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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Le trésor caché du pape Ratzinger: ses homélies à propos du Baptême

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

La plus récente, qu'il a prononcée il y a quelques jours, est la quinzième de la série. Elle comporte un passage fulgurant contre les "pompes du diable" qui triomphent dans la mentalité courante. Un "spectacle" auquel tout baptisé a promis de renoncer 

 

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ROME, le 18 juin 2012 – Elle a été à peine remarquée par le grand public. Mais la "lectio divina" que Benoît XVI a prononcée, le soir du lundi 11 juin, à la basilique Saint-Jean-de-Latran, qui est la cathédrale de Rome, constitue l’un des sommets parmi ces chefs-d’œuvre que sont ses homélies consacrées au Baptême.

Que Benoît XVI soit destiné à entrer dans l’histoire en raison de sa prédication liturgique, comme l’a fait avant lui le pape Léon le Grand, c’est désormais une hypothèse plus que consolidée.

Mais, dans le grand "corpus" de ses homélies, celles qui sont consacrées au Baptême ont une place d’une importance unique.

Le commandement de baptiser "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" figure parmi les dernières paroles prononcées par Jésus sur cette terre. L’Église les a prises extrêmement au sérieux et c’est ainsi qu’elle fait naître ses enfants, depuis toujours. Par conséquent, le Baptême est l'acte de naissance et la carte d'identité de tout chrétien.

Voilà pourquoi il occupe une place tellement centrale dans la prédication de Benoît XVI. À une époque où l’analphabétisme religieux est largement répandu, où la foi est vacillante et où les baptêmes sont en baisse dans les pays de vieille chrétienté, le pape Joseph Ratzinger veut repartir des fondements de la vie chrétienne et les présenter de nouveau aux regards de tous dans leur beauté éclatante.

Ses homélies baptismales en sont un exemple évident. Ainsi que la "lectio divina" qu’il a adressée, le 11 juin dernier, aux fidèles de Rome qui remplissaient la cathédrale de cette ville.

Benoît XVI a parlé en improvisant, comme le faisaient jadis les Pères de l’Église. Au-dessus de lui, ses auditeurs pouvaient admirer, au centre de l'antique mosaïque de l'abside, une croix ornée de pierres précieuses, de laquelle jaillissait en abondance de l’eau vive.

Et le lien entre le Baptême et la croix a bien été l’un des points saillants de la "lectio divina" prononcée par le pape, qui a pris comme point de départ le "commandement" que Jésus donna à ses apôtres avant de monter au ciel : "Allez, de toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit".

Un autre passage de la "lectio" qui a beaucoup frappé les personnes présentes est celui où le pape a redonné du sens et une fraîcheur actuelle à une vieille formule du rite : la renonciation de celui qui reçoit le baptême "à Satan et à ses pompes", formule qui est aujourd’hui affaiblie en renonciation "aux séductions du mal".

Depuis qu’il a été élu pape, il y a sept ans, Benoît XVI a administré quatorze fois le Baptême, dont il a fait à chaque fois le sujet de son homélie de ce jour-là.

Il l’a fait sept fois le dimanche où l’on fête le Baptême de Jésus dans le Jourdain, dimanche qui, chaque année, suit l’Épiphanie.

Et les sept autres fois, il l’a fait au cours de la veillée pascale.

Dans le premier cas, en baptisant des enfants, presque toujours romains, à la Chapelle Sixtine, et dans le second cas, en baptisant des adultes, provenant de toutes les parties du monde, à la basilique Saint-Pierre.

On peut lire ci-dessous la transcription intégrale de la "lectio divina" que le pape a prononcée à la basilique Saint-Jean-de-Latran, le 11 juin 2012, en ouverture d’un colloque organisé par le diocèse de Rome, son diocèse, et consacré précisément au Baptême et à sa "pastorale".

