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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (4)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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(...) En quel sens la résurrection du Christ fait-elle partie du mystère pascal, et en quel sens constitue-t-elle cet aspect du mystère pascal que nous appelons "historique"?

Commençons par répondre à cette deuxième question, la plus simple. Nous appelons la résurrection du Christ l'élément "historique" de la Pâque chrétienne, non pas tant par opposition à "non-historique", non advenu réellement, que par opposition à "liturgique", à "moral", et à "eschatologique". En d'autres termes, nous l'appelons l'élément historique, parce qu'elle représente l'élément unique, non reproductible, par opposition au sacrement, qui représente quant à lui l'aspect liturgique et se reproduit chaque année pendant la fête de Pâques et tous les jours dans l'eucharistie.

Il est plus difficile de répondre à la première question: en quel sens la résurrection fait-elle partie du mystère pascal, même si cela nous semble aussi évident. Il faut savoir en effet que ce qui pour nous aujourd'hui est la première signification du mot Pâque, c'est-à-dire la résurrection du Christ, fut la dernière à s'affirmer dans la pratique de l'Eglise. Quand cela se produisit, au IVe-Ve siècles, cela suscita des résistances. "Certains, lit-on dans un document de l'époque, critiquent la sainte Eglise de Dieu parce qu'elle désigne par le nom de Pâque la vénérable fête de la résurrection des morts de Christ, notre Dieu."4 Lorsque, enfin, cet usage devint généralisé, il y eut encore des protestations: "Dans la Pâque, écrit un auteur du Moyen-Âge, beaucoup de gens ne voient désormais qu'une seule chose: c'est que le Seigneur resscuscita le premier jour de la semaine, et que c'est la raison pour laquelle on l'appelle aussi jour de la résurrection du Seigneur, en oubliant que Pâque indique avant toout ce que le Christ a opéré par sa croix et son sang."5

La raison de cette difficulté est simple. La résurrection constitue la nouveauté absolue de la Pâque chrétienne, ce qui n'avait pas été préfiguré, l'inattendu. L'ancien nom et l'ancienne forme de la fête de Pâque n'étaient pas préparés pour l'incorporer tout de suite. Jamais, dans le Nouveau Testament, on ne désigne par le nom de Pâque la résurrection du Christ, mais seulement la Cène et son immolation. Il est vrai que mort et résurrection sont considérées comme un tout et constituent l'unique mystère du Christ proclamé par le kérygme. Mais ce mystère du Christ ou mystère du salut n'est jamais appelé "mystère pascal" ou mystère de Pâque. Le chemin fut plutôt inverse. Au IIe siècle, on commença à dire: "La Pâque du Christ" ou bien: "Le mystère de la Pâque est Christ" (Justin, Méliton de Sardes). Et puisque en Christ mort et résurrection étaient inséparables, on commença peu à peu à comprendre également la résurrection du Christ dans le mot "Pâque", non sans résistances et difficultés, comme nous l'avons vu.


4. Chronicon paschale, éd. L. Dindorf, Bonn, 1832, vol. I, p. 424.

5. Rupert de Deutz, De divinis officiis 6, 26; CCLM 7, 1967, p. 207.

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