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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

La messe en langue vernaculaire, oui. Mais il faut au moins qu'elle soit bien traduite

dominicanus #Il est vivant !

Dans le passage du latin aux langues modernes beaucoup de richesses des textes originaux ont été perdues. Dans un livre, le liturgiste que le pape estime le plus fait l'inventaire des dégâts. Et il explique comment ils se sont produits 

 

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ROME, le 14 mai 2012 – La discussion relative aux critères pour la traduction des textes latins du missel romain est plus vive que jamais, depuis que Benoît XVI a écrit aux évêques allemands une lettre, qui est reproduite dans son intégralité sur www.chiesa :

> Journal du Vatican / "Pour beaucoup" ou bien "pour tous"? La bonne réponse est la première

Mais un livre qui a été publié au même moment aux États-Unis va l’animer encore davantage :

Uwe Michael Lang, "The Voice of the Church at Prayer. Reflections on Liturgy and Language", Ignatius Press, San Francisco, 2012.

Le pays dans lequel ce livre a été publié, les États-Unis, est également celui qui s’est mis à utiliser – depuis le premier dimanche de l’Avent de l’année dernière – une nouvelle traduction en anglais du missel romain qui répond tout à fait aux critères exposés par Benoît XVI et magnifiquement argumentés et documentés dans le livre : critères que la traduction précédente était très loin de respecter.

Il y a entre l’auteur du livre et Joseph Ratzinger – dès avant l’élection de celui-ci comme pape - une profonde communauté de vues.

Celui qui était alors le cardinal Ratzinger a écrit la préface du précédent livre de Lang, "Turning Towards the Lord" ["Se tourner vers le Seigneur"], traduit en plusieurs langues et qui traite de l'orientation "ad Dominum" de la prière liturgique.

Et à plusieurs reprises, depuis qu’il est pape, il a réexpliqué dans ses homélies les raisons de cette orientation.

Cependant celle-ci est universellement contredite, y compris à travers l’aménagement des églises, par l’habitude qui s’est instaurée de célébrer non pas vers Dieu mais vers le peuple, le prêtre jouant, de manière inappropriée, le rôle de pivot de l'assemblée.

Dans son nouveau livre, Lang reconstitue l’histoire des traductions des textes sacrés depuis les origines jusqu’à l’époque actuelle. Cette histoire est marquée par d’incessantes controverses mais également par l’identification, par l’Église, d’une voie royale, qui a pourtant été abandonnée dans bien des cas au cours des dernières décennies.

Dans le texte reproduit ci-dessous, qui a été publié dans "L'Osservatore Romano" du 7-8 mai, Lang condense les dernières pages de son livre. Afin de montrer comment l’Église est actuellement en train de remonter la pente pour restituer aux traductions du missel dans les langues courantes la splendeur qu’elles avaient perdue.

Lang, né en Allemagne et émigré à Londres, est un prêtre de la congrégation de l'Oratoire de saint Philippe Néri, comme l’était le bienheureux John Henry Newman, pour lequel il a une très grande admiration.

Appelé au Vatican en 2006, il est official de la congrégation pour le culte divin et consulteur du bureau des célébrations liturgiques du pape. Il enseigne l’art sacré et la liturgie à l’Institut Pontifical d'Archéologie Chrétienne et à l'Université Européenne de Rome.

www.chiesa



ATTENTION À NE PAS DÉVALORISER LES MOTS

par Uwe Michael Lang



L’histoire de la traduction de la Bible commence avec la version des Septante, qui a rendu les Écritures hébraïques accessibles à la langue grecque et au monde hellénistique. On ne soulignera jamais assez l'importance religieuse et culturelle de ce projet de traduction, qui n’a pas d’équivalents dans le monde antique.

Tandis que la nouvelle foi chrétienne se répandait même dans les parties les plus reculées du monde connu, la question de la traduction devenait plus urgente. Au cours de ce processus, une préférence s’est manifestée pour la traduction littérale, "mot pour mot", en faveur de laquelle se présentaient les raisons théologiques suivantes : la traduction "signification pour signification" présuppose que le traducteur soit en mesure de comprendre la pleine signification du texte original, ce qui serait en contradiction avec l'infinie richesse des Écritures.

Saint Jérôme, ayant été chargé par le pape Damase de produire une nouvelle version de la Bible en latin, qui a été connue par la suite sous le nom de Vulgate, exprimait lui aussi cette idée lorsqu’il écrivait que dans les Saintes Écritures "l’ordre des mots est aussi un mystère" (Lettre 57, 5).

