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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

homelies (patmos) annee b - c (2006 - 2007)

Personne n'est Père comme Dieu (Fête des pères) - Homélie 11° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Et si les défaillances, même les plus graves, dans l'exercice de la paternité, devenaient, grâce au pardon divin, l'occasion d'un sursaut, d'une explosion d'amour paternel?

Et si les défaillances, même les plus graves, dans l'exercice de la paternité, devenaient, grâce au pardon divin, l'occasion d'un sursaut, d'une explosion d'amour paternel?

 
    À l'occasion de la fête des pères, en tant que chrétiens, nous pouvons être amenés à nous demander ce qui, dans les lectures d'aujourd'hui, et spécialement de l'évangile, pourrait éclairer le sens et l'importance de la paternité humaine.

    Un rapide coup d'oeil sur l'évangile suffit pour éprouver une certaine gêne (pour ne pas dire une gêne certaine). En effet les personnages de la scène évangélique qui nous apparaissent sous un jour favorable, sont tous ... des femmes : d'abord celle dont il est dit qu'elle est une pécheresse, mais qui, par des gestes très concrets, montre un "grand amour"; et aussi d'autres femmes qui, elles aussi, étaient des pécheresses, mais qui, elles aussi, "aidaient" Jésus et les Douze "de leurs ressources".

    Toutes ces femmes - et elles sont "beaucoup", nous dit S. Luc - forment un très vif contraste avec les représentants de la partie masculine de l'humanité, avec, dans l'ordre de leur entrée en scène dans l'évangile de ce dimanche, un pharisien (dont nous apprenons ensuite qu'il s'appelle Simon) et les Douze, qui ne sont que mentionnés furtivement, alors que les noms de certaines femmes sont mentionnés.

    Précisons tout de même la présence essentielle de Jésus, l'Homme qui nous apparaît comme l'icône parfaite du Père. Qui le voit, voit le Père (cf. Jn 14, 9).

 
Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu'il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. (Jn 5, 19)

    La paternité humaine a précisément pour vocation de refléter la paternité divine. La maternité aussi, d'ailleurs, mais pas de la même manière.
 
Chez Dieu, la paternité embrasse tout ce que nous, nous entendons par paternité et maternité. Nous, nous distinguons entre paternité et maternité parce que, dans l'humanité, on fait une différence de sexes, qui joue un rôle essentiel dans la génération. Les enfants naissent d'un père et d'une mère: la paternité appartient à une personne et la maternité à une autre. Paternité et maternité sont complémentaires dans l'éducation des enfants comme dans leur procréation. Elles ont chacune des propriétés spécifiques, celles qui correspondent au sexe masculin et au sexe féminin. Ainsi, on attribuera plus volontiers au père la force protectrice et à la mère la tendresse compatissante.
Dans le mystère éternel où le Père engendre le Fils, la personne du Père est la seule qui accomplit la génération. Selon notre manière de nous exprimer il tient à la fois le rôle du père et celui de la mère. Cependant il n'y a pas un double rôle: son action génératrice ne se divise pas en deux aspects. Sa paternité est parfaitement une, mais en comportant les propriétés de la maternité. C'est pourquoi il n'est pas appelé père et mère; il est Père, au sens d'une paternité qui dépasse les distinctions entre les sexes et qui le désigne comme le seul auteur de la génération divine du Fils.
Ce n'est donc pas une paternité qui s'affirmerait par opposition à une maternité. Elle en intègre toute la richesse. Par là, elle est beaucoup plus ample que toute paternité humaine. (Jean Galot)

    Saint Augustin écrit:
 
Dieu est un "père" parce qu'il a créé, parce qu'il appelle à son service, parce qu'il ordonne, parce qu'il gouverne; il est une "mère" parce qu'il réchauffe, nourrit, allaite et porte dans son sein.

    Le Catéchisme de l'Église catholique enseigne pareillement que l'image de la maternité "indique davantage l'immanence de Dieu, l'intimité entre Dieu et sa créature", le fait qu'il est "bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants". Mais Dieu est aussi "origine première de tout et autorité transcendante". Voilà la vocation propre de la paternité humaine (complémentaire par rapport à la maternité): elle consiste précisément à refléter cet aspect-là de la paternité de Dieu, étant bien entendu que "personne n'est père comme Dieu", ni l'homme, ni la femme, parce que:
 
les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf. Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14 ; Is 49, 15) : Personne n’est père comme l’est Dieu. (CEC 239)

         Il y a déjà quelques années, je lisais un article d'un philosophe: François-Xavier Ajavon. L'article était intitulé: "Angoisse : dans un an 'mai 2008' ". Il commence par ces mots:
 
Qu’on se le dise dans les chaumières : le mois de mai 2008 sera peut-être un peu difficile à supporter. En effet, nous fêterons alors — dans une liesse médiatique qu’il faut craindre — les quarante ans des événements anarcho-festifs de 1968.

    Après avoir évoqué les commémorations du bicentenaire de la Révolution française en 1989, il termine ainsi:
 
Quand va t-on enfin cesser de faire de la politique sur le dos de l’histoire ? Devons-nous craindre mai 2008 ? Pour certains Français, le printemps 2008 sera une belle saison pour mourir…

    Avis aux amateurs...

    Le prêtre-psychiatre Tony Anatrella, dans un livre intitulé "La différence interdite. Sexualité, éducation, violence, 30 ans après Mai 68", affirme qu'il faudra, un jour avoir le courage de citer les chiffres du désastre. Le désastre, pour lui, c'est la confusion, la perte de l'autorité et du crédit des adultes, le manque de points de référence pour l'existence. Que ce soit l'absence du père, ou le refus du père, cette absence et ce refus sont lourds de conséquences.

    En connaissance de cause le Cardinal Lopez Trujillo, président du Conseil Pontifical pour la famille, écrivait en 1999 (Année du Père):

 
La famille subit la crise de l'absence de paternité. On a peur d'être et d'agir comme père. Si le père est source de vie, beaucoup aujourd'hui, conditionnés par la culture de la mort, éprouvent la peur d'être pères, d'assumer la paternité avec toutes ses conséquences. On a peur de transmettre la vie et il se développe dans beaucoup de pays économiquement développés, la peur de la maternité: c'est là le fruit de multiples facteurs, entre autres, le travail auquel sont contraintes les femmes hors de leur foyer. Alors, dans de nombreux cas, on en arrive même à rejeter la vie engendrée, à la répudier, en allant contre le plus fondamental des droits, celui à l'existence, dans l'abominable crime qu'est l'avortement.

    L'avortement, crime abominable, alors qu'il ne cesse d'être présenté comme un progrès dans l'émancipation de la femme... Mais le lot des enfants qui ont échappé à l'avortement est à peine plus enviable:
 
Il existe aussi une peur diffuse de l'exercice de la responsabilité paternelle, de l'exercice de l'autorité, de l'éducation (...) De la même manière se répand ce que l'on appelle le "syndrome de Peter Pan" qui met en relief le caprice de ceux qui veulent toujours rester des enfants, sans mûrir. Alors la peur d'éduquer devient une sorte de conspiration: les parents qui ne savent pas l'être répondent inconsciemment à ces caprices, non sans réflexes d'auto-justification. On avance différents arguments: les parents disent qu'ils ne se sentent pas prêts à violer la liberté de leurs enfants, à diriger et à orienter, à corriger. Ils pensent, à tort, que ou bien leurs enfants sont déjà formés, ou bien qu'ils souffrent de troubles graves qui se dressent comme des barrières infranchissables pour les diriger. Et ils ne se rendent pas compte qu'en ne les éduquant pas d'une manière responsable, ils mettent en très grand danger la formation de leurs enfants. Ils deviennent des pesonnalités qui ne mûrissent pas, qui ne grandissent pas.

    Sombre état des lieux, me direz-vous... Mais il y a encore plus grave. Car ce dont l'enfant a le plus besoin, ce n'est pas l'affection maternelle, ni l'autorité paternelle. L'enfant a besoin avant tout et surtout d'avoir un père et une mère qui s'aiment fidèlement l'un l'autre, car c'est dans cet amour qu'il trouve son origine humaine. Si cet amour-là vient à manquer, l'enfant sera privé de l'essentiel, même s'il est comblé de tout par ailleurs. Or, constate le Cardinal Lopez Trujillo,
 
La famille passe, aujourd'hui, en de nombreux endroits, par une phase de crises, d'érosion qui a une de ses racines dans les différentes formes d'absence de paternité. Le droit de l'enfant à disposer vraiment d'un foyer, d'une famille, est nié de maintes façons. L'absence d'un foyer conçu comme une communauté de vie et d'amour, au caractère permanent, constitue un environnement très pénible. Les unions libres consensuelles, le fléau du divorce dont les vrais désastres commencent seulement à être étudiés par des sociologues, des psychologues, des éducateurs, etc., la tendance à faire de la famille une sorte de club, comme dans le cas des familles monoparentales qui mêlent les enfants de précédentes unions à de nouvelles familles, toutes ces multiples formes d'abandon se paient très chèrement.
Quel sera l'avenir si les législations visent à cantonner la famille avec ces fausses options des "unions de fait" (...) alors que le mariage, comme on l'a compris depuis des siècles, cet engagement des époux basé sur l'acceptation et le don, lie l'avenir? (...) Sur cette question, on peut aller jusqu'au non-sens, pour rester modérés, en proposant le droit à l'adoption pour les couples homosexuels ou les lesbiennes, en ne prenant nullement en compte l'intérêt supérieur de l'enfant, invoqué par la Convention sur les Droits de l'Enfant (cf. art. 21).

 

    C'est sur ce fond de tableau que saint Jean-Paul II, dans sa Lettre aux familles (n. 14), avait parlé de ces "orphelins dont les parents sont vivants" !

    C'est dans ce contexte également qu'il faut surtout se souvenir de ce que Jésus énonce comme une sorte de loi générale, mais que rien n'empêche d'appliquer en particulier au domaine de la paternité humaine: "Celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour". Et si les défaillances, même les plus graves, dans l'exercice de la paternité, devenaient, grâce au pardon divin, l'occasion d'un sursaut, d'une explosion d'amour paternel? Si les pères absents et les époux infidèles pouvaient montrer à leurs épouses délaissées et à leurs enfants négligés l'amour que la pécheresse de l'évangile a montré envers Jésus? Et inversement, si un plus grand amour conjugal et paternel devenait pour eux le tremplin pour se jeter dans les bras de Celui qui pardonne tout et tout de suite? Pour qu'ils s'entendent dire par le Seigneur en personne: "Ta foi t'a sauvé. Va en paix", serait-ce trop cher payer?

