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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Homélie 31 TOA 2011 – Grandeur et misère du sacerdoce ministériel

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

  

 

31 TOA ev

 

Tous les textes d’aujourd’hui traitent de la place du clergé dans le peuple de Dieu. Dans l’Evangile, c’est l’exemple mauvais et pernicieux des scribes et des pharisiens qui est critiqué. Ils enseignent la Loi de Dieu, mais ils ne l’observent pas eux-mêmes. Ils imposent aux gens de lourds fardeaux, qu’ils ne portent pas eux-mêmes. Ils réussissent même, dans leur vanité, à occuper partout les places d’honneur, et ils convoitent les titres honorifiques.

Mais l’Eglise du Christ est un peuple de frères, en communion avec Dieu, qui seul est Père, dans le Christ, qui seul est Maître. Si Jésus bâtit son Eglise sur Pierre et sur les autres Apôtres, et leur confie à eux seuls les pleins pouvoirs, c’est – comme Jésus le montre constamment par son enseignement et par son exemple – pour être au service de leurs frères. Cela s’appelle le sacerdoce « ministériel », ce qui veut dire que ce sacerdoce, même s’il est un honneur pour celui qui le reçoit, est un honneur parce qu’il est un service, un service de table !

Peut-on dire que les membres du clergé en sont plus conscients aujourd’hui que jadis ? Dieu seul le sait. Il est vrai que rares sont ceux qui deviennent prêtres aujourd’hui, du moins dans le monde occidental en vue d’une promotion sociale, comme c’était le cas il y a encore cinquante ans, et qui, voyant l’évolution de la mentalité peu respectueuse dont l’opinion publique entoure les prêtres maintenant, ne se cachaient pas pour dire, que si c’était à recommencer, ils auraient choisi une autre voie … Si l’on fait encore des reproches de ce genre à des prêtres, c’est souvent en vertu d’une fausse conception de la démocratie dans l’Eglise, un néo-cléricalisme, en quelque sorte, tout aussi éloigné de l’Evangile.

Pourtant il n’est pas rare que certains, n’ayant pas cherché à se faire ordonner, poussés par cette soif de pouvoir, par la suite se laissent prendre par la tentation du carriérisme, que Jésus reproche aux pharisiens, dans le but d’exercer un pouvoir qu’ils n’ont jamais reçu…

Ce qui est dénoncé dans la 1e lecture atteste que ce cléricalisme est de tous les temps. Nous sommes ici 450 ans avant JC, environ. Ce qui est reproché par Dieu aux prêtres de cette époque est toujours d’actualité. Le fondement est le même que dans l’Evangile : nous avons tous le même Père, et nous sommes tous frères. C’est l’oubli de cette double vérité qui entraîne trois reproches faits aux prêtres :

Ils ne prennent « pas à cœur de glorifier mon Nom ». Ils ne mettent pas l’honneur de Dieu à la première place. Ils proclament une morale psychologique et sociale axée sur le monde et qui plaît au peuple ;

Ils ont fait de la Loi de Dieu « une occasion de chute » ; ils ne comprennent plus la religion de l’Alliance, ils s’en éloignent, et même, s’en écartent tout à fait. Les psaumes les plus tardifs en fournissent une indication très claire ;

Ils agissent « avec partialité, en accommodant la Loi » : on travaille avec des petits groupes sélectionnés, on fait de la psychologie de groupe et autres choses de ce genre, en abandonnant les autres à leur sort.

Les menaces que Dieu profère l’encontre de ces méthodes « pastorales » sont sévères : ces prêtres profanent « l’Alliance de nos pères ». « A mon tour, je vous ai déconsidérés, abaissés devant tout le peuple », déclare le Seigneur.

Dans la 2e lect., S. Paul nous dresse, par contre, le tableau du prêtre idéal : il aime la communauté qui lui est confiée comme une mère aime son enfant. Sa relation avec elle n’est pas une relation de fonctionnaire, mais une relation personnelle. Il permet à ses frères de partager avec lui sa vie, comme le Christ l’a fait. Il ne veut pas être à la charge de la communauté. Donc il travaille. Sa plus grande joie consiste en ce que les gens le reconnaissent comme un serviteur, qu’il est réellement, et qu’ils comprennent sa prédication comme une pure transmission de la Parole de Dieu, « ce qu’elle est réellement », et non pas comme une parole humaine, même si c’est la parole d’un saint. Il ne cherche pas à avoir un rôle influent dans la communauté. La seule chose qu’il cherche, c’est que cette Parole soit « à l’œuvre en vous, les croyants ».

Ce qui ne l’empêchera pas d’être la victime de fausses accusations, dictées par la prétention et la soif de pouvoir… Mais il sait que cela fait partie de son ministère :

« Les gens nous insultent, nous les bénissons. Ils nous persécutent, nous supportons. Ils nous calomnient, nous avons des paroles d’apaisement. Jusqu’à maintenant, nous sommes pour ainsi dire les balayures du monde, le rebut de l’humanité. Je ne vous écris pas cela pour vous faire honte, mais pour vous reprendre comme des enfants bien-aimés. »

Et S. Paul ajoute alors une phrase qui paraît en contradiction avec les paroles du Christ, mais qui, en réalité n’est qu’une contradiction de l’interprétation que l’on en fait, dans certains milieux évangéliques, par exemple :

« Car vous auriez beau avoir dix mille surveillants pour vous mener dans le Christ, vous n’avez pas plusieurs pères : c’est moi qui, par l’annonce de l’Evangile, vous ai fait renaître à la vie du Christ Jésus. » (1 Co 4, 12-15)

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