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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

#annee b 2015

Un grave refus de croire - Homélie 19 T.O.B

dominicanus #Année B 2015
 Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde.

Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde.

Ce texte fait partie du discours de Jésus sur le pain de vie, dans la synagogue de Capharnaüm. Jésus vient d’annoncer : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. » Ce qui, lu à travers les lignes, est une prétention formidable. Car le peuple élu sait bien qu’il y a deux sortes de nourriture, les matérielles, et les spirituelles. Il sait également que l’unique nourriture spirituelle valable, véritablement vivifiante, c’est la Parole de Dieu. Le pain, nourriture matérielle, fait vivre le corps et entretient la vie biologique. La parole de Dieu, nourriture spirituelle, entretient la vie spirituelle. Un jour la vie biologique cesse, mais la vie spirituelle est éternelle, elle ne cesse jamais.


Jésus et ses interlocuteurs sont tous habitués à ce genre de distinctions. Mais là où son public ne peut pas le suivre c’est quand il prétend être LUI-MÊME cette nourriture vivifiante. Il a même ajouté « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel » ; ce qui est très exactement la définition de la Parole de Dieu dans l’Ancien Testament : « L’homme ne vit pas seulement de pain, disait le livre du Deutéronome, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Dt 8, 4). On devine les questions qui se posent : Comment Jésus peut-il se prendre pour la Parole de Dieu ? Comment ose-t-il prétendre être celui qui apporte la vie éternelle ? Nous connaissons ses parents, Joseph et Marie de Nazareth. Il est un homme comme tout le monde, ni plus ni moins : il ne descend pas du ciel mais de parents bien humains. Se prendrait-il pour Dieu lui-même ? C’est bien la question qui est au coeur du mystère chrétien : Jésus vrai homme peut-il être vrai Dieu ?


Cette réaction des auditeurs de Jésus, cette difficulté à le suivre semble être de bon sens. Mais Jésus l’interprète autrement : il y voit un grave refus de croire. Il leur dit : « Ne récriminez pas entre vous. »


Pour des oreilles juives, l’emploi du mot « récriminer » est un reproche sévère : c’est un rappel de ce que l’on pourrait appeler le péché originel d’Israël, les fameux murmures du désert. Les quarante ans de l’Exode dans le Sinaï ont été parsemés de crises de confiance : dès qu’on rencontrait une nouvelle difficulté, la faim, la soif, les serpents venimeux ou les attaques des tribus ennemies, on soupçonnait Moïse et Dieu lui-même de vouloir la mort du peuple. C’est ce qui avait inspiré la phrase célèbre de Moïse : « Depuis le jour où tu es sorti du pays d’Egypte, vous avez été en révolte contre le SEIGNEUR. » (Dt 9, 7).


Donc, cette remarque de Jésus « Cessez de récriminer » veut dire faites-moi confiance. Acceptez de vous laisser déposséder de votre bon sens trop humain. Laissez-vous attirer par le Père.


Puis Jésus reprend patiemment, point par point, cette Révélation que ses interlocuteurs ont tant de mal à accepter. Oui, il est la Parole de Dieu ; oui, il est celui qui donne la vie éternelle ; oui il est le Fils de Dieu.


On croit entendre le Prologue de l’évangile de Jean : « Au commencement était le Verbe (la Parole) et le Verbe (la Parole) était Dieu » ; Jésus dit exactement la même chose quand il cite les prophètes : « Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. »


Après la multiplication des pains, les Galiléens l’appelaient le Grand Prophète, mais ils étaient encore bien en-deçà de la réalité ! Il n’est pas un Prophète, fût-il le plus grand, il est le Verbe, la Parole même de Dieu. Il est « le pain vivant descendu du ciel », c’est-à-dire la Parole incarnée, il est celui qui comble la faim spirituelle de l’homme, il est celui qui donne la vraie vie.


