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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Soleil à Madrid, tempête à Damas

dominicanus #Il est vivant !

Les quelques chrétiens arabes présents aux Journées Mondiales de la Jeunesse demandent à ne pas être oubliés. En Libye et plus encore en Syrie, ils craignent que la chute des régimes ne leur apporte plus de mal que de bien. La prudence de la diplomatie vaticane 

 

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ROME, le 18 août 2011 – Parmi les centaines de milliers de jeunes qui affluent à Madrid pour les Journées Mondiales de la Jeunesse – le pape Benoît XVI arrive aujourd’hui dans la capitale espagnole – il y en a quelques uns qui viennent des pays arabes.

Ce sont de petits groupes, pour la plupart libanais. La "révolution" juvénile qui a agité les places publiques de différentes villes arabes ne trouve à Madrid qu’un écho minime.

À cela de multiples raisons. Les chrétiens locaux ont participé à cette "révolution" de manière marginale. Et, jusqu’à maintenant, ils n’en ont tiré aucun avantage. En Égypte, par exemple, les gestes initiaux de fraternisation entre chrétiens coptes et musulmans ont été suivis par une reprise d’activité des courants islamistes les plus hostiles, avec de nouvelles agressions contre les hommes et contre les églises.

De plus, presque partout, les évêques locaux, qu’ils soient catholiques ou orthodoxes, ont déconseillé à leurs fidèles de prendre une part active à la contestation des régimes en place.

La diplomatie du Vatican elle-même s’est comportée avec une extrême prudence. Benoît XVI s’est exprimé en de rares occasions et en termes très mesurés.

Un précédent éloquent est celui de l’Irak. Dans ce pays, la hiérarchie catholique avait clairement pris parti pour Saddam Hussein, dont la dictature assurait aux chrétiens une protection qui – craignait-on – disparaîtrait en cas de chute du régime.

Ce qui est effectivement arrivé. Avant les deux guerres du Golfe les chrétiens d’Irak étaient plus de deux millions. Aujourd’hui on estime qu’il en reste 400 000, qui sont constamment menacés.

L’opposition du Saint-Siège aux deux guerres d'Irak trouve là l’une de ses explications.

Aujourd’hui deux pays sont mis particulièrement en évidence : la Libye et la Syrie.


***


En Libye le vicaire apostolique de Tripoli, Giovanni Innocenzo Martinelli, s’est opposé avec vigueur, dès le début, à la guerre entreprise contre Kadhafi par les puissances occidentales, avec l'aval de l'ONU et le soutien de quelques pays arabes.

Initialement cette guerre a bénéficié de l’accord tacite des autorités vaticanes. Mais très vite le pape et le Saint-Siège ont commencé à insister pour que les armes cèdent la place à une solution politique :

> Le Vatican s'associe à la Babel de Libye. En se taisant
 (24.3.2011)

Selon l’évêque Martinelli, la Libye de Kadhafi était le pays arabe dans lequel les chrétiens jouissaient des plus larges libertés, sauf celle de convertir les musulmans au christianisme.

Après avoir commencé par réprimer les chrétiens, Kadhafi avait effectué une spectaculaire marche arrière. En 1986 il avait écrit à Jean-Paul II pour lui demander de lui envoyer des religieuses et des infirmières pour ses hôpitaux. Il y a aujourd’hui en Libye quelque 80 000 religieuses et plus de 10 000 infirmières catholiques, en grande partie philippines. Selon l’évêque Martinelli "ces femmes catholiques, compétentes, gentilles, qui traitent les malades de manière humaine, sont en train de faire changer l’opinion du peuple libyen à propos du christianisme". Kadhafi s’en glorifiait : lorsqu’il recevait la visite d’un membre d’un gouvernement étranger, il l’emmenait immanquablement visiter la cathédrale catholique de Tripoli.

C’est pour cette raison que l’évêque de Tripoli et les autorités vaticanes estiment qu’une sortie de scène de Kadhafi ouvrirait la route à un avenir plein d’embûches pour les catholiques présents en Libye. Selon eux, le groupement confus des opposants ne laisse rien présager de bon.


***


Le cas de la Syrie est encore plus emblématique. La dictature de Bachar el-Assad garantit aux chrétiens, qu’ils soient catholiques ou orthodoxes, une protection que sa chute mettrait certainement en danger. C’est si vrai que la plupart des chrétiens d’Irak, quand ils fuient à l’étranger, se réfugient précisément en Syrie.

