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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#porta fidei

Raniero Cantalamessa, Saint Grégoire de Nazianze, maître de la foi dans la Trinité (2° prédication de carême)

dominicanus #Porta fidei

cantalamessa vendredi saint

 

Il n’y a pas si longtemps, certaines propositions théologiques avaient beau être marquées de profondes différences, elles avaient un schéma de fond commun, parfois clair, parfois sous-entendu. Ce schéma était très simple, car réducteur. Les deux plus grands mystères de notre foi sont la Trinité et l’Incarnation : Dieu est Un et trine; Jésus Christ est Dieu et homme. Dans les propositions auxquelles je pense, ce noyau est décliné de la façon suivante : Dieu est Un, et Jésus-Christ est homme. Si bien que la divinité du Christ tombe et, avec elle, la Trinité.

Le résultat de ce processus c’est que l’on finit par accepter tacitement et hypocritement l’existence de deux fois et de deux christianismes différents, qui n’ont plus rien de commun entre eux si ce n’est leur nom : le christianisme du Credo de l’Eglise, des déclarations œcuméniques conjointes, où l’on continue, avec les paroles du symbole de Nicée et Constantinople, à professer la foi en la Trinité et en la pleine divinité du Christ, et le christianisme de larges couches de la culture, exégétique et théologique aussi, où ces mêmes vérités sont ignorées ou interprétées différemment.

Dans ce climat, un retour aux Pères de l’Eglise s’avère on ne peut plus opportun, non seulement pour connaître le contenu du dogme dans son état naissant, mais encore plus pour retrouver l’unité vitale entre la foi professée et la foi vécue, entre la « chose » et son « énonciation ». Pour les Pères, la Trinité et l’unité de Dieu, la dualité des natures et l’unité de la personne du Christ n’étaient pas des vérités à décider autour d’une table ou à débattre dans les livres en dialogue avec d’autres livres; c’étaient des réalités vitales. En paraphrasant une phrase qui circule dans les milieux sportifs, nous pourrions dire que ces vérités n’étaient pas pour eux une question de vie ou de mort : elles étaient beaucoup plus!


1. Grégoire de Nazianze, chantre de la Trinité

Le géant sur les épaules duquel nous voulons nous jucher aujourd’hui est saint Grégoire de Nazianze, l’horizon que nous voulons scruter, avec lui, est la Trinité. Il est l’auteur de ce glorieux tableau qui montre le déploiement de la révélation de la Trinité dans l’histoire et la pédagogie de Dieu qui s’y révèle. L’Ancien Testament, écrit, proclame ouvertement l’existence du Père et se met à annoncer, de manière voilée, celle du Fils; le Nouveau Testament proclame ouvertement le Fils et se met à révéler la divinité de l’Esprit Saint; maintenant, dans l’Eglise, l’Esprit nous accorde distinctement sa manifestation et l’on confesse la gloire de la bienheureuse Trinité. Dieu a dosé sa manifestation, l’adaptant aux époques et à la capacité de réception des hommes1.

Cette triple répartition n’a rien à voir avec la thèse attribuée à Joachim de Flore, des trois époques distinctes : celle du Père, dans l’Ancien Testament, celle du Fils dans le Nouveau et celle de l’Esprit dans l’Eglise. La différentiation de saint Grégoire entre dans l’ordre de la manifestation, non de l’ « être » ou de l’ « agir » des Trois Personnes, lesquels sont présents et œuvrent ensemble tout le temps.

Grégoire de Nazianze a apporté des clarifications au dogme de la Trinité et c’est à cela précisément qu’il doit son titre de « théologien » (ho Theologos) véhiculé par la tradition. Son mérite est d’avoir donné à l’orthodoxie trinitaire sa formulation parfaite, avec des phrases destinées à devenir patrimoine commun de la théologie. Ce que le symbole pseudo-athanasien « Quicumque », composé un siècle plus tard environ, doit à Grégoire de Nazianze, n’est pas des moindres.

Voici quelques unes de ses formules cristallines:

« Il était, il était, et il était : mais il était un. Il était Lumière et lumière et lumière : mais une seule lumière. C’est ce que David s’imaginait jadis quand il a dit : ‘par ta lumière nous voyons la lumière’ (Ps 35,10). Et nous maintenant nous voyons et nous prêchons. De la lumière qui est le Père nous atteignons la lumière qui est le Fils dans la lumière de l’Esprit: théologie brève et simple de la Trinité […] : Dieu, s’il est licite de parler succinctement, est indivis en des êtres divisés l’un de l’autre »2.

La principale contribution des Cappadociens dans la formulation du dogme trinitaire est d’avoir porté jusqu’au bout la distinction des deux concepts d’ousie et d’hypostase, de « substance » et de « personne », créant la base conceptuelle permanente par laquelle s’exprime la foi en la Trinité. Il s’agit, pour la pensée humaine, d’une des nouveautés les plus grandioses de la théologie chrétienne, qui a permis le développement moderne du concept de la personne comme relation.

Le maillon faible de leur théologie trinitaire, qu’eux-mêmes percevaient, était le danger de concevoir le rapport entre l’unique substance divine et les trois hypostases du Père, du Fils et du saint Esprit à la manière du rapport qui existe dans la nature entre les espèces et les individus (par exemple, entre l’espèce humaine et chaque homme), prêtant ainsi le flanc à l’accusation de trithéisme3.

Grégoire de Nazianze s’efforce de répondre à cette difficulté, affirmant que chacune des trois personnes divines n’est pas moins unie aux deux autres qu’elle-même ne l’est à elle-même4. Il refuse, pour la même raison, les similitudes traditionnelles de « source, ruisselet, fleuve » ou « soleil, rayon, lumière »5. Mais il finit, candidement, par admettre préférer ce risque –le risque d’insister trop sur la distinction des personnes -  à celui, opposé, du modalisme: « Il vaut mieux, dit-il, avoir une idée, même insuffisante, de l’union des Trois, plutôt qu’oser une impiété absolue »6.

Pourquoi choisir saint Grégoire de Nazianze comme maître de la foi dans la Trinité ? La raison est aussi celle pour laquelle nous avons choisi Athanase comme maître de la foi dans la divinité du Christ.Pour Grégoire, la Trinité n’est pas une vérité abstraite, ou un simple dogme; c’est sa passion, son milieu vital, ce qui fait vibrer son cœur rien qu’à prononcer son nom.

Les orthodoxes l’appellent « le chantre de la Trinité ». Cela correspond parfaitement à ce que nous  savons de sa personnalité humaine. Grégoire de Nazianze est un homme doté d’un cœur encore plus grand que son intelligence, un tempérament sensible jusqu’à l’excès, au point d’ailleurs de lui procurer pas mal de déceptions et de souffrances dans ses relations avec les autres, à commencer par son ami saint Basile.

C’est dans ses productions poétiques surtout que son enthousiasme pour la Trinité se révèle. Il utilise des expressions comme « ma Trinité », « la chère Trinité »7. Grégoire est amoureux de la Trinité. Il écrit:

« Dès le jour où j’ai renoncé aux choses de ce monde pour consacrer mon âme aux contemplations lumineuses, quand l’intelligence suprême m’a enlevé d’ici-bas pour me poser loin de tout ce qui est charnel, depuis ce jour-là, mes yeux ont été éblouis par la lumière de la Trinité… De son siège sublime celle-ci répand sur chaque chose son rayonnement ineffable... A partir de ce jour-là je suis mort au monde et le monde est mort pour moi »8.

Il suffit de comparer ces paroles aux expressions techniquement parfaites, mais froides du symbole « Quicumque » que l’on récitait jadis à l’office divin du dimanche, pour nous rendre compte de la distance qui sépare la foi vécue des Pères de celle, formelle et répétitive, qui s’instaure après eux, même si cette dernière accomplit elle aussi un tache importante.


2. Nous ne saurions vivre sans la Trinité

Maintenant, comme d’habitude, quelque réflexion sur ce que les Pères peuvent nous offrir, dans ce domaine, pour renouveler notre foi. Il est bien connu que la théologie occidentale a toujours dû se défendre du risque opposé à celui du trithéisme dont Grégoire de Nazianze, nous l’avons vu, doit se défendre ; soit le risque d’accentuer l’unité de la nature divine, au détriment de cette distinction entre les personnes.

C’est sur ce terrain qu’a pu se développer la vision déiste de Descartes et des philosophes des Lumières, qui fait totalement abstraction de la Trinité pour se concentrer uniquement sur Dieu, conçu comme Etre suprême ou comme « la divinité ». Kant en a tiré la célèbre conclusion selon laquelle « de la doctrine de la Trinité, prise à la lettre, on ne peut absolument rien tirer de pratique »9. Celle-ci, en d’autres mots, serait sans importance pour la vie des hommes et de l’Eglise.

C’est sans aucun doute l’un des facteurs qui ont ouvert la voie à l’athéisme moderne. Si, en théologie, l’idée du Dieu un et trine avait été entretenue, au lieu de parler d’un vague « Etre suprême », il n’aurait pas été si facile pour Feuerbach de faire triompher sa thèse que Dieu est une projection que l’être humain fait de lui-même et à sa propre essence. Quel besoin l’homme aurait-il en effet de se scinder en trois : en Père, en Fils et Saint Esprit ? Et dans quel sens la Trinité peut-elle être la projection et la sublimation que l’esprit humain fait de lui-même ? C’est le vague déisme qui est démoli par Feuerbach, non la foi en Dieu un et trine.

Mais si la vision latine de la Trinité prête, d’un côté, le flanc à cette déviation déiste, on y trouve de l’autre, le plus efficace des remèdes contre elle. Nous ne serons jamais assez reconnaissant à Augustin d’avoir centré son discours sur la Trinité sur la parole de Jean : « Dieu est amour » (1 Jn 4,10). Dieu est amour : c’est pourquoi, conclut Augustin, il est Trinité! «  L’amour suppose quelqu’un qui aime, ce qui est aimé et l’amour »10. Le Père est, dans la Trinité, celui qui aime, la source et le début de tout; le Fils est celui qui est aimé ; l’Esprit Saint est l’amour par lequel ils s’aiment.

Chaque amour est l’amour de quelqu’un ou de quelque chose, comme toute connaissance, a expliqué Husserl, est connaissance de quelque chose. Il n’y a pas de l’amour « dans le vide », sans objet. Maintenant, qui Dieu aime-t-il, pour être défini comme « amour » ? L'homme ? Mais alors il n’est amour que depuis quelques centaines de millions d’années. L'univers ? Mais alors il n’est amour que depuis quelques dizaines de milliards d’années. Et auparavant, qui Dieu aimait-il pour être « amour »? Les penseurs grecs et, généralement, les philosophies religieuses de tous les temps, qui concevaient Dieu surtout en termes de « pensée », pouvaient répondre : Dieu se pensait lui-même; il était « pure pensée », « pensée de la pensée ». Mais ceci n’est plus possible, à partir du moment où l’on dit que Dieu est avant tout « amour », car le « pur amour de soi-même » serait pur égoïsme, qui n’est pas la haute exaltation de l’amour, mais sa totale négation.

Voici alors la réponse de la révélation, explicitée par l’Eglise avec sa doctrine de la Trinité. Dieu est amour depuis toujours, ab aeterno, car avant même que n’existe un objet en dehors de lui à aimer, il avait en lui le Verbe, le Fils, qu’il aimait d’un amour infini, c’est-à-dire « dans l’Esprit Saint ». Cela n’explique pas comment l'unité peut être en même temps trinité (c’est un mystère que l’on ne peut connaître car il a lieu seulement en Dieu), mais il nous suffit au moins pour deviner pourquoi, en Dieu, l’unité doit être aussi pluralité, aussi trinité.

Un Dieu qui serait pure Connaissance ou pure Loi, ou pur Pouvoir n’aurait certes pas besoin d’être trine (cela compliquerait même énormément les choses); mais un Dieu qui est avant tout Amour oui, car « moins que entre deux, il ne saurait y avoir d’amour ». «  Il faut, a écrit Henri de Lubac, que le monde le sache: la révélation du Dieu Amour bouleverse tout ce qu’il avait compris de la divinité »11.

Celle de l’amour n’est certainement qu’une analogie humaine, mais c’est sans aucun doute celle qui nous permet le mieux de jeter un regard dans les profondeurs mystérieuses de Dieu. En cela on voit comment la théologie latine intègre la théologie grecque, et que les deux ne peuvent se passer l’une de l’autre. Le thème de l’amour n’apparaît pratiquement pas dans la théologie de la trinité des orientaux qui préfèrent utiliser l’analogie de la lumière. Il faut attendre Grégoire Palamas pour lire, dans l’univers grec, quelque chose de semblable à ce qu’Augustin dit sur l’amour dans la Trinité12.

Certains voudraient aujourd’hui mettre entre parenthèses le dogme de la Trinité pour faciliter le dialogue avec les autres grandes religions monothéistes. C’est une opération suicide. Ça serait comme enlever à une personne sa colonne vertébrale pour la faire marcher plus vite ! La théologie, la liturgie, la spiritualité et toute la vie chrétienne, s’en sont tellement imprégnés qu’y renoncer signifierait ouvrir une autre religion, complètement différente.

Ce que l’on doit plutôt faire, comme nous enseignent les Pères, c’est faire descendre ce mystère des livres de théologie pour le faire entrer dans la vie, afin que la Trinité ne soit pas un simple mystère étudié et formulé correctement, mais un mystère vécu, adoré, aimé. La vie chrétienne se déroule, du début jusqu’à la fin, sous le signe et en présence de la Trinité. A l’aube de la vie, nous avons été baptisés « au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit », et si nous avons la grâce de mourir chrétiennement, nous entendrons réciter à notre chevet : « Quitte ce monde, âme chrétienne, au nom du Père qui t’a créée, du Fils qui t’a sauvée et du Saint Esprit qui t’a sanctifiée ».

Ces deux moments extrêmes sont séparés par d’autres moments que l’on appelle « de  passage » et qui, pour un chrétien, sont tous marqués par une invocation de la Trinité. C’est au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, que les époux sont unis en mariage et s’échangent leurs anneaux, que les prêtres et les évêques sont consacrés. Il fut un temps où contrats, sentences et tout acte important de la vie civile et religieuse, commençaient par la formule « au nom de la Trinité ». La Trinité est le sein maternel où nous avons été conçus (cf. Ep 1,4) mais il est aussi leport vers lequel nous naviguons. Elle est « l’océan de paix » d’où tout s’écoule et vers lequel tout reflue.


3. « O beata Trinitas! »

Saint Grégoire de Nazianze devrait avoir suscité en nous un audacieux désir à propos de la Trinité: faire d’elle « notre » Trinité, la « chère » Trinité, la « bien aimée » Trinité. Certains de ces accents d’adoration, plein d’émotion et de stupeur, résonnent dans les textes de solennité de  la Très Sainte Trinité. Nous devons les faire passer de la liturgie à la vie. Il y a quelque chose de bien plus heureux que nous puissions faire vis-à-vis de la Trinité  que d’essayer de la comprendre, et c’est d’entrer en elle! Il nous est impossible de prendre dans nos bras l’océan, mais nous pouvons entrer en lui; il nous est impossible d’embrasser le mystère de la Trinité avec notre esprit, mais nous pouvons entrer en lui !

Une seule « porte » donne accès à la Trinité : Jésus-Christ. Par sa mort et sa résurrection, il a ouvert pour nous un nouveau chemin, un chemin vivant, pour entrer dans le saint des saints qui est la Trinité (cf. He 10,19-20) et il nous a laissé les moyens qui permettent de le suivre sur cette voie du retour. L’Eglise est le premier et le plus universel de ces moyens. Lorsque l’on veut traverser un bras de mer, disait Augustin, le plus important n’est pas de rester sur la berge et d’ouvrir grand les yeux pour voir ce qu’il y a sur l’autre rive, mais de monter sur la barque qui nous y amène. Le plus important pour nous aussi n’est pas de spéculer sur la Trinité, mais de garder la foi de l’Eglise qui va vers elle13.

Dans l’Eglise, l’Eucharistie est le moyen par excellence. La Messe est une action trinitaire du début jusqu’à la fin; elle s’ouvre au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit et se termine par la bénédiction du Père, du Fils et du Saint Esprit. Elle est l’offrande que Jésus, chef et corps mystique, fait de lui au Père dans l’Esprit Saint. Elle nous permet de pénétrer vraiment le cœur de la Trinité.

