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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

La tactique préférée du démon - Homélie 3° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
 
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La communauté chrétienne de la cité grecque de Corinthe, à laquelle saint Paul adresse la lettre dont nous avons entendu un passage (cf. deuxième lecture), était celle d’une grande ville, bourdonnante d’activités, la capitale de la région. Elle devait aussi affronter un grave problème : celui de la division. Certains parmi les chrétiens étaient d’origine juive, tandis que d’autres étaient d’origine païenne. Certains s’enorgueillissaient d’avoir reçu la foi de saint Paul, d’autres de saint Pierre, d’autres encore d’un prédicateur renommé de l’époque, Apollos. Cela donnait lieu à des factions à l’intérieur de l’Eglise. Chaque fois qu’une question ou un problème se présentait, ces factions se disputaient. Cette division sans cesse aggravée déchirait la jeune communauté, et contaminait aussi les communautés chrétiennes environnantes. Bref, c’était ce qu’on appelle une crise.

Diviser les gens et les communautés, c’est la tactique du démon. Le péché divise toujours. Le tout premier péché au Jardin d’Eden en est un exemple type. Il a causé un antagonisme entre l’humanité et Dieu (Adam et Eve se sont cachés devant Dieu) ; Il a causé un antagonisme entre Adam et Eve (Ils se sont cachés l’un devant l’autre) ; et il a causé un antagonisme entre l’humanité et le reste de la création (Eve est condamnée à enfanter dans la douleur et Adam à gagner son pain à la sueur de son front).

 

La division est l’œuvre du diable – le mot même "diable" vient du mot grec qui veut dire accusateur (Διάβολος), dont le sens littéral est "jeté à travers" (dia – à travers, bollein – jeter), comme, par exemple, dans jeter un obstacle sur le passage de quelqu’un, pour l’empêcher d’atteindre son but, ou comme semer des obstacles entre deux personnes, pour les diviser.

 

Le diable veut nous séparer de Dieu, et il veut nous séparer les uns des autres. C’est tout le mystère du mal. Dieu, source de tout ce qui est bon, est essentiellement une communion de personnes, l’unité du Père, du Fils et du Saint Esprit. Dans le mot "Trinité“ il y a "unité“ (tri-unité). Nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Par conséquent, quand le démon sème la division et la discorde entre nous, c’est une manière pour le démon d’insulter Dieu, pour qui il n’éprouve que de la haine.

 

Dans un message pour la Journée Mondiale de la Paix Benoît XVI a montré encore une fois que les difficultés que connaît la société ne constituent pas seulement un défi technique, mais qu’il existe un lien entre ces difficultés et un manque d’intégrité morale. En contraste avec les divisions destructives, causés par un égoïsme borné, il avait renouvelé son appel à la maîtrise de soi et la solidarité :

 

"L’humanité a besoin d’un profond renouvellement culturel; elle a besoin de redécouvrir les valeurs qui constituent le fondement solide sur lequel bâtir un avenir meilleur pour tous. Les situations de crise qu’elle traverse actuellement – de nature économique, alimentaire, environnementale ou sociale – sont, au fond, aussi des crises morales liées les unes aux autres. Elles obligent à repenser le cheminement commun des hommes. Elles contraignent, en particulier, à adopter une manière de vivre basée sur la sobriété et la solidarité."

 

Chaque péché est d’une certaine manière une faute contre l’unité et l’harmonie qui devrait régner entre nous et Dieu et parmi nous. Sans cette unité et cette harmonie, nous ne pouvons tout simplement pas arriver à la maturité nécessaire pour vivre une vie vraiment satisfaisante, une vie qui ait un sens, maintenant et pour l’éternité.

