contraire, il est bon d’écouter aussi ceux qui ont des raisons d’alerter leurs frères, en les préparant à d’éventuelles épreuves, et ceux qui jugent utiles les invitations à la prudence et à la vigilance.

    Le danger des faux prophètes est d'autant plus grand de nos jours que nous vivons dans une culture dite "démocratique".

    Puisque nous parlons de chansons et de lendemains qui chantent, prenons l'exemple du chant liturgique. Depuis Vatican II, tous les textes officiels sur la musique liturgique demandent qu'on accorde au chant grégorien la première place dans le répertoire liturgique (voir Sacrosanctum Concilium, Sacramentum Caritatis, et la Présentation générale du missel romain, éd. 2002).

    Sous la plume de quelqu'un qui s'y connaît, je lisais ceci :
Il y a des paroisses où le chant grégorien est progressivement abandonné ; il y en a d'autres où on réapprend à le chanter. Les catholiques français n'arrivent pas à se mettre d'accord sur la place qui revient au grégorien dans la liturgie. Plusieurs fois, j'ai vu des vieux prêtres me dire (à moi, un jeune !) que le grégorien était bon pour les vieux et que les jeunes n'en voulaient pas. Pour ma part, il faudrait me faire subir un lavage de cerveau pour me faire croire que le grégorien n'est pas la meilleure musique liturgique qu'on puisse trouver chez les catholiques. J'ai commencé à étudier la musique à l'âge de six ans.  Ensuite, j'ai appris le piano et l'orgue. En tant qu'organiste, j'ai l'expérience de l'accompagnement liturgique. Enfin - ce qui est le plus important - je connais la plupart des chefs-d'oeuvre de la musique sacrée depuis le début du XIIIè siècle, de Pérotin le Grand à Jean-Louis Florentz, en passant par Ockeghem, Josquin, Tallis, Byrd, Palestrina, Victoria, Monteverdi, Bach, etc., et au XXè siècle, Caplet, Jolivet, Poulenc, Rachmaninov, Bloch, Zemlinsky, Martin, Messiaen, Duruflé.

    À cette situation paradoxale, l'auteur de ces lignes trouve la raison suivante :
Les sociologues et les philosophes disent que dans une culture démocratique, beaucoup de comportements s'expliquent par la peur de l'opinion. Cette loi se vérifie dans le domaine de la liturgie, où est obsédé par le souci de plaire aux fidèles.
On ne voit pas assez que depuis une quarantaine d'années, la nullité esthétique de nos liturgies a largement contribué à vider nos églises. Demandons aux fidèles d'une paroisse s'il faut chanter du grégorien. La plupart répondront peut-être qu'il faut abandonner les vieilles traditions.

    Saint Augustin, lui aussi, mettait en garde contre les faux prophètes :
Lorsque les pasteurs craignent de blesser ceux à qui ils parlent, non seulement ils ne les préparent pas aux tentations qui les menacent, mais encore ils leur promettent le bonheur de ce monde, que le Seigneur n'a pas promis au monde. Le Seigneur a promis au monde que peines sur peines lui adviendraient, et tu veux être un chrétien épargné par ces peines ? Parce que tu es chrétien, tu souffriras davantage en ce monde.

En effet, l'Apôtre nous dit : Tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ Jésus seront persécutés. Maintenant, si tu préfères le pasteur qui cherche tes intérêts et non ceux de Jésus Christ, (alors qu'il dira: Tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ Jésus seront persécutés), toi, tu dis : "Si tu vis avec piété dans le Christ Jésus, tu seras comblé de tous les biens. Et si tu n'as pas d'enfants, tu adopteras et tu élèveras tous ceux que tu voudras, et personne ne mourra chez toi". C'est comme cela que tu construis ? Regarde ce que tu fais, où tu places ta maison. Ce que tu bâtis est posé sur le sable. Les pluies vont venir, le fleuve va déborder, le vent va souffler, ils vont battre cette maison, elle tombera et son écroulement sera complet.

Abandonne le sable, construis sur la pierre, sur le Christ, puisque tu veux être chrétien. Considère les souffrances imméritées du Christ, considère-le, lui qui, sans aucun péché, restitue ce qu'il n'a pas volé ; considère l'Écriture qui dit de lui :  Il châtie tout homme qu'il reçoit pour son fils. Il faut se préparer à être châtié, ou bien ne pas chercher à être reçu.

    Combien de pasteurs qui, par lâcheté, s'abstiennent de parler, s'ils prévoient que cela va susciter des vagues et leur créer des ennuis. Les exemples abondent, malheureusement. Prenons, dans l'actualité, celui du Téléthon. Quand nos évêques oseront-ils clairement et collégialement prendre postion pour dire à leurs ouailles : ne donnez pas d'argent au Téléthon ? Mgr. Raffin, évêque de Metz, vient de le faire, après quelques autres.

Si quelqu’un recherche par son enseignement autre chose que l’intérêt du peuple, c’est un faux prophète,
disait saint Thomas d'Aquin, lui aussi, dans un sermon.

Homélie 32 T.O.C. 2007: L'évolution de la foi (Lc 20, 27-38)

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

Lectures du 32° dimanche du temps ordinaire C

    Cette année, le 32° dimanche du Temps Ordinaire coïncide avec le 11 novembre, date qui a marqué notre mémoire collective par la fin de la Grande Guerre avec ses millions de morts. En parcourant en voiture certaines régions de France pendant les grandes vacances, j'ai été frappé par les cimetières qui longent la route : non seulement des cimetières où sont ensevelis des Français mais aussi des cimetières anglais, canadiens, étatsuniens, etc...

    Il y a une dizaine de jours, nous nous sommes rendu aussi au cimetière de chez nous. Depuis, nous avons encore dû déplorer plusieurs décès dans notre communauté : des personnes déjà d'un certain âge, certes, mais dont la mort n'en reste pas moins une épreuve, non seulement pour notre sensibilité, mais aussi pour notre foi. Dix jours après la commémoration des défunts, la parole de Marthe à Jésus quatre jours après la mort de son frère, Lazare, résonne encore à nos oreilles :

Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort (Jn 11, 21).

    Jésus avait alors révélé à Marthe un "évangile", c'est-à-dire pas seulement une "bonne nouvelle", comme on traduit souvent (et mal), mais une vérité révélée par Dieu et qui constitue l'aboutissement d'un long et douloureux cheminement du Peuple d'Israël. Marthe, déjà, croyait ce que croyaient les Pharisiens (mais non les Sadducéens) et ce que croyaient les Juifs des générations précédentes, un à deux siècles avant Jésus Christ. Cette foi-là n'était pas encore le bout du chemin, mais par raport à celle des Sadducéens et des siècles précédents, c'était une avancée considérable. Ce n'était pas pour autant une époque facile. Au temps de Jésus Israël était occupée par l'armée romaine, comme elle l'était par Antiochus Épiphane deux siècles auparavant.

    Il faut savoir aussi que l'autorité canonique du livre dont est extraite la première lecture d'aujourd'hui n'était pas admise par les Juifs. Ce livre ne faisait pas partie de leur "bible". Pour notre foi chrétienne il est pourtant d'une importance capitale par les affirmations qu'il contient sur la résurrection des morts (7, 9 ; 14, 46), les sanctions d'outre-tombe (6, 26), la prière pour les défunts (12, 41-46), le mérite des martyrs (6, 18-7, 41) et l'intercession des saints (15, 12-16). C'est donc un livre dont il ne faut pas sousestimer l'importance !

    Tout comme pour nous aujourd'hui, il est important de prendre conscience du fait que la paix que nous connaissons aujourd'hui, même si elle n'est pas une paix parfaite, n'est pas une paix facile et évidente, mais une paix que nos ancêtres, dont certains sont encore en vie, ont conquise au prix de beaucoup de souffrances, ainsi nous autres, chrétiens du deuxième millénaire, devons-nous réaliser que la foi que nous avons reçue au baptême est une foi qui a mûri dans les mulitples épreuves de ceux qui nous ont précédés sur le chemin de la foi.

    À cet égard, lors des enseignements du jeudi soir dans la paroisse, à propos de la vocation de Jérémie, j'avais fait état du livre d'un auteur italien, H. Galbiati : Le fede nei personaggi della Bibbia (Milan 1979), dans lequel l'auteur distingue la foi réceptive de la première enfance de la foi oblative de l'adolescence. Il compare la première période à l'Ancien Testament, à la phase historique de croissance du peuple hébreu. Il parle ensuite de la foi de l'adolescence et la compare à la foi des Apôtres avant la Résurrection de Jésus. Enfin il décrit la foi de l'état adulte et la compare à la foi de l'Église après la Pentecôte.

    À notre petite mesure, nous avons tous pu faire ces différents types d'expériences. La foi, je l'ai reçue lors de mon baptême. C'est un cadeau, un don gratuit reçu de Dieu et de son Église. Je n'ai rien fait pour cela, comme je n'ai rien fait pour recevoir le lait maternel, sinon ouvrir la bouche et téter le sein maternel.