Pour nos frères orthodoxes, l’icône est un moyen important pour entrer dans le mystère. La Trinité de Roublev est une synthèse figurative de la doctrine trinitaire des Cappadociens et en particulier de Grégoire de Nazianze. On y perçoit, à parts égales, un mélange de mouvement incessant, de quiétude surhumaine, de transcendance et condescendance. Le dogme de l’unité et de la trinité de Dieu est visible dans les trois personnages représentés de façon bien distincte, mais très ressemblants entre eux. Le cercle idéal qui les entoure met en lumière leur unité ; mais la disposition et le mouvement différents de chacun, proclament aussi leur distinction.

Saint Serge de Radonège, pour le monastère duquel était destinée l’icône, s’était distingué dans l’histoire russe pour avoir ramené l’unité parmi les chefs en désaccord entre eux et pour avoir favorisé la libération de la Russie des Tartares qui l’avaient envahie. Sa devise, que Roublev s’est efforcé d’interpréter avec l’icône, était celle-ci : « Vaincre l’odieuse discorde de ce monde  en contemplant la Très Sainte Trinité ». Saint Grégoire de Nazianze avait eu la même pensée et il l’avait exprimée dans ces versets qui pourraient être son testament spirituel:


Je cherche la solitude, un lieu inaccessible au mal,

Où, d’un esprit indivis, je puisse rechercher mon Dieu

Et adoucir ma vieillesse avec la douce espérance du ciel.

Que laisserai-je à l’Eglise? Je laisserai mes larmes!...

Mes pensées vont à la demeure qui ne connaît pas de crépuscule,

A ma chère Trinité, unique lumière,

Dont la seule ombre obscure suscite aujourd’hui en moi une forte émotion » 14.


La spiritualité latine n’est pas moins riche d’aides pour faire de la Trinité un mystère qui nous est familier, aimé. Celle-ci insiste aussi sur le mouvement inverse: ce n’est pas nous qui entrons dans la Trinité, mais la Trinité qui entre en nous. Dans la tradition orthodoxe, la doctrine de inhabitation renvoie, de préférence, à la personne du Saint Esprit. C’est la théologie latine qui a développé, dans tout son potentiel, la doctrine biblique de l’inhabitation de toute la Trinité dans l’âme : « Mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons chez lui notre demeure» (Jn 14, 23)15. Pie XII lui a réservé une place dans son encyclique Mystici corporis, disant que grâce à cette inhabitation nous « participons dès à présent à la joie et à la béatitude de la Trinité »16.

Saint Jean de la Croix dit que « l’amour qui a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit » (Rm 5,5) n’est autre que l’amour par lequel le Père, depuis toujours, aime le Fils. Il est un débordement de l’amour divin de la Trinité sur nous. Dieu communique à l’âme « le même amour qu’il communique au Fils, bien que ce ne soit pas par nature, mais par union… L’âme participe à la nature de Dieu, en accomplissant, avec lui, l’œuvre de la Très Sainte Trinité »17. La bienheureuse Elisabeth de la Trinité nous suggère une méthode simple pour traduire tout cela en programme de vie: « Tout mon exercice est de rentrer ‘au-dedans’ de moi et de me perdre dans ceux qui sont là »18.

Je vois en ceci une raison de plus, et parmi les plus profondes, pour évangéliser. Je lisais, il y a quelques jours, dans la liturgie des heures, les paroles de Dieu en Isaïe: « Celui sur qui je porte les yeux, c'est le pauvre et l'humilié, celui qui tremble à ma parole » (Is 66,2). Une pensée m’est alors venue. Voilà, me suis-je dit, en quoi consiste la grande différence entre celui qui est baptisé et celui qui ne l’est pas: Dieu « tourne son regard » vers celui qui n’est pas baptisé, il est présent intentionnellement, avec son amour et sa providence; quant à celui qui est baptisé, non seulement il tourne son regard vers lui mais il l’habite, est en lui, voire même avec les trois personnes divines. Il est vrai que Dieu pourrait préférer une présence intentionnelle acceptée et vécue à une présence baptismale négligée ou rejetée (et ceci doit nous remplir de responsabilité et humilité), mais ne pas reconnaître la grâce et le privilège d’être baptisée et d’être chrétiens serait une ingratitude.

Terminons en récitant ensemble la doxologie qui clôture le canon de la Messe et qui est la plus courte et la plus dense des prières que l’Eglise puisse élever à la Trinité: « Par le Christ, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père Tout Puissant, dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles. Amen. »

Traduction de l’italien par Isabelle Cousturié (Zenit.org)


1 Cf. Grégoire de Nazianze, Oratio 31, 26. Trad. ital de C. Moreschini, Les cinq discours théologiques, Rome, Nouvelle Cité, 1986.

Oratio 31, 3.14.

 3 Cf. Basile, Epître 236,6

.4 Grégoire de Nazianze, Oratio. 31,16.

5 Ib. 31, 31-33.

6 Ib. 31, 12.

7 Grégoire de Nazianze, Poemata de seipso, I,15; I, 87 (PG 37, 1251 s.; 1434).

8 Ib., I,1 (PG 37, 984-985).

9 E. Kant, Le conflit des facultés, A 50 (WW, éd. W. Weischedel, VI, p.303).

10 Augustin, De Trinitate,VIII, 10, 14.

11 H. de Lubac, Histoire et Esprit, Aubier, Paris 1950, ch.5.

12 Grégoire Palamas, Capita physica, 36 (PG 150, 1144s.).

13 Augustin, De Trinitate, IV,15,30; Confessions, VII, 21.

14 Grégoire de Nazianze, Poemata de seipso, I,11 (PG 37, 1165 s.).

15 Cf. R. Moretti – G.-M. Bertrand, Inhabitation, in “Dictionnaire de spiritualité” 7, 1735.1767.

16 Pie XII, Mystici corporis, AAS, 35, 1943, pp.231 s.

17 S. Jean de la Croix, Cantique spirituel A, strophe 38. 

18 Elisabeth de la Trinité, Lettres, 151, (Ecrits, Rome 1967, p. 274). 

 

Raniero Cantalamessa, S. Athanase et la foi en la divinité du Christ (1° prédication de carême)

dominicanus #Porta fidei

Je m'aperçois à l'instant que manque la première prédication du Père Cantalamessa. La voici donc :

 


cantalamessa vendredi saint


 

En guise de préparation à l’année de la foi fixée par le Saint-Père Benoît XVI (12 Octobre 2012 -24 Novembre 2013), les quatre prédications de Carême se proposent de redonner élan et fraîcheur à notre credo, en renouant avec les « géants de la foi » du passé. D’où le titre, tiré de la Lettre aux Hébreux, qui est donné à tout le cycle: « Souvenez-vous de vos chefs. Imitez leur foi » (He 13,7).

A chaque fois, nous nous mettrons à l’école d’un des quatre grands docteurs de l’Eglise orientale – Athanase, Basile, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse – pour voir ce que chacun d’eux nous dit aujourd’hui à propos du dogme dont il est le champion, c’est-à-dire, respectivement, la divinité du Christ, l’Esprit Saint, la Trinité, la connaissance de Dieu. A un autre moment, s’il plaît à Dieu, nous ferons la même chose pour les grands docteurs de l’Eglise occidentale : Augustin, Ambroise et Léon le Grand.

Ce que nous voudrions apprendre des Pères n’est pas tellement ce qu’il faut faire pour annoncer la foi au monde, autrement dit, l’évangélisation, ni comment la défendre contre les erreurs, c’est-à-dire l’orthodoxie ; il s’agit plutôt de voir comment on peut approfondir notre foi, redécouvrir, dans leur sillage, la richesse, la beauté et le bonheur de croire, de passer, comme dit Paul, « de foi en foi » (Rm 1,17), d’une foi crue à une foi vécue. Cette foi, en grandissant de « volume » à l’intérieur de l’Eglise, constituera ensuite la force majeure de son annonce au monde, et le meilleur des remparts autour de son orthodoxie.

Le Père de Lubac a déclaré qu’il n’y a jamais eu de renouveau de l’Eglise qui, dans l’histoire, ne soit aussi passé par un retour aux Pères. Et le Concile Vatican II, dont on s’apprête à commémorer le 50eanniversaire ne fait pas exception. Celui-ci est tissé de citations des Pères; bon nombre de ses acteurs étaient des patrologues. Après les Ecritures, les Pères constituent la seconde « couche » de terrain sur laquelle reposent et dont tirent leur sève vitale, la théologie, la liturgie, l’exégèse biblique et toute la spiritualité de l’Eglise.

On trouve dans certaines cathédrales du moyen âge de curieuses statues : des personnages à la taille imposante portant sur leurs épaules, des hommes tous petits. Ces représentations en pierre traduisent une conviction que les théologiens de l’époque formulaient ainsi : « Nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants, de telle sorte que nous puissions voir plus de choses et de plus éloignées que n'en voyaient ces derniers. Et cela, non point parce que notre vue serait puissante ou notre taille avantageuse, mais parce que nous sommes portés et exhaussés par la haute stature des géants »1. Les géants étaient naturellement les Pères de l’Eglise. Et c’est ce qui se passe aussi pour nous aujourd’hui.


1. Athanase, le champion de la divinité du Christ

Ouvrons la liste avec saint Athanase, évêque d’Alexandrie, né en 295 et mort en 373. Rares sont les Pères à avoir laissé une marque aussi profonde que lui dans l’histoire de l’Eglise. Il est évoqué pour beaucoup de choses : pour l’influence qu’il a eue sur la diffusion du monachisme, grâce à sa « Vie d’Antoine » ; pour avoir été le premier, même dans un Etat chrétien, à revendiquer la liberté de l’Eglise »2 ; pour son amitié avec les évêques occidentaux, à la faveur de contacts noués durant son exil, qui ont eu pour effet de renforcer les liens entre Alexandrie et Rome...

Mais nous ne voulons pas nous occuper de tout ça. Kierkegaard, dans son Journal, a une étrange pensée: « La terminologie dogmatique de l’Eglise primitive est comme un château enchanté, dans lequel se trouvent des princes et les plus gracieuses des princesses plongés dans un sommeil profond. Il suffit tout simplement de les réveiller pour qu’ils se mettent debout et apparaissent dans toute leur gloire »3. Le dogme qu’Athanase nous aide à « réveiller » et à faire resplendir dans toute sa gloire est celui de la divinité du Christ ; pour elle, il subit sept fois l’exil.

L’évêque d’Alexandrie est bien convaincu de ne pas être l’auteur de la découverte de cette vérité. Toute son œuvre consistera, d’ailleurs, à montrer que celle-ci a toujours été la foi de l’Eglise; que cette vérité n’est pas nouvelle, mais nouvelle est plutôt l’hérésie qui s’y oppose. Le mérite qu’on lui reconnaît dans ce domaine est plutôt celui d’avoir levé les obstacles qui entravaient jusqu’ici une reconnaissance pleine et sans réticences de la divinité du Christ dans le contexte culturel grec.

Un de ces obstacles, peut-être le principal, était cette habitude qu’avaient les Grecs de désigner l’essence divine sous le terme agennetos, non-engendré. Comment proclamer que le Verbe est le vrai Dieu, puisque celui-ci est le Fils, c’est-à-dire engendré par le Père? Il était facile pour Arius d’établir l’équivalence : engendré = fait, c’est-à-dire passer de gennetos à genetos, et d’en conclure par cette célèbre phrase qui fit éclater l’affaire: « Il fut un temps où il n’existait pas! » .Ceci équivalait à faire du Christ une créature, quoique pas « comme les autres créatures ». Athanase défend de tout cœur le genitus non factus de Nicée, « engendré mais non fait ». Il résout la controverse par une simple observation : « Le terme agenetos a été inventé par les Grecs qui ne connaissaient pas le Fils »4.

Un autre obstacle culturel à la pleine reconnaissance de la divinité du Christ, moins évident sur le moment, mais non moins enfluant, était la doctrine d’une divinité intermédiaire, le deuteros theos, liée à la création du monde matériel. Cette doctrine, dès Platon, était devenue un lieu commun pour tant de systèmes religieux et philosophiques de l’Antiquité. Et cette tentation d’assimiler le Fils, « par lequel toutes choses furent faites », à cette entité intermédiaire, avait laissé quelque trace, non pas dans la vie de l’Eglise mais dans la spéculation chrétienne, créant un schéma tripartite de l’être : au sommet de tout, le Père engendré – après lui, le Fils (et plus tard aussi l’Esprit Saint) et enfin les créatures.

La définition de l’homoousios, du « genitus non factus », lève à jamais le principal obstacle de l’hellénisme à la reconnaissance de la pleine divinité du Christ et réalise la catharsis chrétienne de l’univers métaphysique des Grecs. Par cette définition, une seule ligne de démarcation est tracée sur la verticale de l’Etre et cette ligne ne sépare pas le Fils du Père, mais le Fils des créatures. Si nous voulions englober en une phrase la signification éternelle de la définition de Nicée, nous pourrions la formuler ainsi: à chaque époque et culture, le Christ doit être proclamé « Dieu », non pas dans une quelconque acceptation dérivée ou secondaire, mais dans l’acceptation la plus forte que le nom de « Dieu » trouve dans cette culture.

Athanase a fait de l’entretien de cette conquête, le but de sa vie. Quand tous - empereurs, évêques et théologiens - oscillaient entre un refus ou une tentative d’accommodement, lui, restait imperturbable. Il y a eu des moments où la future foi commune de l’Eglise vivait dans le cœur d’un seul homme : le sien. C’est l’attitude qu’on avait vis-à-vis lui, qui décidait de quel côté chacun était.


2. L’argument sotériologique

Mais plutôt que d’insister sur la foi d’Athanase en la pleine divinité du Christ, que l’on connaît et qui est incontestable, il est important de savoir ce qui motive sa bataille, d’où lui vient une certitude aussi absolue. Pas de la spéculation, mais de la vie; plus précisément, d’une réflexion sur l’expérience que l’Eglise fait du salut en Jésus Christ.

Athanase déplace l’intérêt de la théologie du cosmos à l’homme, de la cosmologie à la sotériologie. Renouant avec la tradition ecclésiastique antérieure à Origène, il met en valeur les résultats élaborés au cours de sa longue bataille contre le gnosticisme, qui avait conduit à se concentrer sur l’histoire du salut et de la rédemption humaine. La place du Christ n’est plus entre Dieu et le cosmos, comme à l’époque des Apologistes, mais plutôt entre Dieu et l’homme. Que le Christ soit Médiateur ne signifie pas qu’il se trouve entre Dieu et l’homme (médiation ontologique, dont le sens renvoie le plus souvent à une relation de subordination), mais qu’il unitDieu et l’homme. En lui, Dieu se fait homme et l’homme se fait Dieu, c’est-à-dire qu’il est divinisé5.

C’est sur cette toile de fond idéale que s’inscrit l’application qu’Athanase fait de la question sotériologique, en fonction de la démonstration de la divinité du Christ. L’argument sotériologique n’apparaît pas avec la controverse arienne; il est présent dans toutes les grandes et anciennes controverses christologiques, de la controverse anti-gnostique à la controverse anti-monothélite. Dans sa formulation classique, il résonne ainsi : « Quod non est assumptum non est sanatum », « ce qui n’est pas assumé n’est pas sauvé »6. Celui-ci est adapté selon les cas, de manière à réfuter l’erreur du moment, qui peut être la négation de la chair humaine du Christ (gnosticisme), ou de son âme humaine (apollinarisme), ou le refus de sa libre volonté (monothélisme).

Dans l’usage qu’en fait Athanase, il peut être ainsi formulé : « Ce qui n’est pas assumé par Dieun’est pas sauvé », où toute la force repose sur ce petit ajout « par Dieu ». Le salut exige que l’homme ne soit pas pris en charge par un intermédiaire quelconque, mais par Dieu lui-même : « Si le Fils était une créature, écrit Athanase, l'homme resterait mortel, n’étant pas uni à Dieu », mais encore : « L’homme ne serait pas divinisé, si le Verbe qui devint chair n’était pas de la même nature que le Père »7. Athanase a formulé, de nombreux siècles avant Heidegger, et en la prenant bien plus au sérieux, l’idée que « seul un Dieu peut nous sauver », nur noch ein Gott kann uns retten8.

