C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Crédit peintures: B. Lopez
"Celui-ci est mon Fils, celui que jai choisi, écoutez-le". Que cet appel du Ciel ne reste pas sans réponse.
Ce passage nous montre bien "la pédagogie de la faim", de la pauvreté, mise en oeuvre par le Seigneur: apprendre à son peuple à garder "ses commandements", en l'invitant à se nourrir davantage "de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur".
Avant de devenir archevêque de Cantorbéry et de jouer un rôle majeur dans l’histoire de l’Angleterre, Étienne Langton (vers 1150-1228) a été l’un des maîtres les plus importants des écoles parisiennes. Le fruit de son enseignement est notamment un commentaire de toute la Bible. Son exégèse de l’Exode contient un texte qui rappelle que, la Parole divine s’adressant à toutes les générations, chacun est invité à y rechercher une réponse à ses propres interrogations:
Voilà pour le désert. Sur la montagne, c'est le même thème qui revient, quand, "de la nuée, une voix se fit entendre: Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi, écoutez-le". Ici encore, la nourriture que Dieu lui-même a choisie pour nous, la nourriture "de choix" donc, c'est tout ce qui vient de sa bouche. Mais la bouche de Dieu, ce n'est plus ici un anthropomorphisme, une simple manière de parler; c'est la bouche du Verbe fait chair. Écouter tout ce qui sort de cette bouche-là, et s'en nourrir, c'est donc non seulement un "bouche à oreille", c'est littéralement un "bouche-à-bouche" avec le Seigneur qui nous permet d'être réanimé et de prendre des forces pour le suivre sur le chemin de la volonté du Père, sur la route vers Jérusalem, pour nous livrer nous-mêmes avec lui en pâture aux hommes, pour devenir nous-mêmes une nourriture substantielle pour tous ceux qui meurent de faim.

Il s'agit donc de chercher une réalité qui ne saute pas aux yeux. Manger la Parole de Dieu qu'est le Christ, ce n'est pas de la restauration rapide! C'est au contraire une entreprise laborieuse qui nécessite une longue recherche d'une réalité cachée.
Origène lui non plus ne nie pas la complexité de l’entreprise. Il dit que c’est un problème de clés. Celles-ci sont à chercher dans toute l’Écriture:
Le protestantisme, dans certains de ses mouvements, a parfois tendance à prendre l’Écriture pour un "morceau de Dieu", tombé du ciel, comme le Coran pour les musulmans. Le récit fondateur des Mormons, par exemple, raconte que John Smith aurait découvert sous un rocher, grâce aux indications d’un ange, des plaques en or où était gravée la parole de Dieu adressée aux pionniers d’Amérique.
Ce n'est pas comme cela que Dieu nous parle. Quand on étudie la formation du canon biblique, on est amené sans cesse à saisir le poids des médiations humaines dans la constitution des Écritures. Si Dieu nous parle, c'est toujours dans un Peuple, avec son histoire et toutes ses péripéties, avec toutes les médiations humaines que cela suppose. Impossible donc d'interpréter correctement la Bible, sinon dans un Peuple, puisque sans ce Peuple, il n'y aurait jamais eu de Bible. Même s'il y en avait eu une, elle serait tombée dans l'oubli général depuis bien longtemps.
C'est à l'intérieur d'un Peuple, l'Église, que le Christ nous parle et que nous devons l'écouter. C'est aussi en Église que le Christ nous appelle à devenir médiateur dans l'unique médiateur, "collaborateur de Dieu dans la prédication de l’Évangile" (1 Th 3, 2).
Enfin, dans une perspective oecuménique, Benoît XVI faisait remarquer:
"Celui-ci est mon Fils, celui que jai choisi, écoutez-le". Que cet appel du Ciel ne reste pas sans réponse. Que sans tarder nous nous mettions, en Église, tous ensemble, à chercher le trésor caché dans la Bible, et les bonnes clés pour le trouver.