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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

annee sacerdotale

Benoît XVI, Audience générale du 24 juin 2009

dominicanus #Année Sacerdotale

Chers frères et sœurs,


Vendredi dernier, en la solennité du Sacré-Cœur de Jésus et journée traditionnellement consacrée à la prière et à la sanctification des prêtres, j'ai eu la joie d'inaugurer l'Année sacerdotale, décidée à l'occasion du cent-cinquantième anniversaire de la "naissance au ciel" du curé d'Ars, saint Jean-Baptiste Marie Vianney. Et en entrant dans la basilique vaticane pour la célébration des vêpres, presque comme premier geste symbolique, je me suis arrêté dans la chapelle du Chœur pour vénérer la relique de ce saint Pasteur d'âmes: son cœur. Pourquoi une Année sacerdotale? Pourquoi précisément en souvenir du saint curé d'Ars, qui n'a apparemment rien accompli d'extraordinaire?


La Providence divine a fait en sorte que sa figure soit rapprochée de celle de saint Paul. En effet, alors que se conclut l'Année paulinienne, consacrée à l'apôtre des nations, modèle extraordinaire d'évangélisateur qui a accompli plusieurs voyages missionnaires pour diffuser l'Evangile, cette nouvelle année jubilaire nous invite à nous tourner vers un pauvre agriculteur devenu un humble curé, qui a accompli son service pastoral dans un petit village. Si les deux saints diffèrent beaucoup dans les itinéraires de vie qui les ont caractérisés - l'un est allé de région en région pour annoncer l'Evangile, l'autre a accueilli des milliers et des milliers de fidèles en restant toujours dans sa petite paroisse -, il y a cependant quelque chose de fondamental qui les rassemble: il s'agit de leur identification totale avec leur ministère, leur communion avec le Christ qui faisait dire à saint Paul: "Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi" (Ga 2, 20). Et saint Jean-Marie Vianney aimait répéter: "Si nous avions la foi, nous verrions Dieu caché dans le prêtre comme une lumière derrière la vitre, comme le vin mélangé à l'eau". Le but de cette Année sacerdotale - comme je l'ai écrit dans la lettre envoyée aux prêtres en à cette occasion - est donc de favoriser la tension de chaque prêtre "vers la perfection spirituelle de laquelle dépend en particulier l'efficacité de son ministère", et d'aider avant tout les prêtres, et avec eux tout le peuple de Dieu, à redécouvrir et à raviver la conscience de l'extraordinaire et indispensable don de Grâce que le ministère ordonné représente pour celui qui l'a reçu, pour l'Eglise entière et pour le monde, qui sans la présence réelle du Christ serait perdu.


Les conditions historiques et sociales dans lesquelles se trouva le curé d'Ars ont indéniablement changé et il est juste de se demander comment les prêtres peuvent l'imiter dans l'identification avec leur propre ministère dans les sociétés actuelles mondialisées. Dans un monde où la vision commune de la vie comprend toujours moins le sacré, à la place duquel l'"aspect fonctionnel" devient l'unique catégorie décisive, la conception catholique du sacerdoce pourrait risquer de perdre sa considération naturelle, parfois même à l'intérieur de la conscience ecclésiale. Souvent, que ce soit dans les milieux théologiques, ou bien dans la pratique pastorale et de formation concrète du clergé, s'affrontent, et parfois s'opposent, deux conceptions différentes du sacerdoce. Je remarquais à ce propos il y a quelques années qu'il existe "d'une part, une conception socio-fonctionnelle qui définit l'essence du sacerdoce avec le concept de "service": le service à la communauté, dans l'exercice d'une fonction... D'autre part, il y a la conception sacramentelle-ontologique, qui naturellement ne nie pas le caractère de service du sacerdoce, mais le voit cependant ancré à l'être du ministre et qui considère que cet être est déterminé par un don accordé par le Seigneur à travers la médiation de l'Eglise, dont le nom est sacrement" (J. Ratzinger, Ministero e vita del Sacerdote, in Elementi di Teologia fondamentale. Saggio su fede e ministero, Brescia 2005, p. 165). Le glissement terminologique du terme "sacerdoce" à ceux de "service, ministère, charge", est également le signe de cette conception différente. Ensuite, à la première, la conception ontologique-sacramentelle, est lié le primat de l'Eucharistie, dans le binôme "sacerdoce-sacrifice", alors qu'à la deuxième correspondrait le primat de la parole et du service de l'annonce.


A tout bien considérer, il ne s'agit pas de deux conceptions opposées, et la tension qui existe cependant entre elles doit être résolue de l'intérieur. Ainsi, le décret Presbyterorum ordinis du Concile Vatican II affirme: "En effet, l'annonce apostolique de l'Evangile convoque et rassemble le peuple de Dieu, afin que tous les membres de ce peuple... s'offrent eux-mêmes en "victime vivante, sainte, agréable à Dieu" (Rm 12, 1) et c'est précisément à travers le ministère des prêtres que le sacrifice spirituel des fidèles atteint à sa perfection dans l'union au sacrifice du Christ, unique Médiateur. En effet ce sacrifice est offert par les mains des prêtres au nom de toute l'Eglise dans l'Eucharistie "de manière non sanglante et sacramentelle, jusqu'à ce que vienne le Seigneur lui-même" (n. 2).


Nous nous demandons alors: "Que signifie précisément pour les prêtres évangéliser? En quoi consiste ce que l'on appelle le primat de l'annonce?". Jésus parle de l'annonce du Royaume de Dieu comme du véritable but de sa venue dans le monde et son annonce n'est pas seulement un "discours". Elle inclut dans le même temps son action elle-même: les signes et les miracles qu'il accomplit indiquent que le Royaume vient dans le monde comme réalité présente, qui coïncide en fin de compte avec sa propre personne. En ce sens, il faut rappeler que, dans le primat de l'annonce également, la parole et le signe sont inséparables. La prédication chrétienne ne proclame pas des "paroles", mais la Parole, et l'annonce coïncide avec la personne même du Christ, ontologiquement ouverte à la relation avec le Père et obéissant à sa volonté. Un service authentique à la Parole exige de la part du prêtre une profonde abnégation de soi, jusqu'à dire avec l'Apôtre: "ce n'est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi". Le prêtre ne peut pas se considérer comme "maître" de la parole, mais comme serviteur. Il n'est pas la parole mais, comme le proclamait Jean le Baptiste, dont nous célébrons précisément aujourd'hui la nativité, il est la "voix" de la Parole: "Voix de celui qui crie dans le désert: préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers" (Mc 1, 3).


Or, être "voix" de la Parole, ne constitue pas pour le prêtre un simple aspect fonctionnel. Au contraire, cela présuppose une substantielle "perte de soi" dans le Christ, en participant à son mystère de mort et de résurrection avec tout son moi: intelligence, liberté, volonté et offrande de son propre corps, comme sacrifice vivant (cf. Rm 12, 1-2). Seule la participation au sacrifice du Christ, à sa khènosi, rend l'annonce authentique! Tel est le chemin qu'il doit parcourir avec le Christ pour parvenir à dire au Père avec Lui: que s'accomplisse "non ce que je veux, mais ce que tu veux" (Mc 14, 36). L'annonce, alors, comporte toujours également le sacrifice de soi, condition pour que l'annonce soit authentique et efficace.


Alter Christus, le prêtre est profondément uni au Verbe du Père, qui en s'incarnant a pris la forme d'un serviteur, est devenu serviteur (Cf. Ph 2, 5-11). Le prêtre est le serviteur du Christ, au sens que son existence, configurée à Lui de manière ontologique, assume un caractère essentiellement relationnel: il est en Christ, pour le Christ et avec le Christ au service des hommes. Précisément parce qu'il appartient au Christ, le prêtre est radicalement au service des hommes: il est ministre de leur salut, de leur bonheur, de leur libération authentique, mûrissant, dans cette assomption progressive de la volonté du Christ, dans la prière, dans le "cœur à cœur" avec Lui. Telle est alors la condition inaliénable de toute annonce, qui comporte la participation à l'offrande sacramentelle de l'Eucharistie et la docile obéissance à l'Eglise.


Le saint curé d'Ars répétait souvent avec les larmes aux yeux: "Comme il est effrayant d'être prêtre!". Et il ajoutait: "Combien est triste un prêtre qui célèbre la Messe comme un fait ordinaire! Combien s'égare un prêtre qui n'a pas de vie intérieure!". Puisse l'Année sacerdotale conduire tous les prêtres à s'identifier totalement avec Jésus crucifié et ressuscité, pour que, à l'imitation de saint Jean Baptiste, ils soient prêts à "diminuer" pour qu'Il grandisse; pour qu'en suivant l'exemple du curé d'Ars, ils ressentent de manière constante et profonde la responsabilité de leur mission, qui est le signe et la présence de la miséricorde infinie de Dieu. Confions à la Vierge, Mère de l'Eglise, l'Année sacerdotale qui vient de commencer et tous les prêtres du monde.