    Cette période, vous en conviendrez, n'a pas duré indéfiniment ! Progressivement j'ai été sevré en passant, par différentes étapes, du lait maternel à la nourriture solide. Le jour est arrivé où j'ai reçu les premiers rudiments du catéchisme. Il y avait encore une bonne part de réceptivité : écouter les leçons et les enseignements des catéchistes (certaines parmi vous savent ce que c'est que de faire la catéchèse !), mais il fallait quand même que j'y mette du mien. À l'époque, il fallait encore apprendre par coeur les questions et les réponses du catéchisme. Aujourd'hui encore, la foi reçue au baptême demande à être cultivée, comme la semence jetée dans un jardin demande des soins tout au long de sa croissance.

    Puis est arrivé le temps où j'ai moi-même dû pourvoir à mon alimentation. Ce n'était pas parce que maman faisait la grève ou parce qu'elle ne m'aimait plus, mais parce que le temps était venu pour moi de voler de mes propres ailes. Pareillement, il n'y avait plus de catéchisme. Il fallait que je prenne en main ma propre formation chrétienne, d'abord par la participation fidèle aux sacrements, mais aussi par la prière personnelle, des lectures, des temps de retraite, et ensuite les études de philosophie et de théologie, etc...

    Et maintenant, en tant que chrétien adulte et prêtre, à moi de me "dépenser" pour que les bébés, les enfants, les jeunes et aussi les adultes puissent continuer de recevoir l'Évangile pour pouvoir le transmettre à leur tour à leur entourage et aux générations suivantes.

    Pourquoi est-ce que je vous rappelle tout cela ? Parce que la tentation existe de ne pas vouloir grandir, de toujours rester dans cet état de réceptivité purement passive de notre petite enfance, et d'être littéralement des "demeurés" spirituels, des personnes qui croient que la vie ne consiste que dans une recherche permanente de plaisirs et d'expériences agréables que d'autres ont concoctés pour nous et que nous considérons comme un dû. ("Les autres", c'est l'État - le gouvernement -, c'est l'Église - le curé -, ce sont nos parents, etc...)

    J'ai l'impression très nette qu'aujourd'hui ce ne sont pas seulement des personnes qui vivent avec cette mentalité-là, mais des sociétés entières. Ce n'est certainement pas cela, la "voie d'enfance spirituelle" de sainte Thérèse de Lisieux !

    Qu'en est-il alors pour les vérités de foi auxquelles j'ai fait allusion plus haut, notamment de la foi en la résurrection ? Cette foi, nous l'avons reçue de l'Église, nous l'avons reçue des martyrs ! Ce serait faire preuve d'une amnésie très grave que de penser que la foi en Dieu qui ressuscite les morts, c'est la foi qui arrange tous nos problèmes, celle qui nous garantit le succès dans toutes nos entreprises et la réalisation de tous nos rêves et désirs, une sorte de foi sur mesure, en somme, la mesure de nos petites ambitions égoïstes.

    Je reçois périodiquement une lettre anonyme, non pas pour m'insulter ou pour me menacer, Dieu merci, mais pour me demander de prier pour l'auteur de ces lettres quand elle doit passer des examens. Ce n'est pas mauvais en soi (mieux vaudrait quand même ne pas cacher son identité), mais il ne faudrait pas que notre démarche religieuse se limite à cela...

    La foi, c'est comme la paix. Elle n'est jamais statique. Elle suppose une croissance permanente, et cette croissance n'est pas sans peine ni sans douleurs. Il y a quarante ans, le Pape Paul VI écrivait dans "Populorum progressio" :

Le développement est le nouveau nom de la paix.

    Dans le combat pour la paix, il n'y a jamais d'armistice. La paix n'est jamais acquise une fois pour toutes. C'est un combat permanent. Les 20 et 21 novembre prochains, au Vatican, le II° Congrès Mondial des organismes ecclésiaux travaillant pour la justice et la paix rassemblera plus de 300 délégués, venus de plus de 80 pays des cinq continents ; il se penchera sur le thème suivant : « 40° anniversaire de "Populorum Progressio" : le développement de tout l’homme, le développement de tous les hommes » ; il approfondira les nouvelles situations mondiales qui se sont créées après le document historique, et les problèmes actuels du développement, à la lumière de la doctrine sociale de l’Église ; il étudiera en particulier les problèmes de l’écologie humaine, du pluralisme et du dialogue interculturel, ainsi que de la nouvelle "gouvernance" dans le cadre de la globalisation. Une attention spéciale et un approfondissement particulier sera consacré à l’engagement pastoral de l’Église pour un développement intégral et au développement solidaire aujourd’hui dans le monde.

    Ce qui est vrai pour la paix vaut aussi pour la foi, la foi dans la résurrection notamment. Le justification par la foi est pour tout l'homme et pour tous les hommes. Et ce combat-là n'est pas seulement le combat du Pape, des évêques, des prêtres et des théologiens. Aujourd'hui encore, des milliers de martyrs versent leur sang pour la foi. (En ce dimanche est béatifié en Argentine, dans sa Patagonie natale, un jeune mapuche, Ceferino Namuncurá.) C'est un combat dans lequel nous avons besoin d'être aidés et consolés (cf. 2° lect.), mais que nous ne pouvons jamais mener par procuration, en nous contentant de le déléguer à d'autres. Pour que nos enfants et le monde dans lequel nous vivons puissent recevoir ce qu'il y a de plus précieux en cette vie, la foi dans la résurrection, ne soyons pas des déserteurs. Comme nous y invite saint Paul, prions pour que Dieu nous apporte le réconfort dont nous avons besoin mais ne fuyons jamais le combat :

Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et qu'on lui rende gloire partout comme chez vous. Priez pour que nous échappions à la méchanceté des gens qui nous veulent du mal, car tout le monde n'a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons pleine confiance en vous : vous faites et vous continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur vous conduise à l'amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ.
 

Homélie commémoration des défunts 2007: Prier pour les âmes abandonnées du purgatoire (Jn 11, 17-27)

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

Lectures pour la commémoration des défunts (2 novembre)



    Hier, en la solennité de tous les saints, notre méditation nous a conduits à répondre d'abord à la question d'un sondage : "Pour les hommes, quelle est la signification de la Toussaint ?". Ensuite, à la lumière de la Parole de Dieu et de la Tradition de l'Église, nous avons essayé de répondre à une autre question : "Et pour nous, chrétiens, que représente la Toussaint ?"

    Aujourd'hui, c'est la commémoration des défunts qui nous rassemble. En ce jour, nous pouvons répondre à cette même double question : pour les hommes ..., et pour vous, quelle est la signification de la commémoration des défunts le 2 novembre ?

    Pour répondre à la première question, nous pouvons nous arrêter d'abord à la deuxième lecture où saint Paul dit aux chrétiens de Thessalonique qu'il ne veut pas les laisser

dans l'ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort.

Il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n'ont pas d'espérance.

    Nous qui sommes ici ce matin, il ne faut pas que nous soyons comme "les autres", quand ils sont, comme nous, confrontés à la mort. Qui sont "les autres" ? Pour les Thessaloniciens, ce sont les païens, bien sûr. Dans la première lecture, où il est question des cas de mort tragique d'enfants ou de jeunes,  ils sont désignés par "les gens" :

Les gens voient cela sans comprendre ; il ne leur vient pas à l'esprit que Dieu accorde à ses élus grâce et miséricorde, et qu'il veille sur ses amis.

    Nous trouvons donc ici le même contraste que dans le passage de l'évangile de la confession de foi de saint Pierre :

Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? ... Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? (Mt 16, 13.15)

    Mais ici, les hommes, manifestement, ce ne sont pas les païens seulement. Ce sont aussi les Juifs, ceux qui pensent que Jésus est Jean Baptiste, ou Élie, ou encore un des prophètes.

    Nous connaissons la réponse de Pierre à la deuxième question que Jésus pose à ses disciples. Mais à l'occasion de la mort de Lazare, quand Jésus arrive à Béthanie, il provoque indirectement chez Marthe, la soeur de Lazare, une autre réponse à cette même question :

Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde.

    En tant que Juive croyante, Marthe savait que son frère ressusciterait :

Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection.

    Marthe "sait". Elle n'est pas dans l'ignorance. Et elle n'est pas comme "les gens" qui se scandalisent de la mort prématurée de l'un des leurs. Mais Jésus veut la faire grandir dans sa foi :

Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

    Ce "cela" indique la nouveauté, le passage de la foi juive à la foi chrétienne.