Mais, à la suite de ce texte, le lecteur trouvera les liens permettant d’accéder à la totalité du "corpus" d’homélies baptismales prononcées par Benoît XVI : les sept qu’il a jusqu’à présent prononcées les dimanches où l’on fête le Baptême de Jésus et les sept autres correspondant aux veillées pascales.


S’IMMERGER DANS LE PÈRE, DANS LE FILS, DANS LE SAINT-ESPRIT

par Benoît XVI



Chers frères et sœurs, [...] les dernières paroles que le Seigneur ait adressées sur cette terre à ses disciples ont été celles-ci : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" (cf. Mt 28, 19).

Faites des disciples et baptisez. Pourquoi n’est-il pas suffisant, pour être son disciple, de connaître les doctrines de Jésus, de connaître les valeurs chrétiennes ? Pourquoi est-il nécessaire d’être baptisé ? C’est là le thème de notre réflexion, afin de comprendre la réalité, la profondeur, du sacrement du Baptême.

Une première porte s’ouvre si nous lisons attentivement ces paroles du Seigneur. Le choix de l’expression "au nom du Père" dans le texte grec est très important : le Seigneur dit "eis" et non pas "èn", c’est-à-dire qu’il ne dit pas "au nom" de la Trinité, comme nous disons, nous, qu’un sous-préfet parle "au nom" du préfet ou qu’un ambassadeur parle "au nom" du gouvernement. Non. Il dit : "eis to onoma". Cela signifie une immersion dans le nom de la Trinité, le fait que nous sommes insérés dans le nom de la Trinité, une interpénétration de l’être de Dieu et de notre être, le fait que nous sommes immergés dans le Dieu Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, de même que dans le mariage, par exemple, deux personnes deviennent une seule chair, qu’elles deviennent une réalité unique et nouvelle, avec un nom unique et nouveau.

Le Seigneur nous a aidés à comprendre encore mieux cette réalité par sa discussion avec les sadducéens à propos de la résurrection. Les sadducéens ne reconnaissaient, du canon de l’Ancien Testament, que les cinq Livres de Moïse, dans lesquels la résurrection n’apparaît pas ; c’est pourquoi ils la niaient. Le Seigneur, précisément à partir de ces cinq Livres, démontre la réalité de la résurrection et dit : Ne savez-vous pas que Dieu s’appelle Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ? (cf. Mt 22, 31-32).

Donc, Dieu prend ces trois noms et c’est bien en son nom qu’ils deviennent "le" nom de Dieu. Pour comprendre qui est ce Dieu, il faut voir ces personnes qui sont devenues le nom de Dieu, un nom de Dieu, qui sont immergées en Dieu. Et ainsi nous voyons que ceux qui sont dans le nom de Dieu, qui sont immergés en Dieu, sont vivants, parce que Dieu – dit le Seigneur – est un Dieu non pas des morts, mais des vivants et, s’il est le Dieu de ceux-là, il est le Dieu des vivants. Les vivants sont vivants parce qu’ils sont dans la mémoire, dans la vie de Dieu.

Et c’est bien cela qui se produit dans le fait que nous sommes baptisés : nous devenons insérés dans le nom de Dieu, de telle sorte que nous appartenons à ce nom, que son nom devient notre nom et que, nous aussi, nous pourrons, par notre témoignage – comme les trois personnages de l’Ancien Testament – être des témoins de Dieu, signe de qui est ce Dieu, nom de ce Dieu.

C’est pourquoi être baptisé, cela signifie être uni à Dieu. Dans une unique et nouvelle existence, nous appartenons à Dieu, nous sommes immergés en Dieu lui-même.

Lorsque nous pensons à cela, nous pouvons immédiatement en percevoir plusieurs conséquences.