    Saint Jean Chrysostome disait:

 
Vous ne pouvez pas appeler notre Père le Dieu de toute bonté si vous conservez un coeur cruel et inhumain; parce que dans ce cas, vous n'avez plus en vous le signe de la bonté du Père du ciel. (CEC n. 2784)

    Et saint Cyprien:
 
Il faut nous souvenir, quand nous nommons Dieu notre Père, que nous devons nous comporter en fils de Dieu. (ibid.)

    Voilà tout le mal que l'on peut souhaiter aujourd'hui aux pères. À tous les pères, puisque "personne n'est père comme l'est Dieu".

Dimanche de prière pour les vocations - Mon témoignage

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Personnellement, je peux vous dire que, si je suis devenu prêtre, c'est grâce à l'Eucharistie. C'est grâce à mes parents qui avaient un "amour eucharistique". C'est grâce à mon papa, décédé quand j'avais cinq ans, et qui, à l'approche de sa mort, avait dit : "Je sais que ma souffrance a un sens, et je l'offre pour que l'un de mes fils devienne prêtre"... Or, je n'ai eu connaissance de cette parole qu'après mon ordination, un prêtre ayant demandé à maman de ne pas le dire à nous, les enfants, de crainte que l'un de nous se fasse prêtre pour lui faire plaisir. Et comme le Maître de la moisson répond toujours largement aux prières de ses enfants, mon frère cadet, marié avec quatre enfants, est devenu diacre permanent. Ma soeur est laïque consacrée...

    Si je suis devenu prêtre, c'est aussi grâce à maman, qui nous emmenait à la messe non seulement chaque dimanche (mes deux frères et moi-même étions servants de messe), mais aussi chaque jour de semaine, avant d'aller à l'école, par tous les temps, été comme hiver, durant les vacances comme durant l'année scolaire.

    Or quand on prend connaissance du pourcentage des catholiques pratiquants (ou messalisants, comme l'on dit maintenant), quand on voit le nombre d'enfants inscrits au catéchisme mais qui ne vont à la messe que très rarement, leurs parents n'y allant pas eux-mêmes, il n'est pas étonnant alors que les vocations se raréfient à l'extrême.

    Les vocations ne peuvent fleurir que "là où il y a des hommes dans lesquels le Christ transparaît par sa Parole, dans les sacrements, spécialement dans l'Eucharistie". Là où l'Eucharistie n'intéresse personne, là où règne la course à l'argent et aux plaisirs faciles, le matérialisme, l'individualisme, l'hédonisme, là le coeur des hommes est fermé au don des vocations, là le coeur des jeunes est sourd à l'appel. Si Abraham a fini par quitter la ville de Sodome, ce n'est pas faute d'avoir intercédé. C'est faute d'avoir trouvé une poignée d'hommes justes, même pas une dizaine. Et ce n'est qu'à contre-coeur, en hésitant, qu'il quitte la ville (Gn 18-19).

    Si le poison est connu, le remède aussi. Cessons de nous laisser empoisonner. Prenons le remède, et devenons ce que nous recevons: le Corps du Christ.

 

La primauté de Pierre dans l'amour et la vérité - Homélie 3° dimanche de Pâques C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Rendons grâce au Seigneur ressuscité pour saint Pierre et tous ces grands Papes qu'il nous a donnés

Rendons grâce au Seigneur ressuscité pour saint Pierre et tous ces grands Papes qu'il nous a donnés

 
    Le chapitre 21 de l'évangile selon S. Jean forme une sorte d'épilogue, après une première conclusion. Il n'y a pas de doute sur sa canonicité, mais son rédacteur humain, tout en s'appuyant sur l'autorité de saint Jean, pourrait être un de ses disciples. Il relate une dernière rencontre entre le Christ ressuscité et quelques uns de ses aprôtres, parmi lesquels S. Pierre est incontestablement au premier plan. Souvent, quand on parle de la primauté de Pierre, on pense aussitôt au passage de Mt 16, 16: "Tu es Pierre..." Mais on oublie que dans le Nouveau Testament, le nom de Pierre est prononcé 154 fois, et, quand il est nommé en même temps que d'autres apôtres, toujours en premier. Selon la première épître de Paul aux Corinthiens, le Christ ressuscité apparaît d'abord à Céphas puis aux Douze (15,5).

    Très tôt, les premières communautés chrétiennes d'Orient et d'Occident ont compris l'Evangile comme allant dans le sens de la primauté de Pierre et du siège de Rome. Durant tout le premier millénaire, cette primauté n'a jamais été remise en question. En témoignent les écrits de grands évêques d'Antioche, de Smyrne, invitant à recourir à l'Eglise de Rome en cas de conflit. Eusèbe de Césarée (v. 333) écrit:
 
Simon, appelé Pierre, partit de Capharnaüm, ville de Galilée, porta la lumière de la connaissance divine dans l'âme d'innombrables hommes et se fit connaître dans la monde entier jusqu'aux terres de l'Occident. Et son souvenir persiste encore jusqu'à ce jour chez les Romains, plus vivant que celui de tous ceux qui l'ont précédé, au point qu'il obtint l'honneur d'avoir un magnifique tombeau devant la ville, un tombeau vers lequel accourent, comme vers un sanctuaire et un temple de Dieu, des foules innombrables de tout l'empire romain.

    Parmi tous les passages évangéliques qui illustrent la primauté de Pierre, le passage d'aujourd'hui est vraiment très émouvant et très important. Les dialogues de Jésus dans l'évangile ne sont jamais des conversations banales. Parmi ceux relatés par S. Jean dans son évangile, et qui sont d'une profondeur particulière, celui avec Pierre est certainement un des plus marquants.


 
 
    Le lieu où se déroule cette scène nocturne a été identifié avec un très ancien port de pêche, proche du lieu de la multiplication des pains (Tabgha), au bord du lac de Tibériade. On y a édifié, sur les ruines d'anciennes chapelles, la chapelle de la Primauté de Pierre. En 1964, le pape Paul VI visita cette chapelle construite en blocs de basalte noir sur le rocher où, pense-t-on, Jésus avait fait brûler un feu nocturne avant de parler à Pierre. (Ce feu évoque le feu auquel se chauffait Pierre au moment où il a lamentablement renié son Maître.) En 2000, Jean-Paul II vint également prier dans ce Lieu saint. À peine quelques semaines plus tard, j'ai eu l'occasion, avec un groupe de Martiniquais, de m'y rendre moi-même pour la deuxième fois.

    Cet épilogue est extrêmement intéressant pour distinguer l'amour de charité (en grec agapè) de l'amour d'amitié (philia). La nuance est difficile à rendre dans une traduction française du texte. Le Christ demande par trois fois à Pierre s'il l'aime d'agapè. Pierre n'osera pas affirmer cet amour vrai et se contente, d'après le texte grec, de parler de philia. Cette distinction signifie pour les Pères de l'Église que le chemin de Pierre vers l'amour véritable n'était pas encore achevé. Il le sera dans le martyre. Pour l'heure, Jésus s'en contentera. Je pense ici au beau texte d'un auteur resté anonyme intitulé: "Aime-moi tel que tu es... N'attends pas d'être un saint pour te livrer à l'Amour, sinon tu n'aimeras jamais."

    La triple demande du Christ manifeste la primauté de l'amour sur le mal - sur le triple reniement de Pierre, dont le pardon est manifesté, et comme accompli par la triple profession d'amour de Pierre. (Contrairement à Judas, qui s'est tué par remords, dans un élan de rage, sans croire au pardon du Christ, Pierre a pleuré et s'est repenti.)

    Ce faisant, le Christ investit Pierre comme le pasteur du troupeau de l'Eglise. Cette primauté de Pierre (et de ses successeurs) n'avait été qu'annoncée, sous forme de promesse, dans la parole : "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise". La primauté de Pierre avait été promise par Jésus sur la base de sa profession de foi. Jésus confirme cette primauté sur la base de son amour.
 
Amour et vérité apparaissent ainsi comme les deux pôles de la mission confiée aux successeurs de saint Pierre. (Card. Ratzinger)
 
Ignace, appelé aussi Théophore, à l'Église, objet de la miséricorde et de la munificence du Père très haut et de Jésus-Christ, son Fils unique ; à cette Eglise aimée de Dieu et illuminée par la volonté de celui qui a voulu tout ce qui existe, en vertu de la charité de Jésus-Christ, notre Dieu ; à l'Église qui préside dans la capitale des Romains, sainte, vénérable, bienheureuse, digne d'éloges et de succès, à l'Église toute pure qui préside à la charité et qui a reçu la loi du Christ et le nom du Père : salut, au nom de Jésus-Christ, Fils du Père, aux fidèles attachés de corps et d’âme à tous ses commandements, remplis pour toujours de la grâce de Dieu, et pure de tout élément étranger, je souhaite une pleine et sainte allégresse en Jésus-Christ, notre Dieu.

    C'est ainsi que S. Ignace, évêque d'Antioche, commence sa lettre aux Romains. Et le Cardinal Ratzinger de commenter:
 
Présider dans la charité, c’est avant tout précéder «dans l’amour du Christ». (...) Paître le troupeau du Christ et aimer le Seigneur sont la même chose. C’est l’amour du Christ qui guide les brebis sur la bonne voie et édifie l’Église. (...) L’essence du christianisme est le Christ – non pas une doctrine, mais une personne, et évangéliser, c’est conduire à l’amitié avec le Christ, à la communion d’amour avec le Seigneur, qui est la véritable lumière de notre vie. Présider dans la charité signifie – répétons-le – précéder dans l’amour du Christ.

    Et d'ajouter:
 
Mais l’amour du Christ implique la connaissance du Christ – la foi – et implique la participation à l’amour du Christ: porter les fardeaux les uns des autres, comme le dit saint Paul. La Primauté, dans son essence intime, n’est pas un exercice de pouvoir, mais c’est «porter les fardeaux des autres», c’est la responsabilité de l’amour. L’amour est précisément le contraire de l’indifférence à l’égard de l’autre, il ne peut admettre que s’éteigne dans l’autre l’amour du Christ, que l’amitié et la connaissance du Seigneur puissent s’atténuer, que «le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent cette parole» (Mt 13,22). (...) L’amour serait aveugle sans la vérité. Et c’est pourquoi celui qui doit précéder dans l’amour reçoit du Seigneur la promesse: «Simon, Simon... mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas» (Lc 22,32). Le Seigneur voit que Satan cherche «pour vous cribler comme le froment» (Lc 22,31). Alors que cette épreuve concerne tous les disciples, le Christ prie en particulier «pour [lui]» – pour la foi de Pierre et sur cette prière est fondée la mission «Confirme tes frères». La foi de Pierre ne vient pas de ses propres forces – l’indéfectibilité de la foi de Pierre est fondée sur la prière de Jésus, le Fils de Dieu: «J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas». Cette prière de Jésus est le fondement sûr de la fonction de Pierre pour tous les siècles.