    Il est vrai que pour nous, aujourd'hui, nous sommes amenés à connaître et à fréquenter davantage les païens que les Juifs. Hier soir, vous avez, comme moi, pu regarder le journal télévisé sur une chaîne locale. J'ai été effaré de voir qu'à l'occasion de la Toussaint, on n'avait pas trouvé mieux que d'inviter sur le plateau, oh pas n'importe qui ! ... une professeur de la Sorbonne ! ... pour parler de ... la réincarnation. On est en train de nous voler nos fêtes chrétiennes ! Allons-nous rester sans réagir ? Interrogée par la présentatrice de ce journal télévisé, cette docte dame a affirmé sans sourciller que la foi en la réincarnation n'avait rien à envier à la foi chrétienne. Vous pouvez constater que même les professeurs de la Sorbonne peuvent être rangés parmi les ignorants.

Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l'ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n'ont pas d'espérance.

    Ces paroles de saint Paul ne sont pas plus choquantes ni plus désobligeantes aujourd'hui qu'il y a deux mille ans. Elles ne sont pas une marque de dédain ou de rejet. Bien au contraire. Car si nous, chrétiens, nous ne sommes pas dans l'ignorance, nous avons une responsabilité non seulement envers les nôtres, ceux de notre famille, de notre paroisse, etc..., celle de transmettre la foi. Nous avons une responsabilité aussi envers les incroyants, la responsabilté du témoignage chrétien. Ce n'est pas parce que le mois de novembre vient de commencer que nous pouvons oublier tout ce que l'Église nous a rappelé tout au long du mois d'octobre, à savoir notre responsabilité missionnaire de transmettre ce que nous avons reçu, de le transmettre non seulement à nos enfants, mais aussi aux incroyants, par exemple à ceux qui croient à la réincarnation.

    Et puisque nous sommes rassemblés afin de prier pour les âmes du purgatoire, ne prions pas seulement pour celles de nos familles, de nos frères et soeurs dans la foi. Cela, nous sommes supposés le faire tous les jours de l'année. Mais la commémoration des défunts a été instituée afin d'inviter les chrétiens à ne pas oublier dans leur prière pour les défunts les âmes du purgatoire pour lesquelles personne ne prie (cf. le texte de Jacques de Voragine qui sera publié samedi sur ce blog).

    À ce sujet je vous signale que pour la bénédiction d'un nouveau cimetière, où seront ensevelis non seulement des catholiques, mais aussi des frères et soeurs d'autres confessions chrétiennes et des non-croyants, l'Église dit ceci :

L'Église, qui tient le cimetière pour un lieu sacré, veille à ce que soient bénis les nouveaux cimetières établis par la communauté catholique ou par les pouvoirs publics dans les pays catholiques ; elle demande aussi qu'on y dresse la Croix du Seigneur, signe d'espérance et de résurrection pour tous les hommes.

Les disciples du Christ "ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes" (Épître à Diognète, 5), ils adoptent les mêmes usages que ceux qu'ils fréquentent : ils prient donc le Père céleste pour tous les hommes, ceux qui sont morts dans la paix du Christ et ceux "dont Dieu seul a connu la foi" (Missel romain, Prière eucharistique IV).

C'est pourquoi dans leurs cimetières les chrétiens inhument et honorent les corps non seulement de ceux qui sont devenus frères par la foi, mais aussi de ceux qui sont de la même condition humaine : en versant son sang pour tous les hommes, le Christ les a tous rachetés sur la croix.

(Livre des Bénédictions, 1115)

C'est pourquoi aussi, lors de la bénédiction des tombes après la Toussaint, dans la prière d'intercession, l'Église prie

pour tous les défunts, afin que Dieu ne rejette pas ceux qu'il a créés par amour (ibid. 1136 K)

C'est ce que nous faisons à chaque eucharistie. C'est encore ce que nous ferons tout à l'heure au cimetière.

24 T.O.C. 2007 : L'INCOMPRÉHENSIBLE MISÉRICORDE DE DIEU (Lc 15, 1-32)

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Les trois lectures de ce dimanche nous parlent de la miséricorde de Dieu. Si nous pensons que nous avons tout compris, si nous sommes convaincus qu'aujourd'hui, dans l'Église, nous savons tellement mieux ce qu'elle est qu'au temps, par exemple, du jansénisme, nous risquons fort, même de manière subtile, de laisser passer, une fois de plus, l'occasion ... de nous convertir. Car nous nous mettrions, plus ou moins inconsciemment, dans la situation de ceux à l'intention de qui Jésus raconte les paraboles de l'évangile, parce qu'ils pensaient, eux aussi, avoir tout compris.

    Le jansénisme, on le sait, a été clairement condamné par l'Église. Mais il n'est pas la seule manière de méconnaître la miséricorde divine telle qu'elle nous est encore révélée dans la Parole de Dieu de ce dimanche. Déjà des saints comme Louis-Marie Grigion de Montfort, ou Jean-Marie Vianney, ou Thérèse de Lisieux, pourtant peu suspects de jansénisme - en première ligne, au contraire, dans une réaction de santé contre cette maladie spirituelle qui a fait tant de ravages parmi les chrétiens - mettaient en garde tout autant contre une conception laxiste de l'amour miséricordieux de notre Dieu.

    Or, je dis que ce laxisme est tout aussi dangereux que le jansénisme. Le fait d'abuser de la miséricorde divine est tout aussi funeste que le fait d'en douter. Penser qu'il ne faut pas se convertir tout de suite, parce que, quand Dieu menace de nous punir, il n'annonce pas la punition pour tout de suite, est tout aussi illusoire que de penser qu'on ne pourra jamais se convertir. Ceux qui affirment que Dieu ne punit jamais font preuve de bêtise autant que ceux qui voient la punition de Dieu partout. Si Dieu menace de nous punir à cause de notre mauvaise conduite, c'est par miséricorde. Si cette punition est annoncée, non pas dans l'immédiat, mais pour plus tard, c'est pour nous laisser le temps de nous convertir, c'est encore par miséricorde.

    Ne disons pas que c'est seulement dans l'Ancien Testament que l'on voit l'annonce de châtiments (il y en a dans le Nouveau, et des terribles !), et que la miséricorde, c'est dans le Nouveau Testament (elle commence avec Adam et Éve)...

    Non pas que la miséricorde de Dieu soit limitée (sauf dans le temps...). Non, au contraire, elle est infinie ! Et elle dépasse tellement tout ce que nous pourrions en dire et en concevoir ! Personne ne pourra jamais la surestimer ni l'épuiser. Tomberions-nous mille, dix mille, cent mille fois dans le même péché, même gravissime, le Seigneur nous pardonne chaque fois que nous revenons vers lui, ou, mieux, chaque fois que nous nous laissons trouver par lui. Car ce n'est pas nous qui revenons vers lui ; c'est lui qui nous cherche et nous retrouve.

    Mais il faut que nous nous laissions ramener sans tarder, sans remettre à plus tard, sans attendre l'heure de la mort. Si nous croyons à la miséricorde de Dieu, pourquoi ne pas nous empresser à nous convertir ? Qu'avez-vous fait il y a un mois, le 15 août, lorsque la meteo annonçait l'approche du cyclone DEAN ? Vous avez agi, et tout de suite, pour mettre en sécurité vos biens et vos propres personnes. Vous n'avez pas perdu une seconde. Vous n'avez pas attendu que le cyclone arrive. Il faillait faire vite !

    À ceux qui remettent toujours leur conversion à plus tard le Curé d'Ars disait :

Faites du moins pour votre pauvre âme ce que vous faites pour votre corps qui n'est cependant qu'un monceau de pourriture et qui, dans quelques moments, sera la pâture des plus vils animaux. Lorsque vous êtes dangereusement blessés, attendez-vous six mois ou un an pour y appliquer les remèdes que vous croyez être nécessaires pour vous guérir ? Lorsque vous êtes attaqués par une bête féroce, attendez-vous d'être à moitié dévorés pour crier au secours ? N'implorez-vous pas, de suite, le secours de vos voisins ? Pourquoi, mes frères, n'agissez-vous pas de même lorsque vous voyez votre pauvre Âme souillée et défigurée par le péché, réduite sous la tyrannie des démons ? Pourquoi n'employez-vous pas aussitôt l'assistance du ciel et n'avez-vous pas recours à la pénitence ?

    Personne ne peut connaître la miséricorde de Dieu, sinon en en faisant l'expérience dans l'instant présent. Écrire un livre savant, faire un sermon brillant, ou, plus simplement, lire de belles pensées ou écouter de beaux discours sur le sujet, pour se dire que l'on se convertira... mais pas tout de suite : c'est se bercer d'illusions dangereuses. Écoutons encore le saint Curé d'Ars :

Eh bien, puisque vous désirez quitter un jour le péché, pourquoi ne le quitteriez-vous pas aujourd'hui, puisque Dieu vous donne le temps et les grâces pour cela ? Croyez-vous que, dans la suite, Dieu sera plus disposé à vous pardonner, et que vos mauvaises habitudes seront moins difficiles à rompre ? Non, non, mes frères, plus vous différerez votre retour à Dieu, plus votre conversion sera malaisée. Le temps, qui affaiblit tout, ne fait que fortifier nos mauvais penchants.