Les implications sotériologiques qu’Athanase tire de l’homoousios de Nicée sont multiples et très profondes. Dire que le Fils est de « même substance » que le Père signifiait le placer à un niveau tel que rien ne pouvait rester en dehors de son champ d’action. Cela voulait dire aussi enraciner la signification du Christ dans le fondement même dans lequel l’être du Christ était enraciné, autrement dit : dans le Père. On en vient à dire que Jésus Christ ne constitue pas, dans l’histoire et dans l’univers, une seconde présence additionnelle par rapport à celle de Dieu ; au contraire, il est la présence même du Père,. Athanase écrit :

« Bon comme il est, le Père, avec son Verbe qui est aussi Dieu, guide et soutient le monde entier, pour que la création, éclairée par sa conduite, par sa providence et par son ordre, puisse persister dans l’être ... Le Tout Puissant et très saint Verbe du Père, pénétrant toutes choses et arrivant partout avec sa force, éclaire chaque situation, possède et étreint tout en lui. Aucun être ne saurait se soustraire à sa domination. Toutes choses reçoivent de lui la vie et c’est par lui qu’elles sont maintenues en elle : chaque créature dans son individualité, et l’univers créé dans sa totalité »9.

Une précision importante toutefois s’impose. La divinité du Christ n’est pas un « postulat  de la  raison pratique », comme l’est, pour Kant, l’existence même de Dieu10. Elle n’est pas un postulat, mais l’explication d’une « donnée ». Elle serait un postulat, et donc une déduction humaine théologique, si l’on partait d’une certaine idée du salut et en déduisait que la divinité du Christ est seule capable d’opérer ce salut; elle est en revanche l’explication d’une donnée si l’on part, comme le fait Athanase, d’une expérience de salut et si l’on démontre que celle-ci ne pourrait exister si le Christ n’était pas Dieu. Ce n’est pas sur le salut que la divinité du Christ se fonde, mais c’est sur la divinité du Christ que se fonde le salut.


3. Corde creditur!

Mais le moment est venu de parler de nous et de chercher à voir ce que nous pouvons apprendre aujourd’hui de l’épique bataille soutenue en son temps par Athanase. La divinité du Christ est aujourd’hui le vrai « articulus stantis et cadentis ecclesiae », la vérité qui fait que l’Eglise tient debout ou tombe à terre. Si à une époque, quand la divinité du Christ était pacifiquement admise par tous les chrétiens, on pouvait penser que cet « article » était la doctrine de la « justification gratuite par la foi », ce n’est maintenant plus le cas. Pouvons-nous  dire que le problème vital pour l’homme, aujourd’hui, est d’établir de quelle façon le pécheur peut être justifié, alors qu’on ne croit même plus avoir besoin d’une justification, ou que l’on est convaincu de la trouver en soi ? « C’est moi-même, moi qui m’accuse aujourd’hui - fait crier Sartre à un de ses personnages sur scène -, moi seul qui peux aussi m’absoudre, moi, l’homme. Si Dieu existe, l’homme n’est rien »11.

La divinité du Christ est la pierre angulaire qui soutient les deux grands mystères de la foi chrétienne : la Trinité et l’Incarnation. Ces derniers sont comme deux portes qui s’ouvrent et se referment ensemble. Si l’on exclut cette pierre, tout l’édifice de la foi chrétienne s’écroule sur lui-même: si le Fils n’est pas Dieu, de qui est formée la Trinité? Saint Athanase l’avait déjà clairement dénoncé, en écrivant contre les Ariens :

« Si le Verbe n’existe pas en même temps que le Père depuis l’éternité, alors il n’existe pas de Trinité éternelle, mais il y eut d’abord l’unité et c’est ensuite, au fil du temps, par accroissement, que la Trinité a fait son apparition »12.

(Cette idée de Trinité - formée « par accroissement » - a été proposée à nouveau, il n’y a pas longtemps, par quelque théologien, qui applique à la Trinité le schéma dialectique du devenir de Hegel!). Bien avant Athanase, saint Jean avait établi ce lien entre les deux mystères : « Celui qui refuse le Fils se sépare du Père, et celui qui reconnaît le Fils trouve en même temps le Père. » (l Jn 2,23). Les deux choses tiennent ou tombent ensemble, mais si elles tombent ensemble, alors nous devrons dire avec regret, comme Paul, que nous chrétiens « sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (1 Co 15,19).

Nous devons nous laisser frapper en plein visage par cette question, si respectueuse mais si directe de Jésus: « Mais vous, qui croyez-vous que je suis ? », et par cette question encore plus personnelle : « Crois-tu ? » Crois-tu vraiment ? Crois-tu de tout ton cœur ? Saint Paul dit que « celui qui croit du fond de son cœur devient juste ; celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut » (Rm 10,10). Autrefois, la profession de la foi, qui est le second moment de ce processus, pouvait prendre une telle importance qu’elle finissait par laisser dans l’ombre ce premier moment, qui est le plus important et qui a lieu dans les profondeurs secrètes du cœur. « C’est de la racine du cœur que monte la foi », s’exclame saint Augustin13.

Il nous faut peut-être démolir en nous, croyants, et en nous, hommes d’Eglises, cette fausse persuasion de croire déjà que tout va bien pour nous au plan de la foi. Il nous faut provoquer le doute – non sur Jésus, bien entendu, mais sur nous – pour pouvoir ensuite partir à la recherche d’une foi plus authentique. Mais qui sait si ce n’est pas un bien de ne vouloir rien démontrer à personne, pendant quelque temps, pour intérioriser cette foi, redécouvrir sa racine dans le cœur ?

Jésus demande trois fois à Pierre : « M’aimes-tu ? ». Il savait que la première et seconde fois, la réponse était venue trop vite pour être la bonne. Finalement, la troisième fois, Pierre comprend. Voilà comment nous devons nous interroger sur notre foi : trois fois de suite, avec insistance, jusqu’à ce que, nous aussi, nous prenions conscience et que nous entrions dans la vérité : « Crois-tu ? Crois-tu vraiment? ». Il se peut que nous arrivions finalement à dire : « Non, Seigneur, je ne crois pas vraiment de tout mon cœur et de toute mon âme. Augmente ma foi ! »

Mais Athanase nous rappelle aussi une autre vérité importante: qu’il est impossible de croire en la divinité du Christ sans avoir fait l’expérience du salut apporté par le Christ. Sans cette expérience, la divinité du Christ devient facilement une idée, une thèse, et l’on sait bien qu’à une idée peut s’opposer une autre idée, à une thèse une autre thèse. Il n’y a qu’à la vie, disaient les Pères du désert, qu’on ne peut rien opposer.

L’expérience du salut se fait en lisant la parole de Dieu (et en la prenant pour ce qu’elle est, la parole de Dieu!), en administrant et recevant les sacrements, surtout l’Eucharistie, lieu privilégié de la présence du Ressuscité, en exerçant les charismes, en entretenant un contact avec la vie de la communauté des croyants, en priant. Evagre, au IV siècle, avait formulé la célèbre équation : «Si tu es un théologientu prieras vraiment et si tu pries vraiment tu seras un théologien »14.

Athanase a empêché que la recherche théologique ne reste prisonnière de la spéculation philosophique des différentes « écoles » et qu’elle devienne au  contraire un approfondissement du fait révélé dans la ligne de la tradition. Un grand historien protestant a reconnu à Athanase un mérite particulier dans ce domaine : « Grâce à lui, a-t-il écrit, la foi en Jésus-Christ est restée une foi rigoureuse en Dieu et, conformément à sa nature, nettement détachée de toutes les autres formes – païennes, philosophiques, idéalistes – de foi … Avec lui, l’Eglise est redevenue une institution de salut, c’est-à-dire, au sens strict du terme, ‘Eglise’, dont la prédication du Christ constitue et détermine le contenu »15.

Tout ceci nous interpelle de manière particulière. La théologie, désormais définie comme une « science », est aujourd’hui professée dans les milieux académiques qui sont bien plus détachés de la vie communautaire des croyants que ne l’a été, au temps d’Athanase, l’école théologique du Didaskaleion, qui a fleuri à Alexandrie grâce à Clément et Origène. La science exige du chercheur qu’il « maîtrise » sa matière et qu’il soit « neutre » face à l’objet de sa propre science ; mais comment « maîtriser » quelqu’un que tu viens d’adorer comme ton Dieu ? Comment rester neutre face à l’objet en question, quand celui-ci est le Christ? Voilà l’une des raisons pour lesquelles, à un certain moment de ma vie, j’ai voulu quitter l’enseignement académique pour me consacrer à plein temps au ministère de la Parole. Je me souviens de la pensée que j’ai eue en sortant de congrès ou de débats théologiques et bibliques, surtout à l’étranger: « Puisque le monde universitaire a tourné le dos à Jésus-Christ, je tournerai le dos au monde universitaire ».

Abolir les facultés de théologie dans les universitaires  laïques n’est certes pas la solution à ce problème. La situation italienne nous montre les effets négatifs que produit l’absence d’une faculté de théologie dans les universités de l’Etat. La culture catholique et religieuse est généralement reléguée dans un ghetto; on ne trouve aucun livre religieux dans les librairies, si ce n’est sur des sujets ésotériques ou à la mode. Le dialogue entre la théologie et le savoir humain, scientifique et philosophique, a lieu « à distance », et ce n’est pas la même chose. Lorsque je parle en milieu universitaire, je dis souvent de ne pas suivre mon exemple (qui reste un choix personnel), mais de valoriser au maximum le privilège dont ils jouissent, en cherchant tout au plus d’accompagner leurs études et l’enseignement de quelque activité pastorale qui soit compatible.

Mais si on ne peut ni ne doit enlever la théologie des milieux académiques, il y a néanmoins une chose que les théologiens peuvent faire : c’est avoir suffisamment d’humilité pour reconnaître leur limite. La leur n’est pas la seule ni la plus haute expression de la foi. Le P. Henri de Lubac a écrit: « Le ministère de la prédication n’est pas la vulgarisation d’un enseignement doctrinal à forme plus abstraite, qui lui serait antérieur et supérieur : il est, sous sa forme la plus haute, l’enseignement doctrinal lui-même. Cela était vrai de la première prédication chrétienne, celle des apôtres ; cela l’est également de ceux qui leur succèdent dans l’Eglise: les Pères, les Docteurs et nos Pasteurs à l’heure actuelle »16. H. U. von Balthasar parle à son tour de la « mission de prédication dans l’Eglise, à laquelle la mission théologique est elle-même subordonnée »17.


4. « Ayez confiance, c’est moi ! »

Revenons pour conclure à la divinité du Christ. Celle-ci illumine, éclaire la vie chrétienne toute entière. Sans la foi en la divinité du Christ :

Dieu est loin,

Le Christ reste dans son temps,

L’Evangile est un livre religieux parmi d’autres,

L’Eglise, une simple institution,

L’évangélisation, de la propagande,

La liturgie, l’évocation d’un passé qui n’existe plus,

La morale chrétienne, un poids bien loin d’être léger

Et un joug bien loin d’être suave.

Mais avec la foi en la divinité du Christ :

Dieu est l’Emmanuel, Dieu-avec-nous,

Le Christ, est le ressuscité qui vit dans l’Esprit,

L’Evangile, parole définitive de Dieu à l’humanité entière,

L’Eglise, sacrement universel de salut,

L’évangélisation, partage d’un don,

La liturgie, rencontre joyeuse avec le Ressuscité,

La vie présente, début de l’éternité.

Il est en effet écrit : « Qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jn 3, 36). La foi en la divinité du Christ nous est indispensable surtout à un moment comme celui-ci où nous devons entretenir la flamme de l’espérance sur l’avenir de l’Eglise et du monde. Contre les gnostiques qui rejetaient la vraie humanité du Christ, Tertullien, en son temps, s’est écrié: « Parce unicae spei totius orbis », n’enlevez pas au monde sa seule espérance!18 C’est ce que nous devons dire aujourd’hui à ceux qui se refusent de croire en la divinité du Christ.

Aux apôtres, après avoir calmé la tempête, Jésus adressa une parole qu’il répète aujourd’hui à leurs successeurs : « Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte » (Mc 6,50).

 



1 Bernard de Chartres, dans Jean de Salisbury, Metalogicon, III, 4 (Corpus Chr. Cont. Med., 98, p.116).

2 Athanase, Historia Arianorum, 52,3: “Qu’est-ce que l’empereur a à faire avec l’Eglise ?”

3 S. Kierkegaard, Journal, II A 110 (Trad. ital. de C. Fabro, Brescia 1962, nr. 196).

4 Athanase, De decretis Nicenae synodi, 31.

5 Cf. Athanase, De incarnatione 54, cf. Irénée, Advhaer. V, praef.

6 Grégoire de Nazianze, Lettre à Clédonius (PG 37, 181).

7 Athanase, Contra Arianos II 69 e I 70.

8 Antwort. Martin Heidegger im Gespräch, Pfullingen 1988.

9 Athanase, Contra gentes 41-42.

10 E. Kant, Critique de la raison pure, ch. III et VI

11 J.-P. Sartre, Le diable et le bon Dieu, X, 4, Gallimard, Paris 1951, p. 267 s.

12 Athanase, Contra Arianos I, 17-18 (PG 26, 48).

13 Augustin, Commentaire de l’Evangile de Jean, 26,2 (PL 35,1607).

14 Evagre, De oratione 61 (PG 79, 1165).

15 H. von Campenhausen, I Padri greci [Les Pères grecs], Brescia 1967, pp. 103-104.

16 H. de Lubac, Exégèse médiévale, I, 2, Paris 1959, p. 670.

17 H.U. von Balthasar, La prière contemplative, in de Lubac.

18 Tertullien, De carne Christi, 5, 3 (CC 2, p. 881).

Texte intégral de la note publiée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi au sujet de l'Année de la foi

dominicanus #Porta fidei

CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI
Note
avec indications pastorales pour l’Année de la foi

 

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Introduction

Avec la Lettre apostolique Porta fidei du 11 octobre 2011, le Saint-Père Benoît XVI a proclamé une Année de la foi. Elle s’ouvrira le 11 octobre 2012, pour le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile œcuménique Vatican II, et s’achèvera le 24 novembre 2013, Solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ, Roi de l’univers.

 
Cette année sera une occasion propice pour que tous les fidèles comprennent plus profondément que le fondement de la foi chrétienne est « la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive ». Fondée sur la rencontre avec Jésus-Christ ressuscité, la foi pourra être redécouverte dans son intégrité et dans toute sa splendeur. « De nos jours aussi, la foi est un don à redécouvrir, à cultiver et dont il faut témoigner », afin que le Seigneur « accorde à chacun de nous de vivre la beauté et la joie d’être chrétiens ».


Le début de l’Année de la foi coïncide avec le souvenir reconnaissant de deux grands événements qui ont marqué le visage de l’Église en nos jours : le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, voulu par le bienheureux Jean XXIII (11 octobre 1962) et le vingtième anniversaire de la promulgation du Catéchisme de l’Église catholique, offert à l’Église par le bienheureux Jean-Paul II (11 octobre 1992).


Le Concile, selon le Pape Jean XXIII, a voulu « transmettre la doctrine dans sa pureté et dans son intégrité, sans atténuations ni altérations », s’efforçant afin que « cette doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présentée de la façon qui répond aux exigences de notre époque ». À cet égard, l’importance du début de la Constitution Lumen gentium reste décisive : « Le Christ est la lumière des peuples ; réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l’Évangile répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église (cf. Mc 16, 15) ». À partir de la lumière du Christ, qui purifie, illumine et sanctifie dans la célébration de la liturgie sacrée (cf. Constitution Sacrosanctum Concilium) et avec sa parole divine (cf. Constitution dogmatique Dei Verbum), le Concile a voulu approfondir la nature intime de l’Église (cf. Constitution dogmatique Lumen gentium) et son rapport avec le monde contemporain (cf. Constitution pastorale Gaudium et spes). Autour de ses quatre Constitutions, véritables piliers du Concile, se regroupent les Déclarations et les Décrets, qui affrontent quelques-unes des questions majeures de l’époque.


Après le Concile, l’Église s’est engagée dans la réception et dans l’application de son riche enseignement, en continuité avec toute la Tradition, sous la direction sûre du Magistère. Pour favoriser la réception correcte du Concile, les Souverains Pontifes ont convoqué à plusieurs reprises le Synode des évêques, institué par le Serviteur de Dieu Paul VI en 1965, proposant à l’Église des orientations claires par le biais des diverses Exhortations apostoliques post-synodales. La prochaine Assemblée générale du Synode des évêques, au mois d’octobre 2012, aura pour thème : La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne.