Il dit le lien unique qui existe entre lui et son Père dans des formules de réciprocité : dans un sens, Jésus est le seul à pouvoir parler valablement du Père (c’est le verset 46 : « Personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. ») Dans l’autre sens, seul le Père peut nous mener à Jésus (c’est le verset 44 : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi »). Dans l’oeuvre du salut, c’est Dieu qui a l’initiative ; mais il ne nous contraint pas, il sollicite notre réponse libre. Mais pour ceux qui voudront bien se laisser attirer, Jésus complète la Révélation : dans ces quelques versets, il répète trois fois « Je suis », ce qui est, là encore, pour une oreille juive, l’affirmation de sa divinité. Seul Dieu peut dire « Je suis », c’est même le Nom qu’il a révélé à Moïse (Ex 3).


Jésus est conscient de la difficulté pour ses interlocuteurs comme pour nous, de se hisser à ce niveau. C’est pour cela qu’il reprend la formule « Amen, Amen, je vous le dis » qui sonne dans sa bouche comme l’expression habituelle « Oracle du SEIGNEUR » chez les prophètes de l’Ancien Testament. Manière de dire : ces paroles sont difficiles précisément parce qu’elles sont des Paroles de Dieu donc inaccessibles à notre pauvre petite raison humaine.


Puis il reprend encore une fois cette distinction qu’ils connaissent bien entre nourriture matérielle et nourriture spirituelle et il reparle de la manne. La manne n’était qu’une nourriture matérielle : « Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas. » (versets 49-50). On entend là le Prologue de Jean : « Le Verbe (La Parole) s’est fait(e) chair et il (elle) a habité parmi nous. » (Jn 1, 14).

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, 9 août 2015

Pour terminer, méditons ce passage de saint François de Sales:

"Les discours et arguments pieux, les miracles et autres avantages de la religion chrétienne la rendent certes extrêmement croyable et connaissable; mais seule la foi la rend crue et reconnue, faisant aimer la beauté de sa vérité, et croire la vérité de sa beauté par la suavité qu'elle répand en la volonté, et la certitude qu'elle donne à l'entendement. Les auditeurs de Jésus virent les miracles, et ouïrent les merveilles de notre Seigneur; mais étant indisposés à recevoir la foi, c'est-à-dire leur volonté n'étant pas susceptible de la douceur et suavité de la foi, à cause de l'aigreur et malice dont ils étaient remplis, ils demeurèrent dans leur infidélité; ils voyaient la force de l'argument, mais ils ne savouraient pas la suavité de la conclusion, et pour cela, ils n'acquiesçaient pas à la vérité; et néanmoins, l'acte de foi consiste en cet acquiescement de notre esprit, lequel ayant reçu l'agréable lumière de la vérité, il y adhère par manière d'une douce, mais puissante et solide assurance et certitude qu'il prend en l'autorité de la révélation qui lui en est faite."

Un grave refus de croire - Homélie 19 T.O.B

Lenteur et grandeur du Règne de Dieu - Homélie 11° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Année B 2015
Lenteur et grandeur du Règne de Dieu - Homélie 11° dimanche du Temps Ordinaire B

Le règne de Dieu est le thème préféré, prioritaire de Jésus, à tel point qu’il l’a placé au coeur de la prière qu’il a enseigné à ses disciples : « Que ton règne vienne ». Mais étant donné qu’à cause de notre nature pécheresse nous risquons de mal comprendre le règne de Dieu, Jésus a recours aux paraboles. Les paraboles de la croissance de l’évangile de ce dimanche nous révèlent deux caractéristiques essentielles de la vie du Royaume de Dieu, deux choses que nous devons toujours avoir présentes à l’esprit pour que nous puissions approfondir notre amitié avec le Roi.