La première, c’est que Dieu n’est plus très lointain pour nous, qu’il n’est pas une réalité à discuter – existe-t-il ou non ? – mais que nous sommes en Dieu et que Dieu est en nous. La priorité, la centralité, de Dieu dans notre vie, c’est une première conséquence du Baptême. À la question : "Dieu existe-t-il ?", la réponse est : "Oui, il existe et il est avec nous ; cette proximité de Dieu, ce fait d’être en Dieu lui-même, qui n’est pas une étoile lointaine mais le cadre de ma vie, cela a quelque chose à voir avec notre vie". Ce serait la première conséquence et elle devrait donc nous dire que nous devons tenir compte de cette présence de Dieu et vivre réellement en sa présence.

Une seconde conséquence de ce que je viens de dire est que ce n’est pas nous qui nous faisons chrétiens. Devenir chrétien, ce n’est pas le résultat d’une décision que j’ai prise : "Maintenant je me fais chrétien". Bien évidemment, ma décision est également nécessaire, mais il s’agit avant tout d’une action de Dieu en moi : ce n’est pas moi qui me fais chrétien, c’est Dieu qui m’engage, qui me prend en main, et c’est comme cela, en disant "oui" à cette action de Dieu, que je deviens chrétien.

Devenir chrétien, en un certain sens, est quelque chose de "passif" : ce n’est pas moi qui me fais chrétien, c’est Dieu qui fait de moi l’un des siens, c’est Dieu qui me prend en main et qui réalise ma vie dans une nouvelle dimension. De même que ce n’est pas moi qui me fais vivre, mais c’est la vie qui m’est donnée ; je ne suis né non pas parce que je me suis fait homme, mais parce qu’il m’est donné d’être homme. De même, le fait d’être chrétien est également un don que je reçois, c’est pour moi un "passif", qui devient un "actif" dans notre vie, dans ma vie. Et ce fait du "passif", ce fait que l’on ne se fait pas chrétien soi-même mais que l’on est fait chrétien par Dieu, implique déjà un peu le mystère de la croix : ce n’est qu’en mourant à mon égoïsme, en sortant de moi-même, que je peux être chrétien.

Un troisième élément qui s’ouvre tout de suite dans cette façon de voir est que, bien entendu, étant immergé en Dieu, je suis uni à mes frères et à mes sœurs, parce que tous les autres sont en Dieu et que, si je suis tiré de mon isolement, si je suis immergé en Dieu, je suis immergé dans la communion avec les autres.

Être baptisé n’est jamais un acte solitaire de "moi", mais c’est toujours, nécessairement, une façon d’être uni à tous les autres, d’être en union et en solidarité avec tout le corps du Christ, avec toute la communauté de mes frères et sœurs. Ce fait que le Baptême m’insère dans la communauté rompt mon isolement. Nous devons en tenir compte dans notre façon d’être chrétiens.

Et enfin, revenons à ce que le Christ dit aux sadducéens : "Dieu est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob" (cf. Mt 22, 32) ; par conséquent ceux-ci ne sont pas morts ; s’ils sont de Dieu, ils sont vivants. Cela veut dire que par le Baptême, par l’immersion dans le nom de Dieu, nous sommes, nous aussi, déjà immergés dans la vie immortelle, nous sommes vivants pour toujours.

Autrement dit, le Baptême est une première étape de la résurrection : immergés en Dieu, nous sommes déjà immergés dans la vie indestructible, la résurrection commence. De même qu’Abraham, Isaac et Jacob, étant "nom de Dieu", sont vivants, de même nous, étant insérés dans le nom de Dieu, nous sommes vivants dans la vie immortelle. Le Baptême est le premier pas de la résurrection, l’entrée dans la vie indestructible de Dieu.

Donc, dans un premier temps, à travers la formule baptismale de saint Matthieu, à travers les dernières paroles du Christ, nous avons déjà un peu vu l’essentiel du Baptême.

Maintenant examinons le rite sacramentel, afin de pouvoir comprendre encore plus précisément ce qu’est le Baptême.

Ce rite, comme celui de presque tous les sacrements, se compose de deux éléments : la matière – de l’eau – et la parole.

