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  • prêtre belge, né à Anvers, études de traducteur (Antwerpen), philosophie (Paris), théologie (Fribourg, Suisse), ordonné prêtre à Hérémence (diocèse de Sion, Valais, Suisse), prédicateur de retraites, incardiné à la Martinique

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Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /2009 10:17
- Publié dans : La vache qui rumine B 2009 - Communauté : Praedicatho.com

Étalon de perfection ou enfant du pardon ? A besoins nouveaux, saints nouveaux. Dieu tient à jour l'Évangile : l'Esprit façonne de nouveaux profils. Nous voilà entrés dans l'ère de la sainteté des paumés. Temps de la grande misère, temps de la grande miséricorde. Les grâces qui semblaient réservées aux plus grands saints, les voici déversées sur les plus petits. En voyant les jeunes tellement perturbés, si ce n'est traumatisés, on pourrait croire : l'étoffe humaine s'en va en lambeaux, nous n'aurons plus de héros. Plus de héros, mais beaucoup de saints. Peut-être pas des saints a donner en exemple de « perfection », mais des amis de Dieu à recevoir en signe de consolation. De moins en moins, un saint ne sera un étalon de perfection, et de plus en plus un enfant du pardon. Des saints qu'on hésitera peut-être à canoniser, mais que Dieu aura non moins sanctifiés. De la race du bon larron.


La beauté d'un saint n'est pas la beauté d'un mannequin, mais celle d'un visage blessé : la sainteté se mesurera à la vulnérabilité. Car voici que tout est renversé. Plus un être porte un handicap lourd, plus ce poids même le précipite au fond du cœur de Dieu. Et ce poids même est sa gloire. Plus un être est blessé par la vie, plus il est aimé de Marie. Plus il est rejeté par les hommes, plus il est projeté en Dieu. D'autant plus blessé, d'autant plus aimé. Même s'il ne le sait pas, c'est ainsi. Tristesse infinie s'il ne le sait pas. Bonheur sans nom, s'il le sait. Ce message de folle espérance, qui donc le criera dans les déserts de notre monde atrocement sous-alimenté, privé des nourritures les plus élémentaires, privés de lait maternel ?

 

Jean Emmanuel vient d'avoir le mot vrai : « Dieu a posé les yeux sur moi, car je suis fragile ! ». Ce qu’Anne, 21 ans, avait tourné autrement : « Le saint c'est celui qui est tellement pécheur que Jésus est alors tout pour lui ». Et Chantal, dix-huit ans : « En ce moment, je vis ceci : je suis infiniment plus aimée que je ne suis pécheresse ».

 

J'avais écrit : « Dieu retourne les failles psychologiques, les blessures affectives, en grâces de purification passive et active ». J'ajoute : de ces blessures mêmes, Dieu fait des sources. Autant de blessures, autant de sources. Sources d'Esprit Saint pour notre monde. Sources de guérisons pour notre humanité malade. Ce sont les plus malades de leurs enfants qui deviendront les médecins des peuples. Les orphelins de notre monde deviendront les révélateurs du Père. Les jeunes sont les premiers à contracter des maladies de notre fin de siècle. Tout le mal qui traverse notre humanité les atteint de plein fouet. Trop fragiles pour en supporter le choc, ils tombent et succombent : « Nous avons affaire à des jeunes qui ont payé d'avance le prix des coups qu'ils n'ont pas mérités. Ils ont subi toutes sortes de traumatismes dont il n'était pas responsables » (Jean-Marie, Cardinal Lustiger, La Croix, 31 octobre 1981).

 

Victimes, oui, mais innocentes ! Si seulement ils pouvaient savoir qu'un autre les a précédés dans ce chemin d'innocence bafouée. Un autre qui donne sens à cette somme gigantesque de souffrances, qui hors de lui ne peut qu'écraser. Mais même cela, ils ne s’en doutent pas. Nous ne savons pas, nous n'osons pas le leur dire. Pardon ! Le leur révéler : « Vous êtes les agneaux qui portez le péché du monde, mais pour l’ôter. Vous êtes innocents du mal, mais sauveurs du monde. A une condition : simplement accueillir cet autre dans votre vie ! »


(Dans Missel Kephas 3, Fayard, 2000, p. 1304-1305)

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