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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee c 2012-2013

Souffrir en ami du Christ - Homélie 20° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

20 TOC 1 lec

 

Rien n'est plus important que notre amitié avec le Christ. Pourquoi? Le Catéchisme nous enseigne que nous sommes créés pour vivre en communion avec Dieu (n. 45), et que c'est en lui que nous trouvons le bonheur. En d'autres mots, nous ne pouvons pas avoir accès à la plénitude à laquelle nous aspirons dans notre vie, si ce n'est en vivant en communion avec Dieu. 

 

Mais comment y parvenir? Avant le péché originel, la vie en communion avec Dieu était naturelle. Mais le péché originel a détruit cette communion. Le péché, la souffrance, les conflits, la mort et toutes les frustrations qui les accompagnent, ont envahi la famille humaine.

 

Mais Dieu est venu à notre secours. Il nous a envoyé son Fils, Jésus Christ, pour reconstruire le pont que le péché originel avait détruit. C'est par l'amitié avec Jésus que nous pouvons à nouveau vivre en communion avec Dieu et atteindre au bonheur pour lequel nous sommes créés. Voilà pourquoi rien n'est plus important que notre amitié avec le Christ.

 

Mais être ami(e) du Christ suppose bien plus que simplement faire quelques prières et aller à la messe, même si ce sont des choses essentielles. Etre ami(e) du Christ veut dire aussi le suivre. Cela suppose une écoute de tous les instants à sa voix qui nous appelle, et une prompte obéissance. C'est cela qui nous est difficile. Car obéir au Christ veut dire aller à contre-courant du monde, au risque de nous trouver en conflit avec les tendances à la mode, avec ce que les gens attendent de nous, et surtout avec notre propre nature pécheresse.

 

Il ne s'agit pas de chercher les conflits, mais de chercher à découvrir et exécuter le projet de Dieu. Mais le Christ ne veut pas que nous soyons naïfs non plus. Vivre en vérité avec lui n'est pas toujours facile. Cela pourra affecter jusqu'à nos relations les plus étroites, comme Jésus le laisse entendre dans la passage de l'évangile de ce dimanche. Quand il nous fait connaître sa volonté, même les liens familiaux ne doivent nous retenir de le suivre. Dans l'esprit du Christ, il vaut la peine de tout sacrifier pour lui.

 

Comme nous l'avons entendu dans la première lecture, le prophète Jérémie a bien retenu la leçon. Il a vécu à une époque mouvementée dans l'histoire d'Israel, aux alentours de 600 avant Jésus Christ. Le nord d'Israel avait été conquis par l'Assyrie, mais le sud, la Judée, là où se trouve Jérusalem et où vécut Jérémie, était encore libre au moment où Jérémie est né. Mais la Judée se trouvait coincée entre deux empires puissants qui s'efforçaient de conquérir la région tout enière: l'Egypte au sud, et Babylone au nord. Dieu avait donné à Jérémie la mission d'être propète, de rappeler au peuple et à ses dirigenats en permanence la nécessité de faire confiance à Dieu. S'ils obéissaient aux commandements et aux instructions de Dieu, Dieu les protégerait. 

 

Malheureusement, ni les dirigeants, ni le peuple, n'ont voulu en entendre parler. Ils voulaient prendre les choses eux-mêmes en main, mener leurs propres batailles, négocier leurs propres traités de paix. La dernière chose qu'ils voulaient faire était de dépendre de Dieu et de lui obéir. Chaque fois que le Roi de Judée demandait conseil à Jérémie, Jérémie priait, recevait des instructions, et en informait le Roi, et le Roi faisait exactement le contraire. Ensuite Dieu demandait à Jérémie de donner des avertissements au Roi, et d'appeler le peuple à la repentance, tout cela en vain.

 

C'est ainsi que Babylone a fini par conquérir la Judée, Jérusalem fut mise à sac, et les Juifs emmenés en exil, tandis que Jérémie ne récoltait que le mépris du bouc émissaire. Des mensonges se répandaient à son sujet, on se moquait de lui, ses écrits brûlés, et il fut jeté en prison. Et quand cela ne suffisait pas pour le réduire au silence, il fut jeté dans un puits pour le faire mourir de faim. Pourquoi? Simplement parce qu'il était fidèle à ce que Dieu lui demandait.

 

Ceci nous rappelle que suivre le Christ dans un mondé déchu n'est pas sans conséquences, et Dieu veut que nous les assumions.

 

Cela devrait nous aider, par exemple, à comprendre l'enseignement de l'Eglise à propos de l'euthanasie. Le Catéchisme (n. 2277) définit l'euthanasie comme étant la volonté de mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes. A la télévision et dans la presse, on fait souvent l'apologie de cette pratique. On nous dit que si la vie est douloureuse, on peut donner la mort par pitié. Mais cette pitié est fausse. Elle n'est qu'une manière habile de camoufler le péché de meurtre, une manière si habile que même des catholques se laissent piéger.

 

Mais aujourd'hui, le Saint Esprit nous rappelle que la souffrance et les tribulations n'enlèvent rien au sens de la vie. Ce n'est pas Dieu qui a inventé la souffrance. La souffrance est une conséquence du péché. Mais Dieu a pris la souffrance sur lui par amour. En demeurant fidèle à Dieu au milieu des épreuves, comme Jérémie, nous montrons notre amour pour lui, et nous pouvons grandir dans cet amour. Ces épreuves deviennent alors des moments privilégiés dans la croissance de notre amitié avec Jésus. On peut euthanasier des animaux, car les animaux n'ont pas part à cette amitié. Les êtres humains, par contre, sont créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, qui les aime comme ses enfants et amis. Si Dieu permet que la souffrance nous mette à genoux, il nous donne en même temps la force pour la supporter et la lumière pour lui donner un sens.

 

Voilà le message vraiment réconfortant et fortifiant que nous devons croire nous-mêmes et nous efforcer de transmettre à tous ceux qui souffrent. S'ils se savent aimés, ils pourront souffrir avec amour, et ils pourront découvrir que leur croix et la plus grande bénédiction. Et n'oublions pas que c'est la croix du Christ qui a valu à l'Eglise son plus grand trésor: l'Eucharistie. C'est cela, la meilleure réponse à l'euthanasie.

 

Car obéir au Christ veut dire aller à contre-courant du monde...

Car obéir au Christ veut dire aller à contre-courant du monde...

Celui qui prie ne perd jamais son temps - Homélie 10° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

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Difficile de trouver un miracle avec plus d'intensité dramatique que celui dont nous venons d'entendre le récit. Y a-t-il de meilleures preuves de la puissance de Dieu ? Y a-t-il de meilleures preuves de la bonté de Dieu ? Quand Jésus est ressuscité des morts il a conquis la mort et ouvert les portes de la vie éternelle. Et il l'a fait pour nous. Voilà le sens de ces miracles « précurseurs ». Ils nous montrent que la bonté et la puissance de Dieu sont à notre service, sont à l'oeuvre pour notre bien.
 
Jésus regarde chacun de nous comme il a regardé la veuve de Naïm :
 
En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, et lui dit : « Ne pleure pas. » 
 
Le mot grec traduit en français par « saisi de pitié » est «  splagchnizomai », qui signifie littéralement : être remué jusqu'aux entrailles, au fond de lui-même. Et c'est ainsi que Jésus réagit à la souffrance de la veuve. Cette profonde compassion le pousse à agir, et à faire ce grand miracle.
 
C'est cette même compassion qui le pousse encore aujourd'hui à agir dans les sacrements, en se rendant réellement présent dans l'Eucharistie, en nous lavant de nos péchés dans le sacrement de la réconciliation, en permettant à la Très Sainte Trinité de venir habiter nos âmes par le baptême.
 
Mais la différence entre l'action du Seigneur dans les sacrements et la résurrection du fils de la veuve de Naïm se trouve dans notre manière de réagir. Ceux qui ont été témoins de ce miracle ont réagi en rendant gloire à Dieu et en renouvelant leur confiance en lui. :
 
La crainte s'empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu.
 
En leur permettant de faire l'expérience de sa bonté et de sa puissance, Dieu a voulu 'booster' leur confiance. C'est ce qu'il veut faire aussi avec nous, si nous le voulons bien.
 
