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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee c (2018-2019)

La bonne nouvelle d'un exigeant renoncement - Homélie 23ème dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies année c (2018-2019)

 

L'évangile de ce dimanche rappelle à chaque chrétien qu'il est engagé de façon radicale à la suite de Jésus Christ. Cet engagement de toute la personne pour le Christ se traduit par des renoncements: haïr les siens et sa propre vie; porter sa croix; renoncer à tous ses biens.

Autant il faut laisser la parole de Dieu nous atteindre avec toute sa vigueur, autant nous devons éviter des malentendus possibles: par exemple en présentant une "morale" coupée de la bonne nouvelle qui lui donne un sens, ou en insistant plus sur des performances ascétiques que sur l'adhésion à la personne du Christ. Le sens de l'évangile n'est pas de donner mauvaise conscience ni de décourager, mais de susciter le don de nous-mêmes à celui qui nous a aimés le premier, et qui, seul, a droit à notre amour sans limites.

Cet évangile fait suite à celui de dimanche dernier. Après l'enseignement donné dans le cadre d'un repas chez un chef pharisien, d'autres paroles de Jésus sont maintenant adressées aux grandes foules qui faisaient route avec Jésus. Luc rappelle ainsi discrètement que Jésus est en route vers Jérusalem, le lieu de sa passion, et que l'enseignement qui va suivre est destiné à tous ceux qui ont choisi de l'accompagner dans sa destinée, c'est-à-dire à tous les chrétiens.

On ne peut suivre le Christ sans se donner tout entier, et sans renoncer à tout ce qui mettrait en cause ce choix. Si les chrétiens de son temps avaient été parfaits, Luc n'aurait sans doute pas eu besoin de retenir ce thème ! C'est dans ce but pastoral qu'il utilise quelques paroles de Jésus, transmises par la tradition, et les adapte. En réalité, il reprend trois paroles isolées (logia), et la double parabole de la tour et de la guerre. 

La double parabole, en position centrale, a pour fonction de renforcer les deux paroles qui la précèdent, et plus encore la troisième qui, placée en finale, constitue la pointe de tout l'ensemble. La double parabole est donc au service des trois paroles. Commençons par celles-ci.

En plus de l'appel au renoncement, qui en est le thème principal, elles ont deux autres traits communs. D'abord, chacune rattache le renoncement nécessaire à l'engagement positif qui le justifie : elle vaut pour ceux qui choisissent de venir à moi, de marcher derrière moi, ou d'être mon disciple. Seule la décision de suivre le Christ de préférence à tout, dans une adhésion de tout l'être à sa personne, peut justifier les renoncements du chrétien. Ensuite, l'enseignement est individualisé, de manière à atteindre chacun en face de son engagement baptismal. Les exigences évangéliques sont la traduction concrète de notre adhésion aimante et absolue à la personne du Christ.

Comme toujours, le sens de ces paroles doit être cherché à la lumière de la vie de Jésus et de l'ensemble du Nouveau Testament. La première demande à chaque disciple de préférer le Christ à ceux qui lui sont le plus chers et à lui-même. Mot à mot, le disciple doit les haïr, c'est-à-dire les aimer moins, les faire passer au second plan, dans le cas évidemment ou un choix s'imposerait. Cette parole, abrupte et exigeante, est nourrie de l'expérience de Jésus: il a aimé ses parents, ses amis, ses ennemis, mais seule la fidélité à Dieu avait pour lui valeur absolue. S'il arrivait que sa famille que sa famille ou ses amis ne comprenaient plus sa mission, il ne se laissait pas fléchir dans sa détermination. On le voit déjà quand il a douze ans (Lc 2, 49), ou quand sa famille veut interrompre son ministère (Mc 3, 21. 31-35); ou encore quand ses disciples l'abandonnent en masse (Jn 6, 66-67). Pour lui, seul Dieu est Dieu, et la fidélité à la volonté de Dieu passe avant tout le reste.

Mais l'amour pour Dieu ne concurrence pas l'amour pour les autres : il l'exige et le rend possible. Nul n'a aimé les hommes plus que le Christ, parce que nul n'a été moins idolâtre que lui. Seul celui qui refuse toute idole peut aimer les autres en vérité. C'est cela qui est demandé à tout chrétien : choisir le Christ, c'est reconnaître que lui seul, parmi les hommes, a droit à être servi de façon absolue, comme Dieu. Le préférer à tout autre, c'est refuser d'être idolâtre. Le chrétien doit être disposé, si c'est nécessaire, à faire passer sa fidélité au Christ avant les désirs des siens ou ses propres désirs. Seul le Christ est absolu, et tout le reste trouve son fondement et sa vérité dans sa relation au Christ.