Mercredi 24 juin 2009

© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana

Benoît XVI, Homélie pour l'ouverture de l'année sacerdotale

dominicanus #Année Sacerdotale

Chers frères et sœurs,


Dans l'antienne du Magnificat, nous chanterons d'ici peu:  "Le Seigneur nous a accueillis dans son cœur - Suscepit nos Dominus in sinum et cor suum". Dans l'Ancien Testament, il est question 26 fois du cœur de Dieu, considéré comme l'organe de sa volonté:  c'est par rapport au cœur de Dieu que l'homme est jugé. A cause de la douleur que son cœur éprouve pour les péchés de l'homme, Dieu décide le déluge, mais il s'émeut ensuite face à la faiblesse humaine et pardonne. Il y a ensuite un passage vétérotestamentaire dans lequel le thème du cœur de Dieu est exprimé de façon absolument claire:  c'est dans le chapitre 11 du livre du prophète Osée, où les premiers versets décrivent la dimension de l'amour avec lequel le Seigneur s'est adressé à Israël à l'aube de son histoire:  "Quand Israël était jeune, je l'aimais, et d'Egypte j'appelai mon fils" (v. 1). En vérité, à l'inlassable prédilection divine, Israël répond avec indifférence et même ingratitude. "Mais plus je les appelais - est obligé de constater le Seigneur - plus ils s'écartaient de moi" (v. 2). Toutefois, Il n'abandonne jamais Israël aux mains des ennemis, car "mon cœur - observe le Créateur de l'univers - en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent" (v. 8).


Le cœur de Dieu frémit de compassion! Aujourd'hui, en la solennité du Très Saint Cœur de Jésus, l'Eglise offre à notre contemplation ce mystère, le mystère du cœur d'un Dieu qui s'émeut et reverse tout son amour sur l'humanité. Un amour mystérieux, qui dans les textes du Nouveau Testament, nous est révélé comme une passion incommensurable de Dieu pour l'homme. Il ne se rend pas face à l'ingratitude et pas même devant le refus du peuple qu'il a choisi; au contraire, avec une infinie miséricorde, il envoie dans le monde son Fils unique afin qu'il prenne sur lui le destin de l'amour détruit; afin que, vainquant le pouvoir du mal et de la mort, il puisse rendre la dignité de fils aux êtres humains devenus esclaves par le péché. Tout cela a un prix élevé:  le Fils unique du Père s'immole sur la croix:  "Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin" (cf. Jn 13, 1). Le symbole de cet amour qui va au-delà de la mort est son côté transpercé par une lance. A cet égard, le témoin oculaire, l'apôtre Jean, affirme:  "L'un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l'eau" (cf. Jn 19, 34).


Chers frères et sœurs, merci car, répondant à mon invitation, vous êtes venus nombreux à cette célébration par laquelle nous entrons dans l'Année sacerdotale. Je salue Messieurs les cardinaux et les évêques, en particulier le cardinal-préfet et le secrétaire de la congrégation pour le clergé avec ses collaborateurs, et l'évêque d'Ars. Je salue les prêtres et les séminaristes des divers séminaires et collèges de Rome; les religieux et les religieuses, ainsi que tous les fidèles. J'adresse un salut spécial à Sa Béatitude Ignace Youssef Younan, patriarche d'Antioche des Syriens, venu à Rome pour me rencontrer et manifester publiquement l'"ecclesiastica communio" que je lui ai accordée.


Chers frères et sœurs, arrêtons-nous ensemble pour contempler le Cœur transpercé du Crucifié. Nous avons entendu à nouveau il y a peu, dans la brève lecture tirée de la Lettre de saint Paul aux Ephésiens, que "Dieu, riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ [...] avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus" (Ep 2, 4-6). Etre dans le Christ Jésus, c'est déjà être assis dans les Cieux. Dans le cœur de Jésus est exprimé le noyau essentiel du christianisme; dans le Christ nous a été révélée et donnée toute la nouveauté révolutionnaire de l'Evangile:  l'Amour qui nous sauve et nous fait vivre déjà dans l'éternité de Dieu. L'évangéliste Jean écrit:  "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle" (3, 16). Son cœur divin appelle alors notre cœur; il nous invite à sortir de nous-mêmes, à abandonner nos certitudes humaines pour placer notre confiance en Lui, et, suivant son exemple, à faire de nous-mêmes un don d'amour sans réserve.


S'il est vrai que l'invitation de Jésus à "demeurer dans son amour" (cf. Jn 15, 9) s'adresse à chaque baptisé, dans la fête du Sacré-Cœur de Jésus, Journée de sanctification sacerdotale, cette invitation retentit avec une plus grande force pour nous, prêtres, en particulier ce soir, début solennel de l'Année sacerdotale, que j'ai voulu proclamer à l'occasion du 150 anniversaire de la mort du saint curé d'Ars. Il me vient immédiatement à l'esprit une belle et émouvante affirmation, rapportée dans le Catéchisme de l'Eglise catholique où il est dit:  "Le sacerdoce est l'amour du Cœur de Jésus" (n. 1589). Comment ne pas rappeler avec émotion que c'est directement de ce Cœur qu'a jailli le don de notre ministère sacerdotal? Comment oublier que nous, prêtres, sommes consacrés pour servir, humblement et avec autorité, le sacerdoce commun des fidèles? Notre mission est une mission indispensable pour l'Eglise et pour le monde, qui demande une pleine fidélité au Christ et une union incessante avec Lui; c'est-à-dire que le fait de demeurer dans son amour exige que nous tendions constamment à la sainteté comme l'a fait saint Jean-Marie Vianney. Dans la Lettre qui vous a été adressée à l'occasion de cette année jubilaire particulière, chers frères prêtres, j'ai voulu mettre en lumière certains aspects caractéristiques de notre ministère, en faisant référence à l'exemple et à l'enseignement du saint curé d'Ars, modèle et protecteur de nous tous les prêtres, et en particulier des curés. Que ma lettre soit pour vous une aide et un encouragement à faire de cette année une occasion propice pour croître dans l'intimité de Jésus, qui compte sur nous, ses ministres, pour diffuser et consolider son Royaume, pour diffuser son amour, sa vérité. C'est pourquoi, "à l'exemple du saint curé d'Ars, - ainsi ai-je conclu ma Lettre - laissez-vous conquérir par Lui et vous serez vous aussi, dans le monde d'aujourd'hui, des messagers d'espérance, de réconciliation et de paix!".


Se laisser conquérir pleinement par le Christ! Tel a été le but de toute la vie de saint Paul, vers qui nous avons tourné notre attention au cours de l'Année paulinienne qui touche désormais à son terme; cela a été l'objectif de tout le ministère du saint curé d'Ars, que nous invoquerons particulièrement durant l'Année sacerdotale; que cela soit aussi l'objectif principal de chacun de nous. Pour être des ministres au service de l'Evangile, l'étude et une formation théologique et pastorale soignée et permanente sont assurément utiles et nécessaires, mais cette "science de l'amour" que l'on n'apprend que dans le "cœur à cœur" avec le Christ est encore plus nécessaire. En effet, c'est Lui qui nous appelle pour rompre le pain de son amour, pour remettre les péchés et pour guider le troupeau en son nom. C'est précisément pour cela que nous ne devons jamais nous éloigner de la source de l'Amour qui est son Cœur transpercé sur la croix.


Ce n'est qu'ainsi que nous serons en mesure de coopérer avec efficacité au mystérieux "dessein du Père" qui consiste à "faire du Christ le cœur du monde"! Un dessein qui se réalise dans l'histoire, à mesure que Jésus devient le Cœur des cœurs humains, en commençant par ceux qui sont appelés à être les plus proches de lui, précisément les prêtres. Les "promesses sacerdotales", que nous avons prononcées le jour de notre ordination et que nous renouvelons chaque année, le Jeudi saint, lors de la Messe chrismale, nous rappellent à cet engagement constant. Même nos carences, nos limites et nos faiblesses doivent nous reconduire au Cœur de Jésus. En effet, s'il est vrai que les pécheurs, en le contemplant, doivent apprendre de Lui la nécessaire "douleur des péchés" qui les reconduit au Père, cela vaut encore davantage pour les saints ministres. Comment oublier, à ce propos, que rien ne fait davantage souffrir l'Eglise, Corps du Christ, que les péchés de ses pasteurs, en particulier ceux qui se transforment en "voleurs de brebis" (Jn 10, 1sqq), ou parce qu'ils les égarent avec leurs doctrines privées, ou encore parce qu'ils les enserrent dans le filet du péché et de la mort? Pour nous aussi, chers prêtres, le rappel à la conversion et le recours à la divine miséricorde est valable, et nous devons également adresser avec humilité au Cœur de Jésus la demande pressante et incessante pour qu'il nous préserve du risque terrible de faire du mal à ceux que nous sommes tenus de sauver.