Depuis le début de son pontificat, le Pape Benoît XVI s’est engagé fermement en faveur d’une juste compréhension du Concile, repoussant comme erronée la dénommée « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » et promouvant celle qu’il a lui-même appelée « l’“herméneutique de la réforme”, du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Église, que le Seigneur nous a donné ; c’est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche ».


Le Catéchisme de l’Église catholique, se plaçant dans cette perspective, est d’une part un « fruit authentique du Concile Vatican II », et, d’autre part, entend en favoriser la réception. Le Synode extraordinaire des évêques en 1985, convoqué à l’occasion du vingtième anniversaire de la clôture du Concile Vatican II et pour effectuer un bilan de sa réception, a suggéré de préparer ce Catéchisme afin d’offrir au peuple de Dieu un compendium de toute la doctrine catholique et un texte de référence sûr pour les catéchismes locaux. Le Pape Jean-Paul II a accueilli cette proposition comme un désir « répondant pleinement à un vrai besoin de l’Église universelle et des Églises particulières. Rédigé en collaboration avec l’épiscopat entier de l’Église catholique, ce Catéchisme « exprime véritablement ce qu’on peut appeler la “ symphonie” de la foi ».


Le Catéchisme comprend « du neuf et de l’ancien (cf. Mt 13, 52), la foi étant toujours la même et source de lumières toujours nouvelles. Pour répondre à cette double exigence, le Catéchisme de l’Église catholique, d’une part reprend l’ordre “ancien”, traditionnel et déjà suivi par le Catéchisme de saint Pie V, en articulant le contenu en quatre parties : le Credo ; la sainte liturgie, avec les sacrements en premier plan ; l’agir chrétien, exposé à partir des commandements ; et enfin la prière chrétienne. Mais, en même temps, le contenu est souvent exprimé d’une façon “nouvelle”, afin de répondre aux interrogations de notre époque ». Ce Catéchisme est « un instrument valable et autorisé au service de la communion ecclésiale » et « une norme sûre pour l’enseignement de la foi ». Les contenus de la foi trouvent en lui « leur synthèse systématique et organique. Ici, en effet, émerge la richesse d’enseignement que l’Église a accueilli, gardé et offert au cours de ses deux mille ans d’histoire. De la sainte Écriture aux Pères de l’Église, des Maîtres de théologie aux Saints qui ont traversé les siècles, le Catéchisme offre une mémoire permanente des nombreuses façons dans lesquelles l’Église a médité sur la foi et produit un progrès dans la doctrine pour donner certitude aux croyants dans leur vie de foi ».


L’Année de la foi veut contribuer à une conversion renouvelée au Seigneur Jésus et à la redécouverte de la foi, afin que tous les membres de l’Église soient des témoins crédibles et joyeux du Seigneur ressuscité dans le monde d’aujourd’hui, capables d’indiquer aux nombreuses personnes en recherche la “porte de la foi”. Cette “porte” ouvre grand le regard de l’homme sur Jésus-Christ, présent au milieu de nous « tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Il nous montre comment « l’art de vivre » s’apprend « dans un rapport intense avec Lui ». « Par son amour, Jésus-Christ attire à lui les hommes de toutes générations : en tous temps il convoque l’Église lui confiant l’annonce de l’Évangile, avec un mandat qui est toujours nouveau. C’est pourquoi aujourd’hui aussi un engagement ecclésial plus convaincu en faveur d’une nouvelle évangélisation pour redécouvrir la joie de croire et retrouver l’enthousiasme de communiquer la foi est nécessaire ».


Par mandat du Pape Benoît XVI, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a rédigé, en accord avec les Dicastères compétents du Saint-Siège et avec la contribution du Comité pour la préparation de l’Année de la foi, la présente Note accompagnée de quelques indications pour vivre ce temps de grâce, sans exclure d’autres propositions que l’Esprit Saint voudra susciter parmi les pasteurs et les fidèles dans les différentes parties du monde.


Indications

« Je sais en qui j’ai mis ma foi » (2 Tm 1, 12) : cette parole de saint Paul nous aide à comprendre que la foi « est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu ; elle est en même temps, et inséparablement, l’assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélée ». La foi comme confiance personnelle dans le Seigneur et la foi que nous professons dans le Credo sont inséparables, elles s’appellent et s’exigent mutuellement. Il existe un lien profond entre la foi vécue et ses contenus : la foi des témoins et des confesseurs est également la foi des apôtres et des docteurs de l’Église.


Dans ce sens, les indications suivantes pour l’Année de la foi désirent favoriser tant la rencontre avec le Christ au travers d’authentiques témoins de la foi, que la connaissance toujours plus grande de ses contenus. Il s’agit de propositions qui entendent solliciter, par mode d’exemple, la réponse empressée de l’Église à l’invitation du Saint-Père à vivre pleinement cette Année comme un « temps de grâce » spécial. La redécouverte joyeuse de la foi pourra aussi contribuer à consolider l’unité et la communion entre les diverses réalités composant la grande famille de l’Église.


I. Au niveau de l’Église universelle

1. Le principal événement ecclésial au début de l’Année de la foi sera la XIIIe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, convoquée par le Pape Benoît XVI pour le mois d’octobre 2012 et dédiée à La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne. Durant ce Synode, le 11 octobre 2012 aura lieu une célébration d’ouverture solennelle de l’Année de la foi, pour le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II.


2. Au cours de l’Année de la foi, il conviendra d’encourager les pèlerinages des fidèles auprès du Siège de Pierre, pour y professer la foi en Dieu Père, Fils et Esprit Saint, en s’unissant avec celui qui, aujourd’hui, est appelé à confirmer ses frères dans la foi (cf. Lc 22, 32). Il sera aussi important de favoriser les pèlerinages en Terre Sainte, lieu qui a vu en premier la présence de Jésus, le Sauveur, et de Marie, sa mère.


3. Au cours de cette Année, il sera utile d’inviter les fidèles à s’adresser avec une particulière dévotion à Marie, figure de l’Église, qui « rassemble et reflète en elle-même d’une certaine façon les requêtes suprêmes de la foi ». Il faut donc encourager toute initiative aidant les fidèles à reconnaître le rôle particulier de Marie dans le mystère du salut, à l’aimer filialement et à en suivre la foi et les vertus. À cet effet, il sera très opportun d’organiser des pèlerinages, des célébrations et des rencontres auprès des sanctuaires les plus importants.


4. La prochaine Journée mondiale de la jeunesse à Rio de Janeiro au mois de juillet 2013 offrira aux jeunes une occasion privilégiée pour expérimenter la joie qui provient de la foi au Seigneur Jésus et de la communion avec le Saint-Père, dans la grande famille de l’Église.


5. Il est souhaitable qu’il y ait des symposiums, des colloques et des rassemblements de large envergure, même au niveau international, afin de favoriser la rencontre avec d’authentiques témoins de la foi et la connaissance des contenus de la doctrine catholique. En montrant comment aujourd’hui encore la Parole de Dieu continue à croître et à se répandre, il sera important de rendre témoignage au fait qu’en Jésus-Christ « trouve son achèvement tout tourment et toute aspiration du cœur humain » et que la foi « devient un nouveau critère d’intelligence et d’action qui change toute la vie de l’homme ». Certains colloques seront consacrés en particulier à la redécouverte des enseignements du Concile Vatican II.


6. À tous les croyants, l’Année de la foi offrira une occasion propice pour approfondir la connaissance des principaux Documents du Concile Vatican II et l’étude du Catéchisme de l’Église catholique. Ceci vaut en particulier pour les candidats au sacerdoce, surtout au cours de l’année propédeutique ou des premières années d’études théologiques, pour les novices des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique, ainsi que pour ceux qui vivent un temps d’essai en vue de rejoindre une Association ou un Mouvement ecclésial.


7. Cette Année sera une occasion propice pour un accueil plus attentif des homélies, des catéchèses, des discours et des autres interventions du Saint-Père. Les Pasteurs, les personnes consacrées et les fidèles laïcs seront invités à un engagement renouvelé pour une adhésion effective et cordiale à l’enseignement du Successeur de Pierre.


8. Durant l’Année de la foi et en collaboration avec le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, on souhaite diverses initiatives œcuméniques destinées à implorer et à favoriser « la restauration de l’unité entre tous les chrétiens », qui est « l’un des objectifs principaux du saint Concile œcuménique de Vatican II ». Il y aura en particulier une célébration œcuménique solennelle pour réaffirmer la foi au Christ de la part de tous les baptisés.


9. Un Secrétariat spécial sera institué auprès du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, afin de coordonner les diverses initiatives concernant l’Année de la foi promues par les différents Dicastères du Saint-Siège, ou ayant du moins une importance pour l’Église universelle. Il conviendra d’informer ce Secrétariat à temps au sujet des principaux événements organisés ; celui-ci pourra également suggérer des initiatives opportunes en la matière. Le Secrétariat ouvrira pour l’occasion un site internet destiné à offrir toute information utile pour vivre efficacement l’Année de la foi.


10. Pour conclure cette Année, en la solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ, Roi de l’univers, une Eucharistie sera célébrée par le Saint-Père, au cours de laquelle on renouvellera solennellement la profession de foi.


II. Au niveau des Conférences épiscopales

1. Les Conférences épiscopales pourront consacrer une journée d’étude au thème de la foi, de son témoignage personnel et de sa transmission aux nouvelles générations, conscients de la mission spécifique des évêques comme maîtres et « hérauts de la foi ».


2. Il sera utile de republier les Documents du Concile Vatican II, du Catéchisme de l’Église catholique et de son Compendium, également en éditions économiques de poche, et de les diffuser plus largement à l’aide des moyens électroniques et des technologies modernes.


3. Un effort renouvelé est souhaitable afin de traduire les Documents du Concile Vatican II et le Catéchisme de l’Église catholique dans les langues dans lesquelles ils ne sont pas encore disponibles. On encourage les initiatives de soutien caritatif pour ce genre de traduction dans les langues locales des pays en terre de mission, dans lesquels les Églises particulières ne peuvent assurer les dépenses. Cela devra être mené sous la direction de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples.


4. Utilisant les nouveaux langages de la communication, les Pasteurs s’efforceront de promouvoir des émissions télévisées ou radiophoniques, des films et des publications – y compris au niveau populaire accessible au grand public – consacrées au thème de la foi, de ses principes et de ses contenus, ainsi que sur la signification ecclésiale du Concile Vatican II.
5. Les saints et les bienheureux sont les témoins authentiques de la foi. Il sera donc opportun que les Conférences épiscopales fassent mieux connaître les saints de leur propre territoire, en recourant aux moyens modernes de communication sociale.


6. Le monde contemporain est sensible au rapport entre la foi et l’art. On recommande donc aux Conférences épiscopales de mettre en valeur adéquatement, dans une perspective catéchétique et, éventuellement, en collaboration œcuménique, le patrimoine des œuvres d’art repérables dans les lieux confiés à leur charge pastorale.


7. Ceux qui enseignent dans les centres d’études théologiques, les séminaires et les Universités catholiques sont invités à montrer, dans leur enseignement, l’importance des contenus du Catéchisme de l’Église catholique et des implications qui en découlent pour leurs disciplines respectives.


8. Avec l’aide de théologiens et d’auteurs compétents, il sera utile de préparer des instruments de travail de caractère apologétique (cf. 1 P 3, 15). Chaque fidèle pourra ainsi mieux répondre aux questions qui se posent dans les différents milieux culturels, en rapport au défi des sectes, aux problèmes liés à la sécularisation et au relativisme, aux « interrogations qui proviennent d’une mentalité changée qui, particulièrement aujourd’hui, réduit le domaine des certitudes rationnelles à celui des conquêtes scientifiques et technologiques », tout comme à d’autres difficultés spécifiques.


9. Il est souhaitable de vérifier les catéchismes locaux et les différents instruments de travail catéchétiques en usage dans les Églises particulières, pour assurer leur pleine conformité avec le Catéchisme de l’Église catholique. Au cas où certains catéchismes ou instruments de travail pour la catéchèse ne seraient pas en plein accord avec le Catéchisme ou manifesteraient des lacunes, on commencera à en élaborer de nouveaux, éventuellement selon l’exemple et avec l’aide d’autres Conférences épiscopales qui ont déjà pris le soin d’en rédiger.


10. En collaboration avec la Congrégation pour l’Éducation Catholique, qui est compétente, il sera opportun de vérifier la présence des contenus du Catéchisme de l’Église catholique dans la Ratio de formation des futurs prêtres et dans le cursus de leurs études théologiques.


III. Au plan diocésain

1. Il faut souhaiter que, dans chaque Église particulière, on fasse une célébration d’ouverture et une conclusion solennelle de l’Année de la foi, pour « confesser la foi dans le Seigneur ressuscité dans nos cathédrales et dans les églises du monde entier ».


2. Il sera opportun d’organiser dans chaque diocèse du monde une journée sur le Catéchisme de l’Église catholique, en invitant particulièrement les prêtres, les personnes consacrées et les catéchistes. À cette occasion, par exemple, les éparchies orientales catholiques pourront faire une réunion de prêtres pour témoigner de leur sensibilité et de leur tradition liturgique propres à l’intérieur de l’unique foi au Christ ; ainsi les jeunes Églises particulières en terre de mission pourront-elles être invitées à donner un nouveau témoignage de la joie de la foi qui les caractérise tant.


3. Chaque évêque pourra consacrer une lettre pastorale au thème de la foi, en rappelant l’importance du Concile Vatican II et du Catéchisme de l’Église catholique, et en tenant compte des conditions pastorales spécifiques de la portion de fidèles qui lui est confiée.


4. On souhaite que, sous la responsabilité de l’évêque, on organise dans chaque diocèse des moments de catéchèse destinés aux jeunes et à ceux qui cherchent le sens de leur vie, afin de découvrir la beauté de la foi de l’Église, et que l’on organise des rencontres avec ses témoins privilégiés.


5. Il sera opportun de vérifier la réception du Concile Vatican II et du Catéchisme de l’Église catholique dans la vie et la mission de chaque Église particulière, surtout dans le domaine de la catéchèse. Pour ce faire, on espère que, soutenus par les Commissions des Conférences épiscopales pour la catéchèse, les Services diocésains de la catéchèse, qui ont le devoir de veiller à la formation des catéchistes sur le plan des contenus de la foi, feront un nouvel effort.


6. La formation permanente du clergé pourra être centrée, particulièrement au cours de cette Année de la foi, sur les textes du Concile Vatican II et sur le Catéchisme de l’Église catholique, en traitant, par exemple, des thèmes comme « l’annonce du Christ ressuscité », « l’Église sacrement du salut », « la mission d’évangélisation dans le monde d’aujourd’hui », « la foi et l’incrédulité », « la foi, l’œcuménisme et le dialogue interreligieux », « la foi et la vie éternelle », « l’herméneutique de la réforme dans la continuité », « le catéchisme dans la charge pastorale ordinaire ».


7. On invite les évêques à organiser, surtout pendant le Carême, des célébrations pénitentielles pour demander pardon à Dieu, en particulier pour les péchés contre la foi. Cette Année sera aussi un temps favorable pour s’approcher avec plus de foi et plus souvent du sacrement de pénitence.


8. On espère inciter le monde académique et celui de la culture à de nouvelles occasions de dialogue créatif entre foi et raison, par des symposiums, des colloques et des journées d’étude, surtout dans les Universités catholiques, afin de montrer « comment entre foi et science authentique il ne peut y avoir aucun conflit parce que les deux, même si c’est par des chemins différents, tendent à la vérité ».


9. Il sera important de favoriser des rencontres avec des personnes qui, « bien que ne reconnaissant pas en soi le don de la foi, sont quand même dans une recherche sincère du sens ultime et de la vérité définitive sur leur existence et sur le monde », en s’inspirant aussi des dialogues du Parvis des gentils, initiés sous la direction du Conseil pontifical de la Culture.


10. L’Année de la foi pourra être l’occasion de faire davantage attention aux écoles catholiques, lieux adaptés pour offrir aux élèves un vivant témoignage du Seigneur et pour cultiver leur foi, en rappelant opportunément l’existence de bons instruments catéchétiques à utiliser, comme, par exemple, le Compendium du Catéchisme de l’Église catholique ou le Youcat.