Toutefois il est fréquent que la traduction littérale ne parvienne pas, dans le passage de la langue de départ à la langue d’arrivée, à communiquer le message du texte dans les langues contemporaines, en particulier lorsqu’il s’agit de textes anciens, par exemple bibliques ou liturgiques.

Bien évidemment, toute traduction cherche à transmettre le contenu spirituel et doctrinal d’une manière qui tienne compte des règles et des conventions de la langue d'arrivée.

Certaines herméneutiques de traduction vont bien au-delà, en ce sens qu’elles ne tendent plus à une traduction qui reproduise autant que possible la structure formelle de l'original. Leur objectif est plutôt d’identifier le message contenu dans le texte original et de le dégager de sa forme linguistique. Lorsque l’on traduit, il faut créer une nouvelle forme qui possède des qualités équivalentes et qui soit en mesure d’exprimer de manière plus adéquate le contenu original. En utilisant cette nouvelle forme, la traduction se propose d’avoir dans la langue d’arrivée le même effet informatif et émotif qu’aurait le texte dans sa langue d'origine.

Indiscutablement il y a des questions de méthodologie qui se posent, avant tout celle de savoir comment déterminer la signification d’un texte en la dégageant de sa forme.

En 1966 une traduction en anglais du Nouveau Testament a été publiée sous le titre "Good News for Modern Man" : bonnes nouvelles pour l'homme moderne. La version de l'Ancien Testament ayant été achevée en 1976, la Good News Bible (GNB), contenant les livres deutérocanoniques, a été publiée en 1979. Les problèmes de cette version résultent de sa confrontation avec la Revised Standard Version (RSV), qui s’insère dans la grande tradition des Bibles en langue anglaise, sous une forme mise à jour et au courant des sciences historiques.

Voici quelques exemples, en traduisant de l’anglais : là où la RSV parle d’être rachetés par "le sang précieux du Christ", la GNB écrit "le précieux sacrifice du Christ" (1 Pierre, 1, 19). Il s’agit d’une paraphrase, plutôt que d’une traduction, qui écarte l'immédiateté de l'expression biblique et ses échos dans la tradition des Écritures.

La parole du Christ "Dieu est esprit et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et vérité" (RSV) est rendue dans la GNB par "Dieu est Esprit et ce n’est que dans la puissance de son Esprit que l’on peut l’adorer tel qu’il est vraiment" (Jean, 4, 24). Dans ce passage central, le sens de la phrase qui était un précepte d’adorer Dieu “en esprit et vérité” passe à une déclaration générale selon laquelle on est en mesure d’adorer Dieu “tel qu’il est”. On perd également les nuances trinitaires et christologiques de ce passage (cf. Jean, 6, 63 e 14, 6).

Le choix méthodologique consistant à dégager le message essentiel pour le communiquer dans la langue moderne ne relève donc pas seulement de questions de style et d’expression littéraire, il soulève également des problèmes de nature doctrinale.

L’un des exemples les plus connus est le récit de l'Annonciation par Luc, dans lequel la GNB traduit le mot grec "parthènos" (Luc, 1, 29) par “jeune femme” au lieu de “vierge”, masquant ainsi une affirmation essentielle de l’Évangile.

Cependant ces théories ont influencé la traduction des nouveaux livres liturgiques dans les langues vernaculaires et elles ont été appliquées de la manière la plus cohérente dans la version anglaise du "Missale Romanum" de Paul VI, publiée en 1974.

On ne peut pas présenter ici un tableau détaillé, mais il peut être utile de faire apparaître de manière générale quelques tendances qui sont évidentes surtout dans les prières variables de la messe. Très souvent la version anglaise restructure la prière originale, en ne prêtant pas grande attention à la succession des idées théologiques et à leur expression rhétorique, qui sont caractéristiques de l’eucologie romaine classique.

Il n’est pas rare que ceux au nom de qui la prière est faite soient réduits à un “nous” indéterminé, dont on suppose qu’il faut l’identifier à l’assemblée particulière. Cela a pour effet de limiter l’objectif universel de très nombreuses prières, qui inclut toute la communauté chrétienne ou même l’humanité tout entière.

Des phrases typiques comme "praesta, ut" ou "concedere, ut", par lesquelles est exprimée la supplication à Dieu, sont habituellement traduites par une variante d’“aide-nous”. De cette façon, on introduit une conception faible de la causalité divine et on réduit l'action mystérieuse de la grâce divine dans le cœur de l’homme, avec une nuance semi-pélagienne.