Jusqu’à présent, les propos les plus explicites de Benoît XVI à propos de la Syrie sont ceux qu’il a tenus après l'Angélus du dimanche 7 août :

"Je suis avec une vive préoccupation les dramatiques et croissants épisodes de violence en Syrie, qui ont provoqué de nombreuses victimes et de graves souffrances. J'invite les fidèles catholiques à prier, afin que l'effort pour la réconciliation prévale sur la division et sur la rancœur. Je renouvelle en outre aux autorités et à la population syrienne un appel pressant, afin de rétablir aussi vite que possible la coexistence pacifique et de répondre de manière adéquate aux aspirations légitimes des citoyens, dans le respect de leur dignité et pour le bien de la stabilité dans la région".

Les médias syriens n’ont pas du tout parlé de cet appel du pape. Dans une interview qu’il a accordée peu après à Radio Vatican, Gregorios III, patriarche de l’Église gréco-melkite catholique, a exprimé ses condoléances pour les morts "des deux camps, les manifestants et l’armée" et il a déclaré : "Nous n’avons pas peur de l'islam, nous avons peur que le chaos n’apparaisse en Syrie, comme il l’a fait en Irak".

Gregorios III ne parlait pas depuis le siège officiel du patriarcat, à Damas, mais depuis sa résidence d’été d’Ain-Traz, au Liban. Et il parlait pour un public étranger. En effet, jusqu’à présent, en Syrie, aucun dirigeant d’Église n’a jamais osé parler en public d’un après-Assad ni définir comme des manifestants ceux que le régime disqualifie en bloc en les traitant de "terroristes".

En Syrie on considère comme des références les lettres écrites par Gregorios III à des chefs d’état occidentaux pour leur demander de soutenir Assad et de ne pas aider la contestation, lettres que l’on peut lire sur le site web du patriarcat, en arabe, en anglais et en français.

D’autres dirigeants d’Églises chrétiennes ont exprimé en termes encore plus explicites leur soutien au président Assad. Un article d’"Asia News" en a donné un compte-rendu précis :

> L'appello del papa e i timori dei cristiani di Siria

D’après "Asia News", un auxiliaire du patriarche syro-orthodoxe Ignace Zakka Ier aurait été jusqu’à chasser de la cathédrale patriarcale, à la fin d’une "prière œcuménique" pro-Assad, l'ambassadeur des États-Unis en Syrie, Robert Ford, à qui il reprochait d’avoir manifesté sa solidarité avec les opposants de Hama, ville où de violents combats ont fait de nombreux morts, abattus par les chars du régime. Le département d’état américain a démenti.

La Syrie des Assad est dominée par les alaouites, une minorité musulmane chiite, très mal vue par la majorité sunnite. Les chrétiens, catholiques et orthodoxes, bénéficient d’un "statut personnel" favorable, en grande partie tiré du code canonique pour les Églises orientales promulgué par Jean-Paul II en 1990.

Les relations entre Assad, Gregorios III et d’autres leaders chrétiens sont officiellement bonnes. La visite du pape Karol Wojtyla à Damas, en 2001, avait été un succès pour le président. Le pape l’avait écouté sans réagir invectiver impudemment Israël et les Juifs.

Le nonce apostolique à Damas, l'archevêque Mario Zenari, a récemment déclaré que la Syrie était un "exemple d’harmonie entre les différentes confessions religieuses et de respect mutuel entre la majorité musulmane et la minorité chrétienne".

Mais, en privé, plusieurs dirigeants d’Églises doutent de plus en plus de la durée du régime d’Assad et commencent à prendre leurs distances. Certains d’entre eux se sont enfermés depuis un moment dans un silence prudent, comme par exemple le vicaire apostolique latin d’Alep, l’évêque Giuseppe Nazzaro, un franciscain italien.

La chute d’Assad serait considérée par un grand nombre de chrétiens de Syrie comme un cauchemar. Mais il y en a également beaucoup qui approuvent aussi les justes raisons de la contestation d’une dictature qui se révèle de plus en plus comme impitoyable, corrompue, inacceptable.

Et ils attendent du monde extérieur et des Églises non pas le silence et le désintérêt, mais un soutien concret.

Sandro Magister

www.chiesa

 



Le cas de la Syrie commenté par le jésuite Samir Khalil Samir, égyptien et spécialiste de l’islam :

> Rivolta in Siria : le violenze non fermano il popolo assetato di libertà e dignità


Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus ISLAM


Le site officiel des prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse :

> Madrid 2011

Et le programme de la visite de Benoît XVI :

> JMJ 2011 Madrid


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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