 

D’abord, l’appartenance et la croissance de la vie du Règne de Dieu ne vient pas de nous, mais de Dieu. La fécondité de la semence, d’où vient-elle? Pas du semeur, mais du Créateur. De même, si Dieu n’insufflait pas constamment la vie de sa grâce en nous, tous les efforts que nous puissions fournir ne nous permettraient pas d’approfondir notre relation avec lui, pas plus que le semeur pourrait transformer un caillou en un épi de blé. Notre vie d’union à Dieu dépend foncièrement de Dieu, et non pas de nos efforts. La bonne nouvelle, c’est que Dieu est toujours à l’oeuvre, même quand nous dormons:

 

« En vain tu devances le jour, tu retardes le moment de ton repos, + tu manges un pain de douleur : Dieu comble son bien-aimé quand il dort. » (Ps 127,2)

 

Deuxièmement, notre croissance dans la sainteté est un processus graduel qui prend du temps. Nous, chrétiens, ne sommes pas comme les héros des films d’Hollywood, qui deviennent des champions du monde en moins de 90 minutes. Notre maturation chrétienne nécessite une coopération de longue haleine avec le Seigneur. Pour nous, c’est dur à admettre, surtout aujourd’hui, où la culture nous a habitués à une exigence de résultats immédiats. On ne devient pas un saint comme on fait une tasse de café instantané! La maturation de la vie chrétienne est plutôt comparable à la construction d’une cathédrale, comme celles du Moyen-Âge, où comme celle, toujours inachevée de Barcelone, pour prendre un exemple moderne, qui nécessitent des décennies, voire plus d’un siècle pour leur construction. Il est arrivé que trois ou même quatre générations de maçons ont travaillé à la construction de la même cathédrale! Pensez donc… Ça voudrait dire que votre grand-père, votre père, vous-même et votre fils auraient tous les quatre travaillé pendant toute votre vie à la même construction, mais que seul votre fils en aurait vu l’achèvement.

 

La vie chrétienne n’est donc pas une affaire qu’on règle en peu de temps, moyennant quelques heures supplémentaires durant le weekend! Non, c’est l’aventure de tout une vie. La croissance du Royaume de Dieu dans nos coeurs dépend donc principalement de Dieu, et secondairement de nous, dans un processus qui prend beaucoup de temps. Voilà la sagesse que le Christ veut nous communiquer à travers ces paraboles. Si nous prenons du temps pour réfléchir et pour prier là-dessus, nous pourrons découvrir peu à peu quelles en sont les conséquences et les implications.

 

Une de ces implications particulièrement actuelles pour notre culture contemporaine, c’est de nous montrer les vraies raisons de nos frustrations et de nos découragements. Le découragement ne vient jamais de Dieu. Dieu n’est pas au ciel en train de taper sa montrer et de froncer les sourcils parce que nous ne sommes pas encore devenus des saints. C’est lui qui a créé notre nature humaine. C’est lui qui a pris chair de la Vierge Marie. Il sait donc parfaitement bien que la sainteté prend du temps. Il est ce semeur plein de sagesse qui prend soin patiemment de son champs, sachant que la récolte viendra le moment venu. 

 

Alors, si le découragement ne vient pas de Dieu, d’où vient-il? De notre orgueil démoniaque et de notre immaturité spirituelle. Si nos prières ne produisent pas un feu d’artifice instantané, si nos mauvaises habitudes ne disparaissent pas en un clin d’oeil, si nous ne comprenons pas parfaitement tout ce qui concerne la foi chrétienne après avoir fait une retraite, nous risquons de flancher dans nos efforts, et même de tout laisser tomber, comme des enfants gâtés. Cela peut paraître absurde, mais en fait, ça arrive souvent: chaque fois que nous perdons patience (avec les autres, et surtout avec nous-mêmes), c’est comme si nous disions à la semence: « Poussez plus vite, vauriens, plus vite! »

 

Il y a pourtant une différence entre ce qui se passe dans l’ordre de la nature et dans l’ordre de la grâce. Dans la nature, la vie vient et elle s’en va, elle grandit et fleurit, puis se fane et meurt. Il n’en va pas ainsi dans l’ordre de la grâce. C’est ce que nous montre le psaume:

 

Le juste grandira comme un palmier, 

il poussera comme un cèdre du Liban ; 

planté dans les parvis du Seigneur, 

il grandira dans la maison de notre Dieu. 

 

Vieillissant, il fructifie encore, 

il garde sa sève et sa verdeur 

pour annoncer : « Le Seigneur est droit ! 

Pas de ruse en Dieu, mon rocher !

