Le 6 janvier, l'Église célèbre la solennité de l'Épiphanie, terme qui dérive du grec ἐπιφάνεια (epipháneia), qui signifie « manifestation » ou « révélation ». Cette fête ne se limite pas à la visite des mages, mais embrasse une signification théologique beaucoup plus profonde, que les Pères de l'Église et les théologiens médiévaux ont exploré avec une grande attention. Ils voyaient dans l'Épiphanie le moment où le Christ se révèle non seulement au peuple d'Israël, mais à tous les peuples de la terre, représentés par les Mages.
Les Pères de l'Église : La Lumière qui se révèle au peuple
Les Pères de l'Église ont vu dans l'événement de l'Épiphanie son universalité et sa signification christologique.
- Origène (c. 185-c. 254), dans son « Commentaire sur l'Évangile de Matthieu », fut l'un des premiers à donner une interprétation allégorique des dons des Mages, en leur attribuant une signification christologique et théologique. Dans ses œuvres, en particulier dans le Commentaire sur l'Évangile de Matthieu et dans le Contra Celsum, Origène a exploré la signification symbolique de chaque élément du récit des Mages, fournissant une base à une grande partie de la réflexion patristique ultérieure. La signification de l’étoile : Origène affirmait que l’étoile n’était pas un phénomène naturel ou une simple comète. Il y voyait plutôt un signe divin, une nouvelle étoile créée par Dieu spécifiquement pour guider les mages. Pour lui, l'étoile était un symbole de la Parole de Dieu qui, comme une lumière, guide les hommes de toutes les nations vers la reconnaissance et la rencontre du Christ. Les Mages et les Nations : Origène interprétait les Mages comme les représentants des peuples païens (les Gentils) qui, guidés par la grâce divine, en viennent à reconnaître la royauté du Christ. Leur voyage depuis l’Orient symbolise l’appel universel au salut, qui ne se limite plus au seul peuple d’Israël. L'allégorie des dons : C'est Origène qui a donné l'une des premières et des plus influentes interprétations allégoriques des trois dons. Ils représentent l'identité trinitaire du Christ : Or : offert au Christ en tant que Roi. Encens : Offert au Christ comme Dieu. Myrrhe : Offerte au Christ comme Homme mortel, en vue de sa Passion et de sa Mort, utilisée pour l'onction des corps.
- Saint Ambroise de Milan (339-397), dans son « Exposé de l'Évangile selon Luc », relie l'Épiphanie à trois autres événements significatifs de la vie de Jésus : le baptême dans le Jourdain, les noces de Cana et, bien sûr, la visite des Mages. Pour Ambroise, ces trois moments représentent différentes formes de « manifestation » du Christ comme Fils de Dieu. - -
- Saint Augustin d'Hippone (354-430), dans ses « Homélies de l'Épiphanie », affirme que les Mages symbolisent les peuples païens qui, guidés par la foi et non par la Loi, sont venus adorer le roi d'Israël. Pour Augustin, l'étoile est la grâce divine qui éclaire ceux qui sont loin, et leur voyage représente le pèlerinage de l'homme à la recherche de Dieu.
- Saint Jean Chrysostome (347-407), dans ses « Homélies sur l'Évangile de Matthieu », souligne le caractère miraculeux de l'étoile, considérée non pas comme un simple phénomène astronomique, mais comme un signe divin. Il souligne la sagesse et la foi des mages qui, contrairement à Hérode, reconnurent la signification du signe et se mirent à adorer le Sauveur.
- Saint Léon le Grand (vers 400-461), dans ses « Discours sur l'Épiphanie », met l'accent sur la naissance du Christ qui, bien qu'elle se soit produite dans une petite partie du monde, fut immédiatement révélée universellement. L’étoile, pour lui, est la preuve que le Christ est venu pour tous, pas seulement pour une seule nation.
Les théologiens médiévaux ont continué à réfléchir sur la signification symbolique de l’Épiphanie, enrichissant la tradition de nouvelles interprétations.
- Saint Grégoire le Grand (c. 540-604), dans ses « Homélies sur l'Évangile », reprend la symbolique des dons, mais y ajoute une interprétation morale : l'or qui est offert au Christ comme à un roi, l'est aussi lorsque sa royauté intérieure est reconnue ; l'encens est offert quand on croit qu'il est Dieu et qu'on prie ; et la myrrhe est offerte lorsque son humanité est reconnue et que la mortification est pratiquée.
- Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), dans ses « Sermons sur Noël et l'Épiphanie », s'intéresse à l'attitude des Mages. Il exhorte les fidèles à imiter leur humilité et leur persévérance dans la recherche du Christ. Bernardo voit l'Épiphanie comme une invitation à « chercher le Seigneur avec un cœur pur ».
- Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), dans sa « Summa Theologiae », analyse la symbolique des dons basée sur Origène : l'or représente la royauté du Christ, l'encens symbolise sa divinité, et la myrrhe préfigure son humanité et sa passion. Ces dons résument donc toute la personne du Christ : Roi, Dieu et Homme.
La Solennité de l'Epiphanie nous invite à réfléchir sur notre foi. Comme les Mages, nous sommes nous aussi appelés à reconnaître la lumière du Christ et à la suivre. Leurs œuvres, leurs dons et leur parcours rappellent que le salut est offert à tous, sans distinction de race ou de culture. L'Épiphanie est donc la célébration de l'universalité de la foi et de la mission évangélisatrice de l'Église. Cela nous rappelle qu’une fois que nous avons trouvé la Vérité, nous sommes appelés à en rendre témoignage au monde.
Sur la photo : Adoration des Rois Mages (retable) de Della Robbia Andrea (1484) de l'ancienne église de S. Maria a Fontecastello située dans la zone de Zoccoli, à proximité immédiate de Montepulciano et faisant partie d'un complexe habité par les Frères Mineurs observants, aujourd'hui au Musée Civique de Montepulciano (SI)