    Voilà donc une bonne raison pour ne pas remettre notre conversion à plus tard. Mais ce n'est pas la seule. Si nous devons nous convertir sans tarder pour notre propre bien, ne devons-nous pas le faire aussi et avant tout pour faire la joie de Dieu ? Si nos péchés l'attristent, comment pourrions-nous continuer d'offenser un Dieu si bon et si doux ? Si notre conversion lui procure une si grande joie, pourquoi le faire languir ? Dire que l'on croit à la miséricorde de Dieu tout en remettant sa conversion à demain est un signe évident d'hypocrisie, cette hypocrisie que Jésus démasquait avec tant de délicatesse et de fermeté chez les pharisiens.

    Enfin, si nous croyons à la miséricorde de Dieu, nous devons nous convertir sans tarder également pour le bien de notre prochain, pour le bien de ceux qui nous sont chers, pour le bien de tous. Nous ne pouvons pas soupçonner les fruits que nous pourrions porter, le bien que nous pourrions faire autour de nous, si maintenant, en cet instant, nous ouvrions notre pauvre coeur à l'amour de Dieu, si, en confessant nos péchés avec une sincère contrition nous formions le ferme propos de recevoir son pardon. (Il y a un sacrement pour cela !)

    C'est ce que nous dit saint Paul dans la deuxième lecture. Le péché est un cercle vicieux. Plus on s'y attarde, plus il nous engloutit, et plus il entraîne à leur perte ceux que nous rencontrons à cause de la mauvaise influence que nous avons sur eux. Mais celui qui fait l'expérience de la miséricorde ne manquera pas de se trouver à l'origine d'un cercle vertueux et d'entraîner dans son sillage une multitude d'autres pécheurs vers la maison du Père :

Voici une parole sûre, et qui mérite d'être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi le premier, je suis pécheur, mais si le Christ Jésus m'a pardonné, c'est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle.

    Le Seigneur nous appelle avec force et tendresse. Si nous l'écoutons, bientôt il transformera notre désert dans un "vert pré" pour une joie sans fin. AMEN !


23 T.O.C.: À LA SUITE DU CHRIST S'AIMER SOI-MÊME EN VÉRITÉ (Lc 14, 25-33 - 23° T.O.C)

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    L'importance de l'Évangile que nous venons d'entendre en ce dimanche de la rentrée après les vacances ne peut pas être surestimée :

Si quelqu'un vient à moi...

    Pourquoi sommes-nous ici ? Notre présence ici, que dit-elle au Seigneur ? Que sommes-nous en train de faire ? Remarquez que l'évangile dit :

De grandes foules faisaient route avec Jésus.

    C'est à ces "grandes foules" que la parole de Jésus s'adresse, et non pas à une certaine élite spirituelle ou mystique. Les exigences que Jésus exprime nous paraissent exorbitantes. Il serait trop facile de s'en débarrasser avec l'excuse qu'elles ne s'adressent pas à nous, mais aux moines, aux ermites seulement. Le Concile Vatican II nous le rappelle clairement : "Il est évident pour tous que l'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur rang." (LG 40)

Maître divin et modèle de toute perfection, le Seigneur Jésus enseigne à tous et à chacun de ses disciples, quelle que soit leur condition, cette sainteté de vie dont il est à la fois l'initiateur et le consommateur...
Les fidèles doivent appliquer les forces qu'ils ont reçues, selon la mesure du don du Christ, à obtenir cette perfection, afin que marchant sur ses traces et devenus conformes à son image, accomplissant en tout la volonté du Père, ils soient avec toute leur âme voués à la gloire de Dieu et au service du prochain. (ibid.)

    Depuis des siècles les chrétiens dans leur grande majorité se sont habitués à une Église "à deux vitesses". Ca nous arrange finalement. On est baptisé. On est confirmé. On va à la messe (de temps en temps). Mais dans le même temps on s'accommode d'une médiocrité dont Dieu a horreur. On se montre intransigeant pour les prêtres et les religieux, on les veut exemplaires, on ne tolère aucune faiblesse de leur part. À la moindre de leurs fautes on crie au scandale. Mais on réclame d'eux la plus grande compréhension pour ses propres défaillances. En somme, ces chrétiens rêvent d'une perfection par procuration !

    Le Concile Vatican II, dans le droit fil de l'Évangile, a jeté bas cet échafaudage illusoire : un seul baptême, un seul et même appel à la sainteté. Celui ou celle qui entre dans la vie religieuse n'est pas pour autant meilleur(e) que les autres. Il y entre parce que c'est sa vocation. Pour lui ou pour elle, c'est la meilleure manière d'être fidèle aux promesses de son baptême. Pour un(e) autre, le même désir et la même exigence de perfection sera de rester dans le monde pour être levain dans la pâte, témoin-lumière du Christ-Lumière.

    Le Concile a voulu souligner la dignité de la vocation du laïc, parce que notre monde a particulièrement besoin de saints laïcs, de saints jeunes, de saints époux, pères et mères de famille, de saints boulangers et de saints gendarmes, de saints fonctionnaires et de saints agriculteurs. Il est devenu si difficile d'être chrétien dans le monde d'aujourd'hui. Cela demande souvent de l'héroïsme d'être mari et femme, enfant et jeune, travailleur et citoyen, en vivant comme Jésus le demande dans l'Évangile.

    Alors la tentation est forte de dire que la morale chrétienne est trop élevée, et donc inaccessible, et que la hiérarchie de l'Église devrait davantage prendre en compte les temps dans lesquels nous vivons. Si les chrétiens ne vivent plus selon la morale enseignée par le Vatican, ne faut-il pas changer la loi pour l'adapter à notre époque ? Si les consignes et les normes édictées par le Magistère de l'Église, surtout dans le domaine de la morale familiale et sexuelle, sont si peu ou si mal respectées, dit-on (mais qu'en sait-"on", puisque les statistiques dans ce domaine, plus encore que dans d'autres, sont à prendre avec précaution ?), ne faut-il pas les réviser et les adapter à notre temps ? Et en faisant remarquer que la loi est pour l'homme et non l'homme pour la loi, on pense que l'affaire est réglée, que la discussion est close.

    Par exemple, il est devenu presque banal de rappeler que la publication de l'encyclique Humanae Vitae en 1968, a provoqué une fracture à l'intérieur de l'opinion publique catholique.

    En effet, une nouvelle situation est apparue dans la communauté chrétienne elle-même, qui a connu la diffusion de nombreux doutes et de nombreuses objections, d'ordre humain et psychologique, social et culturel, religieux et même proprement théologique, au sujet des enseignements moraux de l'Eglise. Il ne s'agit plus d'oppositions limitées et occasionnelles, mais d'une mise en discussion globale et systématique du patrimoine moral... (Veritatis Splendor, 4)

    Il nous faut donc faire un gros effort pour nous débarrasser de tout ce qui vient parasiter notre écoute de ces paroles pourtant si claires de Jésus :

    Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et soeurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple.... Celui d'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.

    Mais attention ! Il ne s'agit pas de détester ses parents, ses enfants et de se détester soi-même ! Il s'agit, bien au contraire, de d'aimer les autres et soi-même en vérité, à la lumière de l'amour du Christ, "envoyé pour guérir et sauver tous les hommes", et non pas à la lueur de notre pauvre petite intelligence et de nos sentiments éphémères. Il faut absolument commencer par apprendre à s'aimer soi-même : c'est même le BABA de la vie spirituelle, à condition de ne pas confondre amour de soi avec amour-propre. Le véritable amour de soi prend sa source en l'amour de Dieu pour moi, amour qui me dépasse infiniment comme le ciel dépasse la terre (cf. 1° lect.). Le véritable amour de soi consiste à se dire que nous ne savons pas nous aimer et que Dieu seul le sait, et que quand il nous le dit (par les paroles de l'Évangile et par l'enseignement de l'Église, mais aussi par sa manière de gouverner le monde et notre vie), il serait mal venu de lui opposer une fin de non recevoir par une série d'objections plus ou moins raffinées.

    Jésus nous demande donc de faire cesser cette engrenage de fausses raisons qui n'est qu'un alibi pour notre médiocrité avec laquelle nous passons toute notre vie à gérer le plus habilement mais aussi le plus hypocritement possible nos amours-propres. À ce rythme-là, même dans nos moments les plus généreux, nous demeurons parfaitement incapables de suivre Jésus, d'aimer les autres et de nous aimer nous-mêmes.

    Un des signes les plus éloquents de ce manque d'amour de nous-mêmes n'est-il pas que nous avons une frousse bleue de nous retrouver, ne fût-ce qu'un moment, dans la solitude et le silence ? Si l'on s'aimait, on devrait attendre ces moments-là avec impatience pour en profiter au maximum. Au lieu de cela, nous nous empressons-de fuir ces moments en meublant ces "temps morts", comme nous disons, de musique, de bruit et de vains bavardages, même quand nous sommes à l'église.