La seconde parole, sur la nécessité de porter sa croix derrière le Christ, avait déjà été adressée à tous après la première annonce de la passion (Lc 9, 2").  Le Christ a rencontré la croix sus sa route parce que tout son comportement traduisait sa fidélité à la volonté de Dieu, et que les hommes ont trouvé cela insupportable. Si nous voulons adhérer inconditionnellement à notre Seigneur nous rencontrerons, nous aussi, des résistances et de l'hostilité, à l'extérieur comme à l'intérieur de nous-mêmes. Nous constaterons notre impuissance, nous serons en butte à des échecs. Si nous portons notre croix à la façon du Christ, elle nous fait participer à la destinée de notre Maître.

La dernière parole, sur la nécessité du renoncement à tous ses biens, est le point culminant de tout le passage. Elle exprime de manière particulièrement radicale, l'idéal cher à saint Luc : distribuer ses biens en aumônes (Lc 12, 33-34); servir Dieu et non l'Argent (Lc 16, 9-13); difficulté pour les riches d'entrer dans le royaume de Dieu (Lc 18, 24-30). Dans le livre des Actes, Luc montre cet idéal réalisé dans la communauté primitive de Jérusalem : Ac 2, 44-45; 4, 32 à 5, 11). On voit, à la lecture de ces textes, qu'il ne s'agit pas d'un idéal de pauvreté, mais de partage : nul dans la communauté chrétienne ne doit être dans le besoin (Ac 4, 34).

Celui qui a répondu au Christ en entrant dans la voie chrétienne ne supporte pas qu'un seul des frères manque du nécessaire, et lui donne de ses biens. Ce à quoi il tient le plus, ce qui le fait vivre, ce n'est pas ce qu'il possède, mais son lien à Jésus Christ, et le souci de ses frères au nom de Jésus Christ.

Dans ce contexte la double parabole prépare et appuie l'appel au renoncement contenu dans la dernière parole. L'exemple du paysan qui veut construire une tour de guet dans sa vigne (pour le protéger des voleurs) et celui du roi qui veut la victoire, ont exactement la même portée : avant d'entreprendre une oeuvre importante, tout homme réfléchit pour voir s'il est capable de la mener à bien. L'idée de Luc est : qui veut la fin veut les moyens. L'accent ne porte pas sur le choix de la fin, comme si on pouvait aussi bien adhérer au Christ ou ne pas adhérer à lui. Pour Luc, comme pour tout le Nouveau Testament, le choix pour le Christ n'est pas facultatif; il est nécessaire pour quiconque veut être sauvé. L'accent porte sur le lien entre le choix fondamental d'être disciple du Christ et sa traduction concrète : renoncer à tout ce que l'on possède. De même qu'on ne peut servir Dieu et l'Argent (Lc 16, 13), on ne peut être chrétien et s'attacher à ses biens comme à une idole.

Le plus grand ennemi de l'Église - Homélie du 8ème dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies année c (2018-2019)

 

En ce huitième dimanche de l'Année C nous arrivons à la fin du chapitre 6 de l'évangile selon saint Luc. Rappelons-nous: après avoir choisi les Douze (Lc 6, 12-16), Jésus descend de la montagne et s'arrête sur un plateau. C'est là qu'il rencontre une foule nombreuse de disciples et une grande multitude de gens qui étaient venus de toute la Judée, de Jérusalem et du littoral de Tyr et de Sidon (Lc 6, 17). Il prononce alors ce qu'il est convenu d'appeler le "Discours inaugural" (Lc 6, 17-49). Dans ses grandes lignes, ce discours répond au Sermon sur la Montagne selon Mt 5-7. C'est dans ce discours inaugural que l'on retrouve le passage 6, 39-45 qui fournit à la liturgie l'évangile de ce huitième dimanche.

Attention ! Pas plus dans Matthieu que dans Luc, ces discours ne redonnent les paroles dans leur enchaînement originel, telles que Jésus les a prononcées. Il est donc difficile, voire impossible, de retrouver le contexte primitif précis de ces paraboles:

  • - des deux aveugles, du maître et du disciple;
  • - de la paille et de la poutre;
  • - de l'arbre et de ses fruits;
  • - du trésor du coeur.