C’est très important. Le christianisme n’est pas quelque chose de purement spirituel, quelque chose d’uniquement subjectif, ce n’est pas une affaire de sentiment, de volonté, d’idées, c’est une réalité cosmique. Dieu est le Créateur de toute la matière, la matière entre dans le christianisme, et ce n’est que dans ce grand contexte réunissant la matière et l’esprit que nous sommes chrétiens. Il est donc très important que la matière fasse partie de notre foi, que le corps fasse partie de notre foi. La foi n’est pas purement spirituelle, mais Dieu nous insère ainsi dans toute la réalité du cosmos et il transforme le cosmos, il le tire à lui.

Et avec cet élément matériel – l’eau – c’est non seulement un élément fondamental du cosmos qui entre en jeu, une matière fondamentale créée par Dieu, mais c’est aussi tout le symbolisme des religions, parce que dans toutes les religions l’eau a quelque chose à dire. La démarche des religions, cette recherche de Dieu selon diverses formes – elles peuvent être erronées, mais il s’agit toujours d’une recherche de Dieu – est intégrée dans le sacrement. Les autres religions, par leur cheminement vers Dieu, sont présentes, elles sont intégrées, et c’est ainsi que se fait la synthèse du monde. C’est toute la recherche de Dieu qui s’exprime dans les symboles des religions et surtout, bien évidemment, dans le symbolisme de l’Ancien Testament et qui, avec toutes ses expériences du salut et de la bonté de Dieu, devient ainsi présente. Nous reviendrons sur ce point.

L’autre élément, c’est la parole, et cette parole se présente sous trois aspects : des renonciations, des promesses, des invocations.

Il est donc important que ces paroles ne soient pas seulement des paroles, mais qu’elles soient aussi une démarche de vie. En elles une décision se concrétise, c’est en elles qu’est présente toute notre démarche baptismale, mais aussi pré-baptismale et post-baptismale. Par conséquent, avec ces paroles et aussi avec les symboles, le Baptême s’étend sur toute notre vie.

Cette réalité des promesses, des renonciations, des invocations, est une réalité qui dure toute notre vie, parce que nous sommes sans cesse dans une démarche baptismale, dans une démarche catéchuménale, à travers ces paroles et la concrétisation de ces paroles. Le sacrement du Baptême n’est pas l’affaire d’un moment, c’est une réalité de toute notre vie, c’est une démarche qui dure toute notre vie. En fait, derrière le baptême il y a aussi la doctrine des deux chemins, qui était fondamentale dans le premier christianisme : un chemin auquel nous disons "non" et un chemin auquel nous disons "oui".

Commençons par le premier point, les renonciations. Il y en a trois et je vais m’intéresser d’abord à la deuxième : "Renoncez-vous aux séductions du mal pour ne pas vous laisser dominer par le péché ?".

Que sont ces séductions du mal ? Dans l’Église ancienne, et encore pendant des siècles, on employait ici l’expression : "Renoncez-vous au diable et à ses pompes ?" et aujourd’hui nous savons ce que l’on entendait par cette expression "pompes du diable". Les pompes du diable étaient surtout les grands spectacles sanglants, dans lesquels la cruauté devient divertissement, dans lesquels tuer des hommes devient quelque chose de spectaculaire : on fait un spectacle de la vie et de la mort d’un homme. Ces spectacles sanglants, cet amusement dans le mal, ce sont les "pompes du diable", où celui-ci se manifeste avec une beauté apparente et où il se manifeste, en réalité, dans toute sa cruauté.

Mais, au-delà de cette signification immédiate de l’expression "pompes du diable", on voulait parler d’un type de culture, d’une "way of life", d’une façon de vivre, dans laquelle ce qui compte, ce n’est pas la vérité mais l’apparence, dans laquelle on ne recherche pas la vérité mais l’effet, la sensation, et dans laquelle, sous prétexte de vérité, en réalité on détruit des hommes, on veut détruire et ne créer que soi-même comme vainqueur.