    Mais aussi:
 
L’amour du Christ est l’amour pour les pauvres, pour les personnes qui souffrent. (...) L’amour du Christ n’est pas quelque chose d’individualiste, d’uniquement spirituel – il concerne la chair, il concerne le monde et doit transformer le monde.

    Et enfin:
 
Présider dans la charité concerne enfin l’Eucharistie, qui est la présence réelle de l’amour incarné, présence du Corps du Christ offert pour nous. L’Eucharistie crée l’Église, crée ce grand réseau de communion, qui est le Corps du Christ, et crée ainsi la charité. Dans cet esprit, nous célébrons, avec les vivants et avec les défunts, la Messe – le sacrifice du Christ, d’où jaillit le don de la charité.


    Le Christ annonce à Pierre son martyre : "Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c'est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller." Effectivement, Pierre mourra à Rome, crucifié la tête en bas, dans le Cirque sur l'emplacement duquel on construira la basilique Saint-Pierre de Rome. (Avant de mourir, Pierre a vu de ses yeux l'obélisque qui se dresse au milieu de la Place Saint-Pierre ; on situe l'emplacement de son martyre dans l'actuel transept gauche de la basilique, où précisément figure en latin l'inscription "Pierre, m'aimes-tu ?" sur l'architrave).

    En mourant martyr, Pierre accomplit la perfection de son amour pour le Christ - la philia devient agapè. Le soir du Jeudi-Saint, Jésus avait déclaré : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis." (Jn 15,13) C'est donc sur la foi et l'amour de Pierre allant finalement jusqu'au martyre qu'est construite l'Eglise. Dès lors, le fait que le "Saint-Siège" soit situé, non pas à Jérusalem, mais à Rome, chaire et lieu du témoignage ultime de Pierre, prend tout son sens. La véritable chaire de S. Pierre, c'est la croix sur laquelle il est mort à Rome.

    Rendons grâce au Seigneur ressuscité pour saint Pierre et pour tous ces grands Papes qu'il nous a donnés, et prions afin que nous soyons dociles à leur enseignement et sensibles à leur charité. Qu'à leur exemple, nous ne prétextions pas de notre misère pour ne pas aimer l'Amour tel que nous sommes, mais qu'en nous laissant mener là où nous ne voulons pas aller ("le vent souffle où il veut", et non pas où nous voulons...) un jour nous soyons trouvés dignes du "plus grand amour".

"Le ciel est pour l'enfant" - Homélie 27° dimanche du Temps Ordinaire B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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       Deux mille ans nous séparent de l’époque où la scène de l’Évangile d’aujourd’hui s’est déroulée. Mais elle nous place dans une situation qui ne nous est pas étrangère, loin de là ! La question du mariage fait toujours la une de l’actualité dans de nombreux pays. Sa compréhension est toujours aussi importante que difficile pour l’humanité pécheresse. À entendre tout ce se dit et tout ce qui se fait – sous couvert de tolérance, de liberté et de progrès, – c’est le droit et le devoir de l’Église de rappeler à temps et à contretemps que c’est la vérité qui rend libre, et qu’on ne peut être chrétien (vrai disciple de Jésus) que dans la fidélité à sa parole, qui est vérité (cf. Jn 8, 32).

       Jésus, dans l’Évangile, se réfère au commencement, c’est-à-dire à la création. Même les païens n’ont aucune excuse, dit S. Paul, car ce que Dieu a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres (Rm 1, 18 ss.) : Ils se sont laissé aller à des raisonnements qui ne mènent à rien, et les ténèbres ont rempli leurs cœurs sans intelligence. (…) Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge ; ils ont adoré et servi les créatures au lieu du Créateur, lui qui est béni éternellement. C’est donc une morale qui concerne tout le monde, pas seulement les chrétiens.

       Or, il n’est pas rare de nos jours de voir des personnes qui se présentent comme chrétiens, comme catholiques même, et qui non seulement commettent des péchés inexcusables pour les païens, mais qui approuvent ceux qui les font (cf. Rm 1, 12). Dans le même temps, ils revendiquent le droit de pouvoir communier, se (re)marier, adopter des enfants, de devenir prêtres… Dans l’évangile, il n’est question que des hommes et des femmes qui déshonorent leurs corps dans l’adultère. Mais S. Paul mentionne aussi ceux qui le déshonorent dans des relations homosexuelles. Les personnes à tendance homosexuelle ont toujours existé – au temps de S. Paul, comme aujourd’hui – mais le soi-disant progrès c’est de ne plus en avoir honte et de faire du lobbying afin que les unions homosexuelles soient juridiquement reconnues.

       La vraie foi, elle, vient au secours de la vraie raison, sans pour autant la court-circuiter. N’oublions pas l’agencement des passages dans l’Évangile de S. Marc : c’est la question de la foi chrétienne qui entraîne la question de la morale chrétienne. Ce n’est qu’en découvrant qui est Jésus que l’on peut apprendre ce qu’il convient de faire pour le suivre. Si on ne sait plus qui est celui qu’on suit, on perd par le fait même la lumière du comment. Une morale ne peut être chrétienne qu’en dépendance de la foi chrétienne. Il s’ensuit que si la foi diminue, le sens moral se perd inévitablement. Comment, dans ce cas, être enfants de Dieu sans tache au milieu d’une génération égarée et pervertie et briller comme les astres dans l’univers (Ph 2, 15) ?

       Cette observation toute simple, mais très importante doit être gardée en mémoire si on veut comprendre quelque chose aux raisons de l’évolution des mentalités, pas seulement de nos jours, mais de tous les temps. De même que la foi n’est pas une réalité statique, de même la morale est appelée à évoluer, mais pas de manière indépendante. Ainsi, quand la foi baisse, le sens moral se dégrade. Si la foi grandit, il progresse.

       Aux pharisiens qui l’abordent pour le mettre dans l’embarras et qui se réclament non pas d’une prescription (Que vous a prescrit Moïse ?), mais d’une permission de Moïse (Moïse a permis de renvoyer sa femme), Jésus répond en disant qu’il ne s’agit ni d’une prescription, ni d’une permission, mais d’une concession. Au sujet du divorce, Moïse n’a rien prescrit du tout, et il n’a jamais donné une autorisation quelconque pour divorcer. Il a simplement pris acte d’une situation qui s’était de plus en plus dégradée, en formulant une loi pour limiter les dégâts et pour protéger la femme contre l’arbitraire de l’homme :
 

Soit un homme qui a pris une femme et consommé son mariage ; mais cette femme n'a pas trouvé grâce à ses yeux, et il a découvert une tare à lui imputer ; il a donc rédigé pour elle un acte de répudiation et le lui a remis, puis il l'a renvoyée de chez lui ; elle a quitté sa maison, s'en est allée et a appartenu à un autre homme. Si alors cet autre homme la prend en aversion, rédige pour elle un acte de répudiation, le lui remet et la renvoie de chez lui (ou si vient à mourir cet autre homme qui l'a prise pour femme), son premier mari qui l'a répudiée ne pourra la reprendre pour femme, après qu'elle s'est ainsi rendue impure. Car il y a là une abomination aux yeux de Yahvé, et tu ne dois pas faire pécher le pays que Yahvé ton Dieu te donne en héritage. (Dt 24, 1-4)
 

       En d’autres mots, si Moïse a dû légiférer au sujet du divorce, c’est que le peuple était tombé vraiment bien bas. Jésus le dit clairement : C’est en raison de votre endurcissement qu’il a formulé cette loi. S. Marc nous a déjà montré Jésus confronté à cet endurcissement : Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leurs cœurs… (Mc 3, 5) Pécher est une chose. Cela peut être l’effet d’une faiblesse momentanée. S’endurcir, c’est pécher volontairement et obstinément, en refusant d’ouvrir les yeux et de changer de conduite. L’endurcissement, comme l’ignorance affectée, nous dit le Catéchisme, "ne diminuent pas, mais augmentent le caractère volontaire du péché" (CEC 1859).

       Une législation peut parfois tolérer des comportements moralement inacceptables et peut parfois renoncer à réprimer ce qui provoquerait, par son interdiction, un dommage plus grave. Mais "elle ne doit jamais affaiblir la reconnaissance du mariage monogamique indissoluble comme unique forme authentique de la famille" (Compendium DSE, 229). "Le peuple de Dieu interviendra aussi auprès des autorités publiques afin que celles-ci, résistant à ces tendances qui désagrègent la société elle-même et sont dommageables pour la dignité, la sécurité et le bien-être des divers citoyens, s’emploient à éviter que l’opinion publique ne soit entraînée à sous-estimer l’importance institutionnelle du mariage et de la famille" (Familiaris Consortio, 81). À l’heure où l’on parle couramment de "mariages homosexuels" et de "familles recomposées", cette parole de l’Église ne doit pas être prise à la légère. Les valeurs humaines sont au moins aussi importantes que les valeurs économiques. Les chrétiens doivent donc faire entendre leur voix auprès des responsables politiques. Ne pas le faire est un péché d’omission qui peut avoir de lourdes conséquences pour l’avenir de l’humanité, plus lourdes que le réchauffement de la planète, qui commence à faire pas mal de vagues.

       Pour terminer, n’oublions pas la dernière partie de l’évangile. C’est même la plus importante aux yeux de S. Marc. Ce petit passage, d’apparence insignifiante, est, en réalité le cœur de toute cette partie de son Évangile, le centre de toute la vie morale du disciple de Jésus, la clé de tous les paradoxes évangéliques dans le domaine de la morale chrétienne. Les enfants, ce sont ces petits qui sont grands, ces derniers qui sont premiers, ces dépendants qui sont accueillants. L’enfant rappelle à tout homme – et d’abord au chrétien – que recevoir est plus important que faire, que les exigences de l’Amour de Dieu ne sont pas des exploits impossibles à accomplir, mais une grâce que tout le monde peut accueillir. En présence de cette grâce offerte, les actions humaines ne pourront jamais constituer une monnaie d’échange qui donnerait un droit quelconque pour entrer dans le Royaume. Voilà la révélation qui caractérise la morale chrétienne.

       Avant cette scène (9, 33 – 10, 12), c’est l’aspect de l’action des hommes qui est accentué. Il est question de celui qui expulse les démons au nom de Jésus ; de couper la main, le pied, d’arracher l’œil, bref, tout ce qui pourrait entraîner au péché ; et, dans la première partie du passage de ce jour, d’aller plus loin dans l’accomplissement des commandements que ce qui est simplement "permis" par la Loi de Moïse.

