Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#homelies annee a 2017

Jésus et le Père, le disciple et les gens de sa propre maison - Homélie 13ème dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2017
Jésus et le Père, le disciple et les gens de sa propre maison - Homélie 13ème dimanche du Temps Ordinaire A

Le passage de l'évangile de ce dimanche fait suite à celui de dimanche passé dans le "discours de mission" que Jésus tient aux disciples qu'il vient de se lier personnellement à lui en les appelant comme apôtres.

La clé de ce discours se trouve dans les deux versets centraux du chapitre 10 :

  • 24 Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur.
  • 25 Il suffit que le disciple soit comme son maître, et le serviteur, comme son seigneur. Si les gens ont traité de Béelzéboul le maître de maison, ce sera bien pire pour ceux de sa maison.

Ils mettent l'accent sur l'attachement qui doit lier le disciple à son Maître dans une conformité de plus en plus radicale et totale.

C'est cette conformité à Jésus qui prémunit le disciple contre la crainte venant des hommes et qui lui donne assurance auprès du Père :

  • 26 Ne craignez donc pas ces gens-là ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu.

    27 Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits.

    28 Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps.

    29 Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille.

    30 Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés.

    31 Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.

    32 Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.

    33 Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.

Cette conformité met le disciple dans la vérité, face à Jésus. Et parce que cette vérité règle tous les comportements du disciple, elle porte le fer au cœur des relations les plus nécessaires à l'homme, dans la mesure où celles-ci ne sont pas encoure sous l'emprise de cette vérité totale :

  • 36 on aura pour ennemis les gens de sa propre maison.

Ainsi donc, par les exigences qu'il propose et qui expriment en termes humains l'amour gratuit et absolu du Père, Jésus devient signe de contradiction pour le monde, c'est-à-dire appel à opter librement pour ou contre la Vérité apparue en sa personne. 

Le disciple se heurtera à la persécution et au rejet, à la suite de son Maître. Mais ce n'est pas une raison de craindre, car l'identification entre le Seigneur et son serviteur est telle que l'Esprit du Père est promis pareillement au disciple pour qu'il rende son témoignage avec courage et vérité :

20 Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous.

Ce témoignage, Jésus lui-même le reprend à son compte, car il réfère à "son Père qui est dans les cieux" l'attitude et l'option prises par chacun devant les hommes :

32 Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.

33 Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.

C'est donc la confiance filiale qui prémunit l'apôtre contre la crainte; elle est le fruit de la sollicitude gratuite de celui qui est "notre Père", parce qu'il est d'abord celui de Jésus.

Jésus et le Père, le disciple et les gens de sa propre maison - Homélie 13ème dimanche du Temps Ordinaire A

Quelle idée de Dieu? - Homélie 33° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2017

Le serviteur paresseux de la parabole est jeté dehors dans les ténèbres parce qu’il a failli à sa mission. Pourquoi a-t-il failli? Parce qu’il se faisait une mauvaise idée de son maître. Il le craignait comme un esclave craint son maître. Peut-être même avait-il une sourde rancune envers son maître parce qu’il n’avait reçu qu’un seul talent. Dans cette perspective égocentrique, sa mission semblait trop exigeante. Sa crainte et son égocentrisme le paralysaient et l’empêchaient d’accomplir son devoir. 

 

Nous pouvons tous succomber à la même tentation. C’est la tentation du démon dans le Jardin d’Eden. Considérer que Dieu est dur et irraisonnable fournit une excuse facile pour se complaire dans sa paresse et pour se victimiser. C’est un penchant de notre nature pécheresse. 

 

Jésus n’est pas un maître dur et injuste; il est un roi bon, généreux et tout-puissant! Il l’a prouvé en nous donnant sa vie sur la croix, mais aussi par la clarté de ses enseignements, comme celui de cette parabole, qui est une explication du sens de notre vie sans ambiguité aucune. Jésus nous montre que  notre mission consiste à faire un bon usage des dons que nous avons reçus, en transformant le monde qui nous entoure selon le désir du Christ. Il nous montre que notre sainteté dépend des réels efforts que nous faisons à nous acquitter de cette mission. À première vue, cette manière de nous parler sans ambages du ciel et de l’enfer pourrait paraître choquante, alors qu’elle découle de sa bonté et de son amour: il veut que nous sachions quel est le vrai sens et le véritable but de notre vie, car il veut que nous vivions de manière à pouvoir être avec lui pour toujours au ciel. Voilà le Dieu en qui nous croyons: un Dieu qui veut nous sauver et nous donner la joie, à condition que nous lui fassions suffisamment confiance pour le suivre là où il veut.