Il y a quelques instants, j'ai pu vénérer, dans la chapelle du Chœur, la relique du saint Curé d'Ars:  son cœur. Un cœur enflammé par l'amour divin, qui s'émouvait à la pensée de la dignité du prêtre et qui parlait aux fidèles avec des accents touchants et sublimes, affirmant que "après Dieu, le prêtre est tout! ... Lui-même ne se comprendra bien qu'au ciel" (cf. Lettre pour l'Année sacerdotale, p. 2). Chers frères, cultivons cette même émotion, que ce soit pour exercer notre ministère avec générosité et dévouement, ou pour conserver dans notre âme une véritable "crainte de Dieu":  la crainte de pouvoir priver de tant de bien, par notre négligence ou notre faute, les âmes qui nous sont confiées, ou de pouvoir - que Dieu nous en garde! - leur faire du mal. L'Eglise a besoin de prêtres saints; de ministres qui aident les fidèles à faire l'expérience de l'amour miséricordieux du Seigneur et qui en soient des témoins convaincus. Dans l'adoration eucharistique, qui suivra la célébration des vêpres, nous demanderons au Seigneur qu'il enflamme le cœur de chaque prêtre de cette "charité pastorale" capable d'assimiler son "moi" personnel à celui de Jésus Prêtre, de manière à pouvoir l'imiter dans l'offrande de soi la plus complète. Que la Vierge Marie nous obtienne cette grâce; Elle dont nous contemplerons demain avec une foi vive le Cœur Immaculé. Le saint curé d'Ars nourrissait à son égard une dévotion filiale, si bien qu'en 1836, en avance sur la proclamation du Dogme de l'Immaculée Conception, il avait déjà consacré sa paroisse à Marie "conçue sans péché". Et il garda l'habitude de renouveler souvent cette offrande de la paroisse à la Sainte Vierge, en enseignant aux fidèles qu'"il suffit de s'adresser à elle pour être exaucés", pour la simple raison qu'elle "désire surtout nous voir heureux". Que la Vierge Sainte, notre Mère, nous accompagne en l'Année sacerdotale que nous commençons aujourd'hui, afin que nous puissions être des guides solides et éclairés pour les fidèles que le Seigneur confie à nos soins pastoraux. Amen!

 

 

Vendredi 19 juin 2009

© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana

Nicolas Bux et Salvatore Vitiello - Prêtres ou « fonctionnaires » ?

dominicanus #Année Sacerdotale



Rome (Agence Fides) – En ce début de l’Année Sacerdotale qui a commencé le 19 juin à Saint-Pierre, le Pape Benoît XVI, avec l’affection pour la vérité et le calme qui lui sont propres, indique plusieurs « foyers » autour desquels doit se concentrer l’attention des prêtres et de la doctrine.

Les interventions qui présentent un intérêt particulier, et qu’il faudrait reprendre pour entrer dans l’esprit authentique de l’Année Sacerdotale (outre la Proclamation remontant à l’Allocution faite à la Plénière du Clergé, le 16 mars 2000) sont notamment la très belle Lettre aux Prêtres, émouvante par son esprit, par sa foi et par sa beauté, ainsi que par l’affection extraordinaire pour l’Eglise qui s’y manifeste, l’Homélie durant les Vêpres du 19 juin, et les deux Catéchèses lors des deux Audiences générales hebdomadaires du 24 juin et du 1° juillet.
En cette époque de l’année, pendant laquelle il sera possible à beaucoup de consacrer quelques jours au repos, il serait intéressant d’approfondir, au moins, la lecture de ces textes, pour comprendre ce à quoi nous sommes invités par le Successeur de Pierre, et où Son regard est tourné, de manière à pouvoir, nous aussi « regarder là où Il regarde ».

Pour aider notre lecture, deux points sont à souligner, qui sont d’une extraordinaire actualité et efficacité. La première concerne l’identification du Prêtre avec son propre ministère: en un temps où il semble devoir « succomber » à la « frénésie pastorale » qui touche souvent l’action des prêtres, il nous est proposé comme modèle Saint Jean-Marie Vianney, le Curé d’Ars, qui s’identifia totalement avec son propre ministère, en ne le vivant jamais comme une « soustraction » à soi-même, mais comme « l’autel du sacrifice de soi », c’est-à-dire le lieu de l’offrande de sa propre vie au Christ, dans une obéissance humble aux circonstances que le Seigneur lui-même permet pour notre sanctification. C’est la vie de l’homme nouveau qui, ayant tout abandonné pour la perle qu’il a trouvée, oublie le passé, tout tendu vers l’avenir, dans la joyeuse espérance, qui est une certitude, que le Seigneur réalisera ce qui fait partie de sa vie humaine, dans la mesure où la liberté adhérera totalement, et renouvellera le « oui » du premier instant. Toute la promesse de Dieu à l’homme, et toute la fécondité du ministère sacerdotal est en effet contenue dans le premier « oui » !

Le Magistère souligne aussi un autre point en ce début de l’Année Sacerdotale : c’est la correction que, de fait, le Saint-Père voudrait suggérer, à l’opposition « théologico-pastorale » entre sacerdoce compris au sens ontologique, et service interprété au sens de fonction. On retrouve de nombreuses fois, dans les différentes interventions pontificales, la terminologie classique de « configuration ontologique » au Christ. Il semble que nous entendons des vérités de foi trop souvent oubliées et négligées dans les récents traités sur les Sacrements, ou, comme cela se passe souvent, de traités sur l’Ecclésiologie ; comme si l’Ordre Sacré n’était pas un Sacrement, parmi les Sept, mais un « super-ministère » au sein d’une Eglise « toute ministérielle ». Si tout est grâce, rien n’est grâce, et si tout est « ministère », rien n’est ministère. La perspective ontologique, a rappelé le Pape Benoît XVI, n’exclut certainement pas celle du service, mais elle en indique objectivement la cause : le Prêtre est radicalement au service des hommes, parce qu’il est au service de Dieu, et c’est ce « changement ontologique » qui concerne donc l’être du ministre, qui garantit l’efficacité de son action, la fécondité de son ministère, et, donnée qui n’est pas indifférente, la réalisation humaine, si elle est accueillie avec docilité, acceptée en pleine connaissance de cause et, dans l’humilité de celui qui sait qu’il doit conserver un trésor qui lui a été confié, défendue avec fierté.

En cette période estivale, mettons-nous à l’écoute attentive du Magistère du Pape Benoît XVI, qui regarde loi, et qui nous invite, dans la simplicité, à regarder avec lui vers le Christ.

(Agence Fides, 23 juillet 2009)

Nicolas Bux et Salvatore Vitiello - L’Année Sacerdotale, entre identité et mission

dominicanus #Année Sacerdotale
Rome (Agence Fides) – Le 19 juin, Solennité du Sacré-Cœur de Jésus, le Pape Benoît XVI a inauguré, par les Vêpres dans la basilique Saint-Pierre, l’Année Sacerdotale. Une Année entière consacrée aux Prêtres, à leur sanctification, par la prière de tout le peuple de Dieu, appelé à redécouvrir la grandeur du don reçu du Seigneur, et indispensable à la constitution même de l’Eglise. Le lien entre Eucharistie et Eglise, et le lien entre Eucharistie et Sacerdoce, fondent le lien entre Sacerdoce et Eglise : là où il n’y a pas de prêtre validement ordonnés, il n’y a pas l’Eglise, mais de simples communautés ecclésiales, dont nous pouvons nous réjouir de leur existence, dans la mesure où elles conservent la mémoire du Seigneur et en attendent la venue, mais qui, de fait, n’en ont pas, et ne pourraient avoir, la Présence Sacramentelle, c’est-à-dire Réelle.


Le Saint-Père, dans sa charité de Pasteur Universel, a envoyé au clergé du monde entier unes très belle Lettre qui doit devenir l’objet d’une méditation attentive de la part de tous les Prêtres. C’est une Lettre dans laquelle transparaît un amour extraordinaire pour le Christ et pour l’Eglise, qui révèle une intimité avec le Mystère, qui devrait être propre à chaque cœur authentiquement sacerdotal.

L’occasion de la proclamation de l’Année Sacerdotale a été le 150° anniversaire de la mort de Saint Jean-Marie Vianney, le Curé d’Ars, Patron des Curés et qui, pendant cette Année, sera déclaré Patron de tous les Prêtres. C’est une figure, si elle est bien connue, qui reflète un sens moderne impensable : ayant vécu dans la France postrévolutionnaire et anticléricale, Curé d’un village rural « pauvre de foi », pauvre Lui aussi de moyens culturels et de « structures », et de « plans pastoraux », le Curé d’Ars sut littéralement transformer la réalité qui l’entourait, par sa propre prière, par son propre ministère fidèle, par sa propre offrande radicale au Christ.

La Lettre du Saint-Père montre la clef de la sainteté de Jean-Marie Vianney, et de chaque prêtre, dans le binôme « identité-mission ». En effet, chaque prêtre est appelé à cette identification au Christ qui garantit la fidélité et la fécondité de son témoignage. L’identification au Christ, qui a sa racine dans la donnée objective de la configuration ontologique et sacramentelle, reçue dans le Sacrement de l’Ordre, est aussi une parcours progressif de l’âme et de la « psyché » elle-même du prêtre. En faisant les gestes de Son Seigneur, en en répétant les Paroles, en croissant dans l’amour envers ses frères, en apprenant, jour après jour, à offrir au Père sa propre vie, en reconnaissant tout ce que le Seigneur réalise dans la réalité et dans les signes puissants qu’il y place, le Prêtre vit en réelle transparence du Mystère qui l’a « saisi » et dont il est devenu participant.