Par conséquent, cette renonciation était très réelle : c’était la renonciation à un type de culture qui est une anti-culture, contre le Christ et contre Dieu. On prenait parti contre une culture qui, dans l’Évangile de saint Jean, est appelée "kosmos houtos", "ce monde". En disant "ce monde", bien évidemment, Jean et Jésus ne parlent pas de la création de Dieu, de l’homme en tant que tel, mais ils parlent d’une certaine créature qui est dominante et qui s’impose comme si le monde, c’était cela, et comme si la façon de vivre qui s’impose, c’était celle-là.

Maintenant, je laisse chacun de vous réfléchir à ces "pompes du diable", à cette culture à laquelle nous disons "non". Être baptisé, cela signifie justement, en substance, s’émanciper, se libérer de cette culture. Nous connaissons aussi, aujourd’hui, un type de culture dans lequel la vérité ne compte pas. Même si, apparemment, on veut faire apparaître toute la vérité, il n’y a que la sensation et l’esprit de calomnie et de destruction qui comptent. Une culture qui ne cherche pas le bien, dont le moralisme est, en réalité, un masque pour embrouiller, pour créer la confusion et la destruction. Contre cette culture, dans laquelle le mensonge se présente sous les apparences de la vérité et de l’information, contre cette culture qui cherche uniquement le bien-être matériel et qui nie Dieu, nous disons "non". Nous connaissons bien, notamment grâce à de nombreux Psaumes, ce contraste d’une culture dans laquelle on paraît à l’abri de tous les maux du monde, dans laquelle on se place au-dessus de tout le monde, au-dessus de Dieu, alors que c’est, en réalité, une culture du mal, une domination du mal.

Voilà pourquoi la décision du Baptême, cette partie de la démarche catéchuménale qui dure toute notre vie, est justement ce "non", dit et concrétisé de nouveau chaque jour, y compris par les sacrifices que demande le fait de s’opposer à la culture dominante en beaucoup de points, même si elle s’imposait comme étant le monde, ce monde : ce qui n’est pas vrai. Et il y a également un très grand nombre de gens qui désirent vraiment la vérité.

Nous en arrivons ainsi à la première renonciation : "Renoncez-vous au péché pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu ?".

Aujourd’hui la liberté va en sens inverse de la vie chrétienne et de l’observance des commandements de Dieu. Être chrétien serait comme un esclavage ; la liberté, c’est de s’émanciper de la foi chrétienne, c’est de s’émanciper – en fin de compte – de Dieu. Le mot péché paraît presque ridicule à beaucoup de gens, parce qu’ils disent : "Comment ! Dieu, nous ne pouvons pas l’offenser ! Dieu est si grand, qu’est-ce que cela peut faire à Dieu si je commets une petite erreur ? Nous ne pouvons pas offenser Dieu, son intérêt est trop grand pour qu’il soit offensé par nous". 

Cela paraît vrai, mais ce n’est pas vrai. Dieu s’est fait vulnérable. Dans le Christ crucifié nous voyons que Dieu s’est fait vulnérable, qu’il s’est fait vulnérable jusqu’à la mort. Dieu s’intéresse à nous parce qu’il nous aime et l’amour de Dieu est vulnérabilité, l’amour de Dieu est intérêt pour l’homme, l’amour de Dieu signifie que notre première préoccupation doit être de ne pas blesser, de ne pas détruire son amour, de ne rien faire contre son amour parce que, sinon, nous vivons aussi contre nous-mêmes et contre notre liberté. Et, en réalité, cette apparente liberté que l’on trouve dans l’émancipation par rapport à Dieu devient immédiatement un esclavage par rapport à un grand nombre de dictatures de l’époque, auxquelles on doit se soumettre pour être considéré comme étant à la hauteur de l’époque.