Soyons attentifs plutôt au contexte dans lequel Luc les a placés. À la différence de Matthieu, il ne s'engage pas dans la polémique antipharisienne. Les aveugles conducteurs d'aveugles, les porteurs de poutres qui prétendent enlever la paille dans l'oeil de leur voisin, les arbres pourris, les coeurs méchants, comme aussi les filtreurs de moucherons et les avaleurs de chameaux, Luc ne les voit pas d'abord chez "ceux du dehors" (Mc 4, 11), pharisiens de tout poil et de tout pelage. Il préfère au contraire que la communauté des disciples s'examine elle-même et écarte d'abord de son propre milieu tout ce qui est contraire à l'Évangile. Il nous invite à découvrir dans les paroles de l'Évangile non les défauts des autres, mais ce en quoi elles nous invitent à nous convertir. Il est bon de nous en souvenir à l'approche du Carême !

«  Ce n’est pas du dehors de l’Église, en effet […], c’est du dedans qu’ils trament sa ruine, écrivait saint Pie X dans son encyclique Pascendi Dominici Gregis sur les erreurs du modernisme le 8 septembre 1907; le danger est aujourd’hui presque aux entrailles mêmes et aux veines de l’Église.  » 

Dix ans plus tard, le 13 juillet 1917, la Vierge Marie mettre cette ruine sous les yeux de Lucie, François et Jacinthe. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Benoît XVI dans l'avion au retour de son voyage au Portugal du 11 au 14 mai 2010. Un journaliste lui pose une question au sujet du fameux troisième secret de Fatima qui, outre l'attentat contre Jean Paul II, annonce, selon Benoît XVI les actuelles souffrances de l'Église comme, par exemple, les abus sexuels jusque dans les plus hautes sphères de la hiérarchie.

“On y lit également l'avenir de l'Église dont peu à peu les contours se dessinent. Au delà de l'épisode décrit par la vision, on entrevoit une nécessaire passion de l'Église qui se reflète naturellement dans la personne du Pape. Mais Pape signifiant Église ce sont les souffrances de celle-ci qui sont annoncées... Un autre fait nouveau se dégage du message : les attaques contre l'Église et le Pape ne viennent pas simplement de l'extérieur. Ces souffrances viennent de l'intérieur de l'Église, du péché qui réside au sein de l'Église. Si on l'a toujours su, aujourd'hui c'est visible de manière terrifiante. La plus grande persécution ne vient pas d'ennemis extérieurs à l'Église mais naît de péchés internes. L'Église a donc le plus grand besoin de pénitence, d'accepter de se purifier, de pratiquer le pardon mais aussi d'apprendre que la justice est indispensable. Le pardon ne saurait remplacer la justice”.

Ce sont là des choses extrêmement graves ... Mais gardons-nous bien de toute réaction de haine ! Car alors, ces choses extrêmement graves ne seraient qu'une paille en comparaison de la haine qui gangrène notre coeur :

 « Comment dites-vous à votre frère, » c'est-à-dire dans quelle intention ? Est-ce par charité, pour assurer son salut ? Non, car alors vous chercheriez tout d'abord à vous sauver vous-même. Ce que vous vous proposez, ce n'est donc pas de guérir les autres, mais de vous servir de la saine doctrine comme d'un manteau pour couvrir vos actions coupables ; vous recherchez auprès des hommes une vaine réputation de science, et non pas la récompense que Dieu accorde à celui qui édifie. Aussi écoutez ce que vous dit le Sauveur : « Hypocrite, enlevez plutôt la poutre de votre oeil. » (saint Jean Chrysostome)

Il est du devoir du chrétien de dénoncer les cas d'abus sexuel comme de dérives modernistes, mais sans haine et sans orgueil, pour préserver de l'enfer toutes les âmes, surtout celles qui ont précisément le plus besoin de la miséricorde de Celui qui a tout fait pour sauver Judas dont la trahison est bien le plus grand scandale de l'histoire, selon la prière de Celle qui a révélé aux trois enfants "le troisième secret".

Pour finir, tout ceci ne doit pas nous faire perdre de vue que parmi toutes les institutions, l'Église catholique est celle qui, ces dernières années, a le plus fait pour faire le ménage interne, bien plus que, par exemple, l'Éducation Nationale, au sein de laquelle les abus sont pourtant plus nombreux... et que l'Église catholique est, malgré cela, l'institution la plus décriée dans les médias et par la vindicte populaire de la meute qui hurle avec les loups. Cela aussi est de l'hypocrisie. Mais n'est-ce pas ainsi que l'Église-disciple ressemble à son divin Maître, contre qui ces foules, vingt siècles plus tôt, criaient: "Crucifie-le ! Crucifie-le !" Ou avons-nous déjà oublié la béatitude des persécutés ?

 

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