Alors, l’identité sacerdotale n’est plus seulement une donnée objective, à reconnaître sacramentellement, mais elle devient, progressivement, une évidence, pour le Peuple de Dieu qui reconnaît avec une intuition surnaturelle de tels prêtres, et pour le ministre lui-même qui affirme, dans la simplicité et dans la fidélité de sa propre existence : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20)

La lassitude de la mission dépend souvent de la faiblesse de l’identité sacerdotale : le juste refus du cléricalisme ne doit pas devenir une attitude de fléchissement, d’affaissement devant la sécularisation ; la juste promotion des laïcs ne doit pas diluer et diminuer le caractère indispensable et le caractère spécifique du ministère sacerdotal, sans lequel il n’y a pas d’Eucharistie, sans lequel il n’y a pas d’Eglise, et en conséquence, sans lequel il n’y a pas de mission.

(Agence Fides, 25 juin 2009)

Mgr Luciana Alimandi, L'année sacerdotale

dominicanus #Année Sacerdotale
Rome (Agence Fides) – L’Année Sacerdotale inaugurée par le Pape Benoît XVI est une grande occasion de grâce, surtout pour nous, prêtres, pour nous faire redécouvrir et approfondir la vocation de serviteurs du Seigneur : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jean 15, 16) : Jésus déclare clairement à ses premiers Apôtres – et ainsi aux apôtres de tous les temps – que l’appel sacerdotal provient de son Cœur, et que ce n’est pas une initiative des hommes, mais de Dieu.

 



La racine de toute vocation authentique est donc à rechercher uniquement en Lui : « Le Seigneur m’a appelé dès le ventre de ma mère, dès le sein il a prononcé mon nom » (Isaïe 49, 1). Nous le savons, le but principal pour lequel nous avons été appelés, nous pouvons le trouver toujours et seulement dans la Parole de Jésus. C’est Lui qui nous a appelés et c’est Lui qui nous a fait connaître clairement sa Volonté sur nous. Saint Paul synthétise en ces termes la Volonté de Dieu, ce qui vaut pour chaque chrétien, et, donc, à plus forte raison, pour chaque prêtre, qui doit être un pasteur pour les âmes qui lui sont confiées : « Et voici quelle est la volonté de Dieu, votre sanctification »’ (1 Thessaloniciens 4, 3)

Le prêtre ne devrait pas oublier que le but de son appel c’est précisément la sainteté. Comme pourrait-on, en effet, devenir des amis de Jésus sans en imiter les vertus, à commencer par les vertus centrales de son Cœur ? « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mathieu 11, 29). De nombreux passages de l’Evangile soulignent le désir ardent de Jésus que ses disciples désirent vivent la sainteté : « Vous donc, vous serez parfaits, comme votre Père Céleste est parfait » (Mathieu 5, 48). Si la raison la plus profonde de l’appel au Sacerdoce ne peut être que la sainteté, elle devient alors impérative pour chaque ministre sacré, la tension quotidienne vers la conversion de vie. La sainteté sacerdotale, en effet, comme toute sainteté de vie, il faut « se la gagner » jour après jour, même au milieu des nombreuses limites et des nombreuses fragilités humaines.

Le chemin de conversion ne doit jamais être interrompu, parce que, si cela se produisait, l’énergie spirituelle du prêtre diminuerait de manière dangereuse, jusqu’au péril de l’effondrement : c’est-à-dire quand manque la force d’aller de l’avant : « Aller de l’avant » veut dire avant tout ne jamais cesser de combattre son propre égoïsme, dans le sacrifice de son propre « moi » et des ses multiples intérêts qui mènent loin des intérêts de Dieu. L’Evangile, en effet, met comme condition essentielle pour « suivre » Jésus, précisément ce reniement : « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive » (Marc 8, 34). Le plus grand combat spirituel du prêtre consiste à s’oublier soi-même, pour ne rien faire passer avant Jésus. « Tu te préoccupes et tu t’agites pour de nombreuses choses, mais une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlevée » (Luc 10, 41-42). La seule chose nécessaire pour un prêtre, c’est Jésus. S’il désire vraiment l’imiter, jamais le Seigneur ne permettra qu’il reste sans Lui, qu’il se perde, qu’il perde le don précieux de la grâce.

Rien ne peut enlever à une âme l’intimité avec Jésus ! Seule l’âme peut le faire elle-même, si elle commence à négliger précisément la vie de communion avec Dieu, nourrie par les Sacrements et pas sa Parole méditée et vécue, accompagnée par une vie de prière et de charité. L’amitié avec Jésus est le but premier de l’appel au Sacerdoce, dont dépend tout le reste : « Vous, êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande… Je vous ai appelés amis, parce que tout ce que j’ai entendu du Père, je vous l’ai fait connaître » (Jean 15, 14 ss.). Si à la place des paroles de Jésus, nous mettons les nôtres, nous faisons passer nos intérêts humains avant ses intérêts divins ; si nous regardons fixement les buts qui ne sont pas inspirés par Lui mais par le monde, alors, on cesse d’être « des amis », et l’on devient des traîtres. Ce n’est pas le sacerdoce ministériel qui se dénature, mais le ministre qui perd sa « saveur » (cf. Mathieu 5, 13), ainsi que l’irradiation de cette « amitié extraordinaire avec Jésus que Jésus lui avait offerte en l’appelant à Lui, « pour qu’il demeure avec Lui » (Marc 3, 14). On peut dire alors que l’on apprend à devenir celui que l’on doit être, c’est-à-dire des prêtres, seulement en « restant avec Jésus ». « Demeurez dans mon amour » (Jean 15, 9), c’est ce que Jésus a demandé » à ses premiers apôtres, et c’est cela qu’il demande à tous les autres. « Demeurer » est un verbe qui nous renvoie au Mystère Eucharistique : Il demeure avec nous dans l’Eucharistie, afin que nous aussi nous demeurions avec Lui !

Notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI a fait de l’exhortation à l’amitié avec Jésus, un des points cardinaux de son Magistère. Il a rappelé de nombreuses fois aux prêtres que c’est, de l’intimité avec Dieu, que dépendait tout le reste. Sans une vie authentique de prière, sans une célébration digne de la Sainte Messe, et dans la l’Adoration de la très Sainte Eucharistie, il ne peut y avoir de sainteté sacerdotale et de véritable fécondité apostolique. C’est seulement si le sarment est uni à la vigne qu’il porte du fruit, sinon, il sèche (cf. Jean 15, 4 ss.). Le Pape Benoît XVII indique aux prêtres précisément la logique eucharistique comme modèle de pensée et de vie :

« Ce n'est que de l'union avec Jésus que vous pouvez tirer la fécondité spirituelle qui engendre l'espérance dans votre ministère pastoral. Saint Léon le grand rappelle que "notre participation au corps et au sang du Christ ne tend à rien d'autre qu'à devenir ce que nous recevons" (Sermo 12, De passione 3, 7, PL 54). Si cela est vrai pour tout chrétien, cela l'est à plus forte raison pour nous, prêtres. Devenir Eucharistie! Que cela soit précisément notre désir et notre engagement constant, afin que le don du corps et du sang du Seigneur que nous faisons sur l'autel, s'accompagne du sacrifice de notre existence. Chaque jour, nous puisons au Corps et au Sang du Seigneur l'amour libre et pur qui fait de nous de dignes ministres du Christ et des témoins de sa joie. C'est ce que les fidèles attendent du prêtre: c'est-à-dire l'exemple d'une authentique dévotion pour l'Eucharistie; ils aiment le voir passer de longs moments de silence et d'adoration devant Jésus comme le faisait le saint curé d'Ars, que nous rappellerons de façon particulière lors de l'Année sacerdotale, désormais imminente ». (Benoît XVI, homélie de la Messe de la Fête-Dieu, 11 juin 2009)

Qui, plus que la Vierge Marie, « Femme Eucharistique », et Mère des prêtres, peut nous enseigner cette logique eucharistique : se perdre soi-même pour Le recevoir : qui, mieux qu’Elle, peut nous aider à aller de l’avant sur le chemin de « l’expropriation » de nous-mêmes, afin que « le Christ vive en nous » (cf. Galates 2, 20) !

(Agence Fides, 24 juin 2009)

Le quatrième sacrement en cours de restauration. Le Curé d'Ars et Padre Pio y pourvoient

dominicanus #Année Sacerdotale
Devant leur confessionnal d'interminables files de pénitents faisaient la queue. Et Benoît XVI les propose comme modèles pour redonner vie au sacrement du pardon. Surprise: même le cardinal Martini est d'accord avec le pape. Au point de vouloir un Concile dans ce but


par Sandro Magister




ROME, le 22 juin 2009 – En ouvrant l'Année Sacerdotale qu’il a personnellement imaginée et voulue, Benoît XVI a dit que son but était de montrer "combien la sainteté des prêtres est importante pour la vie et la mission de l’Eglise".


 

Et il a proposé comme modèles de cette sainteté le Curé d'Ars et Padre Pio.

 

 



 

Il a évoqué le premier dans la lettre par laquelle il a ouvert l'Année Sacerdotale, vendredi 19 juin, fête du Sacré-Cœur de Jésus. Et il s’est rendu en pèlerinage là où a vécu le second, San Giovanni Rotondo, dimanche 21 juin.