IV. Au plan des paroisses, des communautés, des associations et des mouvements

1. Pour préparer l’Année de la foi, tous les fidèles sont invités à lire et à méditer avec attention la Lettre apostolique Porta fidei du Saint-Père Benoît XVI.


2. L’Année de la foi « sera une occasion propice pour intensifier la célébration de la foi dans la liturgie, et en particulier dans l’Eucharistie ». Dans l’Eucharistie, mystère de la foi et source de la nouvelle évangélisation, la foi de l’Église est proclamée, célébrée et fortifiée. Tous les fidèles sont invités à y prendre part consciemment, activement et fructueusement, pour être d’authentiques témoins du Seigneur.


3. Les prêtres pourront étudier plus attentivement les textes du Concile Vatican II et du Catéchisme de l’Église catholique, en s’en inspirant pour la pastorale paroissiale – catéchèse, prédication, préparation aux sacrements – et en proposant des cycles d’homélies sur la foi ou sur certains de ses aspects spécifiques, comme, par exemple, « la rencontre avec le Christ », « les contenus fondamentaux du Credo », « la foi et l’Église ».


4. Les catéchistes pourront puiser davantage dans la richesse doctrinale du Catéchisme de l’Église catholique et, sous la responsabilité de leurs curés, guider des groupes de fidèles dans la lecture et l’approfondissement en commun de cet instrument précieux, afin de former de petites communautés de foi et de témoignage rendus au Seigneur Jésus.


5. On espère assister, dans les paroisses, à un effort nouveau de diffusion et de distribution du Catéchisme de l’Église catholique ou d’autres instruments de travail adaptés aux familles, véritables églises domestiques et premiers lieux de transmission de la foi, par exemple dans le cadre des bénédictions de maisons, des baptêmes d’adultes, des confirmations et des mariages. Cela pourra contribuer à la confession et à l’approfondissement de la doctrine catholique « dans nos maisons et auprès de nos familles, pour que chacun ressente avec force l’exigence de mieux connaître et de transmettre aux générations futures la foi de toujours ».
6. Il sera opportun de promouvoir des missions populaires et d’autres initiatives, dans les paroisses et sur les lieux de travail, pour aider les fidèles à redécouvrir le don de la foi baptismale et la responsabilité de son témoignage, dans la conscience que la vocation chrétienne « est aussi par nature vocation à l’apostolat ».


7. Les membres des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique sont invités, au cours de cette année, à s’engager dans la nouvelle évangélisation par une adhésion plus ferme au Seigneur Jésus, grâce à l’apport de leurs charismes propres et dans la fidélité au Saint-Père et à la saine doctrine.


8. Pendant l’Année de la foi, les communautés contemplatives se donneront particulièrement à la prière pour le renouvellement de la foi dans le Peuple de Dieu et pour un nouvel élan dans sa transmission aux jeunes générations.


9. Les associations et les mouvements ecclésiaux sont invités à favoriser des initiatives spécifiques qui, grâce à leur charisme propre et en collaboration avec les Pasteurs locaux, s’insèreront dans le grand événement de l’Année de la foi. Les communautés nouvelles et les mouvements ecclésiaux sauront, de manière créative et généreuse, trouver les moyens les plus appropriés pour offrir leur témoignage de foi au service de l’Église.


10. Tous les fidèles, appelés à raviver le don de la foi, chercheront à communiquer leur expérience de foi et de charité, en dialoguant avec leurs frères et sœurs, y compris des autres confessions chrétiennes, avec les adeptes d’autres religions et avec ceux qui ne croient pas ou qui sont indifférents. On espère que, de la sorte, le peuple chrétien tout entier entreprendra une sorte de mission à l’égard de ceux avec lesquels il vit et travaille, conscient d’avoir reçu « un message de salut qu’il faut proposer à tous ».


Conclusion

La foi « est une compagne de vie qui permet de percevoir avec un regard toujours nouveau les merveilles que Dieu réalise pour nous. Engagée à saisir les signes des temps dans l’aujourd’hui de l’histoire, la foi incite chacun de nous à devenir signe vivant de la présence du Ressuscité dans le monde ». La foi est un acte personnel en même temps que communautaire : c’est un don de Dieu, qui est vécu dans la grande communion de l’Église et doit être communiqué au monde. Chaque initiative prise pour l’Année de la foi veut favoriser la redécouverte joyeuse et le renouvellement du témoignage de la foi. Les indications ici présentées ont pour but d’inviter tous les membres de l’Église à s’engager pour que cette Année soit une occasion privilégiée pour partager ce que le chrétien a de plus cher : le Christ Jésus, Rédempteur de l’homme, Roi de l’univers, « principe et terme de la foi » (He 12, 2).

Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 6 janvier 2012, en la solennité de l’Épiphanie du Seigneur.


William Card. Levada
Préfet

+ Luis F. Ladaria, S.I.
Archevêque titulaire de Thibica
Secrétaire

Communiqué à propos de la Note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi relative aux indications pastorales de l'Année de la foi

dominicanus #Porta fidei

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Le concile Vatican II fêtera bientôt ses 50 ans. A cette occasion, Benoît XVI a annoncé en octobre 2011 une "Année de la foi". Cette année de la foi débutera le 11 octobre prochain et s’achèvera le 24 novembre 2013pour coïncider avec l’ouverture à Rome du synode pour la nouvelle évangélisation. Ce jeudi matin, une note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi apporte des précisions sur cet évènement de l'Eglise. Un document plus détaillé sera publié samedi prochain 7 janvier. Les précisions d'Olivier Bonnel


Communiqué à propos de la Note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi
relative aux indications pastorales de l'Année de la foi

L'Année de la foi a été annoncée par la Lettre apostolique Porta Fidei du 11 octobre 2011. Elle débutera le 11 octobre prochain, cinquantième anniversaire de l'ouverture du Concile oecuménique Vatican II, et se conclura le 24 octobre 2013, en la solennité du Christ Roi. Comme il l'a annoncé à l'aube de son pontificat, Benoît XVI entend replacer au centre de l'attention ecclésiale la rencontre avec Jésus-Christ, et avec la beauté de la foi qu'il dégage. Consciente des questions dont la foi est sujet, l'Eglise ressent comme tout à fait actuelle la question que le Seigneur se posait: Lorsque le Fils de l'homme reviendra sur terre, y trouvera-t-il encore la foi? (Lc 18, 8). Si la foi n'est pas revitalisée, déclarait le Saint-Père lors des voeux à la Curie Romaine (22 décembre 2011), si elle n'est pas une conviction profonde et une force tirée de la rencontre avec le Christ, aucune réforme ne sera efficace.

A la demande du Saint-Père, en collaboration avec certains dicastères et le Comité préparatoire de l'Année de la foi, la Congrégation a rédigé une Note sur les indications pastorales de l'Année de la foi. Constitué près cette même congrégation, ce comité compte le Cardinal William Levada, le Cardinal Francis Arinze, le Cardinal Angelo Bagnasco, le Cardinal Ivan Dias, le Cardinal Francis E. George, le Cardinal Zenon Grocholewski, le Cardinal Marc Ouellet, le Cardinal Mauro Piacenza, le Cardinal Jean-Pierre Ricard, le Cardinal Stanisław Ryłko et le Cardinal Christoph Schönborn, Mgr. Salvatore Fisichella, Mgr. Luis F. Ladaria, Mgr. Mario Del Valle Moronta Rodríguez, Mgr. Gerhard Ludwig Müller et Mgr. Raffaello Martinelli.

Daté de l'Epiphanie et publiée le lendemain, le document comprend une introduction, qui rappelle que l'Année de la foi entend contribuer à raviver chez tous les fidèles l'adhésion au Seigneur et à approfondir la foi. Ainsi pourront-ils être des témoins crédibles du Ressuscité, capable d'indiquer aux autres la porte de la foi.

Le début de l'Année de la foi coïncide avec deux grands évènements de l'histoire de l'Eglise, l'ouverture de Vatican II (11 octobre 1962), concile voulu par le bienheureux Jean XXIII, et le Catéchisme de l'Eglise catholique (11 octobre 1992), voulu par le bienheureux Jean-Paul II.

"A partir de la lumière du Christ, ...le Concile Vatican II a voulu approfondir la nature intime de l'Eglise et son rapport avec le monde contemporain... Après le concile, l'Eglise s'est engagée dans la réception et dans l'application de son riche enseignement, en continuité avec toute la tradition, sous la sûre direction du magistère".

 
"Pour favoriser une correcte réception du concile, les Souverains Pontifes ont convoqué à plusieurs reprises le Synode des évêques, ...en proposant à l'Eglise des orientations claires par le biais d'exhortations apostoliques post-synodales. La prochaine assemblée générale du Synode (octobre 2012) aura pour thème: La nouvelle évangélisation pour transmettre la foi chrétienne".


"Depuis le début de son pontificat, Benoît XVI s'est fermement engagé en faveur d'une juste compréhension du concile, repoussant comme erronée ce qu'on appelle "l'herméneutique de la discontinuité et de la rupture" et promouvant ce qu'il a baptisé "l'herméneutique de la réforme" et du renouveau dans la continuité".

Le Catéchisme de l'Eglise catholique, "fruit authentique du Concile Vatican II" qui prend place dans un "renouveau dans la continuité", comprend "du neuf et de l'ancien". Il reprend l'ordre traditionnel de la catéchèse qu'il articule en quatre parties: le Crédo, la liturgie, l'agir chrétien et la prière, tout en l'exprimant de manière à répondre à notre temps.


L'Année de la foi sera une excellente occasion pour étudier et diffuser le contenu de Vatican II et du Catéchisme.

Les indications pastorales de la Note tendent à favoriser "la rencontre avec le Christ grâce à de vrais témoins de la foi, comme une meilleure connaissance des contenus de la foi". Celles ci n'entendent pas exclure d'autres propositions que l'Esprit pourrait susciter de par le monde parmi pasteurs et fidèles. Etant donné que ses compétences ne se limitent pas à la défense de la doctrine authentique et à la correction des erreurs, la Congrégation pour la doctrine de la foi apportera son soutien à tout ce qui favorise la vérité de la foi (Pastor Bonus, nn. 48-51).

Les propositions de la Note s'articulent en quatre parties: 1) Eglise universelle; 2) Conférences épiscopales; 3) Diocèses; 4) Paroisses, Communautés, Associations et Mouvements, dont voici quelques exemples.


Parallèlement à l'ouverture solennelle de l'Année de la foi et aux autres manifestations présidées par le Pape, tels le Synode des évêques de 2012 ou la JMJ de 2013, on suggère des initiatives oecuméniques destinées à favoriser le rétablissement de l'unité des chrétiens. Ainsi, une cérémonie oecuménique solennelle réaffirmera la foi dans le Christ de tous les baptisés.


Les conférences épiscopales sont encouragées à améliorer la qualité de la formation catéchistique universelle comme celle des catéchismes et manuels locaux, afin qu'ils soient parfaitement conformes au Catéchisme de l'Eglise catholique. La même attention sera portée à l'utilisation des techniques de la communication et de l'expression artistique: émissions de radio et télévision, films et publications sur la foi et son contenu, sur la valeur ecclésiale de Vatican II, y compris pour le grand public.


Au niveau diocésain ensuite, cette année particulière devra être une occasion de faire dialoguer positivement foi et raison, par le biais de congrès ou de journées d'étude, notamment près les universités catholiques. Mais aussi d'organiser des cérémonies pénitentielles, qui insisteront tout particulièrement sur les péchés contre la foi.


Enfin, dans les diverses structures base de la communauté ecclésiale, on insistera sur la célébration de la foi dans la liturgie, tout particulièrement dans l'Eucharistie car, "dans l'Eucharistie, mystère de la foi et source de la nouvelle évangélisation, c'est la foi de l'Eglise qui est proclamée, célébrée et fortifiée". De toutes ces initiatives doivent naître, croître et dépendre toutes les autres propositions, en particulier celles des nouvelles communautés et mouvements ecclésiaux.

Un Secrétariat pour l'Année de la foi sera institué près le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation, qui coordonnera les initiatives des dicastères romains comme celle de dimension ecclésiale universelle. En mesure de proposer des initiatives pour l'Année, il disposera d'un site internet spécifique destiné à fournir toutes les informations sur son déroulement. Les indications pastorales de la Note de la Congrégation pour la doctrine de la foi veulent inviter tous les fidèles à s'engager dans l'Année de la foi, afin de "partager ce que le chrétien a de plus cher, le Christ Jésus, rédempteur de l'homme, roi de l'univers, principe et finalité de la foi".

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Porta fidei : un Motu proprio du Pape Benoît XVI pour l'Année de la Foi

dominicanus #Porta fidei

Lettre Apostolique en forme de Motu proprio Porta fidei du Souverain Pontife Benoît XVI par laquelle est promulguée l’Année de la foi

 

porta fidei




1. « La porte de la foi » (cf. Ac 14, 27) qui introduit à la vie de communion avec Dieu et permet l’entrée dans son Église est toujours ouverte pour nous. Il est possible de franchir ce seuil quand la Parole de Dieu est annoncée et que le cœur se laisse modeler par la grâce qui transforme. Traverser cette porte implique de s’engager sur un chemin qui dure toute la vie. Il commence par le baptême (cf. Rm 6, 4), par lequel nous pouvons appeler Dieu du nom de Père, et s’achève par le passage de la mort à la vie éternelle, fruit de la résurrection du Seigneur Jésus qui, par le don de l’Esprit Saint, a voulu associer à sa gloire elle-même tous ceux qui croient en lui (cf. Jn 17, 22). Professer la foi dans la Trinité – Père, Fils et Saint-Esprit – équivaut à croire en un seul Dieu qui est Amour (cf. 1 Jn 4, 8) : le Père, qui dans la plénitude des temps a envoyé son Fils pour notre salut ; Jésus-Christ, qui dans le mystère de sa mort et de sa résurrection a racheté le monde ; le Saint-Esprit, qui conduit l’Église à travers les siècles dans l’attente du retour glorieux du Seigneur.

2. Depuis le commencement de mon ministère comme Successeur de Pierre, j’ai rappelé l’exigence de redécouvrir le chemin de la foi pour mettre en lumière de façon toujours plus évidente la joie et l’enthousiasme renouvelé de la rencontre avec le Christ. Dans l’homélie de la messe pour l’inauguration de mon pontificat je disais : « L’Église dans son ensemble, et les pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude ». Il arrive désormais fréquemment que les chrétiens se préoccupent davantage pour les conséquences sociales, culturelles et politiques de leur engagement, continuant à penser la foi comme un présupposé évident du vivre en commun. En effet, ce présupposé non seulement n’est plus tel mais souvent il est même nié. Alors que dans le passé il était possible de reconnaître un tissu culturel unitaire, largement admis dans son renvoi aux contenus de la foi et aux valeurs inspirées par elle, aujourd’hui il ne semble plus en être ainsi dans de grands secteurs de la société, en raison d’une profonde crise de la foi qui a touché de nombreuses personnes.

3. Nous ne pouvons accepter que le sel devienne insipide et que la lumière soit tenue cachée (cf. Mt 5, 13-16). Comme la samaritaine, l’homme d’aujourd’hui peut aussi sentir de nouveau le besoin de se rendre au puits pour écouter Jésus qui invite à croire en lui et à puiser à sa source, jaillissante d’eau vive (cf. Jn 4, 14). Nous devons retrouver le goût de nous nourrir de la Parole de Dieu, transmise par l’Église de façon fidèle, et du Pain de la vie, offerts en soutien de tous ceux qui sont ses disciples (cf. Jn 6, 51). L’enseignement de Jésus, en effet, résonne encore de nos jours avec la même force : « Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle » (Jn 6, 27). L’interrogation posée par tous ceux qui l’écoutaient est la même aussi pour nous aujourd’hui : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » (Jn 6, 28). Nous connaissons la réponse de Jésus : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qui l’a envoyé » (Jn 6, 29). Croire en Jésus Christ est donc le chemin pour pouvoir atteindre de façon définitive le salut.