 

Lenteur et grandeur du Règne de Dieu - Homélie 11° dimanche du Temps Ordinaire B

Quelles sont nos attentes pour Noël? - Homélie 3ème dimanche de l’Avent B

dominicanus #Année B 2015

Aujourd’hui, c’est le dimanche Gaudete. En latin, ‘gaudete' signifie: ‘réjouissez-vous’. Ce dimanche fut appelé ainsi depuis l’époque de saint Grégoire le Grand, au 6e siècle. La couleur liturgique de ce dimanche est le rose.

 

La joie qui vient de Dieu est plus profonde que des émotions passagères. C’est une joie qui provient du fait que nous savons que Jésus est toujours avec nous pour nous guider, nous aimer, au milieu des tribulations de ce monde.

 

Mais si nous attendons de Jésus qu’il nous apporte le ciel sur la terre, nous risquons de ne pas pouvoir le reconnaître, parce que ce n’est pas pour cela qu’il est venu. Le passage de l’évangile de ce jour nous en fournit un exemple.

 

Les prêtres, lévites et pharisiens qui viennent pour mener leur enquête au sujet de Jean Baptiste, ce sont les mêmes qui rejetteront plus tard le Christ et qui ont conspiré pour l’exécuter. Quand ils entendent des rumeurs à propos de Jean qui attire de grandes foules à qui il prêche le Messie, ils se méfient. Puisqu’il n’était pas des leurs, il ne pouvait pas être un messager de Dieu. Et quand ils lui posent des questions, ils ne font même pas attention à ses réponses. Et donc ils sont incapables d’accueillir le Christ quand il vient. 

 

Pourquoi? Parce qu’ils attendaient un messie politique, et non pas celui qui sauverait son peuple de ses péchés. Tout ce que Jean a pu dire est passé par le filtre de leur agenda personnel, et ils sont complètement passés à côté. Leurs opinions préconçues les empêchent d’entendre la Parole de Dieu annoncée par Jean. Ils ont entendu ses prophéties, mais en vain. 

 

 

Puisque nous sommes au cœur de ce temps de l’Avent, nous pouvons nous examiner pour voir quelles sont nos attentes pour Noël. À un niveau purement humain, on peut s’attendre à recevoir des cadeaux. Mais ces cadeaux ne sont que des signes du don incomparable que Dieu nous fait de son amitié avec nous en Jésus Christ. Dieu veut déverser sur nous un torrent d’amour pour Noël, mais si ce n’est pas cela que nous désirons, nous ne serons pas prêts pour l’accueillir. Cela veut dire trois choses.

 

D’abord, cela veut dire que nous devons éviter l’écueil des pharisiens. Nous ne devons pas penser que nous savons déjà tout, que nous comprenons comment Dieu va s’y prendre, ou que nous ne sommes pas concernés par une vraie rencontre transformante avec le Dieu vivant. Nous devons être persuadés que Dieu peut nous surprendre. 

 

Ensuite, cela signifie que nous devons consacrer à la prière un temps conséquent. Nous devons « fixer notre attention sur Jésus » (Hébreux 3,1) … pour nous accorder à la longueur d’ondes de Dieu, et nous permettre d’entendre sa voix. 

 

Enfin, pour corriger nos attentes pour Noël, nous devons consacrer du temps pour aider ceux qui sont démunis, ceux qui sont dans le besoin. Que ce besoin soit matériel, spirituel ou affectif, le meilleur moyen pour préparer le chemin du Seigneur, comme Jean lors du premier Noël, consiste à permettre à d’autres de faire l’expérience de la bonté de Dieu. En leur tendant la main, nous débroussaillons le chemin du Seigneur vers nous. Comme Jésus le dit (Lc 6,38): « Donnez, et il vous sera donné. »

 

Dans quelques instants, Jésus va nous tendre la main dans le sacrifice de la messe. Attisons notre désir de mieux le connaître, et d’ouvrir toute grande la porte de notre cœur à tout ce qu’il voudra nous donner.

 

Au milieu de vous  se tient celui que vous ne connaissez pas...
Au milieu de vous  se tient celui que vous ne connaissez pas...

Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas...

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