 

Ces deux saints n’ont pas un profil à la mode. Nés paysans tous les deux, peu savants, l'un fut curé et l'autre moine franciscain dans deux villages perdus de la France du XIXe siècle et de l'Italie du XXe. Mais leur sainteté était si étincelante que des milliers de gens accouraient, parfois de très loin, pour leur demander le pardon de Dieu, formant d’interminables queues devant leur confessionnal (photo: Padre Pio).


 

La prière, l'eucharistie, le sacrement de pénitence étaient les trois lumières qui faisaient briller leur sainteté.


 

C’est surtout la troisième lumière qui est frappante, à notre époque où le sacrement de pénitence est très peu pratiqué, tombé en désuétude, en partie à cause de la négligence de nombreux prêtres.


 

En ouvrant l'Année Sacerdotale, Benoît XVI a particulièrement insisté sur la nécessité de redonner vie à ce sacrement.


 

***


 

Il l’a surtout fait dans ce passage de sa lettre d’inauguration de l'Année, cette dernière coïncidant avec le 150e anniversaire du "dies natalis" du saint Curé d'Ars, Jean-Marie Vianney :

 

"Les prêtres ne devraient jamais se résigner à voir les confessionnaux désertés ni se contenter de constater la désaffection des fidèles pour ce sacrement. Au temps du Saint Curé, en France, la confession n’était pas plus facile ni plus fréquente que de nos jours, compte tenu du fait que la tourmente de la Révolution avait étouffé pendant longtemps la pratique religieuse. Mais il s’est efforcé, de toutes les manières, par la prédication, en cherchant à persuader par ses conseils, de faire redécouvrir à ses paroissiens le sens et la beauté de la Pénitence sacramentelle, en montrant comment elle est une exigence intime de la Présence eucharistique.


 

"Il sut ainsi donner vie à un cercle vertueux. Par ses longues permanences à l’église, devant le tabernacle, il fit en sorte que les fidèles commencent à l’imiter, s’y rendant pour rendre visite à Jésus, et qu’ils soient en même temps sûrs d’y trouver leur curé, disponible pour l’écoute et le pardon. Par la suite, la foule croissante des pénitents qui venaient de la France entière, le retint au confessionnal jusqu’à 16 heures par jour.


 

"On disait alors qu’Ars était devenu 'le grand hôpital des âmes'. 'La grâce qu’il obtenait [pour la conversion des pécheurs] était si puissante qu’elle allait à leur recherche sans leur laisser un moment de répit', dit le premier biographe. C’est bien ce que pensait le Saint Curé quand il disait : 'Ce n’est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon; mais c’est Dieu lui-même qui court après le pécheur et qui le fait revenir à lui... Ce bon sauveur est si rempli d’amour pour nous qu’il nous cherche partout!'.


 

"Nous tous, prêtres, nous devrions réaliser que les paroles qu’il mettait dans la bouche du Christ nous concernent personnellement : 'Je chargerai mes ministres de leur annoncer que je suis toujours prêt à les recevoir, que ma miséricorde est infinie'. Du Saint Curé d’Ars, nous pouvons apprendre, nous prêtres, non seulement une inépuisable confiance dans le sacrement de la Pénitence au point de nous inciter à le remettre au centre de nos préoccupations pastorales, mais aussi une méthode pour le 'dialogue de salut' qui doit s’établir en lui.


 

"Le Curé d’Ars avait une manière différente de se comporter avec les divers pénitents. Celui qui s’approchait de son confessionnal attiré par un besoin intime et humble du pardon de Dieu, trouvait en lui l’encouragement à se plonger dans 'le torrent de la divine miséricorde' qui emporte tout dans son élan. Et si quelqu’un s’affligeait de sa faiblesse et de son inconstance, craignant les rechutes à venir, le Curé lui révélait le secret de Dieu par une expression d’une touchante beauté : 'Le bon Dieu sait toutes choses. D’avance, il sait qu’après vous être confessé, vous pécherez de nouveau et cependant il vous pardonne. Quel amour que celui de notre Dieu qui va jusqu’à oublier volontairement l’avenir pour nous pardonner!'.


 

"A celui qui, à l’inverse, s’accusait avec tiédeur et de manière presque indifférente, il offrait, par ses larmes, la preuve de la souffrance et de la gravité que causait cette attitude 'abominable' : 'Je pleure de ce que vous ne pleurez pas', disait-il. 'Encore, si le bon Dieu n’était si bon, mais il est si bon. Faut-il que l’homme soit barbare pour un si bon Père'.


 

"Il faisait naître le repentir dans le cœur des tièdes, en les obligeant à voir, de leurs propres yeux et presque 'incarnée' sur le visage du prêtre qui les confessait, la souffrance de Dieu devant les péchés. Par contre, si quelqu’un se présentait avec un désir déjà éveillé d’une vie spirituelle plus profonde et qu’il en était capable, il l’introduisait dans les profondeurs de l’amour, exposant l’indicible beauté que représente le fait de pouvoir vivre unis à Dieu et en sa présence: 'Tout sous les yeux de Dieu, tout avec Dieu, tout pour plaire à Dieu… Oh! Que c’est beau!'. A ceux-là, il enseignait à prier : 'Mon Dieu, faites-moi la grâce de vous aimer autant qu’il est possible que je vous aime'".


 

***

 



 

Benoît XVI a de nouveau demandé aux prêtres de se soucier du sacrement de pénitence dans ce passage de l’un de ses discours à San Giovanni Rotondo :


 

"Comme le Curé d’Ars, Padre Pio nous rappelle la dignité et la responsabilité du ministère sacerdotal. Qui n’a pas été frappé par la ferveur avec laquelle il revivait la Passion du Christ à chaque célébration eucharistique? L’amour pour l’Eucharistie faisait naître en lui comme chez le Curé d’Ars une totale disponibilité pour accueillir les fidèles, surtout les pécheurs.


 

"De plus, si saint Jean-Marie Vianney, à une époque tourmentée et difficile, a cherché par tous les moyens à faire redécouvrir à ses paroissiens le sens et la beauté de la pénitence sacramentelle, pour le saint moine du Gargano le soin des âmes et la conversion des pécheurs ont été un désir ardent qui l’a consumé jusqu’à sa mort. Combien de personnes ont changé de vie grâce à son patient ministère sacerdotal; combien de longues heures il a passées au confessionnal!


 

"Comme pour le Curé d’Ars, c’est vraiment son ministère de confesseur qui est le plus grand  titre de gloire et le signe distinctif de ce saint moine capucin. Alors comment ne pas ressentir combien c’est important de participer avec dévotion à la célébration eucharistique et de s’approcher souvent du sacrement de la Confession? En particulier, le sacrement de Pénitence doit être encore plus valorisé et les prêtres ne devraient jamais se résigner à voir leurs confessionnaux vides ni se borner à constater la désaffection des fidèles pour cette extraordinaire source de sérénité et de paix".


 

***


 

En rendant compte du début de l'Année Sacerdotale, les chroniques journalistiques n’ont presque pas mis en relief cette insistance du pape sur le sacrement de pénitence.


 

Elles ont plutôt mis en évidence le passage où Benoît XVI a déploré la mauvaise conduite de certains pasteurs de l’Eglise, "en particulier ceux qui se transforment en 'voleurs de brebis' (Jn 10, 1sq), ou parce qu'ils les égarent avec leurs doctrines privées, ou encore parce qu'ils les enserrent dans le filet du péché et de la mort".


 

Ou encore l'autre passage où le pape a dit que "pour nous aussi, prêtres, le rappel à la conversion et le recours à la Divine Miséricorde est valable, et nous devons également adresser avec humilité au Cœur de Jésus la demande pressante et incessante pour qu'il nous préserve du risque terrible de faire du mal à ceux que nous sommes tenus de sauver".


 

Mais il est évident que l'objectif numéro un de l'Année Sacerdotale lancée par Benoît XVI est précisément le soin renouvelé apporté à la confession sacramentelle.


 

Cet objectif est nettement à contre-courant de l’esprit de capitulation dont tant d’évêques et de prêtres font preuve face à l’abandon de ce sacrement.


 

Mais on remarquera que cet objectif est partagé par un haut dignitaire de l’Eglise qui, sur bien des points, est le moins en accord avec ce pontificat et le précédent : le cardinal Carlo Maria Martini.


 

C’est ce que montre l’interview qu’il a accordée à Eugenio Scalfari, parue dans "la Repubblica" du 18 juin 2009, veille du lancement de l'Année Sacerdotale.


 

Le cardinal Martini y rappelle sa classification personnelle bien connue des principaux problèmes de l’Eglise d’aujourd’hui, "par ordre d'importance" :


 

"Tout d’abord l'attitude de l’Eglise envers les divorcés, puis la nomination ou l’élection des évêques, le célibat des prêtres, le rôle des laïcs catholiques, les rapports entre la hiérarchie et la politique".


 

Il a aussi relancé son idée de convoquer d’urgence un nouveau concile dont le premier sujet devrait justement être "les rapports de l’Eglise avec les divorcés".