4. A la lumière de tout ceci j’ai décidé de promulguer une Année de la foi. Elle commencera le 11 octobre 2012, lors du cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, et se terminera en la solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ Roi de l’univers, le 24 novembre 2013. Le 11 octobre 2012, aura lieu aussi le vingtième anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Église catholique, texte promulgué par mon Prédécesseur, le Bienheureux Pape Jean-Paul II, dans le but d’exposer à tous les fidèles la force et la beauté de la foi. Ce document, fruit authentique du Concile Vatican II, fut souhaité par le Synode extraordinaire des Évêques de 1985 comme instrument au service de la catéchèse et fut réalisé grâce à la collaboration de tout l’épiscopat de l’Église catholique. Et j’ai précisément convoqué l’Assemblée générale du Synode des Évêques, au mois d’octobre 2012, sur le thème de La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne. Ce sera une occasion propice pour introduire la structure ecclésiale tout entière à un temps de réflexion particulière et de redécouverte de la foi. Ce n’est pas la première fois que l’Église est appelée à célébrer une Année de la foi. Mon vénéré Prédécesseur, le Serviteur de Dieu Paul VI en avait décidée une semblable en 1967, pour faire mémoire du martyre des Apôtres Pierre et Paul à l’occasion du dix-neuvième centenaire de leur témoignage suprême. Il la pensa comme un moment solennel pour que dans toute l’Église il y eut « une profession authentique et sincère de la même foi » ; en outre, il voulut que celle-ci soit confirmée de manière « individuelle et collective, libre et consciente, intérieure et extérieure, humble et franche ». Il pensait que de cette façon l’Église tout entière pourrait reprendre « une conscience plus nette de sa foi, pour la raviver, la purifier, la confirmer et la proclamer ». Les grands bouleversements qui se produiront en cette Année, ont rendu encore plus évidente la nécessité d’une telle célébration. Elle s’est conclue par la Profession de foi du Peuple de Dieu, pour attester combien les contenus essentiels qui depuis des siècles constituent le patrimoine de tous les croyants ont besoin d’être confirmés, compris et approfondis de manière toujours nouvelle afin de donner un témoignage cohérent dans des conditions historiques différentes du passé. 

5. Pour certains aspects, mon Vénéré Prédécesseur a vu cette Année comme une « conséquence et une exigence de l’après-Concile », bien conscient des graves difficultés du temps, surtout en ce qui concerne la profession de la vraie foi et sa juste interprétation. J’ai considéré que faire commencer l’Année de la foi en coïncidence avec le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II peut être une occasion propice pour comprendre que les textes laissés en héritage par les Pères conciliaires, selon les paroles du bienheureux Jean Paul II, « ne perdent rien de leur valeur ni de leur éclat. Il est nécessaire qu’ils soient lus de manière appropriée, qu’ils soient connus et assimilés, comme des textes qualifiés et normatifs du Magistère, à l’intérieur de la Tradition de l’Église… Je sens plus que jamais le devoir d’indiquer le Concile comme la grande grâce dont l’Église a bénéficié au vingtième siècle : il nous offre une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence ». Moi aussi j’entends redire avec force tout ce que j’ai eu à dire à propos du Concile quelques mois après mon élection comme Successeur de Pierre : « Si nous le lisons et le recevons guidés par une juste herméneutique, il peut être et devenir toujours davantage une grande force pour le renouveau, toujours nécessaire, de l’Église ».

6. Le renouveau de l’Église passe aussi à travers le témoignage offert par la vie des croyants : par leur existence elle-même dans le monde les chrétiens sont en effet appelés à faire resplendir la Parole de vérité que le Seigneur Jésus nous a laissée. Justement le Concile, dans la Constitution dogmatique Lumen gentium affirmait : « Tandis que le Christ, ‘saint, innocent, sans tâche’ (He 7, 26), n’a pas connu le péché (cf. 2 Co 5, 21), venant seulement expier les péchés du peuple (cf. He 2, 17), l’Église, elle, qui enferme des pécheurs dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement. ‘L’Église avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu’, annonçant la croix et la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne (cf. 1 Co 11, 26). La vertu du Seigneur ressuscité est sa force pour lui permettre de vaincre dans la patience et la charité les afflictions et les difficultés qui lui viennent à la fois du dehors et du dedans, et de révéler fidèlement au milieu du monde le mystère du Seigneur, encore enveloppé d’ombre, jusqu’au jour où, finalement, il éclatera dans la pleine lumière ». 

Dans cette perspective, l’Année de la foi est une invitation à une conversion authentique et renouvelée au Seigneur, unique Sauveur du monde. Dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, Dieu a révélé en plénitude l’Amour qui sauve et qui appelle les hommes à convertir leur vie par la rémission des péchés (cf. Ac 5, 31). Pour l’Apôtre Paul, cet Amour introduit l’homme à une vie nouvelle : « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle » (Rm 6, 4). Grâce à la foi, cette vie nouvelle modèle toute l’existence humaine sur la nouveauté radicale de la résurrection. Dans la mesure de sa libre disponibilité, les pensées et les sentiments, la mentalité et le comportement de l’homme sont lentement purifiés et transformés, sur un chemin jamais complètement terminé en cette vie. La « foi opérant par la charité » (Ga 5, 6) devient un nouveau critère d’intelligence et d’action qui change toute la vie de l’homme (cf. Rm 12, 2 ; Col 3, 9-10 ; Ep 4, 20-29 ; 2 Co 5, 17). 

7. « Caritas Christi urget nos » (2 Co 5, 14) : c’est l’amour du Christ qui remplit nos cœurs et nous pousse à évangéliser. Aujourd’hui comme alors, il nous envoie par les routes du monde pour proclamer son Évangile à tous les peuples de la terre (cf. Mt 28, 19). Par son amour, Jésus-Christ attire à lui les hommes de toutes générations : en tous temps il convoque l’Église lui confiant l’annonce de l’Évangile, avec un mandat qui est toujours nouveau. C’est pourquoi aujourd’hui aussi un engagement ecclésial plus convaincu en faveur d’une nouvelle évangélisation pour redécouvrir la joie de croire et retrouver l’enthousiasme de communiquer la foi est nécessaire. L’engagement missionnaire des croyants, qui ne peut jamais manquer, puise force et vigueur dans la redécouverte quotidienne de son amour. En effet, la foi grandit quand elle est vécue comme expérience d’un amour reçu et quand elle est communiquée comme expérience de grâce et de joie. Elle rend fécond, parce qu’elle élargit le cœur dans l’espérance et permet d’offrir un témoignage capable d’engendrer : en effet elle ouvre le cœur et l’esprit de tous ceux qui écoutent à accueillir l’invitation du Seigneur à adhérer à sa Parole pour devenir ses disciples. Les croyants, atteste saint Augustin, « se fortifient en croyant ». Le saint Évêque d’Hippone avait de bonnes raisons pour s’exprimer de cette façon. Comme nous le savons, sa vie fut une recherche continuelle de la beauté de la foi jusqu’à ce que son cœur ne trouve le repos en Dieu. Ses nombreux écrits, dans lesquels sont expliquées l’importance de croire et la vérité de la foi, demeurent jusqu’à nos jours comme un patrimoine de richesse inégalable et permettent encore à de nombreuses personnes en recherche de Dieu de trouver le juste parcours pour accéder à la « porte de la foi ». 

Donc, la foi grandit et se renforce seulement en croyant; il n’y a pas d’autre possibilité pour posséder une certitude sur sa propre vie sinon de s’abandonner, dans un crescendo continu, entre les mains d’un amour qui s’expérimente toujours plus grand parce qu’il a son origine en Dieu.

8. En cette heureuse occasion, j’entends inviter les confrères Évêques du monde entier à s’unir au Successeur de Pierre, en ce temps de grâce spirituelle que le Seigneur nous offre, pour faire mémoire du don précieux de la foi. Nous voudrons célébrer cette Année de manière digne et féconde. La réflexion sur la foi devra s’intensifier pour aider tous ceux qui croient au Christ à rendre plus consciente et à revigorer leur adhésion à l’Évangile, surtout en un moment de profond changement comme celui que l’humanité est en train de vivre. Nous aurons l’opportunité de confesser la foi dans le Seigneur ressuscité dans nos cathédrales et dans les églises du monde entier ; dans nos maisons et auprès de nos familles, pour que chacun ressente avec force l’exigence de mieux connaître et de transmettre aux générations futures la foi de toujours. Les communautés religieuses comme celles des paroisses, et toutes les réalités ecclésiales anciennes et nouvelles, trouveront la façon, en cette Année, de rendre une profession publique du Credo.

9. Nous désirons que cette Année suscite en chaque croyant l’aspiration à confesser la foi en plénitude et avec une conviction renouvelée, avec confiance et espérance. Ce sera aussi une occasion propice pour intensifier la célébration de la foi dans la liturgie, et en particulier dans l’Eucharistie, qui est « le sommet auquel tend l’action de l’Église, et en même temps la source d’où découle toute sa force ». En même temps, nous souhaitons que le témoignage de vie des croyants grandisse en crédibilité. Redécouvrir les contenus de la foi professée, célébrée, vécue et priée, et réfléchir sur l’acte lui-même par lequel on croit, est un engagement que chaque croyant doit faire sien, surtout en cette Année. 

Ce n’est pas par hasard que dans les premiers siècles les chrétiens étaient tenus d’apprendre de mémoire le Credo. Ceci leur servait de prière quotidienne pour ne pas oublier l’engagement pris par le baptême. Avec des paroles denses de signification saint Augustin le rappelle quand dans une Homélie sur la redditio symboli, la remise du Credo, il dit : « Le symbole du saint témoignage qui vous a été donné à tous ensemble et que vous avez récité aujourd’hui chacun en particulier, est l’expression de la foi de l’Église notre mère, foi établie solidement sur le fondement inébranlable, sur Jésus-Christ Notre Seigneur …On vous a donc donné à apprendre et vous avez récité ce que vous devez avoir toujours dans l’âme et dans le cœur, répéter sur votre couche, méditer sur les places publiques, ne pas oublier en prenant votre nourriture, murmurer même intérieurement durant votre sommeil ».

10. Je voudrais, à ce point, esquisser un parcours qui aide à comprendre de façon plus profonde non seulement les contenus de la foi, mais avec ceux-ci aussi l’acte par lequel nous décidons de nous en remettre totalement à Dieu, en pleine liberté. En effet, il existe une unité profonde entre l’acte par lequel on croit et les contenus auxquels nous donnons notre assentiment. L’Apôtre Paul permet d’entrer à l’intérieur de cette réalité quand il écrit : « La foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres le salut » (Rm, 10, 10). Le cœur indique que le premier acte par lequel on vient à la foi est don de Dieu et action de la grâce qui agit et transforme la personne jusqu’au plus profond d’elle-même. 

L’exemple de Lydie est tout à fait éloquent à ce sujet. Saint Luc raconte que Paul, alors qu’il se trouvait à Philippes, alla un samedi annoncer l’Évangile à quelques femmes ; parmi elles se trouvait Lydie et « le Seigneur lui ouvrit le cœur, de sorte qu’elle s’attacha aux paroles de Paul » (Ac 16, 14). Le sens renfermé dans l’expression est important. Saint Luc enseigne que la connaissance des contenus à croire n’est pas suffisante si ensuite le cœur, authentique sanctuaire de la personne, n’est pas ouvert par la grâce qui permet d’avoir des yeux pour regarder en profondeur et comprendre que ce qui a été annoncé est la Parole de Dieu. 

Professer par la bouche, à son tour, indique que la foi implique un témoignage et un engagement publics. Le chrétien ne peut jamais penser que croire est un fait privé. La foi, c’est décider d’être avec le Seigneur pour vivre avec lui. Et ce « être avec lui » introduit à la compréhension des raisons pour lesquelles on croit. La foi, parce qu’elle est vraiment un acte de la liberté, exige aussi la responsabilité sociale de ce qui est cru. L’Église au jour de la Pentecôte montre avec toute évidence cette dimension publique du croire et du fait d’annoncer sans crainte sa propre foi à toute personne. C’est le don de l’Esprit Saint qui habilite à la mission et fortifie notre témoignage, le rendant franc et courageux. 

La profession de la foi elle-même est un acte personnel et en même temps communautaire. En effet, c’est l’Église le premier sujet de la foi. Dans la foi de la communauté chrétienne chacun reçoit le baptême, signe efficace de l’entrée dans le peuple des croyants pour obtenir le salut. Comme atteste le Catéchisme de l’Église catholique : « ‘Je crois’ ; c’est la foi de l’Église professée personnellement par chaque croyant, principalement lors du Baptême. ‘Nous croyons’ : c’est la foi de l’Église confessée par les Évêques assemblés en Concile ou, plus généralement, par l’assemblée liturgique des croyants. ‘Je crois’ : c’est aussi l’Église, notre Mère, qui répond à Dieu par sa foi et qui nous apprend à dire : ‘Je crois’, ‘Nous croyons’ ». 

Comme on peut l’observer, la connaissance des contenus de foi est essentielle pour donner son propre assentiment, c'est-à-dire pour adhérer pleinement avec l’intelligence et la volonté à tout ce qui est proposé par l’Église. La connaissance de la foi introduit à la totalité du mystère salvifique révélé par Dieu. L’assentiment qui est prêté implique donc que, quand on croit, on accepte librement tout le mystère de la foi, parce que Dieu lui-même qui se révèle et permet de connaître son mystère d’amour, est garant de sa vérité. 

D’autre part, nous ne pouvons pas oublier que dans notre contexte culturel de nombreuses personnes, bien que ne reconnaissant pas en soi le don de la foi, sont quand même dans une recherche sincère du sens ultime et de la vérité définitive sur leur existence et sur le monde. Cette recherche est un authentique « préambule » à la foi, parce qu’elle met en mouvement les personnes sur le chemin qui conduit au mystère de Dieu. La raison de l’homme elle-même, en effet, porte innée l’exigence de « ce qui a de la valeur et demeure toujours ». Cette exigence constitue une invitation permanente, inscrite de façon indélébile dans le cœur humain, à se mettre en chemin pour trouver Celui que nous ne chercherions pas s’il n’était pas déjà venu à notre rencontre. La foi nous invite justement à cette rencontre et nous y ouvre pleinement.

11. Pour accéder à une connaissance systématique des contenus de la foi, tous peuvent trouver dans le Catéchisme de l’Église catholique une aide précieuse et indispensable. Il constitue un des fruits les plus importants du Concile Vatican II. Dans la Constitution apostolique Fidei depositum signée, et ce n’est pas par hasard, à l’occasion du trentième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, le Bienheureux Jean-Paul II écrivait : « Ce Catéchisme apportera une contribution très importante à l’œuvre de renouveau de toute la vie ecclésiale… Je le reconnais comme un instrument valable et autorisé au service de la communion ecclésiale et comme une norme sûre pour l’enseignement de la foi ». 

C’est justement sur cet horizon que l’Année de la foi devra exprimer un engagement général pour la redécouverte et l’étude des contenus fondamentaux de la foi qui trouvent dans le Catéchisme de l’Église catholique leur synthèse systématique et organique. Ici, en effet, émerge la richesse d’enseignement que l’Église a accueilli, gardé et offert au cours de ses deux mille ans d’histoire. De la sainte Écriture aux Pères de l’Église, des Maîtres de théologie aux Saints qui ont traversé les siècles, le Catéchisme offre une mémoire permanente des nombreuses façons dans lesquelles l’Église a médité sur la foi et produit un progrès dans la doctrine pour donner certitude aux croyants dans leur vie de foi. 

Dans sa structure elle-même, le Catéchisme de l’Église catholique présente le développement de la foi jusqu’à toucher les grands thèmes de la vie quotidienne. Page après page on découvre que tout ce qui est présenté, n’est pas une théorie, mais la rencontre avec une Personne qui vit dans l’Église. À la profession de foi, en effet, succède l’explication de la vie sacramentelle, dans laquelle le Christ est présent, agissant et continue à construire son Église. Sans la liturgie et les sacrements, la profession de foi n’aurait pas d’efficacité, parce qu’elle manquerait de la grâce qui soutient le témoignage des chrétiens. De la même manière, l’enseignement du Catéchisme sur la vie morale acquiert toute sa signification s’il est mis en relation avec la foi, la liturgie et la prière.

12. En cette Année, par conséquent, le Catéchisme de l’Église catholique, pourra être un véritable instrument pour soutenir la foi, surtout pour tous ceux qui ont à cœur la formation des chrétiens, si déterminante dans notre contexte culturel. Dans ce but, j’ai invité la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, en accord avec les Dicastères compétents du Saint-Siège, à rédiger une Note, par laquelle offrir à l’Église et aux croyants quelques indications pour vivre cette Année de la foi de manière plus efficace et appropriée, au service du croire et de l’évangélisation. 