***
 
C'est la raison d'être du calendrier liturgique. Vous savez que l'Eglise catholique a son calendrier propre, basé sur la liturgie, c'est-à-dire la célébration des merveilles de Dieu dans l'histoire. Ce calendrier est élaboré autour de cinq temps liturgiques :
 
Le premier est celui de l'Avent, immédiatement suivi du Temps de Noël. Ensuite il y a le Carême et le Temps pascal. Le reste de l'année est appelé Temps ordinaire. Chaque temps liturgique a ses prières et ses couleurs propres, ses traditions.
 
En plus de ces temps, il y a des célébrations liturgiques, soit des mémoires de saints du calendrier universel ou local, soit des solennités commémorant certains grands événements de l'histoire du salut, comme l'Assomption de la Vierge Marie. Chacune des ces célébrations a aussi sa couleur et ses prières propres.
 
A cela il faut ajouter les dévotions populaires, comme le Rosaire, spécialement à l'honneur durant le mois d'octobre.
 
Durant des siècles la vie quotidienne, la culture, le travail étaient organisés en fonction des ces temps liturgiques. Il était alors plus facile pour les chrétiens de nourrir leur foi en célébrant les actions éclatantes de Dieu dans leur vie quotidienne. Leur emploi du temps le leur permettait assez facilement. De nos jours il est plus difficile d'intégrer ces temps dans un emploi du temps surchargé. Cela nous demande un effort conscient et permanent. Mais si nous sommes fidèles, nous pourrons, nous aussi, faire l'expérience de la puissance et de la bonté de Dieu et lui rendre gloire.
 
***
 
Revenons maintenant à notre veuve. L'expérience qu'elle a pu faire de la puissance et de la bonté de Dieu ont radicalement changé sa vie. N'avons-nous pas tous ce même désir ? Nous avons tous pu faire l'expérience de la mort, ou de toute autre forme de souffrance. Tous nous avons besoin de la grâce de Dieu pour donner un sens à ces souffrances, pour les transformer en joie par la puissance de son amour. Mais pour cela nous devons lui en donner l'occasion. Nous devons prêter attention à Dieu pour qu'il puisse manifester ses merveilles par la prière personnelle, en priant avec le cœur.
 
Le Catéchisme de l'Eglise Catholique (2559) dit que la prière « est l'élévation de l'âme vers Dieu ou la demande à Dieu des biens convenables » (S. Jean Damascène). Et si nous prenions le temps de faire cela tous les jours... Alors notre relation avec Dieu deviendrait beaucoup plus étroite ; notre expérience du Christ atteindrait rapidement un autre niveau. Si vous le faites déjà, ne lâchez rien ! Mais sinon, pourquoi ne pas commencer aujourd'hui ?
 
Ce n'est pas bien compliqué. Prenez le temps dix minutes, chaque matin, en commençant à vous souvenir de trois bénédictions que vous avez reçues durant les 24 heures qui viennent de s'écouler et pour lesquelles vous manifestez votre reconnaissance.
 
Ensuite pensez à trois personnes que vous connaissez, que vous portez dans votre cœur, ou qui ont besoin d'aide, et demandez à Dieu de les bénir.
 
Ensuite, prenez votre Bible et lisez un passage en réfléchissant à la manière dont il se rapporte à votre vie.
 
Terminez par un Notre Père et un Je Vous Salue Marie.
 
Vous voyez : rien de bien compliqué. Tout le monde peut le faire. Soyez certains que vos dix minutes seront bien investies. Ceux qui prient ne perdent jamais leur temps.

 

La crainte s'empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu.

La crainte s'empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu.

Manifestation à Cana ! - Homélie 2° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

2 TOC ev
 
 
    Après la solennité de l'Épiphanie du Seigneur et après la fête de son Baptême, voici qu'en ce deuxième dimanche du Temps Ordinaire (en fait le premier) nous venons d'entendre le récit des Noces de Cana dans l'Évangile de S. Jean. Il est le seul à nous rapporter cet épisode qu'il situe au début du ministère de Jésus. C'est en tenant compte de ce contexte liturgique que nous allons essayer de méditer brièvement ce mystère, devenu il y a quelques années le deuxième mystère lumineux du S. Rosaire.

    Il y a, en effet, un point commun entre ces trois mystères: celui de l'Épiphanie, celui du Baptême et celui de Cana. Quel est ce point commun? L'antienne du Cantique de Zacharie de l'Office des Laudes de l'Épiphanie nous mettra sur la piste:
 
Aujourd'hui, l'Église est unie à son Époux: le Christ, au Jourdain, la purifie de ses fautes, les mages apportent leurs présents aux noces royales, l'eau est changée en vin, pour la joie des convives, alléluia.

    C'est admirable de concision et de densité! Tout est dit, en peu de mots. Difficile de faire mieux. L'antienne du Cantique de Marie (le Magnficat) à l'Office de Vêpres dit la même chose d'une manière un peu différente:
 
Nous célébrons trois mystères en ce jour: aujourd'hui l'étoile a conduit les mages vers la crèche; aujourd'hui l'eau fut changée en vin aux noces de Cana; aujourd'hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver, alléluia.

    Épiphanie, Baptême, Noces de Cana: ces trois évènements sont évidemment des évènements bien distincts dans le temps (et dans l'espace). Pourtant il y a une réalité (et j'insiste sur "réalité") qui permet de dire pour les trois en même temps: "aujourd'hui", comme si c'était un seul et même jour. Cette réalité, ce n'est pas un fait, car il s'agit de trois faits bien distincts. Alors qu'elle est-elle? Elle est de l'ordre de la signification de ces faits, de leur symbolisme.

    Mais attention! Aujourd'hui, quand on dit "symbole" ou "symbolique", on pense tout de suite à "fiction" ou "ficitf", un peu comme quand on dit que quelqu'un a cédé un terrain au bénéfice d'une bonne oeuvre pour un euro "symbolique". Le symbole, au sens fort du mot, n'est pas une fiction.

    Le symbole, c'est la réalité. C'est même plus réel que le fait brut, si j'ose dire, car il exprime la réalité profonde, et il est le seul à pouvoir l'exprimer. Le langage scientifique, auquels nous sommes accoutumés (c'est une accoutumance...), ne permet pas de tout dire. Essayez de dire en langage scientifique ce que ressentent un jeune homme et une jeune fille quand ils "tombent" amoureux l'un de l'autre. Quelles que soient vos compétences scientifiques, ces deux jeunes gens resteront immanquablement sur leur faim s'ils vous écoutaient décrire de cette manière ce qui se passe en eux, comme si vous viviez sur une autre planète. Mais si vous le faites comme les grands poètes, les deux amoureux se précipiteront à la librairie la plus proche pour acheter votre recueil de poèmes en vous demandant de le leur dédicacer.

    Vous me direz:

- Oui, mais alors l'auteur du quatrième évangile c'est un poète qui est arrivé a exprimer en langage imagé une réalité profonde. D'accord... Mais les faits qu'il rapporte ne sont pas historiques.

    Un poète talentueux, c'est vrai, peut parler d'une histoire d'amour qu'il a inventée, comme si c'était une histoire réelle, avec beaucoup de vraisemblance, parce qu'il transpose dans un certain cadre ce que d'autres personnes, en d'autres temps et en d'autres lieux, ont pu vivre.

    Ainsi, à propos des noces de Cana, un auteur (J. Potin, Jésus, 1995) a écrit:
 
Pour Jean les miracles ne sont pas des actes de puissance, comme chez les Synoptiques, mais des signes, c'est-à-dire des symboles (...). Le symbole prend le pas sur la réalité des faits (...). Impossible de savoir ce qui s'est réellement passé.