    Pendant mes vacances j'ai eu l'occasion de regarder un DVD récent, le seul film qui existe sur la vie des moines de la Grande Chartreuse. Il est intitulé : Into great silence (Le grand silence, Philip Gröning). Le Seigneur ne nous demande pas à tous de devenir des Chartreux. Mais il nous dit que si, au cours de la semaine et de chacune de nos journées, nous ne ménageons pas quelques plages de vrai silence pour nous mettre et remettre à l'écoute de sa Parole qui nous guide et nous éclaire sur les chemins de la vie éternelle, nous n'y arriverons jamais.

VOUS ALLEZ RECEVOIR UNE FORCE (Lc 24, 46-53)

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
ASCENSION C 2007 (1re COMMUNION) - VOUS ALLEZ RECEVOIR UNE FORCE (Lc 24, 46-53)

    Cher enfants, la fête de l'Ascension a lieu 40 jours après Pâques. Ce chiffre symbolique qui a marqué l'épreuve du désert, le chemin vers Pâques, est aussi celui du temps de la foi grandissante grâce, pour les disciples, aux apparitions du Ressuscité "jusqu'au jour où il fût enlevé au ciel".

    Vous aussi, vous avez vécu ce temps. Depuis le jour de votre baptême, vos parents, parains, maraines, vous ont appris à prier et vous ont donné un témoignage de vie chrétienne. Ensuite, vous avez fréquenté le catéchisme dans la paroisse pendant trois années. Tout cela vous a aidé à grandir dans la foi. Vous n'avez pas eu d'apparitions, sans doute, mais cela n'est pas nécessaire. Ce qui est nécessaire c'est d'écouter et de faire ce que Jésus dit aux disciples dans l'évangile:

Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. (1e lect.)
Demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus d'une force venue d'en haut. (évangile)

    Alors, les disciples passent de la tristesse que Jésus leur reprochait encore récemment ("Si vous m'aimiez vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père", Jean 14), à la joie que leur donne la promesse de cette force d'en haut, l'Esprit Saint qui vient du Père. Ils ne se sentent pas seuls et bénissent Dieu.

Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

    Le rassemblement de la messe est une action de grâces, une "Eucharistie" pour les chrétiens. Comme les disciples remplis de joie, bénissaient Dieu dans le Temple, les chrétiens se rassemblent à l'église pour rendre grâce, pour l'Eucharistie. Au coeur de la messe, la prière eucharistique est le sommet de cette expression de louange, de bénédiction ; sommet résumé dans sa "doxologie": "Par Lui (le Christ), avec Lui et en Lui, à toi Dieu le Père tout puissant, dans l'unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles. AMEN". Je vous ai déjà expliqué ce que veut dire ce mot, vous vous en souvenez...

    La force des chrétiens, ce n'est pas la force d'un superman, une force pour épater la galerie. Pas du tout ! La force des chrétiens, c'est l'Eucharistie. La force des chrétiens, c'est de persévérer dans la louange, dans l'action de grâce, dans la prière de demande aussi, quelles que soient les épreuves et les difficultés. La force promise de l'Esprit Saint, c'est une force d'amour, une force pour témoigner sans avoir peur, force devant l'épreuve (la persécution), force de Dieu au coeur de notre faiblesse humaine.

    Je vais vous donner un exemple, pour que vous compreniez bien que ce que je vous dis là, ce ne sont pas "des histoires". C'est l'exemple du Bienheureux Pier Giorgio Frassati.

Image    Pier Giorgio avait tout pour être un blessé de l’amour, un triste gars, un éternel complexé. Pourtant, il a traversé le début du XXe siècle comme une avalanche de joie et de charité. Jean-Paul II, lui-même, qui l'a béatifié en 1990, avouait avoir été bouleversé par le témoignage et la vie intérieure de cet étudiant que la maladie a emporté à 24 ans.

Un héritier “imbécile”

    Turin (1901) Italie. Pier Giorgio naît un 6 avril. Il est l’aîné de deux enfants. Très tôt ses parents jugent que seule Luciana, d’un an sa cadette, est dotée de toute l’intelligence requise pour succéder un jour à la direction du journal libéral La Stampa. Pas lui.

    Son père le taxe d’imbécile et l’humilie fréquemment. L’enfant, l’adolescent puis le jeune homme ne s’en effarouchera jamais. Simplement, il redoublera d’efforts. Tout en respectant toujours ses parents, même lorsque, au fil des ans, le ménage manifeste une mésentente conjugale de plus en plus grande.

Un intrépide généreux

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    Les qualités intérieures de Pier Giorgio passent inaperçues aux yeux de toute sa famille, excepté sans doute de sa grand-mère maternelle. Après coup, sa sœur se souviendra avec émotion combien il a manifesté, pourtant, dès la petite enfance, une générosité intrépide. Comme ce jour où, pour sauver une fillette tombée dans un trou d’eau gelée, alors qu’ils font du patin à glace, Pier Giorgio n'héiste pas à plonger pour la repêcher. Ce bain glacé aurait pu lui coûter la vie. Il a sauvé celle d’une enfant.

    Le garçon est aussi étonnamment concerné par la souffrance d’autrui. Un jour, encore tout petit, il est seul à la maison lorsqu’une pauvre dame vient réclamer quelques sous. Que faire ? L’idée surgit, désarçonnante de bonté. Pier Giorgio ôte ses chaussures et ses bas, les tend à la mendiante : "Pour vos enfants", lui dit-il.

    Son cœur éveillé à la misère grandit durant la première guerre mondiale. Lorsqu’elle éclate, il ne sait comment crier son refus ; il voudrait s’engager pour la paix, venir en aide aux blessés, aux familles des soldats. Que faire pour que la guerre cesse ? "Je donnerai ma vie !", dit l’adolescent.

Les études, un vrai combat

    "Les difficultés rencontrées dans les études furent pour Frassati une occasion d’ascension morale." Pier Giorgio a une haute idée de son devoir et demande qu’on prie pour que sa volonté se consolide. Il formera effectivement le vœu de servir l’Église auprès des mineurs. Or pour concrétiser ce rêve, il doit devenir ingénieur. Un de ses professeurs confie l’avoir averti que "ce n’était pas gagné d’avance"… "J’ai vu pourtant son intelligence s’épanouir comme une fleur, s’affiner et devenir peu à peu si prompte et si souple, qu’elle lui a permis de résoudre, à force d’étude et de ténacité, n’importe quelle difficulté".

Ses "conquêtes"
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    Dès 1918 - il a alors 17 ans -, Pier Giorgio s’investit dans les mouvements catholiques : les équipes Saint-Vincent-de-Paul puis la FUCI (Fédération des Universitaires de l’Action Catholique Italienne). Il y trouve "un réel terrain d’entraînement à la formation chrétienne et des secteurs propices à son apostolat", soulignera Jean-Paul II.

    Avec quelques amis, il fonde aussi la société des "Types Louches", dont le mot d’ordre est la convivialité. Fous rires et canulars téléphoniques émaillent les relations de cette joyeuse bande d’amis, bien décidée en outre à venir en aide aux personnes démunies de Turin. Le jeune homme s’y déplace muni d’un carnet dans lequel il consigne le nom de ses "conquêtes" : des personnes dans le besoin, rencontrées ici ou là, avec mention de ce en quoi il peut leur venir en aide.

    Il se démène alors pour obtenir un lit d’hôpital, une place à l’école ou un logement… Une cascade de démarches à insérer dans l’emploi du temps du jeune étudiant ! Autant de pourparlers avec les autres membres des équipes pour bénéficier de l’argent nécessaire. Le moindre de ses revenus personnels ll allait droit à ses œuvres, jusqu’au prix des transports en commun qu’il économise pour récolter quelques sous. Il conserve également livres et vieux journaux, fait de multiples quêtes, allant de porte en porte. Le très pragmatique et très enjoué Pier Giorgio parvient ainsi à sortir une mulititude de familles et de personnes seules de leur embarras financiers. Il devient au passage le compagnon de jeux des enfants, le confident des parents, offrant sa présence sympathique et ses paroles réconfortantes. Paroles d’encouragements, paroles de confiance. Le jeune bienfaiteur incite encore et toujours à prier.

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Soif de Dieu

    C’est une véritable victoire pour Pier Giorgio lorsqu’il obtient, à 17 ans, la possibilité de communier chaque jour. Jusque là, sa mère y a opposé son veto, méfiante face à ce qu’elle prend pour de la bigoterie. Tôt le matin, Pier Giorgio emprunte désormais l’escalier de service pour se rendre à la messe. Il la vit intensément, sachant que "tous les jeunes gens de cran, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui, nourrissent de ce pain leur volonté d’ascension", expliquera Mgr Pinardi, évêque auxiliaire de Turin. L’eucharistie est le centre de sa journée. Même lorsqu’il est en excursion, il y reste fidèle, se levant aux aurores. Fidélité, recueillement fervent.

    Entre 19 et 24 ans, il découvre et participe aussi à l’adoration nocturne. On le croise un chapelet en main, ou méditant les paroles de saint Paul.