En effet, la foi, se trouve être soumise plus que dans le passé à une série d’interrogations qui proviennent d’une mentalité changée qui, particulièrement aujourd’hui, réduit le domaine des certitudes rationnelles à celui des conquêtes scientifiques et technologiques. Toutefois, l’Église n’a jamais eu peur de montrer comment entre foi et science authentique il ne peut y avoir aucun conflit parce que les deux, même si c’est par des chemins différents, tendent à la vérité.

13. Il sera décisif au cours de cette Année de parcourir de nouveau l’histoire de notre foi, laquelle voit le mystère insondable de l’entrelacement entre sainteté et péché. Alors que la première met en évidence le grand apport que les hommes et les femmes ont offert à la croissance et au développement de la communauté par le témoignage de leur vie, le second doit provoquer en chacun une sincère et permanente œuvre de conversion pour faire l’expérience de la miséricorde du Père qui va à la rencontre de tous. 

En ce temps nous tiendrons le regard fixé sur Jésus Christ « à l’origine et au terme de la foi » (He 12, 2) : en lui trouve son achèvement tout tourment et toute aspiration du cœur humain. La joie de l’amour, la réponse au drame de la souffrance et de la douleur, la force du pardon devant l’offense reçue et la victoire de la vie face au vide de la mort, tout trouve son achèvement dans le mystère de son Incarnation, du fait qu’il s’est fait homme, qu’il a partagé avec nous la faiblesse humaine pour la transformer par la puissance de sa résurrection. En lui, mort et ressuscité pour notre salut, trouvent pleine lumière les exemples de foi qui ont marqué ces deux mille ans de notre histoire de salut. 

Par la foi, Marie a accueilli la parole de l’Ange et elle a cru à l’annonce qu’elle serait devenue Mère de Dieu dans l’obéissance de son dévouement (cf. Lc 1, 38). Visitant Elisabeth elle éleva son cantique de louange vers le Très-Haut pour les merveilles qu’il accomplissait en tous ceux qui s’en remettent à lui (cf. Lc 1, 46-55). Avec joie et anxiété elle met au jour son fils unique, maintenant intacte sa virginité (cf. Lc 2, 6-7). Comptant sur Joseph son Époux, elle porta Jésus en Égypte pour le sauver de la persécution d’Hérode (cf. Mt 2, 13-15). Avec la même foi elle a suivi le Seigneur dans sa prédication et elle demeura avec lui jusque sur le Golgotha (cf. Jn 19, 25-27). Avec foi Marie goûta les fruits de la résurrection de Jésus et, conservant chaque souvenir dans son cœur (cf. Lc 2, 19.51), elle les transmit aux Douze réunis avec elle au Cénacle pour recevoir l’Esprit-Saint (cf. Ac 1, 14 ; 2, 1-4). 

Par la foi, les Apôtres laissèrent tout pour suivre le Maître (cf. Mc 10, 28). Ils crurent aux paroles par lesquelles il annonçait le Royaume de Dieu présent et réalisé dans sa personne (cf. Lc 11, 20). Ils vécurent en communion de vie avec Jésus qui les instruisait par son enseignement, leur laissant une nouvelle règle de vie par laquelle ils auraient été reconnus comme ses disciples après sa mort (cf. Jn 13, 34-35). Par la foi, ils allèrent dans le monde entier, suivant le mandat de porter l’Évangile à toute créature (cf. Mc 16, 15) et, sans aucune crainte, ils annoncèrent à tous la joie de la résurrection dont ils furent de fidèles témoins. 

Par la foi, les disciples formèrent la première communauté regroupée autour de l’enseignement des Apôtres, dans la prière, dans la célébration de l’Eucharistie, mettant en commun tout ce qu’ils possédaient pour subvenir aux besoins des frères (cf. Ac 2, 42-47). 

Par la foi, les martyrs donnèrent leur vie, pour témoigner de la vérité de l’Évangile qui les avait transformés et rendus capables de parvenir au don le plus grand de l’amour avec le pardon de leurs propres persécuteurs. 

Par la foi, des hommes et des femmes ont consacré leur vie au Christ, laissant tout pour vivre dans la simplicité évangélique l’obéissance, la pauvreté et la chasteté, signes concrets de l’attente du Seigneur qui ne tarde pas à venir. Par la foi, de nombreux chrétiens ont promu une action en faveur de la justice pour rendre concrète la parole du Seigneur venu annoncer la libération de l’oppression et une année de grâce pour tous (cf. Lc 4, 18-19). 

Par la foi, au cours des siècles, des hommes et des femmes de tous les âges, dont le nom est inscrit au Livre de vie (cf. Ap 7, 9 ; 13, 8), ont confessé la beauté de suivre le Seigneur Jésus là où ils étaient appelés à donner le témoignage de leur être chrétiens : dans la famille, dans la profession, dans la vie publique, dans l’exercice des charismes et des ministères auxquels ils furent appelés. 

Par la foi, nous vivons nous aussi : par la reconnaissance vivante du Seigneur Jésus, présent dans notre existence et dans l’histoire.

14. L’Année de la foi sera aussi une occasion propice pour intensifier le témoignage de la charité. Saint Paul rappelle : « Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité » (1 Co 13, 13). Avec des paroles encore plus fortes – qui depuis toujours engagent les chrétiens – l’Apôtre Jacques affirmait : « A quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu’un dise : ‘J’ai la foi’, s’il n’a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l’un d’entre vous leur dise : ‘Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous’, sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? Ainsi en est-il de la foi : si elle n’a pas les œuvres, elle est tout à fait morte. Au contraire, on dira : ‘Toi, tu as la foi, et moi, j’ai les œuvres ? Montre-moi ta foi sans les œuvres ; moi c’est par les œuvres que je te montrerai ma foi’ » (Jc 2, 14-18). 

La foi sans la charité ne porte pas de fruit et la charité sans la foi serait un sentiment à la merci constante du doute. Foi et charité se réclament réciproquement, si bien que l’une permet à l’autre de réaliser son chemin. En effet de nombreux chrétiens consacrent leur vie avec amour à celui qui est seul, marginal ou exclus comme à celui qui est le premier vers qui aller et le plus important à soutenir, parce que justement en lui se reflète le visage même du Christ. Grâce à la foi nous pouvons reconnaître en tous ceux qui demandent notre amour, le visage du Seigneur ressuscité. « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40) : ces paroles du Seigneur sont un avertissement à ne pas oublier et une invitation permanente à redonner cet amour par lequel il prend soin de nous. C’est la foi qui permet de reconnaître le Christ et c’est son amour lui-même qui pousse à le secourir chaque fois qu’il se fait notre prochain sur le chemin de la vie. Soutenus par la foi, regardons avec espérance notre engagement dans le monde, en attente « d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle où résidera la justice » (2 Pi 3, 13 ; cf. Ap 21, 1).

15. Parvenu désormais au terme de sa vie, l’Apôtre Paul demande à son disciple Timothée de « rechercher la foi » (2 Tm 2, 22) avec la même constance que lorsqu’il était jeune (cf. 2 Tm 3, 15). Entendons cette invitation adressée à chacun de nous, pour que personne ne devienne paresseux dans la foi. Elle est une compagne de vie qui permet de percevoir avec un regard toujours nouveau les merveilles que Dieu réalise pour nous. Engagée à saisir les signes des temps dans l’aujourd’hui de l’histoire, la foi incite chacun de nous à devenir signe vivant de la présence du Ressuscité dans le monde. Ce dont le monde aujourd’hui a particulièrement besoin c’est du témoignage crédible de tous ceux qui, éclairés dans l’esprit et dans le cœur par la Parole du Seigneur, sont capables d’ouvrir le cœur et l’esprit de beaucoup au désir de Dieu et de la vraie vie, celle qui n’a pas de fin. 

« Que la Parole du Seigneur accomplisse sa course et soit glorifiée » (2 Th 3, 1) : puisse cette Année de la foi rendre toujours plus solide la relation avec le Christ Seigneur, puisque seulement en lui se trouve la certitude pour regarder vers l’avenir et la garantie d’un amour authentique et durable. Les paroles de l’Apôtre Pierre jettent un dernier rayon de lumière sur la foi : « Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves, afin que, bien éprouvée, votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus Christ. Sans l’avoir vu vous l’aimez ; sans le voir encore, mais en croyant, vous tressaillez d’une joie indicible et pleine de gloire, sûrs d’obtenir l’objet de votre foi : le salut des âmes » (1 Pi 1, 6-9). La vie des chrétiens connaît l’expérience de la joie et celle de la souffrance. Combien de saints ont vécu la solitude ! Combien de croyants, même de nos jours, sont éprouvés par le silence de Dieu alors qu’ils voudraient écouter sa voix consolante ! Les épreuves de la vie, alors qu’elles permettent de comprendre le mystère de la croix et de participer aux souffrances du Christ (cf. Col 1, 24), sont un prélude à la joie et à l’espérance où conduit la foi : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 10). Nous croyons avec une ferme certitude que le Seigneur Jésus a vaincu le mal et la mort. Avec cette confiance assurée nous nous en remettons à lui : présent au milieu de nous, il vainc le pouvoir du malin (cf. Lc 11, 20) et l’Église, communauté visible de sa miséricorde, subsiste en lui comme signe de la réconciliation définitive avec le Père. 

Confions à la Mère de Dieu, proclamée « bienheureuse parce qu’elle a cru » (Lc 1, 45), ce temps de grâce.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 11 octobre 2011, en la septième année de mon Pontificat. 

 

(Radio Vatican)

Pope Benedict: Year of Faith "summons to...conversion to the Lord"

dominicanus #Porta fidei

A new "Motu Proprio" has been released on the "Year of Faith" Pope Benedict announced on Sunday. In his letter, Pope Benedict writes the "Year of Faith "is a summons to an authentic and renewed conversion to the Lord, the one Saviour of the world."

 

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Apostolic Letter “Motu Proprio data”

Porta Fidei

of the Supreme Pontiff Benedict XVI

for the Indiction of the Year of Faith

 

The “door of faith” (Acts 14:27) is always open for us, ushering us into the life of communion with God and offering entry into his Church. It is possible to cross that threshold when the word of God is proclaimed and the heart allows itself to be shaped by transforming grace. To enter through that door is to set out on a journey that lasts a lifetime. It begins with baptism (cf. Rom 6:4), through which we can address God as Father, and it ends with the passage through death to eternal life, fruit of the resurrection of the Lord Jesus, whose will it was, by the gift of the Holy Spirit, to draw those who believe in him into his own glory (cf. Jn 17:22). To profess faith in the Trinity – Father, Son and Holy Spirit – is to believe in one God who is Love (cf. 1 Jn 4:8): the Father, who in the fullness of time sent his Son for our salvation; Jesus Christ, who in the mystery of his death and resurrection redeemed the world; the Holy Spirit, who leads the Church across the centuries as we await the Lord’s glorious return.
Ever since the start of my ministry as Successor of Peter, I have spoken of the need to rediscover the journey of faith so as to shed ever clearer light on the joy and renewed enthusiasm of the encounter with Christ. During the homily at the Mass marking the inauguration of my pontificate I said: “The Church as a whole and all her Pastors, like Christ, must set out to lead people out of the desert, towards the place of life, towards friendship with the Son of God, towards the One who gives us life, and life in abundance.” It often happens that Christians are more concerned for the social, cultural and political consequences of their commitment, continuing to think of the faith as a self-evident presupposition for life in society. In reality, not only can this presupposition no longer be taken for granted, but it is often openly denied. Whereas in the past it was possible to recognize a unitary cultural matrix, broadly accepted in its appeal to the content of the faith and the values inspired by it, today this no longer seems to be the case in large swathes of society, because of a profound crisis of faith that has affected many people.
We cannot accept that salt should become tasteless or the light be kept hidden (cf. Mt 5:13-16). The people of today can still experience the need to go to the well, like the Samaritan woman, in order to hear Jesus, who invites us to believe in him and to draw upon the source of living water welling up within him (cf. Jn 4:14). We must rediscover a taste for feeding ourselves on the word of God, faithfully handed down by the Church, and on the bread of life, offered as sustenance for his disciples (cf. Jn 6:51). Indeed, the teaching of Jesus still resounds in our day with the same power: “Do not labour for the food which perishes, but for the food which endures to eternal life” (Jn 6:27). The question posed by his listeners is the same that we ask today: “What must we do, to be doing the works of God?” (Jn 6:28). We know Jesus’ reply: “This is the work of God, that you believe in him whom he has sent” (Jn 6:29). Belief in Jesus Christ, then, is the way to arrive definitively at salvation.
In the light of all this, I have decided to announce a Year of Faith. It will begin on 11 October 2012, the fiftieth anniversary of the opening of the Second Vatican Council, and it will end on the Solemnity of Our Lord Jesus Christ, Universal King, on 24 November 2013. The starting date of 11 October 2012 also marks the twentieth anniversary of the publication of the Catechism of the Catholic Church, a text promulgated by my Predecessor, Blessed John Paul II, with a view to illustrating for all the faithful the power and beauty of the faith. This document, an authentic fruit of the Second Vatican Council, was requested by the Extraordinary Synod of Bishops in 1985 as an instrument at the service of catechesis and it was produced in collaboration with all the bishops of the Catholic Church. Moreover, the theme of the General Assembly of the Synod of Bishops that I have convoked for October 2012 is “The New Evangelization for the Transmission of the Christian Faith”. This will be a good opportunity to usher the whole Church into a time of particular reflection and rediscovery of the faith. It is not the first time that the Church has been called to celebrate a Year of Faith. My venerable Predecessor the Servant of God Paul VI announced one in 1967, to commemorate the martyrdom of Saints Peter and Paul on the 19th centenary of their supreme act of witness. He thought of it as a solemn moment for the whole Church to make “an authentic and sincere profession of the same faith”; moreover, he wanted this to be confirmed in a way that was “individual and collective, free and conscious, inward and outward, humble and frank”. He thought that in this way the whole Church could reappropriate “exact knowledge of the faith, so as to reinvigorate it, purify it, confirm it, and confess it”. The great upheavals of that year made even more evident the need for a celebration of this kind. It concluded with the Credo of the People of God, intended to show how much the essential content that for centuries has formed the heritage of all believers needs to be confirmed, understood and explored ever anew, so as to bear consistent witness in historical circumstances very different from those of the past.
In some respects, my venerable predecessor saw this Year as a “consequence and a necessity of the postconciliar period”, fully conscious of the grave difficulties of the time, especially with regard to the profession of the true faith and its correct interpretation. It seemed to me that timing the launch of the Year of Faith to coincide with the fiftieth anniversary of the opening of the Second Vatican Council would provide a good opportunity to help people understand that the texts bequeathed by the Council Fathers, in the words of Blessed John Paul II, “have lost nothing of their value or brilliance. They need to be read correctly, to be widely known and taken to heart as important and normative texts of the Magisterium, within the Church's Tradition ... I feel more than ever in duty bound to point to the Council as the great grace bestowed on the Church in the twentieth century: there we find a sure compass by which to take our bearings in the century now beginning.” I would also like to emphasize strongly what I had occasion to say concerning the Council a few months after my election as Successor of Peter: “if we interpret and implement it guided by a right hermeneutic, it can be and can become increasingly powerful for the ever necessary renewal of the Church.”
The renewal of the Church is also achieved through the witness offered by the lives of believers: by their very existence in the world, Christians are called to radiate the word of truth that the Lord Jesus has left us. The Council itself, in the Dogmatic Constitution Lumen Gentium, said this: While “Christ, ‘holy, innocent and undefiled’ (Heb 7:26) knew nothing of sin (cf. 2 Cor 5:21), but came only to expiate the sins of the people (cf. Heb 2:17)... the Church ... clasping sinners to its bosom, at once holy and always in need of purification, follows constantly the path of penance and renewal. The Church, ‘like a stranger in a foreign land, presses forward amid the persecutions of the world and the consolations of God’, announcing the cross and death of the Lord until he comes (cf. 1 Cor 11:26). But by the power of the risen Lord it is given strength to overcome, in patience and in love, its sorrow and its difficulties, both those that are from within and those that are from without, so that it may reveal in the world, faithfully, although with shadows, the mystery of its Lord until, in the end, it shall be manifested in full light.”