    D'accord pour la première partie. Pour la deuxième, c'est vrai pour les apocryphes, mais certainement par pour l'Évangile de Jean. Les apocryphes sont des récits plus ou moins fictifs fabriqués de toute pièce, "pour les besoins de la cause", pour illustrer une vérité de foi. S'en délectent les gens, avides de merveilleux, qui, en lisant les quatre Évangiles, restent sur leur faim, en particulier pour ce qui concerne toute la période de l'enfance de Jésus. Ces écrits nous décrivent, par exemple, la Sainte Famille lors de la fuite en Égypte se nourrissant des fruits des arbres qui se penchaient devant eux pour leur permettre de les cueillir. Ou encore l'enfant Jésus à Nazareth qui change les cailloux en petits oiseaux, juste pour épater les copains (alors que Jean nous dit que c'est à Cana que Jésus accomplit son premier signe).

    Mais ce n'est pas ainsi que Jean nous raconte l'épisode de Cana. Il ne faut pas oublier que Jean fait partie des premiers disciples de Jésus, qui, aux noces de Cana étaient au nombre de cinq, et qu'il est donc témoin oculaire. Il
 
ne crée pas les symboles hors de la réalité. Il se tient au plus près des faits, dont il pénètre le sens, miraculeux ou ordinaire, y compris la Passion, où Jésus est cloué et transpercé par la lance du centurion. Avec Marc, il est le plus réaliste des évangélistes. C'est un témoin discret, modeste, anonyme et d'autant plus crédible. (R. Laurentin)

    Ceci étant précisé, essayons maintenant de voir ce que les trois évènements dont je vous ai parlé, et dont parlent les antiennes des cantiques évangéliques de la Solennité de l'Épiphanie comme si c'était un seul jour, ont en commun.

    Il s'agit en réalité (c'est le cas de le dire) de trois épiphanies, de trois manifestations de la Présence de Dieu dans le monde, ceci par des moyens sensibles. La raison d'être de la création n'est pas seulement de pourvoir à nos besoins matériels: manger, boire, etc... Et même quand vous prenez un repas ensemble, en famille ou entre amis, ce n'est pas seulement pour saisfaire vos besoins dits "primaires". Pour un repas de fête, vous allez faire appel à un langage symbolique pour manifester votre sens de l'accueil, de l'hospitalité, de la convivialité ... qui ne se mangent ni ne se boivent.

    Eh bien, Dieu, lui aussi, nous parle par des signes. Il a parlé aux Mages et à chacun de nous par une étoile qui permet aux païens de découvrir la présence de Dieu dans le coeur d'un petit enfant. On parle alors d'une théophanie, une manifestation de Dieu dans notre monde.

    Autre théophanie: au Baptême de Jésus, c'est la Voix du Père et la Colombe qui manifeste le mystère de la Très Sainte Trintité.

    À Cana, aussi, c'est une manifestation de Dieu. Cela est déjà indiqué au verset 51 du chapitre premier: "Vous verrez les cieux ouverts et les anges de Dieu qui montent et qui descendent au-dessus du Fils de l'homme." C'est une théophanie annoncée, au futur. Au verset 11 du chapitre 2 Jean précise: "Il manifesta sa Gloire". La théophanie est accomplie.

    "Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui". Ce n'est évidemment que le début d'un long cheminement qui va vers la Maison du Père en passant par la Croix. Certains voudraient non pas des signes, mais des preuves de Dieu. Non ! Dieu ne se prouve pas. Il se manifeste, mais en respectant notre liberté. Nous sommes des invités aux Noces de l'Agneau, pas des "obligés". La preuve, en prouvant, oblige; le signe, en manifestant, invite. Attention à la paresse dans la foi! Certes, ce n'est pas à nous de changer l'eau en vin. Mais nous devons croire que Jésus peut le faire, et qu'il le fera, quand il voudra, c'est-à-dire: "aujourd'hui". Voilà notre premier travail. C'est ce travail dans lequel Marie excelle, et c'est son bonheur. Mais notre travail, c'est aussi de puiser l'eau pour remplir les cuves, de "faire" "tout ce qu'il (nous) dira" et que Jésus ne fera pas à notre place, de le faire, même si cela paraît totalement inutile à nos yeux. Ici aussi, c'est Marie qui est notre guide et notre modèle.

    Dans la deuxième lecture S. Paul dit: "Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit". Chacun de nous, en faisant tout ce que Jésus nous dira, est appelé à devenir une "théophanie en acte". La théophanie dont nous bénéficions tous, nous devons en faire bénéficier les autres, "en vue du bien de tous", dit S. Paul. Invité aux noces, nous devons devenir serviteurs des noces. Si, quand il y a un service à rendre, ce sont toujours les mêmes qui répondent, ce n'est pas normal. Aux noces de Cana, c'est celui qui ne fait rien qui s'use. S'use également celui qui veut tout faire tout seul. "Les fonctions dans l'Église sont variées, mais c'est toujours le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c'est partout le même Dieu qui agit en tous." Il y a tant d'invités aux noces, et si peu de serviteurs. Il y a tant d'eau à puiser pour remplir les cuves, et si peu de vin. Allez, au travail ! Il n'y a pas de vin, il y en a tant qui ont encore soif, et les Noces ne font que commencer.

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour la Fête-Dieu Année C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

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Le temps pascal s’est désormais terminé avec le dimanche de Pentecôte, toutefois l’Eglise nous permet de sentir encore son atmosphère de liesse et de fête grâce à des solennités qui en perpétuent non seulement le souvenir, mais qui nous permettent d’approfondir le grand mystère du Christ qui, dans la Pâque de la résurrection a atteint son point culminant.

Parmi ces solennités, celle du Corps et du Sang du Seigneur domine toutes les autres. C’est une fête très sentie par la piété populaire et qui veut nous rendre de plus en plus conscients du grand mystère de l’amour que Dieu a transmis aux hommes, allant jusqu’à se faire nourriture pour nous tous.

Cette fête fut instituée par le Pape Urbain IV qui l’étendit en 1264 à toute l’Eglise universelle à la suite de l’extraordinaire miracle eucharistique de Bolsena.

En réalité, cet événement prodigieux fut simplement un stimulus, une provocation presque providentielle qui fit surgir ce qui avait mûri depuis longtemps dans la conscience du peuple chrétien, un besoin profond :

-         d’exprimer sa stupeur face à ce don ineffable de Dieu : la Très Sainte Eucharistie ;

-         de se plonger dans une profonde méditation afin d’apprécier un mystère qui constitue la synthèse  de la foi chrétienne ;

-         de manifester de la manière la plus solennelle sa joie pour la réalité de la présence royale et sacrificielle du Christ ;

-         de proclamer un accueil total à Celui qui, grâce au sacrifice eucharistique, a voulu établir sa demeure parmi nous, se faire nourriture pour nous alimenter le long du parcours difficile de notre vie et, ainsi, rassasier cette faim de Dieu qu’au fond nous éprouvons tous.

La piété chrétienne a éprouvé le besoin d’une manifestation joyeuse et solennelle de foi à l’égard de Jésus eucharistique. Et, étant donné qu’on ne peut promouvoir une telle démonstration le Jeudi Saint – le jour où l’Eucharistie fut instituée, mais qui ouvre aussi le grand jour de la Passion – l’Eglise d’aujourd’hui, dans toute son universalité, lance un hymne de joie et conduit Jésus eucharistie dans les rues en Lui témoignant publiquement l’adoration et l’honneur qui Lui sont dus en tant qu’Il s’est donné lui-même comme viatique stable, nourriture vivante de nos âmes.

C’est à ces conclusions que nous  amènent les lectures de la liturgie de la Parole de ce jour. Elles nous montrent le mystère eucharistique sous le signe de ce pain et de ce vin offerts et transformés pour le salut des hommes.

La première lecture nous rappelle l’une des préfigurations les plus significatives du mystère eucharistique. En effet, dans le récit de la Genèse, c’est Melchisédech, roi de justice et de Salem (c’est-à-dire de paix), qui offre du pain et du vin à Abraham, l’homme des promesses de Dieu, et les accompagne d’une double bénédiction, à Abraham et à Dieu.

Le récit laisse entrevoir le signe d’une réalité finale où le Christ, roi de justice et de paix, s’offre au nouveau peuple de la promesse, et offre justice et paix, deux biens primaires de l’homme qui, dans le Nouveau Testament, sont surtout des dons spirituels et eschatologiques, sans exclure les volets historiques.