 

Prenons l’exemple de sainte Thérèse de Lisieux, cette jeune fille qui entre au couvent à l’âge de 15 ans et qui meurt à 24 ans. Elle n’est devenue célèbre qu’après sa mort en 1897, quand son autobiographie, Histoire d’une Âme, est publiée. En 1997, Jean Paul II la proclame docteur de l’Église. En quoi la vie de cette obscure carmélite était-elle si extraordinaire? C’est la conception exacte qu’elle se faisait de Dieu. Elle avait - et elle apprenait aux autres à voir - une extrême et totale confiance en Dieu, Père parfait, dont la bonté est absolument infinie. Elle disait qu’il faut reconnaître son néant en attendant tout de Dieu, comme un enfant attend tout de son papa… 

 

« On pourrait croire que c’est parce que je n’ai pas péché que j’ai une confiance si grande dans le bon Dieu. Dites bien, ma Mère, que , si j’avais commis tous les crimes possibles, j’aurais toujours la même confiance; je sens que toute cette multitude d’offenses serait comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent.

Vous raconterez ensuite l’histoire de la pécheresse convertie qui est morte d’amour : les âmes comprendront tout de suite, car c’est un exemple si frappant de ce que je voudrais dire, mais ces choses ne peuvent s’exprimer. »

 

Cette confiance totale n’était pas que de la théorie. Elle dit que pendant des années, elle s’est souvent endormie pendant l’oraison et même après avoir communié. Elle aurait pu se décourager. 

 

« Je devais me désoler de dormir pendant mes oraisons et mes actions de grâces ; eh bien, je ne me désole pas… Je pense que les petits enfants plaisent autant à leurs parents lorsqu’ils dorment que lorsqu’ils sont éveillés, je pense que pour faire des opérations les médecins endorment leurs malades. Enfin je pense que le Seigneur voit notre fragilité, qu’Il se souvient que nous ne sommes que poussière. » (Ms B, 75 v°-76 r°)

 

Voilà la bonne image de Dieu. Voilà l’image que Dieu veut que nous ayons de lui.

 

L’un des meilleurs moyens de purifier notre imagination des mauvaises conceptions que nous nous faisons de Dieu est de passer du temps avec Jésus dans l’Eucharistie. Le fait que Jésus a choisi de rester avec nous, présent dans le tabernacle en dehors de la messe, nous montre quel Dieu il est pour nous. Il ne veut pas nous effrayer avec sa toute-puissance, ni nous intimider par sa connaissance, ni nous en jeter plein la vue avec sa gloire. Non! Il veut nous fortifier de son Pain divin, tout comme le pain ordinaire nourrit notre corps par la communion. Mais il veut aussi nous tenir compagnie, nous écouter, simplement rester avec nous. C’est pour cela qu’après la messe, les hosties non consommées sont conservées dans un ciboire au tabernacle. Et pendant tout le reste de la semaine, Jésus attend là, patiemment, humblement, tranquillement. Il pense à nous tout le temps. Il continue de s’offrir en sacrifice au Père pour nous. Et c’est là que nous pouvons aller lui rendre visite n’importe quand, pendant cinq minutes ou plusieurs heures, pour partager nos joies et nos peines, pour lui demander de nous aider, priant et méditant, nous tenant en sa présence tout simplement, pour nous laisser pénétrer de sa grâce.

 

Tout cela nous aide à progressivement guérir des suspicions que nous nourrissons envers Dieu, et à devenir de meilleurs disciples de Jésus. Alors, remercions-le de nous donner ce puissant aide-mémoire de la bonté et de la générosité de Dieu dans l’Eucharistie, et promettons-lui d’en faire un fréquent usage.