The Year of Faith, from this perspective, is a summons to an authentic and renewed conversion to the Lord, the one Saviour of the world. In the mystery of his death and resurrection, God has revealed in its fullness the Love that saves and calls us to conversion of life through the forgiveness of sins (cf. Acts 5:31). For Saint Paul, this Love ushers us into a new life: “We were buried ... with him by baptism into death, so that as Christ was raised from the dead by the glory of the Father, we too might walk in newness of life” (Rom 6:4). Through faith, this new life shapes the whole of human existence according to the radical new reality of the resurrection. To the extent that he freely cooperates, man’s thoughts and affections, mentality and conduct are slowly purified and transformed, on a journey that is never completely finished in this life. “Faith working through love” (Gal 5:6) becomes a new criterion of understanding and action that changes the whole of man’s life (cf. Rom 12:2; Col 3:9-10; Eph 4:20-29; 2 Cor 5:17).

“Caritas Christi urget nos” (2 Cor 5:14): it is the love of Christ that fills our hearts and impels us to evangelize. Today as in the past, he sends us through the highways of the world to proclaim his Gospel to all the peoples of the earth (cf. Mt 28:19). Through his love, Jesus Christ attracts to himself the people of every generation: in every age he convokes the Church, entrusting her with the proclamation of the Gospel by a mandate that is ever new. Today too, there is a need for stronger ecclesial commitment to new evangelization in order to rediscover the joy of believing and the enthusiasm for communicating the faith. In rediscovering his love day by day, the missionary commitment of believers attains force and vigour that can never fade away. Faith grows when it is lived as an experience of love received and when it is communicated as an experience of grace and joy. It makes us fruitful, because it expands our hearts in hope and enables us to bear life-giving witness: indeed, it opens the hearts and minds of those who listen to respond to the Lord’s invitation to adhere to his word and become his disciples. Believers, so Saint Augustine tells us, “strengthen themselves by believing”. The saintly Bishop of Hippo had good reason to express himself in this way. As we know, his life was a continual search for the beauty of the faith until such time as his heart would find rest in God. His extensive writings, in which he explains the importance of believing and the truth of the faith, continue even now to form a heritage of incomparable riches, and they still help many people in search of God to find the right path towards the “door of faith”.


Only through believing, then, does faith grow and become stronger; there is no other possibility for possessing certitude with regard to one’s life apart from self-abandonment, in a continuous crescendo, into the hands of a love that seems to grow constantly because it has its origin in God. 

On this happy occasion, I wish to invite my brother bishops from all over the world to join the Successor of Peter, during this time of spiritual grace that the Lord offers us, in recalling the precious gift of faith. We want to celebrate this Year in a worthy and fruitful manner. Reflection on the faith will have to be intensified, so as to help all believers in Christ to acquire a more conscious and vigorous adherence to the Gospel, especially at a time of profound change such as humanity is currently experiencing. We will have the opportunity to profess our faith in the Risen Lord in our cathedrals and in the churches of the whole world; in our homes and among our families, so that everyone may feel a strong need to know better and to transmit to future generations the faith of all times. Religious communities as well as parish communities, and all ecclesial bodies old and new, are to find a way, during this Year, to make a public profession of the Credo. 
We want this Year to arouse in every believer the aspiration to profess the faith in fullness and with renewed conviction, with confidence and hope. It will also be a good opportunity to intensify the celebration of the faith in the liturgy, especially in the Eucharist, which is “the summit towards which the activity of the Church is directed; ... and also the source from which all its power flows.” At the same time, we make it our prayer that believers’ witness of life may grow in credibility. To rediscover the content of the faith that is professed, celebrated, lived and prayed, and to reflect on the act of faith, is a task that every believer must make his own, especially in the course of this Year.


Not without reason, Christians in the early centuries were required to learn the creed from memory. It served them as a daily prayer not to forget the commitment they had undertaken in baptism. With words rich in meaning, Saint Augustine speaks of this in a homily on the redditio symboli, the handing over of the creed: “the symbol of the holy mystery that you have all received together and that today you have recited one by one, are the words on which the faith of Mother Church is firmly built above the stable foundation that is Christ the Lord. You have received it and recited it, but in your minds and hearts you must keep it ever present, you must repeat it in your beds, recall it in the public squares and not forget it during meals: even when your body is asleep, you must watch over it with your hearts.”

At this point I would like to sketch a path intended to help us understand more profoundly not only the content of the faith, but also the act by which we choose to entrust ourselves fully to God, in complete freedom. In fact, there exists a profound unity between the act by which we believe and the content to which we give our assent. Saint Paul helps us to enter into this reality when he writes: “Man believes with his heart and so is justified, and he confesses with his lips and so is saved” (Rom 10:10). The heart indicates that the first act by which one comes to faith is God’s gift and the action of grace which acts and transforms the person deep within.


The example of Lydia is particularly eloquent in this regard. Saint Luke recounts that, while he was at Philippi, Paul went on the Sabbath to proclaim the Gospel to some women; among them was Lydia and “the Lord opened her heart to give heed to what was said by Paul” (Acts 16:14). There is an important meaning contained within this expression. Saint Luke teaches that knowing the content to be believed is not sufficient unless the heart, the authentic sacred space within the person, is opened by grace that allows the eyes to see below the surface and to understand that what has been proclaimed is the word of God.
Confessing with the lips indicates in turn that faith implies public testimony and commitment. A Christian may never think of belief as a private act. Faith is choosing to stand with the Lord so as to live with him. This “standing with him” points towards an understanding of the reasons for believing. Faith, precisely because it is a free act, also demands social responsibility for what one believes. The Church on the day of Pentecost demonstrates with utter clarity this public dimension of believing and proclaiming one’s faith fearlessly to every person. It is the gift of the Holy Spirit that makes us fit for mission and strengthens our witness, making it frank and courageous.
Profession of faith is an act both personal and communitarian. It is the Church that is the primary subject of faith. In the faith of the Christian community, each individual receives baptism, an effective sign of entry into the people of believers in order to obtain salvation. As we read in the Catechism of the Catholic Church: “ ‘I believe’ is the faith of the Church professed personally by each believer, principally during baptism. ‘We believe’ is the faith of the Church confessed by the bishops assembled in council or more generally by the liturgical assembly of believers. ‘I believe’ is also the Church, our mother, responding to God by faith as she teaches us to say both ‘I believe’ and ‘we believe’.”
Evidently, knowledge of the content of faith is essential for giving one’s own assent, that is to say for adhering fully with intellect and will to what the Church proposes. Knowledge of faith opens a door into the fullness of the saving mystery revealed by God. The giving of assent implies that, when we believe, we freely accept the whole mystery of faith, because the guarantor of its truth is God who reveals himself and allows us to know his mystery of love.
On the other hand, we must not forget that in our cultural context, very many people, while not claiming to have the gift of faith, are nevertheless sincerely searching for the ultimate meaning and definitive truth of their lives and of the world. This search is an authentic “preamble” to the faith, because it guides people onto the path that leads to the mystery of God. Human reason, in fact, bears within itself a demand for “what is perennially valid and lasting”. This demand constitutes a permanent summons, indelibly written into the human heart, to set out to find the One whom we would not be seeking had he not already set out to meet us. To this encounter, faith invites us and it opens us in fullness.

In order to arrive at a systematic knowledge of the content of the faith, all can find in the Catechism of the Catholic Church a precious and indispensable tool. It is one of the most important fruits of the Second Vatican Council. In the Apostolic Constitution Fidei Depositum, signed, not by accident, on the thirtieth anniversary of the opening of the Second Vatican Council, Blessed John Paul II wrote: “this catechism will make a very important contribution to that work of renewing the whole life of the Church ... I declare it to be a valid and legitimate instrument for ecclesial communion and a sure norm for teaching the faith.”


It is in this sense that that the Year of Faith will have to see a concerted effort to rediscover and study the fundamental content of the faith that receives its systematic and organic synthesis in the Catechism of the Catholic Church. Here, in fact, we see the wealth of teaching that the Church has received, safeguarded and proposed in her two thousand years of history. From Sacred Scripture to the Fathers of the Church, from theological masters to the saints across the centuries, the Catechism provides a permanent record of the many ways in which the Church has meditated on the faith and made progress in doctrine so as to offer certitude to believers in their lives of faith.
In its very structure, the Catechism of the Catholic Church follows the development of the faith right up to the great themes of daily life. On page after page, we find that what is presented here is no theory, but an encounter with a Person who lives within the Church. The profession of faith is followed by an account of sacramental life, in which Christ is present, operative and continues to build his Church. Without the liturgy and the sacraments, the profession of faith would lack efficacy, because it would lack the grace which supports Christian witness. By the same criterion, the teaching of the Catechism on the moral life acquires its full meaning if placed in relationship with faith, liturgy and prayer.

In this Year, then, the Catechism of the Catholic Church will serve as a tool providing real support for the faith, especially for those concerned with the formation of Christians, so crucial in our cultural context. To this end, I have invited the Congregation for the Doctrine of the Faith, by agreement with the competent Dicasteries of the Holy See, to draw up a Note, providing the Church and individual believers with some guidelines on how to live this Year of Faith in the most effective and appropriate ways, at the service of belief and evangelization.


To a greater extent than in the past, faith is now being subjected to a series of questions arising from a changed mentality which, especially today, limits the field of rational certainties to that of scientific and technological discoveries. Nevertheless, the Church has never been afraid of demonstrating that there cannot be any conflict between faith and genuine science, because both, albeit via different routes, tend towards the truth. 
13. One thing that will be of decisive importance in this Year is retracing the history of our faith, marked as it is by the unfathomable mystery of the interweaving of holiness and sin. While the former highlights the great contribution that men and women have made to the growth and development of the community through the witness of their lives, the latter must provoke in each person a sincere and continuing work of conversion in order to experience the mercy of the Father which is held out to everyone.
During this time we will need to keep our gaze fixed upon Jesus Christ, the “pioneer and perfecter of our faith” (Heb 12:2): in him, all the anguish and all the longing of the human heart finds fulfilment. The joy of love, the answer to the drama of suffering and pain, the power of forgiveness in the face of an offence received and the victory of life over the emptiness of death: all this finds fulfilment in the mystery of his Incarnation, in his becoming man, in his sharing our human weakness so as to transform it by the power of his resurrection. In him who died and rose again for our salvation, the examples of faith that have marked these two thousand years of our salvation history are brought into the fullness of light.
By faith, Mary accepted the Angel’s word and believed the message that she was to become the Mother of God in the obedience of her devotion (cf. Lk 1:38). Visiting Elizabeth, she raised her hymn of praise to the Most High for the marvels he worked in those who trust him (cf. Lk 1:46-55). With joy and trepidation she gave birth to her only son, keeping her virginity intact (cf. Lk 2:6-7). Trusting in Joseph, her husband, she took Jesus to Egypt to save him from Herod’s persecution (cf. Mt 2:13-15). With the same faith, she followed the Lord in his preaching and remained with him all the way to Golgotha (cf. Jn 19:25-27). By faith, Mary tasted the fruits of Jesus’ resurrection, and treasuring every memory in her heart (cf. Lk 2:19, 51), she passed them on to the Twelve assembled with her in the Upper Room to receive the Holy Spirit (cf. Acts 1:14; 2:1-4).
By faith, the Apostles left everything to follow their Master (cf. Mk 10:28). They believed the words with which he proclaimed the Kingdom of God present and fulfilled in his person (cf. Lk 11:20). They lived in communion of life with Jesus who instructed them with his teaching, leaving them a new rule of life, by which they would be recognized as his disciples after his death (cf. Jn 13:34-35). By faith, they went out to the whole world, following the command to bring the Gospel to all creation (cf. Mk 16:15) and they fearlessly proclaimed to all the joy of the resurrection, of which they were faithful witnesses.
By faith, the disciples formed the first community, gathered around the teaching of the Apostles, in prayer, in celebration of the Eucharist, holding their possessions in common so as to meet the needs of the brethren (cf. Acts 2:42-47).
By faith, the martyrs gave their lives, bearing witness to the truth of the Gospel that had transformed them and made them capable of attaining to the greatest gift of love: the forgiveness of their persecutors.
By faith, men and women have consecrated their lives to Christ, leaving all things behind so as to live obedience, poverty and chastity with Gospel simplicity, concrete signs of waiting for the Lord who comes without delay. By faith, countless Christians have promoted action for justice so as to put into practice the word of the Lord, who came to proclaim deliverance from oppression and a year of favour for all (cf. Lk 4:18-19).
By faith, across the centuries, men and women of all ages, whose names are written in the Book of Life (cf. Rev 7:9, 13:8), have confessed the beauty of following the Lord Jesus wherever they were called to bear witness to the fact that they were Christian: in the family, in the workplace, in public life, in the exercise of the charisms and ministries to which they were called.
By faith, we too live: by the living recognition of the Lord Jesus, present in our lives and in our history.
14. The Year of Faith will also be a good opportunity to intensify the witness of charity. As Saint Paul reminds us: “So faith, hope, love abide, these three; but the greatest of these is love” (1 Cor 13:13). With even stronger words – which have always placed Christians under obligation – Saint James said: “What does it profit, my brethren, if a man says he has faith but has not works? Can his faith save him? If a brother or sister is ill-clad and in lack of daily food, and one of you says to them, ‘Go in peace, be warmed and filled’, without giving them the things needed for the body, what does it profit? So faith by itself, if it has no works, is dead. But some one will say, ‘You have faith and I have works.’ Show me your faith apart from your works, and I by my works will show you my faith” (Jas 2:14-18).
Faith without charity bears no fruit, while charity without faith would be a sentiment constantly at the mercy of doubt. Faith and charity each require the other, in such a way that each allows the other to set out along its respective path. Indeed, many Christians dedicate their lives with love to those who are lonely, marginalized or excluded, as to those who are the first with a claim on our attention and the most important for us to support, because it is in them that the reflection of Christ’s own face is seen. Through faith, we can recognize the face of the risen Lord in those who ask for our love. “As you did it to one of the least of these my brethren, you did it to me” (Mt 25:40). These words are a warning that must not be forgotten and a perennial invitation to return the love by which he takes care of us. It is faith that enables us to recognize Christ and it is his love that impels us to assist him whenever he becomes our neighbour along the journey of life. Supported by faith, let us look with hope at our commitment in the world, as we await “new heavens and a new earth in which righteousness dwells” (2 Pet 3:13; cf. Rev 21:1).

Having reached the end of his life, Saint Paul asks his disciple Timothy to “aim at faith” (2 Tim 2:22) with the same constancy as when he was a boy (cf. 2 Tim 3:15). We hear this invitation directed to each of us, that none of us grow lazy in the faith. It is the lifelong companion that makes it possible to perceive, ever anew, the marvels that God works for us. Intent on gathering the signs of the times in the present of history, faith commits every one of us to become a living sign of the presence of the Risen Lord in the world. What the world is in particular need of today is the credible witness of people enlightened in mind and heart by the word of the Lord, and capable of opening the hearts and minds of many to the desire for God and for true life, life without end.


“That the word of the Lord may speed on and triumph” (2 Th 3:1): may this Year of Faith make our relationship with Christ the Lord increasingly firm, since only in him is there the certitude for looking to the future and the guarantee of an authentic and lasting love. The words of Saint Peter shed one final ray of light on faith: “In this you rejoice, though now for a little while you may have to suffer various trials, so that the genuineness of your faith, more precious than gold which though perishable is tested by fire, may redound to praise and glory and honour at the revelation of Jesus Christ. Without having seen him you love him; though you do not now see him you believe in him and rejoice with unutterable and exalted joy. As the outcome of your faith you obtain the salvation of your souls” (1 Pet 1:6-9). The life of Christians knows the experience of joy as well as the experience of suffering. How many of the saints have lived in solitude! How many believers, even in our own day, are tested by God’s silence when they would rather hear his consoling voice! The trials of life, while helping us to understand the mystery of the Cross and to participate in the sufferings of Christ (cf. Col 1:24), are a prelude to the joy and hope to which faith leads: “when I am weak, then I am strong” (2 Cor 12:10). We believe with firm certitude that the Lord Jesus has conquered evil and death. With this sure confidence we entrust ourselves to him: he, present in our midst, overcomes the power of the evil one (cf. Lk 11:20); and the Church, the visible community of his mercy, abides in him as a sign of definitive reconciliation with the Father.
Let us entrust this time of grace to the Mother of God, proclaimed “blessed because she believed” (Lk 1:45).


Given in Rome, at Saint Peter’s, on 11 October in the year 2011, the seventh of my Pontificate.
BENEDICTUS PP. XVI

 

 

(Vatican Radio)

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