 

Avant d’ajouter tout de suite :


 

"Il y a aussi un autre sujet qu’un prochain concile devrait traiter : celui du parcours pénitentiel de la vie de chacun. La confession est un sacrement extrêmement important mais désormais exsangue. De moins en moins de gens y ont recours, mais surtout sa pratique est devenue presque mécanique : on confesse quelques péchés, on obtient le pardon, on récite quelques prières et tout se termine ainsi, sur rien ou presque rien. Il faut rendre à la confession une substance qui soit vraiment sacramentelle, un parcours de repentir et un programme de vie, une confrontation constante avec le confesseur, en un mot une direction spirituelle".


 

Que le cardinal Martini et le pape soient d’accord sur quelque chose, c’est déjà une nouvelle.


 

Mais ce qui l’est encore plus, c’est l'objet de l'accord : "rendre une substance" au plus négligé des sept sacrements. Cette "substance" que le saint Curé d'Ars et Padre Pio ont, plus que n’importe qui, fait briller pour des milliers de pénitents à la recherche de la miséricorde de Dieu.

 

 



D'autres textes concernant l'Année sacerdotale :


 

 

Un précédent article de www.chiesa sur ce sujet:

 

> Nouvelles tendances : le retour au confessionnal

 


 

 

L'interview accordée par le cardinal Carlo Maria Martini à "la Repubblica" du 18 juin 2009:

 

> Il cardinale Martini: "Un Concilio sul divorzio"

 


 

 

Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

Année sacerdotale - Entretien avec Son Excellence Monseigneur Mauro Piacenza

dominicanus #Année Sacerdotale




Entretien avec Son Excellence Monseigneur Mauro Piacenza

Secrétaire de la Congrégation pour le Clergé

 

Excellence, pourquoi le Pape Benoît XVI a-t-il voulu proclamer une Année Sacerdotale ?


            Le Saint-Père a particulièrement à coeur, et c'est naturel, la vie, la spiritualité, la sanctification et la Mission des Prêtres. Cette Plénière de la Congrégation pour le Clergé, lors de l'audience pendant laquelle a été annoncée l'Année Sacerdotale, avait comme titre : « L'identité missionnaire du prêtre dans l'Eglise, comme dimension intrinsèque de l'exercice des 'tria muner' ». Il est urgent et nécessaire, à notre époque, de rappeler avec fidélité chez les prêtres et dans le Peuple saint de Dieu, la beauté, l'importance, et le caractère indispensable du ministère sacerdotal, dans l'Eglise, pour le salut du monde.


            Une Année consacrée à approfondir et à redécouvrir ce qu'est le Sacerdoce Catholique, en développant les temps de prière pour les Prêtres et avec les Prêtres, ne peut que faire du bien à toute la mission de l'Eglise qui, précisément dans le ministère ordonné, voit exprimée une des « notes » essentielles, que nous proclamons toujours dans le Credo du Dimanche : l'Apostolicité.

 

 

L'Année Sacerdotale a été proclamée à l'occasion du 150° anniversaire de mort de Saint Jean-Marie Vianney. Quelle figure de prêtre était le Curé d'Ars ?


            Le Curé d'Ars était avant tout Prêtre de Jésus-Christ ; c'est réellement dans l'imitation du Christ Souverain Prêtre et dans la mission accomplie en son Nom que se révèle le charisme pastoral. C'est le Christ lui-même qui unifie le Saint, par la grâce baptismale et surtout par la grâce sacerdotale. Saint Jean-Marie Vianney est « totalement prêtre » dans chacun de ses choix et de ses gestes, dans tout son être, et il en pleinement conscient ! Cette union profonde lui permet d'accompagner le Seigneur au Jardin des Oliviers, dans la Passion, jusque sur la Croix. Il a conscience, comme prêtre, d'être un des instruments privilégiés (d'où le grand sens de responsabilité) pour mener le monde à Dieu.


            Disciple du Christ, il fut pleinement fils de l'Eglise, de laquelle il a reçu beaucoup et à laquelle il a tout donné, tout en en restant toujours un fils humble et obéissant, libre et exigeant.


            Les Vertus théologales caractérisent la vie du Saint d'Ars, qui resplendit par sa foi, vécue pleinement de manière héroïque ; une foi toujours mendiée et à la foi claire et enracinée au plus profond de tout son être et de sa vie. Il fut par excellence un homme d'espérance, les yeux fixés vers le Ciel, il eut l'Eternité comme horizon ultime. Enfin, il a eu une charité « débordante » pour le prochain, qu'il aimait par amour de Jésus, et par l'Amour de Jésus. A côté des trois grandes vertus, les conseils évangéliques eux aussi ont représenté un élément fondateur de la spiritualité du Curé d'Ars. Il les a vécus pleinement, et il en retiré sa force pour la mission. Sans être un religieux, ou membre de quelque Institut, il les a vécus de manière non seulement exemplaire, mais réellement héroïque ! Pauvreté, chasteté et obéissance, ont été les lumières de sa vie.

 

 

Quelle « image » de prêtre pour l'homme d'aujourd'hui, le Pape propose-t-il dans la célébration de cette Année ?


            L'image de toujours! Celle que l'Eglise et la doctrine authentique ont toujours proposée, et qui trouvent une synthèse splendide dans la figure évangélique du « Bon Pasteur ». Certes, notre temps, avec les différences importantes entre l'Occident laïcisé et relativiste, et d'autres parties du monde dans lesquels, en revanche, le sens du Sacré est toujours très fort, connaît plusieurs tentations qui, inévitablement, portent atteinte également au ministère sacerdotal et qu'il sera nécessaire, avec l'aide aussi de cette Année, de commencer à corriger. Je pense par exemple à la tentation de l'activisme, qui touche de nombreux prêtres qui, s'ils semblent parfois héroïques dans leur dévouement, mettent bien souvent en danger leur propre vocation et l'efficacité de leur apostolat, s'ils ne demeurent pas de manière stable dans ce rapport vital avec le Christ, qui se nourrit de silence, de prière, de la « Lectio Divina », et surtout, de la Sainte Messe quotidienne, de l'Adoration Eucharistique et du Rosaire. Le Saint-Père lui-même, a rappelé aux prêtres : « Aucun prêtre ne s'annonce soi-même ou ne s'apporte soi-même, mais, dans et par son humanité, chaque prêtre doit être bien conscient d'apporter un Autre, Dieu lui-même, au monde. Dieu est la seule richesse que, en définitive, les hommes désirent trouver chez un prêtre (Benoît XVI, 16 mars 2009)

 

 

Comment sera vécue cette Année Sacerdotale ?


            L'Année Sacerdotale, comme l'a voulue le Saint-Père, ne sera pas une année « réservée aux Prêtres », mais à toute l'Eglise, à chacun de ceux qui la composent ; elle sera appelée à redécouvrir, à la lumière de la tension missionnaire qui lui est propre, la grandeur du don que le Seigneur a voulu Lui laisser avec le ministère sacerdotal !


            C'est dans cette direction que va également le titre très bien choisi par le Saint-Père pour cette Année : « Fidélité du Christ, fidélité du Prêtre », pour indiquer la primauté absolue de la grâce, comme le rappelle la Première Lettre de Jean : « Quant à nous, aimons, puisque Lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4, 19), et, dans le même temps, l'adhésion indispensable du cœur à la liberté aimante, en nous souvenant que, le nom de l'amour, dans le temps, est : « fidélité ! ».


            Il s'agit d'un événement non spectaculaire mais que l'on voudrait qu'il soit vécu surtout comme renouveau intérieur, dans la redécouverte de sa propre identité, de la fraternité dans son propre presbyterium, du rapport avec son propre Evêque.

 

 

Quels fruits l'Année Sacerdotale pourra-t-elle offrir à l'Eglise?


            Ceux que Dieu voudra! Certainement, l'Année Sacerdotale représente une occasion importante pour regarder encore et toujours avec une stupeur reconnaissante l'œuvre du Seigneur qui, « la nuit où il fut livré » (1 Corinthiens 11, 23), a voulu instituer le Sacerdoce Ministériel, en le liant de manière inséparable à l'Eucharistie, sommet et source de vie pour toute l'Eglise.


            Elle sera alors une Année qui permettra de redécouvrir la beauté et l'importance du Sacerdoce et de chaque prêtre, en sensibilisant sur ce point tout le Peuple saint de Dieu : les consacrés et les consacrées, les familles chrétiennes, les malades, et surtout, les jeunes, si sensibles aux grand idéaux, vécus avec un élan authentique et une fidélité constante. Dans son discours de proclamation de cette Année, le Saint-Père le rappelait : « Il est urgent aussi de retrouver cette conscience qui pousse les prêtres à être présents, identifiables et reconnaissables par leur jugement de foi, par leurs vertus personnelles, mais aussi par l'habit, dans les milieux de la culture et de la charité, qui est depuis toujours au cœur de la Mission de l'Eglise ». L'Année Sacerdotale voudrait aussi maintenir et implorer du Saint-Esprit ses fruits de présence visible !