Quelle idée de Dieu? - Homélie 33° dimanche du Temps Ordinaire A

Au milieu de la nuit, la venue de l'Époux - Homélie 32ème dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A 2017
Au milieu de la nuit, la venue de l'Époux - Homélie 32ème dimanche du Temps Ordinaire A

Elles sont dix; elles sont vierges; elles tiennent une lampe à huile à la main. Autant de touches symboliques qui nous aident à brosser un tableau du Royaume. Mais en fait, les jeunes filles ne sont qu'un élément de la parabole; l'ensemble de l'histoire nous apprend qu'il en est du Royaume des cieux comme d'une noce. La parabole ne fait que dévoiler un trait particulier du Royaume, à savoir l'attente de l'Église. Les jeunes filles symbolisent la communauté chrétienne. Ces jeunes filles portent des lampes, sans doute des torches imbibées d'huile pour danser aux noces de l'époux. Dans le judaïsme, l'huile symbolise les bonnes œuvres, mais aussi la joie de l'accueil. Enfin, le chiffre dix est le chiffre de l'action humaine (dix doigts). L'Époux vient dans le quotidien de la vie auprès d'hommes qui sont aux champs (24, 40) et de femmes qui s'activent à la meule (v. 41)...

Cinq des jeunes filles sont prévoyantes, les cinq autres sont insensées. La traduction de ces deux adjectifs est difficile, mais pleine d'enseignements. La Bible qualifie de prévoyant (d'avisé) l'homme ouvert au mystère de Dieu, alors que l'insensé se dit de l'impie qui s'oppose à la loi divine et va jusqu'à dire dans son cœur:Il n'y a pas de Dieu (Ps 14, 1). Ce n'est pas la première fois que saint Matthieu utilise ces qualificatifs. Il appelle prévoyant l'homme qui bâtit sa maison sur le roc, tandis que celui qui construit sur le sable n'est qu'un homme stupide ((7, 24). La parabole divise donc la communauté chrétienne en sages et en sots: il y a ceux qui font la volonté du Père et ceux qui n'en font qu'à leur tête. L'idée première de la parabole est que Jésus reconnaîtra pour siens ceux qui auront fait la volonté de son Père. L'obéissance à la volonté du Père constitue, aux yeux de Matthieu, l'essentiel de l'enseignement de Jésus. Le thème de la vigilance prend, dès lors, une coloration bien spécifique: une simple remarque de bon sens permet de dire que le thème de la vigilance est secondaire, car ce sont bien les dix jeunes filles qui se sont endormies!

Sous peine de sombrer dans le moralisme, il faut cependant revenir aux symboles. Le signe de l'huile est particulièrement évocateur à ce propos. S'il envoie à la joie de l'accueil, il mesure en fait la qualité de l'amour de celles qui veillent. Il est significatif que les vierges insensées doivent recourir aux marchands pour renouveler leur provision d'huile. L'amour avec lequel elles accueillent l'Époux vient en droite ligne d'une ... boutique! Révélatrice aussi est l'incapacité de leurs compagnes sensées à partager leur huile: c'est qu'on ne peut être vigilant à la place d'un autre, quand il s'agit du cœur.

Mais l'essentiel est évidemment la venue de l'Époux. C'est alors que se révèle le comportement d'une communauté pendant le temps de l'attente. La rencontre entre Dieu et l'homme se vit toujours dans un alliance d'amour. Il faut relever le fait que l'Époux vient au milieu de la nuit. Le thème est fréquent dans le N.T. Sachons qu'il fait écho à une espérance attestée dans le Targum palestinien (un écrit rabbinique). L'auteur y évoque les quatre nuits fondamentales de l'histoire des hommes: celle où Dieu créa le monde, celle où Abraham offrit son fils en holocauste, celle de la Pâque où le peuple sortit d'Égypte, la quatrième enfin qui est celle des temps eschatologiques. En fixant la venue de l'Époux au milieu de la nuit, Matthieu appelait la nuit de l'Alliance éternelle. La parabole des dix vierges devenait une "parabole pascale".

RSS Contact