Et enfin : "Renoncez-vous à Satan ?". Cela nous dit qu’il y a un "oui" à Dieu et un "non" au pouvoir du Malin, lui qui coordonne toutes ces activités et qui veut se faire le dieu de ce monde, comme le dit encore saint Jean. Mais il n’est pas Dieu, il est seulement l’adversaire et nous ne nous soumettons pas à son pouvoir. Nous disons "non" parce que nous disons "oui", un "oui" fondamental, le "oui" de l’amour et de la vérité.

Ces trois renonciations, dans le rite du Baptême, étaient accompagnées, dans l’antiquité, de trois immersions : des immersions dans l’eau en tant que symbole de la mort, d’un "non" qui est véritablement la mort d’un type de vie et une résurrection à une autre vie. Nous reviendrons sur ce point.

Ensuite vient la confession, à partir de trois questions : "Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant, créateur, en Jésus-Christ et, enfin, en l’Esprit-Saint et en l’Église ?".

Cette formule, ces trois parties, ont été développées à partir de la Parole du Seigneur : "Baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit". Ces mots sont concrétisés et approfondis : ce que signifie Père, ce que signifie Fils – toute la foi en Jésus-Christ, toute la réalité du Dieu fait homme – et ce que signifie croire que l’on est baptisé dans le Saint-Esprit, c’est-à-dire toute l’action de Dieu dans l’histoire, dans l’Église, dans la communion des Saints.

Ainsi la formule positive du Baptême est également un dialogue : ce n’est pas simplement une formule. Surtout la confession de la foi n’est pas seulement quelque chose qu’il faut comprendre, quelque chose d’intellectuel, quelque chose qu’il faut mémoriser – bien sûr, c’est aussi cela – mais elle touche aussi l’esprit et surtout elle touche aussi notre façon de vivre. Et cela me paraît très important. Ce n’est pas quelque chose d’intellectuel, une pure formule. C’est un dialogue de Dieu avec nous, une action de Dieu avec nous, et une réponse de notre part, c’est une démarche. On ne peut comprendre la vérité du Christ que si l’on comprend sa voie. Ce n’est que si nous acceptons le Christ comme voie que nous commençons réellement à être dans la voie du Christ et que nous pouvons également comprendre la vérité du Christ. La vérité qui n’est pas vécue ne s’ouvre pas ; seule la vérité vécue, la vérité acceptée comme façon de vivre, comme démarche, s’ouvre aussi comme vérité dans toute sa richesse et toute sa profondeur.

Par conséquent cette formule est une voie, elle exprime notre conversion, elle exprime une action de Dieu. Et nous, nous voulons vraiment avoir présent à l’esprit, pendant toute notre vie, le fait que nous sommes en communion de démarche avec Dieu, avec le Christ. Et voici comment nous sommes en communion avec la vérité : en vivant la vérité, la vérité devient vie et, en vivant cette vie, nous trouvons aussi la vérité.

Maintenant passons à l’élément matériel : l’eau.

Il est très important de percevoir deux significations de l’eau. D’une part, l’eau fait penser à la mer, surtout à la Mer Rouge, à la mort dans la Mer Rouge. Avec la mer, on se représente la force de la mort, la nécessité de mourir pour arriver à une nouvelle vie. Cela me paraît très important. Le Baptême n’est pas seulement une cérémonie, un rituel introduit il y a longtemps, et il n’est pas non plus un simple lavage, une opération cosmétique. Il est beaucoup plus qu’un lavage : il est mort et vie, il est mort d’une certaine existence et renaissance, résurrection à une nouvelle vie..

Être chrétien est quelque chose de profond parce que non seulement c’est quelque chose qui vient s’ajouter, mais aussi parce que c’est une nouvelle naissance. Après avoir traversé la Mer Rouge, nous sommes des êtres nouveaux. C’est pour cela que la mer, dans toutes les expériences de l’Ancien Testament, est devenue pour les chrétiens le symbole de la croix. Parce que c’est seulement à travers la mort, une renonciation radicale dans laquelle on meurt à un certain type de vie, que la renaissance peut se réaliser et qu’il peut réellement y avoir une vie nouvelle.