Dans le texte de la collecte du vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire, la tendance générale à rendre l'original en paraphrases a été si loin que le concept biblique concret d’amour de la loi divine ("id amare quod praecipis") est transformé en “valeurs” ("values"). On ne peut pas ne pas y voir un pas vers l'auto-sécularisation et peut-être aussi vers le relativisme moral (dans la mesure où le concept de “valeurs” est communément employé pour remplacer le discours relatif à un ordre moral objectif). Si l’on se demande quelles sont ces “valeurs”, la version anglaise donne la réponse : ce sont celles "qui nous apporteront une joie durable dans ce monde qui change (that will bring us lasting joy in this changing world)". Alors que, quand l'ancienne collecte romaine parle d’"inter mundanas varietates", on perçoit aussi les connotations négatives qui sont au contraire perdues dans la phrase qui parle du monde qui change.

Plus important encore : le texte original ne demande pas la joie durable au milieu des incertitudes de ce monde, mais il prie plutôt pour que notre cœur soit fixé là où se trouve la vraie joie, dans la réalité transcendante du ciel : "ibi nostra fixa sint corda, ubi vera sunt gaudia". Dans la version anglaise on ne trouve plus l'écho de Luc, 12, 34, "là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur".

La conscience que cette traduction était trop éloignée de la "lex orandi" du rite romain a conduit au grand projet de révision lancé par l’instruction du Saint-Siège "Liturgiam authenticam", publiée en 2001.

Par la suite, on a préparé une nouvelle traduction du "Missale Romanum", qui a été introduite de manière définitive dans un très grand nombre de pays anglophones le premier dimanche de l’Avent de l'année dernière.

Même si une traduction peut seulement se rapprocher de l'élégance et de la concision des anciennes oraisons latines avec leur rythme de prose et leurs figures rhétoriques, le nouveau "Roman Missal", à la différence de son prédécesseur, ouvre fidèlement et intégralement le trésor de la tradition liturgique latine à l’Église dans le monde anglophone.

D’autre part il contribue notablement à la formation d’“une langue sacrée vernaculaire”, comme le prévoit l’instruction "Liturgiam authenticam" (n° 47) : un langage de culte qui se distingue du langage quotidien et qui est perçu comme la voix de l’Église en prière.

"À travers ces textes sacrés et les actes qui les accompagnent, le Christ sera rendu présent et actif parmi les siens. La voix qui a contribué à faire jaillir ces paroles aura achevé sa tâche" (Benoît XVI, Discours aux membres du comité “Vox clara”, le 28 avril 2010).

Pour les pasteurs, à qui est confiée la mission d’introduire la nouvelle traduction dans leurs communautés, c’est aussi une occasion unique d’enseigner la "lex credendi" qui trouve dans ces prières une belle et profonde expression, une occasion qui "devra être saisie fermement" (Benoît XVI, ibidem).



Le quotidien du Saint-Siège dans lequel a été publié l’article :

> L'Osservatore Romano


L'instruction, publiée en 2001, par laquelle la congrégation pour le culte divin a rappelé les traducteurs au respect des critères inhérents aux textes liturgiques :

> "Liturgiam authenticam"


Le texte original en latin de la collecte du XXIe dimanche du temps ordinaire citée par Lang dans son article :

Deus, qui fidelium mentes unius efficis voluntatis,
da populis tuis id amare quod præcipis,
id desiderare quod promittis,
ut, inter mundanas varietates,
ibi nostra fixa sint corda, ubi vera sunt gaudia.

La traduction en anglais qui a été utilisée aux États-Unis de 1974 à 2011 :

Father, help us to seek the values
that will bring us lasting joy
in this changing world.
In our desire for what you promise
make us one in mind and heart.

La nouvelle traduction en anglais qui est utilisée aux États-Unis depuis le premier dimanche de l’Avent de 2011 :

O God, who cause the minds of the faithful to unite in a single purpose,
grant your people to love what you command
and to desire what you promise,
that, amid the uncertainties of this world,
our hearts may be fixed on the place where true gladness is found.



À propos de la place centrale de la liturgie dans la pensée de Benoît XVI, la préface qu’il a rédigée pour le premier volume publié de ses "Opera omnia" :

> Dans les "Opera omnia" de Ratzinger théologien, l'ouverture est toute entière consacrée à la liturgie



Illustration : Antonello da Messina, Saint Jérôme dans son cabinet de travail, 1474, Londres, National Gallery.


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
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