Dans les temps nouveaux, c’est l’Eucharistie qui est l’offrande du pain et du vin, c’est-à-dire la louange et l’action de grâces rendues au Père de la part de Jésus Christ, le seul et éternel prêtre, qui par le don de Soi achève également l’ultime et souveraine bénédiction de l’homme.

Elle est le signe de cette nouvelle et éternelle alliance conclue avec le Père céleste, et qui conduit au salut. En effet, en se nourrissant de son corps, on réalise la vie éternelle.

Dans le récit de l’Evangile, Saint Luc entrevoit, dans le miracle de la multiplication des pains et des poissons, un signe du pain nouveau. Jésus accomplit ce miracle, animé de compassion pour cette foule qui le suivait depuis plusieurs jours, une foule affamée de Sa parole au point d’en oublier la nourriture matérielle. Le Seigneur lui offre ainsi une nourriture abondante pour rassasier sa faim. Nous pouvons affirmer que Jésus entretenait déjà dans son cœur le dessein d’offrir aux hommes un pain différent, un pain apte à rétablir et à définir une intimité plus profonde entre Dieu et les hommes, un pain qui pouvait permettre à Dieu d’accéder librement aux hommes pour pénétrer en nos corps et amalgamer notre chair avec sa chair, notre sang avec son sang.

Comme s’il avait voulu confirmer ce dessein, Saint Luc raconte le miracle en indiquant les mêmes gestes que Jésus accomplira par la suite au cours de la dernière Cène.

Enfin, Saint Paul, dans la seconde lecture, rappelle les  paroles de Jésus et nous invite à répéter ce mémorial jusqu’à la venue du Seigneur, nous permettant ainsi d’exprimer toute notre fidélité à la volonté du Christ :

-         fidélité qui est mémoire, car elle est la représentation toujours actuelle du mystère du Christ, de Sa mort et de Sa résurrection ;

-         fidélité qui est communion, car en nous nourrissant de Son Corps nous nous mettons en communion avec le Ressuscité, créant sur terre ce lien avec le Christ, un lien semblable à celui qui s’établit entre le Père et le Fils ;

-         fidélité qui est espérance, car en nous nourrissant de l’Eucharistie, c’est Jésus Lui-même qui nous assure la vie éternelle.

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 6° dimanche de Pâques C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

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Le temps pascal dont nous célébrons aujourd’hui le sixième dimanche représente certainement une invitation constante et pressante à la joie. Une joie qui naît de la résurrection de Jésus, mais aussi de la rédemption que Jésus a mis en œuvre pour tous les hommes. Ce sont là des événements qui nous incitent à vivre de manière particulièrement intense le mystère de l’Eglise qui est née précisément grâce à la Pâque du Christ, et la Parole du Seigneur se fait jour jusqu’à nous pour réaffirmer que l’Eglise doit former une communauté d’amour comblée par la présence du Saint Esprit qui la vivifie et la rend apte à recevoir et à transmettre le salut.

Une Eglise de type universel, donc, qui se réalise et se manifeste au sein des Eglises de toute la terre comme le signe éternel dans le monde de la charité du Christ, un stimulus pour tout chrétien et pour toute communauté afin de conférer sa crédibilité au message évangélique, concrètement dans toutes les situations de la vie quotidienne.

En effet, l’Eglise ne peut être considérée comme un organisme hiérarchique, d’une part, et comme un corps mystique, d’autre part, comme une Eglise de la terre et une Eglise possédant désormais les biens célestes.

Ce sont là les deux aspects d’une même réalité, inséparables l’un de l’autre.

Etant donné que la Jérusalem céleste se mêle, à travers l’histoire, à la Jérusalem terrestre qui continue l’œuvre du Christ, l’Eglise est une aussi bien dans la gloire que sur terre.

Jésus est ressuscité et, par conséquent, il s’est soustrait à l’expérience visible des fidèles. Toutefois, ce n’est pas pour s’éloigner d’eux, mais au contraire, pour être plus intensément et plus profondément présent dans leur vie quotidienne. C’est Lui le centre et le principe d’unité de l’Eglise triomphante, souffrante et militante.

En effet, Jésus qui sur la terre vivait humble et comme voilé, a connu une fois ressuscité, auprès du Père, la plénitude de la gloire qu’il n’a pas gardée pour lui seulement, mais qu’il a répandue sur ses fidèles.

Et il le précise dans le passage de l’Evangile quand il affirme : « si un homme m’aime il observera Ma Parole et Mon Père l’aimera et nous irons à lui et demeurerons en lui ».

Ainsi, le Seigneur demeure avec celui qui l’aime et qui observe ses commandements, de sorte que le chrétien qui met en œuvre le message évangélique – c’est-à-dire qui aime – parvient à capturer Dieu dans son cœur, et il ne peut qu’en être ainsi car Dieu est amour et, dans une telle communion, le dialogue avec Dieu nous conduira à aimer ceux que Dieu aime.

Au sein de l’Eglise cette rencontre avec Dieu se réalisera d’autant plus que l’Eglise est un partage d’amour où tous les hommes témoigneront de l’amour indistinct de Dieu pour tous.

Certainement, croire et aimer représentent un acte de courage de la part du chrétien, et que l’on ne peut comprendre que parce que le Christ a promis le don du Saint Esprit. Cet événement constituera un autre signe de la présence de Dieu dans le monde car, avec la venue du Saint Esprit, le chrétien comprendra plus profondément l’enseignement du Christ en réalisant son souvenir, non seulement comme une simple répétition, mais également comme un approfondissement apte à lui faire pressentir un essor nouveau et des pratiques renouvelées de l’unique expérience salvatrice qui s’est réalisée dans le Christ.

On parviendra ainsi au véritable culte que l’on doit rendre à Dieu, un culte qui sanctifie parce qu’on y percevra la présence du Saint Esprit qui l’anime.

Tel est donc l’Esprit dont l’Eglise a besoin dans son parcours historique pour rester fidèle à la mémoire intégrale de son Seigneur. Ce n’est pas une mémoire ’’pensée’’, mais une mémoire qui est présence réelle du Christ, et qui s’accomplit grâce au Saint Esprit de façon éternelle et toujours renouvelée.

C’est le sens d’une Eglise complètement nouvelle par rapport à la stricte observation de la loi de Moïse, ainsi que nous l’avons vu dans la première lecture.

Saint Luc affirme que c’est le Saint Esprit qui intervient en inspirant aux apôtres et aux anciens une ligne de fidélité dans l’amour : fidélité à l’enseignement du Christ qui leur a commandé de répandre l’Evangile, la bonne nouvelle en allant au-delà de l’observation extérieure de la loi de Moïse.

C’est ici une preuve certaine que l’Esprit Saint soutient son Eglise en illuminant les pasteurs des communautés et en leur inspirant une vie conforme à celle du Christ.

L’Eglise rencontrera, sans doute, des tensions et des difficultés dans sa vie, mais la barque de Pierre ne pourra jamais sombrer car son gouvernail est tenu par l’Esprit de Dieu.

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 4° dimanche de Pâques C (vocations)

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

4 paques C ev1


Le temps de Pâques nous aide à faire nos premiers pas comme ’’des ressuscités’’ : ’’Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu’’, nous dit l’Apôtre Paul (Col 3,1-4) ; ’’Mes frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? Faites disparaître le vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle puisque vous êtes des azymes, car le Christ, notre Pâque, a été immolé. Célébrons donc la fête, non avec le vieux levain ni avec un levain de malice et de perversité, mais avec les azymes de la pureté et de la vérité’’. (1Cor. 5, 6-8). ’’S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi’’ (Jn 16, 20). ’’Gardez-vous avec soin du levain des pharisiens et des sadducéens !’’ (Mt 16, 6.12). Pour les premiers chrétiens tout cela n’avait pas été facile non plus, ni évident, bien qu’on ait dit qu’ils mettaient toute chose en commun et qu’ils n’étaient qu’un cœur et qu’une âme. (Act. 4, 32).

Aujourd’hui la première lecture nous parle des succès apostoliques de Paul et de Barnabé à Antioche de Pisidie qui, cependant, se heurtent vite à l’envie des Juifs qui refusent la Parole de Dieu et, qui, par conséquent, s’excluent du salut et provoquent une persécution contre la foi avec l’aide de femmes pieuses de haut rang. Paul et Barnabé ne se laissent pas intimider et annoncent le noyau central de l’Evangile : Jésus est ressuscité, la promesse s’accomplit pour tous les peuples.