       Et pourtant, ce n’est ni la chasteté la plus parfaite, ni la pauvreté la plus radicale, ni l’obéissance la plus exacte aux commandements (tout cela qui est pourtant requis par le Seigneur à ceux qui veulent devenir ses disciples), qui donnent un droit quelconque à ce que Dieu se propose de donner gratuitement à ceux qui le lui demandent. C’est ce que Thérèse de Lisieux avait si bien compris. C’est ce que nous devons demander à ce "Docteur de l’Église" de nous enseigner, comme elle l’a enseigné aux novices de son couvent du Carmel. Un jour, l’une d’entre elles lui disait : "Quand je pense à tout ce que j’ai encore à acquérir pour devenir une bonne religieuse…" Et Ste Thérèse de répondre : "Dites plutôt : à perdre !". Et dans une de ses poésies (PN 24 ,9), en s’adressant à Jésus, elle écrit :


 

Rappelle-toi des divines tendresses
Dont tu comblas les plus petits enfants
Je veux aussi recevoir tes caresses
Ah ! donne-moi tes baisers ravissants
Pour jouir dans les Cieux de ta douce présence
Je saurai pratiquer les vertus d’enfance
N’as-tu pas dit souvent :
"Le Ciel est pour l’enfant ?…"
Rappelle-toi.


 

       Voilà pourquoi, après le petit passage sur les enfants, c’est la réceptivité humaine vis-à-vis de l’action de Dieu qui est soulignée. Suivre Jésus, c’est, au-delà de l’observance des commandements, adopter la pauvreté radicale qui est la sienne, sans aucun appui humain, et dans laquelle, à tout moment, et dès cette vie, il reçoit du Père le centuple, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. Ce sera l’objet de l’évangile de dimanche prochain. En attendant, ne laissons pas passer le mois du Rosaire sans demander à l'Esprit Saint une ferveur renouvelée pour être fidèle (ou pour le devenir) à cette prière, dont Jean Paul II disait qu'elle était sa prière préférée.
Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas.
Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas.

Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas.

Quand Tolérance épouse Radicalisme - Homélie 26° dimanche du Temps Ordinaire B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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Nous avons vu les dimanches précédents que la question de la foi : Qui suis-je ?, débouche sur une question de morale : Comment suivre Jésus ?. Celui qui reconnaît Jésus comme le Messie doit alors logiquement le suivre. Mais en quoi exactement consiste le caractère messianique de Jésus ? Et que veut dire : suivre ?

Au début, le néophyte fait preuve d’un bel enthousiasme. Mais cet emballement est dû en partie à bien des illusions et des fausses représentations concernant la manière dont Jésus va s'’acquitter de sa mission messianique. Jésus avait déjà dû rappeler à l’'ordre Pierre, détenteur pourtant des droits d’'auteur de la profession de foi des Douze, mais qui s’'était permis ensuite de faire à Jésus de vifs reproches en l'’entendant évoquer souffrances, rejet, mort et résurrection : Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes, avait répondu le Messie.

Aujourd’'hui, c’'est Jean dont les pensées sont trop humaines, quand il pense pourtant bien faire en voulant empêcher quelqu’'un de chasser des esprits mauvais au nom de Jésus, car, dit-il, il n’'est pas de ceux qui nous suivent. Avant de parler de la réponse de Jésus, remarquons un glissement significatif dans la manière de s’'exprimer de Jean. Il ne dit pas : il n'’est pas de ceux qui te suivent (Jésus), mais : il n’'est pas de ceux qui nous suivent. L’'erreur de Jean est de penser que pour suivre Jésus, il faut suivre nécessairement nous, c'’est-à-dire le groupe des Douze, et qu'’il faut les suivre d’'une manière matérielle.

Ce glissement sera l’'occasion d'’une mise au point importante non seulement pour Jean, mais pour nous tous. Suivre Jésus, avant la Résurrection, c’'était généralement marcher physiquement derrière lui. Après, les choses ont changé : la présence sensible de Jésus est enlevée. Suivre le Christ, dans ces conditions, suppose alors vivre selon ses enseignements et son exemple, avec docilité, dans cet esprit filial, fruit de l'’action de l’'Esprit répandu à la Pentecôte. De même que la vraie parenté de Jésus n’'est pas une parenté charnelle, de même les vrais disciples ne se caractérisent pas par une proximité spatiale ou temporelle avec Jésus. Cette proximité, quand elle existe, peut aller de pair avec des illusions dangereuses : Alors vous vous mettrez à dire :
"Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places." (Le Seigneur) vous répondra : "Je ne sais pas d'’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal" (Lc 13, 26-27).
 

L'’élément distinctif du vrai disciple de Jésus (on peut penser à la Vierge Marie) est une foi effective (qui se traduit en actes) : Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma soeœur, ma mère (Mc 3, 35). Dès avant la Résurrection, l’'Évangile nous montre certaines personnes bien décidées à suivre Jésus, mais à qui Jésus ne le permet pas physiquement, tout en leur montrant que l’'essentiel n'’est pas là. L'’homme possédé dans le pays des Géraséniens le supplie de pouvoir être avec lui. (Jésus) n’'y consentit pas, mais il lui dit : "Rentre chez toi, auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde" (Mc 5, 18-19). Déjà pour les Apôtres et les autres contemporains, suivre Jésus nécessitait plus qu'’une bonne paire de jambes. Et Judas, qui en était bien pourvu, n’'est pas vraiment le modèle … "à suivre".

Le modèle à suivre est S. Paul, lui qui est devenu disciple de Jésus seulement après la Pentecôte, et qui n'’a donc pas marché derrière Jésus, ni mangé et bu en sa présence. Écrivant aux chrétiens de la communauté qu'’il avait fondée à Philippes, il met l'’accent sur ce qui est le plus important : Ayez entre vous les dispositions que l’'on doit avoir dans le Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, il n’'a pas jugé bon de revendiquer son droit d’'être traité à l'’égal de Dieu… (Ph 2, 5 ss.). Voilà ce que suivre veut dire.

Justement, dans l’'Évangile de ce jour, qu’'on a pu appeler le "discours communautaire" dans S. Marc, Jésus corrige Jean, qui suivait Jésus au plus près, physiquement, avec les Onze autres, mais qui était loin d’'avoir les dispositions que l’'on doit avoir dans le Christ Jésus. S. Marc nous a raconté qu’'avec son frère, Jacques, il s'’était déjà montré partisan de méthodes assez drastiques précédemment. Jésus les avait appelés fils du tonnerre (Mc 3, 17). Eh bien, ce même Jean se scandalise parce qu'il a vu quelqu’'un chasser des esprits mauvais au nom de Jésus, alors qu'’il n'’est pas de ceux qui nous suivent. Nous avons (mon frère et moi ?) voulu l’'en empêcher, dit-il, sans préciser, cette fois, la méthode employée. Jésus fait comprendre à Jean qu’'en réalité, c’'est lui qui ne le suit pas, que c'’est lui qui, tout en suivant Jésus physiquement, n'’a pas les dispositions que l’'on doit avoir dans le Christ Jésus, alors que l’'autre, celui que Jean considérait comme persona non grata, s'’il n'’est pas contre nous, et si, au contraire, il donne à ceux qui sont avec Jésus ne fût-ce qu'’un verre d’'eau au nom de (leur) appartenance au Christ, celui-là ne restera pas sans récompense.

Là encore, S. Paul nous montre l'’exemple à suivre en allant plus loin dans cette logique de la vraie tolérance, tout à l’'opposé de l’'esprit sectaire. Dans la lettre aux Philippiens, à peine quelques versets avant le passage cité plus haut, il écrit : Certains annoncent le Christ avec l’'arrière-pensée de me faire du tort, d’'autres le font avec sincérité ; de toute façon, du moment que le Christ est annoncé, je m’'en réjouis, et je m’'en réjouirai toujours (1, 18), donc même sans recevoir d’'eux un verre d’eau, et même s’'ils sont contre lui… Ce qui est important, ce n’'est pas la relation : "certains"-Paul, mais la relation : "certains"-Jésus. (Notons pourtant qu’il s'’agit bien de ceux qui annoncent le Christ, et de ceux qui font des miracles. On invoque ces passages un peu trop facilement pour les appliquer au dialogue interreligieux, donc avec ceux qui ne se réclament pas du Christ. Ce n’'est pas tout à fait la même chose – cf. G.S. 44.)

Qu'’elle est lente, notre disposition à faire nôtres les sentiments du Christ Jésus ! Pourtant, Dieu s’'y était pris depuis longtemps pour les inculquer à ceux qui voulaient le suivre (cf. première lect.).

Aujourd’'hui, cela pose concrètement la question de la collaboration entre l’'évêque et ses prêtres. La tradition chrétienne a toujours vu dans l’'effusion de l’'Esprit de Moïse sur les 70 anciens une figure de la participation par les prêtres à la fonction sacerdotale, royale et prophétique de l’'évêque. Il est de bon ton, pour un évêque diocésain d'’avoir un "projet pastoral", élaboré ou non lors d’'un synode diocésain. Quelquefois se manifeste la tendance à se prévaloir de ce document pour stigmatiser toute initiative jugée inadéquate, non conforme au projet pastoral, comme si l’'Esprit Saint était tenu d'’observer les plans des hommes.

Dans son encyclique Tertio millennio ineunte (n. 29), Jean Paul II, en invitant les chrétiens à "repartir du Christ" écrivait :
 
"Il ne s'agit pas alors d'inventer un ‘nouveau programme’. Le programme existe déjà : c'est celui de toujours, tiré de l'Évangile et de la Tradition vivante. Il est centré, en dernière analyse, sur le Christ lui-même, qu'il faut connaître, aimer, imiter, pour vivre en lui la vie trinitaire et pour transformer avec lui l'histoire jusqu'à son achèvement dans la Jérusalem céleste."
 
À force de vouloir tout programmer, organiser, canaliser, on risque d'’oublier le primat de la grâce :
 
"Il y a une tentation qui depuis toujours tend un piège à tout chemin spirituel et à l'action pastorale elle-même : celle de penser que les résultats dépendent de notre capacité de faire et de programmer." (n. 38).
 
N'’est-ce pas cette même manie que manifestait déjà Jean et que Jésus veut extirper ?