Amitiés et rayonnement

    Les étudiants qui l’entourent respectent cet être entier pour "sa foi ardente, simple, entière, inébranlable", comme l’explique un ami. "Il mettait toujours le Seigneur entre lui et nous", dira une jeune fille qu’il aima en secret ; un amour auquel il renonce, sachant que ce sujet risque de devenir une occasion supplémentaire de discorde entre ses parents.

    On admire la droiture de Pier Giorgio. Sa sœur témoignera que la grande pureté de son frère était manifeste aux yeux de tous. Lorsqu’une une conversation dérape par exemple, il ne se gêne pas pour siffler ostensiblement. Son attitude tranche avec celle des autres jeunes et leur inspire respect et sympathie. "Son secret pour gagner les esprits et les cœurs, c’était sa charité sans alliage", assure un ami. Pier Giorgio remplit gaiement mille services anodins : rangement de la salle après une réunion, préparation d’une fête. "Je suis à votre entière disposition", aime-t-il répéter.

    Sa charité exceptionnelle restera son secret intérieur. Un jour, en montagne, alors qu’il est parvenu à embarquer quelques compagnons pour une excursion, l’un d’eux paraît très fatigué. Pier Giorgio feint alors de se plaindre de tous les maux : de ses souliers trop neufs à la courroie de son sac qui lui fait "vraiment" mal… Jusqu’à ce que la troupe accepte de faire une pause. Pour lui. Ainsi a-t-il évité à cet ami l’humiliation de réclamer la halte. Ce n’est rien. C’est une délicatesse de Pier Giorgio.

    "Le vrai bien se fait comme par inadvertance, petit à petit, quotidiennement, familièrement", déclare-t-il un jour. Mais une inadvertance pétrie de vigilance ; pétrie d’un esprit silencieusement contemplatif ; en attendant l’occasion de se mettre au service. Discrètement.

Vers le sommet

    Soudain, Pier Giorgio contracte, auprès d’une famille pauvre, une poliomyélite foudroyante qui l’emportera en six jours. On ne décèle pas immédiatement la cause de son mal. Et, tandis que sa grand-mère agonise dans la chambre à côté, on lui reproche son flegme. Traîner au lit alors que son aïeule est mourante ! A 24 ans (en 1925), son témoignage de vie prend toute sa mesure dans ces jours d’épreuve. Tandis qu’il souffre terriblement, il pense encore à la promesse faite à une personne dans le besoin. Péniblement, il écrit un mot pour que l’argent nécessaire lui parvienne.

    Alors, le jour de son enterrement, une foule innombrable de pauvres, d’inconnus en larmes, ceux pour lesquels il s’était tant démené, manifeste la grandeur de Pier Giorgio. "Il mourut jeune, au terme d’une existence brève, met en avant Jean-Paul II lors de la béatification de Pier Giorgio en 1990, mais extraordinairement riche en fruits spirituels, s’acheminant vers la vraie patrie pour chanter les louanges de Dieu". (d'après Isabelle Piot)

    Alors, vous aussi, chers enfants, vous allez recevoir la force qui fait les saints. Vous allez recevoir la force de l'Eucharistie, à laquelle rien ne résiste, si on la reçoit dans la foi, comme les Apôtres, comme Pier Giorgio, comme tant d'autres. Ne perdez pas cette force. En la perdant, vous perdez tout. En la gardant, vous recevez tout: "Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous", pas seulement aujourd'hui, mais tous les dimanches, et même les jours de semaine, si vous pouvez. En la gardant, vous pourrez la transmettre: "Alors vous serez mes témoins ... jusqu'aux extrémités de la terre".

LES FEMMES ET LE MYSTÈRE DE PÂQUES

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
    Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala (Jn 19, 25). Pour une fois, laissons de côté Marie, sa Mère. Sa présence au Calvaire n’a pas besoin d’explication. Elle était « sa mère » et cela explique tout ; les mères n’abandonnent pas leur fils, même condamné à mort. Mais pourquoi les autres femmes étaient-elles là ? Qui étaient-elles et combien étaient-elles ?

    Les évangiles indiquent les noms de quelques unes d’entre elles : Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le mineur et de Joses, Salomé, mère des fils de Zébédée, une certaine Jeanne et une certaine Suzanne (Lc 8, 3). Venues avec Jésus de Galilée, ces femmes l’avaient suivi, en pleurant, sur le chemin du Calvaire (Lc 23, 27-28). Arrivées au Golgotha, elles observaient « de loin » (c’est-à-dire à la distance qui leur était permise), et de là elles l’accompagnent dans la tristesse, au sépulcre, avec Joseph d’Arimathie (Lc 23, 55).

    Cet événement est trop marqué et trop extraordinaire pour qu’on le traite à la légère. On les appelle, avec une certaine condescendance masculine, « les femmes pieuses », mais elles sont bien plus que des « femmes pieuses », ce sont des « Mères Courage » ! Elles ont défié le danger de se montrer aussi ouvertement en faveur d’un condamné à mort. Jésus avait dit : « Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! » (Lc 7, 23). Ces femmes sont les seules à ne pas s’être scandalisées de lui.

    Il existe actuellement un débat animé sur qui a voulu la mort de Jésus : les chefs juifs ou Pilate, ou les deux. Une chose est certaine : ce sont des hommes, et non des femmes. Aucune femme n’est impliquée, même indirectement, dans sa condamnation. La seule femme païenne mentionnée dans les récits, la femme de Pilate, s’est elle aussi opposée à sa condamnation (Mt 27, 19). Jésus est certes mort pour les péchés des femmes également mais historiquement elles sont les seules à pouvoir dire : « Nous ne sommes pas responsables de ce sang » (cf. Mt 27, 24).

    Le fait que les auteurs et les inspirateurs des évangiles y fassent piètre figure et qu’ils attribuent un rôle merveilleux aux femmes est l’un des signes les plus sûrs de l’honnêteté et de la vraisemblance historique des évangiles. Qui aurait permis que soit conservée de mémoire impérissable l’histoire honteuse de leur peur, de leur fuite, de leur reniement, aggravée encore par la confrontation avec la conduite si différente de quelques pauvres femmes ? Qui l’aurait permis, s’il n’y avait pas été conduit par la fidélité à une histoire qui semblait désormais infiniment plus grande que leur propre misère ?

* * *

    On s’est toujours demandé pourquoi les « femmes pieuses » sont les premières à voir le Ressuscité et sont chargées de l’annoncer aux apôtres. C’était le meilleur moyen de rendre la résurrection peu crédible. Le témoignage d’une femme n’avait aucun poids. C’est peut-être pour cette raison qu’aucune femme ne figure dans la longue liste de ceux qui ont vu le Ressuscité, rédigée par Paul (cf. 1 Co 15, 5-8). Les apôtres eux-mêmes prirent tout d’abord les paroles des femmes pour « du radotage » typiquement féminin et n’y crurent pas (Lc 24, 11).

    Les auteurs anciens ont cru avoir trouvé la réponse à cette question. Les femmes, dit Romain le Mélode dans l’un de ses hymnes, sont les premières à voir le Ressuscité parce que c’est une femme, Eve, qui fut la première à pécher ! (1). Mais la vraie réponse est une autre : les femmes ont été les premières à le voir ressuscité car elles avaient été les dernières à l’abandonner mort, et même après sa mort elles venaient apporter des aromates à son sépulcre (Mc 16, 1).

    Nous devons nous demander pourquoi cela : pourquoi les femmes ont-elles résisté au scandale de la croix ? Pourquoi lui sont-elles restées proches alors que tout semblait fini et que même ses disciples les plus proches l’avaient abandonné et organisaient le retour chez eux ?

    Jésus a donné la réponse de manière anticipée quand, répondant à Simon, il dit, en parlant de la pécheresse qui lui avait lavé et embrassé les pieds : « Elle a beaucoup aimé ! » (cf. Lc 7, 47). Les femmes avaient suivi Jésus pour lui-même, en reconnaissance du bien reçu de lui, non dans l’espoir de faire carrière à sa suite. On ne leur avait pas promis « douze trônes », et elles n’avaient pas demandé de siéger à sa droite et à sa gauche dans son royaume. Elles le suivaient, est-il écrit, « pour le servir » (cf. Lc 8, 3 ; Mt 27, 55) ; elles étaient les seules, après Marie, la Mère de Jésus, à avoir assimilé l’esprit de l’évangile. Elles avaient suivi les raisons du cœur et celles-ci ne les avaient pas trompées.

* * *

    A cet égard, leur présence près du Crucifié et du Ressuscité contient un enseignement vital pour nous aujourd’hui. Notre civilisation, dominée par la technique, a besoin d’un cœur afin que l’homme puisse y survivre sans se déshumaniser totalement. Nous devons donner plus d’espace aux « raisons du cœur », si nous voulons éviter que l’humanité replonge dans une ère glaciale.