Les disciples étaient pleins de joie et de Saint Esprit. Ils éprouvent une grande joie au milieu des adversités. Il semble que pour l’auteur des Actes des Apôtres il y ait un lien étroit entre la joie et le Saint Esprit. La joie est une caractéristique du Royaume de Dieu. Le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie dans le Saint Esprit (Rom 14, 17-19). La joie chrétienne, ainsi que la paix, qui est un don du Christ, (Jn 14, 27-31a) ne s’obtient pas artificieusement car elle dérive de la persuasion intime que l’on accomplit la volonté de Dieu et que dans les mortifications l’on participe à la mort du Christ, comme aussi à sa victoire pascale. La joie constitue un élément essentiel du témoignage chrétien.

L’hostilité que les disciples rencontrent conduira à la douloureuse conséquence de la séparation entre la Synagogue et l’Eglise. Suivre le Christ exige également des choix. Le Christ est lumière qui éclaire les peuples et gloire d’Israël et ainsi les pensées de nombreux cœurs seront révélés (Lc 2, 32). Le Seigneur n’a-t-il pas dit à ses Apôtres : ’’Allez par tout le monde et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné’’ (Mc 16, 16) ? Toutefois, ceux qui ne croient pas sont souvent les plus proches :’’Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont point reçu (Jn 11, 11)’’.

La seconde lecture nous parle également de la multitude des peuples appelés à la foi. Les sept sceaux nous rappellent les sept jours de la création. Au sixième jour, celui de la création de l’homme, correspond le sixième sceau : le salut de l’humanité. Tout d’abord le mal est détruit (Ap 6,12-17), puis apparaissent les 144.000 d’Israël marqués par le Tau (la Croix) et enfin une multitude de toute provenance, race, peuple et langue, ainsi que nous le contemplons dans la Liturgie de la Fête de la Toussaint. Ces derniers portent les palmes du martyre parce qu’ils sont passés par la grande tribulation de la persécution, mais aussi de la passion du Christ avec qui ils ont été unis par le Baptême, et effectivement ils sont vêtus de blanc.

Ce Dimanche est également celui du Bon Pasteur. En effet la brève péricope évangélique nous parle de lui. C’était en hiver et on célébrait la Fête de la Dédicace. Jésus se promenait dans le Temple tandis qu’un groupe de juifs lui demandait de leur révéler s’il était vraiment le messie. Déjà auparavant des personnes simples et de bonne volonté, la samaritaine, l’aveugle-né, avaient eu l’intuition de la véritable identité de Jésus. Mais à présent les interlocuteurs sont plus embarrassés et mal disposés. Ainsi, le passage de l’Evangile fait suite à une requête des Juifs : ’’Si tu es le Christ dis-le-nous franchement’’ (Jn 10, 24). Jésus devrait être démasqué. Et on cherche à lui arracher une affirmation sans équivoque. Il ne s’y soustrait pas, mais sa réponse se situe sur deux niveaux distincts : 1) celui de la disposition intérieure nécessaire afin de pouvoir connaître la Vérité ; 2) sur le plan de l’Ecriture qu’on ne peut contester. Mais pourquoi les Juifs refusent-ils d’accueillir Jésus ? Jésus les invite à prendre en considération ses œuvres. Cependant ils refusent parce qu’ils sont en désaccord avec son message. Le dessein divin du salut ne coïncide pas avec leur façon d’évaluer les choses. Pour l’acte de foi et pour sa qualité il faut accepter la préparation de la grâce.

Personne ne les ravira de ma main (Jn 10, 28). Le Seigneur déploie toute sa force pour défendre son troupeau, mais alors, pourquoi cette présence du mysterium iniquitatis même parmi les fidèles, et pourquoi toutes ces apostasies ? Nous pouvons non seulement refuser le Christ, mais nous pouvons également le renier après avoir adhéré à Lui. Dieu respecte notre liberté comme le père du fils prodigue. Si nous sommes infidèles, Lui, en revanche, demeure fidèle (2Tim 2,13).

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 3° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

3 careme C ev

 

 Le troisième dimanche de Carême nous montre, dans la première lecture, l’un des textes les plus profonds des Saintes Ecritures concernant l’identité de Dieu ; et, dans le passage de l’Evangile, une invitation à la conversion. Deux sujets profondément liés l’un à l’autre. En effet, « se convertir » ne revêt pas immédiatement une signification morale (passer du mal au bien), mais un sens relationnel (passer du moi à Dieu).

Dans le passage tiré de l’Exode, Dieu se présente comme Celui qui a libéré son peuple de l’esclavage d’Egypte, comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, comme « Celui qui est ». Ce sont trois expressions qui identifient pour toujours le Dieu d’Israël, qui dans sa bonté et sa sagesse, a décidé de se communiquer lui-même à tous les hommes. Avant tout, il ne s’agit pas d’un Dieu étranger aux vicissitudes humaines, mais d’un Dieu qui a observé la misère de son peuple en Egypte, qui a entendu son cri et qui a connu ses souffrances (cf. Ex 3,7) : c’est un Dieu qui vient à notre secours et qui ne nous abandonne pas dans les déserts du mal, de la solitude et de la mort. Et c’est encore le Dieu d’une longue histoire, le Dieu de nos pères, le Dieu d’une tradition qui vient de loin et qui possède, par conséquent, la garantie d’être vraie et crédible en tant que de nombreuses générations l’ont vérifiée. La foi en Dieu n’est pas l’affaire d’un instant ou la conséquence d’un sentiment et d’une émotion passagère, mais elle est immersion dans une histoire qui a reçu beaucoup de visites de la part de Dieu. Enfin, Dieu est « Celui qui est » : nous ne pouvons le peindre avec nos couleurs ni le façonner de nos mains. Le Dieu d’Abraham et de Jésus, de Marie et des apôtres n’est pas l’une des idoles inventée par les hommes, « qui ont une bouche et ne parlent pas, qui ont des yeux et ne voient pas » (cf. Psaume 113B). C’est un Dieu différent par rapport aux dieux qui dominent le monde.

C’est à ce Dieu, qui s’est révélé à Moïse dans le buisson ardent, que Jésus nous demande de nous convertir. Dans le passage de l’Evangile de Luc, on demande à Jésus de s’exprimer sur certains événements : l’exécution de Galiléens dans le temple sur ordre de Ponce Pilate et l’écroulement d’une tour qui avait tué des passants. Des « faits divers » comme ceux dont nous entendons parler tous les jours et qu’on interprète souvent comme une punition divine. Jésus nous invite à considérer les faits de la vie, même les plus tragiques, selon une optique différente en affirmant deux vérités importantes.

Premièrement, Jésus affirme que les victimes de malheurs ne sont pas plus pécheurs que les autres hommes. Les catastrophes de la vie ne doivent pas être prises nécessairement comme une punition de Dieu. Et, de cette manière, il corrige une conception erronée de Dieu – répandue non seulement en son temps mais dans tous les temps – et qui en déforme le visage. Jésus restaure l’image authentique de Dieu, qui ne désire pas la mort du pécheur, mais que celui-ci se convertisse et vive (Cf. Ez 33,11). Jésus nous met en garde contre la tendance à penser que les malheurs sont une conséquence immédiate des péchés personnels de ceux qui les subissent. Certes, Dieu n’apprécie pas le péché, mais il aime éperdument le pécheur et il met tout en œuvre – comme nous le verrons dans la brève parabole de la seconde partie de l’Evangile d’aujourd’hui – pour sauver le pécheur, non pour le punir, ainsi qu’on peut le lire dans la Deuxième Epître de Pierre (3,9) : « Dieu ne veut qu’aucun périsse, mais que tous arrivent au repentir ».