Cela pose plus largement la question de l’'exercice des charismes (comme ceux de la prophétie et de l’'exorcisme) par le peuple de prophètes, c’'est-à-dire : tous les baptisés. Aucune planification pastorale n'’avait prévu l’'éclosion du Renouveau charismatique. Les pasteurs de l’'Église n’'ont pu que s’'en émerveiller, tout en l’'accompagnant, comme S. Paul l’'a fait à Corinthe, avec la nécessaire prudence, pour éviter tout débordement. Mais ils n'’ont pas été rares, les "fils du tonnerre" qui ont fait de l'’excès de zèle, et qui, sous prétexte que cette nouveauté n’'était pas prévue dans les projets pastoraux, ont voulu "empêcher" le feu, que Jésus est venu allumer sur la terre (cf. Lc 12, 49), de se répandre. Inversement, l’'on peut observer une espèce de sectarisme de la part de membres du Renouveau qui ne jurent que par le Renouveau, jugeant qu'’en dehors de leur mouvance, il n'’y a point de salut. L'’Action catholique a d'ailleurs connu, elle aussi, cette dérive…...

La suite de l’'Évangile nous rappelle que, si la tolérance et le respect doivent présider à tout ce qui se fait au nom du Christ, le même Christ réclame, au contraire, une extrême rigueur (ou intolérance) quand il s’'agit de ceux qui causent un scandale dans la communauté, spécialement quand sont concernés les petits et les faibles. C'’est l’'époque de la rentrée des catéchismes. Entre le verre d’'eau et le scandale, il faut choisir. À chacun de voir ce qu’'il (elle) peut faire pour les enfants, et pour prendre une part active à leur éducation chrétienne.. À chacun aussi de vérifier sérieusement s’il (si elle) n’'est pas concerné(e) par la mise en garde sévère de Jésus, et, le cas échéant, de couper net ce qui doit être coupé. D'’ailleurs, S. Marc souligne la fragilité du croyant, quel que soit son âge. Celui qui suit Jésus est toujours un faible et un petit.

Cette rigueur-intolérance est d’'abord à exercer envers soi-même. Car celui qui a commencé à suivre Jésus peut entraîner d’'abord sa propre perte. N’'allons pas trop vite édulcorer et minimiser les paroles extrêmement radicales de Jésus. Combien sont morts dans un bain de sang pour ne pas se compromettre avec la manifestation du mal. Mais n'’allons pas non plus penser que les occasions de pratiquer ce radicalisme ne se présentent que dans ces cas extrêmes. Le martyre est aussi dans la vie de tous les jours, par exemple dans la mortification de la langue ou du regard. Tout homme sera salé au feu (Mc 9, 49), d’'une manière ou d’'une autre. Lors du baptême, la renonciation à Satan, au péché, et à tout ce qui conduit au péché précède la profession de foi. Ne l'’oublions pas.

Ce radicalisme, comme le fait remarquer S. François de Sales, n'’exclut pas une tout aussi nécessaire patience envers soi-même. L’'art de suivre Jésus en l'’imitant sous la mouvance du Saint Esprit réside aussi dans le difficile équilibre entre tolérance, rigueur et patience. Vive les mariés !
Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

Retour à la source - Homélie 22° dimanche T.O.B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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       Connaissez-vous Sainte Apparence ? C’'est, avec Saint Quendiraton, un des saints les plus universellement vénérés de la planète Terre.

       Je parle de la planète Terre. Car évidemment, chez les anges, Ste Apparence n’'a pas la cote. Les anges sont des êtres spirituels pour lesquels les apparences ne trompent pas. Aujourd'’hui, Jésus, le Seigneur des esprits, veut nous ouvrir les yeux à nous aussi, comme Saint Paul le fera après lui. Car cet évangile ne vise pas seulement les scribes et les pharisiens parmi les juifs, mais aussi dans l’'Église. C’'est en parlant d’'eux que S. Paul disait :
 
Ces sortes de gens sont des faux apôtres, des ouvriers trompeurs, qui se déguisent en apôtres du Christ. Et rien d'étonnant : Satan lui-même se déguise bien en ange de lumière. Rien donc de surprenant si ses ministres aussi se déguisent en ministres de justice. Mais leur fin sera conforme à leurs œoeuvres (2 Co 11, 13-15).
 
Mais ce n’'est pas encore la fin. La fin, c'’est bientôt, mais ce n’'est pas encore. Et l’'évangile d'’aujourd’'hui nous concerne d’'autant plus que nous approchons de la fin :
 
L'Esprit dit clairement qu'aux derniers temps certains abandonneront la foi, pour s'attacher à des esprits trompeurs, à des enseignements de démons (1 Tm 4, 1).
 
Voilà assez pour rappeler l'’actualité de l’'évangile… de ce dimanche.

       En le méditant au début de la semaine dernière1, j'’apprenais le décès du Père Marie-Dominique Philippe. Le Père Maire-Do, comme on disait familièrement, est parmi les professeurs qui m'’ont le plus marqué au cours de ma vie d’'étudiant (et après). Il était professeur de philosophie à l’'université de Fribourg, mais je l’'ai d’abord connu à Paris, où il venait tous les mois nous expliquer la Prima Pars (première partie) de la Somme Théologique de S. Thomas d’'Aquin. Les années suivantes, à Fribourg, où j’'ai fait ma théologie, je faisais volontiers des heures supplémentaires pour suivre ses cours de métaphysique à la faculté de philosophie. J’'ai aussi suivi plusieurs retraites prêchées par lui sur Saint Jean, notamment sur l’'Apocalypse. Il est le fondateur de la Communauté Saint-Jean, qui compte trois branches : les frères, les soeœurs contemplatives et les sœoeurs apostoliques. La Communauté des frères de Saint-Jean compte aujourd’hui (2015) 550 frères de 35 nationalités différentes, dont 270 prêtres. Plus de 150 frères sont en formation, dont une cinquantaine de novices. Les frères sont répartis en une soixantaine de prieurés dans plus de 30 pays, sur les cinq continents.

       Pourquoi cette "digression" ? Eh bien, parce que tout au long de sa vie de chercheur de la Vérité, le Père Philippe n’'a cessé de chercher, en vrai apôtre, à lutter contre les fausses idéologies et à promouvoir une intelligence authentique de la personne humaine et de la foi. Un de ses derniers livres, Retour à la source (Fayard, 2005), présente sa réflexion philosophique sur ce sujet. Déjà dans Lettre à un ami (Éditions universitaires, 1992- nouvelle édition), il invitait chacun à s'interroger sur ce qu'il est comme personne humaine. Dépassant les idéologies pour retrouver le réalisme d'une authentique recherche de la vérité, il nous aidait à redécouvrir, à partir de nos propres expériences, ce qui donne un sens à notre vie. C'’est sans doute la grande pauvreté de la majorité des hommes en Occident aujourd'’hui : le manque de sens.

       Eh bien, l'’évangile d’'aujourd’'hui nous invite tous à un retour à la source, au-delà des apparences. Jésus n'’emploie pas les mots "corps" et "âme", mais les mots "lèvres", "mains" et "coeœur". Il veut corriger ceux qui honorent Dieu des lèvres, alors que leur coeœur est loin de lui, ceux qui se lavent soigneusement les mains, alors que de leur coeœur sortent les pensées perverses. L'’utilisation des mots "corps" et "âme" par l'’Église est aujourd’'hui très critiquée. Elle ne serait pas biblique (le mot "Trinité" non plus !), mais une contamination de la foi par la philosophie grecque. Or, "la notion de l’'âme telle que l’'ont utilisée la liturgie et la théologie jusqu’'à Vatican II n'’a pas plus à voir avec l’'Antiquité que l’'idée de résurrection." Celui qui parle ainsi, c’'est le Cardinal Ratzinger, qui continue :
 
"C'’est une notion strictement chrétienne ; elle n'’a donc pu être formulée que sur la base de la foi chrétienne dont elle exprime, en anthropologie, la conception de Dieu, du monde et de l’'homme. "
 
Ce dont acte. C’'est pourquoi le Concile Vatican II persiste et signe :
 
"Corps et âme, mais vraiment un, l’'homme, dans sa condition corporelle, rassemble en lui-même les éléments du monde matériel qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur. Il est donc interdit à l'’homme de dédaigner la vie corporelle. Mais au contraire il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et doit ressusciter au dernier jour" (GS 14, 1).
 
Et le Catéchisme de 1992 (n. 365.368), tout en précisant que "l'’esprit et la matière, dans l’'homme, ne sont pas deux natures unies", mais que "leur union forme une unique nature", ajoute :
 
"La tradition spirituelle de l'’Église insiste aussi sur le coeœur, au sens biblique de fond de l’'être (Jr 31, 33) où la personne se décide ou non pour Dieu."
 

       Qui sommes-nous ? Qu'’est-ce que la personne humaine ? C'’est une créature qui se trouve au point de rencontre de toutes les créatures. Les anges sont de purs esprits. Les animaux, les végétaux et les minéraux n’'ont pas d’'âme spirituelle. L'’être humain est seul à unir le monde spirituel et le monde matériel. Il est comme un microcosme, un résumé de toute la création. C’est là sa grandeur. Mais comme il est difficile pour lui d'’être à la hauteur !

       Le concile, dans le passage cité plus haut, mettait en garde contre un spiritualisme exacerbé et un mépris du corps. Cela se retrouve à tous les niveaux de la vie humaine, jusque dans la réalité religieuse, et pas seulement au niveau biologique. Le Cardinal Ratzinger écrivait :
 
"Pour nous, hommes d’'aujourd'’hui, le scandale fondamental du christianisme consiste tout d'’abord simplement dans l’'extériorité dont la réalité religieuse paraît affectée. C'’est pour nous un scandale que Dieu doive être communiqué par tout un appareil extérieur : l’'Église, les sacrements, le dogme, ou même simplement la prédication."
 

       Dans l’'évangile d’'aujourd’'hui, c'’est plutôt la tendance inverse qui est fustigée. Mais c'’est toujours une déviation de la même vérité. Cette vérité, c’'est l’'unité du corps et de l’'âme. On peut divorcer l’'âme du corps, soit au mépris du corps, en surévaluant l’'âme, soit au mépris de l’'âme, en n’'attachant de l'’importance qu'’au corps. Celui dont le corps n’'exprime pas avec fidélité les mouvements de l’'âme, et dont l’'âme ne baigne pas dans la lumière de la grâce, celui-là est "hypocrite" et "impur".
 
      Non, il ne s’'agit pas ici seulement de ceux qui commettent "le péché de la chair", comme nous sommes encore trop enclins à le penser sous l'’influence du puritanisme, du jansénisme ! Jésus dit que l'’homme est rendu impur par adultères et débauches, bien sûr, mais aussi par inconduite, vols, meurtres, … cupidités, méchancetés, fraude, … envie, diffamation, orgueil et démesure.