    Dans ce domaine, contrairement à de nombreux autres domaines, la technique ne nous est pas d’un grand secours. On travaille depuis longtemps à un type d’ordinateur qui « pense » et de nombreuses personnes sont convaincues qu’on y arrivera. Mais personne n’a encore envisagé la possibilité d’un ordinateur qui « aime », qui s’émeut, qui vient en aide à l’homme sur le plan affectif, qui l’aide à aimer comme il l’aide à calculer les distances entre les étoiles, à déterminer le mouvement des atomes, à mémoriser les données…

    Le développement de l’intelligence et des facultés cognitives de l’homme, ne va malheureusement pas de pair avec le développement de sa capacité d’aimer. Il semble même que cette dernière n’ait aucune importance alors que nous savons très bien que le fait d’être heureux ou non sur la terre ne dépend pas tant du fait de posséder des connaissances ou non mais du fait d’aimer ou de ne pas aimer, d’être aimé ou de ne pas être aimé. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi nous tenons tant à développer nos connaissances et pourquoi nous tenons si peu à accroître notre capacité d’aimer : la connaissance se traduit automatiquement en pouvoir, l’amour en service.

    L’une des idolâtries modernes est celle du « QI » du « quotient intellectuel ». De nombreuses méthodes pour mesurer le quotient intellectuel ont été mises au point. Mais qui se préoccupe de tenir également compte du « quotient du cœur » ? Et pourtant, seul l’amour rachète et sauve, alors que la science et la soif de connaissance peuvent à elles seules conduire à la damnation. C’est la conclusion du Faust de Goethe et c’est aussi le cri lancé par le réalisateur qui fait clouer symboliquement sur le sol les précieux volumes d’une bibliothèque et fait dire à l’acteur principal que « tous les livres du monde ne valent pas une caresse » (2). Avant eux tous, saint Paul avait écrit : « La science enfle ; c'est la charité qui édifie » (1 Co 8, 1)

    Après tant d’époques qui ont pris le nom de l’homme – homo erectus, homo faber, jusqu’à l’homo sapiens-sapiens c’est-à-dire très sage, d’aujourd’hui – il faut espérer que s’ouvre enfin pour l’humanité une ère de la femme : une ère du cœur, de la compassion, et que cette terre cesse finalement d’être « L’arpent de terre qui nous faits si féroces » (3).

* * *

    On relève partout l’exigence de donner davantage d’espace à la femme. Nous ne croyons pas que « l’éternel féminin nous sauvera » (4). L’expérience de tous les jours montre que la femme peut « nous attirer vers le haut » mais elle peut aussi nous faire précipiter vers le bas. Elle aussi a besoin d’être sauvée par le Christ. Mais il est certain qu’une fois sauvée par le Christ et « libérée » sur le plan humain, d’anciens assujettissements, la femme peut contribuer à sauver notre société de certains maux profondément enracinés qui la menacent : la violence, la volonté de puissance, l’aridité spirituelle, le mépris de la vie…

    Il faut seulement éviter de répéter l’ancienne erreur gnostique selon laquelle la femme, pour se sauver, doit cesser d’être femme et se transformer en homme (5). Ce préjugé est tellement enraciné dans la société que les femmes elles-mêmes ont fini par y succomber. Pour affirmer leur dignité, elles ont parfois cru nécessaire d’assumer des comportements masculins ou même de minimiser la différence entre les sexes, en la réduisant à un produit de la culture. « On ne naît pas femme, on le devient », a affirmé l’une de leurs illustres représentantes (6).

    Comme nous devons être reconnaissants aux « femmes pieuses » ! Sur le chemin du Calvaire, leurs sanglots ont été les seuls sons amicaux qui soient parvenus aux oreilles du Sauveur ; alors qu’il était suspendu à la croix, leurs « regards » ont été les seuls à se poser avec amour et compassion sur lui.

    La liturgie byzantine a honoré les femmes pieuses en leur consacrant un dimanche de l’année liturgique, le deuxième dimanche après Pâques, qui prend le nom du « dimanche des Myrophores », c’est-à-dire des porteuses d’aromates. Jésus est heureux que l’on honore dans l’Eglise les femmes qui l’ont aimé et qui ont cru en lui lorsqu’il était en vie. A propos de l’une d’elles – la femme qui versa sur sa tête un vase d’huile parfumée – il fit cette extraordinaire prophétie qui s’accomplit toujours depuis des siècles : « Partout où sera proclamé cet Evangile, dans le monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu'elle vient de faire » (Mt 26, 13).

* * *

    Les femmes pieuses ne sont pas cependant seulement à admirer et honorer, elles sont également à imiter. Saint Léon le Grand dit que « la passion du Christ se prolonge jusqu’à la fin des siècles » (7) et Pascal a écrit que « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde » (8). La Passion se prolonge dans les membres du corps du Christ. Les nombreuses femmes, religieuses et laïques qui sont aujourd’hui aux côtés des pauvres, des malades du SIDA, des prisonniers, des exclus en tous genres de la société, sont les héritières des « femmes pieuses ». A ces femmes – croyantes ou non – le Christ répète : « C’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

    Les femmes pieuses sont un exemple pour les femmes chrétiennes d’aujourd’hui non seulement à cause de leur rôle dans la passion mais également dans la résurrection. D’un bout à l’autre de la Bible on rencontre des « Va ! » ou des « Allez ! », des envois de la part de Dieu. C’est la parole adressée à Abraham, à Moïse (« Va, Moïse, dans la terre d’Egypte »), aux prophètes, aux apôtres : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création ».

    Ce sont tous des « Allez ! » adressés à des hommes. Il n’y a qu’un seul « allez ! » adressé à des femmes, celui qui est adressé aux myrophores le matin de Pâques : « Alors Jésus leur dit : ‘Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu'ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront’ » (Mt 28, 10). Par ces paroles, il faisait d’elles les premiers témoins de la résurrection, « maîtresses des maîtres » comme les appelle un auteur ancien (9).

    Il est dommage qu’à cause d’une identification erronée avec la femme pécheresse qui lave les pieds de Jésus (Lc 7, 37), Marie Madeleine ait fini par nourrir d’innombrables légendes anciennes et modernes et soit entrée dans le culte et dans l’art presque uniquement sous les traits de la « pénitente » et non du premier témoin de la résurrection, « apôtre des apôtres », comme la définit saint Thomas d’Aquin (10).


* * *
    « Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples » (Mt 28, 8). Femmes chrétiennes, continuez à porter la bonne nouvelle aux successeurs des apôtres et à nous les prêtres, leurs collaborateurs : « Le Maître est vivant ! Il est ressuscité ! Il vous précède en Galilée, c’est-à-dire où que vous alliez ! ». Poursuivez le cantique ancien que la liturgie place sur les lèvres de Marie-Madeleine : Mors et vita duello conflixere mirando: dux vitae mortuus regnat vivus: La mort et la vie se sont affrontées dans un duel prodigieux : le Seigneur de la vie était mort, mais à présent il est vivant et règne ». La vie a triomphé dans le Christ sur la mort et ceci adviendra également un jour en nous. Aux côtés de toutes les femmes de bonne volonté, vous êtes l’espérance d’un monde plus humain.

    A la première des « femmes pieuses » et leur modèle incomparable, la Mère de Jésus, nous répétons, avec une ancienne prière de l’Eglise : « Sainte Marie, viens au secours des pauvres, soutiens les timorés, réconforte les faibles : prie pour le peuple, interviens pour le clergé, intercède pour le pieux sexe féminin » : Ora pro populo, interveni pro clero, intercede pro devoto femineo sexu (11)
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NOTES

1. Romano il Melode, Inni, 45, 6 (ed. a cura di G. Gharib, Edizioni Paoline 1981, p. 406)
2. Dans le film “Cento chiodi” di Ermanno Olmi.
3. Dante Alighieri, Paradis, 22, v. 151 – Ed. du Cerf
4. W. Goethe, Faust, finale parte II: “Das Ewig-Weibliche zieht uns hinan”.
5. Cf. Vangelo copto di Tommaso, 114; Estratti di Teodoto, 21, 3.
6. Cf. Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe (1949).
7. S. Leone Magno, Sermo 70, 5 (PL 54, 383).
8. B. Pascal, Pensieri, n. 553 Br.
9. Gregorio Antiocheno, Omelia sulle donne mirofore, 11 (PG 88, 1864 B).
10. S. Tommaso d’Aquino, Commento al vangelo di Giovanni, XX, 2519.
11. Antifona al Magnificat, Comune delle feste della Vergine.

Raniero Cantalamessa, Prédication du Vendredi Saint 2007
(Source: Zenit.org ZF07040606)

Manifestation à Cana ! - Homélie 2° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
2 TOC ev
    Après la solennité de l'Épiphanie du Seigneur, dimanche dernier, et après la fête de son Baptême, que nous avons célébrée le lendemain, voici qu'en ce deuxième dimanche du Temps Ordinaire (en fait le premier) nous venons d'entendre le récit des Noces de Cana dans l'Évangile de S. Jean. Il est le seul à nous rapporter cet épisode qu'il situe au début du ministère de Jésus. C'est en tenant compte de ce contexte liturgique que nous allons essayer de méditer brièvement ce mystère, devenu il y a quelques années le deuxième mystère lumineux du S. Rosaire.