 

Peut-être vous souvenez-vous des fameuses Guerres Puniques. Il y a eu plusieurs guerres entre la Rome antique et la civilisation de Carthage. Rome a mis cent ans avant de finalement conquérir Carthage. Pour empêcher Carthage de regagner en puissance, les Romains ont ensemencé toutes les terres agricoles autour de la ville dans un rayon de 70 kilomètres de sel, dans le but de les rendre complètement infertiles. Pour avoir une bonne terre, il faut une certaine quantité de sels, mais ces sels sont des ions. Et donc, si la quantité de sel est excessive, le sol, pour neutraliser ces ions, absorbe toute l’humidité de la plante, au lieu que ce soient les plantes qui absorbent l’humidité du sol. Dans un sol trop salin, par conséquent, la plante peut bien se trouver dans une terre humide et nourrissante, mais elle ne pourra absorber la moindre humidité. Le sel la sépare de son aliment le plus essentiel.

 

Eh bien, le travail du diable consiste à semer du sel dans le sol de nos familles, de nos paroisses, de nos communautés, … de toute la famille humaine. Il veut nous empêcher de porter du fruit, et là où ce fruit existe, il veut l’empêcher d’arriver à maturité. Il sème l’égoïsme, la suspicion, l’envie, le ressentiment et tous les autres ions spirituels qui sapent le suc du bonheur des hommes : la confiance, le don de soi, le pardon, la bienveillance, la patience… La division est l’œuvre du diable, alors que la réconciliation et la communion sont l’œuvre du Christ.

 

Alors c’est à nous de voir : si nous voulons être les disciples du démon et faire l’expérience de la frustration, tout ce que nous avons à faire est de semer la division.

 

Si nous voulons être les disciples du Christ et expérimenter une satisfaction durable (éternelle), nous devons être des artisans d’unité.

 

Saint Paul nous dit comment.

 

La communauté des chrétiens de Corinthe commence à expérimenter la ruine qui vient des factions et des divisions. C’est dans ce contexte que saint Paul les exhorte à cesser de se quereller et d’être unis dans le Christ, exactement comme les différents organes et membres sont unis dans un même corps. Voilà l’attitude qui doit prévaloir entre chrétiens de chaque génération, y compris la nôtre. Nous ne sommes pas étrangers aux divisions. Presque chaque semaine, nous apprenons dans les nouvelles que des catholiques, même des prêtres, s’opposent publiquement aux enseignements de l’Eglise, aux décisions de l’évêque. Même des groupes fervents dans l’Eglise gaspillent leur temps et leur énergie en rivalisant les uns avec les autres. Même des paroissiens actifs font le jeu du démon en semant le sel de la division avec leur langue. Comme il est absurde pour un membre du corps de rivaliser avec un autre membre de ce même corps !

 

Jésus nous a donné le secret de l’unité, le secret pour ne pas vaciller, de faire échec aux attaques du démon par un bouclier impénétrable. Ce secret, ce bouclier, ce rempart divinement garanti d’unité, c’est le Pape, c’est la hiérarchie de l’Eglise.

 

Si nous n’avions pas le Catéchisme pour clarifier les fondements de notre foi, nous aurions une excuse valable pour ne pas être d’accord entre catholiques. Mais par le ministère des Papes, Dieu nous a donné un Catéchisme officiel, en même temps que des sacrements, le droit canonique, les prêtres, les évêques et bien d’autres cadeaux encore. Dans toute l’histoire de l’Eglise il n’a jamais été aussi facile d’être des artisans d’unité entre nous, car il n’a jamais été aussi facile de savoir ce que l’Eglise enseigne vraiment, et pourquoi elle l’enseigne en matière de dogme, de morale et de liturgie. La lumière qui provient de cette intelligence de la foi expulse les ombres et les divisions.

 

Aujourd’hui faisons échec au démon. Alors que Jésus vient s’offrir lui-même dans cette Messe comme nourriture de communion entre tous les croyants et comme espérance de communion entre tous les peuples, prions pour notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI, et pour l’unité des chrétiens sous sa conduite. Et au moment où nous recevons notre Seigneur dans la Sainte Communion, promettons-lui de faire tout notre possible pour être des membres fidèles de son corps en suivant la tête visible, divinement établie et garantie de l’Eglise. Si nous le faisons, l’Eglise fleurira, et nos âmes aussi. Après tout, Jésus n’a-t-il pas dit : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu » ?

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