       Et le Catéchisme (n. 2518), en rapprochant cet enseignement de Jésus de la béatitude des coeœurs purs, commente :
 
" Les coeœurs purs désignent ceux qui ont accordé leur intelligence et leur volonté aux exigences de la sainteté de Dieu, principalement en TROIS domaines : la charité, la chasteté ou rectitude sexuelle, l’'amour de la vérité et l’'orthodoxie de la foi. Il existe un lien entre la pureté de coeœur, du corps et de la foi."
 
Suit une citation admirable de S. Augustin, qui montre bien la nature de ce lien : les fidèles doivent croire les articles du Symbole,
 
"afin qu'’en croyant, ils obéissent à Dieu ; qu’'en obéissant, ils vivent bien ; qu’'en vivant bien, ils purifient leur coeœur et qu’'en purifiant leur coeœur, ils comprennent ce qu'’ils croient."
 

       Dans l’'Imitation de Jésus Christ on lit également :
 
"Deux ailes soulèvent l’'homme au-dessus des choses terrestres : la simplicité et la pureté. La simplicité doit être dans l’'intention, la pureté dans l'’affection. La simplicité tend vers Dieu ; la pureté l’'atteint et le goûte… Si ton cœoeur était simple et pur, tu verrais et tu comprendrais tout sans peine. Un coeœur pur pénètre le ciel et la terre. Comme on est, on juge."
 

"Oui, demain, nous verrons Dieu en face à face, mais dès maintenant le cœoeur pur voit selon Dieu. Il juge tout à la lumière de Dieu. Si simple est la vie quand on y vit de Dieu." (Jean-Louis Bruguès)

       Je vous ai parlé des anges. Dans l’'Apocalypse (18, 12) Jean voit un ange descendre du ciel. Il avait reçu une autorité si grande que la terre fut illuminée de sa gloire. Et il s'écria d'une voix puissante : "Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande ! La voilà devenue une tanière de démons, un repaire de tous les esprits impurs, un repaire de tous les oiseaux impurs, un repaire de toutes les bêtes impures et répugnantes !

       Maintenant à nous de choisir entre Dieu et le démon, entre Babylone et la Jérusalem nouvelle, entre sainte Apparence et Sainte Marie. Par le baptême nous sommes tous appelés à l’'évangélisation. Que Celle que l’'on invoque comme Étoile de l’'Évangélisation, la Vierge au coeœur pur, nous aide à nous purifier nous aussi et à nous convertir de faux en vrais apôtres ! Et puisque nous sommes dans la section des pains, n'’oublions pas que cela commence par l’'Eucharistie. Comment venons-nous communier à la messe : avec de belles apparences ou avec un coeœur pur ? Que ferons-nous après, tout au long de la semaine ? Que le Seigneur ne nous dise pas : Il est inutile le culte qu'’ils me rendent.… Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes.

 
1. Cette homélie a été donnée en 2006.
 L'’évangile d’'aujourd’'hui nous invite tous à un retour à la source, au-delà des apparences.

L'’évangile d’'aujourd’'hui nous invite tous à un retour à la source, au-delà des apparences.

De l'angoisse à la foi, quelle croisière! - Homélie 12° dimanche du TOB

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
De l'angoisse à la foi, quelle croisière! - Homélie 12° dimanche du TOB

Le Seigneur ne manque point d'humour. Il nous rappelle aujourd'hui que les tempêtes, aussi bien que les pêches miraculeuses, font bel et bien partie du "Temps Ordinaire" qui vient de recommencer. Après la longue cure de désintoxication du péché au cours du Carême, suivi du stage d’'entraînement à la vie éternelle du Temps pascal, notre foi devrait être bardée contre tout doute et tout adversaire pour nous permettre d'affirmer tranquillement : "Même pas peur!". 

Dans l’'itinéraire de l’'Évangile de S. Marc aussi, les Apôtres, durant plusieurs chapitres, ont été témoins des hauts faits et paroles du Seigneur. Dans une première étape, S. Marc nous avait présenté, en une double séquence, d'’abord une série d'’actes de Jésus dans la journée-type de Jésus (1, 21-45), puis une série de paroles de Jésus, dans le cadre de cinq controverses. La deuxième étape est composée de la même manière, mais dans un ordre inversé : après l'’institution des Douze (ch. 3), nous trouvons d’'abord une série de paroles de Jésus sous forme de paraboles (4, 1-34), puis une série de gestes puissants de Jésus (4, 35 – 6,6).

Les disciples qui, au lieu de se tenir "dehors" sans rien comprendre aux paraboles, se sont laissé ébranler par l’'enseignement de Jésus qui ouvre au mystère du Règne de Dieu, sont maintenant "entraînés" par lui dans une sorte de leçon de choses, par un enseignement, non plus en paraboles, mais en actes, au cours d'’une virée dans la région du Lac de Galilée. Après le stage en haute montagne, c'est l'heure des matchs préparatoires. Durant cette tournée, ils vont être témoins de l’'action puissante de leur Maître : il domine les éléments et les forces du mal (Satan), il arrache l’'humanité à la maladie et à la mort… C'’est ainsi que la crainte et la peur font place peu à peu à la foi. Notons que l’'évangile ne parle pas de miracles, mais de "dynameis" : des gestes puissants pleins de sens.

Mais ce véritable exode, qui part du doute et de la peur pour aboutir à la foi et la confiance, n’'est pas gagné d’avance. La non-foi aussi est possible. Voilà pourquoi S. Marc notera au passage l’'incroyance de l’'entourage et de la parenté de Jésus de Nazareth, qui entrave l'’action de Jésus. La question qui se pose alors, c'’est : où donc se situe en nos vies la frontière entre la foi et le doute ? Pas moyen de le savoir, sinon grâce aux épreuves que Dieu permet, non pas pour qu'’il puisse nous tester (il sait très bien), mais pour que nous sachions, nous, où nous en sommes, pour ne pas que nous soyons victimes du plus grand danger : celui de croire ... que nous croyons.

Et la première épreuve qui est proposée, c’'est la tempête. On apprend à l’'école que, sur l'ensemble de la superficie de la terre, les eaux recouvrent 361 millions de kilomètres carrés, soit 71% de la superficie du globe terrestre. Qui d'entre nous, à l'aube, ou au coucher du soleil, quand la mer fourmille de petites lumières qui sont comme des lucioles enchâssées sur l'étendue de l'eau, au clair de lune, de la véranda d'une maison, ou le long d'une plage, ne s'est pas arrêté pour contempler la mer, ou plutôt l'une des nombreuses mers ou océans qui recouvrent la surface de la terre avec une abondance si extraordinaire ? Peut-être même avons-nous eu le privilège de nous extasier devant la douce beauté du lac même sur lequel Jésus avait entraîné les siens… Mais qui d’'entre nous n’a pas, au moins par les images d'’un film de fiction, du journal télévisé ou d’'un documentaire, si ce n’est par sa propre expérience, été témoin aussi d’'une tempête, d'un ouragan, d'un cyclone ? Et lorsque la tempête survient, alors que l’'on se trouve, non pas sur la terre ferme, mais en pleine mer, cette expérience se transforme alors en cauchemar.

Les Apôtres, dont certains étaient pourtant des pêcheurs aguerris, mais dont la frêle embarcation n'’était qu'’un jouet pour la fureur des flots, se voyaient perdus. À leur décharge, il faut dire que la lecture de l'’Ancien Testament, où domine une attitude de crainte vis-à-vis de la mer, n’'avait pas de quoi les rassurer beaucoup. On y parle de l'’eau du déluge et d'’abîmes insondables, qui évoquent plus la mort et les tragédies qu’'une croisière de rêve au bord du Queen Mary II, quoi que...… Souvenons-nous de l’'aventure du Titanic ! Dans les mythologies païennes la mer est souvent divinisée. C’'est un moyen comme un autre pour exorciser sa peur, mais un moyen qui coûte cher, puisqu’'à l’'idole, il faut offrir des sacrifices, même humains. Nous autres, croyants du 21e siècle, avons de la peine à nous imaginer ce que doit être la furie des flots pour un athée qui s'’y trouve. Pourtant, c’'est une certitude scientifique (cf. la revue ‘Science et Vie’ d’'août 2005) : croire en Dieu augmente l’'espérance de vie sur terre (de 29 %, selon une synthèse, datant de 2002, de 42 études médicales, menées entre 1977 et 1999, concernant 126.000 personnes !), parce que la foi en Dieu permet de réduire l’'angoisse, parce que les religions apportent des réponses aux interrogations les plus profondes de l'’homme.

Est-ce une bonne nouvelle ? Pas franchement, car l’'article en question dit ceci :

"Peu importe le nom du dieu qu’'elles élisent, la genèse qu’'elles décrivent ou la nature du paradis qu’'elles promettent, toutes (les religions) produisent un discours qui, chacun à sa manière, apporte une réponse à ce qui étreint l’'homme lorsqu'’il songe à sa condition."

En d'’autres mots : peu importe si ces religions sont dans la vérité ou pas, pourvu qu’'on y croie.… C’'est un argument qui, mine de rien, peut se retourner, et qu’'on n'a pas manqué de retourner, contre la foi chrétienne. On l’'accuse d’'être une croyance pour les faibles, ("l’'opium du peuple") et, au contraire, on vante le mérite de l’'incroyant qui, lui, au moins, a le courage d’'affronter la dure réalité sans ingérer des anxiolytiques. C'’est vrai, peut-être, et dans une certaine mesure, pour les religions païennes. Est-ce vrai aussi pour la foi chrétienne ? La Bible souligne que seul Yahvé, le VRAI Dieu, peut se rendre maître de la fureur des flots qui impressionne tant et devant laquelle l'’homme se sent si petit (1e lecture). Pensons aussi aux grandes interventions de Dieu qui font échapper ses amis aux naufrages et aux inondations : le déluge, le passage de la mer Rouge, les Israélites qui avaient voyagé en mer (psaume 106). Et puis chacun connaît l’'histoire de Jonas. Tout cela les Apôtres le savaient, et sans doute mieux que le chrétien moyen aujourd'hui. Ce qu’'ils devaient encore apprendre, ou plutôt croire, c’'est que ce Dieu qui seul peut calmer la fureur des flots, et que ce Dieu, c’'est Jésus qui est avec eux dans la barque en train de dormir.