(www.fides.org)

Année Sacerdotale - Entretien avec Monseigneur Massimo Camisasca

dominicanus #Année Sacerdotale




Entretien avec Monseigneur Massimo Camisasca

Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale

des Missionnaires de Saint Charles Borromée

 

Monseigneur Camisasca, vous êtes Supérieur d'une Fraternité de prêtres missionnaires. Comme tel, vous vivez à Rome et vous y habitez. Ce n'est donc pas un endroit « missionnaire ». Que signifie donc pour vous être missionnaire ?


            La Mission n'est jamais définie par le lieu où l'on vit ; on n'est pas missionnaires seulement si l'on va en Afrique ou en Chine. On peut l'être aussi en restant à Rome ou à Bologne. Loin d'être définie par une distance géographique, la Mission chrétienne est, en définitive, une position de notre être.


            Ma mission aujourd'hui me pousse avant tout au rapport avec les prêtres que Dieu m'a confiés : à ressentir leur vie comme partie de ma propre vie. Je désire les rencontrer, les écouter, leur parler, leur consacrer mon temps et mes énergies, chercher à exprimer toute mon expérience de soixante ans de vie, et en particulier l'expérience de ces trente années de ma maturité, comme indication de route, comme aide pour leur chemin. Ma mission est aussi d'écouter les personnes qui viennent me trouver, en me posant leurs questions, en me parlant de leurs drames, parfois même aussi de leurs tragédies. Il me vient à l'esprit, à ce propos, l'expression par laquelle Jésus définit sa mission, une expression que je voudrais que tout ressentent dans tout ce qu'elle a de concret : « je suis venu pour les malades ».


            C'est ce qui a permis que, durant ces trente années, je voyage autant, je ressente le besoin d'écrire, de téléphoner, de prendre sur moi le poids des maisons « c'est ainsi que sont appelées les « Mission » dans le monde de la Fraternité San Carlo, ndlr.) qui me cherchaient au fur et à mesure qu'elles naissaient. Tout cela n'a pas dépendu d'un don particulier que j'aurais. La mission utilise nos talents, mais elle ne naît pas des dons que nous avons.



De quoi la mission naît-elle?


            Ma mission envers les hommes a été rendue possible par l'accueil de la mission que Dieu accomplit en moi. Le fait pour moi d'aller vers les hommes (ce qui comportait indubitablement y aller aussi par un déplacement physique, vers leurs personnes, vers leurs expériences, vers leurs attentes), a été rendu possible par le fait de Dieu qui est venu vers moi ; cela a été une continuation du chemin que Dieu a fait vers moi, pour autant qu'il soit possible à l'homme de continuer et de prendre le pas de Dieu. Pour cela, il n'y a pas, dans l'histoire, d'événement plus éclairant que l'Annonciation. En ce moment précis du temps, Dieu a marché depuis son monde sans limites et infini jusqu'à la petite pièce de Nazareth, et, depuis lors, il n'a jamais cessé de marcher vers les hommes et à travers les hommes. Ce n'est pas un hasard si Marie, après l'annonce de l'Ange, a ressenti l'urgence d'aller trouver Elizabeth. Le mouvement de Dieu vers nous, quand il est accueilli de manière authentique, engendre l'exigence d'aller vers les hommes, pour apporter l'initiative qui nous a rejoints, et ouvrir les voies qui mènent à Dieu. Il ne peut y avoir d'autre fondement de la mission dans le Christianisme et dans l'Eglise. Toute autre vision de la mission en fausse les raisons, et la fait dégénérer en une action sociale, en un activisme, ou en un protagonisme humain.


            La partie finale de l'Evangile de Jean insiste sur ce thème de l'habitation de Dieu : « Je viendrai à vous ». Jésus réalisait en ce moment-là le dernier pas de sa descente vers nous, qui était aussi le premier de son ascension : la mort en Croix. Dieu descend en nous pour pouvoir, par nous et à travers nous, aller vers les hommes.



Quels sont les moments qui décrivent le lieux, à votre avis, la rencontre entre le mouvement de Dieu qui nous rejoint et notre mouvement vers les hommes ?


            Le premier point de rencontre entre le mouvement de Dieu vers l'homme, et celui de l'homme qui devient missionnaire et apôtre, est l'écoute de Dieu. C'est là la position fondamentale que nous apprenons de Marie. L'écoute de Dieu contient une dimension de passivité, qui n'est autre que la disponibilité à nous laisser conduire. Mais l'écoute est aussi activité : tout mon être se mobilise pour accueillir Celui qui vient. Si nous relisons le chapitre de l'Evangile de Saint Luc qui raconte l'Annonciation, nous trouverons toutes ces indications.


Le premier moment de la mission vers les hommes est l'écoute de l'autre, mais cela est rendu possible dans la mesure où j'écoute et où j'accueille Dieu. Ecouter Dieu n'est pas en soi une pure passivité ni une évasion spirituelle. Cela ne veut pas dire se renfermer dans sa propre petite chambre en silence pour écouter ce que Dieu veut me dire. C'est là seulement un moment de l'écoute.


            L'écoute est beaucoup plus que cela : c'est une position permanente de la vie, c'est une demande de la manifestation de Dieu au sein de ce qui se passe. La demande « Viens, Seigneur Jésus » par laquelle se termine toute la Révélation, est la demande révélatrice de toute la position de notre être, dans lequel se trouve la signification de tout notre ministère. « Nous annonçons ta Mort, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue ». Sans la demande de sa venue à l'intérieur et à travers les choses que je fais, il n'y a pas de position vraie du cœur. L'élan original de la mission est la demande de la manifestation du Christ au sein de ce que je vis. Ainsi, l'écoute de Dieu creuse en moi un espace qui rend possible l'écoute de l'homme. Il ne s'agit pas d'une formule, mais d'une chose très concrète : écouter vraiment les hommes n'est pas facile, et parfois même, c'est pesant, et cela demande de nombreuses énergies, surtout quand cela veut dire se charger de ce qu'ils demandent. Ecouter, ne veut pas dire simplement entendre avec les oreilles, mais entrer dans un processus qui te creuse lentement. C'est seulement dans l'espace de l'écoute de Dieu que l'on peut commencer à apprendre comment écouter les hommes. Ecouter Dieu veut dire aussi se mettre sur la longueur d'onde de la plus grande proximité et du plus grand éloignement.


            Essayons de nous identifier un peu plus avec l'expérience de Marie. Pour elle, certainement, habituée à l'école de l'Ecriture, à la méditation, à la rumination continue de l'Ancien testament, l'écoute était une position normale, quotidienne. Un jour, arrive l'ange du Seigneur qui lui dit : « Tu seras la Mère de Celui qui est attendu, le Messie, auquel tu donneras le nom de Jésus parce qu'il est le Sauveur ». Elle répond alors : « Comment cela est-il possible ? Joseph et moi nous avons décidé de ne pas avoir de rapports, d'être ce point nouveau de tout Israël, qu'est la virginité ». « Peu importe » rétorque l'Ange. Puis, les mois passent, et elle sent croître en elle cet enfant, petit à petit, comme n'importe quelle mère. Et alors, les gens commencent à se moquer d'elle, à la considérer comme une « sainte nitouche » profanée, alors que, en elle, grandit la préoccupation de ce qu'elle va dire à Joseph, à sa Maman, à son Papa, à ses amies. Vous comprenez à présent quel aspect physique avait, pour cette femme, le caractère autre de Dieu ? Marie a été l'écolière du Très-Haut, elle a perçu dans son sang que, pour devenir des familiers de Dieu, il fallait passer par la solitude de l'extrême distance

 

 

Le deuxième moment?


            Il ne suffit pas d'écouter Dieu, il faut entrer dans son action. Si nous lisons les Evangiles, nous notons que Jésus répète continuellement la parole « faire ». Il ne s'agit pas de l'exaltation de l'activisme, mais bien de souligner qu'il ne suffit pas à l'homme d'écouter Dieu : il faut se laisser embarquer dans son action. « Ce n'est pas celui qui dit Seigneur, mais celui qui fait la volonté de mon Père ». Le « faire » du Christ indique l'entrée de tout notre être dans la personne du Père.


            Ce mouvement du Christ nous rejoint aujourd'hui par la logique sacramentelle de l'existence, qui n'est autre qu'entrer de tout notre être dans la personne du Père. Comment est possible cette renaissance ? Grâce aux Sacrements, et en particulier au Baptême. Le Baptême nous permet d'entrer dans l'action du Père tout en demeurant sur la terre, tout en faisant les choses comme tous les autres. L'Eucharistie réalise le Baptême jour après jour. L'Eucharistie est le Baptême quotidien, parce qu'elle réalise jour après jour l'œuvre du Baptême. Je pense à ce qui arrive au grain de raisin : tous les grains de raison de la terre ne deviennent pas Sang du Christ, de même que tous les épis de grain ne deviennent pas tous Corps du Christ. Seule une quantité infinitésimale par rapport au tout, est choisie. Et pourtant, par ces grains de blé et ces épis, la création tout entière fait partie de la réalité du Père, c'est-à-dire qu'elle est sanctifiée. C'est là la chose fondamentale que je voudrais souligner : il ne faut jamais percevoir une distance entre les choses et les Sacrements, entre les présences dans le vie et les Sacrements. Nous ouvrir à l'action de Dieu représente la condition pour découvrir l'action de Dieu dans les autres, chez les autres, pour être l'intermédiaire de l'action de Dieu dans les autres. Par l'Eucharistie, Dieu nous rend participants de toute sa création renouvelée, et ainsi, il nous fait travailler d'une manière différente, penser d'une manière différente, lire les choses d'une manière différente. De la même manière, par la provocation qui nous vient des choses, des événements, des personnes, Dieu nous fait entrer profondément dans le mystère de son Corps.