    Il y a, en effet, un point commun entre ces trois mystères: celui de l'Épiphanie, celui du Baptême et celui de Cana. Quel est ce point commun? L'antienne du Cantique de Zacharie de l'Office des Laudes de l'Épiphanie nous mettra sur la piste:

Aujourd'hui, l'Église est unie à son Époux: le Christ, au Jourdain, la purifie de ses fautes, les mages apportent leurs présents aux noces royales, l'eau est changée en vin, pour la joie des convives, alléluia.

    C'est admirable de concision et de densité! Tout est dit, en peu de mots. Difficile de faire mieux. L'antienne du Cantique de Marie (le Magnficat) à l'Office de Vêpres dit la même chose d'une manière un peu différente:

Nous célébrons trois mystères en ce jour: aujourd'hui l'étoile a conduit les mages vers la crèche; aujourd'hui l'eau fut changée en vin aux noces de Cana; aujourd'hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver, alléluia.

    Épiphanie, Baptême, Noces de Cana: ces trois évènements sont évidemment des évènements bien distincts dans le temps (et dans l'espace). Pourtant il y a une réalité (et j'insiste sur "réalité") qui permet de dire pour les trois en même temps: "aujourd'hui", comme si c'était un seul et même jour. Cette réalité, ce n'est pas un fait, car il s'agit de trois faits bien distincts. Alors qu'elle est-elle? Elle est de l'ordre de la signification de ces faits, de leur symbolisme.

    Mais attention! Aujourd'hui, quand on dit "symbole" ou "symbolique", on pense tout de suite à "fiction" ou "ficitf", un peu comme quand on dit que quelqu'un a cédé un terrain au bénéfice d'une bonne oeuvre pour un euro "symbolique". Le symbole, au sens fort du mot, n'est pas une fiction.

    Le symbole, c'est la réalité. C'est même plus réel que le fait brut, si j'ose dire, car il exprime la réalité profonde, et il est le seul à pouvoir l'exprimer. Le langage scientifique, auquels nous sommes accoutumés (c'est une accoutumance...), ne permet pas de tout dire. Essayez de dire en langage scientifique ce que ressentent un jeune homme et une jeune fille quand ils "tombent" amoureux l'un de l'autre. Quelles que soient vos compétences scientifiques, ces deux jeunes gens resteront immanquablement sur leur faim s'ils vous écoutaient décrire de cette manière ce qui se passe en eux, comme si vous viviez sur une autre planète. Mais si vous le faites comme les grands poètes, les deux amoureux se précipiteront à la librairie la plus proche pour acheter votre recueil de poèmes en vous demandant de le leur dédicacer.

    Vous me direz:

- Oui, mais alors l'auteur du quatrième évangile c'est un poète qui est arrivé a exprimer en langage imagé une réalité profonde. D'accord... Mais les faits qu'il rapporte ne sont pas historiques.

    Un poète talentueux, c'est vrai, peut parler d'une histoire d'amour qu'il a inventée, comme si c'était une histoire réelle, avec beaucoup de vraisemblance, parce qu'il transpose dans un certain cadre ce que d'autres personnes, en d'autres temps et en d'autres lieux, ont pu vivre.

    Ainsi, à propos des noces de Cana, un auteur (J. Potin, Jésus, 1995) a écrit:

Pour Jean les miracles ne sont pas des actes de puissance, comme chez les Synoptiques, mais des signes, c'est-à-dire des symboles (...). Le symbole prend le pas sur la réalité des faits (...). Impossible de savoir ce qui s'est réellement passé.

    D'accord pour la première partie. Pour la deuxième, c'est vrai pour les apocryphes, mais certainement par pour l'Évangile de Jean. Les apocryphes sont des récits plus ou moins fictifs fabriqués de toute pièce, "pour les besoins de la cause", pour illustrer une vérité de foi. S'en délectent les gens, avides de merveilleux, qui, en lisant les quatre Évangiles, restent sur leur faim, en particulier pour ce qui concerne toute la période de l'enfance de Jésus. Ces écrits nous décrivent, par exemple, la Sainte Famille lors de la fuite en Égypte se nourrissant des fruits des arbres qui se penchaient devant eux pour leur permettre de les cueillir. Ou encore l'enfant Jésus à Nazareth qui change les cailloux en petits oiseaux, juste pour épater les copains (alors que Jean nous dit que c'est à Cana que Jésus accomplit son premier signe).

    Mais ce n'est pas ainsi que Jean nous raconte l'épisode de Cana. Il ne faut pas oublier que Jean fait partie des premiers disciples de Jésus, qui, aux noces de Cana étaient au nombre de cinq, et qu'il est donc témoin oculaire. Il

ne crée pas les symboles hors de la réalité. Il se tient au plus près des faits, dont il pénètre le sens, miraculeux ou ordinaire, y compris la Passion, où Jésus est cloué et transpercé par la lance du centurion. Avec Marc, il est le plus réaliste des évangélistes. C'est un témoin discret, modeste, anonyme et d'autant plus crédible. (R. Laurentin)

    Ceci étant précisé, essayons maintenant de voir ce que les trois évènements dont je vous ai parlé, et dont parlent les antiennes des cantiques évangéliques de la Solennité de l'Épiphanie comme si c'était un seul jour, ont en commun.

    Il s'agit en réalité (c'est le cas de le dire) de trois épiphanies, de trois manifestations de la Présence de Dieu dans le monde, ceci par des moyens sensibles. La raison d'être de la création n'est pas seulement de pourvoir à nos besoins matériels: manger, boire, etc... Et même quand vous prenez un repas ensemble, en famille ou entre amis, ce n'est pas seulement pour saisfaire vos besoins dits "primaires". Pour un repas de fête, vous allez faire appel à un langage symbolique pour manifester votre sens de l'accueil, de l'hospitalité, de la convivialité ... qui ne se mangent ni ne se boivent.

    Eh bien, Dieu, lui aussi, nous parle par des signes. Il a parlé aux Mages et à chacun de nous par une étoile qui permet aux païens de découvrir la présence de Dieu dans le coeur d'un petit enfant. On parle alors d'une théophanie, une manifestation de Dieu dans notre monde.

    Autre théophanie: au Baptême de Jésus, c'est la Voix du Père et la Colombe qui manifeste le mystère de la Très Sainte Trintité.

    À Cana, aussi, c'est une manifestation de Dieu. Cela est déjà indiqué au verset 51 du chapitre premier: "Vous verrez les cieux ouverts et les anges de Dieu qui montent et qui descendent au-dessus du Fils de l'homme." C'est une théophanie annoncée, au futur. Au verset 11 du chapitre 2 Jean précise: "Il manifesta sa Gloire". La théophanie est accomplie.

    "Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui". Ce n'est évidemment que le début d'un long cheminement qui va vers la Maison du Père en passant par la Croix. Certains voudraient non pas des signes, mais des preuves de Dieu. Non ! Dieu ne se prouve pas. Il se manifeste, mais en respectant notre liberté. Nous sommes des invités aux Noces de l'Agneau, pas des "obligés". La preuve, en prouvant, oblige; le signe, en manifestant, invite. Attention à la paresse dans la foi! Certes, ce n'est pas à nous de changer l'eau en vin. Mais nous devons croire que Jésus peut le faire, et qu'il le fera, quand il voudra, c'est-à-dire: "aujourd'hui". Voilà notre premier travail. C'est ce travail dans lequel Marie excelle, et c'est son bonheur. Mais notre travail, c'est aussi de puiser l'eau pour remplir les cuves, de "faire" "tout ce qu'il (nous) dira" et que Jésus ne fera pas à notre place, de le faire, même si cela paraît totalement inutile à nos yeux. Ici aussi, c'est Marie qui est notre guide et notre modèle.

    Dans la deuxième lecture S. Paul dit: "Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit". Chacun de nous, en faisant tout ce que Jésus nous dira, est appelé à devenir une "théophanie en acte". La théophanie dont nous bénéficions tous, nous devons en faire bénéficier les autres, "en vue du bien de tous", dit S. Paul. Invité aux noces, nous devons devenir serviteurs des noces. Si, quand il y a un service à rendre, ce sont toujours les mêmes qui répondent, ce n'est pas normal. Aux noces de Cana, c'est celui qui ne fait rien qui s'use. S'use également celui qui veut tout faire tout seul. "Les fonctions dans l'Église sont variées, mais c'est toujours le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c'est partout le même Dieu qui agit en tous." Il y a tant d'invités aux noces, et si peu de serviteurs. Il y a tant d'eau à puiser pour remplir les cuves, et si peu de vin. Allez, au travail ! Il n'y a pas de vin, il y en a tant qui ont encore soif, et les Noces ne font que commencer.

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