Deuxièmement, « Si vous ne vous convertissez pas, vous mourrez tous également ». Jésus, en d’autres termes, nous invite à considérer les faits de la vie dans la perspective de la conversion. « Les malheurs, les deuils, ne doivent susciter en nous ni la curiosité ni la recherche de présumés coupables, mais ils doivent être l’occasion de réfléchir, afin de vaincre l’illusion de pouvoir vivre sans Dieu, et l’occasion d’affermir, avec l’aide de Dieu, l’engagement à changer la vie » (Benoît XVI, Angélus du 7 mars 2012). Jésus nous exhorte à nous convertir à Dieu, non pas à nous-mêmes. Il faut donc bien comprendre la conversion chrétienne. Il ne s’agit pas avant tout, nous l’avons dit au début, d’une conversion morale, d’un engagement ascétique même très profond, pour nous changer nous-mêmes. S’il en était ainsi, nous ne ferions qu’accroître notre incapacité à faire le bien, car ce ne sont certes pas nos efforts qui pourront nous changer. S’il en était ainsi nous ne ferions que rendre vaine la croix du Christ (cf. 1Cor 1,17) et confirmer notre condamnation. L’originalité de la conversion chrétienne, par rapport à toutes les formes de conversion, réside précisément dans le fait que, dans un certain sens, Dieu a été le premier à se « convertir » à nous. C’est à nous qu’il revient de faire place à Dieu qui veut entrer dans notre vie, ainsi que le rappelait Saint Paul le mercredi des cendres : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Cor 5,20). Ce qui revient à dire : permettez à Dieu d’être Dieu ! La conversion chrétienne est avant tout une conversion relationnelle : du moi à Dieu, ainsi que nous le rappelait Benoît XVI à l’Angélus du 17 février :« voulons-nous suivre le moi ou Dieu ? » C’est d’ailleurs ici le premier appel de Jésus au début de sa vie publique : « convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1,14), en d’autres termes, convertissez-vous en croyant à l’Evangile, convertissez-vous en accueillant la bonne nouvelle que Dieu vous aime ! C’est notre conversion à Dieu qui rend également possible notre conversion morale ; celle-ci ne serait pas réalisable autrement, parce que l’homme – comme nous le rappelle la saine doctrine de l’Eglise – n’arrive pas à vivre une vie intègre sans la grâce de Dieu.

On comprend ainsi également la brève parabole du figuier stérile, dans laquelle l’image de Dieu est celle du vigneron qui incite le maître de la vigne à la patience. La parabole décrit en détail le soin avec lequel il s’occupe du figuier, en s’offrant de creuser tout autour de l’arbre et d’y mettre du fumier pour qu’il porte enfin des fruits. Les gestes du paysan et son appel à la patience décrivent bien l’action de Dieu à notre égard. La parabole met en relief l’amour patient de Dieu pour nous, mais en outre elle souligne toute l’urgence de notre conversion. Dieu nous fait don de ses soins et du temps, mais le temps de notre vie – que le parcours du Carême stimule de façon salutaire – n’est pas celui de la somnolence et de la paresse, mais il est fait pour accueillir Dieu, pour élever notre regard vers Lui et vers Celui qu’il nous a envoyé, son propre Fils Jésus. La vie nous est donnée afin qu’elle porte ses fruits, comme l’arbre de la parabole. En arrière-plan, il reste possible que l’arbre soit coupé et que la demeure de notre vie s’écroule. La conversion devient dès lors une urgence joyeuse.

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 2° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

2 careme C ev

 

 

 Dimanche dernier, la liturgie nous a montré Jésus qui, dans le désert, a combattu victorieusement contre le démon en repoussant les grandes tentations auxquelles avaient cédé nos ancêtres « au commencement du monde » et le peuple hébreux pendant les 40 ans de l’exode.

Aujourd’hui, la liturgie nous rappelle Jésus sur le mont de la transfiguration, vainqueur du péché et de la mort, resplendissant de lumière divine. Dans l’itinéraire du Carême, la Transfiguration est comme une anticipation de la gloire de Pâques, qui donne à notre parcours de pénitence la certitude d’un objectif de gloire et de lumière précisément au milieu des épreuves qui constellent notre vie.

L’évangéliste Luc situe cet événement dans le contexte de la prière. En fait, Luc est le seul évangéliste qui souligne que Jésus « monta sur la montagne pour prier » (9,28), emmenant avec lui Pierre, Jacques et Jean. Ce qui reviendrait à dire que la prière est la véritable Transfiguration, dont l’autre – le visage de Jésus qui « changea d’aspect » (Lc 9,29) – n’est que la conséquence et le résultat. C’est la profonde communion de Jésus avec le Père, l’ouverture de son cœur et de son esprit au Père, cet espace intérieur et extérieur qui rend possible la transformation du visage et de la personne de Jésus. Nous ne comprenons l’événement de la Transfiguration de Jésus que si nous entrons dans sa prière, c’est-à-dire dans sa relation profonde avec le Père et le fait qu’il s’immerge dans le dessein historique du Père, qui unit, dans une unique étreinte, l’antique alliance, représentée par Moïse et Elie, et la nouvelle alliance ouverte à tous les croyants et dont Pierre, Jacques et Jean étaient en ce moment les représentants. Dans le texte grec de Luc – qui se distingue encore une fois par rapport aux deux autres récits des Synoptiques – on peut lire également que le visage de Jésus « devient différent » dans la prière. Le texte ne dit pas, comme dans les récits de Matthieu et de Luc, que Jésus « se transfigura », mais que le visage de Jésus est « différent » par rapport au visage de toute autre personne. C’est un détail important. Jésus n’est pas simplement Elie, ou le Baptiste, ou un prophète, mais il est ’’le Christ de Dieu’’ (Cf. Luc 9,19-20). Son identité complète ne vient pas de la terre, mais du ciel. Le visage de Jésus reflète visiblement la gloire du Dieu invisible, parce que Jésus est « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (selon le Symbole de Nicée-Constantinople). Et cette gloire du Fils de Dieu a été donnée pour toujours à l’Eglise : « nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14.) Dans la prière, le visage de l’homme partage l’altérité de Dieu. Dans sa relation avec Dieu l’homme ne sort pas de l’histoire, mais il reste dans l’histoire avec un regard « différent » sur la réalité : c’est le même regard de Dieu, qui ne s’arrête pas aux apparences, c’est-à-dire à l’opacité et aux ténèbres du monde, mais qui est un regard de lumière, donnant un sens à tout. Jésus est resté dans les replis de notre histoire jusqu’à la fin, en mourant sur la croix. Voilà pourquoi, au moment culminant de la Transfiguration, on parle d’ « exode » : Luc choisit à dessein ce mot (c’est encore une de ses spécificités), qui évoque Israël sauvé d’Egypte, afin d’attribuer à la mort de Jésus tout son sens pascal et salvifique.

Sur la montagne de la Transfiguration le nuage lumineux enveloppe également les disciples, c’est-à-dire l’Eglise naissante, l’Eglise de tous les temps et, par conséquent, également l’Eglise d’aujourd’hui, qui reflète – malgré le péché des disciples de Jésus – la « lumière des nations », le Seigneur Jésus (« Lumen gentium cum sit Christus… »). Cet événement que la tradition situe sur le mont Tabor a une grande valeur anthropologique, parce qu’il nous montre que l’homme est fait pour la lumière, même s’il se trouve dans la « vallée obscure » (Psaume 23) du mal, de la souffrance et de la mort. La vie chrétienne tout entière est un exode, un cheminement des ténèbres vers la lumière, du péché à la grâce (sacrement de la pénitence), des eaux de la mort aux eaux de la vie (sacrement du baptême), de la manne – « une nourriture qui périt » (Jn 6,27), au point que « vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts » (Jn 6,49) – au « pain qui descend du ciel » (Jn 6,50) (sacrement de l’eucharistie), de l’homme extérieur, voué à la destruction, à l’homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour ce qui fait que « nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire » (2Cor 4,16-17). L’exode est le passage de la croix du Vendredi saint à l’aube du matin de Pâques, c’est le passage du vieux monde, où tout est inexorablement caduc, au monde nouveau, au monde de la Pâque de Jésus, anticipé dans l’événement de la Transfiguration et conféré sacramentellement dans le baptême et l’eucharistie. La vie chrétienne n’est pas seulement l’attente de la gloire future, mais elle consiste dans l’accueil de tous ces éclats de lumière dont le Seigneur nous fait don sur le chemin de notre vie. Dès le jour de la création, Dieu Lui-même, contemplant son œuvre, fit retentir un cri de joie : « Que c’est beau ! ». Dans notre vie quotidienne aussi le Seigneur nous donne des graines de lumière et de gloire qui éclairent notre vie sombre : quand nous rencontrons un ami, quand nous contemplons les beautés de la création, quand nous admirons une œuvre d’art, quand nous sommes transportés par un morceau de musique, quand nous nous enrichissons de la lecture d’un texte savant, quand deux époux s’aiment… Quand nous faisons l’expérience du ’’beau’’, du ’’vrai’’ et du ’’bon’’, nous voyons une lumière différente par rapport aux lumières éphémères d’un monde qui passe. Ces lumières sont comme un « abrégé de l’Evangile », un petit Tabor, un morceau du ciel qui nous aide à marcher dans la vallée de notre vie sans nous laisser gagner par le découragement, la peur, le poids des événements.