            La troisième voie que je veux indiquer est analogue à la deuxième. Pour parler aux autres, nous devons recevoir de Dieu son enseignement sur la vie. Nous ne pouvons pas parler, enseigner et annoncer le Christ aux hommes si nous ne sommes pas éclairés par Dieu. Tel est le sens de la méditation de la Sainte Ecriture. Par la Sainte Ecriture, nous recevons la vie même du Christ. La Sainte Ecriture n'est pas simplement un texte. C'est un texte qui naît comme témoignage vivant de la communauté qui l'a créé. Et ainsi, pour entrer dans ce texte, il faut écouter l'Esprit qui parle par l'Eglise. Il y a une continuité, une ligne circulaire, entre la sainte Ecriture et ce que je vis dans la communauté : sans la participation à la vie vivante de l'Eglise, il n'est pas possible de comprendre l'Ecriture. De la même manière, sans la méditation continue de l'Ecriture, la vie s'aplatit, perd son intelligence, reste inanimée.



Enfin, le quatrième moment...


            L'Esprit veut créer une chose nouvelle par notre mission. Dieu le dit clairement à Isaïe : « Je crée une chose nouvelle, vous ne vous en apercevez pas ? ». Il est toujours nouveau. Il rend toujours nouveau tout ce qu'il touche, par qu'Il est nouveau. Sa nouveauté consiste dans le fait qu'il est présent de manière permanente ; il n'est jamais ni pleinement passé ni pleinement futur. Cela veut dire qu'il n'est pas possible d'être missionnaires si nous ne sommes pas disponibles à être portés toujours vers des horizons nouveaux, vers de nouvelles créations. Il faut que notre disponibilité ne soit pas seulement un rêve romantique, comme lorsque, le premier jour de notre séminaire, nous pensions « j'irai en Afrique ou en Asie... ». Le rêve romantique ne doit pas laisser la place au scepticisme désertique, mais il doit laisser la place à une disponibilité réelle, c'est-à-dire courageuse, confiante, appuyée sur la fidélité de Dieu.


            Dieu est mystère parce qu'il est toujours nouveau. Tout cela exige une mobilisation continue de notre esprit, parce que Dieu est toujours avant nous, et il ne permet pas que nous nous enfermions dans l'expérience du passé, comme l'a fait Magdeleine, qui voulait que Jésus, après la Résurrection soit celui qu'elle avait connu auparavant. Jésus, en effet, lui répond : « Je dois aller à mon Père, je ne suis plus celui d'avant. Je ne puis m'enfermer dans les catégories par lesquelles tu m'as connu. Je ne veux pas te dire que ce que tu as connu de moi n'est pas vrai, mais seulement que, maintenant c'est une chose nouvelle. Tu dois t'ouvrir à une considération nouvelle de moi ».


            Cette invitation de Jésus exige de nous une élasticité de l'esprit, une simplicité, une pauvreté, celle qu'il appelle « être des enfants », sans quoi on n'entre pas au Royaume de Dieu. L'enfant, en effet, est tout dans le présent, et si on lui propose une chose nouvelle qui l'attire, il est tout entier dans ce nouveau présent. Il s'agit de la disponibilité à suivre l'insaisissable, l'incompréhensible. Le verbe latin « comprehendo » peut être traduit comme « saisir ». Pour cela, la célèbre phrase de Saint Augustin « Si comprehendis, non est Deux » peut être comprise comme cela : « Si tu penses l'avoir saisi, ce n'est pas Dieu que tu étreins dans tes bras ». Celui qui a accepté d'être enfermé dans le sein d'une femme, n'accepte pas d'être enfermé dans nos limites conceptuelles.

 

(www.fides.org)

Année Sacerdotale - Les prêtres dans le monde: tableaux des statistiques

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Annuaire des Statistiques de l'Eglise, mis à jour au 31 décembre 2007


Continents

Total des Prêtres

Prêtres Diocésains

Prêtres Religieux

Afrique

34.658

23.154

11.504

Amérique

121.495

79.654

41.841

Asie

52.802

30.991

21.811

Europe

194.393

135.971

58.422

Océanie

4.676

2.661

2.015

Total

408.024

272.431

135.593



Continents

Habitants par prêtre

Catholiques par prêtre

Afrique

27.230

4.759

Amérique

7.469

4.680

Asie

50.432

2.290

Europe

3.636

1.457

Océanie

7.312

1.931

Total

12.879

2.810


Les Indulgences accordées à l'occasion de l'Année Sacerdotale

dominicanus #Année Sacerdotale




            Pendant l'Année Sacerdotale qui commencera le 19 juin 2009 et se terminera le 19 juin 2010, il est accordé le don des Indulgences, selon ce qui est précisé dans le Décret suivant de la Pénitencerie Apostolique, publié le 12 mai 2009 :


D E C R E T


            « Des exercices particuliers de piété s'enrichissent du don des Indulgences, à condition qu'ils aient lieu durant l'Année Sacerdotale proclamée en l'honneur de Saint Jean-Marie Vianney.


            « Le jour est imminent où l'on commémorera les 150 ans de la naissance au Ciel de Saint Jean-Marie Vianney, Curé d'Ars qui, ici-bas sur la terre, a été un modèle admirable de vrai Pasteur au service du troupeau du Christ.


            « Parce que son exemple est apte à inciter les fidèles, et principalement les prêtres, à imiter ses vertus, le Souverain Pontife, le Pape Benoît XVI a établi que, pour cette occasion, du 19 juin 2009 au 19 juin 2010, on célèbre dans toute l'Eglise une Année Sacerdotale Spéciale, durant laquelle les prêtres pourront se renforcer toujours plus dans leur fidélité au Christ, par des pieuses méditations, des exercices sacrés, et d'autres œuvres opportunes.


 « Cette année s'ouvrira à la solennité du Sacré Cœur par un Journée de sanctification sacerdotale. Le Pape présidera les Vêpres devant les reliques du saint apportées à Rome par l'Evêque de Belley-Ars. L'année jubilaire se conclura Place-Saint-Pierre en présence de prêtres du monde entier qui renouvelleront leur fidélité au Christ et leur lien de fraternité". Voici les modalités d'obtention des indulgences:


A)        « Aux prêtres, repentis de tout cœur, qui prient un jour aux laudes ou vêpres devant le Saint Sacrement exposé à l'adoration publique ou dans le tabernacle et qui se proposent...à la célébration des sacrements surtout de la confession, sera accordée l'indulgence plénière applicable à leurs frères dans le sacerdoce défunts comme suffrage, si, en conformité avec les dispositions en vigueur, ils se confessent, communient et prient aux intentions du Saint-Père. Une indulgence partielle sera aussi accordée aux frères dans le sacerdoce défunts, chaque fois qu'ils réciteront les prières appropriées qui mènent à une vie sainte et qu'ils accomplissent les offices qui leur ont été confiés ».


B)        « Aux fidèles repentis de tout cœur et qui, dans un église ou un oratoire assistent à la messe et prient pour les prêtres de l'Eglise Jésus-Christ, prêtre souverain et éternel, et qui accompliront ce même jour une bonne œuvre, sera accordée l'indulgence plénière, toujours s'ils se sont confessés

et qu'ils prient aux intentions du Saint-Père les jours d'ouverture et de clôture de cette année sacerdotale, le jour du 150 anniversaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney, les premiers jeudis du mois ou de quelque autre jour établi par les Ordinaires des lieux pour l'utilité des fidèles ».


« Les personnes âgées, les malades et tous ceux qui, pour des motifs légitimes, ne peuvent sortir de chez eux, pourront obtenir l'indulgence plénière s'ils gardent une âme éloignée du péché et s'ils accomplissement les trois conditions nécessaires dès qu'il leur sera possible, et si aux jours indiqués, ils prient pour la sanctification des prêtres et offrent à Dieu par l'intercession de Marie, Reine des Apôtres, leurs infirmités et leurs souffrances ».

« De même, l'indulgence partielle sera accordée à tous les fidèles chaque fois qu'ils réciteront cinq Notre Père, Je vous salue Marie et Gloria, et d'autres prières approuvées "en l'honneur du Sacré Cœur, pour que les prêtres restent purs et saints de vie ».


            « Le présent Décret est valable pendant toute la durée de l'Année Sacerdotale, nonobstant toute autre disposition contraire.


            « Donné à Rome, au siège de la Pénitencerie Apostolique, le 25 avril, en la fête de Saint Marc Evangéliste, Année 2009 de l'Incarnation du Seigneur.


James Francis Card. Stafford, Grand Pénitencier

† Gianfranco Girotti, O. F. M. Conv., Evêque Titulaire. di Meta, Régent »

(www.fides.org)


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