Pour l'instant, il n’'en sont encore qu’'à se poser des questions : "Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : ‘Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?’" Ou, plus exactement, ce Jésus, à qui ils s'’adressent dans leur angoisse, comme, dans le psaume, le naufragé s’'adresse à Dieu, réclame d’'eux ce que seul le vrai Dieu est en droit de réclamer de ses créatures humaines, à savoir : une confiance absolue et inconditionnelle, tempête apaisée ou non : "Jésus leur dit : ‘Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ?’" Et l’'on a vraiment l’'impression que si Jésus apaise la tempête, ce n’'est pas pour récompenser leur foi ; c’'est plutôt pour venir en aide à leur manque de foi, en espérant qu'’une prochaine fois, il n’'aura pas besoin de leur prouver de nouveau sa puissance.

Et c’'est ainsi seulement, de tempête apaisée à tempête non apaisée, que nous pouvons, peu à peu, très lentement - trop lentement - faire notre exode de l’'angoisse à la foi. Voilà donc le véritable courage, celui de la vérité, qui n'’est ni un opium ni un anxiolytique, mais qui rend vraiment libre, libre pour aimer, et pour perdre notre vie, afin de sauver celle de nos frères.

C’'est Jésus lui-même qui nous en donne un exemple parfait. Quand la tempête fait rage dans son Cœur au Jardin des Oliviers, il ne dédaigne pas "réveiller" son Père : "Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe." (Mc 14, 36) Mais il le fait en toute tranquillité, si j’'ose dire, comme la prière toute simple de la Vierge Marie à Cana : "Ils n’ont pas de vin" (Jn 2, 3). Et tout comme Jésus au Jardin de l'’Agonie ajoute : " …Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux", Marie dira aux serviteurs : "Faites tout ce qu'’il vous dira." (v. 5) Et pendant ce temps, qui dormait : Dieu ?… Ou les apôtres ?

Je pense aussi à S. Thomas More, dans sa prison de la Tour de Londres, méditant l’'agonie de Jésus ; et à l’'admirable dernière lettre de Giovanni Mazzucconi, né en 1826, de l'Institut Pontifical pour les Missions Étrangères de Milan (P.I.M.E.), et qui a été martyrisé en 1855 (il avait 29 ans) dans l'île Woodlark en Papouasie - Nouvelle-Guinée. Il a été béatifié par Jean-Paul II le 19 février 1984.

Mais en général, comme le dit la chanson : "Pour faire un homme, (un vrai, un croyant), mon Dieu, que c'’est long !". Et dire que Dieu, dans son atelier, ne s’'énerve pas pour autant….

"Fais-nous vivre à tout moment, Seigneur, dans l’'amour et le respect de ton saint nom, toi qui ne cesses jamais de guider ceux que tu enracines solidement dans ton amour." (prière d'’ouverture).

Si Jésus revenait ... Mais il est là ! - Homélie 3 Pâques B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Aujourd’hui, S. Luc, à sa manière, montre que l’intelligence des Écritures est le plus grand don du Ressuscité, et que le plus grand fruit de cette intelligence, ou plutôt, cette intelligence elle-même, est de savoir que, quand il disparaît au regard, il demeure présent à la foi.

Aujourd’hui, S. Luc, à sa manière, montre que l’intelligence des Écritures est le plus grand don du Ressuscité, et que le plus grand fruit de cette intelligence, ou plutôt, cette intelligence elle-même, est de savoir que, quand il disparaît au regard, il demeure présent à la foi.

    Combien de fois n’avons-nous pas dit ou entendu dire : "Si Jésus revenait aujourd’hui…" ? Suit alors habituellement une énumération plus ou moins longue et (im)précise de choses que nous aimerions voir changer dans l’Église et dans le monde. L’erreur est fatale, et le chemin que nous voulions tracer sans issue, pour la simple raison que Jésus, IL EST LÀ !


    Un journaliste demandait un jour à Mère Teresa ce qu’il faudrait changer pour que cela aille mieux dans l’Église et dans le monde. La réponse est venue, simple et limpide : "Ce qu’il faudrait changer ? Mais vous et moi, cher monsieur !" Ce changement, nous l’appelons conversion :

 

Convertissez-vous donc, et revenez à Dieu pour que vos péchés soient effacés (1e lect).

    Cette conversion n’est pas d’abord morale. Se convertir signifie passer de l’incrédulité à la foi. C’est le mouvement fondamental de notre baptême, dont nous avons fait (pour les néophytes – ceux qui viennent d’être baptisés) ou renouvelé la profession durant la veillée pascale : "Renoncez-vous… ? – Croyez-vous… ?" Nous avons commencé ce mouvement ; il nous reste à le continuer ensemble. Étant passés de l’incrédulité à la foi, nous devons maintenant passer "de la foi à la foi" (Rm 1, 17), d’une foi d’enfant à une foi adulte … qui consiste à devenir comme des enfants. C’est-à-dire qu’après avoir appris à faire un pas, nous devons en faire une deuxième, puis un troisième. Et cela ne va pas sans tomber. Rien n’est jamais acquis.

    Les disciples venaient de reconnaître le Seigneur à la fraction du pain. Voilà qu’il réapparaît. Et S. Luc nous dit que "frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit." La veille au soir Jésus leur avait dit :

 

Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire…

 

    Il constate qu’ils ont une connexion à bas débit et il leur conseille de prendre une connexion à haut débit. Ils n’ont pas (encore) suivi le conseil. Comme eux, il faut sans cesse nous relever et recommencer jusqu'à la "plénitude du Christ" :

 

Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ (Ép 4, 13).

 

    En ce troisième dimanche de Pâques n’allons donc pas faire comme les pharisiens. Ne disons pas : "Moi, ça y est ! Je suis converti. Je suis croyant." En parlant de la justification par la foi Luther remarquait :

 

Il y en a qui considèrent avec légèreté ces paroles concernant la grâce et disent témérairement : Qui ne sait que sans la grâce il n’y a rien de bon en nous ? Et ils croient bien comprendre ces choses. De plus, lorsqu’on leur demande s’ils considèrent comme une chose de rien leur justice, ils s’écrient aussitôt : Certainement, j’en suis sûr ! C’est un aveuglement lamentable et grave qu’ils s’estiment ainsi parvenus au plus haut degré de perfection, alors qu’ils n’en ont pas la moindre compréhension et n’en connaissent pas le goût. Comment un homme peut-il être plus orgueilleux que lorsqu’il ose s’affirmer pur de tout orgueil et de toutes inclinations mauvaises ?
    Reconnaissons donc que souvent nous avons, nous aussi, "agi dans l’ignorance" (1e lect.), et que notre ignorance est coupable (2e lect.). Reconnaissons aussi que le don du Ressuscité est de nous faire passer de cette ignorance coupable à "l’intelligence des Écritures" (Évangile).

    Dans l’Évangile de dimanche dernier, S. Jean nous a montré comment Jésus ressuscité amène ses disciples, et après eux les futurs croyants, à la maturité de la foi, à croire sans voir, mais non sans bonheur, en s’appuyant uniquement sur l’annonce des premiers témoins.

    Aujourd’hui, S. Luc, à sa manière, montre que l’intelligence des Écritures est le plus grand don du Ressuscité, et que le plus grand fruit de cette intelligence, ou plutôt, cette intelligence elle-même, est de savoir que, quand il disparaît au regard, il demeure présent à la foi.

    Non que la foi entraîne la présence ! C’est le contraire : c’est la présence du Ressuscité, et non pas une ou deux rencontres furtives seulement, qui provoque à la foi. Quand Jésus leur apparaît, il ne vient pas du dehors. Il n’entre pas : il était déjà présent. Quand il disparaît à leur regard, il ne s’en va pas : il reste avec eux.

    La communion de l’Église, nous rappelait Benoît XVI dans une catéchèse, n’est pas seulement une réalité qui s’étend dans l’espace. Elle s’étend aussi dans le temps. Jésus-Christ, le même hier, aujourd’hui, à jamais !

Sa Miséricorde au risque de nos vertus - Homélie dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Des enfants de CM1 (8-9 ans) étaient frappés par le contraste de la célébration de ce jour. Ils disaient: "Pourquoi les gens acclament Jésus et juste après, ils veulent le faire mourir?" Après le récit de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, nous venons d'entendre le récit de sa Passion selon saint Luc. Pourquoi les gens acclament Jésus et juste après, ils veulent le faire mourir? Que les enfants, dans toute leur naïveté, posent cette question est bien compréhensible. Mais que nous, les adultes, nous ayons toujours cette même naïveté présomptueuse, cela est déjà beaucoup moins compréhensible.

    Dans son évangile, S. Luc nous montre que la Passion de Jésus n'arrive pas comme une surprise. Depuis le chapitre 13 il laisse entendre ce qui attend Jésus à Jérusalem: tout le contraire d'un triomphe immédiat et facile.

13 31 A ce moment-là, quelques pharisiens s'approchèrent de Jésus pour lui dire: "Va-t'en, pars d'ici: Hérode veut te faire mourir."
32 Il leur répliqua: "Allez dire à ce renard: Aujourd'hui et demain, je chasse les démons et je fais des guérisons; le troisième jour, je suis au but.
33 Mais il faut que je continue ma route aujourd'hui, demain et le jour suivant, car il n'est pas possible qu'un prophète meure en dehors de Jérusalem.
34 Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes, toi qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n'avez pas voulu!
35 Maintenant, Dieu abandonne votre Temple entre vos mains. Je vous le déclare: vous ne me verrez plus jusqu'au jour où vous direz: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

    Hérode veut tuer Jésus. Jésus quitte la Galilée, qui est sous la juridiction d'Hérode. Veut-il échapper à la mort? Non, il marche vers Jérusalem. Il ne veut pas échapper à la mort, mais la mort ne le surprendra pas n'importe où, n'importe quand. Elle est librement acceptée au terme de sa mission de guérison (v. 32), à Jérusalem (v. 33) vers laquelle il marche filialement (cf. 9, 18-62) à la rencontre de son Père. Il n'est pas au pouvoir d'Hérode, le "renard" (animal chétif, par opposition au "lion"), de modifier d'un iota le dessein de Dieu ("il faut": v. 33), "l'enlèvement" de Jésus.

    Mais on oublie si facilement. Et nous, comme Pierre, en suivant Jésus, on pense être parti pour une gloire facile et immédiate... Les illusions de nos désirs de bonheur et de succès humains prennent vite le dessus sur le réalisme évangélique. On aime Jésus, mais pas seulement lui. On lui fait confiance, mais pas seulement à lui. Tout notre malheur vient de là:

"Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé." (Lc 24, 21)

    Le bon Pierre, aussi généreux que présomptueux dit à Jésus, en pensant au triomphe que Jésus venait de faire en arrivant au Temple de Jérusalem:

Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort.

    Une fois Jésus trahi par Judas et arrêté par les soldats du Temple, c'est une autre chanson:

Une servante le vit assis près du feu; elle le dévisagea et dit: "Celui-là aussi était avec lui."
Mais il nia : "Femme, je ne le connais pas."