L’événement de la Transfiguration nous apporte un autre don : c’est la voix du Père qui ne se borne pas à énoncer l’identité de Jésus : « Celui-ci est mon Fils, l’élu », ainsi qu’il le fit lors du baptême dans le Jourdain, mais il ajoute : « Ecoutez-le ! » (Lc 9,35). Le grand commandement que Dieu a donné à Israël, Shemà Israel (« Ecoute Israël : le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un’’ - Dt 6,4), s’accomplit en Jésus : c’est en Lui que la Parole de Dieu est devenue visible, s’est faite chair et voix. C’est en lui que retentit la plénitude de la Parole du Père, une Parole qui dépasse nos limites, qui se soustrait à la manipulation des modes et des intérêts mondains qui passent et qui changent, une Parole qui n’est ni éphémère ni passagère comme le sont les paroles des hommes, parce que « le ciel et la terre passent, mais mes paroles ne passeront point » (Mt 24,35).

L’eucharistie du dimanche est comme un mont Tabor qui se répète chaque semaine, qui nous permet de découvrir une lueur différente dans le rythme de notre vie. Dans la liturgie divine, Jésus devient encore une fois la lumière qui éclaire notre chemin en nous donnant sa Parole et sa Chair. Ainsi, c’est notre vie aussi qui devient différente, parce que transfiguréepar la gloire duSeigneur ressuscité.

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 1° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

 

1 careme C ev

 

 Le premier dimanche du carême nous reporte toujours au récit des tentations de Jésus dans le désert. L’Evangéliste Luc raconte que Jésus, après avoir reçu le baptême, « rempli d’Esprit Saint, revint du Jourdain, et il était dans le désert, conduit par l’Esprit, pendant quarante jours, et il était tenté par le Diable » (Lc 4,1-2). A la fin de ce passage, Luc affirme que lorsque le Tentateur s’éloigne de Jésus, il avait épuisé « toute tentation possible » (Lc 4,13). Il apparaît tout de suite clairement que les tentations de Jésus « ne furent pas un incident de parcours, mais la conséquence du choix de Jésus de poursuivre la mission que lui avait confiée le Père » (Benoît XVI, 21 février 2010). Dans le désert, Jésus vit et affronte toutes les épreuves qu’Israël et l’humanité ont subies et subissent encore dans leur histoire et dans leur existence. Le désert est le lieu de la vérité : voilà pourquoi c’est également le lieu de la lutte, c’est le lieu où l’on doit choisir, c’est le lieu de la conversion. Dans le désert, il faut choisir de quel côté rester : du côté de Dieu ou du côté de Satan. Il faut choisir entre la vérité et la fidélité ou le mensonge et la trahison. Le temps du carême est le sacrement des quarante jours de Jésus pour « mettre à l’épreuve » notre cœur et notre foi en Dieu, pour éprouver, reconnaître et vaincre nos séductions les plus profondes.

Les trois tentations de Jésus sont celles de tout homme éprouvé dans la foi plus que dans son comportement moral. Satan sait bien que depuis les premiers temps de la création l’homme veut prendre la place de Dieu. Il vise haut. Satan cherche à jeter une ombre de discrédit sur Dieu en le montrant comme l’antagoniste de notre liberté et de notre autonomie. Il tente également de perdre l’homme en s’appuyant sur ses appétits les plus négatifs et séduisants.

La première tentation met en jeu le pain comme symbole de tous les biens dont l’homme a besoin pour vivre. Satan cherche à enfermer l’homme dans le cercle des biens terrestres : « Ordonne à cette pierre qu’elle devienne du pain » (Lc 4,3). La faim de l’homme est reléguée au rang de faim de biens matériels. Si l’homme cédait à cette tentation, Satan pourrait être certain que la voie de l’homme vers Dieu se fermerait pour toujours, car : « L'homme même dans sa splendeur ne comprend pas, il ressemble au bétail qu’on abat. » (Psaume 49,21). Et Satan veut la mort de l’homme pour que Dieu soit privé de sa gloire. Face à une telle réduction anthropologique de l’homme de la part de Satan, qui enferme l’homme dans l’horizon de ce monde, Jésus rappelle à l’homme quel est l’horizon authentique, quelle est notre vraie faim, notre faim profonde : « L’homme ne vit pas seulement de pain » (Lc 4,4), en citant un verset du Deutéronome 8,3 (cité intégralement dans Mt 4,4 : « Mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». La réponse de Jésus est un grand hymne à la dignité de l’homme, dont la vocation est irréductible aux objectifs mondains. Jésus nous dit : ne repose pas ton cœur dans les trésors de ce monde qui passe, parce que tu as été créé et constitué pour des biens beaucoup plus grands ; ne rends pas tes désirs misérables en les bornant à ce que tu peux toucher et voir immédiatement, parce que tes objectifs sont bien plus grands. Voilà la première vérité de ce parcours du carême que Jésus nous révèle : rappelle-toi, homme, que tu es fait pour Dieu et que rien de ce qui est inférieur à Dieu ne peut te rassasier.

Dans la seconde épreuve, le Tentateur vise plus haut : « Je te donnerai tout ce pouvoir avec la gloire de ces royaumes, … si tu m'adores. (cf. Lc 4,6-7). C’est la séduction trompeuse du pouvoir qui fascine celui qui, au lieu d’adorer Dieu, source d’amour et de vérité, adore les idoles qui sont la singerie de Dieu. Le tentateur sait bien quelle fascination exerce le pouvoir sur le cœur humain : un pouvoir qui, pour être conquis, fait recours à tout et devient peu à peu écrasement et violence, domination du plus fort sur le plus faible, astuce, compromis… Satan dit à chacun de nous : tu veux avoir le monde en main ? Alors utilise la force, occupe les postes-clés de la société, fais-toi de la place, domine les autres. C’est l’expérience qui parcourt toute l’histoire humaine : prendre possession des autres, les exploiter pour ses propres projets, plier et manipuler les consciences, annuler les frontières entre le bien et le mal, entre la vérité et le mensonge. Les totalitarismes du siècle dernier et les relativismes d’une grande partie de notre horizon culturel actuel sont les signes évidents de la force de séduction du pouvoir. Jésus sort en vainqueur de la lutte contre Satan. Face à la divinisation du pouvoir, Jésus oppose l’adoration de Dieu en citant encore le Deutéronome (6,13) : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul » (Lc 4,8). « Le commandement fondamental d’Israël est également le commandement fondamental des chrétiens : on doit adorer Dieu seul » (J. Ratzinger-Benoît XVI, Jésus de Nazareth, 2007). D’adorateurs du Tentateur, le temps du carême nous invite à redevenir adorateurs de Dieu.