Une partie du symbolisme de l’eau est qu’elle symbolise – surtout dans les immersions de l’antiquité – la Mer Rouge, la mort, la croix. Ce n’est qu’à partir de la croix que l’on arrive à la nouvelle vie et cela se réalise chaque jour. Sans cette mort toujours renouvelée, nous ne pouvons pas renouveler la vraie vitalité de la nouvelle vie du Christ.

Mais l’autre symbole est celui de la source. L’eau est à l’origine de toute la vie ; elle symbolise non seulement la mort, mais aussi la nouvelle vie. Toute vie vient aussi de l’eau, de l’eau qui vient du Christ comme la vraie vie nouvelle qui nous accompagne vers l’éternité.

Enfin il faut aborder la question – mais je n’en dirai que quelques mots – du Baptême des enfants. Est-ce une bonne chose de baptiser les enfants, ou bien serait-il plutôt nécessaire de commencer par la démarche catéchuménale pour arriver à un Baptême vraiment réalisé ?

Et l’autre question qui se pose toujours est : "Peut-on ou non imposer à un enfant la religion dans laquelle il voudra vivre ? N’a-t-on pas le devoir de laisser le choix à cet enfant ?".

Ces questions montrent que nous ne voyons plus dans la foi chrétienne la vie nouvelle, la véritable vie, mais que nous y voyons un choix parmi d’autres et même un poids que l’on ne devrait pas imposer à un individu si on n’a pas obtenu son assentiment.

La réalité est différente. La vie elle-même nous est donnée sans que nous puissions choisir si nous voulons vivre ou non. On ne peut demander à personne : "Veux-tu ou non être né ?". La vie elle-même nous est nécessairement donnée sans notre consentement préalable, elle nous est donnée comme cela et nous ne pouvons pas décider préalablement : "Oui ou non, est-ce que je veux vivre ?".

Et, en réalité, la vraie question, c’est : "Est-il juste de donner la vie dans ce monde sans avoir obtenu un assentiment en réponse à la question : veux-tu vivre ou non ? Peut-on vraiment anticiper la vie, donner la vie sans que le sujet ait eu la possibilité de décider ?". Je dirais : c’est possible et c’est juste seulement si, avec la vie, nous pouvons donner aussi la garantie que la vie, avec tous les problèmes du monde, est bonne, qu’il est bon de vivre, qu’il y a une garantie que cette vie est bonne, protégée par Dieu, et qu’elle est un véritable don.

Il n’y a que l’anticipation du sens qui justifie l’anticipation de la vie. Et c’est pour cette raison que le Baptême, en tant que garantie du bien de Dieu, en tant qu’anticipation du sens, du "oui" de Dieu qui protège cette vie, justifie également l’anticipation de la vie.

Par conséquent le Baptême des enfants n’est pas contraire à la liberté. Il est vraiment nécessaire de le donner, afin de justifier aussi le don – qui, sans cela, serait discutable – de la vie. Seule la vie qui est dans les mains de Dieu, dans les mains du Christ, qui est immergée dans le nom du Dieu trinitaire, est certainement un bien que l’on peut donner sans scrupules.

Soyons donc reconnaissants à Dieu qui nous a fait ce don, qui s’est donné à nous. Et le défi qui nous est lancé est de vivre ce don ; de vivre réellement, dans une démarche post-baptismale, à la fois les renonciations et le "oui" ; de vivre toujours dans le grand "oui" de Dieu ; et ainsi de vivre bien.



TOUTES LES HOMÉLIES BAPTISMALES DE BENOÎT XVI 


LORS DES FÊTES DU BAPTÊME DE JÉSUS


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LORS DES VEILLÉES PASCALES


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> 23 avril 2011

> 7 avril 2012





Illustration : Piero della Francesca, Le Baptême du Christ (détail), 1440-1460, Londres, National Gallery.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
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