    Jésus venait de lui dire pourtant:

Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.
Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères.

    Peine perdue! Alors Jésus insiste:

Je te le déclare, Pierre: le coq ne chantera pas aujourd'hui avant que, par trois fois, tu aies affirmé que tu ne me connais pas.

    Difficile d'être plus clair et plus précis. Peine perdue encore...

    Que dire alors, aujourd'hui, vingt siècles plus tard, quand on lit ou quand on entend quelqu'un affirmer avec la plus grande assurance: "Je crois en l'homme!", ou quand on constate qu'il y a, encore maintenant, des chrétiens qui ont la prétention de "construire un monde meilleur", je me dis qu'on n'a toujours rien compris. L'enfant a l'excuse de l'inexpérience. Pierre a l'excuse d'être de la génération des premiers chrétiens - et d'avant la Pentecôte. Nous n'avons aucune des deux.

Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.
Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères.

    Jésus, lui, connaît notre faiblesse. Il n'est pas dupe quand nous lui faisons des déclarations de bonnes intentions.

Ses disciples lui disent alors: "Voici que tu parles ouvertement, sans employer de paraboles.
Maintenant nous savons que tu sais toutes choses, et qu'il n'y a pas besoin de t'interroger: voilà pourquoi nous croyons que tu es venu de Dieu."
Jésus leur répondit : "C'est maintenant que vous croyez !
L'heure vient - et même elle est venue - où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul ; pourtant je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi. (Jn 16, 29-33)

    Il sait ce qu'il y a dans le coeur de l'homme. Saint Jean l'avait déjà noté dès le chapitre 2 de son évangile:

Pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui, à la vue des signes qu'il accomplissait.
Mais Jésus n'avait pas confiance en eux, parce qu'il les connaissait tous
et n'avait besoin d'aucun témoignage sur l'homme: il connaissait par lui-même ce qu'il y a dans l'homme. (23-25)

    "J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères." Savons-nous à quel point notre fidélité (et notre relèvement après nos infidélités) est redevable de la prière de Jésus? Deux semaines durant, j'ai confessé à longueur de journée, ici et dans les paroisses environnantes. On se dit que s'il y a un moment propice pour un chrétien de montrer qu'il a perdu ses illusions sur ses vertus et ses mérites, c'est bien le moment où il a l'occasion de confesser ses péchés.

    Pourtant, combien de fois n'ai-je pas eu à faire à des "pénitents" conscients de leur valeur et de leurs vertus, plus que de leur misère et de leurs péchés, à tel point que, parfois, je ne me suis pas cru autorisé à leur donner l'absolution. Comment pourrai-je, moi, donner l'absolution, si, selon toute évidence, le Seigneur lui-même n'a pas touché un pénitent venu non pas pour se confesser mais pour se vanter de lui et se plaindre des autres?

Pour que Jésus puisse faire miséricorde, il faut un misérable, un mendiant, un pauvre, quelqu'un qui avoue sa misère, sa faiblesse et qui le dépose dans son coeur.
Actuellement, le démon essaie de faire croire à l'homme qu'il peut se sauver et qu'il n'a plus besoin du Christ. Lors de la première venue du Christ, il n'y a plus de place pour lui à Bethléem. Maintenant, c'est plus grave, car il n'y a plus de place pour le Christ en tant que Sauveur.
Quelle est la grande tentation aujourd'hui: croire que nous pouvons découvrir des méthodes qui nous permettront de nous sauver nous-mêmes. C'est terrible, parce que l'homme ne s'avoue plus pécheur, et donc, il ne peut plus recevoir la miséricorde de l'Esprit Saint et du Christ. Souvent, nous somme en face de cette tentation et nous ne la voyons pas. Nous nous y laissons prendre, en acceptant que quelqu'un d'autre que le Christ puisse nous sauver. (Père M.-D. Philippe)

    Ce n'est qu'après son reniement que Pierre était mûr pour la miséricorde:

Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite: "Avant que le coq chante aujourd'hui, tu m'auras renié trois fois."
Il sortit et pleura amèrement.

    Non, il n'est pas indispensable, pour recevoir l'absolution, de noyer le confesseur de ses larmes, mais un minimum de repentir est quand même requis. Il n'est pas nécessaire de trembler comme des feuilles devant Dieu, mais ne sommes-nous pas un peu trop rassuré à bon compte sur notre destinée éternelle, "puisque Dieu est miséricordieux"?

Le Sang du Christ est tout-puissant, on ne peut pas invoquer le Nom de Jésus sans être sauvé; demandez et vous recevrez - tout cela est infaillible, c'est un roc: mais nous avons la tentation de courir après autre chose. Quand quelqu'un s'accroche à une bouée et qu'on l'oblige à la lâcher, il a forcément un moment de panique. Quand on nous parle en vérité du mystère du salut, on nous oblige à lâcher nos bouées. Alors nous avons peur, et ne voulant pas avoir peur nous accusons ceux qui nous parlent de jansénisme, d'intégrisme, etc. Et nous fuyons ainsi la vraie sécurité: ceux qui caressent les illusions ne sont pas en sécurité. Quand on a la charge écrasante d'annoncer la Parole de Dieu, il faut bien dire tout de même à ces aveugles: "Votre canot de sauvetage prend eau: montez dans la barque du Christ! le salut est offert, il n'y a qu'à le prendre. Venez, achetez pour rien", etc. (Père M. D. Molinié)

    Comme Pierre, laissons Jésus poser son regard sur nous et pleurons nos péchés. Écoutons aussi la remontrance du "bon larron" qui dit à son comparse:

"Tu n'as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal."

    Le bon larron, lui qui n'était pas de ceux qui suivaient le Christ, et avant la Pentecôte, a su faire ce que Pierre n'a pas su faire. Il a su ne pas avoir honte de choisir ouvertement le Christ et prendre sa défense, non pas dans le succès triomphal de son entrée dans la ville, mais dans l'ignominie de son crucifiement hors de la ville. Lui, le bandit, il a su mettre sa confiance en Jésus, et en Jésus seul.
Et il disait: "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne."
Jésus lui répondit : "Amen, je te le déclare: aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis."

Nouvel arrivage de poisson frais ! - Homélie 5° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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C'est aujourd'hui le dimanche des Journées chrétiennes de la Communication. Comme le faisait remarquer Mgr Léonard:

L'aventure de l'Evangile a commencé avec une "communication". Et l'Eglise a démarré avec l'utilisation des "médias" de l'époque: la prédication en direct, l'enseignement, l'écrit. Tout cela demeure actuel. Mais d'autres "toits" s'ouvrent aujourd'hui pour y "proclamer" ce que le Seigneur nous a glissé "au creux de l'oreille", il y a 20 siècles déjà.
Internet est l'un de ces lieux nouveaux où l'annonce de la foi peut retentir, alimenter la réflexion, susciter le dialogue. Que Jésus et son Eglise soient donc les très bienvenus sur le "réseau"!


 

C'est aussi, modestement, l'objectif de ce blog. La "toile" est ce filet que Jésus demande aux "pêcheurs d'hommes" d'aujourd'hui de jeter. S. Luc n'emploie pas le terme "pêcheurs". Il dit à Simon Pierre:


 

Désormais, ce sont des hommes que tu prendras.


Le mot grec traduit en français par "prendras" signifie: capturer vivant. Cela nous rappelle que la Toile est aussi un filet employé par les pêcheurs de la culture de la mort. D'où la responsabilité des parents et des éducateurs dans l'utilisation croissante de l'Internet par les enfants et les jeunes. "Qu'as-tu fait de ton frère?" C'est la question posée par Dieu à Caïn après le meurtre d'Abel. La question que le Seigneur pose aux parents est: "Qu'as-tu fait de tes enfants?"

Allez donc faire un tour sur le site e-enfance pour vous rendre compte du danger mortel que courent vos enfants quand vous les laissez surfer sur la Toile sans surveillance.

Côté vie, vous avez dans les liens que j'ai mis sur ce blog le site de Caté-Ouest, qui est très bien fait. Une idée pour le prochain Carême !

Le texte de l’Évangile du dimanche des Journées Chrétiennes de la Communication, est approprié puisqu’il s’agit de la pêche miraculeuse et de la vocation des apôtres. Choisis par Jésus, les apôtres sont appelés à communiquer la Bonne Nouvelle dans la confiance au Christ qui leur dit : « Ayez confiance, n’ayez pas peur ».

Les 3 textes proposés aujourd’hui sont des récits d’appel qui montrent bien que toute vocation est personnelle...

Isaïe est purifié pour sa mission de prophète juste avant d’être appelé ; Simon sera appelé Pierre en raison de son rôle primordial dans l’Eglise ; Paul est choisi comme apôtre, comme envoyé, pour transmettre et porter la Bonne Nouvelle à tous. Le Seigneur choisit et appelle chacun par son nom et lui confie une mission propre pour l’annonce de l’Evangile. Aujourd’hui encore, il continue à choisir et appeler...

Transmettre... Depuis quelques années l’Eglise de France est préoccupée par cet aspect essentiel de sa mission : dans la « lettre aux catholiques de France » (1996), les évêques de France ont diagnostiqué une « crise de transmission généralisée » dans notre société. Or la transmission est essentielle, vitale pour l’Eglise : c’est par la transmission de l’Evangile qu’elle suscite de nouveaux croyants.... La Parole de Dieu de ce dimanche nous rappelle que chacun est responsable, pour sa part, de transmettre ce qu’il a reçu ... et sans plus attendre au risque de fuir notre vocation...

La transmission de la Bonne Nouvelle suppose des signes concrets d’accueil, de partage, d’amour. Suivre le Christ c’est tâcher d’aimer les autres comme il nous aime. C’est révéler à tous les hommes un Seigneur de tendresse et les conduire à lui. Si l’Evangile est pour nous vraiment Bonne Nouvelle qui nous fait vivre, nous avons à coeur de le faire connaître, de le transmettre comme un cadeau de vie.


N’hésitons pas à nous échanger les bonnes nouvelles, les bons livres, les découvertes d’un reportage passionnant. N’hésitons pas non plus à « être attentifs au développement d’outils toujours plus performants : ils font partie de l’univers des jeunes, et des moins jeunes. Ils ont une influence sur la manière de vivre, de penser, d’aimer, de croire, de travailler.

 
La communication, la vraie, n’est pas l’outil mais le message ; le défi est de créer des relations nouvelles entre é́ducation et mé́dias pour permettre à tout enfant de grandir et non de subir. (d'un message de Mgr Di Falco)

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