La troisième tentation est la plus insidieuse parce qu’elle met en cause, en le dénaturant, le rapport entre Jésus et Dieu le Père. Le Tentateur propose à Jésus de mettre Dieu à l’épreuve en lui demandant un miracle : « Jette-toi du plus haut du temple et Dieu enverra ses anges et te sauvera » (cf. Lc 4,10-11). C’est la forme la plus extrême de la perversion et du défi : Satan demande à Jésus d’accomplir un geste qui « oblige » Dieu à donner une preuve de sa présence et de son pouvoir. C’est l’homme qui dit à Dieu comment Dieu doit agir ! C’est l’homme qui impose sa propre volonté à Dieu au lieu d’accepter la volonté de Dieu ! L’homme réduit Dieu à un objet d’expérimentation. Mais Jésus, citant encore une fois le Deutéronome (6,16), renverse la situation et répond à Satan : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu » (Lc 4,12). En d’autres termes : tu ne peux prétendre que Dieu obéisse à tes requêtes ; laisse à Dieu l’entière liberté d’être Dieu ; ne le plie pas à tes désirs, sinon il ne te restera qu’une idole, ou pire, une sorte de jouet qui se brisera entre tes mains au moment où tu affronteras les premières grandes difficultés de ta vie.

Le récit de l’Evangile illumine tout le parcours du carême, qui nous oblige à choisir entre deux partis : Dieu ou Satan. Nous pouvons vivre en suivant Jésus, en choisissant le « il est écrit », c’est-à-dire Dieu et sa Parole ; ou bien vivre en cédant aux grandes séductions du Tentateur qui nous envoûtent avec toute la fascination d’une liberté à vil prix.

C’est pour nous aussi que Jésus a surmonté toutes les épreuves. Et Il les a surmontées jusqu’au bout, lorsque Satan réapparaissant « au moment favorable » Le tentera en vain pour la dernière fois, en Lui proposant de rejeter le projet de Dieu, c’est-à-dire de se sauver en descendant de la croix. Mais Jésus, précisément dans l’Evangile de Luc, criera de toutes ses forces : « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (23,46).

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 5° dimanche du Temps Ordinaire C

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5 TOC ev

 

Après nous avoir montré comment, face au Christ, face au caractère exceptionnel du Christ, l’âme humaine arrive à se défendre au point de le chasser, en minimisant la réalité qui se présente à elle, la Sainte Eglise aujourd’hui nous fait pénétrer à l’intérieur de cette expérience de familiarité avec Jésus qui se trouve à l’origine de l’appel des premiers disciples, de leur foi et de leur vie.

La page évangélique que nous avons écoutée et qui est tirée de l’Evangile selon Saint Luc, commence par nous montrer la manière “concrète” qu’avait le peuple de se rapporter au Christ : « Comme la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu… » (Lc 5,1). La foule « se pressait autour de lui », elle l’entrevoyait, elle le suivait, elle s’approchait de lui pour l’écouter, au point que le Seigneur risque de rester écrasé et, avec sa promptitude extraordinaire, avec le sens pratique admirable que révèle chacun de ses gestes, il saute sur une barque qui était amarrée sur la rive et demande à Simon Pierre de s’en éloigner un peu afin qu’il puisse parler aux gens.

Quel mystère ! La Parole de Dieu, le Fils éternel du Père, a assumé, a « pris sur lui » en se faisant chair toute notre humanité, pour la vivre jusqu’au bout sans rien s’épargner de ce qui est humain, y compris la fragilité propre de notre nature : la Parole éternelle, grâce à laquelle le Père a créé le monde, a besoin « de hausser la voix » pour se faire entendre ; elle a besoin de se soustraire à la pression de la foule, de cette foule de gens qu’elle aime viscéralement, afin d’éviter de rester ’’écrasée’’ ; besoin de demander à Simon Pierre de l’accueillir sur sa barque. Aux yeux des Israélites, le Christ apparaît ainsi en tout et pour tout comme un homme, fait de chair comme tout homme, avec un corps sujet à la fatigue, à la faim et à la soif, aux intempéries. Et pourtant ils ne pouvaient rester loin de cet homme; ils ne pouvaient détacher leurs yeux de lui. Même la faim – cette faim que le Seigneur rassasiera avec la multiplication des pains et des poissons (Jn 6,1 et suiv.) – ne peut les détourner de lui.

En outre, il est émouvant de voir combien, avec le Christ, rien ne se produit par hasard : il ne monte pas dans une barque quelconque, mais sur celle de Simon. Celui-ci avait déjà rencontré le Seigneur quand son frère André était rentré à la maison haletant et lui avait dit : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1,41). Simon avait déjà passé quelque temps avec lui, de sorte qu’invité à reprendre le large en plein jour, le moment le moins favorable pour la pêche – il n’est pas besoin d’être un pêcheur expert pour le savoir – invité à jeter à nouveau les filets après une nuit infructueuse, il arrive déjà à s’exclamer : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais – ajoute-t-il – sur ta parole je jetterai les filets » (Lc 5,5).

Quelle circonstance pouvait inciter Simon à une affirmation apparemment si illogique ? Parce qu’il semble illogique, après une nuit de travail décidément infructueux, de tenter une nouvelle pêche le matin de bonne heure, quand la lumière du jour éloigne tous les poissons et que la fatigue physique exige seulement le repos. Illogique ! Et pourtant Simon dit : « Mais sur ta parole, je jetterai les filets ». Pourquoi ? Comment un pêcheur professionnel peut-il dire cela ? Tout est contenu dans ce « mais » initial : « Mais sur ta parole ». Dans l’aspect ordinaire de la vie, le caractère prévisible des engagements de tous les jours, la routine du travail ou la tiédeur du foyer domestique, à l’improviste un « mais » se faisait jour. Quelques jours auparavant, dans la vie de Simon, ce « mais » avait commencé à prendre corps, et précisément quand André lui avait fait connaître Jésus. Après avoir passé quelques heures avec lui, alors qu’il rentrait à la maison pour se préparer comme chaque soir à la pêche nocturne, il s’était mis à penser et avait commencé lentement à prendre conscience que quelque chose de nouveau s’était produit en lui, quelque chose qu’il n’arrivait pas encore à exprimer jusqu’au fond, mais qu’il ne pouvait plus ignorer.

Et c’est dans cette familiarité progressive et continuelle avec le Christ que croît et se dessine dans le cœur de Simon Pierre une nouvelle certitude : avec le Christ, un facteur d’une nouveauté absolue entre dans la réalité, une nouveauté vers laquelle converge mystérieusement toute la réalité. Et cette nouveauté, c’est lui, sa personne, c’est Jésus. Paradoxalement pour Simon, devant le Christ, le facteur véritablement illogique ne consiste pas à se fier à lui contre toute évidence, mais à dire, comme cela aurait été normal : « Maître, c’est absurde de tenter de pêcher maintenant. Tu plaisantes ! » Face à tout autre homme il aurait été normal de penser qu’il s’agissait d’une plaisanterie et qu’il valait mieux continuer à ranger les filets et rentrer à la maison au plus tôt afin de pouvoir se reposer. Mais pas avec Jésus. Avec lui, il aurait été illogique de ne pas essayer, de ne pas prendre sa parole au sérieux, bien que l’expérience humaine semblât dire le contraire.

Ainsi, pour Simon, c’est une nouvelle expérience qui commence et qui se renouvellera pendant trois ans et jusqu’à son dernier souffle : avec le Christ la réalité ne déçoit jamais ; le Christ ne déçoit jamais ! La pêche a lieu, la barque est trop petite pour en contenir les fruits prodigieux ; il semble que les deux barques soient sur le point de sombrer, et le frère d’André tombe aux pieds de Jésus en s’exclamant : « Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur ! » (Lc 5,8). Ce qui revient à dire : « Tout ce qui est en toi me dépasse, Seigneur, je ne suis pas digne, mais je ne peux me détacher de toi, je ne peux m’empêcher de me jeter à tes genoux ! ».

Demandons à la Sainte Vierge Marie, qui durant sa vie terrestre a passé plus d’années avec que sans son Fils - elle n’avait que douze ans quand elle l’a conçu ! – de croître dans cette familiarité avec le Christ, dans ce contact quotidien avec lui, grâce à un regard sur la réalité qu’une prière constante rendra attentif. Demandons-lui de croître dans son « mais », qui est entré dans le monde pour ne jamais plus le lâcher. Ainsi, unis à elle, unis à Pierre, répétons nous aussi, aujourd’hui et à jamais : « Fiat mihi secundum verbum tuum – Seigneur, qu’il advienne de moi selon ta parole », « Seigneur, sur ta parole je jetterai les filets ». Amen !

 

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